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Chapitre 12 - Le signe de l'exil - Deuxième partie

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Introduction : la suite du signe prophétique de Yé'hezkel et la sentence de Tsidkiyahou

Dans cette partie du chapitre, nous poursuivons la prophétie concernant le prince, c'est-à-dire Tsidkiyahou, roi de Yéhouda, pour lequel Yé'hezkel a dû servir de signe précurseur en perçant la muraille, en portant son bagage sur l'épaule et en se voilant le visage. À partir de là, le prophète détaille les éléments mêmes du décret : la capture du roi, la dispersion de ses armées, le siège et la famine à Jérusalem, et enfin une réponse cinglante à ceux qui se rassuraient en prétendant que les prophéties ne s'accompliraient pas ou qu'elles concernaient un avenir très lointain.

« J'étendrai Mon filet sur lui » - La gazelle sur le toit de la grotte

וּפָרַשְׂתִּי אֶת רִשְׁתִּי עָלָיו וְנִתְפַּשׂ בִּמְצוּדָתִי, וְהֵבֵאתִי אֹתוֹ בָבֶלָה אֶרֶץ כַּשְׁדִּים, וְאוֹתָהּ לֹא יִרְאֶה וְשָׁם יָמוּת׃ - « J'étendrai Mon filet sur lui et il sera pris dans Mon piège ; Je l'amènerai à Babylone, au pays des Chaldéens, mais il ne la verra pas, et c'est là qu'il mourra. »

Rachi rapporte les paroles de nos Sages : Tsidkiyahou disposait d'un souterrain secret reliant sa maison aux plaines de Jéricho, par lequel il s'échappa. Que fit le Saint, béni soit-Il ? Il fit passer une gazelle devant l'armée chaldéenne ; l'animal courut au-dessus du toit de la grotte, et les soldats se mirent à le poursuivre. Au moment précis où Tsidkiyahou émergea du souterrain dans les plaines de Jéricho, ils l'aperçurent et s'emparèrent de lui.

Un tel événement n'a pas d'autre explication que : « J'étendrai Mon filet sur lui ». Une telle synchronisation - poursuivre une gazelle au moment précis, arriver exactement à l'ouverture de la grotte à l'instant même où il en sort - illustre sans l'ombre d'un doute le filet que le Saint, béni soit-Il, a tendu devant Tsidkiyahou, pour avoir fermé les yeux sur les égarements du peuple.

Le verset renferme un paradoxe apparent : « Je l'amènerai à Babylone, au pays des Chaldéens, mais il ne la verra pas ». Concernant la génération du désert, qui avait calomnié la terre d'Israël, on comprend le sens du serment divin « s'ils verront la terre », car ils allaient mourir dans le désert sans jamais la voir. Quiconque entre dans un pays y pénètre et le voit. Mais comment concevoir d'être emmené à Babylone sans pour autant la voir ? Nos Sages expliquent que cette énigme est restée incompréhensible jusqu'à ce que Névoukhadnetsar lui-même en apporte l'explication concrète : il lui creva les yeux. C'est ainsi que les deux membres de la phrase se sont accomplis de concert : il y fut conduit, mais ne la vit point.

Et comment en est-on arrivé là ? Comme nous l'avons vu à Rivla, au pays de 'Hamat, Névoukhadnetsar « prononça un jugement contre lui ». Il est rapporté que Tsidkiyahou l'avait surpris en train de manger un lièvre vivant et l'avait divulgué ; c'est à la suite de cela que le souverain babylonien lui fit un procès : il égorgea ses fils sous ses yeux, lui creva ensuite la vue, puis l'emmena à Babylone, ainsi qu'il est relaté dans le livre des Rois et dans le livre de Yirmeyahou.

La seconde parabole : tomber comme un fruit mûr sans comprendre comment

Le Malbim explique que « J'étendrai Mon filet sur lui » constitue la seconde parabole, correspondant au fait de se couvrir le visage et à l'impossibilité de voir : J'étendrai sur lui le filet, et il ne verra ni ne comprendra comment il est subitement tombé comme un fruit mûr entre les mains de ses ennemis.

Une défense pour Tsidkiyahou : l'atmosphère de cette génération

Pour comprendre les choix de Tsidkiyahou, on peut invoquer en sa faveur qu'il lui était totalement impossible de s'opposer au peuple établi à Sion. L'état d'esprit, la ligne de conduite et la conviction de la population étaient catégoriques : il n'y aura point d'exil, et il ne faut pas prêter l'oreille à ces prophètes qui ne font qu'effrayer les foules. Par conséquent, quiconque soutenait le contraire mettait sa propre vie en péril, et Yirmeyahou lui-même s'est trouvé à plusieurs reprises à deux doigts de la mort. Si Tsidkiyahou avait tenté d'affirmer que l'exil était imminent, qu'il fallait l'accepter de plein gré et que telle était la volonté divine, il n'aurait très probablement pas conservé son trône un seul instant. On aurait fomenté un coup d'État en proclamant : un roi qui, au lieu de nous fortifier et de se dresser sur la brèche, nous ordonne de partir en exil, de déposer la couronne et de tendre les mains aux fers ? Ce n'est pas un roi ! Il en résulte que même s'il avait souhaité agir dans ce sens, il est fort probable qu'il n'aurait jamais pu amener le peuple à partir de lui-même en exil.

D'autant plus qu'à cette époque, certains individus donnaient l'impression très sérieuse d'être de véritables prophètes, des hommes qui parlent avec autorité et savent de quoi ils parlent. Ils possédaient un grand talent pour s'exprimer dans le style même des prophètes. Parfois, leurs prédictions se réalisaient, car ils reprenaient des fragments des prophéties authentiques pour les intégrer à leurs discours, et lorsque les événements survenaient, ils s'écriaient : « Vous voyez bien, je vous l'avais dit ! » C'est ainsi qu'ils s'acquéraient une réputation de prophètes de vérité. De plus, ils « revêtaient le manteau de poils pour tromper » : ils soignaient toute une mise en scène évoquant le prophète. Tsidkia ben Kenaana s'était forgé des cornes de fer en proclamant : « Avec cela, tu encorneras Aram », ce qui montre qu'ils avaient aussi recours à des accessoires et à des effets visuels. Une marmite bouillante, « prends une brique et trace dessus une ville », et toutes les actions symboliques accomplies par les vrais prophètes - ils faisaient exactement la même chose. En pratique, il était donc extrêmement difficile de distinguer l'original de la contrefaçon, la vérité de la pâle imitation.

On comprend dès lors pourquoi le peuple courait après les faux prophètes. D'autant plus qu'il n'était guère agréable d'entendre les paroles des véritables prophètes, qui venaient constamment brandir des menaces : tout ira mal, ce sera un désastre, ce sera l'exil, une catastrophe. Il était bien plus réconfortant d'écouter les faux prophètes, qui flattaient sans cesse l'ego et rassuraient la foule : « Ne vous inquiétez pas, il n'arrivera rien, nous vous transmettons une prophétie de la part d'Hachem, soyez tranquilles, tout ira bien, nous avons le Beth Hamikdach ! » Dans une telle atmosphère, il n'était pas facile pour Tsidkiahou d'agir et d'exercer une influence bénéfique.

« Et il sera pris dans Mon filet » - deux racines et deux vérités

Le Malbim analyse avec précision le terme « Metsoudati ». Le mot metsouda peut dériver de la racine Matsad, comme dans « une retraite de rochers » ou « retranché dans la forteresse », désignant un lieu fortifié et imprenable où l'on peut se réfugier. Mais metsouda peut aussi dériver de la racine Tsoud (chasser, piéger), à l'image d'un filet pour attraper les poissons. Ici, les deux sens sont vérifiés : la prison dans laquelle les rois étaient enfermés était bâtie au sein d'une place forte d'où aucune évasion n'était possible, et il est dit également « J'étendrai sur lui Mon filet » - le piège dans lequel il sera capturé. Ainsi, « Metsoudati » s'éclaire sous ce double aspect à la fois.

« Et tous ceux qui l'entourent pour l'aider » - des soutiens funestes

וְכֹל אֲשֶׁר סְבִיבֹתָיו עֶזְרֹה וְכָל אֲגַפָּיו אֱזָרֶה לְכָל רוּחַ, וְחֶרֶב אָרִיק אַחֲרֵיהֶם׃ - Et tous ceux qui l'entourent pour lui prêter secours, ainsi que toutes ses troupes, Je les disperserai à tous les vents, et Je tirerai l'épée derrière eux.

« Et tous ceux qui l'entourent pour lui prêter secours » - ce sont ceux qui se tenaient aux côtés du roi et le poussaient à ne pas se rendre aux Chaldéens, à ne faire aucune paix avec eux et à ne point capituler, mais au contraire à poursuivre la lutte. Ils transgressaient ainsi la parole du prophète, car celui-ci lui avait dit explicitement : « Si tu sors vers les ministres du roi de Babylone, ton âme vivra. » Et au peuple, il avait enjoint : « Placez vos cous sous le joug du roi de Babylone, servez-le, lui et son peuple, et vous vivrez. » Faute de quoi, ce serait la perte assurée. Mais son entourage le maintenait dans la position inverse : « Comment pourrions-nous capituler ? Tu détiens la royauté, et tu irais t'humilier devant l'ennemi ? »

« Et toutes ses troupes (Agafav) » - plusieurs explications sont avancées. Selon la première, ses agafim sont ses hommes de troupe, comme il est dit au sujet de la guerre future de Gog : « Toi et toutes tes troupes », ce que le Targoum Yonatan traduit par machreyaté, ses armées. Rachi explique : ses officiers. Le Radak rapporte au nom de son père que le terme agafav équivaut à gafav par élision de la lettre Aleph, et gafav désigne les ailes, comme dans « Le déploiement de ses ailes remplira toute l'étendue de ton pays ». Les corps d'armée sont appelés « ailes » parce qu'ils se déployaient telle une envergure d'ailes pour mener la conquête - d'où l'expression militaire « l'armée a déployé ses ailes » ; c'est aussi pourquoi les emblèmes des nations représentent souvent un aigle déployant ses ailes, symbole de la puissance conquérante. Le prophète lui annonce : ces armées déployées comme des ailes, Je les disperserai à tous les vents.

En effet, une partie d'entre eux descendit en Égypte, conformément au verset « et toute son armée s'est dispersée loin de lui » - Yo'hanan ben Kareah et les officiers de l'armée qui s'enfuirent en Égypte. Mais là-bas aussi, l'épée de Nabuchodonosor les rattrapa lorsqu'il vint plus tard ravager le pays. C'est le sens de « et Je tirerai l'épée derrière eux » : Je les disperserai à tous les vents, mais cette fuite ne leur apportera aucun salut, car en ces lieux d'exil mêmes, l'épée de l'ennemi les frappera. Et c'est bien ce qui s'est produit : ils furent massacrés par l'épée dans les contrées où ils s'étaient réfugiés.

« Et ils sauront que Je suis Hachem » - un double bénéfice

וְיָדְעוּ כִּי אֲנִי יְהֹוָה בַּהֲפִיצִי אוֹתָם בַּגּוֹיִם וְזֵרִיתִי אוֹתָם בָּאֲרָצוֹת׃ - Et ils sauront que Je suis Hachem, quand Je les disperserai parmi les nations et que Je les répandrai dans les pays.
וְהוֹתַרְתִּי מֵהֶם אַנְשֵׁי מִסְפָּר מֵחֶרֶב מֵרָעָב וּמִדָּבֶר, לְמַעַן יְסַפְּרוּ אֶת כָּל תּוֹעֲבוֹתֵיהֶם בַּגּוֹיִם אֲשֶׁר בָּאוּ שָׁם, וְיָדְעוּ כִּי אֲנִי יְהֹוָה׃ - Mais Je laisserai d'eux un petit nombre d'hommes ayant échappé à l'épée, à la famine et à la peste, afin qu'ils racontent toutes leurs abominations parmi les nations où ils sont arrivés, et ils sauront que Je suis Hachem.

Lorsque la prophétie s'accomplira, ils sauront que Je suis Hachem. Le Radak explique qu'ils se raconteront les uns aux autres, au sein des nations où ils sont arrivés, toutes les abominations qu'ils ont commises, et ils comprendront ainsi que tout ce qui les a frappés est venu comme un châtiment, conformément à ce qu'Hachem avait annoncé par Ses prophètes. Et ils sauront que Je suis Hachem, car Hachem avait tout prévu à l'avance et vous avait mis en garde, sans que vous n'ayez écouté.

Le Malbim ajoute qu'il y aura en cela deux bénéfices. Le premier gain : eux-mêmes reconnaîtront que Je suis Hachem. Le second gain : « Et J'en laisserai un petit nombre » - J'en préserverai aussi parmi les impies en exil, même parmi ceux qui ne reconnaissaient pas Hachem, comme ceux qui sont descendus en Égypte et ont brûlé de l'encens pour la reine des cieux, afin qu'ils racontent leurs abominations aux nations. Alors les nations comprendront que tout ce qui est arrivé à Israël leur est advenu en toute justice et selon le droit, et « ils sauront que Je suis Hachem », qu'il y a un Juge sur toute la terre. Il en résulte un double profit : pour ceux qui s'éveilleront à travers cela, et pour ceux qui ne se sont pas éveillés mais qui raconteront néanmoins leurs abominations, permettant au moins aux nations de comprendre que ce qui s'est produit ici est arrivé en toute justice.

« Behafitsi » et « vezériti » - les deux étapes de la dispersion

Le Malbim a déjà expliqué plus haut cette différence, et il apporte ici davantage de précisions. « Vanner » (lezarot) signifie disperser des éléments qui ne sont pas liés entre eux, tandis que « briser » (lenapets) s'applique à des éléments reliés, comme dans « Tu les briseras comme un vase de potier » - le récipient est entier et uni, et Je le brise. Nous décrivons toujours l'exil en deux étapes : « parmi les nations » désigne les peuples voisins, « dans les pays » désigne les terres lointaines. Au départ, ils formaient un tout comme un vase, et Je les disperse comme un vase qui vole en éclats, et ils se sont dispersés vers les contrées proches. Ensuite, tel un homme qui vanne le blé au vent pour en séparer la balle, il n'est plus question de « briser » un ensemble uni, mais seulement de les disperser encore plus loin - et c'est là « et Je les disperserai dans les pays », la seconde étape.

« Tu mangeras ton pain dans le tremblement » - le signe du siège

בֶּן אָדָם, לַחְמְךָ בְּרַעַשׁ תֹּאכֵל, וּמֵימֶיךָ בְּרָגְזָה וּבִדְאָגָה תִּשְׁתֶּה׃ - Fils de l'homme, mange ton pain avec tremblement, et bois ton eau avec effroi et anxiété.

Le Radak explique que « dans le tremblement » (béra'ach) signifie dans un frémissement du corps et un tressaillement, manger avec effroi, selon le sens de « et le roi fut bouleversé » (vayirgaz hamélekh). Et le Malbim explique que cette façon de manger et de boire est semblable à celle de quelqu'un d'angoissé, dans la terreur et l'effroi face à l'arrivée imminente de l'ennemi.

וְאָמַרְתָּ אֶל עַם הָאָרֶץ: כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה לְיוֹשְׁבֵי יְרוּשָׁלַיִם אֶל אַדְמַת יִשְׂרָאֵל, לַחְמָם בִּדְאָגָה יֹאכֵלוּ וּמֵימֵיהֶם בְּשִׁמָּמוֹן יִשְׁתּוּ, לְמַעַן תֵּשַׁם אַרְצָהּ מִמְּלֹאָהּ מֵחֲמַס כָּל הַיֹּשְׁבִים בָּהּ׃ - Et tu diras au peuple du pays : Ainsi parle le Seigneur, Hachem, aux habitants de Jérusalem sur la terre d'Israël : Ils mangeront leur pain dans l'angoisse et boiront leur eau dans la stupeur, afin que leur terre soit dévastée de tout ce qui la remplissait, à cause de la violence de tous ceux qui y habitent.

Le signe prophétique accompli par le prophète servira de présage pour les habitants de Jérusalem, qui, au moment du siège, mangeront leur pain dans l'angoisse. Le Radak explique « afin que sa terre soit dévastée de tout ce qui la remplissait » : vidée du peuple nombreux qui l'emplissait et des richesses qui y abondaient, leur terre sera privée de tout cela et dévastée.

Le Malbim explique l'enchaînement des événements : s'il n'y avait pas eu de siège, ils ne se seraient pas battus contre Nevoukhadnetsar mais auraient fait la paix avec lui, comme le prophète les en avait avertis. S'ils l'avaient écouté, il n'aurait pas détruit leur pays. Mais comme ils n'ont pas écouté la parole du prophète et ont décidé de faire la guerre, Nevoukhadnetsar est venu, a dressé le siège et a dévasté le pays. Et tout cela pour quelle faute ? « À cause de la violence de tous ceux qui y habitent » - pour le péché de violence de ses habitants. Hachem dit : cette faute est en eux, c'est pourquoi J'ai mis dans leur cœur l'idée de combattre Nevoukhadnetsar, afin que leur pays soit ainsi détruit, et que cela constitue un châtiment pour les violences qu'ils ont commises par le passé.

וְהֶעָרִים הַנּוֹשָׁבוֹת תֶּחֱרַבְנָה וְהָאָרֶץ שְׁמָמָה תִהְיֶה, וִידַעְתֶּם כִּי אֲנִי יְהֹוָה׃ - Et les villes habitées seront ruinées, et la terre sera une désolation, et vous saurez que Je suis Hachem.

« Les villes habitées », c'est-à-dire les cités peuplées, seront détruites, et la terre deviendra une désolation, et à travers cela « vous saurez que Je suis Hachem ». On trouve donc ici deux aspects : une rétribution pour le passé, « à cause de la violence de tous ceux qui y habitent », et un autre élément destiné à les éveiller pour l'avenir afin qu'ils fassent téchouva - qu'ils constatent qu'il y a là une parole émanant d'Hachem, qu'ils y prêtent attention et croient en la Providence divine ainsi qu'au principe de la rétribution.

« Quel est ce proverbe que vous avez » - Israël n'est pas soumis au Mazal

בֶּן אָדָם, מָה הַמָּשָׁל הַזֶּה לָכֶם עַל אַדְמַת יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר: יַאַרְכוּ הַיָּמִים וְאָבַד כָּל חָזוֹן׃ - Fils d'homme, quel est ce proverbe que vous avez sur la terre d'Israël, disant : Les jours vont durer longtemps, et toute vision s'évanouira ?

Le Malbim explique que le Saint, béni soit-Il, répond ici à deux arguments que le peuple avait coutume d'avancer. Le premier : les paroles du prophète ne s'accompliront pas du tout, à l'image des prédictions des astrologues dont on s'aperçoit, avec le temps, qu'elles sont sans consistance. Le second : et même si cela devait se réaliser, c'est encore une vision pour un terme lointain, dans de très nombreuses années, après nous le déluge, il n'y a donc rien à craindre que cela n'arrive demain ou après-demain. Ces deux propos visaient à rassurer, à installer une insouciance et à dissiper toute crainte.

Ils avaient tiré cette comparaison des propos des astrologues et des scrutateurs du ciel, dont les prédictions ne se vérifiaient pas toujours. Le Malbim explique que ces devins observaient les corps célestes, constataient que telle planète se trouvait face à telle autre, et en déduisaient que l'influence cosmique serait de telle ou telle nature. C'est ce que pratiquent encore aujourd'hui les adeptes de l'astrologie. Ils annonçaient des prédictions à très long terme, alors qu'avec le temps, les éléments peuvent changer : la configuration observée aujourd'hui correspond à une réalité précise, mais demain, un nouvel astre entre en jeu et produit une influence différente. C'est là le sens de « les jours vont durer longtemps » - certaines prédictions peuvent être démenties par l'écoulement du temps.

De plus, ils fondent leurs prévisions sur l'ordre du monde et des causes naturelles, or dès que l'une de ces causes vient à changer, tout le déroulement ultérieur s'en trouve modifié. Par exemple, si l'on annonce de fortes pluies qui engendreront des inondations, lesquelles détruiront un pont et feront s'écrouler des fortifications : dès lors qu'un élément de la chaîne est modifié, toutes les répercussions découlant de la cause initiale s'annulent. C'est le sens de « et toute vision s'évanouira » : du fait qu'une cause naturelle change, toute la vision prédite par ces astrologues et scrutateurs du ciel s'effondre.

C'est à cela qu'Hachem leur répond : « Quel est ce proverbe que vous avez sur la terre d'Israël ». Cette comparaison ne vous convient absolument pas ! Vous, la maison d'Israël, vous n'êtes pas soumis au Mazal ni tributaires des corps célestes, mais gouvernés par la providence divine. Et particulièrement « sur la terre d'Israël », car la terre d'Israël n'est pas, par essence, soumise aux influences astrales : « Terre sur laquelle les yeux de l'Éternel ton Dieu sont fixés depuis le commencement de l'année jusqu'à la fin de l'année », elle est régie par une Hachgaha Pratit (providence particulière). Ainsi, ni le peuple ni la terre ne dépendent des astres : comment osez-vous comparer le peuple d'Israël en terre d'Israël aux prédictions des astrologues et des scrutateurs du ciel ?

« Je ferai cesser ce proverbe »

לָכֵן אֱמֹר אֲלֵיהֶם כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה: הִשְׁבַּתִּי אֶת הַמָּשָׁל הַזֶּה וְלֹא יִמְשְׁלוּ אֹתוֹ עוֹד בְּיִשְׂרָאֵל, כִּי אִם דַּבֵּר אֲלֵיהֶם קָרְבוּ הַיָּמִים וּדְבַר כָּל חָזוֹן׃ - C'est pourquoi dis-leur : Ainsi a dit le Seigneur, l'Éternel : Je ferai cesser ce proverbe, et on ne le répétera plus en Israël ; dis-leur plutôt : Les jours sont proches, ainsi que l'accomplissement de toute vision.

Quel était ce proverbe désormais aboli ? L'idée selon laquelle le prophète serait semblable à un astrologue, et qu'avec le temps, des variations naturelles pourraient survenir et empêcher les prédictions d'aboutir. Hachem leur déclare : ce proverbe est anéanti, et on ne l'utilisera plus. Premièrement, même selon votre propre thèse voulant que tout dépende du jeu des constellations, cela ne s'applique pas ici. Deuxièmement, « et on ne le répétera plus en Israël » : quand bien même ces calculs astrologiques auraient une quelconque valeur pour les nations, cela n'a aucune prise sur Israël, car Israël n'est pas sous la coupe des astres.

On rapporte l'histoire d'un homme qui consulta un jour un astrologue. Ce dernier tenta de lui dévoiler l'avenir d'après la position des planètes, mais à chaque affirmation, l'homme lui répondait qu'il tombait complètement à côté. L'astrologue revérifia minutieusement l'heure de naissance et tous les paramètres : tout était pourtant parfaitement exact. Il finit par lui demander : « Dis-moi, es-tu juif ? » L'homme répondit : « Oui ». L'astrologue s'exclama alors : « Ah, mais pourquoi ne pas l'avoir précisé d'emblée ? Avec les Juifs, je ne m'aventure jamais à faire des prédictions. Un non-juif est soumis aux influences astrales, mais un Juif est au-dessus du Mazal ! »

Et pour contrer ce raisonnement, le verset proclame : « Dis-leur : Les jours sont proches, ainsi que l'accomplissement de toute vision ». Il ne s'agit pas d'un avenir lointain au cours duquel les événements pourraient changer, mais d'une échéance imminente, d'un décret immédiat qui ne saurait être annulé par le passage des années.

כִּי לֹא יִהְיֶה עוֹד כָּל חֲזוֹן שָׁוְא וּמִקְסַם חָלָק בְּתוֹךְ בֵּית יִשְׂרָאֵל׃ - Car il n'y aura plus de vision vaine ni d'oracle flatteur au milieu de la maison d'Israël.

"Vision vaine" - il n'y aura plus de vision par le biais des astres, car c'est une vision dénuée de vérité. "Et divination flatteuse" - il n'y aura plus de divination de ces astrologues qui tiennent des propos mielleux. Leurs divinations illusoires étaient formulées dans un langage adulateur, afin de convaincre le peuple et de le flatter. Et tel était leur but : le peuple entendait les paroles des véritables prophètes et ne les trouvait guère agréables à ses oreilles, puisqu'ils parlaient de courber la tête devant Nevoukhadnetsar, qui était l'émissaire de la Providence suprême, d'exil et de techouva - et ce n'était pas ce qu'ils voulaient. C'est pourquoi ils accueillaient favorablement les paroles des faux prophètes, qui pratiquaient pour eux des divinations, leur parlaient avec flagornerie et leur donnaient le sentiment que tout ce qu'ils faisaient était irréprochable. En termes d'aujourd'hui : ils avaient une divination "glatt". Tout ce que vous faites est "glatt", aucun problème, tout est parfait, sentez-vous bien, nous avons un peuple admirable, une jeunesse formidable, tout va pour le mieux, réjouissons-nous, continuez ainsi.

"Je proférerai une parole et elle s'accomplira" - La parole elle-même constitue l'acte

כִּי אֲנִי יְהֹוָה אֲדַבֵּר אֵת אֲשֶׁר אֲדַבֵּר דָּבָר וְיֵעָשֶׂה, לֹא תִמָּשֵׁךְ עוֹד, כִּי בִימֵיכֶם בֵּית הַמֶּרִי אֲדַבֵּר דָּבָר וַעֲשִׂיתִיו נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה׃ - Car Moi, l'Éternel, Je proférerai la parole que Je dois proférer et elle s'accomplira ; cela ne sera plus différé, car de vos jours, maison de rébellion, Je prononcerai une parole et Je l'exécuterai, dit le Seigneur D.ieu.

Le Malbim explique la différence entre l'astrologue (celui qui scrute les astres) et le voyant inspiré par l'esprit divin. L'astrologue dépend de l'agencement des constellations : telle étoile face à telle autre produit une certaine influence, et par conséquent, le pays placé sous son influence connaîtra la guerre. Soit dit en passant, il faut savoir qu'ils savaient de quoi ils parlaient ; il ne s'agissait pas d'un simple horoscope de journal, mais de connaissances réelles. Tout comme Pharaon a dit : "Voyez, car le malheur (Ra'ah) est devant vous", faisant allusion à un astre ou un ange nommé Ra'ah, et il avait vu juste. Il a vu du sang dans le désert - et il a vu juste. Il a vu le dirigeant d'Israël frappé par l'eau - et il a vu juste, c'étaient les eaux de Mériva. Seulement, son interprétation était erronée.

Deux erreurs sont possibles dans ce domaine. La première : l'astrologue n'a pas pris en compte d'autres facteurs. Par exemple, le pays A est en guerre contre le pays B, et il voit que A est plus puissant, concluant ainsi que A l'emportera. Mais il n'a pas remarqué qu'un astre supplémentaire entrait en jeu, celui du pays C, plus fort que A et en guerre contre lui ; dès lors, C frappera A et B sera sauvé. Une autre cause et une autre configuration lui ont échappé, modifiant ainsi l'issue des événements. La seconde : l'astrologue n'a pas cerné avec précision le facteur temps. Bien souvent, il pense qu'il s'agit des deux prochaines années, alors que la prédiction concerne la décennie suivante. C'est précisément ce qui est arrivé à Pharaon : "le dirigeant d'Israël sera frappé par l'eau" - cela n'est survenu que bien plus tard, aux eaux de Mériva, mais lui croyait que cela concernait le présent immédiat, et il a donc décrété : "Tout garçon qui naîtra, jetez-le dans le Nil". L'astre ne lui révèle pas de dates précises mais seulement des influences, et ils se basent sur des estimations, d'où cette erreur fréquente.

Mais il n'en va pas ainsi de la prophétie divine. Lorsque Hachem décrète un malheur, cela ne provient pas des lois de la nature, des corps célestes ou de l'ordre naturel, mais d'un décret divin absolu. Et même si tout semblait prouver le contraire, le décret s'accomplira tel quel, car le Saint, béni soit-Il, bouleverse l'ordre de la nature et il n'y a rien en dehors de Lui, sans être influencé par aucun de ces facteurs. "La parole de notre D.ieu subsistera à jamais".

De plus, le décret divin constitue lui-même l'acte qui amène la chose à l'existence. Lorsque Hachem s'adresse au prophète pour lui annoncer qu'à tel moment surviendra tel malheur, cette parole même est l'acte qui engendre ce malheur ; elle ne dépend de rien d'autre et aucune altération ne saurait l'atteindre. C'est le sens de "Car Moi, l'Éternel, Je dirai ce que Je dois dire" : Je transmets au prophète ce que J'ai décrété, "une parole et elle s'accomplira" - la parole est l'acte lui-même, tout comme dans "Au commencement, D.ieu créa", où le monde fut créé par dix paroles ; Il dit : "Que la lumière soit", et la lumière fut, Il a parlé et cela a existé. Il n'est nul besoin d'attendre qu'un événement se produise, et aucun nouveau facteur ne peut intervenir, car sur la scène du monde, il n'y a que le Maître de l'Univers.

Certes, il arrive parfois que le Saint, béni soit-Il, use de patience et ne sévisse pas immédiatement, dans l'espoir qu'ils fassent techouva et que le décret n'ait pas à s'abattre avec une telle rigueur. Mais à eux, Il déclare : "Car de vos jours, maison de rébellion, Je proférerai une parole et Je l'exécuterai". Vous êtes une maison de rébellion, du mot 'mamrim' (rebelles), comme dans "vous avez été rebelles envers l'Éternel", et la mesure est comble. Il n'y a plus d'espoir de vous voir faire techouva, ni de raison de différer l'échéance ; dès lors, la parole elle-même sera l'acte et l'événement se produira sans délai.

"La vision qu'il contemple est pour des jours lointains" - Vision et prophétie, jours et époques

בֶּן אָדָם, הִנֵּה בֵית יִשְׂרָאֵל אֹמְרִים: הֶחָזוֹן אֲשֶׁר הוּא חֹזֶה לְיָמִים רַבִּים וּלְעִתִּים רְחוֹקוֹת הוּא נִבָּא׃ - Fils de l'homme, voici que la maison d'Israël dit : "La vision qu'il contemple est pour de nombreux jours, et c'est pour des époques lointaines qu'il prophétise".

Une nouvelle parole divine fut adressée au prophète pour réfuter leur prétention. En effet, ils constataient que le Saint, béni soit-Il, prononçait un décret mais que celui-ci ne s'appliquait pas sur-le-champ. La plupart des sombres prédictions relatives à la destruction du Beth Hamikdach et aux malheurs avaient été proclamées par les prophètes pendant des décennies, voire des siècles, ce qui avait fait naître au sein du peuple l'illusion qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter et que rien n'arriverait.

Le Malbim établit une distinction entre "vision" (hazon) et "prophétie" (nevoua) : la vision désigne ce que le prophète contemple en apparition, tandis que la prophétie est ce qu'il est envoyé transmettre au peuple, de la racine niv sefatayim, l'expression des lèvres. De même entre "jours" (yamim) et "temps/époques" (itim) : les jours décrivent une durée continue, tandis que le terme 'et' désigne un moment précis dans le temps, comme dans l'expression "le moment n'est pas encore venu". Et ils disaient : la vision qu'il contemple porte sur de nombreux jours, et ce qu'il prophétise en mission auprès du peuple concerne des époques lointaines, et nullement un avenir proche.

Il y a ici un point très intéressant. Dans une vision prophétique, des processus s'étalant sur des années apparaissent en un seul instant. Le prophète dort (et la plupart des prophéties survenaient durant le sommeil), reçoit une prophétie, et une seule vision englobe une longue période. C'est comme ce que le saint Ari Zal dit à Rabbi Avraham Halévi, qui s'était penché pour écouter ce qu'il murmurait pendant sa sieste et l'entendit prononcer des paroles de Torah : « Même si je vivais quatre-vingts ans, je n'aurais pas le temps de t'enseigner ce que j'ai appris pendant cette demi-heure. » On constate ainsi que dans une vision, on peut contempler une longue durée en un court instant. On dit d'ailleurs une chose semblable à propos des personnes autistes : lorsqu'elles perçoivent quelque chose, c'est bien souvent exact, mais elles en interprètent mal la chronologie et pensent que cela arrivera demain, alors qu'il s'agit d'un événement devant survenir dans vingt ou cinquante ans.

Telle était leur manière de se rassurer : la vision qu'il contemple concerne des jours lointains. Certes, il voit que nous allons tomber aux mains de Nevoukhadnetsar et il le perçoit comme immédiat, mais il reste encore un siège de plusieurs années, une famine qui ne viendra que plus tard, une guerre, puis la chute. Tout cela relève de longs processus, alors que dans sa vision, tout lui apparaît en un instant. Quant à la prophétie elle-même, ce qu'il est envoyé annoncer au peuple, elle est délivrée d'un coup, et ils se disaient donc : c'est pour des temps éloignés, cela n'arrivera pas immédiatement.

לָכֵן אֱמֹר אֲלֵיהֶם כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה: לֹא תִמָּשֵׁךְ עוֹד כָּל דְּבָרָי, אֲשֶׁר אֲדַבֵּר דָּבָר וְיֵעָשֶׂה נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה׃ - C'est pourquoi dis-leur : Ainsi parle le Seigneur D.ieu : Aucune de Mes paroles ne sera plus différée ; la parole que Je prononcerai s'accomplira, dit le Seigneur D.ieu.

Certes, jusqu'à présent, le décret était différé et le châtiment n'était pas immédiat, dans l'espoir qu'ils fassent techouva. En effet, chaque fois qu'Hachem annonce un malheur, ce n'est pas dans le dessein premier de l'accomplir, mais plutôt comme une mise en garde destinée à inciter au repentir. Cependant, tout cela n'est vrai que tant que le verdict n'a pas été scellé. Désormais, « aucune de Mes paroles ne sera plus différée » - maintenant, Je prononcerai une parole et elle s'accomplira véritablement, non plus comme une menace visant la techouva, mais la chose se réalisera concrètement. Je n'attends plus qu'ils fassent peut-être techouva, car la sentence a d'ores et déjà été scellée, et la parole que J'ai prononcée s'exécutera sur-le-champ.

En conclusion :

Dans cette partie du chapitre, nous avons vu le filet déployé sur Tsidkiyahou, jusqu'à ce qu'il soit capturé à l'entrée de la grotte et conduit à Babylone sans la voir, après que Nevoukhadnetsar lui eut crevé les yeux. Nous avons vu la dispersion de ses troupes à tous les vents et l'épée lancée à leurs trousses, ainsi que le but de l'exil : qu'ils sachent que Je suis Hachem, tant les rescapés d'Israël que les nations qui entendront de leur bouche le récit de leurs abominations et comprendront que tout est advenu selon la justice divine. Nous avons vu le signe prophétique du pain mangé dans l'émoi et de l'eau bue dans l'angoisse, symbole du siège et de la dévastation provoqués par la faute de la violence. Enfin, le prophète a combattu les deux prétextes nés de l'insouciance : la prétention que la prophétie ne s'accomplirait pas, à l'instar des visions astrologiques changeantes, ou bien qu'elle ne concernait qu'un avenir lointain. Au premier prétexte, il a répondu qu'Israël et sa terre ne sont nullement soumis aux constellations astrales ; au second, que le décret d'Hachem ne dépend ni des causes naturelles ni du temps, car Sa parole est elle-même l'acte. Et puisque la mesure de cette maison rebelle est comble et que la sentence est scellée : « Je prononcerai une parole et Je l'accomplirai. »