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Chapitre 27 - Complainte sur Tyr - Deuxième partie

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Le chapitre 27 de Yé’hezkel est une complainte sur Tyr, et le passage qui s'ouvre à nous en constitue le cœur : une description minutieuse du réseau commercial mondial qui convergeait vers Tyr, suivie de l'évocation de son effondrement. Le prophète poursuit avec l'image qu'il a introduite au départ - Tyr assimilée à un somptueux navire - et montre à quel point sa richesse et sa splendeur ne provenaient pas d'elle-même, mais avaient été rassemblées auprès de tous les peuples de la terre.

Quatre notions : le grossiste, le dépôt, le détaillant et le gage

Pour bien saisir l'ensemble de cette prophétie, il faut se familiariser avec quatre notions récurrentes : le grand négoce, le colportage, le dépôt (« ‘izavone ») et le gage (« ‘éravone »). Les grands négociants - les grossistes, qui achètent en très grande quantité - acheminaient leurs cargaisons vers Tyr. Là-bas, ils les entreposaient aux mains des habitants de Tyr, et c'est ce qu'on appelle « ‘izavone » : non pas un héritage au sens de l'hébreu moderne, mais au sens d'abandon et de dépôt, des marchands qui laissent leur marchandise sous la garde d'autrui. Ensuite venaient les détaillants (« rokhelim »), qui puisaient dans ce dépôt pour revendre aux particuliers, au détail. Exactement comme aujourd'hui : un importateur achemine les produits dans un grand entrepôt, d'où les boutiquiers viennent s'approvisionner pour vendre à l'unité. Et comme le détaillant emportait un volume important sans disposer immédiatement des fonds pour payer, il remettait un gage (« ‘éravone ») - une marchandise lui appartenant - garantissant qu'il s'acquitterait finalement de sa dette. Ce que l'on fait aujourd'hui au moyen d'un chèque ou d'une traite se réglait alors en marchandises.

תַּרְשִׁישׁ סֹחַרְתֵּךְ מֵרֹב כָּל הוֹן, בְּכֶסֶף בַּרְזֶל בְּדִיל וְעוֹפֶרֶת נָתְנוּ עִזְבוֹנָיִךְ. - Tarchich commerçait avec toi en raison de l'abondance de toutes sortes de biens : d'argent, de fer, d'étain et de plomb, ils ont fourni tes dépôts.

Tarchich est le grand négociant grossiste. Elle acheminait de l'argent, du fer, de l'étain et du plomb - des métaux très répandus à Tarchich, c'est-à-dire Aspamia, l'Espagne. « Ils ont fourni tes dépôts » : ils laissaient leurs stocks chez toi, afin que les détaillants viennent s'y approvisionner pour les écouler plus loin.

יָוָן תֻּבַל וָמֶשֶׁךְ הֵמָּה רֹכְלָיִךְ, בְּנֶפֶשׁ אָדָם וּכְלֵי נְחֹשֶׁת נָתְנוּ מַעֲרָבֵךְ. - Yavan, Toubal et Méchec étaient tes colporteurs : en vies humaines et en ustensiles d'airain, ils fournissaient ton gage.

Yavan, Toubal et Méchec sont les peuples qui venaient retirer les marchandises laissées en dépôt par Tarchich pour aller les vendre au détail - d'où l'expression « ils étaient tes colporteurs ». Et « ils fournissaient ton gage » (« ma’aravékh ») signifie qu'ils laissaient une garantie, une marchandise de leur propre cru : des vies humaines (des esclaves) et des ustensiles d'airain, servant de sûreté garantissant le paiement de la marchandise qu'ils avaient emportée.

מִבֵּית תּוֹגַרְמָה סוּסִים וּפָרָשִׁים וּפְרָדִים נָתְנוּ עִזְבוֹנָיִךְ. - De Beth-Togarma, des chevaux, des cavaliers et des mulets ont fourni tes dépôts.

Togarma : le Targoum Yonatan traduit « la province de Germanie ». De là-bas, on acheminait des chevaux et des mulets, ce qui se conçoit aisément. Mais que signifie « parachim » (cavaliers) ? A priori, un cavalier n'est pas une marchandise qui se vend. Le Radak explique qu'il s'agit d'une race de chevaux d'élite, légers et rapides, appelés « parachim » parce que, tout comme le cavalier l'emporte sur le fantassin au combat, ces montures surpassent les autres chevaux. Toutefois, on peut aussi l'entendre au sens propre : de véritables êtres humains montant à cheval. En effet, dans ces régions, on vendait des hommes au même titre que des esclaves ; certains étaient destinés aux travaux serviles, d'autres étaient entraînés pour servir de cavaliers. Et tous ceux-là « ont fourni tes dépôts » : ils laissaient leur cargaison chez toi, afin que les marchands de moindre envergure viennent l'acquérir et la revendre sur leurs territoires respectifs.

בְּנֵי דְדָן רֹכְלַיִךְ, אִיִּים רַבִּים סְחֹרַת יָדֵךְ, קַרְנוֹת שֵׁן וְהָבְנִים הֵשִׁיבוּ אֶשְׁכָּרֵךְ. - Les fils de Dedane étaient tes colporteurs, de nombreuses îles faisaient le commerce de ta main ; des défenses d'ivoire et de l'ébène constituaient ton tribut.

Les fils de Dedane sont les détaillants qui prenaient les chevaux et les montures laissés en dépôt par la maison de Togarma pour les revendre aux particuliers dans les nombreuses îles d'alentour. « Le commerce de ta main » : outre ce que les peuples voisins apportaient, il y avait aussi des marchandises fabriquées à Tyr même, issues du travail de ses propres artisans. Et que donnaient-ils en retour ? « Des cornes d'ivoire et de l'ébène ». Concernant le mot « echkarekh », le Malbim l'explique par l'idée de salaire et de profit (« sakhar »), à l'image du verset « ils apporteront un profit (echkar) » ; tandis que le Radak y voit le sens de tribut ou d'offrande, comme dans « ils rendront hommage au roi ». D'après le Radak, « ils apporteront un echkar » signifie qu'ils offriront un présent d'hommage, alors que selon le Malbim, ils remettront le bénéfice qu'ils ont réalisé. Quant aux « hovnim », certains commentateurs y voient des sortes de cornes d'animaux, et d'autres des essences de bois précieux, l'ébène.

אֲרָם סֹחַרְתֵּךְ מֵרֹב מַעֲשָׂיִךְ, בְּנֹפֶךְ אַרְגָּמָן וְרִקְמָה וּבוּץ וְרָאמֹת וְכַדְכֹּד נָתְנוּ בְּעִזְבוֹנָיִךְ. - Aram commerçait avec toi en raison de l'abondance de tes ouvrages : d'escarboucles, de pourpre, d'étoffes brodées, de fin lin, de coraux et de rubis, ils ont fourni tes dépôts.

Aram (la Syrie) était ton négociant, et en échange de l'abondance de tes ouvrages - ce que tu fabriquais - ils apportaient et déposaient leurs marchandises dans tes entrepôts (ezvonayikh), à l'intention des colporteurs qui viendraient acheter pour revendre aux particuliers. Nofekh est le nom d'une pierre précieuse. Argaman : des vêtements teints en pourpre, une teinture royale et prestigieuse. Rikma : des vêtements brodés de diverses couleurs chatoyantes. Bouts : du lin d'une grande finesse. Ramot et Kadkod : des pierres précieuses de grand prix, comme le dit le verset : « Je ferai tes créneaux de rubis (kadkod) et tes portes d'escarboucles ».

יְהוּדָה וְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל הֵמָּה רֹכְלָיִךְ, בְּחִטֵּי מִנִּית וּפַנַּג וּדְבַשׁ וָשֶׁמֶן וָצֹרִי נָתְנוּ מַעֲרָבֵךְ. - Juda et le pays d'Israël étaient tes marchands ; ils donnaient pour tes marchandises du blé de Minnit, du pannag, du miel, de l'huile et du baume.

Juda et la terre d'Israël étaient eux aussi des revendeurs : ils venaient puiser dans les entrepôts pour aller vendre dans leurs villes. Et comme ils ne disposaient pas des liquidités nécessaires pour payer comptant, ils donnaient un gage (èrbon / ma'arav) - des marchandises locales garantissant le paiement. Et quel était ce gage ? Du blé de Minnit, du pannag, du miel, de l'huile et du baume (tsori).

« Du blé de Minnit » - Rachi explique que Minnit est un nom de lieu, comme il est dit dans les Juges : « jusqu'à l'entrée de Minnit » ; il s'agit donc de grains de blé provenant d'un endroit nommé Minnit. Nos Sages (H'azal) l'interprètent autrement : des grains de blé si beaux et volumineux qu'on les vendait à l'unité (minyan, comptés un à un). C'est-à-dire que de nos jours, on achète le blé au kilo, mais là-bas on disait : « Donne-moi quatre grains de blé », et l'on en faisait du pain pour toute la semaine ! C'étaient des grains immenses, comme le rapporte la Guémara, qui avaient la taille de rognons. Rachi rapporte également une autre explication : du mot manot (portions), c'est-à-dire des mets préparés et prêts à être consommés, comme dans « les portions du Lévite ».

« Du pannag » - Rachi cite l'ouvrage de Yossef HaCohen, c'est-à-dire Flavius Josèphe, selon lequel il s'agit du baumier (afarsémon). Cet afarsémon des Sages n'est pas le kaki que nous connaissons aujourd'hui en hébreu moderne, mais une résine ou un fruit dégageant un parfum tout à fait unique. On le trouvait à Jéricho, et c'est en raison de cette bonne odeur (réa'h) que Jéricho (Yérih'o) porte ce nom ; c'est ce qu'on appelle en latin le baume (balsamum). Ces produits se trouvaient ainsi en terre d'Israël, et c'est avec eux que les enfants d'Israël réglaient leur gage : du blé de Minnit, du pannag, du miel, de l'huile et du baume, semblable au baume et au clou de girofle de l'encens.

דַּמֶּשֶׂק סֹחַרְתֵּךְ בְּרֹב מַעֲשַׂיִךְ מֵרֹב כָּל הוֹן, בְּיֵין חֶלְבּוֹן וְצֶמֶר צָחַר. - Damas était ta marchande pour l'abondance de tes ouvrages, par la profusion de toute richesse, avec du vin de H'elbon et de la laine éclatante de blancheur.

Damas était la capitale royale d'Aram, et elle comptait également parmi tes négociants. « Pour l'abondance de tes ouvrages » : ils apportaient de la laine étincelante (tsémer tsah'ar) destinée aux ateliers de filature de Tyr, car c'est à partir de cette laine blanche et pure que l'on confectionnait les étoffes. Et « par la profusion de toute richesse » : ils apportaient du vin de H'elbon pour leur consommation. Remarquez la précision du Malbim : ici, il n'est pas écrit « ils ont déposé dans tes entrepôts », car ces produits étaient directement consommés par les habitants de Tyr pour leurs propres besoins, et non laissés à la revente pour les petits commerçants.

Qu'est-ce que le « vin de H'elbon » ? Rachi explique : un vin blanc cuit. Et il cite Menahem qui rattache le mot h'elbon à « h'élev h'itim » (la fleur du froment), c'est-à-dire un vin exquis, le plus raffiné de tous les vins. Et qu'est-ce que le « tsémer tsah'ar » ? Littéralement : une laine d'une blancheur immaculée, propre et resplendissante. La Guémara dévoile le procédé qui permettait d'obtenir une telle qualité : « de la laine fine enveloppée ». Le jour même de la naissance de l'agneau, dès sa sortie du ventre maternel et après que sa mère l'avait léché et nettoyé, on prenait une étoffe que l'on cousait autour de son corps. L'agneau grandissait, l'étoffe s'étirait avec lui, et lorsqu'on venait le tondre, on retirait le tissu : la laine était d'une pureté absolue. En effet, les brebis se frottent dans la boue et se couchent par terre, ce qui salit leur toison ; par ce moyen, on s'assurait qu'elle demeurât parfaitement blanche et immaculée, selon l'expression « des ânesses blanches » (atonot tsehorot).

וְדָן וְיָוָן מְאוּזָּל בְּעִזְבוֹנַיִךְ נָתָנּוּ, בַּרְזֶל עָשׁוֹת קִדָּה וְקָנֶה בְּמַעֲרָבֵךְ הָיָה. - Vedan et Yavan ont fourni tes entrepôts en marchandises filées ; le fer forgé, la casse et le roseau aromatique faisaient partie de tes échanges.
דְּדָן רֹכַלְתֵּךְ בְּבִגְדֵי חֹפֶשׁ לְרִכְבָּה. - Dedan commerçait avec toi en housses précieuses pour les montures.

« Méouzal » - Le Radak l'explique à partir de la racine signifiant aller, se déplacer, expression très courante en araméen : azil, azal vé-ata (aller et venir). On la retrouve également dans les Écritures : « les eaux s'épuisent [s'en vont] de la mer ». De même, dans notre langue actuelle, lorsqu'on dit qu'un article est « azal » (épuisé), cela signifie qu'il est parti, qu'il n'y en a plus. C'est ainsi que le Targoum Yonatan traduit : « Dan et Yavan en caravane » - ils allaient et venaient constamment vers toi en caravanes pour acheminer des marchandises.

Cependant, le Malbim explique que « méouzal » ne provient pas de l'idée de déplacement, mais désigne des fils tissés - la filature de chirayine, selon le commentaire de Rachi, chirayine désignant la soie. La soie étant étirée et extraite du ver à soie, elle est appelée « ouzal », comme ce qui coule et s'écoule (azil miné) de son corps. Selon cette explication, « Vedan et Yavan ont fourni méouzal dans tes entrepôts » signifie qu'ils ont déposé dans tes entrepôts des étoffes filées et tissées en soie. Ils ont également apporté des marchandises en gage pour les cargaisons qu'ils emportaient : du fer forgé, de la casse (kida) et du roseau aromatique (kané). Yavan, aux côtés de Toubal et Méchekht, étaient les revendeurs qui laissaient en gage des âmes humaines et des ustensiles d'airain, tandis que Dan donnait du fer forgé (barzel achot). Le Radak explique le terme « achot » comme un fer pur et raffiné, à l'image de « l'ivoire poli » (échet chen) ; c'est ce métal renommé appelé fer indien. Et Yonatan a traduit par « ba'adkine divarzel » (lingots de fer).

Et Dedan prenait également des marchandises de Tyr elle-même : « en étoffes précieuses pour la monture » - des vêtements précieux et raffinés, dignes de personnes de haut rang, des habits d'hommes libres (bnei 'horin). Ceux-ci servaient à l'aménagement des chars, dont l'intérieur était tapissé d'étoffes coûteuses. Et ces étoffes de prix étaient confectionnées à partir du fil filé (méouzal) apporté par les marchands de Dedan, qui les reprenaient ensuite pour les revendre à d'autres.

עֲרַב וְכָל נְשִׂיאֵי קֵדָר הֵמָּה סֹחֲרֵי יָדֵךְ, בְּכָרִים וְאֵילִם וְעַתּוּדִים בָּם סֹחֲרָיִךְ. - L'Arabie et tous les princes de Kédar étaient tes marchands attitrés ; en agneaux, béliers et boucs, en cela ils commerçaient avec toi.

L'Arabie et Kédar représentent les peuples arabes, qui entretenaient avec toi un commerce direct. De quoi s'agissait-il ? D'agneaux (karim), de béliers et de boucs, que tu achetais à plein prix pour tes propres besoins, pour l'alimentation. Pour « karim », Rachi explique qu'il s'agit d'agneaux, tout en citant le Targoum Yonatan qui traduit par des bœufs, comme il l'a également traduit pour les « cent mille karim » mentionnés à propos de Mécha, roi de Moab. Mais Rachi tranche que « karim » désigne des agneaux, selon l'expression « les prés se sont vêtus d'agneaux » (livchou kharim hatson).

רֹכְלֵי שְׁבָא וְרַעְמָה הֵמָּה רֹכְלָיִךְ, בְּרֹאשׁ כָּל בֹּשֶׂם וּבְכָל אֶבֶן יְקָרָה וְזָהָב נָתְנוּ עִזְבוֹנָיִךְ. - Les marchands de Cheba et de Raema étaient tes courtiers ; des meilleurs aromates, de toute pierre précieuse et d'or, ils fournissaient tes marchés.

Après avoir évoqué Dedan, le texte passe à Cheba et Raema - Raema étant en quelque sorte la souche, comme il est dit : « Et les fils de Raema : Cheba et Dedan ». Et ils étaient tes courtiers : la marchandise que tout le monde achetait à l'origine à Cheba même, on vient désormais l'acheter chez toi. De quoi s'agissait-il ? « Des meilleurs aromates, de toute pierre précieuse et d'or » - toutes ces richesses que la reine de Cheba avait apportées au roi Salomon. Ils fournirent toutes ces choses dans tes entrepôts, afin que tu les revendes. Cheba, au lieu de distribuer directement, commença à passer par un intermédiaire - et cet intermédiaire était Tyr. En effet, Tyr avait prouvé sa puissance commerciale par un marketing offensif ; et puisque tout le monde convergeait vers elle, quiconque voulait écouler sa marchandise savait que la place centrale du marché se trouvait là-bas.

חָרָן וְכַנֵּה וָעֶדֶן רֹכְלֵי שְׁבָא, אַשּׁוּר כִּלְמַד רֹכַלְתֵּךְ. - Haran, Kanné et Éden étaient les marchands de Cheba ; Assur et Kilmad étaient tes courtiers.

Remarquons qu'il y a ici une revue exhaustive de tous les peuples d'alentour, sans exception. Haran, Kanné et Éden étaient eux aussi les marchands de Cheba. « Assour Kilmad ro'haltekh » - à rapprocher du mot « méloumad » (habitué, instruit) : dès lors qu'Assur a pris l'habitude d'acquérir ta marchandise, il ne se rend plus à Cheba, mais fait venir tout exclusivement de Tyr. Ce qui autrefois transitait par Cheba passe désormais par Tyr, qui a conquis le marché, Cheba elle-même écoulant ses produits à travers Tyr.

הֵמָּה רֹכְלַיִךְ בְּמַכְלֻלִים, בִּגְלוֹמֵי תְּכֵלֶת וְרִקְמָה, וּבְגִנְזֵי בְּרֹמִים, בַּחֲבָלִים חֲבֻשִׁים וַאֲרֻזִים בְּמַרְכֻלְתֵּךְ. - Ils étaient tes marchands en parures splendides, en manteaux d'azur et de broderie, en coffres précieux, ficelés de cordes et bien serrés parmi tes marchandises.

Ils prenaient chez toi des marchandises pour les détailler à des particuliers, ce qui est le rôle du colporteur (rokhel). Et quelles étaient ces marchandises ? « En parures splendides (makhloulim), en manteaux (glomé) d'azur ». Le Malbim explique que « glomé » vient de la racine de « glima » (manteau). La Guémara enseigne que la glima donne à l'homme l'aspect d'un « golem » - une matière brute qui n'a pas encore pris la forme d'un ustensile défini. En effet, le manteau n'est pas taillé près du corps, mais flotte comme une tunique, de sorte que celui qui le porte apparaît d'un seul bloc, comme dans « Tes yeux voyaient ma masse informe (golmi) » ou « il prit son manteau et l'enroula (vayiglom) ». Il s'agit donc d'un vêtement qui enveloppe tout le corps d'une seule pièce. « En coffres précieux (ginzé béromim) » - des étoffes particulières appelées en arabe « baroumiya ». Et ces marchandises étaient attachées « par des cordes ficelées et emballées » - « 'havoush » signifiant fermé, bien serré avec des cordes comme un pansement enveloppe une blessure. Il s'agit sans doute de la première mention d'un commerce sous emballage : la marchandise n'était pas livrée en vrac, mais soigneusement conditionnée.

אֳנִיּוֹת תַּרְשִׁישׁ שָׁרוֹתַיִךְ מַעֲרָבֵךְ, וַתִּמָּלְאִי וַתִּכְבְּדִי מְאֹד בְּלֵב יַמִּים. - Les navires de Tarchich étaient tes caravanes pour ton commerce ; tu t'es remplie et alourdie immensément au cœur des mers.

Trois interprétations sont données ici. Le Malbim explique « charotayikh » dans le sens de service : ils étaient à ton service ; et « maaravekh » : ils se portaient garants pour toi (arev), tout t'appartenait ; c'est ainsi que tu t'es remplie de marchandises : « et tu devins très pesante au cœur des mers », alourdie par l'abondance des cargaisons. Le Radak explique « charotayikh » d'après le mot « chéyara » (caravane) : des caravanes maritimes transportant ton commerce, les vaisseaux de Tarchich acheminant des flottes entières de marchandises depuis Tyr ; et « au cœur des mers » signifie que tu étais comme au centre de tous les océans, les navires affluant vers toi de toutes parts, et toi constituant le carrefour incontournable où l'on venait déposer et charger le fret. Quant à Rachi, il rattache « charotayikh » à la notion de plaine (« michor ») : les navires de Tarchich étaient pour toi comme une voie plane et sans obstacle ; de même qu'une plaine offre une route dégagée pour transporter les marchandises, sans cols montagneux ni vallées abruptes, de même ces bateaux convoyaient tes biens avec fluidité, sans heurts ni embûches - selon l'expression « mon pied se tient dans le chemin droit (bemichor) » ou « il marche avec rectitude ».

בְּמַיִם רַבִּים הֱבִאוּךְ הַשָּׁטִים אֹתָךְ, רוּחַ הַקָּדִים שְׁבָרֵךְ בְּלֵב יַמִּים. - Tes rameurs t'ont conduite sur les grandes eaux ; le vent d'est t'a brisée au cœur des mers.

« Les rameurs qui te mènent » - le Malbim explique : ceux qui te tourmentent. Ce sont eux qui t'ont conduite dans les grandes eaux. Tsidon (Sidon) et Arwad étaient liées à la chute de Tyr, comme il est écrit : « Faites silence, habitants de l'île, marchands de Sidon », « Sois confuse, Sidon » - Sidon jalousait la grandeur de Tyr, qui constituait un centre de commerce mondial, et elle a même contribué à sa chute. C'est pourquoi il est dit : « Le vent d'orient t'a brisée au cœur des mers » : lorsqu'un navire est proche du rivage et qu'un vent d'est survient, il reste possible d'envoyer des barques pour le secourir ; mais un navire qui sombre au cœur des mers ne trouve personne pour le sauver. De même, ceux qui te haïssaient et cherchaient ta ruine t'ont entraînée au cœur des eaux profondes, afin que ta chute soit totale, une chute sans relèvement possible.

Le Radak, quant à lui, rattache l'expression « les rameurs qui te mènent » à la notion de pillage et de butin, à l'instar de « Et Essav méprisa le droit d'aînesse », que le Targoum traduit par « ve-chatt Essav » ; ce sont donc ceux qui viennent s'emparer de ton butin. Quant au « vent d'orient », c'est une métaphore désignant Nabuchodonosor, selon le Targoum Yonathan : un roi puissant comme le vent d'est, un monarque qui s'avance avec la force d'un vent violent pour te conquérir.

הוֹנֵךְ וְעִזְבוֹנַיִךְ מַעֲרָבֵךְ מַלָּחַיִךְ וְחֹבְלָיִךְ, מַחֲזִיקֵי בִדְקֵךְ וְעֹרְבֵי מַעֲרָבֵךְ וְכָל אַנְשֵׁי מִלְחַמְתֵּךְ אֲשֶׁר בָּךְ, וּבְכָל קְהָלֵךְ אֲשֶׁר בְּתוֹכֵךְ, יִפְּלוּ בְּלֵב יַמִּים בְּיוֹם מַפַּלְתֵּךְ. - Tes richesses, tes cargaisons, tes marchandises, tes matelots et tes pilotes, ceux qui réparent tes brèches et ceux qui négocient ton commerce, et tous les hommes de guerre qui sont en toi, avec toute la multitude réunie en ton sein, s'abîmeront au cœur des mers le jour de ta chute.

Le verset énumère absolument tout : « tes richesses » - tes capitaux propres ; « tes cargaisons » - ce que les marchands ont déposé chez toi pour la vente ; « tes marchandises » - les gages donnés par d'autres pour garantir le paiement. Voilà pour les biens matériels. Mais il ne s'agit pas seulement des richesses, les personnes sont également mentionnées, et le prophète poursuit l'allégorie du navire : « tes matelots » - ceux qui mènent le vaisseau, « et tes pilotes » - les capitaines, c'est-à-dire le peuple et les ministres ; « ceux qui réparent tes brèches » - les dirigeants ; « ceux qui négocient ton commerce » - les riches ; « tous les hommes de guerre » - les vaillants guerriers ; « et toute la multitude » - toute la population en ton sein. Tous sombreront dans les grandes eaux. Car Tyr a coulé sans rien laisser derrière elle : la mer est montée et a tout submergé, ne laissant qu'un rocher nu et aride sur lequel les pêcheurs étendent leurs filets pour les faire sécher, comme nous l'avons rappelé au début.

לְקוֹל זַעֲקַת חֹבְלָיִךְ יִרְעֲשׁוּ מִגְרֹשׁוֹת. - Au bruit des cris de tes pilotes, les faubourgs trembleront.

Lorsque les pilotes, qui représentent les dignitaires et les ministres, pousseront des clameurs, les faubourgs s'ébranleront à leurs cris. Et que sont ces « migrachot » ? Le Malbim explique que dans la langue de nos Sages, l'espace découvert entourant une ville est appelé « migrash ». Il s'agit d'une tournure poétique : la ville ne sera pas la seule à trembler, les territoires qui l'entourent frémiront et seront saisis d'effroi en entendant les cris des dirigeants, le jour où le désastre s'abattra sur Tyr et où elle sombrera.

וְיָרְדוּ מֵאֳנִיּוֹתֵיהֶם כֹּל תֹּפְשֵׂי מָשׁוֹט, מַלָּחִים כֹּל חֹבְלֵי הַיָּם, אֶל הָאָרֶץ יַעֲמֹדוּ. - Tous ceux qui manient la rame descendront de leurs vaisseaux ; les matelots, tous les pilotes de la mer se tiendront sur la terre ferme.

Puisqu'il n'y a plus de place commerciale, les armateurs descendent de leurs navires et se voient contraints à une reconversion professionnelle. Jusqu'alors, leur subsistance dépendait de la navigation et du transport de marchandises ; Tyr ayant sombré et tout commerce ayant disparu, ils désarment les navires et descendent à terre. « Se tiendront sur la terre ferme » - ils chercheront désormais leur gagne-pain dans le commerce terrestre et non plus dans le commerce maritime.

וְהִשְׁמִיעוּ עָלַיִךְ בְּקוֹלָם וְיִזְעֲקוּ מָרָה, וְיַעֲלוּ עָפָר עַל רָאשֵׁיהֶם בָּאֵפֶר יִתְפַּלָּשׁוּ. - Ils feront retentir leur voix sur toi et pousseront des cris amers, ils jetteront de la poussière sur leur tête et se rouleront dans la cendre.

Ils feront entendre une clameur amère sur ta ruine et jetteront de la poussière sur leur tête, car telle était la coutume des endeuillés, comme nous l'avons vu pour les compagnons de Iyov (Job) qui répandaient de la poussière sur leur tête et s'asseyaient dans la cendre. Et nous avons déjà vu plus haut : « Tous les princes de la mer descendront de leurs trônes » - ce sera là une chute immense.

וְהִקְרִיחוּ אֵלַיִךְ קָרְחָה וְחָגְרוּ שַׂקִּים, וּבָכוּ אֵלַיִךְ בְּמַר נֶפֶשׁ מִסְפֵּד מָר. - Pour toi ils se raseront la tête, ils se ceindront de sacs, et ils pleureront sur toi avec amertume d'âme, en une lamentation amère.

C'était également là l'une des coutumes de deuil des nations : lorsqu'ils pleuraient la mort d'un proche, ils se rasaient la tête. Or la Torah a mis en garde : « Vous ne ferez point d'incision dans votre chair pour un mort » et « ils ne se feront point de tonsure sur la tête ». Le Ramban écrit que les nations avaient coutume de se lacérer et de se faire des incisions, mais la Torah refuse qu'Israël agisse ainsi. En effet, l'homme agit de la sorte sous l'emprise d'un sentiment de perte irrémédiable ; mais celui qui sait que tout provient d'Hachem, et que le Saint, béni soit-Il, a rappelé le défunt pour le faire passer d'une étape à une autre réalité, comprend que la mort n'est pas un anéantissement, mais une transition d'un monde éphémère vers un monde éternel. Dès lors, il n'y a pas lieu d'adopter des manifestations de douleur aussi extrêmes, en se lacérant ou en se tondant la tête. D'ailleurs, de nos jours encore, telle est la pratique des Libanais lors du deuil : ils se lacèrent et accomplissent tout ce que la Guémara décrit comme étant les coutumes des nations, comme le rapportent des témoins ayant assisté à leurs funérailles. « Ils se ceindront de sacs » - car l'endeuillé revêtait un sac, « et ils pleureront sur toi avec amertume d'âme » - c'est avec une profonde amertume qu'ils prononceront sur toi une oraison funèbre.

וְנָשְׂאוּ אֵלַיִךְ בְּנִיהֶם קִינָה וְקוֹנְנוּ עָלָיִךְ, מִי כְצוֹר כְּדֻמָה בְּתוֹךְ הַיָּם. - Dans leurs lamentations, ils entonneront sur toi une complainte et se lamenteront sur toi : Qui fut comme Tyr, si muette au milieu de la mer !

« Benikhem » (בְּנִיהֶם) ne vient pas du terme « banim » (enfants), mais de la racine « nehi » (gémissement, lamentation) : ils feront entendre sur toi une clameur de deuil et de complainte. Pourquoi cette expression ? Le Malbim explique que l'usage voulait qu'une personne entonne la complainte et que l'assistance réponde après elle par des gémissements (« nehi ») et des exclamations de douleur (« hoy »). Telle a toujours été la coutume : un officiant déclame et l'assemblée reprend après lui. De nos jours encore, cet usage est perpétué chez les Juifs du Yémen, non seulement pour les lamentations de deuil, mais aussi pour les chants de Chabbat : un chantre entonne et le public répond. On trouve également cette pratique très répandue à l'époque de nos Sages, selon la formule du Talmud : « Les hommes chantent et les femmes répondent, les femmes chantent et les hommes répondent » - les uns chantant et les autres donnant la réplique, ce que la Guémara qualifie de « feu dans des brindilles » au sujet de la voix féminine.

Et que diront-ils dans leur complainte ? « Qui était comme Tyr, semblable au silence au milieu de la mer » : qui pouvait égaler Tyr dans sa splendeur et sa sérénité, et qui lui ressemble désormais, quand elle est anéantie et silencieuse au cœur des flots dans sa ruine ? Le terme « Doumah » se rattache à l'immobilité et au silence, comme dans « Mon âme se tait » (doumah nafchi), semblable à une matière inerte. C'est-à-dire : qui l'égalait dans sa grandeur, et qui peut lui être comparé dans sa déchéance ? Nul n'avait atteint un tel sommet de prestige, et nul n'a connu une chute aussi vertigineuse. Tyr a été extrême dans son élévation comme dans son effondrement.

בְּצֵאת עִזְבוֹנַיִךְ מִיַּמִּים הִשְׂבַּעַתְּ עַמִּים רַבִּים, בְּרֹב הוֹנַיִךְ וּמַעֲרָבַיִךְ הֶעֱשַׁרְתְּ מַלְכֵי אָרֶץ. - Quand tes cargaisons sortaient des mers, tu rassasiais des peuples nombreux ; par l'abondance de tes richesses et de ton commerce, tu enrichissais les rois de la terre.

« Tes cargaisons » ('èzvonayikh) : les marchandises des autres nations déposées chez toi, qui passaient ensuite aux négociants itinérants et, par leur intermédiaire, jusqu'aux confins du monde. À leur sortie des mers, tu rassasiais de nombreux peuples, comblés par tout ce que tu leur vendais. « Par l'abondance de tes richesses et de ton commerce » : il s'agit ici de ses propres capitaux et des marchandises reçues en dépôt ou en troc, grâce auxquels elle enrichissait les souverains de la terre.

עֵת נִשְׁבֶּרֶת מִיַּמִּים בְּמַעֲמַקֵּי מָיִם, מַעֲרָבֵךְ וְכָל קְהָלֵךְ בְּתוֹכֵךְ נָפָלוּ. - Au moment où tu as été brisée par les mers dans les profondeurs des eaux, ton commerce et toute ta multitude ont sombré avec toi.

Le texte revient à présent éclairer le verset « qui est comme celle qui est réduite au silence au milieu de la mer » : qui a connu un brisement aussi effroyable que Tyr, engloutie dans les profondeurs marines ? De même que ta grandeur procédait des mers - les vaisseaux affluant de toutes les mers du globe pour t'approvisionner -, de même ta perte est venue des mers : les flots se sont soulevés pour t'engloutir, et là ont péri tes marchandises et toute ta foule, tous les hommes rassemblés en ton sein, sans qu'il n'en subsiste la moindre trace. L'expression « tu as été brisée » (nichbérète), fait observer le Malbim, s'applique couramment à un navire - comme dans « le navire menaçait de se briser ». De même que le prophète a comparé Tyr tout au long du chapitre à un navire manœuvré par un capitaine et chargé de riches cargaisons, il la dépeint ici comme un vaisseau disloqué par les flots et englouti dans les abîmes.

כֹּל יֹשְׁבֵי הָאִיִּים שָׁמְמוּ עָלַיִךְ, וּמַלְכֵיהֶם שָׂעֲרוּ שַׂעַר רָעֲמוּ פָּנִים. - Tous les habitants des îles sont frappés de stupeur à ton sujet, leurs rois frémissent d'épouvante et leurs visages sont bouleversés.

Auparavant, « tu rassasiais des peuples nombreux » et fournissais leur subsistance aux nations environnantes, car c'est de toi qu'elles achetaient leurs biens ; désormais, les insulaires sont pétrifiés devant ta ruine : il n'y a plus personne pour les approvisionner. C'est le sens de ce qui a été dit plus haut : « Maintenant les îles trembleront au jour de ta chute ». À la nouvelle de l'écroulement de Tyr, ils ont été saisis d'angoisse : comment mangerons-nous et d'où proviendra notre subsistance ? Jadis, tu enrichissais les rois de la terre, et maintenant « leurs rois frémissent d'épouvante » : une tempête intérieure, un effroi profond devant cette débâcle. À ce trouble intime s'ajoute l'expression extérieure : « leurs visages sont bouleversés », la détresse se peignant sur leurs traits, car ils sont terrifiés à la pensée que le désastre qui t'a frappée ne s'abatte aussi sur eux. Rachi explique « ra'amou panim » par des visages assombris par l'amertume, à l'image de « sa rivale la provoquait... pour l'irriter » (har'imah), où les traits se crispent de douleur ; et toute récrimination amère, note Rachi, est appelée en araméen « tour'amta », du terme exprimant la plainte et le mécontentement.

סֹחֲרִים בָּעַמִּים שָׁרְקוּ עָלָיִךְ, בַּלָּהוֹת הָיִית וְאֵינֵךְ עַד עוֹלָם. - Les marchands parmi les peuples ont sifflé sur toi ; tu es devenue un sujet d'épouvante, et tu ne seras plus, à tout jamais.

Même les marchands parmi les nations ont sifflé sur toi. Ce sifflement traduit la douleur, la sidération et l'effarement, selon l'expression scripturaire : « Quiconque passera près d'elle sera stupéfait et sifflera » - le passant siffle d'effroi face à une scène aussi effroyable. Ils sifflaient également parce que leurs propres affaires étaient ruinées. « Tu es devenue un sujet d'épouvante » (balahot hayit) : le Malbim y voit une allusion aux chimères ou aux fantômes, des apparitions qui n'existent que dans l'imaginaire ; nous avons vu plus haut que d'autres commentateurs rattachent ce mot à la terreur (béhalot), une réalité effrayante qui sème la panique. « Et tu ne seras plus, à tout jamais » : semblable à un spectre apparu un instant avant de s'évanouir, tu n'as brillé qu'un moment pour disparaître ensuite définitivement du monde. Puissent ainsi périr tous les ennemis de Hachem !

En conclusion :

Dans cette partie de la complainte, Yé'hezkel déploie la carte du commerce mondial de Tyr : Tarchich, Yavane, Touval et Méchekh, Togarma, Dedane, Aram, Yéhouda et la terre d'Israël, Damas, l'Arabie et Kédar, Cheva et Ra'ma, 'Harane, Kané, Éden et Achour - tous marchands, courtiers, échangeant cargaisons et marchandises. Tyr n'était pas productrice mais une plaque tournante : chacun y déposait ses biens et chacun venait s'y approvisionner, au point même que Cheva, qui commerçait directement auparavant, s'est mise à exporter par son intermédiaire. Et de même que toute sa grandeur lui était venue des mers, c'est des mers que lui vint son brisement : le vent d'est l'a brisée au cœur des mers, ses ennemis ont précipité sa chute, et ses richesses, ses cargaisons, ses marins, ses pilotes, ses chefs et ses guerriers - tous ont sombré ensemble. Les marchands sifflent d'effroi, les rois sont saisis d'épouvante et le visage défait, et les îles restent désertes. Et du sommet orgueilleux de « Je suis d'une beauté parfaite », Tyr n'est plus qu'un spectre apparu un instant puis évanoui : « Tu es devenue un objet d'épouvante, et tu ne seras plus, à jamais ».