Dans la suite du chapitre, David HaMélekh poursuit dans la même ligne qu'auparavant : la polémique contre la voie des moines et ascètes des nations, qui se sont retirés du monde et ont présenté le renoncement comme l'unique voie religieuse. Face à eux, David enseigne une voie totalement différente : la crainte du Ciel n'exige pas de l'homme qu'il fuie la vie et la société, mais plutôt qu'il vive au sein de la communauté - et qu'il y rectifie sa langue, ses actes et ses relations avec autrui.
מִי־הָאִישׁ הֶחָפֵץ חַיִּים אֹהֵב יָמִים לִרְאוֹת טוֹב׃ - Quel est l'homme qui désire la vie, qui aime les jours pour voir le bien ?
Ces ascètes des nations se sont séparés du monde pour deux raisons : soit parce qu'ils ont pris la vie elle-même en dégoût, prétendant que le monde est un lieu d'où il faut fuir ; soit parce que, même sans rejeter la vie, ils ont méprisé ce qu'elle offre de bon, affirmant : si l'on doit vivre, que ce soit dans la misère et l'affliction. C'est à cela que David HaMélekh répond : pour moi, il n'en est rien. « Quel est l'homme qui désire la vie, qui aime les jours pour voir le bien » - j'enseigne la crainte d'Hachem aussi bien à l'homme qui chérit la vie et ne ressemble pas à ces ascètes futiles qui préfèrent la mort, qu'à celui qui dit : je veux mener une bonne vie ici-bas, dans ce monde. Celui qui aime les jours pour voir le bien dispose lui aussi d'une voie pour vivre dans la crainte du Ciel, une vie de réussite et de bénédiction.
Car la crainte d'Hachem n'exige pas de l'homme qu'il s'éloigne de la société pour mener une vie de mortification. Bien au contraire, le nazir, qui s'est seulement abstenu de vin et ne s'est pas rendu impur au contact des morts, la Torah le qualifie de fauteur. La Torah n'exige nullement de l'homme une vie de renoncement absolu. Certes, il existe des niveaux d'élévation spirituelle très élevés, réservés aux saints qui sont sur terre, et ceux qui y parviennent relèvent d'une exception ; mais il n'y a là aucune exigence générale. Le Saint, béni soit-Il, souhaite que l'homme jouisse de Son monde. Que demande-t-on alors de lui ?
נְצֹר לְשׁוֹנְךָ מֵרָע וּשְׂפָתֶיךָ מִדַּבֵּר מִרְמָה׃ - Garde ta langue du mal, et tes lèvres de proférer la tromperie.
Qu'il ne tienne pas de propos médisants avec sa langue, et qu'il ne prononce pas de fourberie de ses lèvres. Nous avons déjà appris à maintes reprises dans le livre des Proverbes (Mishlé) que la langue désigne la parole intelligente et réfléchie : la langue étant intérieure, elle exprime la sagesse ; tandis que les lèvres expriment la parole extérieure, car les lèvres sont visibles au-dehors. Lorsqu'un homme veut tromper son prochain, il parle du bout des lèvres : une parole de façade, dissimulant un piège au fond de lui, qui ne reflète aucunement son intériorité - et c'est cela, la tromperie. C'est pourquoi le verset dit : « et tes lèvres de proférer la tromperie ». En revanche la langue, plus intérieure, doit être gardée de la médisance : même si la chose est vraie et exacte, tu dois néanmoins prendre garde à ne pas dire de lachon hara.
La Guémara dans Avoda Zara enseigne : un homme pourrait se dire : « Puisque j'ai gardé ma langue du mal, je vais me livrer au sommeil » ! Si l'essentiel consiste à ne pas dire de mal, j'irai dormir et le problème sera réglé. À cela, la Guémara répond : il n'en est rien, car il y a aussi l'injonction « fais le bien ». C'est pourquoi, dès le verset suivant, David HaMélekh nous dit :
סוּר מֵרָע וַעֲשֵׂה־טוֹב בַּקֵּשׁ שָׁלוֹם וְרׇדְפֵהוּ׃ - Éloigne-toi du mal et fais le bien, recherche la paix et poursuis-la.
Il ne suffit pas de s'écarter du mal, il faut aussi faire le bien. « Il n'est de bien que la Torah », enseigne le Midrash, car il est dit : « Car Je vous ai donné un bon enseignement ». C'est pourquoi, dès qu'un homme dispose d'un instant ou d'un moment libre - bien au contraire, qu'il cherche comment faire le bien.
On pourrait a priori s'interroger : pourquoi cela s'appelle-t-il « fais le bien » ? Il aurait été plus approprié de dire « étudie le bien » ou « médite le bien ». Quel acte concret a-t-on accompli en étudiant la Torah ? L'explication est la suivante : quiconque désire faire du bien à son prochain et être un homme de bonté (un homme de 'Hessed) doit accomplir une action concrète - donner la Tsedaka, prêter main-forte lorsque l'on voit l'âne de son prochain crouler sous sa charge, et ainsi de suite. Tout acte de bienveillance envers autrui passe par l'action. Et qui est le plus grand dispensateur de bienveillance au monde ? L'homme qui étudie et médite la Torah.
En voici une illustration : « Le monde entier n'est nourri que pour Mon fils 'Hanina (Bichvil 'Hanina bni), et Mon fils 'Hanina se contente d'une mesure de caroubes d'une veille de Chabbat à l'autre ». Que nous enseigne ce passage ? L'un ouvre une soupe populaire, un autre une cuisine communautaire, un troisième ouvre un lieu d'accueil, un quatrième fonde un Guéma'h, un cinquième distribue des paniers de nourriture. Est-il possible de distribuer des paniers de nourriture au monde entier ? Rabbi 'Hanina, lui, le fait : le monde entier est nourri par son mérite. Est-il sorti de chez lui pour autant ? A-t-il quitté le Beth Hamidrach ? Non. Par le simple fait qu'il s'adonne à l'étude de la Torah, il fait descendre l'abondance sur le monde entier. Tel est le sens de « fais le bien » : il n'est de bien que la Torah, et il n'y a pas de plus grand acte que d'en faire profiter la communauté et l'ensemble du peuple. Et nous avons déjà expliqué par le passé que l'expression « Bichvil 'Hanina bni » signifie littéralement « par le chemin » (Chvil) de 'Hanina : c'est par son canal que descend l'abondance divine. Et comme lui-même ne prend rien pour lui, hormis une simple mesure de caroubes, toute cette nourriture passe par cette voie pour irriguer le monde entier.
Le Malbim explique que le principe d'« écarte-toi du mal et fais le bien » ne prend sens que lorsqu'on vit parmi les hommes, là où existent concrètement le mal et le bien. À un homme isolé dans le désert, on ne saurait dire « écarte-toi du mal », puisqu'il n'est pas en société ; et on ne peut lui dire « fais le bien », puisqu'il n'y a personne envers qui l'exercer. Mais dès lors que l'on se trouve en société, l'exigence d'« écarte-toi du mal et fais le bien » prend toute sa force. En d'autres termes, la Torah veut que l'homme soit un être social, inséré dans la vie collective.
De fait, pour chaque chose, on a besoin de la communauté : trois fois par jour, il faut un Minyan. Il n'est pas envisageable de s'isoler du monde. Et si l'on est un Talmid 'Hakham et que l'on se dit « je vais prier seul », rappelons-nous que « nombreuses sont ses victimes » désigne celui qui connaît la Torah et ne la transmet pas, or chacun a le devoir d'enseigner aux autres. Et si l'on n'est pas un Talmid 'Hakham, on a le devoir d'étudier, « donne-toi un maître », et il faut aller trouver un érudit qui nous enseigne. En résumé, l'isolement total est exclu ; la Torah s'oppose à cette attitude. Certes, comme l'écrit le Rambam, si tous les habitants d'un pays sont pervertis, il convient alors de s'isoler dans les déserts, mais nous parlons ici du cours normal et habituel de la vie : la Torah exige de l'homme qu'il vive parmi ses semblables, et que c'est là qu'il accomplisse « écarte-toi du mal et fais le bien ». Il faut comprendre que c'est précisément au contact d'autrui que l'on accède à cette double dimension : c'est là que surgissent les tentations et que s'applique « écarte-toi du mal », et c'est là aussi que se réalise le « fais le bien », par la bonté que l'on peut dispenser à son prochain.
Un jour, un homme vint trouver Rabbi Israël Salanter pour lui faire part de son désir de changer de profession. Le maître lui demanda : « Que fais-tu actuellement ? » Il répondit : « Je suis Cho'het (sacrificateur rituel). » Rabbi Israël reprit : « Et pourquoi souhaites-tu changer ? » L'homme expliqua : « J'ai étudié les lois de la Che'hita, et j'ai réalisé à quel point la responsabilité du Cho'het est redoutable. Par une simple inadvertance ou lors d'une vérification interne défaillante, on risque de faire consommer de la viande non cachère (Névelot et Tréfot) à des centaines de personnes. Je me suis donc dit : pourquoi m'attirer de tels ennuis ? Mieux vaut devenir commerçant. » (Soit dit en passant, la responsabilité d'un Sofer Stam est plus lourde encore : s'il commet la moindre erreur dans l'écriture de Téfiline, leur propriétaire ne les aura en réalité jamais accomplies de toute sa vie, tout en ayant prononcé d'innombrables bénédictions en vain, et toute cette faute retombera sur la tête du scribe.)
À ce propos, on raconte qu'un homme vint un jour voir le 'Hazon Ich pour lui dire que la peur l'étreignait au point de vouloir abandonner le métier de Cho'het. Le 'Hazon Ich lui rétorqua : « Et qui voudrais-tu voir officier comme Cho'het, quelqu'un qui n'a pas peur ? C'est précisément d'hommes comme toi que nous avons besoin ! »
Quoi qu'il en soit, Rabbi Israël Salanter demanda à cet homme : « Et que veux-tu faire ? Devenir commerçant ? » Il prit alors dans sa bibliothèque un épais volume du Choul'han Aroukh - 'Hochen Michpat - et le lui montra, puis le compara aux quelques pages des lois de la Che'hita. Il lui dit en substance : « Comprends bien : dans les relations humaines, dans le commerce, la prohibition de tromper son prochain et tout ce qui s'y rattache, combien d'épreuves se présentent, combien de dilemmes et de difficultés ! Tu ferais bien mieux de rester Cho'het. » C'est précisément ce que David affirme ici : Hachem ne demande pas que l'on vive en ermite. « Écarte-toi du mal et fais le bien, recherche la paix et poursuis-la » signifie : vis au milieu des hommes, là où existent à la fois le mal et le bien, et c'est dans ce cadre-là que tu devras fuir le mal et accomplir le bien. Dans la solitude du désert, on ne peut pas faire le bien, et l'on n'y trouve d'ailleurs guère d'attrait vers le mal.
D'ailleurs, cela ne signifie nullement que l'on doive s'exposer soi-même à l'épreuve, à D.ieu ne plaise. On raconte que le Gaon de Vilna avait demandé au Maguid de Doubna, Rabbi Yaakov Kranz, de venir lui faire des réprimandes, et le Gaon se tenait devant lui comme un serviteur devant son maître pour écouter ses remontrances. Lors d'une de ces rencontres, le Maguid lui adressa ce reproche : quel grand exploit y a-t-il à rester cloîtré dans sa chambre, à fermer les volets même en plein jour, à allumer une bougie pour étudier à sa lueur en se coupant du monde entier ? L'homme doit vivre au sein du monde et y préserver sa droiture. Aussitôt, le Gaon l'interrompit et lui dit : je suis prêt à recevoir de toi des leçons de moussar, mais à la condition qu'elles soient véridiques. Si le moyen de servir le Saint, béni soit-Il, consiste à fermer les volets, à allumer une bougie et à s'asseoir pour étudier, alors ferme les volets, allume une bougie, assieds-toi et étudie ! Et que prétends-tu, que ce n'est pas un exploit ? Le Saint, béni soit-Il, ne cherche pas d'exploits. Le Saint, béni soit-Il, veut que tu sois un tsaddik - on a fait prêter serment à l'âme lors de sa descente sur terre : « Sois un tsaddik et ne sois pas un impie ». Tout ce que tu es en mesure de faire pour être un tsaddik, fais-le. Et si cela passe par le fait de t'enfermer, alors enferme-toi.
Il est évident qu'il s'agit là de niveaux et de degrés d'élévation spirituelle très élevés, mais à notre époque, ces principes prennent une force décuplée. Aujourd'hui, il est en effet presque impossible de sortir dans la rue sans se brûler les yeux et sans s'exposer à de graves interdits. C'est pourquoi, de nos jours, tout ce que l'on peut éviter comme sorties, il faut l'éviter. Si rien ne t'y oblige, ne sors pas. S'il n'est pas indispensable de passer par ici, n'y passe pas, fais le détour par là. S'il est possible d'emprunter une voie rapide plutôt que de traverser la ville, même si cela rallonge le trajet de quelques minutes, prends la voie rapide. De nos jours, il n'arrive jamais que l'on roule en voiture, que l'on s'arrête à un passage piéton sans avoir devant les yeux des visions malsaines ; que l'on jette un regard sur le trottoir sans voir de telles choses. Dans la réalité, nous n'avons pas toujours le choix, nous devons nous déplacer - pour donner un cours de Torah, pour son travail quotidien - mais tout ce que l'on peut réduire, il faut le réduire. « S'il y a un autre chemin, il est considéré comme un impie » : tu as une autre route, pourquoi choisis-tu précisément celle qui pose problème ? Et la Guémara parle là-bas même de celui qui ferme les yeux en passant par l'endroit problématique, et elle affirme : certes, mais il pouvait passer par un autre chemin. Pourquoi s'engager là où se trouve l'épreuve ?
Il en ressort donc que l'homme doit certes être un être sociable, lié à la collectivité, mais lorsque cette société est problématique, il convient de s'en éloigner autant que possible et de réduire au minimum les contacts. C'est particulièrement vrai lorsqu'on sait que ce milieu s'adonne au lachon hara, où chaque visite devient l'occasion d'entendre des commérages sur untel ou untel - dans de telles situations, on ne dira pas : « Reste au milieu des gens et surmonte ton mauvais penchant ». Ce sont des endroits voués à l'échec, et au contraire, il est vivement conseillé de s'en écarter.
Qu'est-ce que la paix ? Le Malbim explique : c'est la vie en société, la communauté humaine. Ne t'imagine pas que tu obtiendras la paix en fuyant les hommes ; au contraire, « et poursuis-la » - recherche l'union et le lien avec autrui, vis parmi eux. Et bien que la vie en société soit souvent propice aux querelles, aux disputes et aux désaccords - car de même que les visages diffèrent, les opinions diffèrent, ce qui risquerait a priori d'entraîner des dissensions -, c'est précisément là que le verset t'enjoint : poursuis la paix ! Vis parmi les hommes, mais poursuis la paix. Ne te mêle pas à la société pour prendre parti dans toutes sortes de controverses et de querelles ; préserve plutôt ta langue du mal et tes lèvres des paroles trompeuses, sois au milieu des gens, et là, recherche la paix et poursuis-la. C'est là la voie la plus noble que la Torah exige de l'homme.
Le Malbim ajoute que David fait également allusion ici à Doeg. Nous avons vu que Doeg était « retenu devant l'Éternel » - quelle grandeur apparente, un tsaddik, un ascète ! Et pourtant, il n'avait pas intégré l'enseignement : « Garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles trompeuses ». C'est lui qui alla calomnier David et la ville sacerdotale de Nov auprès du roi Saül ; en conséquence de quoi quatre-vingts cohanim portant l'éphod de lin furent massacrés avec le grand prêtre à leur tête, David fut persécuté, et ainsi de suite. Tout ce malheur est arrivé par sa faute - lui qui semblait être un ermite, lui qui s'était pour ainsi dire retiré du monde et demeurait retenu devant l'Éternel. Et voyez combien de lachon hara et de propos perfides sont sortis de sa bouche ! Tel est un autre éclairage apporté par le Malbim.
Et puisque nous avons évoqué l'idée de se retirer dans le désert, rappelons qu'on demanda un jour au Hazon Ich : notre maître, ne voyons-nous pas aujourd'hui s'accomplir les paroles du Rambam ? Maïmonide écrit en effet que si tous les habitants du monde sont des impies, l'homme doit partir dans les déserts, en ajoutant « comme à notre époque » - alors même qu'il ne vivait pas dans les années deux mille, mais il y a neuf cents ans, époque où personne ne possédait de smartphone ! Dès lors, quels sont nos déserts aujourd'hui ? Le Hazon Ich répondit : les déserts de notre génération, ce sont les synagogues, les batei midrach et les saintes yéchivot - voilà le sens de « partir dans le désert ».
Et remarquez que le Rambam lui-même, bien qu'ayant écrit ces lignes, vivait au milieu des hommes et ne s'est pas isolé d'eux. Cela montre qu'il sentait en lui la capacité et la force d'exercer une influence bénéfique, et c'est pourquoi il s'est dit : il ne convient pas que je m'isole dans le désert, profitant de la quiétude d'un gîte d'étape, alors qu'ici la communauté serait privée de mon apport. Tout dépend donc d'un discernement très subtil. Nous ne disons pas qu'il faille aujourd'hui partir dans le désert, mais plutôt vivre parmi les hommes selon le principe : « être avec les gens sans être avec eux » - être en leur présence sans nouer une trop grande proximité. Il y a une immense différence entre celui qui rejoint la communauté, salue chacun, prie et étudie la Torah avec eux puis rentre chez lui, et celui qui tisse des liens d'intimité avec des personnes d'un niveau spirituel inférieur, ce qui s'avère néfaste. Sans compter que concrètement, de nos jours, personne ne pourrait survivre dans un désert.
Troisième point : les faits prouvent que lorsqu'un homme tente d'adopter un mode de vie ascétique supérieur à son niveau réel, non seulement cela ne le rapproche pas du Saint, béni soit-Il, mais cela finit par l'en éloigner davantage. Comme l'explique le Rav Dessler, le mauvais penchant fonctionne selon « l'effet ressort » : si on le comprime avec trop de force, il finit par se détendre brutalement - et lorsqu'il rejaillit, le danger est immense. C'est pourquoi nul ne doit penser qu'il doit forcer la mesure et s'imposer des mortifications dignes de grands tsaddikim et de pieux ascètes s'il n'en est pas véritablement là.
Nous voyons déjà cela avec Mar Oukba, qui disait de lui-même : « Je ne suis que du vinaigre issu du vin » par rapport à son père, car son père attendait vingt-quatre heures entre la viande et le lait, alors que lui-même n'attendait que six heures. A priori, quelle difficulté y aurait-il à attendre vingt-quatre heures ? C'est que si cela ne correspond pas à ce qu'il est en vérité, ce n'est qu'une simple imitation superficielle, et le mimétisme n'a que peu de valeur ; il faut être réellement parvenu à ce niveau. Un homme qui déciderait aujourd'hui de vivre dans l'isolement et l'ascèse sans avoir atteint ce degré s'exposerait d'abord à s'éloigner du service divin, et ressentirait ensuite un tel étouffement intérieur qu'il risquerait de tout rejeter en bloc. C'est pourquoi nous ne nous empressons pas d'envoyer les gens au désert, même si l'intention fondamentale est de se détacher d'une société dépravée, car le fait de se lier à elle est extrêmement néfaste.
Il en ressort que même lorsqu'un homme se trouve dans un milieu négatif, l'essentiel est de ne pas se mêler à eux. Leurs futilités, les idées qui leur traversent l'esprit, leurs conversations sans fin : l'un parle de politique, l'autre de ce qui est passé hier à la télévision, un troisième de ses vacances à l'étranger, un quatrième de ses passe-temps. Ne te mêle pas à eux - cette promiscuité te tirera vers le bas. Certes, tu travailles avec eux, tu partages le même bureau et le même endroit, mais élève-toi d'un téfah au-dessus d'eux, détache-toi de la réalité où ils baignent, car aller vivre aujourd'hui dans le désert n'est pas la solution idéale.
Rachi explique ainsi le dédoublement de l'expression « בקש שלום ורודפהו » (Recherche la paix et poursuis-la) : « Recherche la paix » - là où tu te trouves, dans ton propre lieu de résidence ; « et poursuis-la » - également ailleurs, en veillant à ce que la paix s'y établisse aussi.
Et dans l'ouvrage Divré Menahem, il est expliqué : « Éloigne-toi du mal » - si le mal se présente à toi, à Dieu ne plaise, écarte-t'en ; « fais le bien » - si une occasion de faire le bien s'offre à toi, saisis-la au contraire avec empressement ; « recherche la paix et poursuis-la » - cela s'applique même si aucune opportunité ne s'est encore présentée. La paix est le fondement de toutes les vertus saintes, et c'est elle qu'il faut poursuivre. Ne dis pas : si la paix vient à moi, j'agirai. Poursuis-la ! Tu constates une discorde, tu vois une querelle - qu'est-il écrit à propos de Moshé ? Il est allé trouver Datan et Aviram afin de ne pas entretenir la dispute. Devrais-je me déplacer vers eux, moi qui suis le maître de la génération, alors qu'ils fomentent une contestation contre moi ? Oui, « et poursuis-la » - poursuis la paix, même si elle semble lointaine.
On explique également : il arrive souvent qu'un homme veuille faire le bien, mais le yetser hara survient et dresse devant lui des montagnes de fautes, de transgressions et d'égarements passés. En es-tu seulement capable ? Te rends-tu compte de ce que tu as commis ? Pour telle faute, il est écrit qu'il n'y a point de pardon ; pour telle autre, qu'on descend au Guéhinnom... Le yetser hara connaît parfaitement toutes les sources, c'est un grand érudit, et il vient dire : c'est une perte de temps, tu es perdu, il n'y a plus rien à tirer de toi. Il te reste encore vingt ou trente ans à vivre, profite-en et advienne que pourra, ton sort est déjà scellé. Tel est le piège du penchant au mal - plonger l'homme dans le désespoir.
C'est pourquoi il est dit : « Éloigne-toi du mal et fais le bien ». Tu souhaites faire le bien ? Éloigne-toi du mal - détourne ton esprit du mal que tu as commis par le passé, n'y prête pas attention pour l'instant. Pense avant tout à la manière d'accomplir le bien. Cela ne signifie pas que le passé soit effacé ; le moment venu, tu feras également téchouva là-dessus. Mais venir dès à présent ressasser le mal commis pour en conclure que tout espoir est perdu, voilà le stratagème du yetser. Considère pour l'instant les choses comme si tu n'avais jamais mal agi, et quelle est ta tâche en cet instant ? Uniquement faire le bien, te rapprocher d'Hachem. Et après t'être rapproché, tu feras téchouva sur tes actes passés, car Hachem est miséricordieux et plein de grâce, et il n'est aucune faute pour laquelle la téchouva soit impossible - pour certaines, le repentir est plus difficile, pour d'autres moins, mais il n'existe aucune faute inaccessible au repentir.
Comme nous l'avons déjà mentionné : telle est la ruse du penchant envers celui qui cherche à se rapprocher. Lorsqu'un baal téchouva désire opérer une transformation profonde, le yetser l'attaque par cette suggestion. C'est pourquoi les Guedolé Israël ont toujours enseigné aux baalé téchouva de ne pas se préoccuper de leur passé durant les cinq premières années. Durant ces cinq premières années, il faut uniquement « faire le bien » ; écarte-toi du mal, ne rumine pas le mal. Ce n'est qu'ensuite, une fois solidement enraciné dans la téchouva, que l'on pourra commencer à examiner son passé et voir comment réparer, car il existe des démarches appropriées pour cela. Mais si l'on s'impose dès aujourd'hui des mortifications - ce qui arrive fréquemment chez les pénitents qui, à peine engagés, se lancent dans des tikkounim : je ne mange plus ceci, je ne fais plus cela, je ne sors plus là-bas, je ne regarde plus ceci, mettant du sable dans leurs chaussures et un cilice sous leur chemise - que se passe-t-il ? La personne s'étouffe elle-même : cela fait deux mois qu'elle a commencé et elle ne respire déjà plus, jusqu'à ce qu'elle finisse par s'effondrer ; et l'effondrement, comme nous l'avons dit, est terrible. C'est pourquoi, durant les premières années : ne pense pas au passé, ne cherche pas de tikkounim. « Éloigne-toi du mal » - ne ressasse pas le mal commis autrefois, agis comme si tu n'avais jamais fauté ; avant tout, fais le bien et améliore tes actes.
Le Maguid de Doubno propose une parabole au sujet de « Éloigne-toi du mal et fais le bien ». Souvent, les gens souhaitent corriger leur conduite et prennent sur eux une bonne résolution après l'autre, mais cela ne tient pas. Pourquoi ? C'est comparable à un homme qui entre chez un tailleur pour acheter un costume. Le tailleur lui montre un vêtement taillé sur mesure ; il l'enfile et s'écrie : cela ne va pas du tout, le costume est trop étroit, inconfortable, il me serre - n'en avez-vous pas un à ma taille ? Le tailleur s'étonne, car ce sont pourtant exactement ses mensurations. Il l'observe et lui dit : mon ami, pour essayer le costume que je te propose, retire d'abord le tien, et seulement après enfile celui-ci - c'est alors que tu pourras le juger. Mais si tu l'enfiles par-dessus ton vieux costume, il est bien évident qu'il sera trop étroit, désagréable et serré. Ce n'est pas ainsi que l'on procède.
C'est pourquoi l'homme doit savoir : la première démarche dans la téchouva ne consiste pas à lui dire : « Commence par de bonnes actions tout en continuant les mauvaises ». On ne saurait lui dire : continue à prendre la voiture pour aller au football le Chabbat mais va aussi à la synagogue - nous n'avons aucunement le droit d'affirmer une chose pareille. Le b.a.-ba pour commencer à se sentir relié à la Torah et aux mitsvot, c'est de comprendre que l'on ne peut pas embrasser le monde entier en un seul jour ni accomplir d'emblée tous les commandements, surtout au début du chemin. Ainsi, la première étape est de cesser les transgressions. Tu roules en voiture le Chabbat ? Décide de ne plus rouler le Chabbat.
Qu'on ne s'y méprenne pas : si une personne n'en est pas encore là, on lui dira : « Tu prends la voiture deux fois pendant Chabbat ? Ne la prends qu'une seule fois. Tu fumes tout le Chabbat ? Décide que depuis l'entrée de Chabbat jusqu'au moment de te coucher, tu ne fumes pas. » Tout ce que l'on peut sauver, on le sauve, sans pour autant légitimer en rien le fait de continuer à fumer le reste du Chabbat. Malgré tout, la consigne fondamentale pour un ba'al techouva reste : cesse d'abord de commettre des transgressions, c'est la première priorité. En revanche, pour la pratique des mitsvot, le chemin est long : fixer des moments pour l'étude de la Torah, la qualité de la prière, trois offices par jour à la synagogue, avec minyan et avec ferveur - ce sont des étapes. Au début, on lui dira : « Mets les téfilines deux minutes chez toi, récite le Chéma, pour commencer cela suffit. » « Fais le bien » s'accomplit par étapes ; mais « détourne-toi du mal » ne souffre pas d'étapes - se détourner du mal signifie cesser de mal agir, et c'est la première chose à faire.
On désire que le costume soit seyant et bien ajusté ? Il faut d'abord retirer les vêtements souillés, enlever les vieux habits, et ensuite faire le bien - c'est alors que l'action bienfaisante aura un véritable impact. Faute de quoi, que se passe-t-il ? La personne accomplit le bien, et une mitsva en entraînant une autre, un bon ange l'attire vers une mitsva supplémentaire ; mais l'instant d'après, elle commet une faute, et un mauvais ange l'entraîne vers une autre faute. Elle se retrouve comme un balancier : à droite, à gauche, le mal, le bien, le mal, le bien. Puis elle s'exclame : « Rabbi, cela fait deux mois que je ne progresse plus, six mois que je stagne ! » C'est exact : il faut d'abord faire cesser le mal, puis avancer pas à pas dans le bien. Telle est la véritable voie de la progression.
Une femme de Rosh Ha'ayin assistait depuis des années aux conférences organisées au conseil religieux local par l'association Arachim. Un jour, elle confia qu'elle essayait de se rapprocher de la pratique mais n'y parvenait pas du tout. On lui suggéra : « Pourquoi donc ? Prenez sur vous une petite mitsva, comme nétilat yadaïm le matin. » Elle répondit : « Oui, on me l'a déjà conseillé, mais je n'arrive pas à tenir. » De quoi s'étonner : qu'y a-t-il de si compliqué ? N'importe quelle personne sensée se lave le visage et les mains le matin ; qu'y a-t-il de difficile à le faire avec un récipient ? Une question vint alors à l'esprit : « Dites-moi, mangez-vous cacher ? » Elle avoua : « En vérité, non. » On lui demanda : « Que signifie pas cacher ? » Il s'avéra que ses collègues de travail se rendaient parfois dans des restaurants servant des fruits de mer, à Dieu ne plaise - le comble de l'impureté, des crustacés, insectes et autres abominations. Elle ajouta : « Je n'en raffole pas, mais... » On lui répondit : « Vous n'en raffolez pas, mais cela détruit votre âme, que Dieu nous en préserve ! » Et on lui expliqua : « Tant que vous persistez dans le mal, il n'y a aucune chance que vous ressentiez une attirance pour le bien ; et lorsqu'il s'agit d'aliments interdits, la gravité surpasse tout, car ils provoquent l'engourdissement du cœur (timtoum halev). Commencez par une chose : même si vous vous rendez dans ces endroits - car elle n'était pas prête à rompre totalement -, commandez simplement du riz. Ce riz est-il strictement cacher ? Certes non, mais au moins n'y a-t-il pas de certitude de bêtes impures, pas de certitude d'engourdissement du cœur. Prenez des aliments qui ne sont pas de façon certaine des cadavres ou des viandes impures ; commencez par là, et vous sentirez alors que vous pouvez progresser pas à pas. » Mais lorsqu'on est embourbé dans la boue et que l'on veut, tout en observant des mitsvot, ressentir une transformation intérieure, cela ne fonctionne pas. « Détourne-toi du mal et fais le bien ».
L'ouvrage Péri Tsaddik enseigne : « Détourne-toi du mal et fais le bien » - il faut d'abord chasser le mal du cœur, pour pouvoir ensuite y faire pénétrer les paroles de Torah. Cela signifie que la première étape ne concerne pas seulement les actes, mais aussi le cœur. Lorsque le cœur accumule le mal et nourrit de mauvaises pensées - qu'il s'agisse de rancœur envers autrui ou de pensées immorales -, le cœur n'est pas pur, et comment pourrait-on y faire entrer les paroles de la Torah ? Rien ne prend racine. C'est pourquoi, en premier lieu : détourne-toi du mal, retire le cœur du mal, puis fais le bien.
Cependant, il soulève une difficulté : dans les Dix Commandements, il est d'abord écrit « Je suis l'Éternel ton Dieu » - aie foi en Moi, ce qui relève de « fais le bien » - et seulement ensuite « Tu n'auras pas d'autres dieux devant Ma face », ce qui relève de « détourne-toi du mal ». Pourquoi le Saint, béni soit-Il, a-t-Il procédé à l'inverse ? Il aurait fallu faire précéder « Tu n'auras pas », c'est-à-dire se détourner du mal, puis « Je suis », c'est-à-dire faire le bien.
Le Péri Tsaddik apporte une réponse admirable : c'est précisément pourquoi le saint Zohar affirme que « Je suis » et « Tu n'auras pas » ont été prononcés en une seule parole. Que « Souviens-toi » (Zakhor) et « Garde » (Chamor) aient été énoncés en une seule parole, la Guémara nous l'enseigne ; mais le Zohar ajoute que « Je suis » et « Tu n'auras pas » ont eux aussi retenti en une seule et même parole. Et puisqu'ils ont été prononcés simultanément, le mauvais penchant a été extirpé de leur cœur tandis que les paroles de Torah s'y enracinaient, le tout en un seul instant - le « détourne-toi du mal » et le « fais le bien » se sont accomplis ensemble. L'essentiel est de ne pas placer l'action du bien avant l'abandon du mal ; or ici, tel ne fut pas le cas, car les deux survinrent à l'unisson.
Par ailleurs, cet enseignement permet d'éclairer une autre difficulté. Le peuple d'Israël déclare à Moché : « Parle, toi, avec nous et nous écouterons ; mais que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous ne mourions. » Quand ont-ils prononcé ces paroles ? Après « Je suis » et « Tu n'auras pas », car selon la tradition, ces deux premiers commandements furent entendus directement de la bouche de la Toute-Puissance divine, tandis que les huit autres furent transmis par l'intermédiaire de Moché. Or, on pouvait s'interroger : s'ils constataient qu'ils étaient incapables de recevoir la parole directement de Dieu, « de peur que ce grand feu ne nous dévore », fallait-il attendre deux commandements pour s'en rendre compte ? Dès le premier commandement, ils auraient dû s'adresser à Moché ! Mais selon le Zohar, tout s'explique : « Je suis » et « Tu n'auras pas » ayant été prononcés en une seule parole, ils ne constituaient en réalité qu'une unique énonciation. Ainsi, c'est immédiatement après cette première parole qu'ils se tournèrent vers Moché en disant : « Parle, toi, avec nous et nous écouterons ; mais que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous ne mourions. »
On explique également le sens de l'injonction : « Recherche la paix et poursuis-la ». Il est dit au sujet d'Aharon : « Sois parmi les disciples d'Aharon, aimant la paix et poursuivant la paix ». Or, l'expression « poursuivant la paix » surprend : le terme de poursuite (redifa) est généralement employé dans un sens négatif, comme lorsqu'on « poursuit quelqu'un pour le tuer ». Certes, on le trouve aussi dans un sens positif, comme dans « poursuivons la connaissance de l'Éternel », mais la formule « poursuivant la paix » demeure étonnante : n'aurait-il pas été plus naturel de dire « aimant la paix et courant après la paix » ?
On rapporte au nom du 'Hafets 'Haïm : on est venu nous enseigner que parfois, l'homme doit pourchasser la paix jusqu'à l'anéantir. Quand donc ? Lorsqu'il s'agit d'une paix avec les impies. Quelqu'un s'avance et affirme : « Regardez, nous avons fait la paix avec un tel et un tel, et désormais nous sommes unis ; la synagogue sera partagée entre les offices réformés et orthodoxes, il y a de la place pour tout le monde dans nos cœurs, nous sommes tous juifs, le Saint, béni soit-Il, aime la paix, et nul réceptacle ne contient autant la bénédiction que la paix » - et l'éloge de la paix est sur toutes leurs lèvres. C'est à ce propos qu'il est écrit : « Je suis paix, mais dès que je parle, eux sont pour la guerre ». Mon cher monsieur, vous croyez que c'est cela la paix ? C'est une guerre. Sachez bien qu'avec ces personnes-là, on ne fait pas de paix ; bien au contraire, il faut lutter contre elles. Comme l'affirme le roi David : « Ne dois-je pas haïr ceux qui Te haïssent, Éternel, et prendre en dégoût ceux qui s'élèvent contre Toi ? D'une haine totale je les hais, ils sont devenus pour moi des ennemis ». Et si l'on disait à David : « Fais la paix avec eux, pourquoi te montres-tu si intransigeant envers eux ? » - Non et non ! Il est des gens avec qui l'on ne doit faire aucune paix, et lorsque d'aucuns cherchent à instaurer une telle paix, il faut la traquer pour l'annihiler.
Tel est donc le sens profond de « Recherche la paix et poursuis-la » : en règle générale, la Torah exige que tu recherches la paix, mais il arrive des moments où il faut pourchasser et briser cette paix plutôt que de la conclure. Et Aaron possédait la sagesse de savoir quand être « ami de la paix » et quand être « poursuivant de la paix » - quand pourchasser la paix afin de l'écarter, dès lors qu'elle ne peut que causer du tort.
Le roi David ouvre son propos par une déclaration qui prend le contre-pied de toutes les voies d'ascétisme et de réclusion : « Quel est l'homme qui désire la vie, qui aime les jours pour voir le bien ? » - la Torah ne demande pas de rejeter la vie ni ses bienfaits, mais de vivre au sein de la société et d'y sanctifier sa conduite. Et de quelle manière ? « Préserve ta langue du mal » - de la médisance, « et tes lèvres des paroles trompeuses » - des discours superficiels en contradiction avec la sincérité du cœur. Il ne suffit pas de s'en tenir à une passivité vertueuse, mais « Détourne-toi du mal et fais le bien » : il faut d'abord extirper le mal, tant dans l'action que dans le cœur, et c'est seulement ensuite que l'action bienfaisante pourra s'enraciner ; or, il n'est de véritable bien que la Torah, par laquelle l'homme devient le plus grand bienfaiteur pour le monde entier. Enfin, « Recherche la paix et poursuis-la » : reste uni à tes semblables et recherche la paix avec eux, sans pour autant t'assimiler à leurs dérives ni t'exposer à l'épreuve, et sans commettre l'erreur de chercher une prétendue « paix » avec ceux avec qui aucune paix ne saurait exister.