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Chapitre 32 - Complainte sur Pharaon

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Le chapitre 32 de Yé'hezkel clôt la série des prophéties de destruction dirigées contre l'Égypte. Il se divise en deux prophéties : la première est une complainte sur Pharaon, roi d'Égypte, riche en paraboles et en métaphores empruntées au règne animal et aux croyances égyptiennes ; la seconde, à partir du verset 17, est une prophétie mystérieuse sur la fin des temps, sur la guerre de Gog et Magog et sur la chute de toutes les nations qui viendront combattre contre Jérusalem. Suivons le fil des versets selon le commentaire du Malbim.

La date de la prophétie
וַֽיְהִי בִּשְׁתֵּי עֶשְׂרֵה שָׁנָה בִּשְׁנֵי־עָשָׂר חֹדֶשׁ בְּאֶחָד לַחֹדֶשׁ הָיָה דְבַר־יְהֹוָה אֵלַי לֵאמֹר׃ - Et il arriva, la douzième année, au douzième mois, le premier jour du mois, que la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes :

Il s'agit de la douzième année du règne de Tsidkiyahou, c'est-à-dire un an après la destruction du Temple.

Jeune lion des nations et monstre des mers
בֶּן־אָדָם שָׂא קִינָה עַל־פַּרְעֹה מֶלֶךְ־מִצְרַיִם וְאָמַרְתָּ אֵלָיו כְּפִיר גּוֹיִם נִדְמֵיתָ וְאַתָּה כַּתַּנִּים בַּיַּמִּים וַתָּגַח בְּנַהֲרוֹתֶיךָ וַתִּדְלַח־מַיִם בְּרַגְלֶיךָ וַתִּרְפֹּס נַהֲרוֹתָם׃ - Fils d'homme, entonne une complainte sur Pharaon, roi d'Égypte, et dis-lui : Tu te comparais à un jeune lion parmi les nations, alors que tu es comme un monstre dans les mers ; tu t'élançais dans tes fleuves, tu troublais les eaux avec tes pieds et tu souillais leurs fleuves.

La prophétie est sévère et foisonne d'images : le jeune lion (kfir), le monstre aquatique (tanim), et celui qui trouble les eaux avec ses pieds. Le Malbim explique que Pharaon ressemble d'un côté à un jeune lion et de l'autre à un crocodile. Le Malbim précise en plusieurs endroits la différence entre un lion adulte (arié) et un jeune lion (kfir) : le lion adulte est pleinement développé, il s'aventure au loin pour chasser sa proie ; le jeune lion n'a pas encore la hardiesse de partir au loin en quête d'une proie, il se tapit dans son repaire et attend qu'un animal passe à proximité pour bondir sur lui et l'emporter à l'intérieur.

C'est pourquoi le prophète lui dit : aux yeux des nations, tu passes pour un jeune lion, car tu n'as pas pour habitude de partir conquérir des terres lointaines et tu ne causes pas de grands ravages au loin. Pourtant, malgré cela, tu es bel et bien nuisible, et tu nuis à tous tes voisins ; en cela, tu es semblable au monstre des mers. Les Égyptiens croyaient que le grand monstre aquatique, le crocodile, était sacré et régnait sur les eaux, et nous avons déjà vu Pharaon désigné sous ce nom dans toute une prophétie. Ils croyaient que lorsqu'il troublait les eaux de ses pattes, il poussait l'ensemble des cours d'eau à s'agiter et à déverser leurs flots dans le Nil. Ainsi, Pharaon, comparé au crocodile du Nil, s'imaginait être un dieu et détenir un tel pouvoir.

Le sens profond est le suivant : bien que sur terre tu sois comme un jeune lion qui ne quitte guère son domaine, sur les mers tu as causé d'immenses ravages. Tu as soumis les peuples établis sur l'Euphrate et sur les rivages maritimes, attirant à toi toute leur abondance, à la manière dont le Nil draine vers lui l'afflux des fleuves. De ce fait, ces fleuves se sont appauvris et leurs eaux ont été souillées, car lorsque l'eau est agitée et remuée, la vase du fond remonte à la surface. Le mot « vatagakh » provient, selon le Malbim, de la racine guakhone (le ventre) : tu es tapi sur le ventre dans tes fleuves, de tes pattes tu trépignes et troubles les eaux, et toute l'abondance afflue vers le torrent d'Égypte.

Et pourquoi est-il dit « comme un monstre dans les mers » et non dans le Nil ? Le Malbim explique que les Égyptiens croyaient que la divinité régnant sur la mer était en lutte contre celle qui régnait sur le Nil. Le prophète vient donc lui déclarer : tu te prends pour un monstre qui domine également les mers, et pas seulement les fleuves, et fort de cette prétention, tu t'es autorisé à prendre le contrôle de toutes les nations qui t'entourent.

Le filet et la nasse
כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה וּפָרַשְׂתִּי עָלֶיךָ אֶת־רִשְׁתִּי בִּקְהַל עַמִּים רַבִּים וְהֶעֱלוּךָ בְּחֶרְמִי׃ - Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel : J'étendrai sur toi Mon filet par l'assemblée de peuples nombreux, et ils te hisseront dans Ma nasse.

Quelle est la différence entre un filet (rèchèt) et une nasse ('hérem) ? Le Targoum traduit 'hérem par un terme évoquant un filet tressé, qui est lui aussi une variété de filet. Mais le Malbim explique : le filet ordinaire était déployé à la surface des eaux pour barrer le passage aux poissons, et pour le tendre, il fallait de nombreux hommes tirant dans plusieurs directions. Cependant, un grand monstre marin ne se laisse pas prendre dans un tel filet, car il le déchire sans même s'en soucier. C'est pourquoi, pour capturer un grand poisson, il faut un 'hérem. Le Malbim précise que le 'hérem est une sorte de piège fatal qui le détruit et le met à mort. Au sens simple, il s'agit d'un harpon massif ou de javelots que l'on projetait sur le grand poisson pour le tuer ; plus vraisemblablement, il s'agit d'un hameçon géant garni d'un appât, permettant de ferrer le monstre et de le hisser hors de l'eau. L'allégorie est limpide : par des stratagèmes, Pharaon sera attiré hors de son pays pour livrer bataille au roi de Babylone, et c'est là le sens de « et ils te hisseront dans Mon filet » (ve-he'éloukha bé-'hérmi).

Je t'abandonnerai sur la terre
וּנְטַשְׁתִּיךָ בָאָרֶץ עַל־פְּנֵי הַשָּׂדֶה אֲטִילֶךָ וְהִשְׁכַּנְתִּי עָלֶיךָ כׇּל־עוֹף הַשָּׁמַיִם וְהִשְׂבַּעְתִּי מִמְּךָ חַיַּת כׇּל־הָאָרֶץ׃ - Je t'abandonnerai sur la terre, Je te projetterai sur la surface des champs ; Je ferai reposer sur toi tous les oiseaux du ciel, et Je rassasierai de toi les bêtes de toute la terre.

Tu es comparable au poisson qui périt dès qu'il se retrouve au sec. Nul besoin d'agir pour le tuer : le simple fait d'atteindre la terre ferme cause sa mort. De même, lorsque Je t'abandonnerai à la surface des champs, tu y mourras de toi-même. Puis, tout comme une baleine échouée sur le rivage, les oiseaux du ciel et les bêtes de la terre viendront dévorer sa chair. Le sens allégorique est évident : lorsque Pharaon tombera, tous se rueront sur le butin et accourront pour piller l'Égypte. Même si l'Égypte est aujourd'hui considérée comme un puissant empire, lorsqu'elle ne sera plus qu'un cadavre vaincu, les oiseaux du ciel et les bêtes de la terre viendront se repaître de sa chair.

Ta chair sur les montagnes et les vallées comblées
וְנָתַתִּי אֶת־בְּשָׂרְךָ עַל־הֶהָרִים וּמִלֵּאתִי הַגֵּאָיוֹת רָמוּתֶךָ׃ - Et Je jetterai ta chair sur les montagnes, et Je remplirai les vallées de tes dépouilles.

« Ta chair » : le Radak explique qu'il s'agit de la chair de tes morts, de tes soldats tués au combat, car la prophétie s'adresse à Pharaon et à ses armées. Et comment la chair des victimes se retrouvera-t-elle sur les montagnes ? Certains expliquent qu'ils tenteront de fuir vers les hauteurs pour s'y cacher, et que l'ennemi les poursuivra pour les y massacrer. D'autres l'expliquent dans la continuité de l'image précédente : les oiseaux emporteront des lambeaux de chair vers les sommets pour les y dévorer.

Et que signifie « רָמוּתֶךָ » (ramoutékha) ? Le Radak explique que les ravins et les vallées seront tellement comblés par la chair des cadavres qu'ils s'élèveront au point de former des tertres et des collines (rama). D'autres l'interprètent dans le sens d'élévation et d'arrogance : tu tirais fierté de tes troupes innombrables et de ta puissante armée, aussi Je remplirai les vallées de ceux dont tu tirais vanité, et tu verras leurs cadavres combler les ravins. Rachi explique que ce mot signifie « ce qui est projeté » (hachlakhatékha), comme dans « Il a précipité dans la mer » (rama vayam), au sens de projection, ou comme dans l'expression talmudique raminan ahadadé ou ourminhou, qui désigne la confrontation ou la projection d'un élément contre un autre. (Notons que dans presque toutes les éditions imprimées de Rachi figure la graphie fautive haskalatékha, due à une interversion de lettres, alors que la véritable leçon est bien hachlakhatékha). Une autre explication, rapportée par Rachi et adoptée par le Malbim, rattache ramoutékha à rimotékha, les vers et la pourriture, comme dans le verset : « elle produisit des vers et empesta » (vayarom tola'im vayiv'ach). C'est-à-dire que ta chair sera jetée sur les montagnes, et les vallées seront envahies par les vers qui dévoreront les corps de tes soldats tombés.

La première débâcle : hors de son pays
וְהִשְׁקֵיתִי אֶרֶץ צָפָתְךָ מִדָּמְךָ אֶל־הֶהָרִים וַאֲפִקִים יִמָּלְאוּן מִמֶּךָּ׃ - J'abreuverai de ton sang, jusqu'aux montagnes, le pays où tu nages, et les lits des fleuves seront remplis de toi.

Le sang refluera jusqu'aux montagnes ; il sera si abondant qu'il abreuvera la terre et remplira même les lits des cours d'eau, y ruisselant comme des eaux torrentielles. Le Malbim souligne que Pharaon subira plusieurs chutes successives. Ici est dépeinte sa première débâcle, survenue hors des frontières de son pays, conformément à ce qui est annoncé plus haut au chapitre 29 : « Je mettrai des crochets à tes mâchoires... et Je t'abandonnerai dans le désert », indiquant qu'il sera attiré hors de son territoire et que c'est là qu'il essuiera son premier désastre.

« Et Je voilerai les cieux quand tu t'éteindras » : la croyance des Égyptiens en leur astre
וְכִסֵּיתִי בְכַבּוֹתְךָ שָׁמַיִם וְהִקְדַּרְתִּי אֶת־כֹּכְבֵיהֶם שֶׁמֶשׁ בֶּעָנָן אֲכַסֶּנּוּ וְיָרֵחַ לֹא־יָאִיר אוֹרוֹ׃ - Et lorsque Je t'éteindrai, Je couvrirai les cieux et J'obscurcirai leurs étoiles ; Je voilerai le soleil d'un nuage, et la lune ne répandra plus sa lumière.

Rachi explique : lorsque ton feu s'éteindra, à la manière d'une bougie qui dégage de la fumée en s'éteignant, une fumée montera, couvrira les cieux et obscurcira les luminaires. Le sens de ces paroles est que quiconque entendra parler de ta chute sera en deuil et frappé de stupeur, et chacun se dira en son cœur : si Par'o est tombé, que va-t-il advenir de nous ? Si la flamme a saisi les cèdres, à cause de cette nouvelle, leur monde s'assombrira, car si l'on a réussi à vaincre Par'o, il est certain que le roi de Babel marchera aussi contre eux.

Le Malbim explique qu'on passe ici à la seconde défaite de Par'o, celle qui a lieu à l'intérieur de son propre pays, comme cela est exposé au chapitre 29, verset 8. Pour comprendre cette allégorie, il faut connaître les croyances de l'Égypte : ils croyaient que leur lumière et leur astre gouvernaient le ciel, qu'il était à la tête de toutes les étoiles et de tous les luminaires, et le plus puissant d'entre eux. Il a déjà été expliqué par le passé qu'ils considéraient le bélier comme une divinité et pensaient que, grâce à sa force, ils vaincraient tous leurs ennemis. C'est pourquoi la sortie d'Égypte a eu lieu précisément au mois de Nissan, dont le signe zodiacal est le Bélier (Taleh), et précisément le 15 de ce mois, moment où la constellation du Bélier est à son apogée et sa puissance à son comble, telle la pleine lune, afin de montrer que, même au sommet de leur croyance illusoire, le Saint, béni soit-Il, délivre Israël.

Il en va de même ici : ils croyaient que la lumière de leur étoile ne s'éteindrait jamais, et que si un nuage venait à l'obscurcir, non seulement leur astre s'assombrirait, mais une épaisse fumée monterait pour ternir tous les luminaires du ciel. En d'autres termes : si nous sommes là, le monde existe ; et si nous n'y sommes plus, il n'y a plus personne. Cette conception leur venait, remarque le Malbim, du fait qu'en Égypte, les étoiles de leur crépuscule ne s'obscurcissaient jamais, car il n'y a là-bas ni nuages ni pluies, et ils pouvaient ainsi s'enorgueillir en pensant que leur étoile brillerait à tout jamais.

C'est selon leur propre imaginaire que le prophète s'adresse à eux : « Et lorsque Je t'éteindrai, Je couvrirai les cieux » est une métaphore de la première destruction en terre d'Égypte, lorsque leur éclat commença à s'éteindre. Où est votre étoile ? Où est ce dieu censé vous sauver ? Vous voilà tombés. Dès lors, selon leur croyance, une fumée, une vapeur et des nuages s'élèvent, les étoiles s'assombrissent, le soleil et la lune se voilent et ne luisent plus ici-bas. Le texte fait ainsi allusion au fait que cette obscurité ne vous concerne pas seulement vous, mais que tous ceux que vous considériez comme des alliés et des soutiens voient également leur éclat s'éteindre, et ils ne pourront vous venir en aide.

כׇּל־מְאוֹרֵי אוֹר בַּשָּׁמַיִם אַקְדִּירֵם עָלֶיךָ וְנָתַתִּי חֹשֶׁךְ עַל־אַרְצְךָ נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה׃ - Tous les corps lumineux dans les cieux, Je les obscurcirai à cause de toi, et Je répandrai les ténèbres sur ton pays, dit le Seigneur, l'Éternel.

À l'étape suivante, la lumière s'éteindra totalement. Ce ne sera plus simplement un voile nuageux empêchant la lumière d'atteindre le sol, mais « dans les cieux, Je les obscurcirai » : une obscurité absolue à la racine même, au point que même dans les cieux ils n'auront plus de clarté. Et alors : « Je répandrai les ténèbres sur ton pays », non pas comme un nuage qui laisse filtrer encore un peu de lumière, car un jour couvert n'est pas la nuit, mais une obscurité totale. C'est l'image de la ruine finale de l'Égypte, qui ne fut qu'obscurité et ténèbres, une dévastation totale et une désolation absolue.

Peuples et nations
וְהִכְעַסְתִּי לֵב עַמִּים רַבִּים בַּהֲבִיאִי שִׁבְרְךָ בַּגּוֹיִם עַל־אֲרָצוֹת אֲשֶׁר לֹא־יְדַעְתָּם׃ - Et J'affligerai le cœur de peuples nombreux, lorsque Je ferai parvenir ta ruine parmi les nations, vers des pays que tu ne connaissais pas.

Le Malbim rappelle ici une distinction qu'il a soulignée à plusieurs reprises : un « goy » désigne généralement les nations de moindre envergure, qui ne sont pas organisées en royaume doté d'un roi, tandis qu'un « 'am » désigne une collectivité dotée d'une royauté ordonnée, avec un roi, un souverain et des dirigeants. Dans un premier temps, les peuples constitués en royaumes seront troublés et irrités, car la ruine de l'Égypte s'est propagée plus loin encore pour atteindre les nations subalternes assujetties à l'Égypte, lesquelles tombèrent également et virent leur pays dévasté. De là, le fléau s'étendit vers « des pays que tu ne connaissais pas » : l'armée des Chaldéens, après avoir atteint l'Égypte, poursuivit avec appétit vers d'autres contrées, qui subirent elles aussi la rigueur de leur bras. Il s'ensuit que l'Égypte ne sera pas la seule frappée, mais bien de nombreux peuples avec elle.

וַהֲשִׁמּוֹתִי עָלֶיךָ עַמִּים רַבִּים וּמַלְכֵיהֶם יִשְׂעֲרוּ עָלֶיךָ שַׂעַר בְּעוֹפְפִי חַרְבִּי עַל־פְּנֵיהֶם וְחָרְדוּ לִרְגָעִים אִישׁ לְנַפְשׁוֹ בְּיוֹם מַפַּלְתֶּךָ׃ - Et Je frapperai de stupeur à ton sujet de nombreux peuples, et leurs rois frémiront d'effroi à cause de toi lorsque Je brandirai Mon épée devant leur face ; et ils trembleront à chaque instant, chacun pour sa vie, au jour de ta chute.

Les peuples qui ont un souverain verront leurs rois saisis de trouble, non pas d'une colère intérieure renfermée dans le cœur, mais d'une tempête d'effroi et de stupeur. Et qu'est-ce que « Mon épée » ? Le roi de Babel est l'épée du Saint, béni soit-Il, tout comme il est dit : « Malheur à Achour, verge de Ma colère », où Achour est le bâton dont se sert le Saint, béni soit-Il, au moment de Son courroux. De même ici, lorsqu'Hachem veut frapper l'Égypte, Babel devient l'épée tenue en Sa main. Et lorsque cette épée tournoiera au-dessus d'eux et devant leurs yeux, ils trembleront à chaque instant, chacun craignant pour sa propre vie, redoutant que la débâcle ne l'atteigne à son tour et que l'épée ne vienne le frapper.

« Car ainsi a dit... » : remarque grammaticale et application de la parabole
כִּי כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה חֶרֶב מֶלֶךְ־בָּבֶל תְּבוֹאֶךָ׃ - Car ainsi a dit le Seigneur, l'Éternel : Le glaive du roi de Babylone viendra sur toi.

Remarquez la ponctuation : les lettres Begadkefat en début de mot portent habituellement un daguech, et il aurait donc convenu de lire « כֹּה » (kho) avec un daguech. Toutefois, lorsqu'elles sont précédées immédiatement d'une des lettres Ahv"y (אהו"י), le daguech disparaît ; c'est pourquoi, dans la plupart des cas, nous lisons « כִּי כֹה אָמַר » (sans daguech). Mais tout cela ne vaut que lorsque la lettre Ahv"y est directement enchaînée à ce qui suit ; or ici, il y a un accent séparateur (ta'am mafsik) sur le mot « כִּי », de sorte que la règle générale reprend ses droits et que le mot « כֹּה » reçoit un daguech.

Quant au fond, c'est ici que commence l'application concrète de la parabole (le nimshel). « Le glaive du roi de Babylone viendra sur toi » correspond à la première allégorie : le roi de Babylone s'est attaqué à lui alors qu'il se trouvait hors de ses terres, et c'est là, après l'avoir pris dans son filet, qu'il a anéanti ses troupes.

בְּחַרְבוֹת גִּבּוֹרִים אַפִּיל הֲמוֹנֶךָ עָרִיצֵי גוֹיִם כֻּלָּם וְשָׁדְדוּ אֶת־גְּאוֹן מִצְרַיִם וְנִשְׁמַד כׇּל־הֲמוֹנָהּ׃ - Par les glaives de guerriers vaillants je ferai tomber ta multitude, les plus redoutables des nations sont-ils tous ; ils dévasteront l'orgueil de l'Égypte, et toute sa foule sera anéantie.

« Par les glaives de guerriers vaillants je ferai tomber ta multitude » correspond à la deuxième étape : le roi de Babylone a pénétré en Égypte même et y a tué une multitude innombrable, et c'est désormais le peuple d'Égypte qui s'effondre. « Et toute sa foule sera anéantie » en est l'aboutissement, la destruction finale qui ne laissera rien d'eux, et que le prophète entreprend de décrire.

La désolation de l'Égypte et le repos des fleuves
וְהַאֲבַדְתִּי אֶת־כׇּל־בְּהֶמְתָּהּ מֵעַל מַיִם רַבִּים וְלֹא תִדְלָחֵם רֶגֶל־אָדָם עוֹד וּפַרְסוֹת בְּהֵמָה לֹא תִדְלָחֵם׃ - Je ferai périr tout son bétail d'auprès des grandes eaux, et le pied de l'homme ne les troublera plus, et les sabots du bétail ne les troubleront point.

Telle est la réalité au lendemain de la ruine : le Malbim explique que l'Égypte est restée dévastée pendant quarante ans, le Nil asséché, et qu'aucun pied d'homme ni d'animal n'y a circulé, comme cela est exposé au chapitre 29. Il n'y avait plus personne pour troubler le fleuve : ni le grand monstre aquatique tapi en son sein qui foulait les flots de ses pattes, ni le pied de l'homme ou de la bête depuis les rives. Et lorsque personne ne vient troubler l'eau, c'est-à-dire remuer et faire remonter la vase du fond, les eaux s'écoulent dans le calme.

אָז אַשְׁקִיעַ מֵימֵיהֶם וְנַהֲרוֹתָם כַּשֶּׁמֶן אוֹלִיךְ נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה׃ - Alors je ferai déposer leurs eaux, et je ferai couler leurs fleuves comme de l'huile, parole du Seigneur, l'Éternel.

Je ferai déposer les eaux des fleuves et je les ferai couler comme de l'huile, qui s'écoule avec lenteur et sérénité, exempte de remous, consistante et dénuée de boue ou d'impuretés. L'application parabolique est la suivante : le roi d'Égypte ne s'emparera plus de l'abondance des nations. Jusqu'à présent, le fleuve soulevait la vase d'en bas et attirait vers le Nil les richesses de chacun des fleuves ; désormais, les fleuves connaîtront le repos, couleront paisiblement et ne déverseront plus leurs biens dans le Nil. Ils auront le repos, le roi d'Égypte ne régnera plus sur eux et ils ne lui seront plus asservis.

בְּתִתִּי אֶת־אֶרֶץ מִצְרַיִם שְׁמָמָה וּנְשַׁמָּה אֶרֶץ מִמְּלֹאָהּ בְּהַכּוֹתִי אֶת־כׇּל־יוֹשְׁבֵי בָהּ וְיָדְעוּ כִּי־אֲנִי יְהֹוָה׃ - Quand je réduirai la terre d'Égypte en une solitude et que le pays sera dépouillé de ce qui le remplissait, lorsque je frapperai tous ceux qui y habitent ; alors ils sauront que Je suis l'Éternel.

Le terme « néchammah » (dévastée) est une autre expression de désolation, plus grave encore que la première, et indique deux étapes : d'abord la désolation (« chemamah »), puis, lors de la destruction finale, l'anéantissement complet (« néchammah »). La terre sera vide et il n'y aura plus de créatures pour la peupler. Rachi explique l'expression « la terre et ce qui la remplit » : un pays qui regorge aujourd'hui de tous les biens deviendra un désert. C'est alors qu'« ils sauront que Je suis l'Éternel », fidèle pour rétribuer quiconque a causé du tort et quiconque a fait le mal.

Trois lamentations pour trois chutes
קִינָה הִיא וְקוֹנְנוּהָ בְּנוֹת הַגּוֹיִם תְּקוֹנֵנָּה אוֹתָהּ עַל־מִצְרַיִם וְעַל־כׇּל־הֲמוֹנָהּ תְּקוֹנֵנָּה אוֹתָהּ נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה׃ - C'est une lamentation et on la chantera ; les filles des nations la chanteront, sur l'Égypte et sur toute sa multitude elles la chanteront, parole du Seigneur, l'Éternel.

Le terme de lamentation est mentionné ici à trois reprises. Le Malbim explique que sur l'ensemble de cet événement, du début à la fin, c'est-à-dire sur la déroute de l'Égypte en trois actes, on composera une complainte, des pleurs et des élégies comme on en prononce sur un défunt. Sur la première défaite, lorsque Pharaon et ses troupes furent entraînés hors de leur pays et jetés dans le désert, il est dit : « C'est une lamentation et on la chantera » : ils se lamenteront sur le lionceau et sur le monstre des mers, sur le crocodile projeté dans le désert, livré en pâture à tous les oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre.

Sur la deuxième défaite, lorsque les Chaldéens pénétrèrent dans leur pays, il est dit : « Les filles des nations la chanteront ». À ce moment-là, l'Égypte ne tomba pas seule, mais de nombreux peuples avec elle, tous ses alliés et soutiens, et ce fut une lamentation générale. Le mot « filles » ne désigne pas nécessairement des femmes, mais s'entend au sens de « Juda et ses filles » ou « que se réjouissent les filles de Juda », c'est-à-dire les villes et villages environnants, selon la traduction araméenne : « ses villages ». On peut aussi l'entendre au sens simple, car il était d'usage que les femmes mènent le deuil. L'essentiel, selon le Malbim, est que l'épée frappa également les régions voisines, et c'est pourquoi les nations d'alentour se lamentent aussi. C'est là qu'elles pleurèrent sur les étoiles, le soleil et la lune recouverts d'un nuage, signifiant que la grande lumière, l'Égypte, s'était voilée.

Et sur la troisième ruine, lorsque toute l'Égypte fut dévastée et devint un désert désolé durant quarante ans, il est dit : « Sur l'Égypte et sur toute sa multitude elles la chanteront ». C'est alors qu'on se lamenta sur l'obscurcissement de tous les luminaires célestes et sur les ténèbres profondes répandues sur l'Égypte. Le Malbim soulève une précision remarquable : pourquoi, lors de cette troisième destruction, sont-ce encore les filles des nations qui se lamentent et non l'Égypte elle-même ? C'est parce qu'il n'y a plus d'Égypte. Nous avons vu qu'elle serait anéantie et réduite à une désolation absolue ; il ne restait plus personne parmi la multitude d'Égypte pour porter le deuil. Seuls les autres peuples subsistaient pour contempler sa chute, et ce sont eux qui pleurent sur son sort.

La seconde prophétie : la guerre de Gog et Magog
וַיְהִי בִּשְׁתֵּי עֶשְׂרֵה שָׁנָה בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר לַחֹדֶשׁ הָיָה דְבַר־יְהֹוָה אֵלַי לֵאמֹר׃ - Et il arriva, la douzième année, le quinzième jour du mois, que la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes :

Le Malbim souligne que cette prophétie est particulièrement mystérieuse et qu'il était malaisé d'en percer l'intention, mais l'Abarbanel avait déjà fait observer qu'il s'agit d'une prophétie tournée vers la fin des temps, à l'époque de Gog et Magog, lorsque toutes les nations monteront contre Jérusalem, ce qui est la vérité. Toutefois, la façon dont l'Abarbanel envisage l'époque de Gog diffère, et le Malbim l'éclaire selon sa propre approche.

Voici l'explication du Malbim : lorsqu'Israël retournera sur sa terre, les nations s'uniront dans le dessein d'assiéger et de conquérir Jérusalem. Gog, prince de Mékhekh et de Toubal, viendra des contrées du nord et de l'occident, qui sont les incirconcis appelés Édom. Mékhekh et Toubal sont issus des fils de Yéfeth établis en Europe, ainsi que l'écrivait déjà le Yossiphon il y a deux mille ans. Avec eux s'avanceront la Perse, Kouch et Pout, ainsi que Beth-Togarmah, rattachés à Ishmaël, qui sont tous circoncis et se réclament de la foi d'Ishmaël. Ils se joindront aux fils d'Édom pour arracher la terre à Israël. Mais à leur arrivée, la panique s'emparera d'eux et ils se battront les uns contre les autres, Édom et Ishmaël face à face, car leur foi est divisée. C'est là que l'Éternel leur demandera des comptes par l'épée et par le sang, comme cela sera expliqué au chapitre 38 ainsi que dans Zacharie au chapitre 14.

Voyez combien ces propos sont saisissants : il y a deux cents ans, lorsque le Malbim écrivait, qui pouvait concevoir des guerres de religion entre les nations ? Ce n'était absolument pas un sujet d'actualité. Et aujourd'hui, précisément à l'apogée du progrès, les guerres sont devenues des guerres de religion. Sur quoi repose l'affrontement entre le monde arabo-musulman et l'Occident, l'Europe et l'Amérique ? Fondamentalement, sur une dimension religieuse. L'étendard brandi par Ben Laden était celui de la foi, désignant les Occidentaux comme « les infidèles ». Une confrontation entre ce qui se présente comme le monde éclairé et ce qu'ils qualifient de monde obscurci : telle est la croyance des fils d'Ishmaël. « Leur foi est divisée », exactement selon les termes mêmes du Malbim.

Dès lors, à partir du verset 18, le prophète décrit le sort réservé à ceux qui prendront part à cette guerre : comment tous courront à leur perte, trébucheront et s'effondreront ici même sur la terre d'Israël, assouvissant leur vengeance les uns sur les autres. Et de notre point de vue, ce sera une réparation envers les deux camps, car tous deux nous ont persécutés, tant Ishmaël qu'Édom, les fils de Grèce et de Yéfeth qui détruisirent le second Temple, et les fils d'Assyrie et de Babylone qui anéantirent le premier, sans compter tous les malheurs causés au fil des générations. C'est ici qu'ils en paieront le prix, en s'entre-déchirant et en s'entretuant mutuellement.

Descente vers les profondeurs de la terre
בֶּן־אָדָם נְהֵה עַל־הֲמוֹן מִצְרַיִם וְהוֹרִדֵהוּ אוֹתָהּ וּבְנוֹת גּוֹיִם אַדִּרִם אֶל־אֶרֶץ תַּחְתִּיּוֹת אֶת־יוֹרְדֵי בוֹר׃ - Fils de l'homme, entonne une complainte sur la multitude de l'Égypte, et fais-la descendre, elle et les filles des nations puissantes, dans les profondeurs de la terre, avec ceux qui descendent dans la fosse.

« Entonne une complainte » signifie prophétise sur leur ruine, et fais-le descendre contre son gré. « Et les filles des nations puissantes » désigne les enfants d'Edom, qui incarnent la puissance. Aujourd'hui encore, ce sont les enfants d'Edom qui représentent cette force : la plus grande puissance mondiale est l'Amérique. Certes, sur le plan démographique, la Chine ou l'Inde la dépassent, mais lorsqu'il s'agit de puissance militaire, d'armement et d'hégémonie globale, l'Amérique demeure la superpuissance incontestée, et elle relève d'Edom. « La multitude de l'Égypte » renvoie à l'Égypte et à ses alliés, Achour et Elam, rattachés aux circoncis, les Ismaélites. Tous descendront ensemble dans les profondeurs de la terre, dans la tombe ; ils finiront tous ensevelis et aucun d'eux ne remportera cette guerre.

מִמִּי נָעָמְתָּ רְדָה וְהׇשְׁכְּבָה אֶת־עֲרֵלִים׃ - À qui es-tu supérieur en beauté ? Descends, et sois couché avec les incirconcis !

En quoi serais-tu plus prestigieux ou plus aimable que les autres, au point d'imaginer que tu connaîtras un sort plus doux et que tu échapperas à la fosse ? Descends et va reposer là-bas, dans la tombe, au milieu des incirconcis.

בְּתוֹךְ חַלְלֵי־חֶרֶב יִפֹּלוּ חֶרֶב נִתָּנָה מָשְׁכוּ אוֹתָהּ וְכׇל־הֲמוֹנֶיהָ׃ - Ils tomberont au milieu des victimes du glaive ; le glaive est tiré, entraînez-la avec toute sa multitude !

Eux aussi tomberont à tes côtés lors de la guerre qui éclatera entre vous, et tu reposeras avec eux dans la fosse. Quant à l'expression « entraînez-la avec toute sa multitude », elle signifie que les victimes du glaive entraîneront avec elles dans la tombe tous ceux qui ont pris part ou initié ce conflit. Les deux camps s'anéantiront mutuellement dans un affrontement où chacun détruit l'autre. En termes contemporains, on pourrait y voir le principe même de la guerre nucléaire. Dans une guerre conventionnelle à l'épée, il est exceptionnel que les deux belligérants succombent entièrement en même temps : l'un l'emporte et l'autre est vaincu. En revanche, si une bombe atomique est lancée et que l'adversaire réplique instantanément par le même moyen, les deux parties sont anéanties sans qu'aucun vainqueur ne subsiste. C'est exactement le sens de ce verset : ils tombent et entraînent l'autre dans leur chute ; puisque je succombe, je l'entraîne avec moi dans la tombe afin qu'il meure à mes côtés.

יְדַבְּרוּ־לוֹ אֵלֵי גִבּוֹרִים מִתּוֹךְ שְׁאוֹל אֶת־עֹזְרָיו יָרְדוּ שָׁכְבוּ הָעֲרֵלִים חַלְלֵי־חָרֶב׃ - Les plus puissants des héros lui parleront du fond du Chéol, ainsi qu'à ses alliés : ils sont descendus, ils gisent, ces incirconcis, abattus par le glaive.

Les « puissants des héros » (élé guiborim) désignent les dirigeants et les guerriers d'élite, selon l'expression consacrée « les puissants du pays ». Et du fond du Chéol, ils les interpelleront et feront entrer avec eux les victimes frappées par le glaive.

Achour : des tombes au fond de la fosse
שָׁם אַשּׁוּר וְכׇל־קְהָלָהּ סְבִיבוֹתָיו קִבְרֹתָיו כֻּלָּם חֲלָלִים הַנֹּפְלִים בֶּחָרֶב׃ - Là se trouve Achour avec toute son armée, entouré de ses sépulcres ; tous sont massacrés, tombés par le glaive.

Eux aussi feront partie des victimes qui périront aux côtés de ces Ismaélites - l'Égypte et toute sa multitude - ainsi qu'aux côtés d'Edom. Tous leurs soutiens et leurs auxiliaires partageront ces mêmes sépultures, destinées à l'ensemble des nations venues se jeter dans ce combat.

אֲשֶׁר נִתְּנוּ קִבְרֹתֶיהָ בְּיַרְכְּתֵי־בוֹר וַיְהִי קְהָלָהּ סְבִיבוֹת קְבֻרָתָהּ כֻּלָּם חֲלָלִים נֹפְלִים בַּחֶרֶב אֲשֶׁר־נָתְנוּ חִתִּית בְּאֶרֶץ חַיִּים׃ - Dont les sépulcres sont assignés aux profondeurs de la fosse, et toute sa multitude entoure sa sépulture, tous massacrés, tombés par le glaive, eux qui semaient l'effroi au pays des vivants.

Assur est déjà venue ici une fois, à l'époque de Sanhérib, et cent quatre-vingt-cinq mille chefs d'armée périrent, et leur sépulture se trouve aux alentours de Jérusalem. C'est le sens de « dont les sépulcres sont assignés aux profondeurs de la fosse » : dans l'histoire, les tombes d'Assur ont déjà été assignées au fond du gouffre ; ton ancêtre y repose déjà, et vous qui revenez guerroyer, joignez-vous à lui pour partager ces mêmes tombes, et ils s'attrouperont autour du lieu de sépulture de l'armée de Sanhérib.

Et que signifie « eux qui semaient l'effroi au pays des vivants » ? Nos Sages emploient cette expression à propos de quiconque impose une terreur excessive, et il est même dit d'un dirigeant communautaire qu'il lui est interdit de faire régner la terreur sur la terre des vivants, car même s'il dirige, il doit conduire son peuple avec bienveillance. Ceux-là ont imposé leur frayeur et leur terreur sur la terre des vivants, et c'est pourquoi ils viendront ici pour y être jugés.

Élam
שָׁם עֵילָם וְכׇל־הֲמוֹנָהּ סְבִיבוֹת קְבֻרָתָהּ כֻּלָּם חֲלָלִים הַנֹּפְלִים בַּחֶרֶב אֲשֶׁר־יָרְדוּ עֲרֵלִים אֶל־אֶרֶץ תַּחְתִּיּוֹת אֲשֶׁר נָתְנוּ חִתִּיתָם בְּאֶרֶץ חַיִּים וַיִּשְׂאוּ כְלִמָּתָם אֶת־יוֹרְדֵי בוֹר׃ - Là se trouvent Élam et toute sa multitude autour de sa sépulture, tous massacrés, tombés par le glaive, descendus incirconcis dans les tréfonds de la terre, eux qui répandaient leur terreur sur la terre des vivants ; ils portent leur ignominie avec ceux qui descendent dans la fosse.

Élam représente la Perse, la Perse et la Médie. Ils viendront autour de sa sépulture pour assouvir leur vengeance, car après avoir vu ce qui est arrivé à l'Égypte, ils viendront combattre et venger l'Égypte. Mais en fin de compte, tous sont massacrés, et même ceux venus prêter main-forte et venger les victimes périront également. Et pourquoi tant de gens d'Élam seront-ils tués ? Le Malbim explique que cela leur arrive pour avoir répandu la terreur sur la terre des vivants, en détruisant le second Temple, et c'est pour cela que viendra leur châtiment.

בְּתוֹךְ חֲלָלִים נָתְנוּ מִשְׁכָּב לָהּ בְּכׇל־הֲמוֹנָהּ סְבִיבוֹתָיו קִבְרֹתֶהָ כֻּלָּם עֲרֵלִים חַלְלֵי־חֶרֶב כִּי־נִתַּן חִתִּיתָם בְּאֶרֶץ חַיִּים וַיִּשְׂאוּ כְלִמָּתָם אֶת־יוֹרְדֵי בוֹר בְּתוֹךְ חֲלָלִים נִתָּן׃ - Au milieu des victimes on lui a préparé une couche ainsi qu'à toute sa foule, ses tombes l'entourent, tous incirconcis, transpercés par le glaive, car ils semaient l'effroi sur la terre des vivants ; ils portent leur ignominie avec ceux qui descendent dans la fosse, ils sont placés parmi les morts.

Ici, le Malbim relève un point d'un grand intérêt : on sait que pour ceux qui sont circoncis, être enterré auprès d'incirconcis constitue une flétrissure suprême. Aux yeux des Ismaélites également, les Édomites sont méprisables car ils sont incirconcis et imparfaits sous cet aspect. C'est pourquoi il est dit qu'en étant enterrés avec eux, « ils ont porté leur honte ». Ils sont placés au milieu des cadavres des Édomites, qu'ils considèrent comme vils et impurs, et ils seront ensevelis ensemble. On sait que chez les Ismaélites, pour empêcher un défunt d'accéder au paradis selon leur croyance, on l'enveloppe dans une peau de porc. S'il en est ainsi pour une peau de porc, l'ensevelissement aux côtés d'incirconcis, qu'ils considèrent comme impurs, représente pour eux une honte infiniment plus cuisante. C'est le sens de « ils portent leur ignominie avec ceux qui descendent dans la fosse, ils sont placés parmi les morts », car ils partageront la même fosse que les incirconcis massacrés.

Méchec et Toubal
שָׁם מֶשֶׁךְ תֻּבַל וְכׇל־הֲמוֹנָהּ סְבִיבוֹתָיו קִבְרוֹתֶיהָ כֻּלָּם עֲרֵלִים מְחֻלְלֵי חֶרֶב כִּי־נָתְנוּ חִתִּיתָם בְּאֶרֶץ חַיִּים׃ - Là sont Méchec, Toubal et toute leur multitude, autour d'eux leurs sépultures, tous incirconcis, transpercés par le glaive, car ils répandaient leur terreur sur la terre des vivants.

Et qui sont ces incirconcis contre lesquels combattront l'Égypte, Assur et Élam ? Méchec, Toubal et toute leur multitude, c'est l'armée de Gog, prince souverain de Méchec et de Toubal, et tout son entourage. Ce sont les autres incirconcis composant cette coalition qui viendra combattre Yichmaël. Tout cela, « transpercés par le glaive », de la racine 'halalim (morts au combat), abattus par l'épée, pour avoir répandu leur effroi sur la terre des vivants et affligé le peuple d'Israël.

Ils ne coucheront point avec les héros
וְלֹא יִשְׁכְּבוּ אֶת־גִּבּוֹרִים נֹפְלִים מֵעֲרֵלִים אֲשֶׁר יָרְדוּ־שְׁאוֹל בִּכְלֵי־מִלְחַמְתָּם וַיִּתְּנוּ אֶת־חַרְבוֹתָם תַּחַת רָאשֵׁיהֶם וַתְּהִי עֲוֺנֹתָם עַל־עַצְמוֹתָם כִּי־חִתִּית גִּבּוֹרִים בְּאֶרֶץ חַיִּים׃ - Et ils ne reposeront point avec les héros tombés d'entre les incirconcis, descendus au séjour des morts avec leurs armes de guerre, qui ont mis leurs épées sous leurs têtes ; et leurs fautes reposent sur leurs ossements, car la terreur des vaillants s'était répandue au pays des vivants.

Le Malbim explique qu'il existait une coutume chez les nations : celui qui se distinguait au combat, remportait la victoire et mourait au cœur de la bataille recevait, lors de son enterrement, son épée sous la tête en signe d'honneur, afin de signifier qu'il était mort en héros au combat et non d'une mort ordinaire. Or, il est dit ici qu'il n'en sera pas ainsi : ils ne reposeront point avec les héros, aucune épée ne sera placée sous leur tête pour leur gloire, car ils coucheront parmi les incirconcis et seront enterrés avec eux. De plus, « et leurs fautes reposent sur leurs ossements », car ils ont semé l'effroi sur la terre des vivants. Il en résulte qu'ils subiront non seulement l'opprobre, mais que leur mort constitue également le châtiment de leurs actes, pour avoir fait souffrir le peuple d'Israël.

וְאַתָּה בְּתוֹךְ עֲרֵלִים תִּשָּׁבַר וְתִשְׁכַּב אֶת־חַלְלֵי־חָרֶב׃ - Et toi, au milieu des incirconcis tu seras brisé, et tu reposeras avec les victimes du glaive.

La prophétie s'adressait initialement à Pharaon : « Lamente-toi sur la multitude de l'Égypte », « De qui l'emportes-tu en grâce ? », et le prophète s'adresse au roi et à toute sa foule. À présent, il revient vers lui : toi aussi, Pharaon, tu seras parmi les incirconcis, parmi Méchekh et Toubal qui sont les peuples d'Édom, et c'est auprès d'eux que tu reposeras ; on t'enterrera là-bas à leurs côtés, et tu connaîtras exactement la même honte.

Édom et les trois phases de la guerre
שָׁמָּה אֱדוֹם מְלָכֶיהָ וְכׇל־נְשִׂיאֶיהָ אֲשֶׁר־נִתְּנוּ בִגְבוּרָתָם אֶת־חַלְלֵי־חָרֶב הֵמָּה אֶת־עֲרֵלִים יִשְׁכָּבוּ וְאֶת־יֹרְדֵי בוֹר׃ - Là sont Édom, ses rois et tous ses princes, qui, malgré leur vaillance, ont été placés avec les victimes du glaive ; ils reposent avec les incirconcis et avec ceux qui descendent dans la fosse.

Il s'agit ici d'une nouvelle étape de la guerre : Édom et ses rois viendront combattre et se venger de ce qui a précédé, de ce que les Ismaélites ont fait aux peuples d'Europe, et ils viendront protester et réclamer leur honneur. Mais il leur arrivera la même chose qu'aux autres : « ils reposent avec les incirconcis et avec ceux qui descendent dans la fosse ».

Le Malbim résume ainsi qu'il y aura trois guerres, trois étapes : la première concerne l'Égypte, Méchekh et Toubal ; ensuite, Achour combat contre Édom ; et la troisième guerre oppose Élâm aux princes du Nord, qui désignent également l'Europe. C'est ainsi que s'éclairent les paroles de nos Sages, de mémoire bénie, selon lesquelles Gog viendra à trois reprises, car l'on constate bien ici trois phases de conflit. Nous ne savons toutefois pas avec certitude comment cela se déroulera : avec des trêves ou d'un seul trait. Il est possible qu'une première campagne s'achève et soit immédiatement suivie de la deuxième, puis de la troisième, tout comme cela pourrait prendre du temps. Mais le nombre de trois lui-même est déduit d'ici, de ces trois cycles de guerre.

שָׁמָּה נְסִיכֵי צָפוֹן כֻּלָּם וְכׇל־צִדֹנִי אֲשֶׁר־יָרְדוּ אֶת־חֲלָלִים בְּחִתִּיתָם מִגְּבוּרָתָם בּוֹשִׁים וַיִּשְׁכְּבוּ עֲרֵלִים אֶת־חַלְלֵי־חֶרֶב וַיִּשְׂאוּ כְלִמָּתָם אֶת־יוֹרְדֵי בוֹר׃ - Là sont tous les princes du Nord et tous les Sidoniens, descendus avec les cadavres, confus de la terreur que leur vaillance inspirait ; ils reposent, incirconcis, avec les victimes du glaive, et portent leur opprobre avec ceux qui descendent dans la fosse.

Viendront ensuite les princes du Nord et les Sidoniens, qui seront frappés par le camp d'Élâm. Ils ne combattront pas avec bravoure, et c'est le sens de « confus de leur vaillance » : ils subiront l'humiliation sur le champ de bataille pour ne pas s'être battus avec courage. Ils reposeront avec les incirconcis, tomberont sous le glaive du camp d'Élâm, et périront eux aussi dans ce combat.

Et il se consolera au sujet de toute sa multitude
אוֹתָם יִרְאֶה פַרְעֹה וְנִחַם עַל־כׇּל־הֲמוֹנֹה חַלְלֵי־חֶרֶב פַּרְעֹה וְכׇל־חֵילוֹ נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה׃ - Pharaon les verra et se consolera au sujet de toute sa multitude, victimes du glaive, Pharaon et toute son armée, parole du Seigneur D.ieu.

Pharaon verra tous ces morts et y trouvera une consolation pour son peuple. En effet, au départ, Pharaon et les siens subiront de très lourdes pertes, mais en voyant que le camp adverse est également tombé, il se consolera. Si l'adversaire l'emporte avec panache et que le premier camp prend la fuite pour sauver sa vie, c'est une humiliation suprême ; mais lorsque l'adversaire s'effondre et trébuche lui aussi, son esprit s'apaise quelque peu. C'est le sens de « וְנִחַם עַל־כׇּל־הֲמוֹנֹה » (et il se consolera sur toute sa multitude) : il se consolera de la mort de sa multitude en voyant que ceux qui combattaient contre lui tombent également.

כִּי־נָתַתִּי אֶת־חִתִּיתִי בְּאֶרֶץ חַיִּים וְהֻשְׁכַּב בְּתוֹךְ עֲרֵלִים אֶת־חַלְלֵי־חֶרֶב פַּרְעֹה וְכׇל־הֲמוֹנֹה נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה׃ - Car J'ai répandu Ma terreur sur la terre des vivants, et il sera couché au milieu des incirconcis, avec les victimes de l'épée, Pharaon et toute sa multitude, dit le Seigneur, l'Éternel.

Pour ainsi dire, le Saint, béni soit-Il, intervient et déclare : jusqu'à ce jour, vous, les nations, avez semé votre terreur sur la terre des vivants ; mais à présent, lorsque Hachem viendra les juger, « נָתַתִּי אֶת־חִתִּיתִי בְּאֶרֶץ חַיִּים » (J'ai répandu Ma terreur sur la terre des vivants), c'est Moi qui manifesterai Ma puissance sur la terre des vivants. Et c'est ainsi que le Nom d'Hachem sera grandi et sanctifié dans le monde, comme se conclut la prophétie au chapitre 38.

En résumé :

Le chapitre 32 s'ouvre sur une élégie consacrée à Pharaon, dépeint comme un lionceau qui ne franchit pas ses frontières, mais aussi comme un monstre marin qui attire à lui l'abondance de tous les fleuves. Le Saint, béni soit-Il, étend Son filet sur lui et le hisse dans Sa nasse, le fait sortir de son pays et le précipite à terre, puis frappe son pays jusqu'à la désolation complète, à travers trois défaites auxquelles correspondent trois élégies. La seconde partie du chapitre, prophétie mystérieuse sur la fin des temps, décrit selon le Malbim la guerre de Gog et Magog : une coalition unissant les descendants d'Edom, les incirconcis, aux peuples d'Ismaël, les circoncis, qui viendra conquérir Jérusalem des mains d'Israël et s'effondrera dans une guerre intestine déclenchée par leurs divergences de foi. Tous descendront dans les profondeurs de la terre, couchés dans l'opprobre au milieu des incirconcis et non à la manière des héros, avec leur iniquité gravée sur leurs ossements pour avoir répandu leur terreur sur la terre des vivants et opprimé Israël. Et au terme de tout cela, la finalité suprême se dévoile : « כִּי־נָתַתִּי אֶת־חִתִּיתִי בְּאֶרֶץ חַיִּים », car le Saint, béni soit-Il, manifestera Sa toute-puissance dans le monde, et Son Nom sera grandi et sanctifié.