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Psaume 38 - Évoquer les fautes au temps de la maladie - 1re partie

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Introduction : un psaume de maladie et de repentir
מִזְמוֹר לְדָוִד לְהַזְכִּיר׃ - Psaume de David, pour rappeler.

Rachi explique « pour rappeler » (lehazkir) : à réciter en temps de détresse, pour rappeler la souffrance d'Israël devant le Saint, béni soit-Il. Selon sa démarche, ce psaume a été composé pour l'ensemble de la communauté d'Israël, à la différence des psaumes dits pour une détresse personnelle.

Le Radak propose plusieurs explications. Il est possible que « lehazkir » désigne un mode musical, comme nous l'avons déjà vu dans ses commentaires au chapitre 4 : certaines expressions ouvrant un psaume indiquent la mélodie sur laquelle il doit être chanté. Tout comme l'on précise aujourd'hui sur un chant selon quel maqâm il est interprété - Nahawand, Bayat ou autre -, ici aussi, « lehazkir » pourrait être le nom d'un air. Deuxième explication : « lehazkir » au sens de louer et rendre grâce, à l'instar de « Proclamez (hazkirou) que Son Nom est exalté ». Et une troisième explication, proche de celle de Rachi : à réciter en temps d'épreuve - David composa ce psaume pour tout homme accablé par la maladie et l'angoisse de l'âme, afin de rappeler et d'enseigner à chacun de prier à travers ce psaume.

L'approche du Malbim : un psaume personnel sur la maladie

Le Malbim affirme que ce psaume fut institué lors d'une maladie mortelle qui frappa David, et après qu'il eut recouvré la vie. Selon le Malbim, il s'agit donc d'un psaume personnel : David chante sa propre maladie et sa guérison. Ces événements se déroulèrent après l'épisode de Bat-Chéva, et David attribue ainsi son mal à ses fautes. Ses ennemis se réjouirent également de cette maladie, y voyant un châtiment pour ses actes : « Nous vous l'avions bien dit, David est un impie ; vous voyez bien que tout ce dont on l'accusait est vrai » - tous les médisants triomphaient.

C'est pourquoi, explique le Malbim, il ouvre par « pour rappeler » : David vient rappeler ses fautes. Il se lamente sur sa maladie survenue à la suite de ses péchés, et dans ce psaume, il se les remémore, car ses fautes sont constamment devant lui. Comme nous le disons dans la prière : « Car Tu Te souviens de tous les oublis ». Lorsqu'un homme pèche et oublie ses fautes, c'est très grave, et Hachem les lui rappellera. Le Saint, béni soit-Il, Se souvient de ce qui est oublié et oublie ce dont on se souvient. Pour qu'Hachem oublie ta faute, il vaut mieux que toi, tu t'en souviennes. C'est ainsi que David dit : « Ma faute est constamment devant moi », ou encore « Chaque nuit je baigne ma couche de mes larmes », et nos Sages enseignent que ses dents noircirent à la suite de cet épisode. Lorsqu'un homme se rappelle ses fautes, il éprouve le besoin de réparer, et Hachem les lui pardonne et les efface. Mais lorsqu'il oublie - en se disant : « Qu'ai-je fait après tout ? C'est de l'histoire ancienne, il y a prescription » -, alors Hachem S'en souvient. C'est pourquoi David dit « pour rappeler » : rappeler mes fautes, car ma faute est constamment devant moi.

יְהֹוָה אַל־בְּקֶצְפְּךָ תוֹכִיחֵנִי וּבַחֲמָתְךָ תְיַסְּרֵנִי׃ - Éternel, ne me réprimande pas dans Ta colère, et ne me châtie pas dans Ta fureur.
Grammaire du verset : « beketspekha » et la particule « al » valant pour deux

Tout d'abord, une remarque de vocalisation : la lettre qof porte ici un ségol, « be-kètspekha », alors qu'on se serait attendu à un hiriq, « be-kitspekha ». Le Radak précise : ne t'en étonne pas, car nous trouvons un cas analogue : « Ton épouse (echtekha) sera comme une vigne féconde », bien que la règle grammaticale aurait voulu « ichtekha ». Certes, les Sages ont déduit de la présence de ce ségol (trois points) une allusion aux trois associés dans la création de l'homme : son père, sa mère et le Saint, béni soit-Il. Quoi qu'il en soit, il ne faut pas s'étonner de cette graphie, puisqu'on en trouve d'autres exemples.

Le Radak cite ici une autre règle essentielle : le mot « al » (ne pas) au début du verset « vaut pour deux ». C'est un principe fondamental à connaître, formulé de différentes manières par les commentateurs classiques. En effet, au sens strict, « Ne me réprimande pas dans Ta colère, et dans Ta fureur châtie-moi » pourrait laisser entendre : mais dans Ta fureur, châtie-moi bien, puisqu'il n'est pas écrit « et ne me châtie pas dans Ta fureur ». Est-ce là le sens du verset ? Certainement pas. C'est simplement que le premier « al » s'applique aux deux propositions, comme s'il était répété : ne me réprimande pas dans Ta colère, ne me châtie pas dans Ta fureur. D'autres ouvrages expriment ce même principe en disant que le premier « al » « en entraîne un second avec lui ».

Soit dit en passant, c'est là l'origine du débat bien connu touchant le texte de la prière Alénou : « Qui n'a pas fait notre partage comme le leur, ni notre sort comme toute leur multitude » (chélo sam 'helkénou kahèm ve-goralénou ke-khol hamonam). Les Séfarades ont l'habitude de dire « ve-goralénou » sans répéter la négation « lo », tandis que certains insistent vigoureusement sur la version « ve-lo goralénou ke-khol hamonam », de peur que l'on n'entende, à Dieu ne plaise, le contraire - certains allant jusqu'à prétendre que celui qui récite sans le « lo » verrait son sort s'assimiler au leur, que le Ciel nous en préserve. Mais cela relève déjà de propos excessifs. Notons que les Yéménites ont également pour version « ve-lo goralénou ke-khol hamonam ». Selon l'avis de Rav Ovadia Yossef, il n'est pas nécessaire d'ajouter ce second « lo », et chacun est quitte en suivant son propre minhag, car cela ne constitue en rien un empêchement.

L'Alshikh : pas par l'entremise des anges de fureur

L'Alshikh explique : il est bien connu qu'il existe des anges de courroux et des anges d'emportement par lesquels le Saint, béni soit-Il, purifie les fautes de l'homme - "colère, indignation, fureur, détresse, envoi d'anges de malheur", selon les termes de la Haggadah. Ces anges sont appelés les flèches du Saint, béni soit-Il, et ils n'ont aucune miséricorde dans le jugement : envoyés pour accomplir une mission, ils l'exécutent jusqu'au bout. En revanche, "celui qu'Hachem aime, Il le réprimande" - par Lui-même ; celui qu'Hachem aime, Il le frappe Lui-même, car chez Lui, béni soit-Il, la miséricorde trouve sa place. C'est comparable à un homme chez qui débarquent des huissiers de justice et qui se met à implorer leur pitié ; ils lui répondent : "C'est au tribunal qu'il fallait demander cela ; le juge aurait pu faire preuve de clémence, mais nous, nous ne faisons que notre travail." De même pour les anges : ils ne peuvent avoir pitié, cela ne dépend pas d'eux.

C'est pourquoi David implore : "Ne me réprimande pas dans Ton indignation" - que cela ne se fasse pas par le biais d'anges d'indignation, dépourvus de toute pitié. Or, l'indignation (kétsef) est plus vive que la fureur (hemah) ; dès lors, même pour un léger reproche, ne me réprimande pas par un ange d'indignation. Et il ajoute : "Et dans Ta fureur, ne me châtie pas", car même si la fureur est moins violente que l'indignation (c'est pourquoi le terme hemah est au féminin, comme pour marquer une moindre vigueur), je ne peux tout de même pas la supporter, car les souffrances restent une épreuve redoutable. David demande plutôt que le Saint, béni soit-Il, le reprenne Lui-même si nécessaire, et non par l'intermédiaire d'émissaires.

Le Malbim : la colère et l'indignation sont manifestes, la fureur est cachée

Le Malbim renvoie au verset similaire que nous avons déjà étudié : "Ne me réprimande pas dans Ta colère, et ne me châtie pas dans Ta fureur", où le mot "al" (ne pas) apparaît deux fois. Il y expliquait qu'il existe une différence entre la colère (af) ou l'indignation (kétsef), et la fureur (hemah) : la colère et l'indignation sont manifestes, tandis que la fureur est dissimulée. La colère (af, qui désigne aussi le nez) : les narines rougissent, on dirait qu'elles crachent du feu. De même pour l'indignation (kétsef, qui désigne aussi l'écume) : comme l'écume visible à la surface de l'eau, quand un homme s'indigne, ses lèvres écument. Ces deux manifestations sont donc extérieures. En revanche, la fureur est intérieure, comme il est dit d'Assuérus : "et sa fureur brûlait en lui" - elle brûle en son for intérieur (et le Malbim apporte là-bas une explication remarquable sur le mot "en lui").

Il existe une autre distinction dans la langue sainte entre réprimander (lehokhi'ah) et châtier (leyasser). Celui qui réprimande a pour dessein de détourner l'homme du péché pour l'avenir, afin qu'il amende sa conduite. Dès lors, la réprimande ne procède pas de la fureur, car un ennemi ne cherche pas à corriger ; elle s'exprime parfois par une colère manifeste, lorsqu'on assène des coups. David demande donc que la réprimande ne s'accompagne pas de colère, mais s'exprime par des paroles douces et bienveillantes, et si des coups doivent être portés, qu'ils soient légers et non accablants. Celui qui châtie, en revanche, punit toujours pour le passé : je te châtie pour avoir mal agi. Et le châtiment n'implique pas nécessairement de souffrances physiques : un blâme est déjà une forme de punition. En résumé : la réprimande regarde vers l'avenir, le châtiment sanctionne la faute passée, et le châtiment s'accompagne toujours d'une colère visible, d'un emportement dont les marques éclatent au grand jour. C'est pourquoi David demandait là-bas que cela ne relève pas d'une fureur intérieure, car une rancœur intestine est toujours plus redoutable : un homme qui garde rancune en son cœur est bien plus dangereux que celui dont l'emportement s'extériorise.

Pourquoi n'y a-t-il ici qu'un seul "ne pas"

Mais ici, fait observer le Malbim, le texte ne dit pas "et ne me châtie pas dans Ta fureur", mais simplement "et dans Ta fureur, me châtier" - et son intention est tout autre. David constate qu'Hachem le réprimande, c'est-à-dire l'exhorte à faire techouva et à corriger sa conduite, et il voit que cela s'accompagne d'indignation, d'une colère extérieure manifeste. Il en est totalement brisé : saisi de désespoir, plongé dans une profonde affliction intérieure, il a l'impression d'être anéanti et d'avoir irrémédiablement perdu sa voie, voyant que le reproche de ses fautes s'exprime avec une telle véhémence. "Vois combien tu as fauté, pour susciter une telle indignation !", et cette indignation, comme nous l'avons dit, se voit au dehors. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé à David, atteint jusque dans sa chair : son visage s'est assombri, et certains textes rapportent même qu'il fut frappé de lèpre. L'atteinte était donc aussi physique et visible, et selon les mots du Malbim : avec cruauté, fureur et déferlement de colère.

C'est pourquoi il demande qu'au moins, les deux ne s'abattent pas en même temps. Hachem le reprend avec indignation, ce qui engendre des tourments intérieurs - car un homme désespéré et brisé dans son âme subit une blessure intime -, tandis que les atteintes corporelles sont des épreuves extérieures. David s'écrie : Maître du monde, ne me frappe pas à la fois intérieurement en me laissant moralement anéanti, et extérieurement en accablant mon corps ! Il conviendrait, explique le Malbim, que par le reproche intérieur et l'immensité du remords - qui prouvent en eux-mêmes mon désir de réparer mes actes et d'emprunter une voie nouvelle -, Tu m'épargnes les souffrances extérieures. Car la douleur du cœur est la plus profonde de toutes, puisqu'elle constitue le repentir même : lorsqu'un homme a mal au cœur pour ce qu'il a commis et se frappe la poitrine, rien n'est plus grand. Et sinon, qu'il en soit inversement : si Ton dessein est de m'infliger des souffrances physiques, délivre-moi au moins de ce déchirement intérieur et du sombre désespoir où je sombre. Mais subir les deux à la fois, être meurtri dans l'âme et dans la chair, c'est ce que David supplie qu'on lui épargne.

Et pourquoi le Malbim interprète-t-il ce passage différemment du psaume 6 ? Parce qu'ici, le mot "al" (ne pas) n'apparaît qu'une seule fois, ce qui signifie : ne m'inflige pas les deux ensemble. Si Tu me frappes avec indignation, ne me frappe pas avec fureur ; et si c'est avec fureur, qui est intérieure, ne frappe pas avec indignation, qui est extérieure. Mais pas deux fléaux à la fois, pas une blessure de l'âme combinée à une affliction du corps.

כִּי־חִצֶּיךָ נִחֲתוּ בִי וַתִּנְחַת עָלַי יָדֶךָ׃ - Car Tes flèches ont pénétré en moi, et Ta main s'est abattue sur moi.

"Tes flèches ont pénétré en moi" (nikhatou vi) : nikhatou a le sens de descendre, de s'abattre sur moi. Ces flèches sont "en moi" (bi), au plus profond, à l'instar de "sa fureur brûlait en lui" (bo), qui est toujours intérieur. C'est-à-dire que les flèches transpercent mon âme et descendent au plus intime de mon être : je suis rongé par l'angoisse, accablé de désespoir - telle est la blessure morale. Et face à la fureur par laquelle Tu me châties, il est dit : "et Ta main s'est abattue sur moi" - ce sont les coups portés au corps, visibles de tous, comme un homme qui en frappe un autre de sa main. David implore alors : Maître du monde, ne m'inflige pas les deux à la fois - que Tes flèches s'enfoncent au fond de mon âme, et que Ta main s'abatte également sur ma chair.

Et pourquoi le coup intérieur est-il dépeint précisément par des flèches ? Le Malbim explique : parce qu'il est impossible de porter un coup intérieur au corps avec la main. Seule la flèche, lorsqu'elle est tirée sur un homme, ne reste pas à l'extérieur mais pénètre au-dedans. Les flèches sont donc la métaphore d'un coup intérieur - au sens figuré, une blessure de l'âme, car son esprit est inquiet et brisé tandis que la flèche transperce les profondeurs. En revanche, la main représente un coup extérieur, semblable à celui d'un homme qui frappe de la main ou du poing.

אֵין־מְתֹם בִּבְשָׂרִי מִפְּנֵי זַעְמֶךָ אֵין־שָׁלוֹם בַּעֲצָמַי מִפְּנֵי חַטָּאתִי׃ - Il n'y a rien d'intègre dans ma chair à cause de Ta fureur, nulle paix dans mes os à cause de ma faute.

Le Metsoudat David explique : « Il n'y a rien d'intègre dans ma chair » - il ne reste plus aucun endroit sain et intact dans ma chair, en raison des souffrances causées par Ta fureur. Et le Malbim montre que le verset répond précisément aux deux aspects mentionnés précédemment : en écho à « Ta main s'est abattue sur moi », qui désigne le coup extérieur, il affirme « il n'y a rien d'intègre dans ma chair à cause de Ta fureur » - la chair externe est meurtrie et rien n'y demeure indemne. Et en écho à « Tes flèches ont pénétré en moi », la flèche qui transperce et frappe l'âme au plus profond, il déclare « nulle paix dans mes os à cause de ma faute ». Les os expriment l'intériorité - tout comme on dit en hébreu « c'est l'os même de la question » pour en désigner le cœur essentiel. En d'autres termes : mon être intérieur est submergé de détresse et de désespoir devant la faute. Il se trouve ainsi doublement frappé, aussi bien dans son âme que dans son corps.

כִּי עֲוֺנֹתַי עָבְרוּ רֹאשִׁי כְּמַשָּׂא כָבֵד יִכְבְּדוּ מִמֶּנִּי׃ - Car mes iniquités ont dépassé ma tête ; comme un lourd fardeau, elles pèsent trop lourd pour moi.

En regard de ce qu'il disait sur l'absence de paix intérieure due aux fautes, il précise à présent : mes iniquités ont dépassé ma tête, et elles sont plus pesantes pour moi qu'un lourd fardeau. Mais qu'est-ce qu'un 'avon (iniquité) ? Nous avons déjà vu en plusieurs passages du Malbim que le 'avon est une perversion de la pensée ('ivout). Le pècha' est l'acte commis délibérément, par esprit de rébellion ; le 'het est commis par inadvertance ; quant au 'avon, il ne s'agit pas seulement d'un acte intentionnel, mais de la construction par l'homme d'une idéologie autour de son action. C'est pourquoi on l'appelle 'avon, du terme désignant la distorsion de l'esprit : il ne se contente pas de commettre des transgressions, il prétend que c'est ainsi qu'il convient de vivre, que telle est la bonne voie.

Et comme l'homme échafaude cette idéologie dans sa tête, dans son cerveau et son intellect, c'est précisément ici qu'il est dit : « mes iniquités ont dépassé ma tête », car la tête est le siège de la pensée. Le transgresseur rebelle a peut-être agi sous l'impulsion du désir, délibérément mais poussé par le cœur, car les passions siègent dans le cœur. Mais dans le 'avon, l'homme s'est assis et a réfléchi aux raisons pour lesquelles cet acte serait légitime ; il lui est insupportable de vivre en pécheur, comme quelqu'un qui mènerait une vie répréhensible, alors il bâtit une théorie prétendant que c'est ainsi qu'il faut vivre - et c'est là une véritable perversion. Ces iniquités « pèsent trop lourd pour moi, comme un fardeau accablant », en raison de l'immense repentir et de la profonde tristesse qu'il éprouve désormais à leur sujet.

הִבְאִישׁוּ נָמַקּוּ חַבּוּרֹתָי מִפְּנֵי אִוַּלְתִּי׃ - Mes plaies sont infectes et purulentes, à cause de ma folie.

Et face à « il n'y a rien d'intègre dans ma chair », montrant qu'il est également atteint physiquement, il vient à présent détailler ce que signifie cette absence d'intégrité corporelle. Le Radak explique : les 'havourot (plaies) sont les ulcérations qui se forment sur la chair sous l'effet de la maladie, des cloques remplies de sécrétions et de pus, et ces humeurs sont nauséabondes. À leur époque, en l'absence de médecine avancée, il était souvent impossible d'approcher les malades rien qu'en raison de l'odeur. Une ecchymose où le sang s'est accumulé est également appelée 'havoura. Et namakou évoque la liquéfaction, la décomposition : à force de séjourner trop longtemps, les sécrétions dissolvent la peau qui les recouvre jusqu'à s'écouler au-dehors et dégager une puanteur. Tout cela arrive « à cause de ma folie », parce que j'ai erré et n'ai point gardé la voie de l'Éternel.

נַעֲוֵיתִי שַׁחֹתִי עַד־מְאֹד כָּל־הַיּוֹם קֹדֵר הִלָּכְתִּי׃ - Je suis tout tordu et courbé à l'extrême ; tout le jour, je chemine dans le deuil.

Après avoir été frappé à la fois dans le corps - « mes plaies sont infectes et purulentes » - et dans l'âme - « mes iniquités ont dépassé ma tête », ce qui renvoie à la distorsion de l'esprit -, David déclare : « Je suis tordu et courbé ». « Na'avéti » (je suis tordu), explique le Malbim, signifie qu'il a été saisi d'un vertige d'égarement et de confusion mentale, ce qui constitue la désolation de l'âme : l'esprit n'est pas en repos, mais agité et tourmenté. Et « sha'hoti » (je suis courbé) s'applique au corps, du verbe se courber, car son corps est brisé sous les coups. Et qu'on ne s'imagine pas qu'il s'agissait d'un état passager : « tout le jour, je chemine dans le deuil » - avançant à longueur de journée entièrement brisé.

L'esprit de l'homme soutient sa maladie

Expliquons cela. Le Malbim souligne que lorsqu'un homme est brisé physiquement mais demeure vigoureux moralement, la parole du roi Salomon s'applique : « L'esprit de l'homme soutient sa maladie ». C'est une maxime d'une puissance colossale, dont la science moderne commence à peine à mesurer la profondeur. Un malade, même atteint d'une affection sévère, a des chances de guérison décuplées s'il conserve un moral d'acier, par rapport à un individu dont l'esprit s'effondre. Les recherches contemporaines confirment pleinement cette réalité, et c'est précisément la raison d'être des clowns thérapeutiques dans les hôpitaux : que cherchent-ils à faire ? Remonter le moral, fortifier le désir de vivre, arracher la personne à l'abattement et au désespoir. Car tant que l'esprit anime l'homme, il soutiendra sa maladie et pourra parvenir à la guérison.

Mais la suite dit : « Mais un esprit abattu, qui le relèvera ? » L'âme peut agir sur le corps, mais le corps ne peut agir sur l'âme. Si l'esprit d'un homme est brisé, qui lui redonnera courage ? Le corps ne reconstruit pas l'âme et ne la guérit pas de sa brisure. L'âme a la force de porter le corps, mais le corps n'a pas la force de porter l'âme. C'est pourquoi David déclare : vois donc, « tout le jour je marche dans l'affliction », car je suis brisé tant physiquement que moralement, et je ne dispose d'aucun soutien pour me relever et me tirer de la détresse où je me trouve.

כִּי־כְסָלַי מָלְאוּ נִקְלֶה וְאֵין מְתֹם בִּבְשָׂרִי׃ - Car mes reins sont remplis d'ignominie, et il n'y a rien de sain dans ma chair.

« *Kessalaï* » (mes reins / pensées), explique le Malbim, désigne les pensées, et en particulier les pensées d'espérance. Pourquoi sont-elles appelées ainsi ? En référence aux *kessalim* mentionnés dans la Torah, les flancs de l'animal, associés aux reins qui conseillent ; de même : « et il a chargé ses flancs (*kèsel*) de graisse », « l'Éternel sera ton assurance (*békisslékha*) » - termes qui renvoient aux pensées. Or ces pensées d'espoir « sont pleines d'ignominie (*niklé*) », du mot *kalon* (honte, déshonneur) : mes pensées sont saturées de honte et d'opprobre, et elles brisent l'esprit. « Et il n'y a rien de sain dans ma chair » : dans ma chair extérieure aussi, je suis frappé. Il se trouve donc doublement éprouvé : ses pensées sont emplies de honte et sa chair est meurtrie. La brisure est totale - et qui me relèvera et me sortira de cet état ?

Le Radak rapporte au nom de son père que « *niklé* » se rattache à la notion de ce qui est calciné, brûlé au feu (*kalouï*), exprimant la maladie dont il souffrait. En effet, le malade a généralement une forte fièvre qui envahit son corps ; ainsi : « Car mes reins sont pleins de brûlure » - mes entrailles bouillonnent comme calcinées au feu, comme consumées par la maladie et la fièvre qui m'accablent, « et il n'y a rien de sain dans ma chair ». Toutefois, selon l'explication du Malbim, « *kessalaï* » se réfère à la dimension de l'âme, en parfaite cohérence avec tout ce qu'il a exposé jusqu'ici.

נְפוּגוֹתִי וְנִדְכֵּיתִי עַד־מְאֹד שָׁאַגְתִּי מִנַּהֲמַת לִבִּי׃ - Je suis engourdi et brisé à l'extrême ; je rugis sous le gémissement de mon cœur.

À présent, indique le Malbim, David se dépeint comme quelqu'un parvenu aux portes de la mort, tel un agonisant dont l'âme s'apprête à partir et dont le souffle s'éteint. « *Néfougoti* » (je suis défaillant) est analogue à « *vayafog libo* » (son cœur faiblit), qui signifie que son cœur s'est affaibli - l'âme faiblit déjà et s'apprête à sortir.

Et lorsque l'âme s'apprête à quitter le corps, il est connu que l'homme ressent à cet instant un regain de forces, comme il est dit : « Tu leur retires le souffle, ils expirent » (*Tossef rou'ham yigva'oun*, interprété comme un apport d'énergie avant l'agonie). Bien souvent, on entend dire : la veille de son décès, mon père se sentait déjà mieux, il parlait avec son entourage, demandait quand il sortirait de l'hôpital - et le lendemain, ses forces l'ont abandonné. Nos Sages comparent cela à une veilleuse qui, avant de s'éteindre, projette une flamme plus vive puis s'affaiblit : « L'âme de l'homme est une flamme divine », et la flamme est l'image de son âme.

Le Malbim précise : toutes les forces corporelles se rassemblent alors vers le cœur, qui est le dernier organe à s'éteindre. Les énergies du corps faiblissent et convergent, pour ainsi dire, vers le cœur, car la mort définitive survient lorsque le cœur s'arrête. Le cœur se trouve comme entouré par ces vaillants guerriers, ces forces qui l'enserrent dans un ultime tourbillon (*sé'harkhar*). C'est alors que le cœur pousse son dernier râle, et toutes les étapes de la vie de l'homme défilent devant lui comme un troupeau - ceux qui ont vécu une mort clinique décrivent comment, en quelques secondes, toute leur vie a défilé sous leurs yeux. À cet instant précis, il se tient à l'ultime frontière entre la vie future, celle du monde à venir, et le départ de ce monde-ci ; il passe d'une vie à une autre, d'un monde à un autre.

C'est ce que décrit David : « *Néfougoti vénidkéti* » (je suis engourdi et brisé) - les forces intérieures se sont évanouies et affaiblies, et les membres extérieurs sont meurtris et couverts de plaies. « J'ai rugi sous le gémissement de mon cœur » - voilà l'ultime râle dans lequel s'exhale l'âme. Mais ici, David emploie également le terme de rugissement (*chéaga*). Quelle est la différence entre un rugissement (*chéaga*) et un gémissement ou grondement (*néhama*) ? Ces deux termes s'appliquent au lion : il y a le lion qui gronde et le lion qui rugit. Le Malbim explique en plusieurs endroits que le grondement (*néhama*) caractérise le lion dans la détresse, lorsqu'il manque de nourriture, tandis que le rugissement (*chéaga*) exprime la joie - quand le lion est joyeux, il rugit.

Dès lors, en cet instant suprême, deux mouvements coexistent chez David : un gémissement de déchirement parce qu'il quitte le corps, et un rugissement de joie parce qu'il s'élève désormais vers la réalité spirituelle. Ainsi, au seuil du passage d'un monde à l'autre, en quittant ce monde-ci pour rejoindre le monde à venir, il dit : « J'ai rugi sous le gémissement de mon cœur » - il y a là un cri d'allégresse devant l'accès à un monde d'absolue bonté, mêlé au râle douloureux d'un cœur accablé de souffrances qui fait ses adieux à ce monde.

En conclusion :

Selon le Malbim, le psaume 38 est la prière personnelle de David lors d'une maladie mortelle consécutive à ses fautes. C'est pourquoi il débute par « En souvenir » (*léhozkir*) - pour rappeler ses fautes, car lorsque l'homme se souvient de ses fautes, le Saint, béni soit-Il, les lui pardonne et les oublie. Sa supplication essentielle : « Ne me reprends pas dans Ton courroux, et ne me châtie pas dans Ta fureur » - que les deux fléaux ne s'abattent point sur lui simultanément : la blessure intérieure du désespoir et du brisement de l'âme, et la blessure extérieure des souffrances corporelles. Ainsi, le psaume dépeint ces deux maux côte à côte : « Il n'y a rien de sain dans ma chair » pour le corps, et « nulle paix dans mes os » pour l'âme ; « Mes plaies sont infectées et purulentes » pour le corps, et « mes fautes ont dépassé ma tête » pour le désarroi de l'esprit ; jusqu'à « tout le jour je marche dans l'affliction », car si « l'esprit de l'homme le soutient dans sa maladie », en revanche « un esprit abattu, qui le relèvera ? » - et quand l'homme est anéanti sur les deux plans, nul ne peut le relever. De là jusqu'aux portes de la mort, « je suis engourdi et brisé à l'extrême », où se mêlent le râle du cœur quittant ce monde et le rugissement de joie entrant dans un monde qui n'est que bonté.