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Psaume 32 - Confession et pardon de la faute - Deuxième partie

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Introduction : De la confession à la délivrance

Dans cette partie du chapitre, nous poursuivons selon la ligne directrice tracée par le Malbim : l'épreuve des trois années de sécheresse, sans la moindre pluie, le jeûne et la confession (vidouy) accomplis à cette époque, ainsi que la délivrance qui s'ensuivit aussitôt. À partir de là, David HaMélekh continue de nous enseigner de grands principes dans le service divin : la puissance de la confession, la reconnaissance pour le bien que nous ne percevons pas, la maîtrise de l'homme sur le cheval et le cavalier qui sont en lui, et la confiance en Hachem qui transforme toute souffrance en bonté.

La confession qui apporta la délivrance

חַטָּאתִי אוֹדִיעֲךָ וַעֲוֺנִי לֹא־כִסִּיתִי אָמַרְתִּי אוֹדֶה עֲלֵי פְשָׁעַי לַיהֹוָה וְאַתָּה נָשָׂאתָ עֲוֺן חַטָּאתִי סֶלָה׃ (ה) - Je T'ai fait connaître ma faute, et mon iniquité je ne l'ai pas dissimulée ; j'ai dit : « Je confesserai mes transgressions à Hachem », et Toi, Tu as pardonné l'iniquité de ma faute, Séla !

Le Malbim explique : dès l'instant où j'ai accepté de faire connaître ma faute, c'est-à-dire où j'étais prêt à avouer et non à dissimuler, sans cacher mon iniquité, la délivrance est venue immédiatement. « J'ai dit : Je confesserai mes transgressions à Hachem » - et à cet instant précis, « Tu as pardonné l'iniquité de ma faute », et la pluie est tombée. Voilà la preuve que la confession est efficace et qu'elle apaise la colère divine. Quant au mot « Séla », selon l'explication habituelle du Malbim, il indique que ce sujet est ici clos, et qu'à partir de ce point, David passe à un autre thème, relié au premier mais distinct.

Le Sforno précise à quel moment exact cela s'est produit : dès l'instant où David a dit au prophète Nathan « J'ai fauté ». Contrairement à Shaoul, qui tenta de rejeter la faute sur le peuple en se justifiant : « nous l'avons amené pour l'offrir en sacrifice à Hachem ton D.ieu » - David s'est aussitôt écrié « J'ai fauté », et le prophète lui a répondu sur-le-champ : « Hachem a Lui aussi fait passer ta faute, tu ne mourras point ». C'est à cet instant précis qu'Hachem a pardonné l'iniquité de sa faute.

« Je confesserai mes transgressions » - et Toi, Tu porteras le plus léger

Une autre explication de ce verset : « J'ai dit : Je confesserai mes transgressions à Hachem » - je me suis dit en mon cœur que je confessais les rébellions délibérées (pecha'im), les plus graves d'entre toutes. « Et Toi, Tu as pardonné l'iniquité de ma faute, Séla » - et je compte sur Toi pour pardonner les iniquités et les fautes par inadvertance, qui sont plus légères que la rébellion. C'est-à-dire : j'ai la force d'agir et de faire techouva sur les actes les plus lourds que j'ai commis, et pour ce qui est des fautes plus légères, j'ai confiance que le Maître du monde m'accordera Son pardon.

Sur un ton ingénieux, l'auteur du « Me'am Loez » cite le principe talmudique de « Kam lé bidraba miné » : celui qui est passible de deux peines encourt la plus sévère, et se trouve par là même dispensé de la plus légère. Certes, devant le tribunal céleste, il n'en va pas ainsi, mais par allusion, on peut dire : puisque je confesse les transgressions les plus graves, Tu me pardonneras par là même l'iniquité ainsi que les fautes plus légères. « Kam lé bidraba miné » signifie littéralement : applique-lui la plus lourde des deux.

À ce propos, on raconte qu'un jour, le 'Hazon Ich faisait passer un examen à la yéchiva Tiféret Tsion, et demanda à l'un des élèves quelle était la signification de « Kam lé bidraba miné ». Cet élève n'était pas parmi les plus assidus ; il réfléchit quelques secondes et répondit : cela veut dire que lorsqu'une grande personnalité entre, il faut se lever devant elle - « Kam lé », se lever, « bidraba miné », devant plus grand que soi ! On raconte que le 'Hazon Ich sourit et dit au maître : étudier, il ne l'a pas fait, mais on voit qu'il est d'une grande vivacité d'esprit. En effet, inventer en un instant une interprétation inédite à une parole de nos Sages, cela dénote un vrai talent.

« Au moment propice » - Le flot qui sauva

עַל־זֹאת יִתְפַּלֵּל כׇּל־חָסִיד אֵלֶיךָ לְעֵת מְצֹא רַק לְשֵׁטֶף מַיִם רַבִּים אֵלָיו לֹא יַגִּיעוּ׃ (ו) - C'est pourquoi tout homme pieux Te priera au moment propice ; quand même de grandes eaux déborderaient en torrent, elles ne l'atteindront pas.

Le Malbim rattache le verset à la pluie qui est tombée, un torrent d'eaux abondantes et une pluie de bénédiction pour Israël. En temps normal, "au moment de la trouvaille" - lorsqu'on rencontre des eaux nombreuses et déferlantes - le fidèle prie pour que ces eaux ne l'atteignent pas, car les eaux emportent tout. Mais ici, ce fut l'inverse.

אַתָּה סֵתֶר לִי מִצַּר תִּצְּרֵנִי רׇנֵּי פַלֵּט תְּסוֹבְבֵנִי סֶלָה׃ (ז) - Tu es un abri pour moi, de l'oppresseur tu me protèges, de chants de délivrance tu m'entoures, sélah.

Le Malbim explique : ici au contraire, c'est par le torrent lui-même qu'est venu le salut, et c'est pourquoi le fidèle n'a pas besoin de prier pour que le torrent ne l'atteigne pas, car ce torrent était bon pour lui. Grâce au torrent, "de l'oppresseur tu me protèges" - tu m'as gardé de l'oppresseur et de l'ennemi, comme nous l'avons vu plus haut, où le torrent de pluies empêcha les ennemis de venir jusqu'à moi. Et par cela, "de chants de délivrance tu m'entoures" - c'est comme si tout un camp de gens chantant et se réjouissant de la délivrance et du salut face à l'ennemi m'entourait. Les eaux m'ont entouré afin de me délivrer de tout oppresseur, et voici ici chant et joie d'avoir échappé à la main des ennemis : lorsqu'ils virent une pluie et une inondation aussi grandes, ils ne sortirent pas pour me nuire.

Rachi explique d'une autre manière : "au moment de la trouvaille" - lorsque tu te laisses trouver pour recevoir sa prière, au moment où le Saint béni soit-Il se trouve disponible pour recevoir la prière. Et en effet, il y a des moments plus propices, comme il est écrit "Cherchez l'Éternel pendant qu'il se laisse trouver, invoquez-le tandis qu'il est proche", et nos Sages ont enseigné qu'il s'agit des dix jours de pénitence. Et que priera-t-il ? "Seulement que le torrent d'eaux nombreuses ne l'atteigne pas" - et le torrent d'eaux nombreuses, ce sont les nations. Les nations furent comparées à une mer déchaînée, considérées "comme une goutte au seau" et comme une gouttelette, et les eaux expriment la matérialité. C'est pourquoi le fidèle prie pour que le torrent des nations ne l'atteigne pas et ne lui fasse pas de mal. Ainsi trouvons-nous que David pria : "Que je tombe donc dans la main de l'Éternel, car sa miséricorde est grande, mais que je ne tombe pas dans la main de l'homme" - le torrent des nations est le plus dangereux, car elles nuisent sans pitié ; et si je dois de toute façon subir un dommage, mieux vaut qu'il vienne de la main de l'Éternel que de la main de nations sans miséricorde.

Les interprétations du Midrach sur "au moment de la trouvaille"

Le Midrach Rabba interprète "au moment de la trouvaille" à propos de nombreux sujets où figure une expression de trouvaille, et sur tous le fidèle prie : "au moment de l'écoulement du jour" - on peut expliquer l'écoulement du jour comme la vie de l'homme, et on peut l'expliquer comme l'heure de la nuit, pour qu'il ne subisse pas de mal la nuit ; "au moment de l'exercice du jugement" - que l'homme prie dès aujourd'hui pour que le Saint béni soit-Il n'exerce pas contre lui la rigueur du jugement là-haut ; "au moment de la sortie de l'âme" - c'est l'heure du décès ; "au moment de l'établissement des comptes" - lorsque vient l'étape de rendre compte. Et le Tanhouma dit : "au moment de la trouvaille", c'est la vieillesse. Et pour chacun d'eux, le Midrach apporte une preuve d'un verset où figure une expression de trouvaille.

Et le Midrach dit : l'homme doit prier pour sa vieillesse, pour que ses yeux voient, que sa bouche mange et que ses jambes marchent. Et pourquoi faut-il insister là-dessus ? Parce que tout ce que nous possédons déjà, nous ne ressentons pas le besoin d'en remercier, et cela nous paraît aller de soi. Vient alors le Midrach dire : non, prie pour cela. Aujourd'hui tu manges sans problème d'appétit, et peut-être même au contraire, il y a du surplus - mais il y a un stade où l'homme dépérit et se ratatine, il n'a pas d'appétit et ne mange pas. Il y a une situation où l'homme ne peut plus marcher sur ses jambes et a besoin d'un fauteuil roulant, et une situation où la lumière de ses yeux s'est éteinte. Que l'Éternel nous en préserve - et sur tout cela il faut prier dès maintenant, pour que lorsque nous atteindrons la vieillesse, nos yeux voient, notre bouche mange et nos jambes marchent.

"Au moment de la trouvaille, c'est l'épouse"

Nos Sages font une interprétation célèbre : "au moment de la trouvaille", c'est l'épouse, comme il est dit "celui qui a trouvé une épouse a trouvé le bien". Tout fidèle prie pour mériter, au moment où il trouve une épouse, une bonne épouse, car sinon, à Dieu ne plaise, l'épouse elle-même risque de devenir un "torrent d'eaux nombreuses" pour lequel il faut prier qu'il ne l'atteigne pas.

On peut expliquer le "torrent d'eaux nombreuses" en deux sens. Le premier : lorsqu'il a trouvé une épouse vertueuse, grâce à elle "le torrent d'eaux nombreuses ne l'atteindra pas" - les désirs ne l'emporteront pas, car son épouse le préserve de la faute, comme nous l'avons mentionné au début du chapitre. Et le second : le roi Salomon a comparé la mauvaise épouse à "une gouttière qui coule sans cesse par jour de pluie". Comme un homme assis chez lui avec une gouttière qui goutte sur le toit tic-tac-tic sans arrêt - de quoi devenir fou. Il existe même un supplice chinois où l'on rase la tête d'un homme et où l'on suspend au-dessus de lui un seau qui goutte sur lui goutte après goutte, ce qui le rend fou. C'est pourquoi Salomon a dit "mieux vaut habiter au coin d'un toit qu'avec une femme querelleuse" - mieux vaut pour l'homme se construire un coin sur le toit et s'y asseoir. Et sur cela le fidèle prie "au moment de la trouvaille", pour que le torrent d'eaux nombreuses ne l'atteigne pas.

Et j'ai vu dans les commentaires sur le recueil de responsa "Afarkasta deʿanya" une belle explication : pourquoi est-il dit "au moment de la trouvaille" et non simplement "la trouvaille" ? On pourrait dire qu'il faut trouver l'épouse au moment approprié - car si tu as trouvé la meilleure épouse à quarante ans alors qu'elle en a trente-neuf, ce n'est pas exactement "au moment de la trouvaille" ; il convient que ce soit à un moment où vous êtes jeunes et où la vie est devant vous. Mais il explique autrement : l'homme doit fixer des moments pour l'étude de la Torah, et le "moment" désigne le temps que l'homme réserve à la Torah. Et celui qui cherche à épouser une femme, l'un des critères centraux doit être qu'elle lui permette d'étudier la Torah, qu'elle l'envoie à la maison d'étude et s'occupe de tout le nécessaire afin qu'il puisse se consacrer à la Torah. Et c'est cela "au moment de la trouvaille" - qu'il trouve le "moment" grâce à l'épouse. Et c'est cela "celui qui a trouvé une épouse a trouvé le bien", et le bien n'est autre que la Torah. Car il se peut qu'il trouve une épouse et dise : elle est merveilleuse, mais je n'ai pas le temps d'étudier ; toute la journée "j'ai besoin de toi", va faire les courses, fais ceci, surveille les enfants - et cela n'est pas le bien.

On raconte au sujet de l'un des grands d'Israël, il me semble Rabbi Zouché, qu'à sa jeunesse, après s'être marié, il rentrait chez lui et trouvait qu'il n'y avait pas de nourriture, la maison n'était pas rangée et la lessive n'était pas faite. Il demanda : que s'est-il passé ? Et il vit son épouse assise avec le livre des Tehilim. Elle lui dit : je n'ai pas eu le temps. Je me suis levée le matin, j'ai prié Cha'harit, puis les Maʿamadot, puis le Chir Hachirim, puis le Tséna Ourééna, puis les Tehilim du jour. Il s'avère qu'elle a étudié toute la journée entière, mais la maison était sens dessus dessous comme le bouleversement de Sodome et Gomorrhe. Il dit : maintenant je comprends l'interprétation de nos Sages sur "je lui ferai une aide qui lui corresponde" - s'il l'a mérité, elle est une aide, s'il ne l'a pas mérité, elle est contre lui. La compréhension simple est que tout ce que tu fais, elle veut le contraire, toujours contre. Mais on peut expliquer : s'il l'a mérité - tu vas au kolel et elle range la maison, nettoie et prépare tout le nécessaire. S'il ne l'a pas mérité - littéralement "contre lui" : tu es assis et tu étudies, elle aussi étudie ; tu pries, elle aussi prie. Et c'est cela "ne l'a pas mérité", car j'ai besoin qu'elle prépare la maison et qu'elle soit rangée, et par cela je pourrai me consacrer à la Torah.

La reconnaissance pour ce qui n'a pas eu lieu

L'Alshikh propose une explication admirable du verset « Tu es un abri pour moi, de l'angoisse Tu me préserveras ». Certains ne louent Hachem que lorsqu'un malheur s'abat sur eux et qu'ils en réchappent : alors ils expriment leur gratitude, organisent un repas d'action de grâce (séoudat hodayah) et disent : voilà, une catastrophe a failli arriver et le Saint, béni soit-Il, m'a sauvé. Par exemple, si un homme se rend dans un pays lointain, que des brigands armés d'épées et de lances l'assaillent et qu'il échappe à leurs coups, il rendra grâce à Hachem et sa bouche sera pleine de Ses louanges. Mais s'il chemine sur la route et que ce jour-là, ni brigand, ni force destructrice, ni aucun mauvais coup du sort ne l'atteint, et que tout se passe pour le mieux - si on lui dit : remercie Hachem, il répondra : remercier ? Pourquoi donc ? Il y a un mois, j'ai déjà rendu grâce : il y avait des bandits sur la route, et il n'y avait qu'un pas entre moi et la mort ; mais aujourd'hui, la route était dégagée, la circulation fluide et il n'y a eu aucun problème.

Pourtant, la logique voudrait exactement le contraire : c'est précisément là qu'il faudrait remercier doublement. En effet, la fois précédente, on s'est trouvé en péril, à un cheveu de la mort, et l'on n'a été sauvé qu'au terme du danger ; tandis qu'aujourd'hui, on ne s'est trouvé dans aucune situation de péril, tout s'est déroulé paisiblement et il n'y a pas eu la moindre menace sur sa vie - car le Saint, béni soit-Il, a écarté les ennemis bien en amont et a fait en sorte qu'ils ne se manifestent même pas.

C'est à ce propos que nous disons : « Louez Hachem, vous toutes, nations ; célébrez-Le, vous tous, peuples... car Sa bienveillance s'est accrue sur nous ». Tout le monde s'interroge : pourquoi les nations Le loueraient-elles ? Et pourquoi Le loueraient-elles au motif que Sa bonté s'est accrue envers Israël ? La réponse est magnifique : il existe une multitude de catastrophes et d'angoisses dont nous n'avons même pas conscience ! Ce qui était planifié, les desseins qu'ils nourrissaient, les attentats qui ont failli être perpétrés - nous n'en avons pas la moindre idée. Il y a certes des complots que les services de sécurité parviennent à déjouer, et c'est aussi un effet de la grâce divine, car si Hachem ne le voulait pas - que Dieu préserve - il y aurait des drames et des attentats, mais lorsqu'Il le veut, Il leur donne le moyen de démanteler une cellule ennemie. Mais combien d'attentats ont avorté sans même que les services de sécurité ne s'en aperçoivent ? Toutes sortes d'imprévus chez les terroristes, un engin qui explose entre leurs propres mains - sans que personne n'en sache rien. Qui le sait ? L'ennemi seul. C'est en cela que la nation ennemie louera Hachem, car elle seule sait quels projets elle voulait exécuter et comment, au bout du compte, Hachem nous en a préservés.

Il s'ensuit que sur le fait que tout aille pour le mieux et qu'aucun malheur ne surgisse dès le départ, l'homme doit rendre grâce bien davantage que pour avoir été tiré d'une détresse. Un jour, un homme d'une quarantaine d'années vint trouver un rabbin pour lui poser une question : « Monsieur le rabbin, grâce à Hachem, une fille vient de me naître, et l'on me dit qu'il faut faire un kiddouch. Chez les Ashkénazes, la coutume veut qu'à la naissance d'une fille, on organise un kiddouch le Chabbat matin, avec du kugel, selon l'usage ». Le rabbin demanda : « Et quelle est votre question ? » Il répondit : « C'est déjà mon huitième enfant, et ce n'est pas une obligation absolue, même selon la coutume ashkénaze ; on le fait volontiers pour le premier, avec enthousiasme ». Le rabbin lui dit : « Permettez-moi de vous poser une question. Si cette fille vous naissait aujourd'hui, à quarante ans, et qu'elle était votre première, auriez-vous fait un kiddouch ? » L'homme répondit : « Quelle question ! Après vingt ans d'attente pour avoir un enfant, c'est évident, et pas seulement à la synagogue, mais dans une salle de fête ! » Le rabbin lui dit : « Dans ce cas, raisonnons par a fortiori (kal va'homer) : si le Saint, béni soit-Il, vous en a déjà accordé sept, que tout s'est déroulé pour le mieux et que vous avez mérité un foyer comblé d'enfants, ne devez-vous pas d'autant plus Lui rendre grâce ? Si pour le premier enfant vous auriez remercié, pourquoi ne verriez-vous pas la nécessité de remercier pour le huitième ? Bien au contraire, c'est encore plus vrai, car jusqu'à présent Hachem m'a donné une maison pleine de fils et de filles, et tout s'est passé normalement, sans traitements médicaux ni obstacles ».

Et c'est ce qu'enseigne l'Alshikh : à plus forte raison doit-on rendre grâce lorsqu'on a suivi sa route sans que rien ne se produise. C'est à ce sujet qu'il est dit : « À Celui qui accomplit seul de grandes merveilles », ce dont nos Sages ont déduit que « le bénéficiaire du miracle ne reconnaît pas son propre miracle » - à l'image de ces périls dont seul l'ennemi connaît la trame. Qui a accompli ces merveilles ? Hachem seul, et l'homme n'en saura jamais rien, le rescapé lui-même n'en ayant aucune idée. Dès lors, David s'adresse à Dieu : Maître du monde, « Tu es un abri (seter) pour moi » - c'est caché (nistar) à mes yeux, je ne vois pas celui qui me tourmente, et c'est pourquoi je T'implore : « préserve-moi (titsréni) », selon cette seconde manière : garde-moi de l'ennemi (tsar), afin qu'il ne s'approche pas de moi et que je n'aie même pas à le voir. Et si l'on objectait : cela est moins avantageux, car n'ayant pas vu l'ennemi ni vécu de sauvetage manifeste, tu ne ressentiras pas le besoin de remercier ? David répond : je n'ai aucune inquiétude, car je rendrai pleine grâce à Hachem : « Tu m'entoureras de chants de délivrance, Séla ! » Je chanterai comme si Tu m'avais sauvé et délivré d'un ennemi bien tangible. Je Te remercierai, Maître du monde, comme si j'avais lutté contre l'adversaire et en étais sorti vainqueur. C'est pourquoi je préfère « de l'angoisse Tu me préserveras », afin de ne point voir l'oppresseur et d'ignorer qu'il y eut un quelconque péril, tout en Te louant comme si Tu m'avais délivré d'une épreuve effective.

Selon ce même principe, on peut également considérer les épreuves du mauvais penchant. Parfois, l'homme est confronté à une épreuve et à un combat intérieur, et il en triomphe ; parfois, le Saint, béni soit-Il, le préserve en amont de cette tentation et ne l'amène même pas à devoir lutter. David déclare : je préfère cette seconde voie, que Tu ne me confrontes pas à l'épreuve, comme nous prions chaque jour : « Ne nous soumets pas à l'épreuve ni à la honte » - et je Te remercierai comme si Tu m'avais mis à l'épreuve et que j'avais réussi à en sortir vainqueur. Ainsi, le verset s'applique aussi bien à l'ennemi matériel qu'à l'ennemi spirituel, qui est le mauvais penchant (yetser hara).

Mieux vaut l'instruction que les souffrances

אַשְׂכִּילְךָ וְאוֹרְךָ בְּדֶרֶךְ־זוּ תֵלֵךְ אִיעֲצָה עָלֶיךָ עֵינִי׃ (ח) - Je t'instruirai et t'enseignerai le chemin où tu dois marcher ; Je te guiderai, Mon œil veillant sur toi.

D'après le raisonnement du Malbim, selon lequel toute cette section traite de ceux qui ont pris conscience de leurs fautes, les ont d'abord dissimulées puis ont fait téchouvah, David déclare : dès lors, il vaut bien mieux pour l'homme de ne pas attendre qu'Hachem le frappe pour se repentir. Faut-il donc trois années de famine pour se réveiller ? Mieux vaut s'éveiller auparavant, et ne pas ressembler au cheval ou à l'âne qui s'écartent du chemin et ne comprennent leur erreur qu'après avoir essuyé de rudes coups, pour alors seulement rectifier leur marche. Il vaut bien mieux que s'applique « Je t'instruirai et t'enseignerai le chemin où tu dois marcher » - qu'Hachem nous amène, par la voie de l'entendement, à discerner le droit chemin, plutôt que par le biais des châtiments, où nous nous égarerions et aurions besoin de souffrances pour comprendre que notre voie est mauvaise.

Quant à l'expression « Je te guiderai de Mon œil (i'atsah alékha éïni) », deux explications sont avancées. Le Malbim, ainsi que Rachi, l'expliquent par l'idée d'un clin d'œil : tel un homme qui ferme un instant la paupière pour faire un signe discret à son compagnon. C'est-à-dire : qu'il me suffise qu'Hachem m'avertisse par une simple allusion du regard, sans que j'aie besoin de recevoir des coups pour me reprendre. Le Radak, en revanche, l'interprète dans le sens de conseil : je te donne un conseil fondé sur ce que j'ai vu de mes propres yeux et expérimenté moi-même. Et qui parle ainsi ? C'est David. Or, nos Sages enseignent que David n'a fauté que pour montrer la voie aux pénitents ; il dit donc : je peux te conseiller d'après ma propre expérience, car lorsqu'un homme faute et revient vers Hachem par la téchouvah, Il lui pardonne - accepte de moi ce conseil.

Ne soyez pas comme le cheval et le mulet

אַל־תִּהְיוּ כְּסוּס כְּפֶרֶד אֵין הָבִין בְּמֶתֶג־וָרֶסֶן עֶדְיוֹ לִבְלוֹם בַּל קְרֹב אֵלֶיךָ׃ (ט) - Ne soyez pas comme un cheval, comme un mulet sans intelligence, qu'il faut freiner par le mors et le frein, sa parure, pour qu'il ne s'approche pas de toi.

L'Ibn Ezra explique : ne soyez pas comme un cheval qui a besoin du mors et du frein, ces pièces de harnais fixées à sa tête pour le freiner et l'empêcher de s'élancer au galop. Selon son commentaire, « 'edyo » désigne ses joues. D'autres expliquent « 'edyo » par sa bouche ; d'autres y voient le sens de parure, de bijou ; d'autres encore le rattachent à la notion de retrait ou de détournement, comme dans « lo ta'adeh mineh » ou « ma'adeh begued » (qui retire un vêtement). Examinons à présent ces différentes explications.

L'Ibn Ezra ajoute : « pour qu'il ne s'approche pas de toi » - il faut retenir le cheval afin qu'il ne s'approche pas de toi et ne te blesse pas. Dans une seconde explication : « pour qu'il ne s'approche pas de toi » est un avertissement adressé à l'homme, afin que ce trait de caractère ne se trouve pas en toi et qu'une telle attitude ne t'approche pas - que tu ne te conduises pas comme un cheval.

Le Radak explique : ne soyez pas comme une bête, car l'animal ne sait pas s'il nuit ou s'il fait du bien, étant dépourvu d'entendement ; c'est pourquoi il faut le maîtriser par le mors et le frein afin qu'il ne s'approche pas pour mordre. Et puisqu'il n'a pas d'intelligence, on ne peut le réprimander par des paroles ni lui faire de reproches. Mais vous, ne soyez pas ainsi : lorsqu'on s'adresse à vous, recevez le message et détournez-vous de votre mauvaise voie. Et pourquoi mentionner précisément le cheval et le mulet ? Parce que ce sont des animaux que l'on peut diriger, que l'on monte et que l'on guide sur le chemin. Regardez donc : ils ont besoin d'une autorité extérieure pour les arrêter et prévenir tout dommage, alors que vous possédez en vous-mêmes la faculté de vous contrôler, et vous êtes capables de vous freiner sans qu'une force extérieure n'ait à intervenir.

Le Malbim suit également cette voie : ne soyez pas comme le cheval et le mulet, auxquels il faut un mors et un frein pour indiquer le chemin. Le mors et le frein sont fixés des deux côtés de la tête du cheval et reliés à sa bouche ; si le cavalier tire sur la rêne droite, le cheval tourne à droite, s'il tire sur la gauche, il tourne à gauche. C'était le volant de l'époque ! Et « 'edyo livlom », selon le Malbim, dérive de la notion d'écartement : pour que le cheval ne s'écarte pas de la route, il faut le retenir avec le mors et le frein, et de même le freiner « pour qu'il ne s'approche pas de toi », afin qu'il ne s'approche pas pour te nuire. Mais toi, un simple clignement d'œil te suffit : « Je te conseillerai, Mon œil sur toi », « Je t'instruirai et te montrerai la voie » ; la réflexion de l'esprit te suffit, et tu n'as besoin ni d'épreuves ni de mors ou de frein pour te redresser.

Le cheval et le cavalier en l'homme

Le Malbim souligne que l'exemple du cheval n'a pas été choisi au hasard, car l'homme lui-même est composé, selon l'expression des anciens, d'un cheval et d'un cavalier : sa part matérielle est l'aspect animal, le cheval, et sa dimension spirituelle est la néchama. Nous avons déjà mentionné que, face au conflit entre le cheval et le cavalier, le christianisme a « résolu » le problème en tuant le cheval. Il affirme qu'il est impossible de vivre en paix et en harmonie, et que si l'on veut servir Dieu, il faut se faire moine, ne pas se marier, ne pas avoir d'enfants, vivre reclus dans un monastère et se couper des affaires de ce monde. Et nous savons tous à quel point ils ont réussi à tuer le cheval : d'un côté un monastère d'hommes, de l'autre un couvent de femmes, et au milieu un orphelinat dont personne ne sait d'où viennent les enfants...

Il s'avère donc qu'on ne peut pas tuer le cheval ; ce cheval rue et mord. Que fait alors la Torah ? Elle donne des rênes au cavalier. Le cheval galope, mais dans la direction que nous lui imposons. La Torah ne dit pas : n'épouse pas de femme, mais au contraire : prends femme et vis avec elle dans la sainteté. Elle ne dit pas : ne fais pas de commerce, mais : fais des affaires et possède même des biens - Rabbi Yehouda HaNassi possédait d'immenses richesses - pourvu que tout soit conforme au Choul'han Aroukh, selon la halakha et ses limites. La Torah ne demande jamais à l'homme de détruire son corps. Il faut manger. Le Rav Elyashiv témoignait lui-même n'avoir jamais manqué un repas à l'heure ni une heure de sommeil. Un matmid n'est pas celui qui étudie des heures durant sans discontinuer, mais celui dont le temps est ordonné et mesuré : soixante minutes par heure il étudie, soixante secondes par minute il étudie, mais quand vient l'heure de manger, il mange, et quand vient l'heure de dormir, il dort. Devient-on un matmid en sautant des repas ? Le matmid de notre génération a témoigné n'avoir jamais sauté un repas, car au moment voulu, il faut manger. On ne peut pas tuer le corps, et il a besoin de sa part - simplement, il faut la lui donner selon les préceptes de la Torah, pour qu'il ne se laisse pas entraîner par les désirs. Et lorsqu'il mangeait, il ne mangeait pas des steaks mais ce qui était nécessaire ; non pas qu'il y ait une faute à manger un steak, mais il faut comprendre que le corps réclame son dû et qu'il faut assurer sa subsistance.

C'est ce que nous enseigne le verset : puisque l'homme porte en lui ces deux dimensions, le cheval et le cavalier, il faut que le cavalier - la néchama - guide le cheval, et que le corps agisse selon ses directives. Et lorsque le cheval désobéit à son cavalier, que le corps est attiré par les passions, la néchama doit le brider avec le mors et le frein, l'arrêter et ne pas le laisser courir après ses désirs. Parfois, on donne un coup de fouet pour stopper le cheval ; de même châtie-t-on le corps, comme il est dit : « Corrige ton fils, et il te procurera le repos ». Si tu freines les désirs du corps, tu prends le contrôle sur lui ; mais si tu ne les freines pas, la Guémara nous prévient : « Il y a un petit membre en l'homme : si on le rassasie, il a faim ; si on l'affame, il est rassasié » - plus on cède aux passions, plus elles nous attirent. Tu laisses un peu de liberté au cheval, et soudain il te décoche une ruade magistrale, prend le pouvoir, et tu as perdu le contrôle, la situation t'échappe complètement. C'est pourquoi l'homme ne doit pas être comme le cheval et le mulet, il ne doit pas laisser le cheval prendre le dessus, mais c'est lui qui doit dominer le cheval et le gouverner.

Il s'ensuit également que si des épreuves surviennent, l'homme doit comprendre qu'elles sont pour son bien : de même que les corrections infligées au cheval visent à redonner le contrôle au cavalier, de même lorsque le Saint, béni soit-Il, envoie des épreuves, c'est le corps qu'Il éprouve, dans le but d'élever l'âme. La part spirituelle en l'homme mérite ainsi l'expiation des fautes et prend conscience de la nature éphémère du corps et de l'inutilité de s'investir dans les futilités de ce monde. Tout cela amène l'homme à s'attacher à Lui, qu'Il soit béni.

Rabbi 'Haïm ben Attar explique : « Ne soyez pas comme un cheval, comme un mulet » - le cheval et le mulet s'imaginent que le mors et le frein constituent « 'edyo », une parure, un bijou. Pourquoi m'a-t-on mis cela ? Mon maître voulait sans doute m'embellir et m'a offert un ornement ! Le verset réplique : quelle erreur ! Le cheval reste un cheval, mais vous, ne soyez pas comme lui ; vous devez comprendre que cela est fait pour freiner, pour l'empêcher de s'approcher et de nuire. Autrement dit, tout ce que le Saint, béni soit-Il, inflige à l'homme en ce monde pour le freiner dans ses plaisirs et ses passions n'a d'autre but que de lui faire rectifier ses voies et ses conduites, afin que le corps ne se déchaîne pas et n'agisse pas à sa guise.

L'auteur du Toldot Yaakov Yossef rapporte cette célèbre explication : « comme un mulet (pérèd) sans intelligence » - les kabbalistes disent qu'il s'agit de celui qui étudie le Pchat, le Remez et le Drach, sans le Sod. La Torah possède le PaRDeS : Pchat, Remez, Drach, Sod. Celui qui n'étudie que le Pchat, le Remez et le Drach reste un « PéReD » (mulet), et il est « sans intelligence », car il ne comprend pas véritablement la conduite du Saint, béni soit-Il, dans Son monde, et seul celui qui approfondit la dimension secrète peut en saisir l'intériorité. Et quelqu'un remarquait un jour avec humour : le mot complet est Pardès, alors pourquoi les Juifs originaires des communautés d'Orient sont-ils appelés « Sfarad » et non « Pardès » ? C'est que certains d'entre eux commencent par le Sod avant même d'avoir étudié le Pchat, le Remez et le Drach ; aussitôt, ils commencent à vous citer ce que dit le Zohar. Et vous leur demandez : as-tu étudié la Guémara ? As-tu fini le Chass ? Le Michna Beroura ? Connais-tu la halakha ? Mais lui est déjà plongé dans les secrets ! C'est cela « S-P-R-D » : d'abord le Sod, et ensuite le Pchat, le Remez et le Drach.

Nombreuses sont les douleurs du méchant

רַבִּים מַכְאוֹבִים לָרָשָׁע וְהַבּוֹטֵחַ בַּיהֹוָה חֶסֶד יְסוֹבְבֶנּוּ׃ (י) - Nombreuses sont les douleurs pour le méchant, mais celui qui a confiance en Hachem, la bienveillance l'entoure. (10)

Ibn Ezra rapporte au nom de Rabbi Moché : celui qui ne marche pas dans le droit chemin est appelé « méchant », et c'est pourquoi ses douleurs sont nombreuses - car celui qui s'engage sur un chemin semé d'embûches trébuche, reçoit des coups et subit des dommages. Et telle est la réalité. Regardez bien : dans ce monde, certains semblent profiter, faire la fête et mener une vie agréable, mais cette fenêtre d'opportunité est très courte, entre dix et quinze ans seulement : de quinze ou dix-sept ans jusqu'au début de la trentaine. Ensuite, l'homme commence à comprendre que toutes ces fêtes ne mènent à rien ; quand va-t-il se marier, quand aura-t-il des enfants ? Il se marie alors vers quarante ans, commence à fonder une famille, et lorsqu'il a soixante ans, son fils n'en a que vingt ; à soixante-cinq ans, son fils commence à peine à penser au mariage - et où sont les petits-enfants ? Quand aura-t-il le temps de les voir grandir ? En revanche, lorsque l'on vit selon la Torah, même si l'on donne l'impression de se restreindre, de ne pas courir les fêtes et de ne pas faire tout ce qui nous passe par la tête, au moment où cet autre aura peut-être le mérite de voir un petit-fils, vous mariez déjà vos petits-enfants. Vous avez une maison remplie de fils et de filles, de fêtes, de réjouissances et de vie familiale, tandis que l'autre cherche encore son chidoukh. Il s'avère donc que celui qui cherche les plaisirs de ce monde ne dispose que de dix ou quinze ans où il s'imagine jouir de la vie, au gré de pulsions éphémères ; mais quiconque observe l'ensemble d'une existence voit bien qui en profite réellement. Le Saint, béni soit-Il, ne laisse pas les choses aller mal ici-bas pour celui qui marche dans Ses voies ; c'est exactement l'inverse : celui qui suit la voie d'Hachem voit sa maison emplie d'enfants qui le respectent comme il se doit ; il ne s'agit pas d'un ou deux enfants qui le considèrent comme un distributeur de billets, mais d'une famille empreinte de derekh eretz et source de véritable na'hat. Le méchant pense ainsi réussir en suivant sa propre voie, mais en réalité, « nombreuses sont les douleurs du méchant ».

L'enseignement novateur d'Ibn Ezra au sujet des médecins

Sur ce verset, Ibn Ezra apporte un éclairage remarquable et particulièrement novateur. Il est bien connu que la Torah prescrit « et il le guérira » (verapo yerape), d'où nos Sages déduisent que la permission a été accordée au médecin de guérir. On connaît aussi la position du Ramban, selon laquelle un homme animé d'une véritable crainte du Ciel n'a pas besoin de médecins - que viendraient faire des médecins dans la maison de ceux qui accomplissent la volonté d'Hachem ? - raison pour laquelle le roi Assa fut réprimandé pour avoir consulté des médecins lors de sa maladie au lieu de s'en remettre à Hachem. Ibn Ezra innove ici en affirmant que l'autorisation accordée au médecin de soigner ne s'applique que lorsqu'un homme a subi un dommage causé par un autre homme ; en revanche, si l'affection provient directement d'Hachem, il n'a pas la permission de se faire soigner et ne doit pas recourir aux médecins. Autrement dit, lorsqu'une personne développe une maladie ou un problème de santé sans qu'un tiers ne l'ait frappée, elle ne devrait pas, selon Ibn Ezra, consulter de médecin.

Il est intéressant de noter que dans son commentaire sur la Torah, Ibn Ezra établit une distinction différente : il y distingue le dommage externe du dommage interne. Si un homme est frappé au bras et que celui-ci est fracturé, il s'agit d'un dommage externe pour lequel il doit consulter un médecin ; mais s'il souffre d'un mal interne, comme des maux de ventre ou d'autres affections semblables, il ne doit pas aller voir de médecin mais régler la question directement avec le Saint, béni soit-Il. Quoi qu'il en soit, la Halakha ne suit pas l'opinion d'Ibn Ezra : la quasi-totalité des Richonim s'accordent à dire que l'autorisation « et il le guérira » s'applique à tous les cas de figure, qu'il s'agisse d'un dommage interne ou externe, causé par la main de l'homme ou survenu par la volonté divine. En toute circonstance, l'homme a le devoir d'agir pour sa guérison ; s'il s'en abstient, s'applique à lui le verset « mais Je réclamerai votre sang pour vos vies », car il est alors assimilé à quelqu'un qui attente à ses propres jours et il en répondra devant le Ciel.

Le 'Hassid qui rendit grâce pour le coup à la jambe

Le saint Chéla explique les mots « nombreuses sont les douleurs du méchant » en rapportant l'histoire d'un homme pieux ('hassid) qui reçut un coup sévère à la jambe. Quelqu'un l'aperçut et lui dit : « Hélas, comme je te plains d'avoir reçu un coup si violent à la jambe ! » Le 'hassid lui répondit : « Tu me plains ? Moi, je rends grâce à Hachem que le coup ait atteint ma jambe et non mon œil ! Imagine que cette masse m'ait frappé au visage, j'aurais perdu la vue ; quel bienfait qu'elle n'ait touché que la jambe ! » C'est précisément le sens de « nombreuses sont les douleurs du méchant » : même si ses souffrances sont minimes, elles lui semblent immenses ; « mais celui qui a confiance en Hachem, la bienveillance l'entoure » - dans chaque épreuve, il discerne un acte de grâce.

Le Malbim développe ce même principe : c'est uniquement pour le méchant que les douleurs sont nombreuses, car tout événement qui lui arrive est ressenti comme une souffrance - la maladie, la faim, la moindre contrariété. Il s'exclame aussitôt : « Mon Dieu, pourquoi m'arrive-t-il cela ? », toujours dans la plainte et l'affliction. En revanche, lorsque l'on demande à celui qui place sa confiance en Hachem : « J'ai appris qu'il t'est arrivé telle épreuve », il répond simplement : « C'est une grâce d'Hachem envers moi. » « Celui qui a confiance en Hachem, la bienveillance l'entoure. » En quoi est-ce une grâce ? Dès lors qu'Hachem l'a voulu ainsi, c'est assurément pour son bien, car Hachem ne désire que ce qu'il y a de meilleur pour lui. Tout ce qui, chez le méchant, est vécu comme une douleur se révèle, aux yeux de celui qui a foi en Dieu, comme Sa bienveillance infinie. Bien souvent d'ailleurs, les épreuves et les souffrances viennent dompter la part animale en l'homme, comme nous l'avons vu, afin qu'il comprenne que l'essentiel réside dans l'âme, qu'il surmonte ses penchants et que l'animal ne s'écarte pas de la bonne voie.

Comme cela a déjà été souligné, c'est là le fondement même du judaïsme : le bitahon en Hachem, la certitude absolue que tout ce qui nous arrive émane d'Hachem, béni soit-Il. Celui qui vit ainsi mène une existence sereine ; quant à celui qui s'en éloigne, il est bien à plaindre, toujours à gémir : « Quel malheur, que allons-nous faire maintenant ? » Pourquoi s'inquiéter ? Tout vient d'Hachem et tout est pour le bien. Comme le veut la formule, ce n'est pas ce que l'homme mange qui le détruit, mais ce qui le ronge de l'intérieur, et c'est cela qui abrège ses jours. Lorsque l'homme vit avec cette foi, il vit dans la plénitude ; sachant que tout ce que fait Hachem concourt à son bien, il ne se brise pas, ne recule devant rien et ne fléchit jamais.

Conclusion : la joie des justes et des cœurs droits

שִׂמְחוּ בַיהֹוָה וְגִילוּ צַדִּיקִים וְהַרְנִינוּ כׇּל־יִשְׁרֵי־לֵב׃ (יא) - Réjouissez-vous en Hachem et soyez dans l'allégresse, ô justes, poussez des cris de joie, vous tous qui avez le cœur droit ! (11)

David conclut : ces justes se réjouiront et exulteront en Hachem, et ces hommes au cœur droit pousseront des cris de joie, sachant que tout ce que fait Hachem est pour le bien. Nous avons déjà abordé la nuance entre la joie (sim'ha) et l'allégresse (guila), que le Malbim a expliquée à maintes reprises : la sim'ha est un sentiment continu et durable, tandis que la guila jaillit face au renouveau - comme l'homme qui gagne soudainement à la loterie et ressent une vive allégresse. Ici, les justes exulteront, car Hachem renouvellera constamment pour eux des délivrances. « Poussez des cris de joie, vous tous qui avez le cœur droit ! » (*Ve-harninou kol yichré lev*) - ceux-ci se situent à un degré supérieur à celui des justes. En effet, le juste (tsaddik) éprouve des penchants et des luttes intérieures qu'il parvient à surmonter, tandis que les hommes au cœur droit sont d'emblée tournés vers la rectitude, ayant déjà parachevé leurs traits de caractère (midot) ; toute leur aspiration est de pratiquer la droiture et d'accomplir la volonté de leur Créateur, ce qui constitue un niveau encore plus élevé. Selon Ibn Ezra, ces paroles renvoient à ces mêmes justes évoqués plus tôt, qui ne s'en remettent pas aux médecins mais à Hachem, béni soit-Il ; ils se réjouissent qu'aucune maladie ne vienne les frapper, car c'est Hachem qui les guérit, qui veille sur eux et qui écarte d'eux toute affection et tout mal, leur procurant ainsi une joie immense et parfaite.

En conclusion : cette partie du psaume nous enseigne un enchaînement fondamental du service divin : l'aveu sincère conduit immédiatement au pardon de la faute et au salut ; l'homme pieux prie « au moment opportun » (*le'et metso*) - pour le jour du jugement, pour la vieillesse, pour une épouse vertueuse qui lui permettra d'étudier la Torah avec constance ; et il doit remercier Hachem non seulement lorsqu'il est délivré d'une épreuve, mais à plus forte raison pour tous les malheurs qui ne l'ont jamais atteint, car Il est Celui « qui accomplit seul de grands prodiges ». Mieux vaut pour l'homme s'éveiller par l'intelligence et par un simple clin d'œil plutôt que par la souffrance, sans ressembler au cheval ou au mulet qui réclament mors et bride ; que le cavalier en lui - l'âme - maîtrise sa monture corporelle pour mener une existence de Torah harmonieuse et équilibrée. Et pour quiconque s'enracine dans la confiance en Hachem (bita'hon), chaque douleur se transforme en bienveillance, jusqu'à l'aboutissement final : « Réjouissez-vous en Hachem et soyez dans l'allégresse, justes, et poussez des cris de joie, vous tous qui avez le cœur droit ! »