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Psaume 47 - Tous les peuples reconnaissent la Royauté - Deuxième partie

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Introduction : un psaume de royauté pour les temps à venir

Le psaume 47 est un psaume consacré au couronnement du Saint, béni soit-Il, sur le monde entier. Dans cette partie du chapitre, nous abordons l'étape où Hakadosh Baroukh Hou nous ramène vers notre héritage. Dès lors, le psalmiste nous dépeint la manière dont cette royauté est accueillie, comment s'élèvent les deux formes de providence - la conduite par la nature et la conduite par le miracle - et comment, en fin de compte, les nobles des peuples se rassemblent auprès du peuple du D.ieu d'Avraham.

« Il choisit pour nous notre héritage » - le retour vers la Terre et vers la gloire de Yaakov

יִבְחַר־לָנוּ אֶת־נַחֲלָתֵנוּ אֶת־גְּאוֹן יַעֲקֹב אֲשֶׁר־אָהֵב סֶלָה׃ - Il choisit pour nous notre héritage, la gloire de Yaakov qu'Il a aimé à jamais.

Rachi explique : « Il choisit pour nous notre héritage » - Hakadosh Baroukh Hou nous ramènera vers notre héritage, et Il s'élèvera alors au son de la sonnerie et du Chofar dont nous sonnerons devant Lui en chantant, sur les holocaustes et les sacrifices, comme il est dit plus loin : « Chantez pour D.ieu, chantez ! ». Autrement dit, lorsque Hachem nous rétablira dans notre héritage, nous pourrons alors célébrer Sa louange dans le Beit Hamikdach.

Le Radak explique : « Notre héritage » désigne le patrimoine qui était le nôtre depuis l'origine. C'est cet héritage même que D.ieu avait choisi jadis, et Il le choisira pour ainsi dire à nouveau en nous y ramenant. Il faut bien comprendre qu'il s'agit ici du peuple d'Israël exilé depuis deux mille ans ; par conséquent, « Il choisit notre héritage » signifie qu'Il le choisira comme à neuf et nous y réinstallera.

Et cette terre est « la gloire de Yaakov » (Gueon Yaakov) - au sens de parure et de splendeur. L'orgueil et la gloire de Yaakov. Pourquoi ? Le Radak précise : parce que c'est dans cet héritage que D.ieu réside - « une terre sur laquelle les yeux de l'Éternel ton D.ieu sont posés ». Cet endroit est l'emplacement du Sanctuaire, le lieu où réside la Chekhina. Telle est la gloire de Yaakov et sa fierté, dont ils tirent honneur face à toutes les nations. C'est aussi « le lieu qu'Il a aimé » - Jérusalem. D'où le sait-on ? Car il est écrit : « L'Éternel aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Jacob », et il est dit : « La ville que J'ai choisie ». Il est donc tout à fait juste de dire à propos de cet endroit : « Qu'Il a aimé à jamais » - le lieu qu'Hachem chérit pour toujours.

D'après le Malbim, il ressort que les mots « qu'Il a aimé » se rapportent à Yaakov : qui a-t-Il aimé ? Yaakov. C'est ainsi que s'explique le commentaire du Malbim, à la différence de l'explication du Radak selon laquelle « qu'Il a aimé » désigne le lieu, le fait qu'Hachem aime Jérusalem, comme il est écrit : « L'Éternel aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Jacob ».

« D.ieu s'est élevé dans la sonnerie » - l'élévation des deux modes de providence

עָלָה אֱלֹהִים בִּתְרוּעָה ה' בְּקוֹל שׁוֹפָר׃ - D.ieu s'élève au son de la sonnerie, l'Éternel au son du Chofar.

Le Metsoudat David explique : le Nom de D.ieu s'élèvera et sera glorifié dans la sonnerie de la Terou'a, car, comme Rachi l'a mentionné, ils feront retentir la sonnerie lors de l'offrande des sacrifices. À l'instant de l'offrande, on sonnait du Chofar et les Lévites entonnaient leurs chants - « l'Éternel au son du Chofar », Hachem s'élèvera alors dans la sonnerie et au son du Chofar.

Le Malbim explique : le psalmiste nous décrit à présent comment le grand Roi reçoit la souveraineté du fait que les nations Le couronnent, et comment Il s'élève, par rapport à la situation antérieure, vers une royauté immense et éclatante. Auparavant, les hommes n'estimaient ni n'acceptaient Sa souveraineté, tandis qu'à présent, la conduite divine apparaît infiniment plus haute et exaltée. Bien entendu, Hakadosh Baroukh Hou Lui-même ne change point - « Car Moi, l'Éternel, Je n'ai point changé » - et tout ce changement ne réside que chez ceux qui la reçoivent. Le Saint, béni soit-Il, régnait déjà avant même que toute créature ne fût formée, et il ne s'agit nullement d'un statut royal nouveau qu'Il n'aurait pas possédé auparavant, mais d'une modalité de providence qui se transforme selon la conscience de ceux qui la perçoivent.

À notre époque, la providence divine s'exprime parfois sous le Nom d'Élokim - une conduite selon les lois de la nature (le mot « la nature », hateva, ayant la même valeur numérique qu'« Élokim ») - et parfois par le Nom d'Hachem (le Tétragramme), lorsque Dieu accomplit des miracles et des prodiges par Sa force transcendante. Et cette conduite surnaturelle est destinée au peuple d'Israël : pour qui Hachem accomplit-Il des miracles ? Non pas pour les nations, mais pour le peuple d'Israël. C'est pourquoi nous Le désignons par les termes de « notre Roi », « notre Dieu », « Dieu de Jacob » ou « Saint d'Israël » : puisque ces miracles s'accomplissent pour nous, c'est comme si nous nous rattachions Sa royauté. Et comme nous l'avons souvent constaté chez le Malbim : lorsqu'il est question d'Élokim sous l'aspect de « notre Dieu », cela désigne Sa providence particulière (hachgaha pratit) sur nous, et non simplement Sa surveillance générale sur le monde entier.

Le Malbim poursuit : lorsque viendra le Machia'h et qu'Hachem régnera sur toute la terre, ces deux modes de direction divine connaîtront une élévation considérable. Le premier - « Dieu s'élève au son de la Terou'a » : par la sonnerie de la Terou'a par laquelle on proclamera la royauté d'Élokim, la conduite liée au Nom d'Élokim s'élèvera. C'est-à-dire que l'ordre naturel subsistera, mais il deviendra bien plus noble et plus élevé, à l'image du verset : « Car voici que Je crée de nouveaux cieux et une nouvelle terre » - une direction naturelle à un niveau spirituel bien plus haut. Le second - « Hachem au son du Choffar » : la conduite du Nom divin, la direction miraculeuse, s'élèvera elle aussi, et il y aura bien plus de miracles et de prodiges que dans toutes les générations précédentes. Comme il est écrit qu'on n'évoquera même plus les miracles de la sortie d'Égypte et qu'on ne dira plus « Hachem notre Dieu qui nous a fait monter du pays d'Égypte », mais plutôt « qui nous a délivrés de la terre d'Édom », etc., tant les miracles seront éclatants. On constate donc une élévation de ces deux modes de providence : « Dieu s'élève » - la conduite de la nature sera sublimée lorsqu'on Le couronnera par la Terou'a, et « Hachem au son du Choffar » - la conduite miraculeuse sera magnifiée lorsqu'on Le couronnera par le son du Choffar, ouvrant la voie à des prodiges surpassant tout ce qui a existé jusqu'à présent. C'est là le sens de : « Comme aux jours où tu sortis du pays d'Égypte, Je lui ferai voir des merveilles » - ces prodiges seront d'une grandeur extraordinaire.

« Chantez Dieu, chantez » - une louange pour les deux modes de providence

זַמְּרוּ אֱלֹהִים זַמֵּרוּ זַמְּרוּ לְמַלְכֵּנוּ זַמֵּרוּ׃ - Chantez Dieu, chantez ! Chantez pour notre Roi, chantez !

Le Malbim explique ici ce qui a été dit : « Dieu s'élève au son de la Terou'a » : rendez gloire au Nom d'Élokim, car le Nom d'Élokim a été exalté - la direction naturelle ayant atteint un degré spirituel supérieur. Et face à la direction spirituelle qui s'est elle aussi élevée, celle du Tétragramme, le verset ajoute : « Chantez pour notre Roi, chantez » - « notre Roi » fait référence à la providence particulière exercée sur nous, aux miracles qu'Hachem accomplit pour nous, car le terme « notre Roi » désigne toujours la conduite miraculeuse. Et le « son du Choffar », précise le Malbim, fait allusion au rassemblement des exilés : « En ce jour-là, on sonnera d'un grand Choffar », « Fais sonner le grand Choffar pour notre liberté ». Nous aspirons à cette rédemption, à cette sonnerie du Choffar par laquelle le Nom divin sera exalté et magnifié : « Dieu s'élève au son de la Terou'a » - la conduite naturelle, et « Hachem au son du Choffar » - la conduite miraculeuse.

« Chantez avec intelligence (maskil) » - quel chant convient-il de Lui offrir

כִּי מֶלֶךְ כׇּל־הָאָרֶץ אֱלֹהִים זַמְּרוּ מַשְׂכִּיל׃ - Car Dieu est le Roi de toute la terre : entonnez un chant inspiré !

Le Malbim explique : « Car Dieu est le Roi de toute la terre » - bien que par la conduite ordinaire exercée par le Nom d'Élokim, Dieu soit dès à présent le Roi de toute la terre et que tous Le servent, le verset dit néanmoins « chantez avec discernement (maskil) », car à cette époque, tous comprendront pleinement la royauté divine. En d'autres termes, nous voyons aujourd'hui la conduite naturelle par le Nom d'Élokim sous une forme simple, et Dieu règne sur toute la terre ; mais à l'avenir, tous saisiront la royauté divine dans toute sa grandeur, la conduite de la nature se situera à un niveau spirituel bien plus élevé, et « ils Me connaîtront tous, du plus petit au plus grand ». Ce qui existe aujourd'hui se retrouvera à l'avenir, mais à un degré infiniment supérieur, et tous parviendront à l'intelligence de Sa royauté bénie.

Le Radak explique « Chantez avec intelligence (maskil) » : chaque homme sage et éclairé, aussi bien parmi Israël que parmi les nations du monde, chantera pour Dieu. En effet, Il a ordonné à tous les peuples de chanter - « Tous les peuples, battez des mains » - qu'ils soient sages ou non. Battre des mains et élever la voix dans l'allégresse est à la portée de tous : taper dans les mains ou crier de joie, tout le monde sait le faire. Mais composer un hymne et un poème - pour cela, il faut être un homme instruit et avisé (maskil).

Et il ne s'agit pas des poètes de notre époque, qui ouvrent un dictionnaire, en tirent des mots au hasard et en font un poème ; on ne comprend ni d'où cela vient ni où cela va, ni qui sont ces « hommes qui étaient comme des saules pleureurs » et pourquoi ils pleurent. Et plus on écrit de choses bizarres, plus on fait impression : « Qu'a donc voulu dire le poète ? » - on rédige des textes insensés, et les gens s'imaginent qu'il s'agit d'idées sublimes et de mystères profonds. Il est question ici d'un chant authentique, semblable aux psaumes de David, roi d'Israël, le doux chantre d'Israël. Voyez la poésie de Rabbi Chelomo Ibn Gabirol, celle de Rabbi Yehouda Halévi - une poésie d'un niveau grandiose et admirable, un ravissement pour l'esprit devant la beauté de leurs expressions et la ferveur de leurs sentiments. Pour chanter, il faut de la sagesse : « Chantez avec intelligence ». Battre des mains et élever la voix, tout le monde en est capable ; mais composer et entonner un chant d'exception pour Hachem béni soit-Il, cela relève précisément de l'homme éclairé.

En revanche, le Radak rapporte une explication au nom de son père - et l'on sait que lorsqu'on entend une explication au nom du père du Radak, il convient d'y prêter la plus grande attention, car ses éclaircissements sont toujours remarquables. « Chantez un cantique instructif (maskil) » : un psaume tel que quiconque l'entend en retirera la sagesse nécessaire pour reconnaître Dieu et comprendre que la royauté Lui appartient à Lui seul. Autrement dit, lorsqu'un homme lit ce psaume, il acquiert par son intermédiaire l'intelligence de la royauté d'Hachem. Selon cette approche, le terme « maskil » est parfaitement adapté car il s'agit d'une forme causale (hif'il) : entonnez un chant qui rend les autres intelligents et éclairés. Celui qui chante ce cantique en retirera la reconnaissance de la grandeur du Créateur, de Son existence et de Sa divinité - entonnez un chant qui instruira les autres dans la connaissance du Créateur béni soit-Il.

Le Metsoudat David explique que « chantez avec intelligence » signifie entonner un chant conçu avec discernement et réflexion - non pas des chansons légères comme aujourd'hui, mais un chant empreint de respect et de convenance. Il arrive parfois qu'un homme chante et que sa langue trébuche : le roi David a dit « Tes lois ont été pour moi des cantiques dans le lieu de mon pèlerinage », et il est enseigné qu'on le lui a reproché. Il faut veiller à ce que le chant soit composé avec discernement, sans aucune expression déplacée. C'est également ce que l'on observe chez 'Hanna, qui s'exprima dans sa prière d'une manière qui prêtait à confusion en disant que cet enfant demeurerait là-bas « pour toujours » ; or qu'est-ce que « pour toujours » ? C'est la durée du service des Lévites, soit cinquante ans. On constate ainsi que même dans la prière, l'homme doit prendre garde et peser soigneusement ses mots avec convenance, de peur que sa langue ne trébuche.

C'est comme le rapportent le Midrach et le Zohar au sujet de cet homme qui priait pour qu'Hachem lui procure un âne. Il marchait dans le désert, épuisé, pouvant à peine avancer, et demanda à Dieu de lui procurer un âne. Un dignitaire passa par là, et son ânesse venait justement de mettre bas un ânon. Voyant le juif, le dignitaire l'appela : « Viens ici ! » L'homme était mort de peur, sachant que ce seigneur pouvait lui trancher la tête à tout moment. Celui-ci lui dit : « Mon ânesse vient de mettre bas un ânon et il ne peut pas marcher. Charge-le sur tes épaules et porte-le jusqu'à la ville. » Tu as demandé un âne, on t'a procuré un âne ! Mais ne formule pas de requêtes comme un âne, demande avec discernement : Maître du monde, donne-moi un âne pour monter dessus, et non un âne qui monte sur toi ! L'homme doit expliciter sa demande et prier dans un langage clair et précis. C'est cela « Chantez avec intelligence (zamrou maskil) » : un chant empreint de réflexion, et non un chant contenant des expressions irrespectueuses ou dénuées de bon sens.

« Dieu règne sur les nations » - Un Trône complet

מָלַךְ אֱלֹהִים עַל־גּוֹיִם אֱלֹהִים יָשַׁב עַל־כִּסֵּא קׇדְשׁוֹ׃ - Dieu règne sur les nations, Dieu siège sur Son saint trône.

Rachi explique : c'est ainsi que tous proclameront. Lorsqu'ils chanteront pour Hachem - « chantez avec intelligence » -, ils diront dans leur cantique et leur chant : « Dieu règne sur les nations ». « Il siège sur Son saint trône » : c'est alors que le Trône sera complet et que la grandeur divine sera éclatante, contrairement à notre époque où le Trône n'est pas complet et le Nom divin n'est pas complet, comme il est écrit : « Car une main est sur le trône (kès) de Yah » - il y manque le alef du mot trône (kissé) ainsi que le vav et le hé du Nom ineffable. C'est à ce propos que nous disons : « Car l'Éternel a choisi Sion, Il l'a désirée (ivah) pour Sa demeure ». Que nous manque-t-il ? Le alef de kissé, ainsi que le vav et le hé du Nom divin : alef, vav, hé forment les lettres du mot ivah (« Il a désiré »). Dès lors que s'accomplira « Il l'a désirée pour Sa demeure », le vav et le hé reviendront, de même que le alef, et par là le monde sera réparé. C'est là le sens de « Il siège sur Son saint trône » : le Trône est désormais complet.

Ibn Ezra explique : « Dieu règne sur les nations » signifie qu'Hachem manifestera Sa royauté en exerçant la justice et la rétribution envers les nations. C'est le sens de « Il siège sur Son saint trône » : Il jugera les peuples pour leurs actes, et c'est par ce jugement qu'Il établira Sa souveraineté sur eux.

Le Radak explique : jusqu'à présent, le Saint, béni soit-Il, ne régnait pour ainsi dire que sur Israël seul. Pour les autres nations, certes Hachem règne sur elles, mais elles ne le ressentent pas et ne le vivent pas au quotidien, ayant à leurs yeux d'autres croyances et religions. Mais désormais, tous reconnaîtront que « l'Éternel règne sur les nations », comme il est écrit : « Et l'Éternel sera Roi sur toute la terre » - tous les habitants de la terre accepteront Sa royauté et la reconnaîtront. Alors, « Il siège sur Son saint trône » : comme un roi établi sur son trône, lorsque tous sont sous son autorité et soumis à son pouvoir.

Le Malbim commente : jusqu'ici, le texte décrivait l'instauration de la royauté, le moment où Dieu s'élève pour régner et où les nations commencent à accepter Sa souveraineté. À présent, il décrit la pérennité de ce règne. « Dieu règne sur les nations, Dieu siège sur Son saint trône » : Il ne siège plus sur le trône où Il siégeait jusqu'alors. Quel était ce trône ? Les cieux et le système astral. En effet, même lorsque le Saint, béni soit-Il, dispense Ses flux d'abondance, Il le fait à travers les astres ; et comme on le sait, les constellations sont appelées en hébreu « mazalot » parce que le flux s'écoule (nozel) à travers elles et descend vers le bas. Hachem agissait par l'intermédiaire du système astral, même si « Israël est au-dessus du mazal », ayant le pouvoir de transcender les déterminismes des astres par la prière et les mérites. Mais telle était la modalité de la providence jusqu'alors. Désormais, « Il siège sur Son saint trône » : le trône de la providence intérieure et miraculeuse, qui relève de la sainteté et transcende la nature. Hachem ne siège plus sur le trône de l'ordre cosmique et des constellations pour faire transiter Son abondance ; Son influence émane directement de Lui, béni soit-Il, comme il est dit : « L'Éternel a établi Son trône dans les cieux ».

Selon l'explication du Malbim, on comprend pourquoi le verset s'exprime ici au passé : auparavant, il s'agissait du début de Sa royauté, alors qu'ici, nous parlons du stade où la royauté est déjà fermement établie et pérenne. C'est pourquoi il est dit : « Dieu règne (a régné) sur les nations, Dieu siège (s'est assis) sur Son saint trône » - comme si nous étions déjà après l'événement, une fois que tout est conduit de manière appropriée selon la souveraineté divine.

Pourquoi spécifiquement le Nom « Élokim » envers les nations

L'auteur du « Daat Tov » sur la parachat Béchala'h relève une nuance : il est écrit « Élokim règne sur les nations » et non « l'Éternel règne sur les nations », car le Saint, béni soit-Il, n'associe pas Son Nom propre aux nations. Son Nom spécifique n'est associé qu'à nous - « Écoute, Israël, l'Éternel est notre Dieu, l'Éternel est Un » -, tandis qu'envers les nations, l'expression employée est « Dieu (Élokim) règne sur les nations ».

On constate le même phénomène lors de la sortie d'Égypte : « Et ce fut (Vayehi) lorsque Pharaon laissa partir le peuple ». Nos Sages expliquent que « le peuple » (ha'am) désigne la tourbe nombreuse (l'Érev Rav) qui s'était jointe aux enfants d'Israël ; c'est pourquoi il est dit « Vayehi », terme exprimant la plainte et l'affliction (« oy »), car cette multitude mêlée s'était agrégée à nous. Et le texte poursuit : « Dieu (Élokim) ne les conduisit pas par le chemin du pays des Philistins », « car Dieu dit : de peur que le peuple ne se repente », « et Dieu fit faire un détour » - toutes ces mentions emploient le Nom Élokim, car il s'agit de l'Érev Rav. Le saint Or Ha'haïm y explique lui aussi que c'était précisément à leur égard que pesait la crainte qu'« en voyant la guerre, ils ne retournent en Égypte », et non à l'égard des enfants d'Israël, car pourquoi ces derniers voudraient-ils retourner en Égypte, et auprès de qui, de Pharaon ? C'était bien l'Érev Rav qui risquait de faire demi-tour, car le verset parle du « peuple », et le peuple désigne ici cette tourbe. Ce n'est que lorsqu'ils quittèrent Soukkot, où Israël se sépara pour ainsi dire et fut distingué de l'Érev Rav, qu'il est écrit : « Et l'Éternel marchait devant eux ». Sur les nations et sur l'Érev Rav, Hachem règne donc sous le Nom d'Élokim.

Cela concorde parfaitement avec l'explication du Malbim selon laquelle le Nom Élokim exprime la providence naturelle : Hachem dirige les nations par les lois de la nature, à travers les constellations, tandis que la providence particulière s'exerce uniquement sur le peuple d'Israël. C'est pourquoi le Nom ineffable (Havayah), qui exprime cette providence particulière, est employé pour Israël - « Et l'Éternel marchait devant eux » -, alors que pour les nations, il est dit : « Dieu (Élokim) règne ».

On peut ajouter que le Nom « Élo-him » renvoie au Din (la rigueur) et le Tétragramme aux ‘Hassadim (la bonté) : Hachem dirige les nations selon le Din, tandis que les bontés sont réservées au peuple d'Israël. Un verset des Téhilim dit : « Il juge parmi les nations, rempli de cadavres, Il brise des têtes sur une vaste terre » - quand Hachem juge les nations et fait s'abattre sur elles un malheur, c'est « rempli de cadavres » : un simple tsunami fait quatre cent mille victimes ; alors que pour le peuple d'Israël, par la grâce d'Hachem, « Il brise la tête sur une vaste terre » - un seul individu est prélevé. Le jugement envers Israël s'exerce toujours avec miséricorde et bonté, car « Vous êtes des enfants pour l'Éternel votre D.ieu », tandis qu'envers les nations, le Saint béni soit-Il se venge avec une grande colère. C'est pourquoi « Élo-him règne sur les nations » correspond à l'aspect du Din, alors que « Et l'Éternel marchait devant eux » est l'expression de la bonté envers le peuple d'Israël.

« Les nobles des peuples se sont rassemblés » - Le ralliement au D.ieu d'Avraham

נְדִיבֵי עַמִּים נֶאֱסָפוּ עַם אֱלֹהֵי אַבְרָהָם כִּי לֵאלֹהִים מָגִנֵּי־אֶרֶץ מְאֹד נַעֲלָה׃ - Les nobles des peuples se sont rassemblés, peuple du D.ieu d'Avraham, car à D.ieu appartiennent les protecteurs de la terre, Il est souverainement élevé.

Rachi explique : « Les nobles des peuples » désigne ceux qui se sont portés volontaires pour être massacrés et périr pour la sanctification de Son Nom, ce qui vise ici le peuple d'Israël. Et d'où leur vient cette disposition à se dévouer, à être livrés au carnage parmi les nations et à donner leur vie pour Sa sainteté ? « Le peuple du D.ieu d'Avraham » - Avraham fut le premier au cœur généreux, le pionnier des prosélytes. Dès lors, il est su « qu'à D.ieu appartiennent les protecteurs de la terre » - que le Saint béni soit-Il est le bouclier de tous ceux qui s'abritent en Lui ; de même qu'Il a protégé Avraham de la fournaise ardente, de même Il protège tous ceux qui placent leur confiance en Lui.

Le Radak propose une explication différente de celle de Rachi : « Les nobles des peuples » doit être pris au sens littéral, c'est-à-dire les nations ; les grands de chaque peuple, les princes et les dignitaires, se rassembleront pour devenir « le peuple du D.ieu d'Avraham ». Et pourquoi précisément Avraham ? Parce qu'il fut le premier à faire connaître Son Nom - « et les âmes qu'ils avaient acquises à ‘Haran », « et Avram invoqua là-bas le nom de l'Éternel » ; il convertissait les hommes et Sarah convertissait les femmes. De même qu'à l'époque d'Avraham les nations s'étaient rattachées à D.ieu par son intermédiaire, lui qui servait de pont pour les peuples, de même à présent viendront les nobles des nations, les plus grands de chaque peuple, pour s'agréger et devenir le peuple du D.ieu d'Avraham. « Car à D.ieu appartiennent les protecteurs de la terre » - qui sont ces protecteurs de la terre ? Les puissants et les rois, comme il est écrit « Rendez à l'Éternel, fils des puissants », et ses protecteurs font référence à leurs ministres et notables. Alors, en ce jour-là, « Il est souverainement élevé » - le Nom divin sera exalté et glorifié, tous reconnaîtront que la royauté appartient à l'Éternel, et Hachem sera Roi sur toute la terre.

Le Malbim va dans le même sens que le Radak : « les nobles des peuples » sont ceux qui se portent volontaires pour se convertir, formant ainsi « le peuple du D.ieu d'Avraham », lui qui fut le père des prosélytes. Le Malbim ajoute que le mot « se sont rassemblés » s'applique également à la suite du verset : « Les nobles des peuples se sont rassemblés, peuple du D.ieu d'Avraham, car vers D.ieu se sont rassemblés les protecteurs de la terre » - tous les justes et les pieux, qui sont les véritables protecteurs de la terre, se sont rassemblés vers D.ieu pour s'attacher à Lui. Alors, à cette époque, « Il est souverainement élevé » - la gouvernance d'Hachem s'élèvera, comme nous l'avons expliqué, par des miracles et des prodiges inédits qui n'avaient jamais existé auparavant, et par ce biais, tous reconnaîtront qu'Hachem est Roi sur toute la terre et qu'il n'y en a point d'autre en dehors de Lui.

Le Malbim apporte une explication supplémentaire : « souverainement élevé » se rapporte à ces nobles des peuples et protecteurs de la terre qui se sont rassemblés avec le peuple du D.ieu d'Avraham - eux-mêmes deviendront grandement élevés et distingués. Ceux qui viendront se convertir seront profondément estimés et respectés, et quiconque s'agrégera au peuple d'Israël recevra un titre d'honneur. Selon la première explication, « souverainement élevé » signifie que le Nom d'Hachem en sera exalté ; selon la seconde, ce sont les convertis eux-mêmes qui seront grandement élevés et honorés par le peuple. Puisse Hachem nous accorder de le contempler de nos propres yeux, rapidement, Amen ve-Amen.

En résumé :

Dans cette partie du psaume, le psalmiste dépeint le retour d'Israël sur son héritage - vers la fierté de Yaakov, le lieu du Temple qu'Hachem chérit à jamais. À partir de là, le Malbim décrit l'acceptation de la royauté : « Élo-him s'est élevé au son de la Terou'ah » - l'élévation de la conduite de la nature incarnée par le Nom Élo-him ; « l'Éternel au son du Choffar » - l'élévation de la conduite miraculeuse propre au Tétragramme, jusqu'à des miracles qui éclipseront ceux d'Égypte. Face à cela, « Chantez pour Élo-him, chantez, chantez pour notre Roi », et « entonnez un cantique inspiré » - un chant proféré avec discernement, qui instruit ses auditeurs à reconnaître la souveraineté divine. « Élo-him règne sur les nations » - lorsque le Trône sera entier et le Nom complet, l'influx ne passant plus par les systèmes célestes et les constellations mais émanant directement de Lui ; et le Nom Élo-him est employé pour les nations parce qu'elles sont gouvernées par la nature et le Din, tandis qu'Israël bénéficie de la providence particulière et des bontés. Enfin, « les nobles des peuples se sont rassemblés » - les grands des nations s'agrègent au peuple du D.ieu d'Avraham, sanctifiant ainsi le Nom divin, et ceux qui se sont rattachés sont eux-mêmes élevés et honorés.