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Chapitre 31 - La fuite de David devant Saül - Deuxième partie

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Introduction

Nous poursuivons l'étude du chapitre 31 des Téhilim, à partir des versets dans lesquels David Hamélekh dépeint sa situation lors de sa fuite devant Chaoul. Dans les versets précédents, David décrivait comment il avait été oublié des cœurs comme un mort et réduit à l'état d'un vase perdu. Il poursuit à présent et explique que cet oubli ne venait pas de ses persécuteurs, mais bien de ses proches et de ceux qui l'aimaient. À partir d'ici, David expose sa confiance en Hachem, sa prière pour bénéficier d'une providence manifeste, ainsi que sa reconnaissance pour ses délivrances - jusqu'à la conclusion qui apporte un renforcement à tous ceux qui espèrent en Hachem.

« Car j'ai entendu les calomnies de la multitude » - Qui a oublié et qui s'est souvenu

כִּי שָׁמַעְתִּי דִּבַּת רַבִּים מָגוֹר מִסָּבִיב בְּהִוָּסְדָם יַחַד עָלַי לָקַחַת נַפְשִׁי זָמָמוּ׃ - Car j'ai entendu les calomnies de la multitude, l'effroi tout autour, lorsqu'ils se liguent ensemble contre moi et complotent d'ôter ma vie.

David Hamélekh dit : ce que j'ai dit plus tôt, affirmant que bien qu'étant toujours vivant j'étais devenu comme un objet perdu et oublié des cœurs comme un mort - à l'égard de qui cela s'appliquait-il ? À l'égard de mes intimes et de mes connaissances. Tous mes proches se sont éloignés de moi, ils ne reconnaissent plus David, et ils ne veulent même plus me rencontrer, de peur qu'on ne dise qu'ils ont un lien avec David et qu'on ne les persécute eux aussi. C'est bien ce qui s'est produit à Nov, la ville des Cohanim : on les a accusés de complicité avec David et on les a tous massacrés. Ils m'ont totalement rayé de la liste, ou relégué aux oubliettes. Si seulement, soupire David, tout le monde m'avait oublié ! Car alors, mes oppresseurs m'auraient oublié eux aussi. Mais il n'en fut rien : du cœur de mes persécuteurs, je n'ai absolument pas été effacé. Qui m'a oublié ? Ceux qui m'aimaient, mes compagnons et mes amis. Dès qu'un homme traverse la détresse, tout le monde l'oublie.

« Et chacun vers sa famille vous retournerez » - Un enseignement sur les amis du riche

L'Écriture déclare : « Nombreux sont les amis du riche », tandis que tous s'éloignent du pauvre. Où cela est-il insinué dans la Torah ? Il est dit à propos du Yovel : « Vous retournerez chacun dans sa possession foncière, et chacun vers sa famille vous retournerez ». La question s'impose : « chacun dans sa possession », cela se comprend, le domaine ancestral vous revient. Mais que signifie « chacun vers sa famille » ? Auriez-vous donc quitté votre famille ? L'explication est la suivante : tant que la famille élargie vous considérait comme un indigent, un va-nu-pieds, un pauvre hère, un parent vous croisait dans la rue sans vous reconnaître : « De quel côté es-tu de ma famille ? Rappelle-le-moi donc ». Et voilà que tout à coup, vous devenez propriétaire terrien, tous les biens vous reviennent, il s'avère que vous possédez des parcelles ici et des domaines là-bas. Aussitôt : « Chalom alékhem ! Nous sommes de la famille, ne te souviens-tu pas que nous sommes parents ? » Hier il vous avait oublié, aujourd'hui il se souvient. C'est le sens profond du verset : lors de l'année du Yovel, il n'y a pas seulement « chacun dans sa possession », mais aussi « chacun vers sa famille vous retournerez » - vous découvrirez alors quelle grande famille vous avez, et combien de gens se souviennent subitement de vous et recherchent votre proximité.

Calomnies de la multitude, effroi tout autour

C'est précisément ce que dit David : dans ma détresse, toute ma famille s'est évanouie et tous mes proches ont disparu, mais qui donc se souvient de moi ? Mes oppresseurs. Eux se souviennent et continuent à me traquer. De plus, « j'ai entendu les propos perfides de la multitude » (Dibat rabim). Le terme Diba se rattache à la parole et au bavardage : j'ai entendu les foules parler. Lorsqu'ils complotent contre moi pour me livrer aux mains de Chaoul, ils répandent aussi des calomnies sur une multitude de personnes, tout comme on a diffamé Nov, la ville des Cohanim. Il ne s'agit pas seulement de propos perfides concertés contre moi, mais bien de la « calomnie de la multitude » - une calomnie portée contre un grand nombre. En effet, qu'avait prétendu Doëg ? Qu'Ahimélekh ben Ahitoub et toute la ville sacerdotale de Nov avaient conspiré pour prêter main-forte à David contre le roi. Cela provoqua leur massacre, que le Ciel nous en préserve : quatre-vingts Cohanim portant l'éphod de lin, ainsi que le Cohen Gadol Ahimélekh ben Ahitoub.

D'où l'expression « l'effroi tout autour » (Magor missaviv). Magor évoque la terreur, comme dans le verset « Ce que je redoutais m'est arrivé ». À cause de ces calomnies, chacun alentour redoute d'approcher David et de s'associer à lui. David Hamélekh est devenu comme une bombe à retardement : quiconque s'associe à lui court un danger mortel. Voyez Ahimélekh ben Ahitoub : il s'est contenté de converser avec lui et de lui remettre l'épée, et l'on sait ce qu'il lui en a coûté. Il en résulte que tous ceux qui m'entourent sont saisis d'effroi et tremblent d'être punis par le roi. Par conséquent, « ils ont comploté d'ôter ma vie » : chacun court me dénoncer à Chaoul - les Ziphites, les habitants de Keïla, tous s'empressent de signaler que David est ici ou là.

« Mais moi, en Toi je place ma confiance » - La providence particulière

וַאֲנִי עָלֶיךָ בָטַחְתִּי יְהֹוָה אָמַרְתִּי אֱלֹהַי אָתָּה׃ - Mais moi, en Toi je place ma confiance, Éternel ! J'ai dit : Tu es mon Dieu.

Bien que je n'aie plus aucune connaissance ni aucun sauveur, dit David, je ne compte que sur Toi. « J'ai dit : Tu es mon Dieu » - Tu es toujours Celui qui veille sur moi et qui me sauve. Le Malbim explique en plusieurs endroits que chaque fois que le nom divin d'Elo-him est rattaché à une personne en particulier, il s'agit de la providence particulière (Hachgaha Pratit). Il n'est pas dit ici « Tu es Dieu », mais « mon Dieu » - mon Dieu à moi, en particulier, Toi, Maître du monde, qui me guides pas à pas et veilles personnellement sur moi.

« Mes destinées sont dans Ta main » - Au-dessus des maîtres des temps

בְּיָדְךָ עִתֹּתָי הַצִּילֵנִי מִיַּד אוֹיְבַי וּמֵרֹדְפָי׃ - Mes destinées sont dans Ta main, délivre-moi de la main de mes ennemis et de mes persécuteurs.

Toutes les époques et toutes les circonstances que je traverse sont entre Tes mains. Qu'il s'agisse d'un temps favorable ou d'un moment perçu à mes yeux comme néfaste, tout est décrété par Toi, Maître du monde. C'est pourquoi je Te supplie : délivre-moi de la main de mes ennemis, qui sont les Ziphites, et de la main de mes persécuteurs, à savoir Saül et ses hommes.

Le Malbim ajoute, au nom du Yaavetz : Doëg et Akhitophel étaient de grands experts en astrologie, et ils cherchaient donc un moment propice pour pouvoir capturer David. Akhitophel connaissait la science des temps, et il est écrit à son sujet que consulter Akhitophel équivalait à consulter la parole de Dieu, comme si l'on interrogeait les Ourim ve-Toumim. David s'exclame : ma situation est extrêmement périlleuse, car certains hommes savent, selon la disposition des astres et des constellations, quel est le moment néfaste pour moi, l'instant de ma chute - ce sont les connaisseurs des temps. Malgré tout cela, je ne m'inquiète pas : « Mes destinées sont dans Ta main ». C'est Toi qui diriges les sphères célestes, et rien ne T'est impossible pour modifier les temps et le cours des astres selon Ta volonté. C'est pourquoi : « Délivre-moi de la main de mes ennemis », qui veulent exploiter ces moments pour me tendre un piège, sachant quelle est l'heure de ma vulnérabilité et de ma faiblesse.

« Fais luire Ta face » - Providence dévoilée et délivrance sans limites

הָאִירָה פָנֶיךָ עַל עַבְדֶּךָ הוֹשִׁיעֵנִי בְחַסְדֶּךָ׃ - Fais luire Ta face sur Ton serviteur, sauve-moi par Ta bienveillance.

Le Malbim explique : sauve-moi par une providence dévoilée, car le rayonnement de la face divine représente une providence manifeste, à l'image du verset « Que l'Éternel fasse luire Sa face vers toi ». Lorsque Hachem fait rayonner Sa face, cette lumière renferme tout : Torah et vie, amour et bienveillance, justice et miséricorde, bénédiction et paix. Alors tous verront Ta providence, et constateront que la délivrance vient directement de Ta main et non par les voies naturelles.

Et pourquoi dit-il « sauve-moi par Ton 'Hessed (Ta bienveillance) » ? Parce qu'un salut par voie naturelle est limité, tandis que le 'Hessed d'Hachem est infini. L'attribut de 'Hessed est appelé « la grandeur » (Guedoula), comme il est dit : « À Toi, Éternel, la grandeur et la puissance » - la grandeur désigne le 'Hessed, et la puissance désigne la Guevoura. Le 'Hessed est qualifié de grandeur parce qu'il se déverse avec une abondance immense et sainte, sans aucune limite, un flux infini. C'est pourquoi David implore : « Sauve-moi par Ton 'Hessed », afin que la délivrance soit absolue et sans fin.

« Que je ne sois pas confondu » - La sanctification du Nom divin

יְהֹוָה אַל אֵבוֹשָׁה כִּי קְרָאתִיךָ יֵבֹשׁוּ רְשָׁעִים יִדְּמוּ לִשְׁאוֹל׃ - Éternel, que je ne sois pas confondu, car je T'ai invoqué ; que les méchants soient honteux, qu'ils soient réduits au silence dans le Chéol.

David demande qu'il y ait une sanctification du Nom divin (Kiddouch Hachem), afin que tous sachent que quiconque T'invoque, Te prie et place sa confiance en Toi n'est jamais confondu. Bien au contraire, c'est l'inverse qui adviendra : « que les méchants soient honteux », pour que chacun voie comment les impies sont retranchés et descendent dans l'abîme du Chéol. « Yiddemou lich'ol » - deux explications sont apportées : selon Rachi, ce terme provient de la racine du silence (démama), et selon le Radak, du retranchement. Le Malbim explique ainsi : que les méchants soient confondus, qu'ils soient retranchés et descendent au Chéol ; il apparaîtra alors aux yeux de tous que quiconque place sa confiance en Hachem est sauvé par Lui, tandis que celui qui s'éloigne d'Hachem trébuche et s'effondre - et telle est la sanctification du Nom divin.

Et l'on peut ajouter par manière de trait d'esprit : « Yidmou » - qu'ils soient réduits au silence, et de qui s'agit-il ? Ne lis pas « Lich'ol » (au séjour des morts), mais « LéChaoul » (pour Saül), afin que Saül reste muet et inactif, c'est-à-dire qu'il cesse de me poursuivre, qu'il coupe les moteurs, pour ainsi dire, et renonce à partir en chasse contre moi.

« Que soient muettes les lèvres menteuses » - que signifie « 'Atak » ?

תֵּאָלַמְנָה שִׂפְתֵי שָׁקֶר הַדֹּבְרוֹת עַל צַדִּיק עָתָק בְּגַאֲוָה וָבוּז׃ - Qu'elles deviennent muettes, les lèvres menteuses, qui profèrent contre le Juste des propos insolents, avec orgueil et mépris.

Après avoir constaté la Providence d'Hachem à son égard et Son salut, David demande : qu'à présent les lèvres menteuses soient réduites au silence. Et qui sont ces lèvres de mensonge ? Ce sont les impies, « qui profèrent contre le Juste des propos insolents, avec orgueil et mépris ». Et qui est ce « Juste » ? C'est le Juste du monde, le Saint, béni soit-Il. Les hérétiques tiennent sur le Maître du monde des propos insolents, empreints d'orgueil et de mépris : Hachem ne surveille pas le monde, il n'y a ni salaire ni punition, le monde est abandonné à lui-même, « mangeons et buvons car demain nous mourrons ». Mais désormais, en voyant Ta Providence, la manière dont Tu sauves ceux qui s'abritent en Toi et comment celui qui s'oppose à Hachem, qu'Il soit béni, est réduit au silence, ils fermeront leur bouche. Leurs lèvres, qui ne sont que mensonge, resteront muettes et ne pourront plus continuer à débiter leurs vanités.

« Avec orgueil et mépris » se comprend aisément : ils parlent du Saint, béni soit-Il, avec morgue et dédain, et rejettent pour ainsi dire le Maître du monde par leurs paroles d'hérésie. Mais que signifie « 'Atak » ? Rachi apporte deux explications à ce sujet. La première : 'Atak vient de la racine qui signifie déplacer, transférer d'un lieu à un autre, comme dans « la parole s'est retirée (ne'étak) de lui » - la parole l'a quitté, il ne peut proférer le moindre mot, ou comme dans « Vaya'atek micham ha-hara » (il se déplaça de là vers la montagne), quitter un lieu. Et l'on a déjà expliqué, dans l'étude du livre de Daniel, l'expression « 'Atik Yomin yetiv » : Hachem siège et les trônes sont dressés. Certains comprennent à tort qu'Il est appelé « 'Atik Yomin » parce qu'Il serait ancien comme une antiquité. Mais tel n'est pas le sens : « 'Atik Yomin » signifie détaché de l'emprise des jours - nous sommes soumis au cycle du temps, alors qu'Hachem n'y est pas soumis, Il est détaché des jours. Il en va de même ici : ils parlent de « 'Atak » au sujet du Juste du monde, c'est-à-dire qu'ils nient la Providence et prétendent qu'Hachem a retiré Sa Providence du monde, comme si Hachem avait abandonné la terre, s'était transporté ailleurs et n'était plus présent ici.

La seconde explication apportée par Rachi : 'Atak est une expression de force. Ils tiennent ces propos avec vigueur, puissance et véhémence, avec orgueil et mépris - 'Atak désigne la manière de parler, le fait d'affirmer cela de toutes leurs forces. Le Malbim explique de même : lorsqu'il est dit « des richesses considérables ('atek) », il s'agit d'une fortune hors du commun, hors normes, inconnue parmi les richesses des autres hommes, détachée de la norme humaine. De même pour « ils sont devenus puissants ('atkou), ils ont redoublé de force » : une puissance qui dépasse l'entendement et la mesure ordinaire.

Dès lors, David demande que soient réduits au silence ceux qui nient la Providence d'Hachem, eux qui, voyant un juste souffrir, s'exclament : voilà bien la preuve qu'Hachem ne s'occupe pas de ce monde ! Or en réalité, explique le Malbim, Hachem exerce bien Sa Providence, puisqu'Il lui réserve sa récompense pour le monde futur. Et dans ce monde-ci également, comme cela sera expliqué au verset suivant : « Combien est grande Ta bonté que Tu as réservée à ceux qui Te craignent » - Hachem les met à l'abri sous Sa tente et agit pour ceux qui se réfugient en Lui, à la vue de tous les hommes. Par là même, les créatures comprendront qu'Hachem n'a point abandonné la terre, qu'Il ne s'est pas retiré d'ici, et que Sa Providence demeure toujours active.

« Combien est grande Ta bonté » - le bien caché et le bien manifeste

מָה רַב טוּבְךָ אֲשֶׁר צָפַנְתָּ לִּירֵאֶיךָ פָּעַלְתָּ לַחֹסִים בָּךְ נֶגֶד בְּנֵי אָדָם׃ - Combien est grande Ta bonté, que Tu tiens en réserve pour ceux qui Te craignent, que Tu déploies pour ceux qui s'abritent en Toi, à la vue des fils de l'homme !

David déclare : bien que soit immense le bien que Tu as réservé à ceux qui Te craignent - ce bien caché pour le monde futur que nul ne peut voir -, le fait même qu'il soit caché constitue en quelque sorte un écueil. En effet, c'est de là que viennent les lèvres menteuses pour affirmer qu'il n'y a ni récompense ni châtiment, ni justice ni juge. Certes, il existe un bien, mais qui le voit ? Il est caché, réservé au monde futur, et cela les conduit à tenir des propos pétris d'arrogance, de mépris et d'hérésie. C'est pourquoi David ajoute : bien que ce bien soit immense et gardé en réserve pour ceux qui Te craignent, le bien que Tu as accompli pour ceux qui s'abritent en Toi n'est pas caché, mais éclatant : « à la vue des fils de l'homme », à la manière de « devant tout le peuple » ou « à la face du soleil », visible de tous.

Et le Malbim explique : face aux épreuves qui frappent le juste en ce monde, nous répondons qu'il recevra une récompense correspondante dans le monde futur, ou bien qu'elles ont pour but de le purifier de ses fautes ou d'accroître son mérite - mais les impies contestent cette réalité, de sorte que l'objection semble subsister : voici un juste qui souffre, et que leur répondre ? En revanche, la Providence manifeste qu'Hachem déploie envers ceux qui s'abritent en Lui, lorsque le bien échoit au juste, offre une réponse irréfutable aux impies : ils constatent concrètement qu'Hachem le comble de bienfaits, et cela est visible aux yeux de tous. C'est ainsi que « seront réduites au silence les lèvres menteuses » qui prétendent au sujet du Juste du monde qu'Il s'est retiré ('atak) de l'univers et qu'Il n'exerce plus Sa Providence, et qui parlent de Lui avec arrogance et dédain. Par le fait que Tu as agi pour ceux qui s'abritent en Toi sous les yeux de tous, quand chacun contemple l'abondance de bien que Tu déverses sur eux, ils seront contraints de reconnaître la Providence du Créateur, béni soit-Il.

Exemple : l'existence du peuple d'Israël

Prenons un exemple pour illustrer ces propos. À un moment précis de l'histoire, le peuple d'Israël peut sembler persécuté. Mais lorsqu'on observe le recul historique, on constate qu'Israël est le seul peuple dont la survie et la continuité soient attestées depuis l'aube des temps - c'est-à-dire un peuple dont l'existence même relève du surnaturel. Tous les penseurs des nations, dont nous avons déjà cité certains comme Mark Twain ou Tolstoï, se trouvent déconcertés devant la réalité de la survie juive et reconnaissent : voilà un phénomène unique dans l'histoire, pour lequel nous n'avons aucune explication rationnelle. Rien ne peut expliquer comment le peuple juif, le plus persécuté de tous, le plus dispersé parmi les nations - ce qui constitue pourtant le facteur d'assimilation le plus puissant -, privé de sa propre terre pendant la majeure partie de son histoire, existe encore, plein de vitalité, alors que de grands empires ont été consumés par leur propre feu. Où est Babylone ? Où est l'Assyrie ? Où sont les Chaldéens ? Où est l'empire de la Grèce antique avec Alexandre le Grand et tant d'autres ? Que reste-t-il d'eux ? Le vent les a balayés, tandis que le peuple juif subsiste pour toujours. Ainsi, même si l'on soulève des questions sur la souffrance du juste et que l'on en vient à prétendre qu'Hachem n'exerce pas de providence, faute de croire en la rétribution du monde futur, on reste sans réponse devant la survie même du juste et la manière dont le Saint, béni soit-Il, préserve Son peuple depuis des millénaires. Là, chacun est contraint d'admettre - et même l'ange du mal doit répondre « Amen » malgré lui - que l'éternité du peuple juif est uniquement entre les mains du Créateur, béni soit-Il : « Et vous qui êtes attachés à Hachem votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui », envers et contre toute logique et probabilité statistique. Dès lors, à travers le bien accordé au juste, tous finissent par constater que c'est bien la main d'Hachem qui dirige le monde.

« Tu les caches dans le secret de Ta face » - Que désignent les « rukhsei ich » ?

תַּסְתִּירֵם בְּסֵתֶר פָּנֶיךָ מֵרֻכְסֵי אִישׁ תִּצְפְּנֵם בְּסֻכָּה מֵרִיב לְשֹׁנוֹת׃ - « Tu les caches dans le secret de Ta face contre les intrigues des hommes, Tu les abrites sous une tente contre la querelle des langues. »

Ce verset est fréquemment cité en rapport avec la fête de Soukkot, et bien qu'il fasse l'objet de nombreuses interprétations homilétiques, nous l'étudierons ici dans le contexte propre de notre psaume. Le Malbim explique : même s'il semble parfois que le Saint, béni soit-Il, voile Sa face devant ceux qui Le craignent, et qu'ainsi les épreuves les assaillent et les nations les persécutent, sache que c'est pour leur bien. En effet, par le voilement même de Ta face, Tu les préserves des « rukhsei ich ».

Que signifient ces « rukhsei ich » ? Les commentateurs expliquent que ce terme dérive de rekhasim, les crêtes ou les reliefs montagneux. Le Malbim précise : ce sont les aspérités qui se dressent à l'intérieur de l'homme et l'oppressent. Et qu'est-ce qui tourmente l'homme de l'intérieur ? C'est le mauvais penchant (le Yetser Hara), les passions, l'attrait de la matérialité, le corps physique. Tout comme une route droite est rompue lorsqu'une chaîne de montagnes s'élève au beau milieu, obligeant à chercher des détours ou à escalader péniblement, de même le penchant intérieur corrompt la voie droite et engendre des détours sinueux. « Dieu a fait l'homme droit », mais l'homme suit des chemins tortueux, car le mauvais penchant se dresse comme un obstacle infranchissable, semblable à une montagne barrant le passage. C'est en ce sens que nos Sages ont dit qu'aux yeux des Justes, le Yetser Hara apparaît comme une haute montagne : voilà ce que sont les « rukhsei ich ».

Et lorsque Hachem voile Sa face devant le juste et que celui-ci traverse des épreuves, ajoute le Malbim, « les pentes tortueuses se changeront en plaine, et les crêtes escarpées en vallée » ; le juste peut alors cheminer dans la voie droite. En effet, les épreuves rapprochent le juste d'Hachem et l'attachent intimement à Lui. La réalité nous montre que lorsque tout réussit à l'homme, cela conduit souvent à « Yechouroun s'est engraissé et s'est rebellé » ; de même nos Sages ont enseigné : « Prenez garde aux enfants des pauvres, car c'est d'eux que sortira la Torah. » C'est précisément dans la difficulté et l'épreuve que l'homme se tourne vers Hachem, qu'il implore la délivrance et cherche Dieu. On constate donc que ces moments mêmes de voilement sont ceux qui le sauvent : « Tu les caches dans le secret de Ta face contre les rukhsei ich » - par là, Hachem le préserve des tourments intérieurs, de l'accusateur, du mauvais penchant et des passions.

« Tu les abrites sous une tente contre la querelle des langues » - Le Malbim explique : bien que Tu voiles Ta face, Tu étends néanmoins Ta protection sur eux et Tu les préserves comme sous une tente (soukka). Le terme de soukka évoque ici la providence (hachgaha) : Tu veilles sur eux face aux querelles des langues et aux calomniateurs, tout comme Tu as sauvé David des gens de Ziph et de tous ceux qui le dénonçaient auprès de Saül, en lui envoyant le prophète Gad et en lui répondant par les Ourim véToumim pour lui indiquer quand et comment fuir. Ainsi, bien qu'il y ait en apparence un voilement de la face, Hachem continue de l'abriter sous Sa tente contre les médisances et les attaques de ses persécuteurs.

Voilement et mise à l'abri : quelle dimension est la plus essentielle ?

Pourquoi employer à la fois « Tu les caches » (tastirem) et « Tu les abrites » (titspenem) ? Le Malbim explique que l'action de cacher (hester) est supérieure à celle d'abriter (tsefina), car abriter exprime une intensité moindre que cacher. Il y a là un principe fondamental : la préservation de l'âme contre la faute est bien plus essentielle que la préservation du corps. L'homme devrait veiller à ne pas succomber au péché avec plus de vigilance encore qu'il n'en met à préserver son intégrité physique. En pratique pourtant, nous faisons souvent l'inverse : si l'on avertit une personne qu'en empruntant un chemin, elle risque une blessure corporelle, alors qu'en prenant un autre, elle s'expose à un dommage spirituel, elle choisira souvent le second. On se dit : « Sur le premier chemin, je risque de me casser une jambe ou d'avoir un accident », tandis que pour le second, où le préjudice spirituel peut pourtant coûter la part dans le monde futur, on se dit : « Ce n'est pas si grave, il n'y a même pas à hésiter ! » Pourtant, nos Sages ont enseigné qu'un homme doit éviter un chemin où des femmes lavent le linge au bord de l'eau, et que même s'il ferme les yeux, il lui est interdit d'y passer ; s'il le fait, il est qualifié d'impie. Nous apprenons ainsi que l'on doit fuir les lieux propices à la transgression. C'est pourquoi le Malbim souligne : « Tu les caches dans le secret de Ta face contre les rukhsei ich » s'applique au Yetser Hara, car la lutte contre le penchant au mal est immense et exige une protection absolue (hester). En revanche, face aux « querelles des langues », qui relèvent des atteintes matérielles et physiques, la simple mise à l'abri (titspenem) suffit, car elle requiert un degré moindre.

« Béni soit Hachem » - Première action de grâce : une ville fortifiée

בָּרוּךְ יְהֹוָה כִּי הִפְלִיא חַסְדּוֹ לִי בְּעִיר מָצוֹר׃ - « Béni soit Hachem, car Il a rendu Sa bonté admirable envers moi dans une ville fortifiée. »

Dans la continuité de la délivrance évoquée au verset précédent, David rend grâce à Hachem. Sa première action de grâce concerne la bonté éclatante reçue dans une ville assiégée : je me trouvais à Keïla, une place forte, où je pensais être en sécurité, mais Hachem m'a ordonné de partir et de fuir, m'envoyant le prophète Gad pour me sauver. En effet, Saül arrivait, et la ville constituait pour lui un piège idéal pour capturer David. C'est pourquoi je rends grâce à Hachem, qui a manifesté envers moi une bonté admirable dans une ville assiégée en m'envoyant un prophète pour m'ordonner d'en sortir.

« Nigrazti » - Deuxième action de grâce : le rocher des divisions

וַאֲנִי אָמַרְתִּי בְחׇפְזִי נִגְרַזְתִּי מִנֶּגֶד עֵינֶיךָ אָכֵן שָׁמַעְתָּ קוֹל תַּחֲנוּנַי בְּשַׁוְּעִי אֵלֶיךָ׃ - Et moi, je disais dans ma précipitation : « J'ai été retranché de devant Tes yeux ! » En vérité, Tu as entendu la voix de mes supplications lorsque j'ai crié vers Toi.

David exprime ici une deuxième action de grâce au sujet du rocher des divisions (Sèla Hama'hlèkot), lorsque Saül et ses hommes l'encerclaient de toutes parts, et qu'il est dit : « David se hâtait de fuir devant Saül ». Le danger y était immense, et c'est alors que « je disais dans ma précipitation : J'ai été retranché de devant Tes yeux ». Que signifie « nigrazti » ? Le Malbim explique : c'est comme « nigzarti » (j'ai été retranché ou coupé), par permutation de lettres, à l'image des formes kévesh et kèshev (agneau), ou simlah et salmah (vêtement). En d'autres termes, je me disais : c'est fini, je suis déjà retranché de devant Tes yeux, je suis déjà mort. Rachi, le Radak et Ibn Ezra expliquent que « nigrazti » vient du terme garzen (la hache), ce qui revient au même sens : j'ai été coupé de devant Tes yeux. Le mot garzen dérive d'ailleurs lui-même de la racine gozer (trancher), car les lettres de garzen sont celles de gozer, la hache servant à couper le bois, comme l'explique Dounash. Rachi rapporte également l'explication de Menahem selon laquelle « nigrazti » s'apparente à « nigrachti » (j'ai été chassé), les lettres zaïn et chin étant interchangeables ; c'est-à-dire : j'étais déjà chassé de devant Tes yeux et je n'avais plus d'existence possible. Mais c'est alors que « Tu as entendu la voix de mes supplications » et que Tu m'as sauvé, grâce à ce messager venu annoncer à Saül que les Philistins avaient envahi le pays, si bien que Saül dut tout abandonner et me laissa la vie sauve.

« Aimez Hachem, vous tous Ses fidèles »

אֶהֱבוּ אֶת יְהֹוָה כׇּל חֲסִידָיו אֱמוּנִים נֹצֵר יְהֹוָה וּמְשַׁלֵּם עַל יֶתֶר עֹשֵׂה גַאֲוָה׃ - Aimez l'Éternel, vous tous Ses hommes pieux ! L'Éternel préserve les fidèles, et Il rétribue avec rigueur celui qui agit avec arrogance.

Le Malbim explique : à la lumière de tout cela, David conclut ses propos en s'adressant à ceux qui tiennent des discours insolents (« atek ») contre le Juste du monde, ces mécréants qui prétendent que D.ieu s'est retiré et a abandonné la terre. Or, il est désormais manifeste qu'il existe un salaire, un châtiment et une Providence : Hachem veille sur Ses créatures et a sauvé David au tout dernier instant. C'est pourquoi : « Aimez Hachem, vous tous Ses fidèles », car vous voyez bien que « l'Éternel préserve les hommes de foi » - ceux qui mettent leur foi en Lui, Hachem les garde. Et Rachi commente : Hachem garde ceux qui ont foi en Son salut et s'appuient sur Lui. « Et Il rétribue avec rigueur (al yéter) celui qui agit avec arrogance » - tout comme vous avez vu qu'Hachem a préservé David et châtié Saül, de même Il punit l'orgueil de celui qui se considère supérieur (« yéter »), placé au-dessus des autres.

Rachi donne plusieurs explications à l'expression « al yéter ». Première explication : mesure pour mesure, « comme la flèche sur la corde de l'arc » (yéter signifiant la corde de l'arc) ; de même que la flèche est posée sur la corde de l'arc, ainsi Hachem rétribue avec une exacte mesure celui qui commet le mal. Autre explication : « al yéter » dérive du cordeau de mesure, car la corde servait d'instrument pour mesurer, ce qui signifie cordeau contre cordeau et ligne contre ligne, c'est-à-dire que de la mesure dont tu as mesuré, on mesurera pour toi. Nos Sages l'ont déduit du verset « C'est mesure par mesure (be-sa'ssaha) qu'en la renvoyant tu lui as cherché querelle », par sa'ah contre sa'ah, mesure pour mesure : selon la mesure employée, on lui mesurera en retour ; si tu as commis le mal à hauteur d'une sa'ah, tu recevras un châtiment proportionnel d'une sa'ah. Et une autre interprétation chez Rachi, qui est celle adoptée par le Malbim, rattache « yéter » à la notion d'orgueil, à l'instar de celui qui se rengorge et s'élève au-dessus d'autrui : « Il rétribue al yéter », c'est-à-dire qu'Il paie de sa superbe celui qui fait preuve d'arrogance.

« Soyez forts et que votre cœur prenne courage »

חִזְקוּ וְיַאֲמֵץ לְבַבְכֶם כׇּל הַמְיַחֲלִים לַיהֹוָה׃ - Soyez forts et que votre cœur prenne courage, vous tous qui espérez en l'Éternel !

David conclut ce psaume : s'il en est ainsi, si Hachem protège tous Ses fidèles, si l'Éternel préserve ceux qui ont foi en Lui et rétribue les malfaiteurs, alors « soyez forts et que votre cœur prenne courage, vous tous qui espérez en Hachem », car votre espoir ne sera pas déçu. Vous venez de constater que j'ai placé mon attente en Hachem et qu'Il m'a sauvé ; de la même manière, votre attente ne restera pas vaine.

Et que signifie « 'hizkou ve-ya'amets » (soyez forts et prenez courage) ? Le Malbim explique en plusieurs endroits que chaque fois que la force ('hozek) et le courage (omets) sont mentionnés ensemble, comme il a été dit à Josué « 'hazak ve-émats » (sois fort et courageux), le sens en est le suivant : la force ('hozek) consiste à s'affermir au premier abord et à faire preuve de vaillance ; le courage (omets) consiste à persévérer dans cette fermeté, à demeurer dans cette même force et à tenir bon dans la durée. C'est pourquoi le verset dit : « Soyez forts et que votre cœur prenne courage, vous tous qui espérez en l'Éternel » : qu'ils persévèrent dans leur renforcement et que leur cœur demeure attaché à Hachem, béni soit-Il, car en fin de compte, Hachem viendra en aide et délivrera tous ceux qui espèrent en Lui et se confient en Lui.

En conclusion :

Dans ces versets, David décrit comment, au moment de l'épreuve, ses proches et ses amis l'ont oublié tandis que seuls ses ennemis se souvenaient de lui, et comment leurs calomnies ont répandu la terreur alentour au point que chacun le dénonçait. Face à tout cela, il proclame : « Mais moi, je me suis confié en Toi » et « Mes destinées sont dans Ta main », affirmant que même les astrologues (« ceux qui scrutent les temps ») ne peuvent rien contre lui, car Hachem dirige les constellations et les infléchit selon Sa volonté. Il implore une providence manifeste et un salut issu d'une bonté infinie, ainsi qu'une sanctification du Nom divin par laquelle seront réduits au silence les impies qui parlent avec insolence (« 'atak ») contre le Juste du monde - prétendant pour ainsi dire qu'Il aurait retiré Sa providence de l'univers. La réponse à cette prétention ne réside pas seulement dans le bien réservé pour le monde futur, mais aussi dans le bien manifeste qu'Hachem accomplit pour ceux qui s'abritent en Lui, à la vue des hommes. De plus, la dissimulation elle-même est une protection contre « les intrigues des hommes », contre le penchant au mal intérieur, et la protection sous la tente divine est une providence qui préserve de la querelle des langues. À partir de cette double action de grâce - la ville assiégée et le rocher des séparations -, David s'écrie : « Aimez Hachem, vous tous Ses fidèles ! », et conclut : « Fortifiez-vous et que votre cœur prenne courage, vous tous qui espérez en Hachem ! », invitant chacun à se renforcer et à persévérer dans cet élan, car l'attente de ceux qui espèrent en Lui ne sera jamais déçue. Puisse Hachem nous en accorder le mérite, amen et amen.