Livre des Téhilim, chapitre 41 : « Au chef des chantres, psaume de David ». Ce psaume, selon les termes d'Ibn Ezra suivis par le Malbim, a été composé par le roi David alors qu'il était malade. C'est à ce moment-là, explique le Malbim, que ses ennemis ont cherché à le faire périr par le poison, comme nous l'avons vu au chapitre 38, et David supplie Hachem de le sauver. De même, David décrit la Providence divine qui veille constamment sur lui - et pas seulement sur lui, mais sur quiconque est indigent, sur quiconque est démuni et sans défense.
אַשְׁרֵי מַשְׂכִּיל אֶל־דָּל בְּיוֹם רָעָה יְמַלְּטֵהוּ יְהֹוָה׃ - Heureux celui qui prend souci du pauvre : au jour du malheur, l'Éternel le délivre.
Le Radak explique que le terme « dal » (l'indigent) désigne ici le malade, à l'instar de ce qui est dit au sujet d'Amnon : « Pourquoi es-tu ainsi affaibli (dal), fils de roi ? » - « dal » signifie donc malade. Et heureux celui qui se montre « maskil » envers lui, c'est-à-dire qui veille sur lui, l'observe, vient lui rendre visite, lui prête main-forte, le soutient et réconforte son cœur. Nous avons déjà expliqué que la mitsva de Bikour 'Holim (la visite aux malades) ne consiste pas, comme certains le pensent à tort, en un simple passage rapide où l'on entre puis l'on repart. Mais ici comme dans l'expression « pour visiter Son sanctuaire » (levaker behékhalo), la racine du mot « bikour » renvoie à l'idée d'inspection et de constat : faire le point, évaluer ce qui lui manque et ce dont il a besoin. « Visiter le sanctuaire d'Hachem » signifie inspecter et vérifier ce qui est nécessaire dans la demeure divine. Tel est le fondement même de la visite aux malades.
« Au jour du malheur » - lorsque la maladie s'aggrave au point de conduire le malade aux portes de la mort, alors « l'Éternel le délivre ». Le Radak présente plusieurs approches pour comprendre cette déclaration. La première possibilité : David formule cela sous forme de prière - de grâce Hachem, au jour du malheur, délivre-le et sauve-le. Cela s'accorde d'ailleurs avec la suite du texte : « L'Éternel le gardera », « L'Éternel le soutiendra sur son lit de douleur », « Ne le livre pas à la merci de ses ennemis ». On constate ainsi que ce passage est l'expression d'une supplication : n'abandonne pas le malade au bon plaisir de ses ennemis, ne le laisse pas mourir.
Deuxième possibilité : il ne s'agit pas d'une prière, mais d'une description. Lorsque le Saint béni soit-Il constate la détresse du malade - au jour du malheur, Hachem le délivre. Le verset dépeint la réalité : quand le pauvre est au plus bas, quand le malade est dans un état critique, c'est Hachem qui le délivre, Hachem qui le soutient, Hachem qui lui rend la vie - et non les médecins. David entend par là que la guérison dépend exclusivement du Créateur, béni soit-Il, et même lorsque le rétablissement semble venir du médecin, cela s'accomplit par l'aide divine ; le médecin n'est qu'un messager, ne l'oublions jamais. Il n'est sans doute pas conseillé de le dire aux médecins, car ils n'aiment guère l'entendre, mais nous devons le savoir : les praticiens ne sont que de simples envoyés. Il incombe à chacun d'accomplir sa hishtadloute, le maximum d'efforts humains possibles pour soigner le malade, tout en gardant toujours à l'esprit que la guérison provient d'Hachem. Selon cette explication, « ne le livre pas à la merci de ses ennemis » n'est pas une demande mais un constat : Toi, Hachem, Tu le soutiens, Tu le délivres et Tu ne l'abandonnes pas aux mains de ses ennemis.
Le Radak rapporte une troisième explication au nom de son père - et nous avons rappelé plus d'une fois que chaque fois qu'un commentaire est cité au nom du père du Radak, il faut y prêter la plus grande attention, car ses enseignements sont lumineux. Il explique que ces paroles sont celles de celui qui prend souci du pauvre. Cet homme bienveillant vient visiter le malade, s'enquiert de sa situation pour lui porter secours, puis lui adresse des paroles de réconfort afin qu'il ne cède pas à l'angoisse face à la maladie : « Au jour du malheur, l'Éternel le délivrera » - ne crains rien, Hachem te sauvera, Hachem t'aidera, Hachem t'accordera la délivrance. Ce sont des paroles d'encouragement et de soutien dites au malade. Nous avons ainsi trois interprétations : soit une prière - de grâce Hachem, délivre-le ; soit une description de la Providence - Hachem le délivre et ne s'en remet pas aux médecins, car le salut vient de Lui seul et non d'eux ; soit des mots de réconfort et d'encouragement prodigués au malade.
Rachi explique que « au jour du malheur, l'Éternel le délivre » fait référence au Guéhinom. Mais le malade a-t-il reçu pareille promesse qu'Hachem le préservera du Guéhinom ? En vérité, ce passage ne concerne pas le malade, mais celui qui prend souci de lui : toi qui viens visiter le malade et accomplis ainsi une œuvre de bienfaisance (guémilout 'hassadim), au jour du malheur, Hachem te préservera du Guéhinom grâce au mérite de cette bonté que tu as accomplie.
Le Metsoudat David demande pourquoi le texte emploie précisément le terme de « Maskil » (qui agit avec discernement). A priori, on aurait pu dire : « Heureux celui qui prête attention à l'indigent » - on parle d'un homme qui rend visite au pauvre et vient s'enquérir de ses besoins, alors pourquoi « Maskil » ? C'est parce qu'il faut donner la Tsedaka avec intelligence et tact. Il explique que « Dal » désigne ici le pauvre au sens propre, et que pour donner la Tsedaka, il faut de la sagesse et de la réflexion. En effet, quelqu'un peut voir un mendiant tendre la main et s'enthousiasmer : « Viens, je veux t'aider, tu as l'air en très mauvais état, j'ai l'occasion d'accomplir une bonne action avec toi ! » - et par là même, il l'humilie, le met mal à l'aise, l'expose aux yeux de tous comme un indigent dépendant d'autrui. Cet homme est un insensé, il est « Maskil » avec la lettre Samekh (un sot) et non avec la lettre Shin (un homme avisé). « Heureux celui qui agit avec intelligence envers l'indigent » - accomplis le don avec discernement.
Et qu'est-ce qu'un don intelligent ? Par exemple, quelqu'un accorde un prêt à son prochain, sachant pertinemment que cet homme est démuni, avec l'intention préalable de transformer ce prêt en don pur et simple. Mais lui dire : « Prends ce don, tu fais pitié » ne respecte pas la dignité du receveur. Il lui dit donc : « Je comprends que ta situation soit temporairement difficile, je peux t'arranger un prêt, j'ai une somme dont je n'ai pas un besoin immédiat. » Il lui remet l'argent et l'autre se sent à l'aise : il a contracté un emprunt, il n'a pas reçu une aumône. Même les grands magnats contractent des emprunts (à la différence près qu'on leur accorde des remises de dettes), mais en tout cas, il n'a fait qu'emprunter. Par la suite, on transforme ce prêt en don et l'on décide de ne jamais réclamer le remboursement - ce qui était l'intention initiale dès le départ. De cette façon, cet argent devient véritablement pour lui une Tsedaka, et il s'avère que l'on a accompli la mitsva avec sagesse et tact, de manière à préserver la dignité de son prochain.
Le Malbim explique « Heureux qui discerne le sort du pauvre » : heureux l'homme qui observe, analyse et scrute avec discernement la condition de l'indigent. Remarquez bien que selon le Malbim, le verset ne parle pas d'agir avec habileté pour aider le pauvre, mais bien d'observer et de méditer sur ce qui arrive à l'indigent, afin d'en tirer un enseignement de foi. En effet, par la subsistance même du pauvre sur terre, l'homme est préservé des fléaux - et celui qui contemple la situation du pauvre perçoit de manière tangible la providence divine (Hachgaha Pratit) du Saint, béni soit-Il, envers les démunis, les faibles et les opprimés.
L'homme riche nous donne l'impression d'être sauvé par des voies naturelles : ici il a des serviteurs, là des appuis, ailleurs il a payé quelqu'un pour le tirer d'affaire. Tout son salut semble être un salut naturel, sans intervention divine apparente, car il place sa confiance en sa richesse, comme il est écrit : « La fortune du riche est sa place forte ». Mais l'indigent ne dispose d'aucun moyen matériel pour échapper aux vicissitudes du monde. D'où provient alors son salut ? De la providence particulière dont Hachem l'entoure. À partir de là, le Malbim va citer plusieurs exemples de délivrances qu'Hachem accorde au pauvre, et heureux l'homme avisé qui observe cela et y reconnaît la providence d'Hachem.
Le premier fléau concerne les épreuves causées par les rigueurs du temps et des saisons, et c'est le sens de « au jour du malheur » - un jour néfaste. Quelle est cette rigueur des saisons ? Par exemple, une journée d'hiver où, selon le calendrier, des pluies torrentielles s'abattent ; ou à l'inverse, une journée brûlante comme une fournaise, au cœur des canicules estivales. De cela, « Hachem le délivrera » : il est sauvé par la providence divine et non par des moyens naturels. On constate ainsi que le Saint, béni soit-Il, le protège et le délivre de toutes sortes de tourments. Le premier exemple est ce jour mauvais, ces intempéries rigoureuses face auxquelles Hachem garde et sauve pourtant le pauvre. Dans la suite du psaume, le Malbim expliquera chaque verset comme l'expression d'un fléau supplémentaire dont Hachem délivre l'indigent, fortifiant ainsi notre foi.
L'Alshikh relie tout le sens de ce verset au récit rapporté dans la Guémara (Chabbat 156b). Les Chaldéens - les astrologues - avaient prédit à Rabbi Akiva que sa fille mourrait le jour de son mariage : telle était leur vision. La Guémara raconte que le soir des noces, un indigent se présenta sans que personne n'y prête attention ni ne prenne soin de lui. La fille de Rabbi Akiva lui donna alors l'aumône : elle quitta tout - les réjouissances, l'orchestre, toutes les festivités - pour s'occuper de ce pauvre, et grâce à cela, sa vie fut sauvée. Il est rapporté que Rabbi Akiva se leva le lendemain matin sans savoir si sa fille était encore en vie ; il frappa à leur porte et vit que, Baroukh Hachem, elle était saine et sauve. Il demanda d'examiner les lieux, et l'on découvrit un serpent dans la paroi, avec une broche plantée entre les yeux. Comment cela s'était-il produit ? À l'époque, les murs n'étaient pas enduits de plâtre comme aujourd'hui, mais faits de briques disjointes. En retirant son épingle à cheveux, elle l'avait enfoncée entre les briques, précisément entre les yeux du serpent qui s'apprêtait à frapper. C'est par le mérite de cette Mitsva de 'Hessed qu'elle fut sauvée. Rabbi Akiva sortit alors et enseigna : « La Tsedaka sauve de la mort ». La Guémara précise : pourrait-on penser qu'elle ne sauve que d'une mort tragique et anormale ? Le texte dit « de la mort » même, c'est-à-dire qu'il ne faut pas croire que la Tsedaka protège seulement d'une mort violente, à Dieu ne plaise, comme un accident, mais même de la mort dite naturelle, la Tsedaka en délivre également.
Le texte vient nous enseigner : viens et vois, « Heureux qui discerne le sort du pauvre » - à l'image de la fille de Rabbi Akiva qui a délaissé toutes ses affaires pour s'occuper attentivement des besoins du pauvre, lui apporter son aide et lui servir une belle part lors du festin de mariage. Et non seulement l'homme bénéficie d'une délivrance lorsqu'un mérite antérieur existe - s'il a agi ainsi deux jours ou une semaine auparavant - mais sache que même « au jour du malheur » lui-même, alors que le décret pèse déjà et que le serpent est déjà à l'affût, si l'on accomplit la Tsedaka ce jour-là même, « Hachem le délivrera ». Le salut ne dépend pas seulement de mérites passés, mais s'obtient même par un acte posé sur l'instant, comme on l'a vu pour la fille de Rabbi Akiva. Ce jour est également qualifié de « jour de malheur », car c'était le jour où un funeste décret pesait sur elle selon la configuration astrale vue par les astrologues ; et malgré tout cela, Hachem le délivre et le sauve, car Hachem a le pouvoir de bouleverser le destin.
יְהֹוָה יִשְׁמְרֵהוּ וִיחַיֵּהוּ וְאֻשַּׁר בָּאָרֶץ וְאַל־תִּתְּנֵהוּ בְּנֶפֶשׁ אֹיְבָיו׃ - L'Éternel le gardera et lui conservera la vie, il sera rendu heureux sur terre, et Tu ne le livreras pas à la merci de ses ennemis.
Le Radak explique : « Hachem le gardera » - non seulement d'une mort tragique, mais de la mort elle-même ; même pour un homme dont l'heure était venue de quitter ce monde, on lui ajoutera des années de vie et Hachem le préservera de cette issue fatale. « Et lui conservera la vie » - Il prolongera encore ses jours. De plus, un autre bienfait lui est accordé : « Il sera rendu heureux sur terre » - outre la récompense réservée dans le monde futur, il recevra la récompense d'une vie douce et comblée ici-bas, et en salaire de son don de charité, il connaîtra le bonheur dès ce monde-ci.
Certains expliquent ce verset avec esprit : il arrive qu'un indigent vienne frapper à la porte d'un homme pour solliciter la tsedaka et commence à lui exposer sa situation désespérée. L'autre lui répond : « Écoutez, mon cher, l'homme doit placer sa confiance en Hachem. Sachez bien que, malgré toute la détresse que vous me racontez, si l'on a le bitahon, Hachem accorde la délivrance », et il se met à lui citer des passages du 'Hovot Halévavot et de bien d'autres maîtres, dans le seul but de le renforcer dans sa foi - mais sans débourser la moindre piécette. On lui dit alors : mon cher monsieur, lorsqu'un indigent se présente, ne lui faites pas de discours sur la foi ; donnez du gelt, sortez de l'argent de votre poche et donnez-lui ! Et qui étaient les hérétiques ? C'étaient les Maskilim, les adeptes des Lumières. C'est pourquoi on dit plaisamment : heureux celui qui, face à un pauvre, devient un « maskil » - qu'il ne commence pas à lui chanter des refrains sur la confiance en Hachem, mais qu'il agisse comme quelqu'un qui n'a pas la foi : « Si je ne l'aide pas, qui donc l'aidera ? » Sors de l'argent et donne-lui ! Non pas qu'il doive réellement perdre la foi, mais il ne doit pas accabler le pauvre de discours pieux au lieu de lui apporter une aide concrète et de pourvoir à ses besoins.
On l'explique également par un autre mot d'esprit, rapporté dans le livre Cha'aré Parnassa Tova au nom du Maharam Lountz : nos Sages enseignent que « le salaire du jeûne réside dans la tsedaka » - c'est-à-dire que la récompense essentielle d'un jour de jeûne provient des aumônes qu'on y dispense, et tel en est le sens littéral. On en donne aussi une explication subtile : lorsqu'un homme jeûne, il ressent dans sa propre chair ce qu'éprouve le pauvre. Aujourd'hui, nous ne connaissons guère cette situation, mais autrefois, le miséreux souffrait littéralement de la faim - non pas qu'il manquait de mets raffinés, il n'avait même pas un morceau de pain ; il pouvait présenter un ventre ballonné par la disette. Or, quand un homme prend-il conscience de ce qu'est la faim ? Lors d'un jour de jeûne, lorsqu'il est privé de nourriture et réalise ce que signifie rester sans petit-déjeuner ni déjeuner. C'est pourquoi « le salaire du jeûne réside dans la tsedaka » : parce qu'il jeûne, l'homme partage la faim de l'indigent, ce qui l'incite à lui donner la tsedaka, et c'est par ce mérite qu'il échappera au malheur. C'est là le sens de : « Heureux celui qui est attentif au pauvre, au jour du malheur » - quand cet homme se montre-t-il attentif au miséreux, faisant preuve d'intelligence pour comprendre sa détresse ? « Au jour du malheur », c'est-à-dire lors d'un jour de jeûne, conformément à l'interprétation des Sages sur l'expression « faire du mal ou du bien », qui désigne soit un jour de fête, soit un jour de privation et de jeûne. Un tel homme, qui, en ce jour d'épreuve, se montre attentif au sort du pauvre - Hachem le délivrera et lui accordera d'être sauvé de tout malheur.
Rachi explique que la formule « Hachem le préservera et lui conservera la vie » s'applique à celui qui rend visite au malade : Hachem le protégera et lui donnera la vie dès ce monde-ci, et pas uniquement en le sauvant de la Géhenne comme cela avait été expliqué au verset précédent. Le Radak, suivi par le Metsoudat David, précise que « et il sera comblé sur terre » équivaut à un passif - la graphie comportant un Youd tandis que la lecture s'opère avec un Vav - c'est-à-dire qu'il sera célébré sur toute la terre : quiconque verra la conduite de celui qui se montre attentif au faible, de celui qui soutient et secourt le pauvre, proclamera : « Heureux est-il ! »
Le Malbim poursuit dans la même perspective : heureux celui qui se montre perspicace et tire la leçon de la providence particulière par laquelle Hachem protège le faible, discernant à quel point le Saint, béni soit-Il, veille sur Ses créatures. Considérons une autre épreuve - les dangers qui menacent l'indigent quant à ses besoins vitaux : tout homme a besoin de vêtements, tout homme a besoin de nourriture. Or, là aussi, « Hachem le préservera et lui conservera la vie » : bien qu'il semble démuni de tout et condamné à périr, le verset témoigne : « je n'ai point vu le juste abandonné, ni sa descendance mendier son pain ». Le Saint, béni soit-Il, procure la nourriture à toutes Ses créatures et assure également la subsistance de l'indigent ; même s'il manque de vivres, il demeure en vie, Hachem continue de « lui conserver la vie ».
Autre marque de la Providence : certaines épreuves sont liées à l'éloignement des lieux. Même un homme riche et fortuné doit souvent parcourir de longues routes maritimes pour assurer son gagne-pain - naviguer sur les mers, prendre des vols, se rendre dans des contrées lointaines ; les riches doivent bien souvent faire venir leur pain de très loin. En revanche, considérez le pauvre : « et il sera comblé sur terre ». Il n'a pas besoin de sillonner les confins du monde ni d'aller chercher sa nourriture dans des pays éloignés ; le Saint, béni soit-Il, prend soin de lui sur place, et c'est dans sa propre contrée qu'il trouvera son bonheur grâce à la providence divine.
Quant au quatrième aspect : il existe des maux engendrés par des ennemis et des persécuteurs qui cherchent la perte de l'homme, et c'est à ce propos qu'il est dit pour cet indigent : « et ne le livre point au désir de ses ennemis » - Toi, Hachem, Tu ne l'abandonnes point à la merci de ses ennemis, c'est-à-dire que Tu ne remets pas sa vie entre leurs mains. Le Radak explique que le mot « nefesh » signifie ici la volonté, à l'exemple de « si telle est votre volonté » ; ainsi, « ne le livre point au désir de ses ennemis » signifie : ne réalise pas le dessein de ses oppresseurs. Et quel est leur dessein ? C'est de le tuer. Ne permets donc pas que s'accomplisse la volonté de ceux qui complotent sa perte.
יְהֹוָה יִסְעָדֶנּוּ עַל־עֶרֶשׂ דְּוָי כָּל־מִשְׁכָּבוֹ הָפַכְתָּ בְחָלְיוֹ׃ - Hachem le soutiendra sur son lit de douleur ; Tu as bouleversé toute sa couche durant sa maladie.
Que signifie le terme « devaï » ? Il évoque les souffrances, les maux accablants. Chez la femme au moment de son état de nida - la Guémara observe qu'il s'agit d'une forme de malaise corporel, d'où l'expression de « nidat devota », ou « celle qui souffre dans son impureté » - ce terme traduit un état maladif ; de même, on trouve « mon cœur est souffrant » (velibi davaï). Et que représente le « lit de douleur » dans sa phase la plus critique ? Rachi rapporte, au nom de la Agada des Tehillim : c'est le septième jour de la maladie, moment où le patient est au plus bas de son accablement. Et pourtant, Hachem viendra le soutenir, même au jour le plus redoutable de sa maladie.
« Kol michkavo hafakh'ta vekholyo » (« Tu as retourné toute sa couche dans sa maladie ») - il existe à ce sujet de nombreuses explications. Rachi explique : même au moment où sa maladie s'alourdit et où tout son repos et sa tranquillité sont bouleversés. En temps normal, lorsqu'il est en bonne santé, l'homme est au repos ; en revanche, lorsqu'il est malade, c'est comme si sa couche se retournait, il ne repose plus paisiblement sur son lit. C'est ce que dit le verset : « Tu as retourné toute sa couche dans sa maladie » - la maladie a bouleversé sa couche, de sorte qu'il n'est plus allongé en paix, mais se trouve sur un lit de souffrance, accablé par sa détresse.
Le Radak explique quant à lui : à première vue, le verset semble contradictoire, car « Hachem le soutiendra sur son lit de douleur » est l'expression d'un bienfait, tandis que « Tu as retourné toute sa couche dans sa maladie » évoque un malheur, ce qui soulève une difficulté. Le sens est donc : Tu le soutiendras sur son lit de douleur après que Tu auras retourné toute sa couche dans sa maladie - après avoir transformé sa couche, qui était celle d'un homme reposant paisiblement, en un lit de maladie, de douleur et de souffrance, c'est alors qu'Hachem le soutiendra sur son lit d'affliction. Il explique en outre que cela s'entend sous forme de prière : Maître du monde, qu'Hachem le soutienne sur son lit de douleur, et de grâce, « retourne toute sa couche dans sa maladie » - transforme sa couche de la maladie vers la guérison. Selon cette approche, le sens du retournement est à l'opposé de la première explication : non pas que Tu as changé son repos en maladie, mais de grâce, transforme sa maladie et sa couche en santé.
Et le Malbim explique qu'il est question ici du cinquième dommage : les maux qui atteignent l'homme en raison de sa constitution corporelle - la maladie et les affections physiques ; et de cela aussi Hachem le préserve : « Hachem le soutiendra sur son lit de douleur ». Même si personne n'est là pour l'assister : le riche dispose de tout un service hospitalier où chacun est à ses ordres, il peut s'offrir tout l'hôpital et trouvera sans peine quelqu'un pour prendre soin de lui ; mais cet indigent n'a même pas de quoi payer une assurance médicale, alors qui veillera sur lui ? Le verset vient nous l'enseigner : Hachem le soutiendra.
Il en va de même pour « Tu as retourné toute sa couche dans sa maladie » : lorsqu'un homme est alité par la maladie, bien souvent ses draps se salissent et s'imbibent de sueur, parfois avec des escarres et du pus, et il faut alors refaire sa couche : on retourne le matelas du côté sec et l'on glisse une autre couverture en dessous. Le riche a du personnel pour s'en charger, mais le pauvre, qui s'occupe de lui ? C'est pourquoi Toi, Hachem, pour ainsi dire, Tu retournes sa couche dans sa maladie. Cela ne signifie pas qu'Hachem Se déplace pour lui retourner son matelas, mais qu'Hachem veille sur lui afin que cette situation ne lui nuise pas - et c'est comme si quelqu'un était venu lui refaire son lit, cela aussi, Hachem l'accomplit pour lui.
Ce psaume a été prononcé lors de la maladie de David, au moment où ses ennemis en voulaient à sa vie, et il s'ouvre par l'éloge de celui qui « sait s'intéresser à l'indigent » (maskil el dal) : celui qui rend visite au malade pour s'enquérir de ses besoins, celui qui donne la tsedaka avec discernement et délicatesse, et celui qui médite sur la providence d'Hachem envers le démuni pour en nourrir sa foi. Face aux rigueurs du temps, au manque de vivres, à l'inconfort du lieu, aux ennemis et aux défaillances du corps - face à toutes ces épreuves, le pauvre est dépourvu de moyens, et c'est en chacune d'elles qu'il apparaît qu'il n'est sauvé que par la seule force de la providence particulière (hachgaha pratit). Il en ressort également que la guérison provient d'Hachem et que le médecin n'en est que l'émissaire, et que même le décret le plus sévère peut être révoqué par le mérite du 'hessed - à l'image du récit de la fille de Rabbi Akiva, prouvant que même au jour du malheur, « la tsedaka sauve de la mort ».