Introduction : la dernière partie du psaume
Dans cette partie du chapitre 39, nous parvenons à la conclusion du psaume. Le roi David, qui avait débuté par une interrogation et une recherche sur l'essence de l'homme - l'âme et le corps, lequel l'emporte sur l'autre et quel est le rôle de l'homme en ce monde - parvient ici à la réponse et à la prière qui en découle. Nous allons parcourir les versets dans leur ordre, et rapporter les explications de Rachi, du Radak et du Malbim.
« Et maintenant, qu'ai-je espéré ? » - Qu'y a-t-il à espérer en ce monde
וְעַתָּה מַה קִּוִּיתִי אֲדֹנָי תּוֹחַלְתִּי לְךָ הִיא׃ - Et maintenant, qu'ai-je espéré, Seigneur ? Mon attente est tournée vers Toi.
Rachi explique : « Qu'ai-je espéré » - quelle est la demande que je formule et que j'attends de Toi ? La réponse se trouve dans le verset suivant : « De toutes mes fautes, délivre-moi ». C'est en quelque sorte tout ce qu'il me reste à espérer et à attendre d'Hachem.
Le Radak explique selon sa propre approche que David décrit ici une situation de maladie : je suis à présent dans ma souffrance, et je n'ai d'espoir en personne d'autre. Je n'attends rien des médecins ni d'aucun être humain pour m'aider, mais « mon attente est tournée vers Toi » - Toi seul peux me guérir.
Le Malbim poursuit dans la même ligne que celle par laquelle le psaume a débuté, autour de la question du rôle de l'homme dans son monde. Si « l'homme chemine à l'image de D.ieu » et qu'il est exigé de lui de faire régner cette dimension spirituelle sur la réalité matérielle, sur ses penchants naturels et ses traits de caractère - faire primer l'âme sur le corps - alors que puis-je espérer en ce monde ? Ce monde n'est ni le lieu du véritable bonheur ni celui de l'espérance. « Mon attente est tournée vers Toi » - cette attente concerne le lieu où je me rapproche de Toi, à savoir le Monde futur.
C'est ce qu'enseigne le Ramchal : le Saint, béni soit-Il, est la perfection même du bien, et la nature du bien étant de faire le bien, Il a voulu accorder à l'homme le plus grand bienfait possible. Et quel est ce bien suprême ? La vie du Monde futur. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, dit à l'homme : viens et œuvre ici-bas dans ce monde, car le lieu des délices et de la récompense se trouve là-haut. David parvient à la même conclusion : quelle espérance puis-je encore fonder sur ce monde-ci ? Tout mon espoir n'est tourné que vers Toi, vers la dimension du Monde futur.
Telle est en vérité l'attente des Tsaddikim, le bien qui leur est réservé. Leurs espérances ne reposent pas sur les biens matériels ou les réussites terrestres ; leur aspiration ultime est la proximité de D.ieu, que leur âme retourne pour être liée au faisceau de la vie sous le Trône de gloire, conformément à la parole de nos Sages : « Les justes sont assis, leurs couronnes sur la tête, et se délectent de la splendeur de la Présence divine », montrant du doigt et s'exclamant : « Voici notre D.ieu, en qui nous avons espéré ».
Dès lors, pourquoi le Tsaddik demande-t-il à rester dans ce monde ?
Si toute l'aspiration du Tsaddik est la proximité divine, et que dans ce monde matériel il s'en trouve éloigné, pourquoi désire-t-il tant rester ici-bas ? Chez Moché Rabbénou lui-même, lorsque son heure fut venue, l'âme engagea une lutte avec l'ange de la mort et refusa de mourir. La réponse est la suivante : c'est parce qu'ici, et uniquement ici, il est possible d'acquérir la vie du Monde futur. L'âme ne désire pas rester pour profiter des plaisirs de ce monde, ni pour savourer un steak supplémentaire ou assouvir un quelconque désir, mais parce qu'elle sait que ce monde est le lieu exclusif de l'acquisition.
À quoi cela ressemble-t-il ? À un homme assis en classe économique dans un avion, à l'étroit et oppressé, avec des bébés qui pleurent et un inconfort constant. Il s'adresse à l'hôtesse de l'air et demande à passer en première classe. Elle lui répond : mon cher monsieur, ce n'est pas le même tarif. Il lui dit : aucun problème, je paierai le supplément. Elle précise : cela coûte cent dollars de plus. Il répond : pas de souci, je paie tout de suite. Elle lui dit alors : oui, mais il y a un problème, les billets s'achètent en bas, avant de monter. C'est exactement ce que l'homme doit comprendre : les billets s'achètent en bas. Une fois en haut, on ne peut plus rien changer ; « Quand un homme donnerait toute la fortune de sa maison » - on ne ferait que le mépriser. C'est pourquoi le Tsaddik s'obstine à demeurer ici, car c'est seulement ici-bas que l'on peut progresser et acquérir davantage de proximité divine en tant qu'être en marche ; là-haut, l'état acquis est figé pour l'éternité.
Dès lors : « Qu'ai-je espéré ? » - qu'ai-je à espérer de ce monde d'en bas, qui n'est qu'un antichambre du monde supérieur ? L'homme a pourtant de quoi espérer : la vie éternelle, et telle est l'attente des justes.
Nuance de vocabulaire : « Kiviti » face à « To'halti »
Le Malbim analyse précisément les termes du verset. Le verbe « Kiviti » (j'ai espéré) s'emploie pour une chose incertaine - arrivera-t-elle ou non ? Lorsqu'une personne dit « j'espère », cela sous-entend souvent que cela n'arrivera probablement pas ; en tout cas, il s'agit d'une issue inconnue. En revanche, « To'helet » (l'attente fervente) se dit d'une chose qui doit assurément arriver, et dont on attend impatiemment la venue. Le Malbim en apporte de nombreuses preuves chez Isaïe, Michée et ailleurs, où il suit cette même démarche. C'est pourquoi : « Et maintenant, qu'ai-je espéré ? » - les affaires de ce monde relèvent d'un espoir dont nul ne sait s'il se réalisera ; mais l'éternité, « mon attente est en Toi », et elle viendra assurément.
Remarquez également : « Qu'ai-je espéré, Seigneur (Ado-naï) » - le texte emploie le Nom de souveraineté (Adonout) et non le Tétragramme (Havaya), ce qui corrobore l'explication du Malbim. L'expression de la souveraineté renvoie toujours à la dimension de la Chekhina, au monde d'en bas, à la sefira de Malkhout ; le Nom « Adonaï » a les mêmes lettres que « Dina » (le jugement), car Malkhout relève de la rigueur (Dinim). Dès lors : « Qu'ai-je espéré ? » - qu'ai-je à espérer de ce monde d'en bas ? « Mon attente est en Toi » - envers Hachem, béni soit-Il, pour s'attacher à Lui : telle est la véritable espérance digne d'être attendue, et qui s'accomplira à coup sûr.
« Délivre-moi de toutes mes fautes »
מִכׇּל פְּשָׁעַי הַצִּילֵנִי חֶרְפַּת נָבָל אַל תְּשִׂימֵנִי׃ - Délivre-moi de toutes mes fautes, ne m'expose pas à l'opprobre de l'insensé.
Le Radak explique : la cause de la maladie et de la souffrance réside dans les transgressions. C'est pourquoi je demande au Maître du monde de me délivrer de mes fautes, c'est-à-dire de les pardonner, afin que je n'aie plus à souffrir et que je ne sois plus malade. « Ne m'expose pas à l'opprobre de l'insensé » - comme nous l'avons vu plus haut, l'homme vil venait prétendument rendre visite à David (« tant que le méchant est devant moi »), feignant de compatir à sa détresse et de se soucier de lui ; mais à peine sorti, il calomniait : que David disparaisse, qu'il meure enfin, quand va-t-il nous quitter ? Et lorsque le Saint, béni soit-Il, le frappe de maladie, cela devient une justification pour l'impie : regardez, David est coupable, voilà pourquoi il souffre. David supplie donc : ne prolonge pas ma maladie, car Tu permets ainsi à l'insensé de m'outrager, et je deviens l'objet de son mépris - lui est sain et sauf, tandis que moi je suis un homme de douleurs.
Le Malbim explique selon son approche : le rôle de l'homme est de faire régner l'esprit sur le corps. David demande donc que la matière ne domine pas l'esprit, que les pulsions et désirs corporels ne prennent pas le dessus sur l'âme qui aspire à la spiritualité. « Ne m'expose pas à l'opprobre de l'insensé » - que je ne sois pas semblable à l'impie voué à l'opprobre et à l'ignominie éternelle. Car si la force corporelle l'emporte, l'homme se laisse entraîner par ses convoitises et perd l'éternité. C'est pourquoi : « Délivre-moi de toutes mes fautes » - ne laisse pas le corps dominer l'âme, aide-moi à surmonter l'attrait matériel, afin que je ne sois pas flétri pour toujours comme l'insensé ; et en triomphant du corps, mon âme servira Hachem et je mériterai de contempler la lumière des vivants.
« Je reste muet, je n'ouvre pas la bouche »
נֶאֱלַמְתִּי לֹא אֶפְתַּח פִּי כִּי אַתָּה עָשִׂיתָ׃ - Je reste muet, je n'ouvre pas la bouche, car c'est Toi qui as agi.
Le Radak explique : je n'ai personne contre qui crier à l'injustice pour ma peine et mes douleurs. Cela ne vient pas de la main de l'homme, où je pourrais incriminer un tel ou un tel, c'est pourquoi je reste muet. Et pourrais-je me plaindre du Saint, béni soit-Il ? À cela, il répond : même envers le Ciel, « je reste muet, je n'ouvre pas la bouche, car c'est Toi qui as agi ». Le jugement d'Hachem est un jugement de justice, et s'Il m'a infligé cela, c'est la preuve que je le mérite en raison de mes fautes. Contre qui donc me plaindre ? Contre moi-même.
Il ressort de là que si sa maladie provenait de la main de l'homme, il aurait eu de quoi récriminer. Cela concorde avec la conception du Radak, qui suit l'opinion de ces Richonim selon lesquels un être doté de libre arbitre a le pouvoir de nuire à autrui sans que cela n'ait été décrété d'En Haut ; une part du libre arbitre de l'homme - accomplir les mitsvot ou commettre des fautes - consiste aussi à choisir de nuire ou non à son prochain. En revanche, la tradition que nous suivons, conforme à l'avis du Gaon de Vilna et de nombreux maîtres, parmi lesquels l'auteur du 'Hovot Halévavot, enseigne qu'aucune créature n'a le pouvoir de nuire à un homme si cela n'a pas été décrété contre lui, comme nos Sages l'ont formulé : nul ne peut empiéter d'un cheveu sur ce qui est réservé à autrui, et nul ne se blesse au doigt ici-bas sans qu'on ne l'ait proclamé d'En Haut. Tout procède d'une Providence absolue. Cependant, selon la perspective du Radak : si des hommes m'avaient causé ce tort, j'aurais eu un reproche à leur adresser - pourquoi as-tu choisi le mal pour me nuire ? Mais dès lors que la maladie provient d'Hachem, je reste muet et je n'ouvre pas la bouche, car elle découle de mes propres fautes, et c'est moi qui en porte la responsabilité.
Le Malbim explique que « Je suis resté muet » renvoie à l'interrogation par laquelle s'ouvrait le psaume. David avait commencé par soulever une réflexion profonde sur la relation entre l'âme et le corps : qui l'emporte, qu'attend-on de l'homme au cours de sa vie, et pourquoi Hachem a-t-Il créé cette réalité complexe d'une âme et d'un corps ? Au début, il craignait de s'exprimer, de peur de prononcer des paroles déplacées envers le Ciel dans son investigation du divin, et c'est pourquoi il disait : « Je suis resté muet dans le silence ». Mais à présent, il déclare : je me suis tu face à cette question, je n'ouvrirai plus la bouche, car il m'est désormais apparu clairement que « c'est Toi qui l'as fait ».
Et ici, le Malbim offre une explication remarquable : toute l'œuvre de la Création se rapporte à la réalité matérielle. Il en va ainsi pour les végétaux, par exemple : « Que la terre produise de la verdure » ; certes, Hachem agit dans toute la création, mais concrètement, cela s'est accompli par l'intermédiaire de la terre, par la matière. Cependant, il est une chose qu'Hachem a faite par Lui-même : « et les âmes, c'est Moi qui les ai faites ». C'est pourquoi David s'exclame : « Je suis resté muet, je n'ouvrirai pas la bouche, car c'est Toi qui l'as fait ». Je ne soulève plus cette question, car j'ai compris que la création de l'homme ne ressemble en rien à celle des bêtes, des animaux et de tous les êtres matériels formés par le pouvoir de la terre ; c'est Toi qui as façonné la réalité spirituelle en moi, dans le but que mon âme, parcelle divine d'en haut, impose son esprit au corps - « C'est dans une image que l'homme chemine ». Telle est la finalité, et par là, j'ai déjà reçu la réponse à cette difficile interrogation qui me tourmentait.
« Écarte de moi Ton fléau »
הָסֵר מֵעָלַי נִגְעֶךָ מִתִּגְרַת יָדְךָ אֲנִי כָלִיתִי׃ - Écarte de moi Ton fléau : sous les coups de Ta main, je dépéris.
C'est pourquoi je Te supplie d'écarter de moi les obstacles qui m'empêchent d'atteindre ce but, à savoir la proximité avec Dieu, le service d'Hachem et la dimension spirituelle de la rétribution dans le Monde futur. Écarte les maux qui assaillent le corps et m'empêchent d'atteindre la perfection, car tant que l'âme réside dans le corps, elle ressent tout ce qu'il endure : la maladie, le froid, la chaleur et d'autres souffrances semblables.
« Sous les coups de Ta main, je dépéris » - sous le choc des épreuves et de la maladie, je m'anéantis, dans le sens d'un dépérissement complet. David déclare : il ne suffit pas que ces maux nuisent au corps - cela, je pourrais encore le supporter, car le corps est voué à la dégradation, son terme est la tombe et il ne constitue pas la finalité ; mais ces souffrances consument également l'âme. En effet, lorsqu'un homme est brisé physiquement, il l'est aussi moralement. On le constate chez des personnes - qu'Hachem nous préserve de tout malheur - qui ont subi un accident de la route et se retrouvent hospitalisées, le corps brisé : le plus grand drame survient lorsque l'âme s'effondre, quand la personne sombre dans la dépression, la tristesse et l'abattement. C'est pourquoi, de nos jours, on soigne aussi beaucoup par le biais de clowns médicaux et d'autres approches similaires, dont le rôle est de relever le moral, de redonner de l'espoir et l'envie de vivre.
Nous avons déjà rappelé à plusieurs reprises les paroles de Chlomo : « L'esprit de l'homme soutient sa maladie, mais un esprit abattu, qui le relèvera ? ». Un malade dont l'esprit reste fort verra son moral soutenir sa maladie et le conduire vers la guérison ; l'esprit a le pouvoir de revigorer le corps. En revanche, face à un esprit abattu, un corps sain n'a pas la force de le redresser. Un homme peut être en parfaite santé physique, mais être déprimé et vivre sous médicaments. Le corps ne peut pas porter l'esprit, tandis que l'esprit, lui, peut porter le corps. Et aujourd'hui, la médecine le confirme également. Dès lors, dit David : ma plainte ne porte pas sur le brisement de mon corps en soi, mais sur le fait que la défaillance physique engendre la dépression, conduisant l'homme à délaisser l'accomplissement des mitsvot, et que la ruine du corps entraîne un affaissement du niveau spirituel.
Deux sortes de fléaux : naturels et providentiels
Le Malbim explique que les fléaux se divisent en deux catégories. La première comprend les maux naturels, inhérents à la condition humaine exposée aux maladies : affections hivernales et autres maux divers. C'est l'ordre de la nature, qui découle de la multiplicité des éléments composant l'homme. Les Anciens expliquaient abondamment que la maladie provient de la prédominance de l'une des humeurs - les quatre ou cinq humeurs présentes en l'homme : lorsqu'une personne a de la fièvre, c'est l'humeur rouge qui l'emporte ; lorsqu'elle est plongée dans la mélancolie, c'est l'humeur noire. La prépondérance d'une humeur engendre la maladie et un dérèglement physiologique dans le corps humain.
Il en résulte que la maladie est causée, pour ainsi dire, par des « conflits internes ». Lorsque tout fonctionne convenablement, le cœur s'accorde avec tous les organes du corps et leur distribue le sang sans encombre, les poumons fournissent de l'oxygène partout, et ainsi de suite. Le Malbim qualifie cela ailleurs de : paix entre tous les éléments constitutifs du corps, selon le verset « et toi, sois en paix ». Quand règne la paix entre les fondements du corps, tout circule harmonieusement. Un organe dont on ne ressent pas la présence est un organe sain ; dès lors que l'on commence à sentir son épaule, c'est le signe d'un dysfonctionnement. Et quelle est l'origine du problème ? Par exemple, un manque d'oxygénation du cerveau, un caillot sanguin ou toutes sortes de troubles résultant de l'absence de paix entre les constituants du corps, d'une discorde entre les organes internes où l'un ne fournit plus à l'autre ce qui lui est nécessaire. Voilà ce qu'est la maladie naturelle, et c'est le sens de « sous les coups de Ta main » - le terme tigra évoquant la querelle : l'homme étant composé d'éléments multiples entre lesquels surviennent parfois des conflits, telle est la cause qui le fait sombrer dans la maladie et les affections naturelles.
« Par des réprimandes sur la faute, Tu châties l'homme » - Les fléaux providentiels
בְּתוֹכָחוֹת עַל עָוֺן יִסַּרְתָּ אִישׁ וַתֶּמֶס כָּעָשׁ חֲמוּדוֹ אַךְ הֶבֶל כׇּל אָדָם סֶלָה׃ - Par des réprimandes sur la faute, Tu châties l'homme, et Tu dissous comme la mite ce qu'il a de plus précieux ; certes, tout homme n'est que vanité, pour toujours.
Face aux maladies naturelles, il existe aussi des souffrances qui relèvent de la Providence divine - des maladies et des épreuves dont le but est d'amener l'homme à la téchouva, et c'est ce qu'exprime ce verset. Il s'agit ici de souffrances extérieures, qui ne proviennent pas des lois de la nature, mais que le Saint, béni soit-Il, envoie sur l'homme du dehors. Et ces épreuves « font fondre comme par la mite ce qu'il a de précieux » : « son bien précieux » ('hamoudo) désigne le corps de l'homme, et elles le rongent et le consument à la façon de la mite qui détruit le vêtement qu'elle dévore.
« Tout homme n'est que vanité, Sélah » - il s'avère donc que l'homme ne parvient pas à atteindre le but pour lequel il a été créé. En effet, il endure à la fois les maladies naturelles, « Écarte de moi Ton fléau, je succombe sous les coups de Ta main » - qui me mènent à l'épuisement, m'empêchant de m'adonner à la vie spirituelle car je suis tout entier accaparé par mes maux physiques ; et à la fois les « réprimandes pour la faute », c'est-à-dire des souffrances extérieures qui ne font pas partie des faiblesses du corps mais constituent un mal extérieur qui s'abat sur moi. Le Malbim distingue « réprimander » (hokhah'ta) de « châtier » (yissarta) : la réprimande se fait le plus souvent par des paroles, tandis que « châtier l'homme » signifie l'éprouver par de véritables souffrances physiques, l'affliger par la maladie ou d'autres épreuves. Tout cela m'empêche d'atteindre mon but et de me rapprocher convenablement d'Hachem, car je passe mon temps à tenter de soigner mon corps.
Rachi explique : « Par des réprimandes sur la faute, Tu châties l'homme » - par les réprimandes écrites dans la Torah au sujet des transgressions, par lesquelles Tu nous as châtiés ; ce que Tu as prescrit, Tu l'as fait venir sur nous. Nous avons perverti nos voies et nous recevons ces peines en conséquence. « Et Tu fais fondre comme par la mite ce qu'il a de précieux » - notre chair se décompose comme un vêtement rongé par les mites, et Rachi commente que « ce qu'il a de précieux » ('hamoudo) est sa propre chair, qui lui est si chère.
Et quel est le bien le plus cher à l'homme ? Qui aime-t-il par-dessus tout ? Lui-même. En vérité, la Torah n'exige nullement de l'homme qu'il ne s'aime pas - quiconque ne s'aime pas souffre de masochisme. Bien au contraire, l'homme doit s'aimer et désirer ce qu'il y a de meilleur pour lui-même, et ce qu'il y a de plus élevé, c'est la proximité de D.ieu, l'accomplissement de la volonté divine et la récompense du Monde futur. C'est en ce sens que nos Sages ont formulé le précepte : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » : la Torah demande que tu aimes ton prochain comme tu t'aimes toi-même. Il s'avère donc que l'objet précieux de l'homme est sa propre chair, sa propre personne, et par les souffrances, « Tu fais fondre comme par la mite ce qu'il a de précieux ». « Tout homme n'est que vanité, Sélah » - son existence dans ce monde devient vaine et illusoire, car il n'atteint pas sa finalité. Et le mot « Sélah », comme l'explique invariablement le Malbim, vient clore le sujet.
« Écoute ma prière » - Étranger et résident
שִׁמְעָה תְפִלָּתִי יְהֹוָה וְשַׁוְעָתִי הַאֲזִינָה אֶל דִּמְעָתִי אַל תֶּחֱרַשׁ כִּי גֵר אָנֹכִי עִמָּךְ תּוֹשָׁב כְּכׇל אֲבוֹתָי׃ - Écoute ma prière, Éternel, et prête l'oreille à mon cri ; ne reste pas sourd à mes larmes, car je ne suis qu'un étranger auprès de Toi, un résident comme tous mes pères.
Le Malbim explique que la prière est un épanchement de l'âme : l'âme de l'homme s'y déverse, se rapproche et désire s'unir à D.ieu. Nous avons déjà précisé que le terme téfila est apparenté à petila (la mèche entrelacée) ou à l'expression « luttes divines que j'ai menées » (niftolé Elohim niftalti), traduisant une idée de lien intime, car par la prière l'homme s'attache à son Créateur. D'un autre côté, « prête l'oreille à mon cri » fait écho à l'appel de détresse que je lance pour implorer le secours. « Ne reste pas sourd à mes larmes » - car nos Sages ont enseigné que les portes des larmes ne sont jamais fermées, et que les larmes éveillent la miséricorde céleste.
Et voici l'argument invoqué : « car je ne suis qu'un étranger auprès de Toi, un résident comme tous mes pères ». L'homme est constitué de deux dimensions, le corps et l'âme. Du point de vue de l'âme, « je suis auprès de Toi », je fais partie de Toi, parcelle divine d'en haut ; et que suis-je donc ici-bas dans ce monde ? Un simple étranger de passage (guer). Ce n'est pas là mon véritable lieu d'existence, car l'âme a été taillée sous le Trône céleste et appartient aux mondes supérieurs ; ici-bas, elle n'est qu'en transit. En revanche, « un résident comme tous mes pères » - du point de vue du corps, je suis un résident établi (tochav) et non un étranger. Un guer est temporaire, tandis qu'un tochav est un habitant sédentaire, enraciné de longue date. Par son corps, l'homme est présent dans ce monde par la force de ses ancêtres, n'existant ici que par sa filiation terrestre.
Et que survient-il dans ce conflit intérieur ? Le résident l'emporte sur l'étranger de passage, car le premier est permanent tandis que le second n'est que temporaire. Le corps est fermement implanté ici-bas « comme tous mes pères », tandis que l'âme n'y séjourne que comme une invitée - ce déséquilibre permet au corps de prendre le dessus, et les désirs matériels finissent par étouffer l'aspiration spirituelle.
« Écoute » (Chema) face à « prête l'oreille » (Ha'azina)
Le Malbim a expliqué en plusieurs passages que lorsqu'il est question de deux sujets conjoints, le point principal s'exprime par le verbe entendre (chemi'a), tandis que le sujet secondaire est désigné par l'écoute attentive (ha'azana). C'est le contraire de ce que l'on pense habituellement, à savoir que ha'azana serait plus forte que chemi'a ; le Malbim affirme l'inverse : chemi'a est d'un degré supérieur, et ha'azana lui est subordonnée. Or, la prière intime (téfila) est plus essentielle que le cri spontané de détresse (chav'a) ; c'est pourquoi, pour la prière, le psalmiste emploie « écoute ma prière » (chém'a téfilati), car l'écoute est plus haute ; tandis que pour le cri, d'une portée plus limitée, il demande « prête l'oreille » (ha'azina), une attention d'un degré relativement moindre.
« Détourne Ton regard de moi, que je reprenne des forces »
הָשַׁע מִמֶּנִּי וְאַבְלִיגָה בְּטֶרֶם אֵלֵךְ וְאֵינֶנִּי׃ - Détourne Ton regard de moi et laisse-moi reprendre des forces, avant que je ne m'en aille et que je ne sois plus.
Le Radak explique : « Hacha miméni » - accorde-moi un répit, retire de moi les souffrances, cesse de m'éprouver par la maladie. « Véavligah » - et ainsi je reprendrai des forces. Le verbe employé ici exprime l'affermissement ; lorsqu'on dit d'un homme qu'il a été offensé et qu'il a pris sur lui (hivlig), cela signifie qu'il a puisé la force de faire face à ce qui lui a été dit, de se maîtriser et de garder le silence. Ainsi : retire de moi les souffrances pour que je guérisse de ma maladie, et je pourrai alors recommencer à accomplir Ta volonté. J'ai constaté que mes fautes étaient la cause de ma maladie ; c'est pourquoi je Te demande pardon et guérison avant que je ne descende au tombeau et que je ne sois plus, afin de pouvoir accomplir Ta volonté.
Car ce monde-ci, poursuit le Radak, est le monde de l'action, tandis que le monde futur est celui de la rétribution, comme il est écrit : « Car il n'y a ni œuvre, ni compte, ni science, ni sagesse dans le séjour des morts où tu te diriges ». Et nos Sages ont tiré cet enseignement des mots « que Je t'ordonne aujourd'hui » : aujourd'hui pour les accomplir, et demain pour en recevoir le salaire ; dans l'au-delà, il n'y a plus d'action possible, seulement la rétribution. C'est pourquoi « avant que je ne m'en aille et que je ne sois plus » ne signifie pas que je cesserai d'exister, mais que je ne serai plus en mesure d'accomplir quoi que ce soit. Écarte de moi la maladie, afin que je reprenne des forces et guérisse, et que je puisse Te servir dignement avant de partir, car après cela, il sera trop tard.
Le Malbim explique « Hacha miméni » dans le même sens que le Radak : détourne de moi les souffrances. À la lumière de ce qu'il a précisé plus haut, à savoir que le corps est un résident établi tandis que l'âme n'est qu'une passagère temporaire, c'est là le fondement même de sa supplication : Maître du monde, écarte de moi ces épreuves, car ma condition fait que le corps l'emporte, étant l'habitant naturel de ce monde. Tu as pour ainsi dire doté mon corps de forces plus puissantes que celles de mon âme ; dès lors, il ne convient pas de m'accabler de châtiments pour cela, quand mes fautes ne proviennent que de l'attrait du corps, qui est le plus vigoureux, et qu'il est si difficile de résister au déferlement des passions. C'est pourquoi : « Détourne de moi » les souffrances, « et laisse-moi reprendre des forces » - et je ferai l'effort, pour ma part, de m'affermir contre les désirs et contre le mauvais penchant.
« Avant que je ne m'en aille et que je ne sois plus » - le Malbim précise : les souffrances me détournent de l'accomplissement et m'empêchent de Te servir, et je ne pourrai donc pas parfaire ce que je dois mener à bien. Écarte donc de moi les tourments, afin que je puisse atteindre la perfection dans le service divin et mériter l'éternité.
En conclusion : Dans cette partie du psaume, le roi David parvient au terme de sa réflexion : il n'y a rien à espérer de ce monde matériel, car « mon espoir est en Toi » - tout est tourné vers l'éternité, vers la proximité divine qui est l'espérance des justes, et c'est uniquement ici-bas, dans le monde de l'action, que l'on peut l'acquérir. C'est pourquoi il implore : « De toutes mes transgressions, délivre-moi », afin que le corps ne domine pas l'âme ; « Je suis resté muet, je n'ouvre pas la bouche, car c'est Toi qui as agi » - dès lors qu'il réalise que l'âme est l'œuvre du Saint, béni soit-Il, Lui-même, il n'a plus la moindre réclamation ; enfin, il prie pour que s'éloignent de lui les fléaux, qu'ils soient naturels et nés des conflits internes au corps, ou providentiels et destinés à corriger la faute, car l'abattement physique entraîne celui de l'âme et détourne l'homme de sa finalité. « Car je suis un étranger auprès de Toi, un hôte de passage comme tous mes pères » - le corps est un résident établi et l'âme une passagère, et David implore l'aide divine pour triompher : « et laisse-moi reprendre des forces avant que je ne m'en aille et que je ne sois plus », afin de se parfaire dans le service de D.ieu et de mériter l'éternité.