Le psaume 30 des Téhilim - "Mizmor chir 'hanoukat habayit le-David" - est un chant de reconnaissance pour la délivrance de la maladie et de la détresse. Dans ce passage, le roi David s'adresse aux 'hassidim (les hommes pieux), leur enseigne le secret du rapport entre l'instant de colère et la vie accordée par la bienveillance divine, révèle que toute la stabilité du corps ne dépend que de la seule volonté du Créateur, et conclut en affirmant que toute sa demande de vie n'a d'autre but que de chanter et de rendre grâce à Hachem.
זַמְּרוּ לַיהֹוָה חֲסִידָיו וְהוֹדוּ לְזֵכֶר קָדְשׁוֹ׃ - Chantez pour l'Éternel, vous Ses fidèles, et rendez grâce en souvenir de Sa sainteté.
Le roi David déclare : que les fidèles d'Hachem chantent pour Lui et proclament la louange du Saint béni soit-Il, qui est Sa louange essentielle, en soi. De plus, il ajoute : "Rendez grâce en souvenir de Sa sainteté". Le Malbim explique que l'action de grâce porte toujours sur les bienfaits accomplis par Hachem : on remercie toujours pour quelque chose - Tu as fait quelque chose pour moi, je Te remercie. Et cette reconnaissance s'adresse "au souvenir de Sa sainteté" : par ma gratitude, je me remémore les actes d'Hachem et Lui rends hommage. La reconnaissance découle toujours du souvenir de Ses bontés envers nous, et c'est pourquoi il est dit "rendez grâce" - en souvenir des bienfaits qu'Hachem a accomplis envers moi.
L'Ibn Ezra soulève ici une question intéressante : pourquoi s'adresser précisément à "Ses fidèles" ('hassidav) ? Une personne qui n'est pas un 'hassid ne devrait-elle pas chanter pour Hachem ? La réponse est que le roi David était lui-même un 'hassid - "Garde mon âme car je suis pieux", "Tu ne laisseras pas Ton fidèle voir la tombe", "les fidèles bontés accordées à David". C'est pourquoi David annonce aux fidèles : s'il vous arrive ce qui m'est arrivé, sachez qu'Hachem vous tirera de la détresse. Chantez pour Hachem, Ses fidèles - chantez et rendez grâce, car regardez : moi aussi je suis un fidèle comme vous, j'ai traversé l'épreuve et Hachem m'en a délivré et sauvé ; Il vous sauvera de même s'il vous arrive une telle épreuve.
כִּי רֶגַע בְּאַפּוֹ חַיִּים בִּרְצוֹנוֹ בָּעֶרֶב יָלִין בֶּכִי וְלַבֹּקֶר רִנָּה׃ - Car Sa colère ne dure qu'un instant, mais Sa faveur donne la vie ; le soir s'attardent les pleurs, et au matin vient le chant de joie.
"Car Sa colère ne dure qu'un instant" - même lorsqu'il y a un temps de rigueur et de courroux, combien de temps dure-t-il ? Nos Sages disent que la colère du Saint béni soit-Il ne dure qu'un instant. Et combien dure cet instant ? "Comme le temps de prononcer un mot". Les Tossafistes demandent déjà : que pouvait bien dire Bilam en un tel instant ? Ils répondent qu'il aurait pu prononcer un seul mot : "Kalem" - anéantis-les. C'est la durée d'un instant, rien de plus. Et Bilam savait viser précisément ce moment où Hachem Se met en colère, comme il est dit : "Ô Mon peuple, rappelle-toi ce qu'a tramé Balak" - rappelle-toi qu'en ces jours-là, le Saint béni soit-Il ne S'est pas mis en colère ; car s'Il S'était irrité ne serait-ce qu'un instant comme Il le fait chaque jour, Bilam aurait pu maudire. Il existe une autre opinion dans les Tossafot : s'il avait commencé sa malédiction à cet instant précis, même en continuant après, tout aurait suivi l'impulsion de ce premier instant et s'y serait rattaché.
Quoi qu'il en soit, le roi David vient nous enseigner : sache qu'Hachem est plein de bonté, et même s'il y a de la colère, elle ne dure qu'un instant par Son courroux. En revanche, "Sa faveur donne la vie" - l'abondance et le bien représentent la vie, et ils sont constants et non éphémères. La volonté constante d'Hachem est source de vie, tandis que la colère n'est que passagère.
Le Malbim ajoute encore : même au moment de la colère elle-même, il y a "la vie dans Sa volonté". Il existe une colère destinée à détruire, et une colère destinée à réparer et à guérir. Le courroux qu'Hachem a manifesté envers David avait pour but de le guérir, afin qu'il obtienne une réparation spirituelle. Tout ce que nous voyons - David pourchassé, Absalom le chassant de la royauté, David errant et frôlant la mort (car si le conseil d'Ahitophel n'avait pas été déjoué au dernier moment, il ne serait rien resté de David) - toutes ces épreuves qu'il a traversées faisaient suite à sa faute, comme il lui fut annoncé : "Voici que Je vais susciter contre toi le malheur du sein de ta propre maison". Mais David affirme : bien que Sa colère dure un instant, ce n'est pas une colère destructrice, mais une colère qui guérit et donne la vie. Hachem Se fâche contre moi, et par cette rigueur même, Il me guérit. "Sa faveur donne la vie" - Sa volonté était que je vive, et la colère n'avait pas pour dessein de faire mourir, mais d'effacer mes fautes, afin que par les épreuves, Il me redonne la vie.
Et la preuve que la colère est mesurée réside dans : "le soir s'attardent les pleurs, et au matin vient le chant de joie". Le soir, lorsque je me suis couché, c'était dans les pleurs, et le matin, à mon réveil, résonnait déjà le chant de joie. La durée des souffrances ne fut en fin de compte que du soir au matin, et la brièveté de ce temps de colère prouve que son unique but était de guérir. Selon cela, le sens est le suivant : le soir, l'homme s'endort dans les larmes, et au matin, il se relève avec des chants d'allégresse.
L'Ibn Ezra apporte ici une autre explication, assez novatrice, par voie d'allégorie : « le soir s'installent les pleurs pour la nuit » - ce sont les pleurs eux-mêmes qui vont dormir la nuit. Dès le soir, les pleurs se taisent et s'apaisent, l'homme ne pleure plus ; et lorsqu'il se lève au matin, la joie jaillit déjà. Ainsi, le verbe « yaline » (passer la nuit) s'applique aux pleurs. Toutefois, selon le sens littéral du verset - que l'Ibn Ezra mentionne également - le sujet est sous-entendu : le soir passe la nuit celui qui s'est couché en pleurant, l'homme qui est allé dormir passe la nuit dans les larmes.
Le Radak ajoute que ce n'est pas sans raison que la chose est comparée au soir et au matin : le soir est un temps d'obscurité, et symbolise toujours l'exil et la situation où l'homme se trouve plongé dans l'épreuve. Le matin, en revanche, représente toujours la lumière de la délivrance, l'abondance, la clarté et la joie. David HaMélekh déclare : cette colère dont j'ai parlé, par laquelle Hachem m'a fait prendre conscience de mes fautes, n'est que le châtiment infligé en ce monde - et cela ne dure qu'un instant ; mais la bienveillance et la promesse du pardon des fautes sont une longue vie, la vie du monde futur. « Le soir s'installent les pleurs », mais « au matin » vient la lumière, comme il est écrit : « La lumière de la lune sera comme la lumière du soleil, et la lumière du soleil sera septuple, comme la lumière des sept jours ». À présent, nous sommes dans l'obscurité de l'exil, mais viendra la lumière, et cette lumière est source d'abondance et de guérison.
וַאֲנִי אָמַרְתִּי בְשַׁלְוִי בַּל אֶמּוֹט לְעוֹלָם׃ - Et moi, je disais dans ma quiétude : Jamais je ne chancellerai.
Le Malbim explique : David affirme qu'il pensait autrefois que la vitalité et la santé étaient purement naturelles. Tant que le corps est sain, tout va bien ; on prend soin de soi, on mange équilibré, on prend des vitamines, on fait de l'exercice, et cela garantit la santé. « Je disais dans ma quiétude » - lorsque le corps était paisible et serein, j'étais convaincu que ma guérison et ma vigueur étaient d'ordre naturel, et c'est pourquoi « jamais je ne chancellerai », je ne m'effondrerai pas. Autrement dit, je croyais que tout dépendait de la santé physique. Et qu'ai-je découvert à présent ? Que tout dépend uniquement du vouloir d'Hachem et de Sa volonté.
יְהֹוָה בִּרְצוֹנְךָ הֶעֱמַדְתָּה לְהַרְרִי עֹז הִסְתַּרְתָּ פָנֶיךָ הָיִיתִי נִבְהָל׃ - Éternel, par Ta volonté Tu avais donné la force à ma montagne ; Tu as voilé Ta face, je fus terrifié.
J'ai compris qu'il n'en était rien. Par quelle force la vie de mon corps, assimilé à ma montagne, tenait-elle debout ? Par quoi cette montagne subsistait-elle ? Uniquement par Ta volonté. « Par Ta volonté Tu avais donné la force à ma montagne » pour qu'elle ait la vigueur de se maintenir - mon corps ne tenait dans son intégrité que par l'effet de Ta volonté, et non parce que je m'alimentais sainement. Et lorsque « Tu as voilé Ta face », la montagne a commencé à s'effondrer : « je fus terrifié », ses fondations mêmes ont vacillé. Il en ressort que la maladie ne fut pas un châtiment actif infligé par Hachem, mais qu'il Lui a suffi de voiler Sa face pour que la montagne commence aussitôt à crouler. Tant que la face d'Hachem est tournée vers l'homme, celui-ci tient fermement et dans toute sa vigueur ; dès qu'Hachem retire Sa présence bienveillante, tout se met à vaciller.
Il y a là un grand enseignement moral. On raconte l'histoire d'un couple de personnes âgées qui quitta ce monde et monta vers les hauteurs célestes. On examina leurs actions et l'on constata que, Baroukh Hachem, ils méritaient le Gan Éden ; on les y introduisit ensemble, inséparables dans la mort comme ils l'avaient été dans la vie. Arrivés au Gan Éden, émerveillés par la beauté et la splendeur des lieux, ils étaient comblés. Le mari se tourna alors vers son épouse et lui dit : « Tu vois ? Sans toi et ta nourriture diététique, nous aurions pu être ici il y a déjà vingt ans ! »
Il ne s'agit nullement de prétendre qu'il ne faut pas manger sainement, mais nombreux sont ceux qui pensent que tout dépend de cela. Il arrive de rencontrer des personnes qui respectaient scrupuleusement toutes les règles d'hygiène de vie - pain complet, céréales, sans graisses ni aliments nocifs - et qui, que le Ciel nous en préserve, sont pourtant décédées prématurément, frappées par la maladie. Le Rav Qora'h zts"l confiait d'ailleurs lui-même qu'il veillait méticuleusement à sa santé et que, selon ses calculs, il aurait dû vivre encore de nombreuses années, mais qu'Hachem en avait décidé autrement et avait d'autres desseins pour lui. En d'autres termes, prendre soin de sa santé ne garantit pas la vie, car d'autres facteurs spirituels peuvent créer une réalité bien différente.
On rapporte l'histoire d'un homme qui consulta une voyante. Elle le scruta et lui affirma : « Monsieur, je vois que ce qui causera votre mort, c'est la margarine. » À dater de ce jour, il refusa de toucher à la moindre trace de margarine, et ne regardait les bourekas qu'en photo. Un jour, en traversant la rue, une camionnette de livraison de margarine le renversa. En somme, certaines choses ne dépendent ni de la forme physique ni du sport pratiqué. Une fois encore, il ne s'agit pas de négliger sa santé, et chacun a le devoir d'y veiller ; mais comme le dit David HaMélekh : « Je disais dans ma quiétude : Jamais je ne chancellerai » - il ne faut pas s'imaginer que tout repose sur la robustesse du corps. Si tel est le vouloir d'Hachem, Il affermit notre montagne et elle reste inébranlable ; mais si Hachem voile Sa face, « je fus terrifié », et toute l'existence s'effondre, à Dieu ne plaise, jusqu'au bord du gouffre.
Cette réalité est également corroborée par les études. L'une des villes où l'espérance de vie est la plus longue est Bnei Brak, alors même que le principal exercice physique qu'on y pratique consiste à se balancer devant le shtender. Le kugel et le tcholent ne sont pas non plus réputés pour être des aliments de régime - le tofu ferait sans doute meilleure figure - et pourtant, on y vit très âgé. Quelle en est la leçon ? La longévité est intimement liée à l'âme. Quand l'âme est sereine, quand l'homme mène une vie droite, toutes les épreuves qu'il traverse sont vécues dans la confiance et la foi en Hachem : « Tous Tes flots et Tes vagues ont déferlé sur moi ». Dans le cas contraire, comme le veut la formule, ce n'est pas tant ce que l'on mange qui nous détruit, mais ce qui nous ronge de l'intérieur. Quand une personne est minée de l'intérieur, en proie au chagrin, aux querelles, à la colère et aux rancœurs envers le monde entier, c'est cela qui use l'être humain et attire toutes les souffrances. C'est pourquoi il faut savoir que la plénitude spirituelle et morale est la véritable source de la santé du corps.
אֵלֶיךָ יְהֹוָה אֶקְרָא וְאֶל אֲדֹנָי אֶתְחַנָּן׃ - Vers Toi, Éternel, j'appelle, et auprès de mon Seigneur j'implore grâce.
« Vers Toi, Éternel, j'appelle » - ma prière ne s'adresse qu'à Toi et à rien d'autre. « Et auprès du Seigneur j'implore grâce » - la prière est faite pour l'Éternel, c'est-à-dire que toute ma préoccupation est Sa gloire. Lorsque je demande ici la vie, ce n'est pas pour pouvoir manger encore quelques steaks, mais pour pouvoir mener une vie où je sanctifierai le Nom divin par mes actes, afin de pouvoir Te rendre grâce et Te servir. C'est là le but ultime pour lequel je demande à vivre.
מַה בֶּצַע בְּדָמִי בְּרִדְתִּי אֶל שָׁחַת הֲיוֹדְךָ עָפָר הֲיַגִּיד אֲמִתֶּךָ׃ - Quel gain y a-t-il dans mon sang, quand je descends dans la fosse ? La poussière Te louera-t-elle, proclamera-t-elle Ta vérité ?
« Quel gain y a-t-il » - quel profit en tireras-Tu, Maître du monde, si je meurs ? Tout le dessein pour lequel Tu as créé l'homme n'est-il pas qu'il Te serve, qu'il Te reconnaisse, qu'il parvienne après cent vingt ans à l'élévation spirituelle et à la proximité de D.ieu, à l'accession au Gan Éden ? Mais si je vis ici-bas pour ne récolter que le Guéhinom, pourquoi vivre ? Comme le disent nos Sages : il aurait mieux valu pour lui que son placenta se retourne sur son visage, il aurait mieux valu qu'il naquît avorton. « Quel gain y a-t-il dans mon sang » - quel profit y a-t-il dans ma vie si mon sort est de descendre dans la fosse ? Que gagne-t-on à vivre si c'est pour finir dans le Guéhinom ? Pourquoi m'avoir donné la vie, si ce n'est pour acquérir à travers elle la vie du monde futur ?
Et le Radak explique : après la mort des pécheurs, il ne subsiste rien de vivant, tout descend dans la poussière. C'est le sens de « quand je descends dans la fosse » : si l'homme n'est pas innocent et juste, tout descend dans la poussière, et « la poussière Te louera-t-elle, proclamera-t-elle Ta vérité ? » - la poussière ne Te louera pas et ne proclamera point Ta vérité. L'esprit doit retourner à D.ieu qui l'a donné, mais s'il n'a pas mérité de s'élever durant sa vie, il ne retournera pas à Lui. En revanche, si Tu m'accordes ce mérite ici-bas, en me pardonnant et en effaçant mes fautes, l'esprit finira par retourner à D.ieu. Il y a alors un gain dans mon sang, une utilité au fait que Tu aies insufflé en moi cette âme vivante - liée au sang -, cette vie ici-bas par laquelle j'acquiers le monde futur.
שְׁמַע יְהֹוָה וְחָנֵּנִי יְהֹוָה הֱיֵה עֹזֵר לִי׃ - Écoute, Éternel, et prends-moi en grâce ; Éternel, sois mon secours !
De grâce, Éternel, écoute et prends-moi en grâce - « prends-moi en grâce » signifie : relève-moi de la maladie ; « sois mon secours » - afin que je puisse Te rendre grâce.
הָפַכְתָּ מִסְפְּדִי לְמָחוֹל לִי פִּתַּחְתָּ שַׂקִּי וַתְּאַזְּרֵנִי שִׂמְחָה׃ - Tu as changé mes lamentations en danses pour moi, Tu as délié mon sac et m'as ceint de joie.
Le Malbim explique : voici que je constate que Tu écoutes effectivement ma prière dans ce seul et unique but - uniquement pour Te louer, et pour aucune autre fin. En effet, si Tu as changé mes lamentations en danses, c'est afin « que ma gloire Te chante » : par le fait que Tu as transformé l'oraison funèbre de ma maladie et m'as guéri, je pourrai louer et glorifier le Créateur.
Et le Malbim dépeint la scène : tous croyaient déjà que le roi David avait quitté ce monde. La maladie avait atteint un stade où chacun comprenait que ce n'était plus qu'une question d'heures avant le dénouement, et tout le monde s'était rassemblé pour prononcer son éloge funèbre. Soudain, David reprend vie - et tous ceux qui étaient venus faire l'éloge funèbre et se tenaient autour de son lit se mettent à faire des rondes. « Tu as changé mes lamentations » - cette oraison funèbre même - « en danses » : ils se sont mis à danser et à sauter de joie, dansant, louant et glorifiant l'Éternel.
Et ce n'est pas tout, mais aussi « Tu as délié mon sac ». Jusqu'à présent, j'étais vêtu d'un sac de toile rude, et le sac est le signe de l'expiation des fautes - celui qui cherche le pardon de ses péchés revêt un sac. C'est ainsi que nous trouvons chez le roi qui portait un sac et « marchait à pas lents », ainsi que chez Yoram où « le sac apparut par-dessous », montrant qu'il portait un sac sous ses vêtements. « Tu as délié mon sac » - j'étais revêtu d'un sac à cause de mes fautes, et maintenant Tu me le retires pour que je sache que ma faute est pardonnée. « Et Tu m'as ceint de joie » - à la place du sac, Tu m'as comblé de joie, car me voici gratifié du pardon de mes fautes. Et l'on peut ajouter, par jeu de mots : « Tu as changé mes lamentations en pardon pour moi » - ce deuil même est devenu une rémission ; ne lis pas « lemakhôl » (en danse), mais « lim'hol » (pour me pardonner).
לְמַעַן יְזַמֶּרְךָ כָבוֹד וְלֹא יִדֹּם יְהֹוָה אֱלֹהַי לְעוֹלָם אוֹדֶךָּ׃ - Afin que ma gloire Te chante et ne se taise point ; Éternel mon D.ieu, à jamais je Te louerai !
Tout cela « afin que ma gloire Te chante » - pour que l'âme en moi, appelée « gloire », puisse Te célébrer et chanter pour Toi. « Et ne se taise point » - qu'il n'y ait jamais de silence ni d'interruption dans le chant et la louange adressés à Hachem, qu'Il soit béni, mais que je puisse continuer à Te chanter sans cesse. Dès lors, puisque la fin ultime pour laquelle Tu m'as conservé la vie est que je Te chante, David Hamélekh s'exclame : moi aussi, j'agirai ainsi. « Éternel mon D.ieu, à jamais je Te louerai » - puisque Tu m'as accordé la vie pour que je sanctifie le Nom divin par mes actes, que je Te loue et Te célèbre, je promets d'agir de la sorte, et à jamais je Te rendrai grâce, je louerai et chanterai le Nom d'Hachem, qu'Il soit béni.
Le Maguid de Doubno propose ici une explication particulièrement originale. Il existe une joie positive : un homme gagne à la loterie, un enfant lui naît, une bonne subsistance s'offre à lui. Et il existe une joie consécutive au soulagement d'un malheur : il était gravement malade et a guéri, il était captif et a été délivré - de cela aussi, il se réjouit. Mais si l'on demandait à cet homme quelle joie il souhaiterait revivre à l'avenir, il choisirait assurément la première. Désirerait-il redevenir captif simplement pour savourer la joie de la libération ? Ou retomber malade pour goûter à nouveau au bonheur de la guérison ? Certainement pas. En revanche, il aimerait beaucoup gagner une nouvelle fois à la loterie, ou voir naître un autre enfant pour s'en réjouir. La première joie, il souhaite la revivre encore et encore ; quant à la seconde, il dit : ni le malheur ni la joie qui l'accompagne, je renonce à tout !
C'est pourquoi David Hamélekh affirme : « Afin que ma gloire Te chante et ne se taise point » - un chant perpétuel, pour que toujours « Éternel mon D.ieu, à jamais je Te loue ». Quelle est l'abondance que je Te demande ? Une abondance de bénédictions sur laquelle je désirerai sans cesse Te rendre grâce - c'est-à-dire que Tu m'accordes le bien, et non une abondance consistant à être secouru face au mal. Car être sauvé du mal - je ne désire point connaître de telles joies à l'avenir ; je recherche des joies où Tu ajoutes à mon bien-être, et c'est alors un chant qui ne se taira point. Mais un chant que j'entonne pour avoir été sauvé d'un malheur - je préférerais m'en taire : ni l'épreuve, ni le chant de délivrance. Je Te supplie donc : Maître du monde, accorde-moi des raisons de chanter qui soient du type « ne se taise point », afin que je continue à chanter pour toujours - et cela n'advient nécessairement que par l'octroi d'un bien véritable.
David Hamélekh enseigne aux hommes pieux de chanter pour Hachem en raison de Sa grandeur propre et de Lui rendre grâce au souvenir de Ses bienfaits, tout en leur annonçant que, de même qu'il a été sauvé, ils seront eux aussi délivrés. Il révèle que la colère divine ne dure qu'un instant tandis que la vie s'enracine dans une bienveillance constante, et que même la colère n'a pour but que de guérir et non de détruire - comme en témoigne sa brièveté : « Le soir s'installent les pleurs, et au matin l'allégresse ». Il reconnaît son erreur passée d'avoir cru que la sérénité corporelle garantissait son existence, alors que la montagne ne tient que par la volonté d'Hachem et s'effondre dès qu'Il voile Sa face. S'il a imploré la vie, ce n'est que pour l'honneur du Ciel - « Que gagnerais-Tu à mon sang » si je ne méritais pas le monde futur - et c'est pourquoi Hachem a transformé ses lamentations en danses, a délié son cilice et l'a ceint de joie. Il conclut par ces mots : « Afin que ma gloire Te chante et ne se taise point », ce qui, selon le Maguid de Doubno, constitue une prière pour que notre louange jaillisse toujours d'un surcroît de bien et non d'un sauvetage face au malheur : « Éternel mon D.ieu, à jamais je Te louerai ».