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Chapitre 23 - Ohola et Oholiba - Deuxième partie

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Introduction au chapitre

Le chapitre 23 de Yé’hezkel est la parabole des deux sœurs : Ohola - qui est Samarie, et Oholiba - qui est Jérusalem. Toutes deux sont les filles d'une même mère, toutes deux ont été infidèles à leur époux, c'est-à-dire qu'elles se sont écartées de la voie d'Hachem pour s'attacher aux nations et à leur idolâtrie. Dans cette partie, le prophète passe de la description de la faute à celle du châtiment : comment ces mêmes « amants », l'Égypte, l'Assyrie et Babylone, deviendront la verge de la colère divine - mesure pour mesure. Nous suivrons l'ordre des versets à la lumière du Malbim, enrichi des commentaires de Rachi, du Radak, d'Abarbanel et du Targoum tels qu'enseignés dans ce cours.

L'armée venant de toutes parts
בְּנֵי בָבֶל וְכׇל כַּשְׂדִּים פְּקוֹד וְשׁוֹעַ וְקוֹעַ כׇּל בְּנֵי אַשּׁוּר אוֹתָם, בַּחוּרֵי חֶמֶד פַּחוֹת וּסְגָנִים כֻּלָּם שָׁלִשִׁים וּקְרוּאִים רֹכְבֵי סוּסִים כֻּלָּם׃ - Les Babyloniens et tous les Chaldéens, Pékod, Choa et Koa, tous les Assyriens avec eux, jeunes gens séduisants, gouverneurs et magistrats tous ensemble, officiers d'élite et hommes de renom, tous cavaliers émérites.

Qui sont « Pékod, Choa et Koa » ? Selon le Targoum Yonatan, repris par Rachi, ce sont des noms de provinces - les peuples soumis à l'autorité de Babylone. Rachi rapporte également une autre explication : il s'agit d'officiers, de ministres et de gouverneurs. « Tous les Assyriens avec eux » (« otam », ici au sens de « itam ») : les Assyriens viendront eux aussi avec eux, car eux aussi se souviendront du lien qui les unissait jadis à Israël, et voudront pour ainsi dire renouer avec cette passion d'autrefois.

C'est pourquoi le prophète énumère à nouveau exactement les mêmes titres mentionnés plus haut lors de la faute : « jeunes gens séduisants, gouverneurs et magistrats tous ensemble, officiers d'élite et hommes de renom, tous cavaliers émérites ». Ce sont précisément ces attributs qui l'avaient séduite, voyant en eux des hommes de haut rang - et voilà que ces mêmes personnages illustres reviennent vers elle, pour ainsi dire pour raviver cet amour d'antan.

וּבָאוּ עָלַיִךְ הֹצֶן רֶכֶב וְגַלְגַּל וּבִקְהַל עַמִּים, צִנָּה וּמָגֵן וְקוֹבַע יָשִׂימוּ עָלַיִךְ סָבִיב, וְנָתַתִּי לִפְנֵיהֶם מִשְׁפָּט וּשְׁפָטוּךְ בְּמִשְׁפְּטֵיהֶם׃ - Et ils viendront contre toi avec des armes, des chars et des roues, et une foule de peuples ; ils disposeront contre toi tout autour le grand bouclier, l'écu et le casque ; et je leur remettrai le jugement, et ils te jugeront selon leurs lois.

Que signifie le terme « hotsen » ? Le Malbim explique qu'il s'agit de sortes de chars et d'engins de guerre. Ce terme est lié à « 'hotsen », comme dans « et ils ramèneront tes fils sur leurs bras ('hotsen) », où le Malbim explique également qu'il s'agit d'une forme de char - ils les amèneront dans un char. En revanche, le Radak rapporte au nom de son père que « 'hotsen » désigne le bras, et par extension une armée ou des troupes, car l'armée est appelée « bras », comme dans « les bras du Néguev » qui désignent des armées. Selon cette interprétation, « et ils viendront contre toi avec hotsen » signifie qu'ils viendront contre toi avec des armées puissantes. « Chars et roues, et une foule de peuples » - ils viendront avec une immense puissance.

« Le grand bouclier, l'écu et le casque » - ce sont des armes défensives conférant un net avantage sur le champ de bataille : la « tsina » (le grand bouclier) protège des coups d'épée et enveloppe le combattant sur trois côtés, le « maguen » (l'écu) protège des flèches par-devant, et le « kova » est un casque d'airain placé sur la tête. « Ils disposeront contre toi tout autour » - ils t'assiégeront de toutes parts.

Deux sortes de jugements - un double châtiment

« Et je leur remettrai le jugement » - l'armée de Babylone sera, pour ainsi dire, le tribunal, tandis que le Saint, béni soit-Il, est la partie plaignante et le procureur, qui porte l'accusation devant eux pour s'être rebellé contre Lui. C'est également ce que nous trouvons dans Yirméyahou au chapitre 1 : « Ils viendront et placeront chacun leur siège à l'entrée des portes de Jérusalem... et je prononcerai mes jugements contre eux sur toute leur méchanceté ». Or, il y a ici deux sortes de jugements. Le premier émane du Saint, béni soit-Il, en tant que plaignant, et la sentence ainsi que la punition s'appliquent selon les lois divines, qui suivent la demande du plaignant. Le second relève des juges eux-mêmes, dont les lois sont différentes, et ils la puniront selon leurs propres coutumes, leurs lois et les mœurs des nations. Sur le premier, il est dit : « et je leur remettrai le jugement », et sur le second : « et ils te jugeront selon leurs lois ». Il s'avère ainsi qu'elle est doublement frappée : à la fois par le châtiment qui lui revient selon la Torah, et par celui qui lui revient selon les lois des nations.

וְנָתַתִּי קִנְאָתִי בָּךְ וְעָשׂוּ אוֹתָךְ בְּחֵמָה, אַפֵּךְ וְאׇזְנַיִךְ יָסִירוּ וְאַחֲרִיתֵךְ בַּחֶרֶב תִּפּוֹל, הֵמָּה בָּנַיִךְ וּבְנוֹתַיִךְ יִקָּחוּ וְאַחֲרִיתֵךְ תֵּאָכֵל בָּאֵשׁ׃ - Et je déchaînerai ma jalousie contre toi, et ils agiront envers toi avec fureur ; ils couperont ton nez et tes oreilles, et ce qui restera de toi tombera par l'épée ; ils prendront tes fils et tes filles, et ton reste sera dévoré par le feu.

« Je dirigerai Ma jalousie contre toi » - tel un mari jaloux de son épouse qui lui a été infidèle, ce qui correspond à « Je leur confierai le jugement », le châtiment conforme aux lois de la Torah. « Ils agiront envers toi avec fureur » - en regard de « ils te jugeront selon leurs lois » : ils exécuteront sur toi le jugement avec colère et emportement, selon leurs propres lois, de sorte que son châtiment se trouvera doublé.

Et face à « Je dirigerai Ma jalousie contre toi », le texte annonce : « Ils t'ôteront le nez et les oreilles ». C'est ainsi que l'on punissait une femme adultère : on lui tranchait le nez et les oreilles. C'est une flétrissure indélébile, garantissant que plus aucun homme ne posera les yeux sur elle et qu'elle deviendra repoussante aux yeux des débauchés. Tout cela mesure pour mesure : parce qu'elle a eu l'audace d'affronter le regard d'autrui et qu'elle a prêté l'oreille aux propos de débauche et de séduction.

« Ce qui restera de toi tombera par l'épée » - l'Abarbanel explique qu'il s'agit du bas des vêtements, dont on tranche l'ourlet avec une épée. C'était la honte suprême infligée à ces femmes : on découvrait leur nudité et on les vêtait de façon dégradante, ce qui constituait une infamie perpétuelle révélant leur inconduite. Ce que certaines adoptent aujourd'hui délibérément représentait autrefois une marque d'opprobre et d'ignominie.

Et face à « ils agiront envers toi avec fureur », le jugement qu'ils exerceront de leur propre chef, le verset déclare : « Eux prendront tes fils et tes filles » - c'est en surplus de ce que Je décrète contre toi : ils emmèneront les fils et les filles en captivité. « Et ce qui restera de toi sera dévoré par le feu » - l'incendie du Temple. Deux châtiments supplémentaires apparaissent ainsi : une captivité vécue dans une honte permanente, et l'embrasement du Sanctuaire.

Mesure pour mesure : sur qui vous êtes-vous appuyés ?

Toute la démarche relève ici du principe de mesure pour mesure. Le peuple d'Israël s'est attaché aux nations et a cherché son salut auprès de l'Égypte et de Babylone ; c'est à ce propos que le Saint, béni soit-Il, déclare : « Où sont leurs dieux, le rocher où ils cherchaient un refuge, eux qui mangeaient la graisse de leurs sacrifices, qui buvaient le vin de leurs libations ? Qu'ils se lèvent et vous secourent, qu'ils soient pour vous un abri ! ». De même, l'auteur du 'Hovot HaLevavot enseigne : lorsqu'un homme place sa confiance en autrui, le Saint, béni soit-Il, le livre entre les mains de celui sur qui il s'est appuyé. Vous avez compté sur l'Égypte ? Voici l'Égypte, voyez ce qu'elle fera de vous ! Un bâton de roseau brisé, qui perce la paume de quiconque s'appuie sur lui.

C'est pourquoi le châtiment survient précisément par le biais des nations auxquelles ils s'étaient associés. Tu croyais pouvoir t'unir à eux et t'en séparer à ton gré ? Nous avons vu plus haut : « Voici, Je réveille contre toi tes amants » : ils ne te laisseront pas rompre si facilement. C'est alors qu'il apparaîtra au grand jour qu'il ne s'agissait nullement d'amour, mais d'une haine implacable : « Je dirigerai Ma jalousie contre toi et ils agiront envers toi avec fureur ; ils t'ôteront le nez et les oreilles... Eux prendront tes fils et tes filles, et ce qui restera de toi sera dévoré par le feu ». Car si seulement vous vous étiez appuyés sur le Saint, béni soit-Il, vous auriez bénéficié de toutes les délivrances, de tous les succès et de toutes les bénédictions. Mais puisque vous avez affirmé avoir d'autres nations sur qui vous appuyer, c'est par elles que vous souffrirez.

Ces nations étaient-elles vertueuses pour autant ? Certes non. Toutes ont fini par rendre des comptes. Le Saint, béni soit-Il, châtie par l'intermédiaire d'une nation, puis Il tire vengeance de cette nation elle-même. L'Égypte nous a opprimés, et a fini par essuyer ses plaies. Babylone nous a infligé tourments et supplices, et il est dit à son sujet : « Fille de Babylone vouée à la dévastation, heureux qui saisira et écrasera tes nourrissons contre le rocher ! », et ces paroles s'accomplissent sous nos yeux. Que reste-t-il de Babylone ? Que reste-t-il de l'Égypte ? Que reste-t-il de toutes ces nations qui nous ont persécutés ? Rien n'en subsiste. En fin de compte, la nation paie le prix fort pour chacun de ses actes.

Le dépouillement des vêtements et la fin de la débauche
וְהִפְשִׁיטוּךְ אֶת בְּגָדָיִךְ וְלָקְחוּ כְּלֵי תִפְאַרְתֵּךְ׃ - « Ils te dépouilleront de tes vêtements et prendront les objets de ta parure. »

« Ils te dépouilleront de tes vêtements » - les habits précieux ; et Rachi explique, au sens allégorique, qu'il s'agit des vêtements sacerdotaux. « Et prendront les objets de ta parure » - les ustensiles du Temple. De même, tout ce qu'ils possédaient de précieux en tant que peuple de Hachem, on les en dépouillera intégralement.

וְהִשְׁבַּתִּי זִמָּתֵךְ מִמֵּךְ וְאֶת זְנוּתֵךְ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם, וְלֹא תִשְׂאִי עֵינַיִךְ אֲלֵיהֶם וּמִצְרַיִם לֹא תִזְכְּרִי עוֹד׃ - « Et Je ferai cesser ton infamie loin de toi, ainsi que ta débauche issue du pays d'Égypte ; tu ne lèveras plus les yeux vers eux et tu ne te souviendras plus de l'Égypte. »

« Zimah » (infamie, perversité) - comme nous l'avons expliqué, ce sont les pensées profondes de la débauche, c'est-à-dire l'attachement à l'hérésie et à l'idolâtrie par l'étude et la spéculation intellectuelle. « Et Je ferai cesser ton infamie loin de toi » - car une fois exilés à Babylone, les enfants d'Israël ne pratiquèrent plus l'idolâtrie. Et quant à ce qui est écrit : « Et vous servirez là-bas d'autres dieux, du bois et de la pierre », nos Sages enseignent que cela ne signifie pas qu'ils serviraient littéralement d'autres dieux, mais qu'ils seraient assujettis aux adorateurs de faux dieux ; et dès lors qu'ils étaient abaissés devant des idolâtres, cela leur fut compté comme s'ils avaient eux-mêmes servi les idoles. La raison en est que les Hommes de la Grande Assemblée (Anché Knesset HaGuedolah) ont aboli le mauvais penchant de l'idolâtrie, et avec la disparition de la prophétie, ce penchant disparut lui aussi.

« Et ta prostitution depuis le pays d'Égypte » - désormais, ils ne placeront plus leur confiance en l'Égypte. « Et tu ne lèveras plus les yeux vers eux » - vers l'infamie et vers l'idolâtrie. « Et de l'Égypte tu ne te souviendras plus » - car l'Égypte elle aussi finit par s'effondrer, et les hommes de Juda qui y étaient descendus pour chercher refuge, après que le prophète les eut pourtant mis en garde de ne pas y descendre, périrent avec eux.

Entre les mains de ceux que tu as haïs
כִּי כֹה אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה, הִנְנִי נֹתְנָךְ בְּיַד אֲשֶׁר שָׂנֵאת בְּיַד אֲשֶׁר נָקְעָה נַפְשֵׁךְ מֵהֶם׃ - Car ainsi parle le Seigneur D.ieu : Voici, Je te livre entre les mains de ceux que tu as pris en haine, entre les mains de ceux dont ton âme s'est détachée avec dégoût.

Au début, il était dit : « Voici, Je réveille contre toi tes amants » - ils s'avancent, pour ainsi dire, au nom de l'alliance d'amour passée, afin de renouer le lien et de te ramener à leur service. Mais lorsque Je te livrerai entre leurs mains, ce sera « entre les mains de ceux que tu as haïs » : en constatant que tu n'es plus prête à cette liaison, la haine s'embrasera dans leur cœur, et ils agiront envers toi en ennemis et en oppresseurs impitoyables - et cela ira jusqu'à la destruction totale.

וְעָשׂוּ אוֹתָךְ בְּשִׂנְאָה וְלָקְחוּ כׇּל יְגִיעֵךְ וַעֲזָבוּךְ עֵירֹם וְעֶרְיָה, וְנִגְלָה עֶרְוַת זְנוּנַיִךְ וְזִמָּתֵךְ וְתַזְנוּתָיִךְ׃ - Ils agiront envers toi avec haine, prendront tout le fruit de ton labeur et te laisseront nue et dépouillée ; et sera découverte la nudité de tes prostitutions, de ton infamie et de tes débauches.

« Ils agiront envers toi avec haine » - non plus guidés par l'amour d'autrefois, mais par la haine présente, parce que tu refuses de revenir les servir. « Et prendront tout le fruit de ton labeur » - tout ce pour quoi tu as peiné, et ils te laisseront nue et dépouillée, saccageant tout sans rien épargner ; ils n'auront alors aucune pitié. Le Malbim analyse avec précision ces trois expressions : « Zenounayikh » (tes prostitutions) - l'acte concret de débauche idolâtre ; « Zimatekhe » (ton infamie) - le fait de sombrer dans la pensée de la dépravation, car ils ne se sont pas contentés d'une adhésion extérieure à l'idolâtrie, mais ont approfondi sa doctrine philosophique ; « Taznoutayikh » (tes débauches suscitées) - forme causative, indiquant qu'ils ne se sont pas satisfaits de leur propre égarement, mais ont entraîné les autres à adorer les idoles.

עָשֹׂה אֵלֶּה לָךְ בִּזְנוֹתֵךְ אַחֲרֵי גוֹיִם עַל אֲשֶׁר נִטְמֵאת בְּגִלּוּלֵיהֶם׃ - On te fera ces choses parce que tu t'es prostituée à la suite des nations, et parce que tu t'es souillée par leurs idoles immondes.

Pourquoi ce châtiment si terrible s'abattra-t-il sur toi ? « Parce que tu t'es prostituée à la suite des nations » - en descendant en Égypte pour implorer son secours au lieu de placer ta confiance en Hachem. « Et parce que tu t'es souillée par leurs idoles immondes » - et pire encore : une fois sur place, tu as servi les idoles tout comme eux, reproduisant l'ensemble de leurs abominations.

בְּדֶרֶךְ אֲחוֹתֵךְ הָלָכְתְּ וְנָתַתִּי כוֹסָהּ בְּיָדֵךְ׃ - Tu as marché dans la voie de ta sœur, aussi mettrai-Je sa coupe entre tes mains.

« Tu as marché dans la voie de ta sœur » - tu as vu les agissements d'Ohola, tu as été témoin de son châtiment et de son exil, et tu n'en as tiré aucune leçon. Dès lors, « et Je mettrai sa coupe entre tes mains » - cette même coupe empoisonnée qu'Ohola a bue, tu la boiras toi aussi.

La coupe de poison
כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה, כּוֹס אֲחוֹתֵךְ תִּשְׁתִּי הָעֲמֻקָּה וְהָרְחָבָה, תִּהְיֶה לִצְחֹק וּלְלַעַג מִרְבָּה לְהָכִיל׃ - Ainsi parle le Seigneur Dieu : Tu boiras la coupe de ta sœur, profonde et large ; elle sera un sujet de risée et de moquerie, tant elle est immense à contenir.

« Tu boiras la coupe de ta sœur » - tu seras exilée comme elle. « Profonde et large » - ne crois pas que la coupe se soit vidée quand ta sœur l'a bue ; cette coupe est profonde et large, elle contient une abondante boisson, et il y reste encore du poison pour toi, il y reste encore de ces eaux amères pour t'abreuver - à l'image des eaux amères qui éprouvent la sota, parce qu'elle s'est détournée de la voie d'Hachem.

« Elle sera un sujet de risée et de moquerie, tant elle est immense à contenir » - cela correspond aux trois étapes. De même que Samarie a bu la coupe à trois reprises, lors des trois vagues d'exil imposées par Sanhériv, de même Jérusalem a bu trois fois, déportée par trois fois sous Nabuchodonosor, comme il est écrit dans Isaïe : « Toute tête est malade... » etc. La première fois, elle sera un sujet de rire. Le Malbim précise que la moquerie est pire que le rire, car on peut rire de quelqu'un dans son dos, tandis que la moquerie s'exprime généralement en face. Et la troisième fois : « immense à contenir » - une dérision si démesurée qu'elle ne pourra plus la supporter, et c'est la ruine absolue.

שִׁכָּרוֹן וְיָגוֹן תִּמָּלֵאִי, כּוֹס שַׁמָּה וּשְׁמָמָה כּוֹס אֲחוֹתֵךְ שֹׁמְרוֹן׃ - Tu seras remplie d'ivresse et de douleur, coupe de dévastation et de désolation, coupe de ta sœur Samarie.

La première fois : « Tu seras remplie d'ivresse et de douleur » - non pas d'un vin qui réjouit l'homme, mais d'un breuvage enivrant qui fait perdre la raison et plonge dans l'affliction. Bien des gens ivres se mettent ensuite à pleurer et sombrent dans la tristesse sous l'effet de l'ébriété. La deuxième fois : « coupe de dévastation et de désolation » - tout le pays sera réduit à un désert. Et la troisième fois : « coupe de ta sœur Samarie » - l'anéantissement total, exactement comme pour sa sœur Samarie, dévastée de fond en comble.

וְשָׁתִית אוֹתָהּ וּמָצִית וְאֶת חֲרָשֶׂיהָ תְּגָרֵמִי וְשָׁדַיִךְ תְּנַתֵּקִי, כִּי אֲנִי דִבַּרְתִּי נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה׃ - Tu la boiras et tu la videras jusqu'à la lie, tu en rongeras les tessons et tu t'arracheras les seins, car c'est Moi qui ai parlé, oracle du Seigneur Dieu.

À nouveau trois degrés : la première fois, « tu la boiras ». La deuxième fois, « tu la videras jusqu'à la lie » - tu en extrairas toute la substance, tu suceras sans laisser une goutte, pas même ce qui reste collé aux parois. Et la troisième fois, « tu en rongeras les tessons » - le mot « tegarémi » vient de la même racine que « et il rongera leurs os » : quand on mangeait autrefois sans rien perdre, on brisait même les os pour aspirer la moelle à l'intérieur. Il en est de même ici : après avoir tout bu et tout sucé, on ira jusqu'à prendre les tessons d'argile pour les briser en miettes afin d'extraire la liqueur qui s'y est imprégnée. Autrement dit : vous subirez le châtiment dans toute son ampleur, jusqu'à la dernière mesure imaginable.

Le sens profond est le suivant : le peuple tout entier a péri, et seule Jérusalem, qui constitue le récipient, conserve encore du liquide - et le texte annonce que ce récipient sera mis en pièces, que Jérusalem sera pulvérisée, et bien que réduite en miettes, elle sera encore brûlée et ravagée. Coup sur coup, on ira extraire jusqu'à la dernière trace imprégnée dans ces morceaux brisés.

« Et tu t'arracheras les seins » - La rupture de l'abondance

Le Malbim explique : avec les tessons brisés, tu t'arracheras les seins. Jérusalem est à l'image d'une mère qui allaite ses enfants, le canal par lequel l'abondance divine, spirituelle et matérielle, descendait sur l'humanité entière. Le saint Or Ha'haïm fait remarquer que si les nations avaient mesuré quelle profusion de bénédictions leur parvenait grâce au Beth Hamikdach, elles auraient déployé des garnisons et des légions entières pour garder Jérusalem et le sanctuaire afin d'empêcher leur ruine. Or, lorsqu'une mère arrache ses seins à son nourrisson pour le sevrer de force, toute cette immense bénédiction qui résidait à Jérusalem - la royauté, la prêtrise, le culte du Temple et la prophétie - se trouve brusquement coupée. « Car c'est Moi qui ai parlé, oracle du Seigneur Dieu » - c'est Moi qui l'ai prononcé, et en fin de compte, la prophétie s'accomplira fidèlement.

Il existe ici une autre lecture : Rachi compare la coupe de malheur abreuvant Israël à un récipient d'argile. Un ustensile en métal, lorsqu'il se brise, peut être fondu pour en façonner un nouveau ; en revanche, un récipient d'argile brisé n'a plus aucun recours - irait-on le broyer pour en faire du sable ? Il y a déjà bien assez de sable dehors ! Dès lors, « tu en rongeras les tessons » s'avère une annonce réconfortante : ce vase de terre d'où tu as bu la coupe de poison va être brisé, et nul autre malheur ne viendra s'y ajouter. En revanche, pour les nations du monde, il est dit : « Babylone était une coupe d'or dans la main de l'Éternel, elle enivrait toute la terre » (Jérémie 51) - une coupe d'or, même écrasée ou brisée, peut être refondue pour qu'on y verse à nouveau à boire ; elles boiront donc encore et encore. Mais Israël est semblable à un vase de terre : une fois brisé en éclats, il ne servira plus à aucun châtiment nouveau.

לָכֵן כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה, יַעַן שָׁכַחַתְּ אוֹתִי וַתַּשְׁלִיכִי אוֹתִי אַחֲרֵי גַוֵּךְ, וְגַם אַתְּ שְׂאִי זִמָּתֵךְ וְאֶת תַּזְנוּתָיִךְ׃ - C'est pourquoi ainsi parle le Seigneur Dieu : Parce que tu M'as oublié et que tu M'as rejeté derrière ton dos, porte à ton tour la charge de ton infamie et de tes prostitutions.

Ici, Il résume et affirme que la cause principale de tout cela est que tu M'as totalement oublié, telle une femme infidèle qui a délaissé son époux et l'a complètement oublié. « Et toi aussi, porte ton infamie » - de même que J'ai supporté l'opprobre à cause de toi, car vous étiez le peuple de Hachem, et lorsque vous L'avez abandonné, cela a constitué un mépris et un immense 'hiloul Hachem, comme s'il ne valait pas la peine de servir Hachem, à l'image de ce que vous disiez : « Il est vain de servir Dieu, et quel profit avons-nous d'avoir gardé Ses observances ? », et que vous êtes allés vous choisir de nouveaux dieux - de même, porte toi aussi l'opprobre pour tes actes.

Les trois fautes les plus graves
וַיֹּאמֶר יְהֹוָה אֵלַי, בֶּן אָדָם הֲתִשְׁפּוֹט אֶת אׇהֳלָה וְאֶת אׇהֳלִיבָה, וְהַגֵּד לָהֶן אֵת תּוֹעֲבוֹתֵיהֶן׃ - Hachem me dit : Fils de l'homme, jugeras-tu Ohola et Oholiba, et leur dénonceras-tu leurs abominations ?

Le Saint, béni soit-Il, lui dit : Es-tu prêt à juger toi-même ? Les jugements de Hachem sont ensemble véridiques, tant à l'égard d'Ohola que d'Oholiba. Mon désir est que tu les juges et que tu leur révèles leurs abominations.

כִּי נִאֵפוּ וְדָם בִּידֵיהֶן וְאֶת גִּלּוּלֵיהֶן נִאֵפוּ, וְגַם אֶת בְּנֵיהֶן אֲשֶׁר יָלְדוּ לִי הֶעֱבִירוּ לָהֶם לְאׇכְלָה׃ - Car elles ont commis l'adultère et du sang est sur leurs mains ; elles ont commis l'adultère avec leurs idoles infâmes, et même les enfants qu'elles M'avaient enfantés, elles les ont fait passer par le feu pour les dévorer.

Le Radak explique qu'ici, il ne s'agit plus d'une allégorie. Jusqu'à présent, l'adultère était une métaphore de l'idolâtrie, mais « car elles ont commis l'adultère » doit être pris ici au sens littéral : ils commettaient l'adultère avec les femmes de leur prochain. En effet, le Premier Temple a été détruit à cause de trois transgressions capitales : l'idolâtrie, les unions interdites et l'effusion de sang. « Et du sang est sur leurs mains » - comme l'a dit Isaïe : « Vos mains sont pleines de sang », et c'est pourquoi Jérusalem est appelée « Malheur à la ville sanguinaire ». « Et elles ont commis l'adultère avec leurs idoles » - ceci s'entend de façon allégorique : de même que la femme infidèle s'adonne à des étrangers, de même ils se sont tournés vers des idoles. Il s'avère ainsi que les trois transgressions capitales sont mentionnées dans un seul verset comme étant les fautes ayant provoqué le désastre sur eux.

« Et même les enfants qu'elles M'avaient enfantés » - le Radak commente : qu'elles avaient enfantés pour Mon service. Et d'où sait-on qu'ils étaient destinés à Mon service ? Parce qu'au huitième jour de leur naissance, ils les ont fait entrer dans l'alliance et les ont circoncis, ce qui constitue le sceau du Roi pour le service de Hachem. Et ensuite, « elles les ont fait passer pour les dévorer » - elles les ont fait passer au Molok pour que le feu les consume. Le Malbim explique pour sa part « qu'elles M'avaient enfantés » : il s'agit de ceux qu'ils avaient consacrés au Ciel et à l'étude de la Torah, et ce sont précisément ceux-là qu'ils ont livrés au Baal pour être brûlés par le feu. C'est également ce que nous avons vu plus haut dans Ézéchiel (16, 20) : « Tu as pris tes fils et tes filles, que tu M'avais enfantés, et tu les leur as sacrifiés pour être dévorés ; tes prostitutions ne suffisaient-elles pas ? ».

Qui envoie-t-on au Molok ?

Imaginez la scène : le prêtre du Molok arrive et dit : « Que se passe-t-il avec vous ? La famille Untel a déjà sacrifié son enfant, la famille Chose a même déjà offert son deuxième enfant, et vous, vous n'avez pas encore donné le moindre enfant ! » On se dit alors : « Il faut vraiment faire quelque chose. Qui ? Réouven ? Non, Réouven est à l'armée. Chimon ? Non, Chimon vient de décrocher un poste dans la haute technologie. Yéhouda ? Non, Yéhouda a des affaires très importantes. Tu sais quoi ? Aharon, il est à la yéchiva, prenez Aharon ! » Qui envoyait-on au Molok ? Les fils qui avaient été consacrés au Ciel et à l'étude de la Torah.

Nous avions déjà cité à ce propos, au chapitre 16, la parabole du plat brûlé (« Hikdi'ha tavchilo »), qui caractérise une mauvaise épouse : pour ce qui a brûlé, elle dit à son mari « c'est le tien qui a brûlé », tandis que la partie supérieure qui n'a pas brûlé, elle déclare « c'est la mienne ». Il en va de même ici : c'est le plat du Saint, béni soit-Il, qu'ils sont allés brûler ; ce sont les enfants du Maître du monde qu'ils ont livrés au Molok.

Et c'est là une grande leçon de moussar pour nous. Bien souvent, une personne doit régler une affaire urgente : se rendre à la banque, à la mairie, à la sécurité sociale ou chez le médecin. Le matin, elle ne le peut pas, car il y a le travail. Mais l'après-midi, il y a de toute façon le kollel, alors elle y va à ce moment-là. Et le soir, il y a un cours de Torah, alors elle prend sur ce temps. Que livre-t-elle au Molok ? Le temps consacré à la Torah, la part dévolue au Maître du monde ! C'est à ce sujet que le Saint, béni soit-Il, déclare : « Et même les enfants qu'elles M'avaient enfantés, elles les ont fait passer pour les dévorer » - c'est précisément la part qui devrait être la plus précieuse et la plus sainte, à laquelle il est interdit de toucher, que l'homme sacrifie pour ses affaires profanes.

Olam, Chana, Néfèch
עוֹד זֹאת עָשׂוּ לִי, טִמְּאוּ אֶת מִקְדָּשִׁי בַּיּוֹם הַהוּא וְאֶת שַׁבְּתוֹתַי חִלֵּלוּ׃ - En outre, voici ce qu'ils m'ont fait : ils ont souillé mon sanctuaire en ce même jour, et ils ont profané mes Chabbaths.

Le jour même où ils sacrifiaient leurs enfants au Molokh, ils se rendaient au Beth Hamikdache pour y offrir un sacrifice afin de profaner le Sanctuaire, et ils s'arrangeaient pour que cela tombe précisément un Chabbath, afin de profaner également le Chabbath. Il s'avère ainsi, explique le Malbim, qu'ils ont profané les trois dimensions fondamentales de toute la création, désignées dans le Sefer Yetsira par l'acronyme « Ochan » : Olam (l'espace/le monde), Chana (le temps/l'année), Néfèch (l'âme/l'être humain). Le lieu le plus saint est le Beth Hamikdache, et ils l'ont profané. Le moment le plus saint dans le temps est le Chabbath, et ils l'ont profané. Et ce qu'il y a de plus saint dans l'âme humaine, c'est l'enfant destiné à l'étude de la Torah, et ils l'ont livré au Molokh. Ils ont ainsi porté atteinte aux trois piliers sur lesquels repose toute la spiritualité : le lieu, le temps et l'homme.

וּבְשַׁחֲטָם אֶת בְּנֵיהֶם לְגִלּוּלֵיהֶם וַיָּבֹאוּ אֶל מִקְדָּשִׁי בַּיּוֹם הַהוּא לְחַלְּלוֹ, וְהִנֵּה כֹה עָשׂוּ בְּתוֹךְ בֵּיתִי׃ - Et après avoir égorgé leurs enfants pour leurs idoles, ils sont venus en ce même jour dans mon sanctuaire pour le profaner ; et voici, c'est ainsi qu'ils ont agi au milieu de ma Maison.

Et telle est l'ultime faute : le jour où ils égorgeaient leurs enfants, ils venaient au Sanctuaire. Comme ils entraient dans la Maison de Hachem immédiatement après cette immolation, le Saint béni soit-Il la leur impute comme s'ils avaient égorgé leurs enfants pour l'idolâtrie à l'intérieur même du Beth Hamikdache. C'est la faute la plus grave qui soit. Le Malbim explique que cela ressemble à une femme qui commet l'adultère contre son mari, dans sa propre maison et sous ses yeux, ne le craignant plus le moins du monde - ce qui provoque la jalousie et la colère les plus intenses.

La prostituée au grand jour
וְאַף כִּי תִשְׁלַחְנָה לַאֲנָשִׁים בָּאִים מִמֶּרְחָק אֲשֶׁר מַלְאָךְ שָׁלוּחַ אֲלֵיהֶם וְהִנֵּה בָאוּ, לַאֲשֶׁר רָחַצְתְּ כָּחַלְתְּ עֵינַיִךְ וְעָדִית עֶדִי׃ - Bien plus, elles ont envoyé chercher des hommes venant de loin, vers qui un messager avait été dépêché, et voici qu'ils sont venus ; pour eux, tu t'es lavée, tu as fardé tes yeux et tu t'es parée de tes plus beaux atours.

Le texte continue de dépeindre l'ampleur du dévergondage, commettant ses turpitudes devant son propre époux : telle une femme débauchée qui envoie ouvertement des émissaires vers des hommes venant de contrées lointaines, par un messager qui leur demande de venir, et elle sort pour les accueillir. Pour cela, « tu t'es lavée » - elle s'est préparée au bain ; « tu as fardé tes yeux » - à la manière des prostituées qui mettaient du fard sur leurs yeux pour plaire aux amants adultères ; « et tu t'es parée d'atours » - elle s'est couverte de bijoux. Le Radak explique que la parabole signifie qu'elle envoyait des lettres flatteuses accompagnées de présents afin d'attirer les nations païennes vers elle, de se mêler à elles et d'imiter leurs agissements.

וְיָשַׁבְתְּ עַל מִטָּה כְבוּדָּה וְשֻׁלְחָן עָרוּךְ לְפָנֶיהָ, וּקְטׇרְתִּי וְשַׁמְנִי שַׂמְתְּ עָלֶיהָ׃ - Tu t'es assise sur un lit somptueux devant lequel était dressée une table, et tu y as disposé mon encens et mon huile.

Elle s'est installée sur un lit d'apparat pour recevoir ceux qui arrivaient, avec devant ce lit une table dressée, garnie de mets de toutes sortes, et sur la table de l'huile et de l'encens pour répandre un parfum agréable. Le texte souligne « mon encens et mon huile » - l'huile et l'encens que son époux lui avait donnés. C'est comme si le Saint béni soit-Il disait : ce que Moi Je lui ai accordé, elle est allée le brûler en encens pour les Baalim et pour ses amants, pour ces nations venues jusqu'ici et auprès desquelles nous avons appris la corruption de l'idolâtrie et toutes les autres perversions.

וְקוֹל הָמוֹן שָׁלֵו בָהּ, וְאֶל אֲנָשִׁים מֵרֹב אָדָם מוּבָאִים סׇבָאִים מִמִּדְבָּר, וַיִּתְּנוּ צְמִידִים אֶל יְדֵיהֶן וַעֲטֶרֶת תִּפְאֶרֶת עַל רָאשֵׁיהֶן׃ - Et l'on entendait auprès d'elle le tumulte d'une foule insouciante ; et vers ces hommes venus de la multitude du peuple, furent amenés des ivrognes du désert, qui mirent des bracelets à leurs mains et une couronne de gloire sur leurs têtes.

« Le tumulte d'une foule insouciante auprès d'elle » - autour de cette couche résonne la voix d'une multitude d'hommes en toute tranquillité. Le Malbim fait remarquer que cela va à l'encontre du comportement habituel des débauchés auprès d'une femme mariée, qui ne sont jamais sereins et redoutent constamment l'arrivée du mari. Mais ici, non seulement ils ne craignent rien, mais en plus ils font du bruit sans la moindre appréhension.

« Et vers ces hommes venus de la multitude du peuple, furent amenés » - une multitude s'est mise en route pour faire venir ces amants. Et qui étaient-ils ? Des « savaïm du désert » - le Malbim explique qu'il s'agit d'ivrognes, selon le verset « Ne sois pas parmi les buveurs de vin (sov'ei yayin) », des hommes gorgés de vin venus du désert, des êtres sauvages et frustes. Autrement dit, on a fait venir ici la lie de l'humanité. « Qui mirent des bracelets à leurs mains et une couronne de gloire sur leurs têtes » - ceux qui les ont introduits leur ont remis des bracelets et des couronnes, faisant passer ces rustres pour d'illustres dignitaires. Tu as attiré chez toi des êtres vils pour les élever au rang de personnages considérables, tu les as honorés de couronnes et de parures afin de te prostituer avec eux, et tout cela au grand jour et à grand fracas. Telle est l'ampleur de la faute d'Oholiba.

Il existe d'autres explications pour le terme « Sabaïm » : Rachi explique qu'il ne provient pas de l'ivrognerie (« sovei yaïn »), mais désigne ceux qui habitent autour d'elle, de la racine « saviv » (alentour). Le Radak, quant à lui, explique que « Seba » est le nom d'un peuple, comme dans le verset « Seba, Havila, Sabta, Raama et Sabteca », parmi les descendants de Koush. Quoi qu'il en soit, l'idée est que tu as fait venir ici la lie de l'humanité pour adopter leurs mœurs et leurs cultes idolâtres, et s'y attacher.

« Livla néoufim » - La maladie qui s'attache aux adultères
וָאֹמַר לַבָּלָה נִאוּפִים, עַתָּה יִזְנוּ תַזְנוּתֶהָ וָהִיא׃ - Et je dis de celle qui est usée par les adultères : va-t-elle maintenant continuer ses prostitutions, elle et ses amants ?

Rachi explique : mon cœur me disait au sujet de celle qui s'était usée et avait vieilli dans les adultères que je pensais qu'à présent « yiznou taznouteha » - que la débauche s'éloignerait et sortirait d'elle. En effet, la racine de « liznot » (se prostituer) exprime l'idée de sortir et de dévier du droit chemin vers une voie tortueuse à la suite des idoles ; d'où le terme « zona », que le Targoum traduit par « nafqat bara » (celle qui sort au dehors). Je pensais qu'ayant déjà vieilli, elle s'écarterait de la prostitution ; « vehia » - or je constate qu'elle est restée telle qu'elle était à l'origine, et que même usée et vieillie dans ses adultères, elle n'a rien changé à ses voies.

Le Malbim propose une explication remarquable : le mari dit : je pensais que ces adultères que commettent à présent ces débauchés mèneraient à « la'bala » - que la débauche userait et corromprait ceux qui pèchent avec elle, « bala » venant du sens d'usure et de dépérissement, « ses amants et elle-même », aussi bien ses partenaires qu'elle. Et qu'est-ce que cette « bala » ? Le Malbim explique qu'il s'agit d'un terme abstrait désignant une lèpre contagieuse qui frappe les adultères et ronge leur chair et leurs os, comparable au mal français de notre époque - car il était réputé qu'en France, renommée pour ses mœurs dissolues, une telle maladie s'était répandue. Ce sont les maladies vénériennes bien connues dont les individus sont atteints par suite de la débauche ; aujourd'hui le sida, autrefois la syphilis, et bien d'autres affections encore. Telle est la malédiction : que ce dépérissement attaché aux adultères s'abatte sur elle et sur ses prostitutions, et que quiconque pèche avec elle soit frappé par cette même lèpre destructrice.

וַיָּבוֹא אֵלֶיהָ כְּבוֹא אֶל אִשָּׁה זוֹנָה, כֵּן בָּאוּ אֶל אׇהֳלָה וְאֶל אׇהֳלִיבָה אִשֹּׁת הַזִּמָּה׃ - On est allé vers elle comme on va vers une femme prostituée ; ainsi sont-ils allés vers Ohola et vers Oholiba, femmes d'infamie.

Et désormais, souligne le Malbim, la malédiction s'est réalisée : le dépérissement l'a frappée et s'est attaché à elle, tout comme il s'abat toujours sur une prostituée et s'attache à elle. Ainsi sont-ils venus vers Ohola et vers Oholiba, ces deux femmes rebelles qui incarnent Samarie et Jérusalem. « Ichot hazima » - pluriel de « ech » (le feu), une fièvre brûlante qui les consume tel un feu, embrasement ardent provoqué par l'infamie et l'abondance de l'adultère, une maladie qui pénètre des os jusqu'à la chair.

וַאֲנָשִׁים צַדִּיקִם הֵמָּה יִשְׁפְּטוּ אוֹתְהֶם מִשְׁפַּט נֹאֲפוֹת וּמִשְׁפַּט שֹׁפְכוֹת דָּם, כִּי נֹאֲפֹת הֵנָּה וְדָם בִּידֵיהֶן׃ - Mais des hommes justes les jugeront selon le jugement des femmes adultères et selon le jugement de celles qui versent le sang, car elles sont adultères et il y a du sang à leurs mains.

Cette prostituée frappée par la lèpre sera également jugée comme une meurtrière qui verse le sang, et la raison en est simple : quiconque s'approche d'elle contracte son mal, et cette maladie tue et anéantit, tant elle-même que ses complices ; il s'ensuit que par sa prostitution, elle ôte la vie à des êtres humains. Dès lors, des hommes justes viendront les juger pour deux fautes capitales : la faute de l'immoralité et celle du sang versé - car Jérusalem est précisément appelée « la ville sanguinaire ». « Car elles sont adultères et il y a du sang à leurs mains ».

Et qui sont ces « hommes justes » ? Le Targoum Yonatan traduit : « zakaïn kaveleihon » - au regard des actes de ces débauchées, les nations païennes sont plus justes qu'elles. Il s'agit donc d'une justice toute relative. On peut également expliquer qu'ils étaient considérés comme justes par comparaison avec elles parce qu'ils n'avaient pas reçu la Torah et n'étaient pas astreints à tous ces commandements comme Israël ; c'est pourquoi ils furent choisis pour venir juger Israël.

Les quatre peines de mort du Beth Din
כִּי כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה, הַעֲלֵה עֲלֵיהֶם קָהָל וְנָתֹן אֶתְהֶן לְזַעֲוָה וְלָבַז׃ - Car ainsi parle le Seigneur D.ieu : Fais monter contre elles une assemblée, et livre-les à l'effroi et au pillage !

« Fais monter contre elles une multitude » - qu'ils se rassemblent pour extirper leur perversité du monde, ce qui désigne les nations qui viendront faire la guerre contre Jérusalem. « Et livre-les à l'effroi » - en raison de la détresse qui s'abattra sur elles, terme évoquant la fureur et l'ébranlement. « Et au pillage » - pour prix des adultères qu'elles ont commis.

וְרָגְמוּ עֲלֵיהֶן אֶבֶן קָהָל וּבָרֵא אוֹתְהֶן בְּחַרְבוֹתָם, בְּנֵיהֶם וּבְנוֹתֵיהֶם יַהֲרֹגוּ וּבָתֵּיהֶן בָּאֵשׁ יִשְׂרֹפוּ׃ - La foule les lapidera de pierres et les pourfendra de leurs épées ; ils tueront leurs fils et leurs filles, et brûleront leurs maisons par le feu.

Le Radak explique : la multitude des nations venues assiéger la ville les lapidera de pierres, selon le châtiment réservé aux femmes adultères que l'on lapidait. Concrètement, la parabole renvoie aux retranchements dressés contre la ville, depuis lesquels ils lançaient des pierres de baliste pour en briser la muraille. « Et les pourfendront de leurs épées » - « livro » découle du sens de trancher, signifiant qu'ils les anéantiront par leurs épées, selon le Targoum : « et ils les transperceront de leurs glaives ».

Le Malbim explique qu'elles seront jugées selon les quatre peines de mort du Beth Din, dont trois sont explicitement mentionnées ici : la lapidation (skila) - « la foule les lapidera de pierres » ; le supplice du glaive (hereg) - « de leurs épées » ; et le feu (serefa) - « et brûleront leurs maisons par le feu ». Il pose alors la question : où se trouve l'étranglement (henek) ? Il répond qu'il n'était pas nécessaire de le mentionner, car l'étranglement est la peine de mort mentionnée sans précision dans la Torah, la plus clémente de toutes, et la sanction établie pour toute femme mariée adultère ; il allait donc de soi qu'elles y seraient condamnées, et le texte vient préciser qu'on leur infligera en outre les trois autres peines. On peut ajouter que « brûleront leurs maisons par le feu » englobe aussi l'étranglement, car la mort dans un incendie n'est pas toujours causée directement par les flammes : on périt fréquemment asphyxié par la fumée, ce qui correspond à l'étranglement.

וְהִשְׁבַּתִּי זִמָּה מִן הָאָרֶץ, וְנִוַּסְּרוּ כׇּל הַנָּשִׁים וְלֹא תַעֲשֶׂינָה כְּזִמַּתְכֶנָה׃ - Et je ferai disparaître la débauche de la terre, et toutes les femmes en tireront leçon, afin de ne plus commettre d'infamie semblable à la vôtre.

Le dessein salutaire de ce châtiment : mettre un terme à la débauche de manière générale, car toutes les femmes seront ainsi averties - elles en tireront une sévère leçon morale - et de ce fait, elles ne reproduiront plus les turpitudes commises par cette femme.

וְנָתְנוּ זִמַּתְכֶנָה עֲלֵיכֶן וַחֲטָאֵי גִלּוּלֵיכֶן תִּשֶּׂאינָה, וִידַעְתֶּם כִּי אֲנִי אֲדֹנָי יֱהֹוִה׃ - On fera retomber vos infamies sur vous, et vous porterez le péché de vos idoles d'abomination ; et vous saurez que Je suis le Seigneur D.ieu.

Jusqu'alors, le châtiment de la débauche incombait à la collectivité dans son ensemble, car la faute s'était généralisée et la rigueur divine s'appliquait donc à toute la communauté. Mais après ce jugement, la faute et la peine ne reposeront plus que sur les seuls individus coupables : « On fera retomber vos infamies sur vous » - le châtiment ne visera que vous, et non l'ensemble du peuple, et « vous porterez le péché de vos idoles d'abomination » - vous le porterez seules. « Et vous saurez que Je suis le Seigneur D.ieu » - lorsqu'on voit s'accomplir fidèlement ce que J'avais annoncé à l'avance, tous reconnaissent que Je suis l'Éternel, qui proclame et accomplit Sa parole.

En conclusion :

Dans cette partie du chapitre, le prophète dépeint le châtiment d'Oholiva, c'est-à-dire Jérusalem, mesure pour mesure : ces mêmes « amants » en qui elle avait placé sa confiance et auxquels elle s'était attachée s'avancent contre elle avec armées, chars et engins de guerre, et la jugent d'un double châtiment - à la fois selon les lois de D.ieu et selon leurs propres coutumes impitoyables. La coupe d'amertume et de vertige de Samarie passe entre ses mains, bue jusqu'à la dernière goutte, jusqu'à en briser les tessons et tarir l'abondance qui descendait sur le monde par l'entremise de Jérusalem. Le prophète énumère les fautes : adultère, meurtre et idolâtrie, le sacrifice au Moloch des enfants pourtant consacrés au Ciel et à l'étude de la Torah, ainsi que la profanation du monde, de l'année et de l'âme (Olam, Chana, Néfesh) - le Temple, le Chabbath et l'enfant sanctifié. Il en ressort un puissant enseignement pour notre génération : où l'homme cherche-t-il à « économiser » son temps, et que sacrifie-t-il au profit de ses préoccupations profanes ? Enfin, la justice divine se retourne également contre les nations : le Saint, béni soit-Il, châtie Son peuple par le biais d'un envahisseur, avant de demander des comptes à cette nation même. À la fin des temps, l'infamie disparaîtra de la terre, chaque pécheur portera sa propre faute, et tous sauront que Je suis l'Éternel - qui ai parlé et qui ai agi.