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Chapitre 16 - Jérusalem, l'enfant trouvée devenue infidèle - Troisième partie

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Le chapitre 16 constitue la grande parabole de Yé'hezkel sur Jérusalem : un nourrisson abandonné en plein champ, devant lequel le Saint, béni soit-Il, est passé, qu'Il a fait vivre, grandir, qu'Il a vêtu, paré et couronné reine. Pourtant, elle s'est fiée à sa beauté et a trahi son époux. Dans cette partie, le prophète détaille avec qui précisément Jérusalem s'est prostituée : avec l'Égypte, avec l'Assyrie et avec les Chaldéens. Il montre que sa déchéance surpasse celle de toutes les prostituées du monde, avant que ne vienne le châtiment : le jugement réservé aux adultères et aux meurtrières, la destruction et l'exil.

La prostitution avec l'Égypte : recourir à l'aide des hommes plutôt que de revenir vers Hachem

וַתִּזְנִי אֶל־בְּנֵי־מִצְרַיִם שְׁכֵנַיִךְ גִּדְלֵי בָשָׂר וַתַּרְבִּי אֶת־תַּזְנֻתֵךְ לְהַכְעִיסֵנִי׃ (כו) - Tu t'es prostituée aux fils d'Égypte, tes voisins aux membres puissants, et tu as multiplié tes prostitutions pour M'irriter.

« Tu t'es prostituée aux fils d'Égypte » : c'est-à-dire avec les Égyptiens, qualifiés de « membres puissants » (gidlei bassar). Le terme « chair » (bassar) dans ce contexte, comme l'expliquent les commentateurs, désigne pudiquement l'organe viril. Le Radak explique que, dans les voies du désir, les femmes convoitent ceux qui sont ainsi pourvus ; c'est pourquoi « tu as multiplié tes prostitutions » : tu as accru ta perversion en recherchant précisément ceux qui avaient de tels attributs, les Égyptiens. Tu as accumulé inconduite sur inconduite, au point que toute cette démarche a revêtu le caractère d'une idolâtrie accomplie « pour M'irriter », pour provoquer délibérément la colère divine.

Le Malbim explicite le contexte historique : ils se sont tournés vers l'Égypte pour obtenir de l'aide à l'époque d'A'haz. Même lorsque les malheurs ont commencé, au lieu de comprendre que leur véritable époux est le Maître du monde et que c'est Lui qui attend notre retour, ils ont dit en substance : Maître du monde, nous n'avons pas besoin de Toi, nous avons l'Égypte. Vous vous êtes tournés vers l'Égypte pour solliciter son secours, et c'est le sens de « tu t'es prostituée aux fils d'Égypte [...] pour M'irriter » : il y avait là une volonté manifeste de défier le Créateur.

וְהִנֵּה נָטִיתִי יָדִי עָלַיִךְ וָאֶגְרַע חֻקֵּךְ וָאֶתְּנֵךְ בְּנֶפֶשׁ שֹׂנְאוֹתַיִךְ בְּנוֹת פְּלִשְׁתִּים הַנִּכְלָמוֹת מִדַּרְכֵּךְ זִמָּה׃ (כז) - Et voici, J'ai étendu Ma main sur toi, J'ai diminué ta part et Je t'ai livrée au désir de tes ennemies, les filles des Philistins, qui rougissent de ta conduite infâme.

« Et voici, J'ai étendu Ma main sur toi » : le Saint, béni soit-Il, a frappé A'haz coup après coup, comme le rapporte le deuxième livre des Chroniques (Divrei Hayamim II, chap. 28). Finalement, les Philistins ont envahi les villes de la Shéfélah et du Néguev et les ont conquises, occupant des territoires où s'était établie la tribu de Yéhouda. C'est le sens de « J'ai diminué ta part » (va'égra' 'houkèkh) : ces cités formaient ton lot légitime, elles t'étaient destinées, et J'ai retranché de ce qui te revenait de droit. « Je t'ai livrée au désir de tes ennemies » : J'ai abandonné ces cités à la merci de celles qui te haïssent, les « filles des Philistins », ennemis séculaires d'Israël. Les « filles des Philistins », tout comme dans l'expression « que jubilent les filles de Juda », ne désignent pas littéralement des femmes, mais les cités dépendantes : les villes secondaires rattachées à la Philistie. Et puisqu'ils ont toujours été nos ennemis, avec lesquels nous avons lutté tout au long de l'histoire, il n'y avait pas plus grande honte que de voir nos villes tomber entre leurs mains.

« Qui rougissent de ta conduite infâme » : les Philistins eux-mêmes n'avaient pas commis des actes aussi pervers que le peuple d'Israël. Quel opprobre : eux, les Philistins, n'avaient pas sombré si bas, et en voyant tes dérèglements, ils en éprouvent de la honte, stupéfaits qu'Israël puisse agir de la sorte. Le Targoum Yonatan propose une autre explication pour « rougissent » : si quelqu'un leur avait fait honte, ils auraient rougi. C'est-à-dire que si Je leur avais envoyé un prophète pour les réprouver, ils auraient eu honte de leur infamie et auraient accepté la réprimande ; or, vers vous, J'envoie des prophètes pour vous admonester sur votre inconduite, et vous ne changez rien. Rachi, quant à lui, explique que « ta part » ('houkèkh) renvoie à la subsistance, faisant référence à l'époque des Juges où le peuple manqua de vivres, et « Je t'ai livrée au désir de tes ennemies » renvoie à l'époque de Chimchon, livré aux mains des Philistins. Ainsi, selon Rachi, le texte évoque des événements déjà inscrits dans l'histoire passée.

La prostitution avec l'Assyrie : « se prostituer vers » face à « se prostituer avec »

וַתִּזְנִי אֶל־בְּנֵי אַשּׁוּר מִבִּלְתִּי שָׂבְעָתֵךְ וַתִּזְנִים וְגַם לֹא שָׂבָעַתְּ׃ (כח) - Tu t'es prostituée aux fils d'Assyrie, insatiable que tu étais ; tu t'es prostituée avec eux, et tu n'as pas encore été rassasiée.

Après avoir décrit la prostitution avec l'Égypte, le texte expose celle contractée avec l'Assyrie, car A'haz envoya des messagers aux rois d'Assyrie pour leur demander secours. Le Malbim interroge : quelle différence y a-t-il entre « vatizni el » (tu t'es prostituée vers) et « vatiznim » (tu t'es prostituée avec eux) ? L'expression « se prostituer vers » relève de la séduction et des avances préparatoires, des démarches qui mènent à la faute, le terme « el » indiquant une direction, une approche. En revanche, « vatiznim » désigne l'acte même consommé, comme si le verset disait : tu t'es prostituée avec eux. Au départ, « tu t'es prostituée aux fils d'Assyrie » correspondait aux pourparlers et démarches préalables ; puis, ne t'en tenant pas là, « tu t'es prostituée avec eux », en scellant une véritable alliance. « Insatiable que tu étais... et tu n'as pas encore été rassasiée » : tu n'as trouvé aucun apaisement, et de ceux dont tu espérais tirer secours et réconfort, tu n'as rien obtenu, ainsi qu'il est écrit : « Tiglath-Piléser, roi d'Assyrie, vint contre lui, l'assiégea et ne le soutint point ».

וַתַּרְבִּי אֶת־תַּזְנוּתֵךְ אֶל־אֶרֶץ כְּנַעַן כַּשְׂדִּימָה וְגַם־בְּזֹאת לֹא שָׂבָעַתְּ׃ (כט) - Et tu as multiplié tes prostitutions vers le pays de Canaan jusqu'en Chaldée, et même avec cela tu n'as pas été rassasiée.

Cela ne suffisait pas, et tu as encore multiplié tes prostitutions « vers le pays de Canaan, jusqu'en Chaldée ». Or, a priori, les Chaldéens ne sont pas le pays de Canaan, et le pays de Canaan n'est pas la Chaldée ; d'où vient alors cette association ? Le Malbim explique que le texte appelle la Chaldée « pays de Canaan » parce qu'elle était la négociante des nations, un grand centre de commerce, et que le terme « cananéen » désigne un marchand, comme dans le verset « il n'y aura plus de Cananéen ». De même, au sujet de Yéhouda qui prit pour femme la fille d'un homme cananéen, Rachi explique : cananéen signifie marchand (*tagara*). En effet, il est impensable qu'alors qu'Avraham Avinou refusait de prendre femme parmi les filles de Canaan, Yéhouda aille en épouser une ; le terme signifie donc ici un marchand, un commerçant. Dans une autre explication, le Malbim indique qu'il s'agit d'agir avec les Chaldéens selon les abominations des Cananéens, selon le principe : « Vous ne ferez point selon les actes du pays de Canaan » - or les actes de Canaan relevaient de la débauche et de la prostitution, ce dont il est précisément question ici. Cette dérive consistant à se tourner vers les Chaldéens dura jusqu'à l'époque de Ménaché, où l'on commença alors à se prostituer avec les Babyloniens.

« Et même avec cela, tu ne fus pas rassasiée » - rien de bon n'est sorti de tout cela pour vous non plus. En effet, par la suite, ils capturèrent Ménaché avec des crochets, l'emmenèrent à Babylone, le placèrent dans une marmite et commencèrent à le faire cuire. Dans une telle situation, un homme se met à danser même sans musique, et il s'est effectivement mis à danser. Selon la pensée 'hassidique, quelle est la vertu de la danse ? L'homme s'élève ainsi d'un téfa'h au-dessus du sol. Visiblement, cette danse l'éleva d'un téfa'h, et soudain il commença à percevoir qu'il existe quelque chose de plus élevé, qu'il y a le Saint béni soit-Il, et il se tourna alors vers Hachem. Le Saint béni soit-Il le rétablit sur son trône : comme on le sait, les anges du service céleste avaient fermé les issues, mais le Saint béni soit-Il lui creusa un passage sous le Trône de gloire, un vent l'emporta et le ramena en terre d'Israël, et il passa la fin de ses jours dans la téchouva, comme nous l'avons étudié en détail dans le livre des Rois. Ainsi, de même que la prostitution avec l'Égypte n'avait servi à rien, celle avec les Chaldéens ne servit à rien : tu as abandonné Hachem pour te tourner vers les Chaldéens, et ce sont ces mêmes Chaldéens qui ont capturé Ménaché et l'ont déporté à Babylone.

« Que ton cœur est affaibli ! » - un cœur tronqué et corrompu

מָה אֲמֻלָה לִבָּתֵךְ נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה בַּעֲשׂוֹתֵךְ אֶת־כׇּל־אֵלֶּה מַעֲשֵׂה אִשָּׁה־זוֹנָה שַׁלָּטֶת׃ (ל) - Que ton cœur est affaibli, dit le Seigneur, l'Éternel, pour commettre toutes ces actions, conduite d'une prostituée dominatrice ! (30)

Que signifie « amoulah » ? Rachi souligne que ce mot s'écrit avec un aleph et non avec un hé, et qu'il signifie corrompu, détérioré, dans le sens de malheureux ou misérable (*oumlal*), comme dans « les Juifs misérables » dans Néhémie, ou « Garde-moi, Éternel, car je suis affaibli (*oumlal*) ». Le Radak explique quant à lui que « amoulah » signifie retranché, coupé, de la même racine que « amilam » dans « au nom de l'Éternel, je les taillerai en pièces (*amilam*) », c'est-à-dire que je les anéantirai. De même, que fait le mohel ? Il circoncit (*mal*), il tranche, scellant ainsi l'alliance. Et que fait la fourmi (*némala*) ? Elle rogne le grain de blé. Le grain de blé porte en son centre un petit germe qui se développe lors de la germination et d'où sort la racine. La fourmi ramasse les grains et pourrait constituer une véritable forêt sous terre là où elle les stocke ; pourquoi ne poussent-ils donc pas ? Parce que la fourmi les a rognés : elle a ôté ce petit germe, empêchant ainsi le blé de germer. C'est pourquoi elle s'appelle *némala*, du verbe *lamoul*, couper, retrancher. Dès lors, « que ton cœur est amoulah » signifie : combien ton cœur est amputé ! Elle n'a plus de raisonnement droit, comme si son cœur était tronqué et n'existait plus. Qu'on l'explique par le délabrement ou par l'amputation, tel est le sens de ce verset.

Le Malbim explique : la prostituée agit publiquement et sans retenue, comme nous l'avons vu précédemment lorsqu'elle s'est bâti un tertre et une éminence pour s'y prostituer à chaque carrefour et sur chaque chemin ; et elle le fait pour obtenir quelque chose. Une prostituée n'a pas ouvert une œuvre de bienfaisance, elle exige un salaire de prostitution (*étnan*), qui est le profit qu'elle tire de son acte. À l'opposé, la femme adultère commet l'adultère en secret et demeure sous l'autorité de son mari, ce qui lui convient car son mari subvient à ses besoins, prend soin d'elle et la nourrit ; elle ne s'abandonne pas à tous, mais s'attache à un seul amant. Et même si elle ne réclame pas de salaire, elle reçoit un présent (*nédéh*, du mot dot ou présent d'amour, comme le verset 33 le précisera : « à toutes les prostituées on donne des présents ») : elle n'agit pas non plus gratuitement, l'amant lui offrant des cadeaux, lui achetant des parures et lui apportant de belles choses. Or ici, le prophète dit : viens et vois à quel point ton cœur est corrompu et sans retenue, car tous les actes que tu as commis relèvent de la conduite d'une « prostituée dominatrice » - qui détient elle-même le pouvoir. En temps ordinaire, une femme est sous l'autorité de son mari ; ici, elle est maîtresse d'elle-même et nul n'a d'emprise sur elle.

בִּבְנוֹתַיִךְ גַּבֵּךְ בְּרֹאשׁ כׇּל־דֶּרֶךְ וְרָמָתֵךְ עָשִׂית בְּכׇל־רְחוֹב וְלֹא־הָיִית כַּזּוֹנָה לְקַלֵּס אֶתְנָן׃ (לא) - En bâtissant tes tertres à l'entrée de chaque chemin et en érigeant tes hauts lieux sur chaque place, tu n'as même pas agi comme une prostituée pour mépriser un salaire ! (31)

Le texte souligne ici l'ampleur de son déshonneur : tu as bâti ton tertre à l'entrée de chaque route, c'est-à-dire à la manière d'une prostituée dominatrice qui n'éprouve aucune crainte envers son mari et qui installe son lieu de débauche dans des endroits élevés et fréquentés pour faire parler d'elle. Toutefois, le but de la prostituée ordinaire est le salaire : elle s'exhibe afin que ses clients soient plus nombreux, augmentant ainsi son gain. Mais chez toi, il n'en fut pas ainsi, ce qui rend ton ignominie encore plus grande : tu te livres à la prostitution sans chercher le moindre profit. « Tu n'as point été comme la prostituée qui méprise le salaire » - le Malbim explique que cela renvoie à la moquerie et au dédain : toute prostituée, lorsqu'on lui présente son salaire, le dédaigne et s'en moque en disant : « Qu'est-ce que cette misère ? », dans le but d'obtenir une somme plus élevée. Chez toi, ce ne fut point le cas : tu ne réclamais aucun salaire, et encore moins un salaire supérieur.

Pourquoi est-ce une telle ignominie ? Parce que toute femme qui se prostitue s'avilit, et en s'avilissant, elle s'attire un opprobre immense. Qu'est-ce qui couvre cette honte ? Les gains substantiels qu'elle empoche. Mais si elle agit ainsi sans perspective de profit, c'est une humiliation absolue, car cela revient à déclarer : je m'abaisse et m'avilis gratuitement, je n'agis pas par nécessité financière comme le font les prostituées, mais je suis même prête à payer pour qu'on vienne à moi. Il n'existe pas de honte plus insigne. L'application concerne le peuple d'Israël : si vous aviez tiré un quelconque avantage de vos liens avec toutes ces nations, on aurait pu dire que vous vous prostituiez par intérêt et par calcul, à l'image d'une prostituée qui reçoit des présents et un salaire ; cela resterait méprisable, mais au moins en auriez-vous tiré quelque chose. Or, vous n'en avez récolté que l'humiliation sans rien obtenir en retour ; vous êtes comparables à cette prostituée qui sollicite elle-même ses amants, ne leur demande aucun argent, les cajole et les supplie de venir à elle - il n'y a là qu'opprobre et courroux.

L'adultère dans le secret face à la prostituée qui paie

הָאִשָּׁה הַמְּנָאָפֶת תַּחַת אִישָׁהּ תִּקַּח אֶת־זָרִים׃ (לב) - Telle la femme adultère qui, sous la tutelle de son mari, accueille des étrangers ! (32)

« La femme adultère sous la tutelle de son mari » - il ne s'agit pas d'une prostituée dévergondée qui s'exhibe sur chaque colline élevée comme nous l'avons vu plus haut, mais d'une femme qui commet l'adultère sous l'autorité de son époux, clandestinement, sans que celui-ci ne le sache ; elle reçoit des étrangers pour des amours interdites, explique le Malbim, en toute discrétion. Et elle-même, bien qu'elle n'exige pas de salaire tarifé, reçoit des présents d'amour (*nédéh*).

לְכׇל־זֹנוֹת יִתְּנוּ־נֵדֶה וְאַתְּ נָתַתְּ אֶת־נְדָנַיִךְ לְכׇל־מְאַהֲבַיִךְ וַתִּשְׁחֳדִי אוֹתָם לָבוֹא אֵלַיִךְ מִסָּבִיב בְּתַזְנוּתָיִךְ׃ (לג) - À toutes les prostituées on fait des présents, mais toi, tu as donné tes présents à tous tes amants, et tu les as soudoyés pour qu'ils viennent à toi de toutes parts dans tes débauches.

C'est ici le cœur même du reproche. Même la femme adultère sous l'autorité de son mari qui prend des étrangers - « À toutes les prostituées on fait des présents » : toute femme qui se prostitue, même si elle le fait en secret et en cachette, reçoit un salaire fixe, une sorte de dot ; elle en tire un profit, et c'est ce gain qui la pousse à agir ainsi. Mais chez toi, c'est l'inverse : « Mais toi, tu as donné tes présents à tous tes amants » - c'est toi qui les payais pour te prostituer avec eux. Et en plus de leur verser un salaire régulier pour qu'ils t'aiment, tu leur donnais une dot et tu les corrompais pour qu'ils viennent à toi. Et par quoi les soudoyais-tu ? « Dans tes débauches » - par la prostitution même que tu pratiquais avec eux, tu te parais et usais de toutes sortes de ruses pour qu'ils te désirent, et c'est toi qui courais après eux au lieu qu'ils courent après toi.

וַיְהִי־בָךְ הֵפֶךְ מִן־הַנָּשִׁים בְּתַזְנוּתַיִךְ וְאַחֲרַיִךְ לֹא זוּנָּה וּבְתִתֵּךְ אֶתְנָן וְאֶתְנַן לֹא נִתַּן־לָךְ וַתְּהִי לְהֶפֶךְ׃ (לד) - Et il y a eu en toi l'inverse des autres femmes dans tes prostitutions, car nul ne courait après toi pour se prostituer ; en donnant un salaire au lieu qu'un salaire te soit donné, tu as été à l'inverse de tout.

Il y avait en toi le contraire des autres femmes prostituées, et ce selon deux paramètres. Premièrement : « Dans tes prostitutions, car nul ne courait après toi pour se prostituer » - d'ordinaire dans le monde, c'est l'homme qui court après la femme, qui est attiré par elle, qui la poursuit et qui la séduit ; et la Guémara enseigne qu'il est davantage dans la nature de l'homme de faire la cour, et que l'homme est plus enclin à la faute que la femme, tel est l'ordre naturel des choses. Mais chez toi, ce fut l'inverse : c'est toi qui as déversé tes débauches et ton amour sur eux, ils ne couraient pas après toi pour te chercher, mais c'est toi qui allais les solliciter. Deuxièmement : « En donnant un salaire au lieu qu'un salaire te soit donné, tu as été à l'inverse de tout » - en plus d'être à l'opposé des autres femmes, tu as agi à l'encontre de ta propre nature en faisant l'inverse des usages établis, ce qui va contre l'ordre naturel : par nature, c'est l'homme qui courtise la femme, or c'est toi qui es allée courtiser les hommes. Une telle attitude contre-nature démontre à quel point ta perversion était profonde.

Le Malbim fait ici une remarque : remarquez que le verset 32 la qualifie d'« adultère » (ménayephèt), et ici de « prostituée » (zona). Quelle est la différence ? « Adultère » désigne l'acte même de l'adultère, c'est-à-dire l'acte physique en lui-même. « Prostituée », en revanche, fait référence au fait qu'elle s'est livrée sans retenue et s'est affranchie de l'autorité de son époux ; c'est pourquoi cette expression revient fréquemment à propos de l'idolâtrie (Avoda Zara) - « après lesquels vous vous prostituez », c'est-à-dire : je me suis affranchi de l'autorité du Saint, béni soit-Il, pour me livrer à l'idolâtrie, et telle est la définition de « zona ». C'est pourquoi, lorsqu'il parle d'une femme soumise à son mari, il ne peut la qualifier de « zona », car la prostituée s'est ouvertement affranchie de l'autorité de son mari, ce qui se produit lorsqu'elle agit au grand jour ; or, puisqu'elle veille à ce que son mari ignore ses agissements, cela ne relève pas du domaine public, et elle n'est donc qualifiée que d'« adultère ». Sur le plan linguistique : « Etnan » - le Malbim explique que ce mot dérive de la racine Natane, au sens de présent ou cadeau ; Rachi explique qu'il s'agit d'un salaire. Quant à « Nèdèh », c'est le « nèdèn », au sens de dot.

« C'est pourquoi, prostituée, écoute » - Pourquoi est-elle précisément qualifiée de prostituée par essence

לָכֵן זוֹנָה שִׁמְעִי דְּבַר־יְהֹוָה׃ (לה) - C'est pourquoi, prostituée, écoute la parole de l'Éternel !

Le Malbim explique : la prostituée qui agit pour recevoir un salaire, et dont le but principal est l'argent, n'est pas qualifiée de prostituée par essence, mais plutôt d'infâme, d'avide de gain. Son but véritable n'est pas la débauche en soi, et si on lui offrait la possibilité de gagner de l'argent d'une manière moins avilissante, elle la choisirait. Dès lors, on ne peut la qualifier de prostituée par essence, car pour elle, le terme de « prostituée » n'est qu'un qualificatif d'emprunt et non une définition de son être. Mais ici, puisqu'elle offre un salaire pour qu'on vienne à elle, son seul et unique but est la débauche ; même si on lui offrait de l'argent, cela ne la détournerait pas de son comportement pervers, car c'est la débauche en elle-même qu'elle recherche. C'est pourquoi c'est précisément à toi qu'il est dit : « C'est pourquoi, prostituée, écoute la parole de l'Éternel » - ton acte te définit comme un nom substantif, comme une prostituée par essence.

כֹּה־אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה יַעַן הִשָּׁפֵךְ נְחֻשְׁתֵּךְ וַתִּגָּלֶה עֶרְוָתֵךְ בְּתַזְנוּתַיִךְ עַל־מְאַהֲבָיִךְ וְעַל כׇּל־גִּלּוּלֵי תוֹעֲבוֹתַיִךְ וְכִדְמֵי בָנַיִךְ אֲשֶׁר נָתַתְּ לָהֶם׃ (לו) - Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel : Parce que ton venin s'est répandu et que ta nudité a été découverte dans tes prostitutions avec tes amants et avec toutes tes idoles abominables, et pour le sang de tes enfants que tu leur as livrés.

Que signifie « s'est répandu ton nechochet » (הישפך נחושתך) ? Le Malbim propose deux explications : la première le rattache au mot « nahach » (serpent), signifiant que ton venin s'est déversé, car par tes actes tu inoculais du poison aux autres. La seconde le relie à « nihouch » (divination), au sens de pratiques magiques et de sorcellerie. Une troisième explication est donnée par Rachi : « nechochet » désigne le fond ou la partie inférieure, comme le fond d'un four (nechochet chal tanour), et « l'épanchement de ton nechochet » signifie que sous l'effet d'un désir immodéré de débauche, tes flux intimes s'écoulaient sans retenue.

« Et que ta nudité a été découverte » - en écho à cela, le verset déclare : « Dans tes prostitutions avec tes amants et avec toutes tes idoles abominables ». Le Malbim explique qu'il y avait deux formes de débauche : la première, « avec tes amants », ceux avec lesquels elle se prostituait de façon régulière, appelés ses « amants » ; la seconde, « avec toutes tes idoles abominables », ceux avec lesquels elle se livrait de manière totalement effrénée, en s'abandonnant à tout passant, comme nous l'avons vu plus haut : « À chaque carrefour tu as bâti tes hauts lieux et tu t'es offerte à tout passant ». Et en regard de « parce que ton venin s'est répandu », le verset ajoute « et pour le sang de tes enfants que tu leur as livrés » : tu as déversé le venin du serpent par la divination et la sorcellerie à l'égal du sang de tes enfants, c'est-à-dire en abondance ; à la mesure du sang que tu as versé en abondance, ton venin s'est répandu avec profusion lorsque tu es allée livrer tes enfants au culte du Molokh et à l'idolâtrie, des cultes précisément pratiqués par le biais de la divination et des sortilèges.

Le châtiment : le rassemblement des amants et le dévoilement de la nudité

לָכֵן הִנְנִי מְקַבֵּץ אֶת־כׇּל־מְאַהֲבַיִךְ אֲשֶׁר עָרַבְתְּ עֲלֵיהֶם וְאֵת כׇּל־אֲשֶׁר אָהַבְתְּ עַל כׇּל־אֲשֶׁר שָׂנֵאת וְקִבַּצְתִּי אֹתָם עָלַיִךְ מִסָּבִיב וְגִלֵּיתִי עֶרְוָתֵךְ אֲלֵהֶם וְרָאוּ אֶת־כׇּל־עֶרְוָתֵךְ׃ (לז) - C'est pourquoi, voici que Je rassemble tous tes amants auxquels tu as plu, et tous ceux que tu as aimés, ainsi que tous ceux que tu as haïs ; Je les rassemblerai contre toi de toutes parts, Je leur dévoilerai ta nudité, et ils verront toute ta nudité. (37)

À présent, Hachem annonce quel sera le châtiment. Tout d'abord, « voici que Je rassemble tous tes amants » - les amants réguliers avec lesquels elle s'est prostituée en permanence, au sujet desquels il est dit : « à qui tu as plu » (ou « que tu as attendus au soir »). Le Malbim explique que 'aravt vient de 'erev (le soir) : tu t'asseyais et les attendais chaque soir, comme il est écrit : « L'œil de l'adultère guette le crépuscule », et le crépuscule (néchef), c'est le soir. Le Radak, en revanche, l'interprète dans le sens de quelque chose d'agréable, comme dans « Que mes paroles Lui soient douces » (ye'érav 'alav si'hi), une notion de plaisir et de douceur ; « à qui tu as plu » signifie donc ceux pour qui tu as été agréable et séduisante. « Et tous ceux que tu as aimés » - également les autres hommes mentionnés plus haut, qu'elle n'aimait que par intermittence et avec qui elle ne se prostituait pas régulièrement. « Avec tous ceux que tu as haïs » - avec tous ceux qui sont tes ennemis. Hachem déclare : tous ceux-là, les amants réguliers, les partenaires occasionnels et tes ennemis, « Je les rassemblerai contre toi de toutes parts, et Je leur dévoilerai ta nudité » - Je mettrai au grand jour tes défauts et ta déchéance, au point que tu deviennes méprisable et répugnante à leurs yeux.

וּשְׁפַטְתִּיךְ מִשְׁפְּטֵי נֹאֲפוֹת וְשֹׁפְכֹת דָּם וּנְתַתִּיךְ דַּם חֵמָה וְקִנְאָה׃ (לח) - Et Je te jugerai selon les lois appliquées aux femmes adultères et à celles qui répandent le sang, et Je ferai de toi un sang de fureur et de jalousie. (38)

Le Radak explique : deux jugements pèsent sur elles, à la fois le jugement des femmes adultères et celui des meurtrières qui versent le sang. Pourquoi affirme-t-il que l'adultère comporte aussi une dimension d'effusion de sang ? Sous plusieurs aspects. La femme adultère cause parfois l'effusion de sang, car il arrive souvent que deux hommes viennent chez elle, se disputent à son sujet et que l'un assassine l'autre : par son adultère, elle a ainsi provoqué une effusion de sang. Il se peut aussi que son mari rentre soudainement à la maison, trouve l'amant avec sa femme et le tue : par sa faute, elle a causé la mort de cet homme. Ou à l'inverse, l'amant, voyant sa perte imminente, peut tuer le mari. C'est pourquoi le verset dit : « selon les lois appliquées aux femmes adultères et à celles qui répandent le sang », car les adultères provoquent également l'effusion de sang. Et il en va de même pour toi, peuple d'Israël : infidèle envers ton époux, qui est le Saint, béni soit-Il, tu verses le sang de tes propres enfants en les livrant à l'idolâtrie ('avoda zara).

« Et Je ferai de toi un sang de fureur et de jalousie » - le Radak commente, dans le sens du Targoum Yonatan : « Je te livrerai au meurtre avec colère et fureur », Je t'abandonnerai au sang et au massacre dans la fureur et le courroux, car Je nourris un grand ressentiment envers toi pour toutes les mauvaises actions évoquées. De plus, il y a ici une dimension de jalousie, comme il est dit : « Ils ont excité Ma jalousie par ce qui n'est point dieu, ils M'ont irrité par leurs vanités » : lorsqu'on s'adonne à l'idolâtrie, tout comme un mari est exaspéré et blessé lorsque sa femme se prostitue, il en est de même, pour ainsi dire, envers le Saint, béni soit-Il. Il y a là l'expression d'une jalousie outragée, d'une vive provocation et d'une irritation lorsque le peuple d'Israël se prostitue après les faux cultes et après des dieux étrangers.

La destruction du tertre et la démolition des hauts lieux

וְנָתַתִּי אֹתָךְ בְּיָדָם וְהָרְסוּ גַבֵּךְ וְנִתְּצוּ רָמֹתַיִךְ וְהִפְשִׁיטוּ אוֹתָךְ בְּגָדַיִךְ וְלָקְחוּ כְּלֵי תִפְאַרְתֵּךְ וְהִנִּיחוּךְ עֵירֹם וְעֶרְיָה׃ (לט) - Et Je te livrerai entre leurs mains ; ils détruiront tes tertres, démoliront tes hauts lieux, te dépouilleront de tes vêtements, prendront tes parures magnifiques et te laisseront nue et découverte. (39)

« Et Je te livrerai entre leurs mains » - Je te jugerai et prononcerai la sentence, puis Je te livrerai entre leurs mains pour qu'ils exécutent le châtiment que J'aurai décrété contre toi. « Ils détruiront tes tertres » - nous avons vu qu'il y avait là un gav (une éminence) et une rama (un haut lieu), des endroits surélevés où elle se prostituait ; au sens allégorique, les villes, les maisons et les forteresses seront toutes dévastées, car il s'agit ici de la punition de la maison d'Israël, et cette punition est la destruction (le 'Hourban). « Te dépouilleront de tes vêtements » - le Malbim explique que le sens figuré renvoie au pillage : ils emporteront tous ses objets précieux et tout ce qu'elle possède, jusqu'à ce qu'elle reste finalement « nue et découverte ». Et à quoi cela correspond-il ? Le Radak précise : cela fait écho à l'état dans lequel Je t'avais trouvée à l'origine, car il est dit plus haut : « Je passai près de toi et Je te vis te débattre dans tes sangs », et il y était précisé « et tu étais nue et découverte ». Hachem déclare donc : Je te ramènerai à cet état initial, jusqu'à ce que tu redeviennes entièrement démunie, nue et découverte.

Le Malbim apporte une précision : le texte dit « ils détruiront tes tertres (gav) et démoliront tes hauts lieux (ramot) », car il y a une différence entre héres (détruire) et netitsah (démolir/fracasser). Haros signifie briser une chose et la détruire, tandis que lintoats consiste à la pulvériser et la réduire en miettes. C'est également ainsi qu'on l'entend : briser du verre jusqu'à ce qu'il tombe en poussière s'appelle lenatets, tandis qu'un objet cassé est dit neheras. Le verset exprime donc ceci : puisque tu as amplifié la faute - car la rama est plus imposante que le gav, le gav étant une surface plane et visible alors que la rama est un haut lieu élevé - et que tu as poussé la prostitution jusqu'aux hauts lieux, comme nous l'avons expliqué, en érigeant des idoles sous tout arbre verdoyant et sur chaque colline, dans les hauteurs ; c'est pourquoi « ils détruiront ton gav », mais tes ramot, ils les pulvériseront, car la démolition (netitsah) constitue une destruction bien plus radicale et brutale.

Les quatre peines de mort du Beth Din

וְהֶעֱלוּ עָלַיִךְ קָהָל וְרָגְמוּ אוֹתָךְ בָּאָבֶן וּבִתְּקוּךְ בְּחַרְבוֹתָם׃ (מ) - Ils feront monter contre toi une foule, ils te lapideront avec des pierres et te transperceront de leurs épées. (40)

« Ils feront monter contre toi une foule » - ils prononceront contre toi une condamnation à mort et t'exécuteront devant une assemblée de peuple, pour que la mise à mort se déroule sous les yeux d'une grande multitude. On lui infligera les quatre peines de mort du Beth Din : la lapidation (sekila), l'incinération (serefa), la décapitation par le glaive (héreg) et l'étranglement ('heneq), comme le texte les énumère immédiatement. « Ils te lapideront avec des pierres » - c'est la peine de lapidation. « Et te transperceront de leurs épées » - c'est la peine du glaive. Et que signifie le mot ouvitkoukh (« ils te transperceront ») ? Rachi précise : ce terme n'a pas d'équivalent, ce qui signifie qu'il n'existe aucune autre occurrence dans les Écritures permettant d'en éclairer le sens.

Nous avons expliqué à maintes reprises que pour comprendre le sens exact d'un mot et ce qu'il exprime, il faut recourir à une concordance biblique. C'est un ouvrage qui recense tous les mots de même racine apparaissant dans le Tanakh : si l'on trouve par exemple « harim » (montagnes), elle rassemble tous les passages où sont mentionnés har, harim, haré, et les classe par catégories. La concordance est un outil très précieux : lorsqu'on ignore le sens d'un mot, on s'y réfère ; ce n'est pas un simple dictionnaire, mais elle aide à saisir la nuance du terme. Soit dit en passant, les Richonim avaient tout cela en mémoire et n'avaient nul besoin de tels volumes. En quoi cela aide-t-il ? Si l'on lit par exemple « ouvitkoukh » sans savoir ce que cela signifie, on cherche ailleurs et l'on trouve « vayevatek vayekhatokh », comprenant ainsi que bitouk a le sens de couper ou trancher, et l'on déduit du sens dans un autre passage sa signification ici. Mais lorsqu'un mot est sans équivalent dans les Écritures, qu'il s'agit d'un hapax ou que la Massora y appose la lettre Lamed - pour leita ou leika, signifiant qu'il est unique, comme le dit Rachi : « il n'a pas de semblable », aucun mot similaire n'existant dans le Tanakh -, nous n'avons d'autre choix que d'expliquer le terme d'après son contexte immédiat. C'est pourquoi ici aussi, « ouvitkoukh beh'arvotam », nous comprenons qu'il s'agit de fendre le corps par l'épée, puisqu'il est question d'épée. C'est d'ailleurs ce que traduit le Targoum : « veyivze'ounikh », à l'instar de « vayikra et begadav » (il déchira ses vêtements) traduit par « ouvza yat levoushohi », qui exprime le déchirement. Dès lors, bitouk signifie déchirer, fendre : ils te mettront en pièces de leurs épées, ce qui correspond à la peine de mort par le glaive (sayif).

Le Radak explique que l'on trouve ici les supplices par lesquels on avait coutume de punir les femmes adultères : « et ils te lapideront avec des pierres », selon la sentence réservée aux femmes adultères que l'on lapidait, non pas nécessairement pour les tuer sur-le-champ ; lorsqu'une prostituée passait, on lui jetait des pierres pour la flétrir, sans aller jusqu'à la mort, car il est dit ensuite « et ils te mettront en pièces de leurs épées », indiquant que la mort est infligée par l'épée. Le Radak rapporte également une autre explication au nom de son père : après avoir dépeint la parabole de « je te ferai cesser d'être une prostituée », le texte décrit comment cela s'accomplira. Il s'agit d'une prostituée que l'on a frappée de pierres, transpercée de l'épée et dont on a brûlé la maison, tout cela afin de l'humilier et de la couvrir d'opprobre, jusqu'à la rendre méprisable et abjecte. Or, une fois avilie et déchue, elle cessera naturellement de se prostituer. En effet, on ne courtise une femme que lorsqu'elle conserve un certain éclat ou une certaine considération, mais lorsqu'elle est totalement déchue, plus personne ne désire s'approcher d'elle. Dans un tel état, dit le père du Radak, même si elle offre un salaire de prostitution (etnan), personne ne voudra d'elle, tant sa bassesse sera repoussante. Et quel est le sens figuré (nimchal) ? La destruction des remparts. Comment détruisait-on les murailles ? Par des pierres de fronde et des catapultes. C'est là le sens de « et ils te lapideront avec des pierres » : ils abattaient la ville au moyen d'ouvrages de siège et de grosses pierres, comme il est dit à propos de Kir-Hérès : « les frondeurs l'entourèrent et la battirent » ; puis vient « et ils te mettront en pièces de leurs épées », car le carnage s'est fait par le glaive, comme nous l'avons vu lorsque les assaillants pénétrèrent dans la cité et massacrèrent ses habitants.

וְשָׂרְפוּ בָתַּיִךְ בָּאֵשׁ וְעָשׂוּ־בָךְ שְׁפָטִים לְעֵינֵי נָשִׁים רַבּוֹת וְהִשְׁבַּתִּיךְ מִזּוֹנָה וְגַם־אֶתְנַן לֹא תִתְּנִי־עוֹד׃ (מא) - « Ils brûleront tes maisons par le feu et exécuteront contre toi des jugements sous les yeux de nombreuses femmes ; je te ferai cesser de te prostituer, et tu ne donneras plus non plus de salaire. » (41)

Le Malbim commente : nous retrouvons ici les quatre peines de mort du tribunal. La lapidation (sekila) et le glaive (h'erev) ont déjà été mentionnés, et le texte évoque maintenant le feu (srefa) : « Ils brûleront tes maisons par le feu ». « Et exécuteront contre toi des jugements sous les yeux de nombreuses femmes » : c'est le jugement appliqué à toute femme mariée adultère, dont la peine est l'étranglement (h'enek), et cela correspond à « des jugements sous les yeux de nombreuses femmes », conformément au verdict de la femme infidèle à son époux. Ensuite, « je te ferai cesser de te prostituer » : nul ne voudra plus pécher avec elle, pas même contre un salaire, d'où « et tu ne donneras plus non plus de salaire ». Et quelle en est l'application concrète ? Par la suite, le culte des idoles sera aboli ; en effet, nous savons qu'après la destruction du Temple, le mauvais penchant pour l'idolâtrie (yetser hara d'avoda zara) a disparu, il n'y aura plus la moindre trace d'idolâtrie et l'on ne versera plus aucun présent aux faux dieux.

וַהֲנִחֹתִי חֲמָתִי בָּךְ וְסָרָה קִנְאָתִי מִמֵּךְ וְשָׁקַטְתִּי וְלֹא אֶכְעַס עוֹד׃ (מב) - « J'apaiserai Ma fureur contre toi et Ma jalousie s'éloignera de toi ; Je Me calmerai et Je ne Me mettrai plus en colère. » (42)

« J'apaiserai Ma fureur contre toi » : la fureur que J'éprouvais pour le passé s'apaisera par le châtiment que vous subirez, et dès lors « Ma jalousie s'éloignera de toi » : l'indignation jalouse que J'avais en raison de l'idolâtrie que tu servais se dissipera, c'est-à-dire que le penchant pour l'idolâtrie sera aboli, et par conséquent la sainte jalousie d'Hachem envers l'idolâtrie s'écartera de nous. Puis vient « Je Me calmerai et Je ne Me mettrai plus en colère » : Je serai serein et ne m'irriterai plus, car la faute de l'idolâtrie n'existera plus.

Et le Malbim apporte cette précision : il existe une différence fondamentale entre « ka'as » (dépit, irritation intérieure) et « h'ema » (fureur) ainsi que les autres synonymes de la colère. Le verset emploie à la fois « h'amati » et « lo ekh'as » ; quelle est la nuance ? Le courroux (« af »), l'emportement (« ketsef ») et la fureur (« h'ema ») sont des sentiments qui se traduisent par une action extérieure contre celui qui en fait l'objet, c'est-à-dire qu'ils produisent un effet punitif sur autrui. En revanche, le terme « ka'as » désigne un ressentiment purement intérieur, contenu dans le cœur, comme dans « tous ses jours sont douleur et chagrin (ka'as) », ou « sa rivale la vexait (ka'as) », où la peine reste enclose dans le cœur. À l'inverse, l'af, le ketsef et la h'ema se manifestent concrètement envers les autres. Et lorsque ce verbe apparaît à la forme causative, comme dans « vous avez courroucé l'Éternel (hiktsaftem) », cela signifie que vous avez provoqué Son courroux contre vous ; tandis que « hikh'astem » signifie que vous avez suscité Son irritation intérieure à votre égard.

« Et n'as-tu pas commis cette infamie ? » - Pourquoi le châtiment du feu est-il également mérité

יַעַן אֲשֶׁר לֹא־זָכַרְתְּ אֶת־יְמֵי נְעוּרַיִךְ וַתִּרְגְּזִי־לִי בְּכׇל־אֵלֶּה וְגַם־אֲנִי הֵא דַּרְכֵּךְ בְּרֹאשׁ נָתַתִּי נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה וְלֹא עָשִׂית אֶת־הַזִּמָּה עַל כׇּל־תּוֹעֲבֹתָיִךְ׃ (מג) - « Parce que tu ne t'es pas souvenue des jours de ta jeunesse et que tu M'as irrité par toutes ces choses, voici que Moi aussi Je ferai retomber ta conduite sur ta tête, dit le Seigneur D.ieu ; et n'as-tu pas ajouté cette infamie à toutes tes abominations ? » (43)

« Parce que tu ne t'es pas souvenue des jours de ta jeunesse » : pourquoi ces châtiments se sont-ils abattus sur toi avec une telle fureur déversée ? Parce qu'ils n'ont pas gardé mémoire des bienfaits qu'Hachem leur avait prodigués au temps de leur jeunesse : Il les a fait sortir d'Égypte, les a guidés à travers le désert et les a introduits sur la Terre promise. Car toute la délivrance de la maison d'esclavage, comme nous l'avons expliqué, engageait le peuple d'Israël à observer les commandements d'Hachem ; or, au lieu d'agir ainsi, « tu M'as irrité par toutes ces choses » : par toutes les abominations mentionnées plus haut, tu as provoqué la colère du Saint, béni soit-Il. « Voici que Moi aussi Je ferai retomber ta conduite sur ta tête » : le terme « hé » a ici le sens de « voici », comme dans « hé lakhem zera » (voici pour vous de la semence), et l'expression correspond à « faire retomber sa voie sur sa tête », c'est-à-dire : Je vous ai infligé la rétribution qui vous est due, Je vous ai rendu la monnaie de votre pièce.

Et ces châtiments que nous constatons lui reviennent de plein droit selon la Torah, car par toutes ces transgressions par lesquelles ils ont provoqué la rigueur divine, ils ont encouru les quatre peines de mort du tribunal rabbinique (arba mitot beit din) : la lapidation, le feu, le glaive et l'étranglement, que nous avons vus aux versets 40 et 41. En effet, nous avons vu qu'ils ont pratiqué l'idolâtrie et le culte du Molokh, qui sont passibles de lapidation ; nous avons vu la débauche, et l'adultère d'une femme mariée est passible d'étranglement ; nous avons vu qu'ils égorgeaient leurs enfants en sacrifice au Molokh, or l'acte même d'assassiner ses enfants mérite l'épée, tout comme le jugement d'une ville réprouvée (ir hanidakh'at) relève du glaive. Toutefois, pour la peine du feu, fait remarquer le Malbim, nous ne trouvions pas de motif évident : nous ne trouvons pas de faute entraînant le supplice du feu pour une simple fille d'Israël adultère, ce châtiment n'étant requis que pour la fille d'un Cohen infidèle, où le texte qualifie cela d'infamie (zima) : « elle sera brûlée par le feu ». Dès lors, pour mériter également le feu, il fallait qu'il y ait la gravité d'un péché de zima. C'est précisément ce que déclare le prophète : « et n'as-tu pas ajouté cette infamie à toutes tes abominations ? » - n'as-tu pas commis cette perversion profonde, n'as-tu pas adjoint la zima à toutes tes abominations ? Si tel est le cas, tu mérites également le feu, et c'est pourquoi il a été mentionné plus haut : « ils brûleront tes maisons par le feu ».

Et le Malbim explique la nature exacte de la « zima » : ce terme désigne l'enracinement et l'obsession de la pensée dans la débauche. Nous le trouvons dans deux contextes légaux : celui de l'homme qui profane sa fille en la livrant à la prostitution, et celui de la nudité d'une femme et de sa fille, car épouser une femme et sa fille (« tu ne découvriras point la nudité d'une femme et de sa fille ») est qualifié de zima. Quel est le dénominateur commun entre ces deux cas ? Dans l'un comme dans l'autre, la débauche se transmet et s'enracine de la génération des parents à celle des enfants. Dans le cas du père qui prostitue sa fille, le père est corrompu et transmet cette abjection à sa fille après lui. De même, pour celui qui épouse une femme et sa fille, la mère est corrompue au point de s'unir à un homme alors que sa propre fille s'unit au même individu ; il y a là encore une perversion étendue sur deux générations, où les parents transmettent la dépravation à leur descendance. Or, souligne le Malbim, il incombe au père et à la mère de préserver leurs enfants de la perdition ; même si un homme commet personnellement des actes répréhensibles, il doit au moins veiller à ce que sa descendance demeure intègre. Mais ici, comme le dénonce le prophète : « le fils et le père vont vers la même jeune fille » ; cela témoigne d'un cynisme et d'une pourriture morale où le père, loin de s'arrêter à sa propre corruption, entraîne son fils à se corrompre avec lui. Et c'est cette noirceur-là que la Torah nomme zima.

« Telle mère, telle fille » - une parabole pour l'ensemble de la nation

הִנֵּה כׇּל־הַמֹּשֵׁל עָלַיִךְ יִמְשֹׁל לֵאמֹר כְּאִמָּה בִּתָּהּ׃ (מד) - Voici que tout faiseur de proverbes appliquera à ton sujet ce proverbe en disant : Telle mère, telle fille.

« Tout faiseur de proverbes appliquera à ton sujet ce proverbe » : « hamoshel » ici ne dérive pas de la domination (memshala), mais de l'énoncé de paraboles (meshilat meshalim) : quiconque compose des proverbes en formulera un à ton sujet en disant « telle mère, telle fille ». Celui qui voudra tirer une parabole du châtiment par le feu que tu as reçu pour ton infamie (zima) - qui correspond, comme nous l'avons expliqué, à l'interdit d'épouser une femme et sa fille - trouvera en cela l'application à l'ensemble de la nation, contre laquelle s'élève le reproche que pères et enfants ont péché ensemble. Une mère et sa fille relèvent de la catégorie de la zima, qui désigne l'enracinement dans le péché, lorsque les parents transmettent la faute à leurs enfants après eux : « c'est une infamie » (zima hi). Et la parabole s'applique à ce qui s'est produit au sein du peuple d'Israël, qui n'a pas seulement péché pour lui-même, mais s'est enraciné dans la faute et l'a transmise à ses fils et à ses filles ; et c'est là « telle mère, telle fille ».

Le Radak explique que « telle mère, telle fille » est une parabole : la mère est le pays de Canaan, car la terre d'Israël est appelée terre de Canaan, et la fille est le peuple d'Israël, Kenesset Israël, à l'instar des expressions « fille de Jérusalem », « fille d'Édom ». Cela signifie : vous êtes arrivés ici et vous avez appris des actes dépravés des habitants de cette terre. « Telle mère, telle fille » : la mère, à savoir la terre de Canaan, a élevé ses rejetons à son image, et elle a ainsi fait grandir des hommes commettant de mauvaises actions semblables aux siennes ; en effet, la Torah met en garde à plusieurs reprises de ne point agir selon les abominations du pays de Canaan, lesquelles consistent principalement en débauches et incestes (arayot). Dès lors, « telle mère, telle fille » : ce lieu même, qui est la mère, la terre de Canaan, a engendré la fille, Kenesset Israël, qui a perpétué les agissements de sa mère.

בַּת־אִמֵּךְ אַתְּ גֹּעֶלֶת אִישָׁהּ וּבָנֶיהָ וַאֲחוֹת אֲחוֹתֵךְ אַתְּ אֲשֶׁר גָּעֲלוּ אַנְשֵׁיהֶן וּבְנֵיהֶן אִמְּכֶן חִתִּית וַאֲבִיכֶן אֱמֹרִי׃ (מה) - Tu es bien la fille de ta mère, qui a pris en dégoût son époux et ses enfants, et tu es la sœur de tes sœurs, qui ont pris en dégoût leurs époux et leurs enfants ; votre mère était hittite et votre père amoréen.

« Tu es la fille de ta mère », semblable à ta mère, « qui a pris en dégoût son époux et ses enfants », où le terme « ichah » désigne son mari : tout comme ta mère s'est dégoûtée de son mari et de ses enfants - c'est-à-dire s'est éloignée d'eux -, de même toi, tu ressembles à tes sœurs. Et qui sont ces sœurs auxquelles le prophète compare Kenesset Israël ? Nous le verrons par la suite, il s'agit de deux sœurs rebelles, et tu es comme leur sœur. Il précise ensuite : « votre mère était hittite », parce que tu es née au pays des Hittites, qui constitue en quelque sorte la mère, une mère métaphorique et non biologique ; tu es la fille d'une mère hittite et tu reproduis leurs actes.

Rachi explique que « la fille de ta mère » signifie, comme nous l'avons mentionné, que la terre est désignée comme la mère ; cette terre est Canaan, vous avez hérité de leur pays et vous vous conduisez comme eux. Quant à « qui a pris en dégoût son époux et ses enfants » (go'élet ichah ouvanèha), cela signifie qu'ils ont multiplié les abominations au point que la terre a pris en dégoût et vomi ses habitants, pères et fils ensemble. Ce n'est donc pas la femme qui dégoûte son mari et ses enfants, mais cela se rapporte ici à la terre elle-même, et cela décrit déjà le châtiment : qu'a fait la terre aux habitants du pays de Canaan ? Elle les a rejetés avec dégoût. Et que signifie le verbe « ga'al » ? Tout comme dans la cachérisation des ustensiles (hag'alat kélim), qui signifie expulsion ou rejet, faire « hag'ala » veut dire faire expulser ; et comme le dit Job : « Son taureau féconde et ne rejette point (lo yag'il) », ce qui signifie que la vache n'a pas avorté prématurément. Ainsi, « tu es la fille de ta mère » : cette terre qui est ta mère, Canaan, a rejeté et vomi les impies qui l'habitaient, les pères comme les fils ensemble.

« Et tu es la sœur de ta sœur » : elle n'est pas qualifiée directement de ta sœur, mais de la sœur de ta sœur, comme si le lien n'était pas immédiat, car il s'agit ici de Sodome, qui est voisine de la terre d'Israël. C'est à ce sujet qu'il dit : « qui ont rejeté leurs maris et leurs enfants » ; Sodome a été renversée en un instant, rejetant ses hommes et ses enfants. Et sur les mots « votre mère était hittite et votre père amoréen », Rachi cite le Targoum Yonatan : votre mère n'est-elle pas Sarah ? « Elle résidait parmi les Hittites », elle habitait parmi les fils de Heth, « et votre père Abraham résidait parmi les Amoréens mais ne suivit point leur conseil », il ne marcha pas selon les avis des Amoréens et ne reproduisit point leurs actes. Dès lors, pourquoi êtes-vous venus vous installer ici, pour commettre de mauvaises actions à l'instar des habitants de ce pays ?

En conclusion : Dans ce passage, le prophète détaille les étapes de la trahison : le recours à l'Égypte aux jours d'Akhaz, puis à l'Assyrie, puis aux Chaldéens, et chaque fois « et tu ne fus point rassasiée non plus » - la prostitution ne fut d'aucune utilité et n'apporta aucun salut. La dépravation se révèle plus grande que celle de n'importe quelle prostituée, car toute prostituée se livre pour un salaire ou un présent, tandis que Kenesset Israël a payé, corrompu et poursuivi ses amants à l'encontre de la nature même ; c'est pourquoi elle est désignée spécifiquement comme « prostituée » par ce nom même. De là découle le châtiment : le rassemblement de tous les amants et des ennemis, la mise à nu de la nudité et des tares, les jugements réservés aux femmes adultères et à celles qui répandent le sang, ainsi que les quatre peines de mort du tribunal rabbinique (arba mitot beit din) toutes suggérées dans les versets - la lapidation, le glaive, le feu et l'étranglement - qui correspondent à la destruction des remparts, au massacre dans la ville et à l'incendie des maisons. Et finalement : « Je mettrai un terme à ta prostitution », car après la destruction du Temple, le mauvais penchant pour l'idolâtrie (avoda zara) a disparu, la fureur s'est apaisée et la jalousie s'est retirée. Et tout ce jugement survient « parce que tu ne t'es pas souvenue des jours de ta jeunesse » : quiconque oublie les bienfaits des jours de sa jeunesse, la sortie d'Égypte, la traversée du désert et l'entrée en terre promise, ne se contente pas de pécher par lui-même, mais transmet la faute à ses enfants après lui - « telle mère, telle fille » - et c'est cette infamie (zima) qui appelle le châtiment du feu.