Dans cette partie du psaume, le roi David passe de la prière concernant la voie et l'étude à celle de la miséricorde et du pardon. Il s'adresse au Saint, béni soit-Il, et Lui rappelle les bontés reçues avant même d'avoir le moindre mérite, Lui demandant de continuer à répandre sur lui le bien aujourd'hui encore, sans lui imputer ses fautes ni ses transgressions. Suivons l'ordre des versets à la lumière des explications du Malbim, accompagnées des enseignements de Rachi, du Radak, d'Ibn Ezra, du Rama de Fano et du Maguid de Doubno.
זְכֹר רַחֲמֶיךָ יְהֹוָה וַחֲסָדֶיךָ כִּי מֵעוֹלָם הֵמָּה׃ - Souviens-Toi, Éternel, de Tes miséricordes et de Tes bontés, car elles sont de toute éternité.
Le Malbim explique : David vient dire : regarde, au commencement de ma formation, quand Hachem m'a comblé, en échange de quoi était-ce ? En échange de rien du tout. Celui qui n'existe pas encore ne peut évidemment pas servir Hachem, et l'on ne saurait dire que j'ai reçu quoi que ce soit en salaire de mes actes, puisque je n'existais pas encore. Lorsque le Saint, béni soit-Il, a créé l'homme, l'a développé dans le sein de sa mère, l'a fait venir au monde et l'a fait grandir jusqu'à ce qu'il parvienne à la raison, d'où tout cela vient-il ? Tout n'est que bonté d'Hachem, sans que l'homme puisse dire : « J'ai fait quoi que ce soit pour mériter cela ». Dès lors, tout ce dont il a bénéficié est une grâce gratuite. David supplie : de grâce, prolonge sur moi cette même bonté aujourd'hui encore, même si je n'en suis pas digne. Souviens-Toi de la miséricorde dont Tu as fait preuve à mon égard à une époque où il était impossible de chercher le moindre mérite chez moi, et ces bienfaits que Tu m'as alors accordés, dispense-les-moi maintenant encore.
« Souviens-Toi de Tes miséricordes », dit le Malbim, cela renvoie au fait que le Saint, béni soit-Il, a parachevé l'homme en le dotant harmonieusement de tous ses membres. C'est l'essence même de la miséricorde, présente dans chaque organe. En vérité, l'homme doit contempler chacun de ses membres et observer combien de bonté et de miséricorde Hachem a déployées envers lui. Prenez l'œil : imaginez qu'il fasse saillie hors du visage, combien d'entre nous auraient encore des yeux aujourd'hui ? Pourquoi Hachem l'a-t-il logé au creux d'une orbite interne ? Pour que tout coup heurte le crâne et non l'œil. Le nez, en revanche, est constitué de cartilage et non d'os ; s'il reçoit un choc, il reprend sa forme initiale, et il n'est pas aussi vulnérable que l'œil. Et pourquoi deux yeux ? Pour nous offrir la perception du relief et de la profondeur.
Et que l'on observe seulement l'œil : il possède des essuie-glaces permanents qui le nettoient sans cesse, car il est extrêmement sensible et la poussière l'agresse. Il est pourvu de paupières, de sorte que si l'on voit quelque chose d'inapproprié, on peut les fermer. Il a des cils qui empêchent la saleté de pénétrer. Et il a des sourcils qui, lorsqu'on transpire, retiennent la sueur pour l'empêcher de couler dans l'œil, car la sueur est salée. Quiconque a déjà travaillé au soleil et a reçu de la sueur dans les yeux sait combien c'est désagréable ; c'est d'ailleurs pourquoi les joueurs de tennis portent un bandeau sur le front pour l'absorber. Le Saint, béni soit-Il, a pensé à tout cela et a placé des sourcils au-dessus des yeux. On pourrait ainsi passer en revue chaque membre pour admirer les bontés d'Hachem envers l'homme.
Le Hovot HaLevavot rapporte une réflexion similaire. On demanda un jour à quelqu'un : « Si l'on te donnait un œil supplémentaire, où le placerais-tu ? » Il répondit : « Sur la nuque, à l'arrière de la tête ». Un autre lui rétorqua : « Pas du tout, ce n'est pas logique ! Moi, je le mettrais au bout du doigt : si je veux regarder derrière, je tends le doigt vers l'arrière ; si je veux voir sous la table, j'y glisse le doigt ; si je veux vérifier le contenu d'un sac, j'y introduis le doigt. C'est bien plus pratique ! » Dès lors, en apparence, Hachem aurait créé l'homme incomplet, puisqu'Il aurait très bien pu lui placer un œil sur le doigt.
Mais imaginez un peu ce que l'on pourrait faire avec sa main si l'on avait un œil sur le doigt ! Pourrait-on soulever quoi que ce soit ? Porter un objet ? L'œil est tellement délicat : pourrait-on s'habiller, boutonner un vêtement ? Quelle immense bonté Hachem nous a témoignée en ne plaçant pas d'œil sur nos doigts ! Et sur la nuque ? Est-on vraiment certain de devoir tout voir ? Hachem nous a créés de telle sorte que si l'on ne veut pas regarder, on peut tourner le dos. Et si l'on avait un œil sur la nuque, comment dormirait-on sur le dos ? Sans parler des cheveux, qu'il faudrait constamment couper pour dégager cet œil ! En somme, ce qu'Hachem a conçu est la perfection absolue. Et c'est là le sens des paroles de David : « Tes miséricordes » - car Tu m'as parachevé dans chacun de mes membres.
Qu'on regarde le doigt : imaginez qu'il soit un peu plus collant, tout ce que l'on saisirait collerait à la main ; on prendrait une feuille de papier sans pouvoir la lâcher. Et s'il était moins adhérent, essayez de tourner une page, essayez de tenir quelque chose, tout glisserait de la main. Hachem a créé le doigt avec un niveau d'adhérence si précis qu'il permet d'attraper les objets sans pour autant y rester attaché sans pouvoir s'en détacher. Observez le lézard : ses doigts sont bien plus adhésifs, car il doit grimper aux murs. Vous, vous n'avez pas besoin d'escalader les murs, c'est pourquoi vous ne possédez pas une telle adhérence. Chaque créature a été façonnée selon ses besoins.
Il en va de même pour les ongles : ce qui nous procure une prise solide, ce sont les ongles, qui forment comme un os à l'extrémité du doigt et nous aident à saisir. De plus, lorsqu'on veut attraper un objet minuscule ou très délicat, on le prend du bout des ongles. Sans même parler d'éplucher une orange. En somme, dans chaque détail, nous apercevons la bonté d'Hachem. C'est là le sens de « Tes miséricordes » (Ra'hamekha).
Que désignent « Tes bontés » (Vara'hassadekha) ? Le Malbim explique qu'elles correspondent aux facultés de l'intellect et de la compréhension. Hachem nous a fait la grâce de pouvoir appréhender Sa grandeur et Sa divinité, d'avoir une perception et une saisie de Lui, béni soit-Il, afin de ne pas être « comme un cheval, comme un mulet dénué de discernement ». Et pourquoi est-il dit « comme un mulet » (képéred) ? Car l'homme doit étudier le PaRDeS - Pchat, Remez, Drach, Sod - afin de connaître également la grandeur du Créateur. Lorsqu'il ne saisit pas la grandeur du Créateur, il reste « Péred » (mulet) : il possède le Pchat, le Remez et le Drach, mais il n'a pas appris le Sod (le secret).
On a coutume de rapporter ce mot d'esprit : les Séfarades sont très attachés à la Kabbala, et certains commencent à l'étudier avant même de maîtriser le sens littéral ; ils ouvrent déjà le « Pata'h Eliyahou », se plongent dans les textes ésotériques, ne savent encore rien du Talmud mais nagent déjà dans les Sphirot. Demandez-lui : as-tu étudié la Guémara ? As-tu commencé le Chass et les Décisionnaires ? Non, mais il est déjà dans la Kabbala. Où cela est-il suggéré ? Dans le mot « SFaRaD » : Sod, Pchat, Remez, Drach. Il commence par le Sod pour ne parvenir au Pchat qu'à la fin. En vérité, l'ordre devrait être l'inverse : PaRDeS - Pchat, Remez, Drach, et seulement à la fin, on accède au Sod.
Quoi qu'il en soit, le Sod représente cette bonté divine qui nous a ouvert les yeux pour percevoir Sa divinité et Sa vérité. C'est cela « Tes bontés » : l'esprit et la compréhension que Tu m'as accordés avec bienveillance pour me permettre de saisir Ta grandeur. Le Malbim explique que ces deux notions font écho aux deux requêtes formulées plus tôt par David, toutes deux remises entre les mains d'Hachem : sur le plan matériel, « Mon Dieu, en Toi je me confie », et Tu as pourvu à tous mes besoins matériels ; et sur le plan spirituel, « Fais-moi connaître Tes voies, Hachem », et Tu as comblé tous mes besoins spirituels en m'accordant le privilège de Te comprendre et de Te connaître. Et pour tout cela : « car ils sont de toute éternité », dès l'aube de la Création Tu me les as octroyés. De grâce, continue de dispenser sur moi ces forces à l'avenir.
Rachi explique ainsi « car ils sont de toute éternité » : la bonté d'Hachem s'exerce depuis toujours, dès les jours d'Adam HaRichon, à qui Tu avais dit : « le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement », et Tu lui as accordé un jour à Ton échelle, c'est-à-dire mille ans. En toute logique, Adam HaRichon aurait dû mourir le jour même où il a consommé du fruit de l'arbre de la connaissance. Comment se fait-il qu'il ne soit pas mort ? Nos Sages enseignent que le Saint, béni soit-Il, a compté ce jour selon Sa propre mesure, comme il est écrit : « Car mille ans sont à Tes yeux comme la journée d'hier qui s'enfuit ». La journée du Saint, béni soit-Il, équivaut à mille ans ; Il a eu pitié de lui et a interprété l'avertissement de mourir selon « Mon jour » et non « ton jour ». En fin de compte, Adam vécut neuf cent trente ans, car il offrit soixante-dix ans de sa vie à David - l'âme de David étant liée à celle d'Adam HaRichon, comme le rappelle l'acronyme ADAM : Adam, David, Machia'h, qui partagent cette même âme. Si donc Tu as manifesté Ta bienveillance dès cette époque et que Tu as agi avec tant de grâce depuis Adam HaRichon, souviens-T'en en ma faveur.
חַטֹּאות נְעוּרַי וּפְשָׁעַי אַל תִּזְכֹּר כְּחַסְדְּךָ זְכׇר לִי אַתָּה לְמַעַן טוּבְךָ יְהֹוָה׃ - Ne Te rappelle pas les fautes de ma jeunesse ni mes transgressions ; souviens-Toi de moi selon Ta bonté, pour l'amour de Ta bienveillance, Hachem.
Lorsque j'implore que Tu Te souviennes des bontés et des miséricordes dont Tu m'as comblé jusqu'à ce jour, ne mets pas en regard les fautes de ma jeunesse et mes rébellions. Pourquoi ? Parce que si Tu les mettais en balance, cela aggraverait considérablement mes péchés. On pourrait en effet me rétorquer : Tu as demandé que l'on se souvienne de Tes bienfaits ? Je me rappelle toutes les bontés que Je t'ai prodiguées : comment as-tu pu alors commettre de telles fautes ? Chaque transgression se retrouverait aussitôt grossie à la loupe et prendrait une ampleur démesurée, car plus la bonté reçue est grande, plus l'exigence envers l'homme s'accroît. « Selon Ta bonté » signifierait alors à la mesure de cette bonté ; or, si Tu me juges à l'aune de Tes bontés, malheur à moi, que resterait-il de mon existence ? C'est pourquoi David implore : rappelle-Toi des bienfaits, mais n'évalue point mes fautes selon cette même mesure.
C'est précisément le sens de « pour l'amour de Ta bienveillance, Hachem » : étant d'une infinie bonté, Tu Te remémores le bien sans garder souvenir du mal, selon le principe de « Il n'aperçoit point d'iniquité en Jacob », où le Saint, béni soit-Il, détourne pour ainsi dire Son regard du mal. En vérité, une telle requête relève presque d'une certaine audace : souviens-Toi des grâces accordées pour m'en prodiguer davantage, mais ne les compare pas à mes fautes pour les jauger sous le même rapport. Tu souhaites que l'on retienne l'un et que l'on oublie l'autre ? C'est à cela qu'il répond « pour l'amour de Ta bienveillance, Hachem » : d'un autre, je n'oserais jamais formuler une telle demande, mais auprès de Toi, dont la bonté est immense, je me permets d'adresser cette prière.
Que désignent « les fautes de ma jeunesse et mes transgressions » ('hataot né'ouraï oufcha'aï) ? Le Malbim explique : la faute ('hèt) provient des pulsions du corps. Pourquoi ? Parce que le terme 'hèt évoque l'inadvertance - « Si une âme commet une faute par inadvertance » - et non un acte purement délibéré. Lorsqu'un homme faute sous l'emprise du désir, cela s'apparente davantage à une méprise involontaire qu'à une faute préméditée, dans la mesure où son mauvais penchant l'a dominé. C'est pourquoi « les fautes de ma jeunesse » correspond à « Tes miséricordes » évoquées plus haut, par lesquelles Tu as parachevé mon corps de 248 membres et 365 tendons - et c'est en regard de cela que j'implore : ne Te souviens pas de ce que j'ai commis sous l'effet des désirs corporels.
Le pécha', en revanche, relève de la rébellion. Nos Sages affirment : « Les pecha'im, ce sont les révoltés. » Il s'agit d'un homme qui agit délibérément pour se rebeller contre Hachem ; ce n'est pas un égarement passager, mais un acte prémédité dans la pensée, une intention d'insoumission. Cela correspond à « Tes bienfaits », car la bonté divine a consisté à doter l'homme d'une âme et de l'aptitude intellectuelle à Le connaître. Et que fait-on de cette intelligence ? On s'en sert pour se rebeller contre Hachem. Ce n'est plus une faute dictée par une pulsion physique, mais une démarche délibérée, un système de rébellion. C'est pourquoi j'implore : ne Te souviens pas non plus de mes révoltes. Et que signifie « selon Ta bonté, souviens-Toi de moi, Toi » ? Le Malbim l'éclaire ainsi : ne Te remémore pas mes actes à moi de la même façon que Tu Te remémores les Tiens. Les bienfaits que Tu as prodigués, souviens-T'en et prolonge-les ; mais mes transgressions, efface-les de Ta mémoire. Ne retiens que les bonnes œuvres et la grâce, et Toi seul - ce que j'ai fait, oublie-le.
Le Radak explique : pourquoi associer les « fautes » ('hataot) à « ma jeunesse » ? Parce que les fautes commises durant la jeunesse relèvent bien davantage de la simple maladresse : l'esprit n'a pas encore atteint sa pleine maturité et l'on ne saurait tenir un jeune homme pleinement rigueur de ses actes, puisque son jugement, son discernement et sa réflexion ne sont pas encore parachevés. Et même si l'on prétendait qu'il a cherché à se rebeller - de quelle rébellion pourrait-il s'agir ? C'est encore un adolescent : que comprend-il vraiment, quelle maturité possède-t-il ? Même son intention d'insoumission découle d'un manque d'entendement et reste au niveau du simple 'hèt. En revanche, lorsqu'un homme grandit, franchit l'âge de vingt ans et dispose de sa pleine maturité d'esprit, la transgression qu'il commet est d'ores et déjà un pécha' et non plus un 'hèt. On pouvait invoquer la maladresse quand on était jeune ; désormais, on est un être responsable, et ce que l'on commet devient une rébellion, le choix délibéré d'affronter Celui qui vous a doté d'intelligence - et la gravité de la faute est alors incomparablement plus lourde.
Et que signifie « selon Ta bienveillance, souviens-Toi de moi, Toi » ? Le Radak précise : ne Te rappelle ni les égarements de ma jeunesse ni mes transgressions délibérées, mais souviens-Toi plutôt de Tes propres bienfaits, et use envers moi de grâce plutôt que de stricte justice. Et tout cela « pour l'amour de Ta bonté, Hachem » - car par moi-même je ne le mérite point, mais Ta bonté l'exige : puisque Tu es abondant en grâce, c'est au nom de cette infinie miséricorde qu'il convient de T'adresser une telle supplique.
טוֹב וְיָשָׁר יְהֹוָה עַל כֵּן יוֹרֶה חַטָּאִים בַּדָּרֶךְ׃ - Bon et droit est l'Éternel, c'est pourquoi Il enseigne aux pécheurs le chemin.
Puisque le Tout-Puissant est bon et droit, Il enseigne le chemin aux pécheurs. Les « pécheurs » ('hataïm) - comme nous l'avons précisé, ce mot renvoie à la maladresse et à l'égarement involontaire, et Hachem leur indique la direction à suivre. Rachi explique qu'il s'agit de la voie de la Techouva. Le Radak relève avec finesse que le mot badèrekh (« sur la voie ») porte un pata'h sous la lettre beit, qui tient lieu d'article défini - tout comme la lettre hé sert d'article, le beit vocalisé de la sorte a une valeur déterminative - : il ne s'agit donc pas d'un chemin quelconque, mais de la voie bien connue. Et quelle est-elle ? La voie du repentir. Pourquoi est-elle dite « connue » ? Parce qu'elle est établie depuis les origines du monde, depuis l'époque d'Adam : le Saint, béni soit-Il, enseigna alors la voie du repentir à Caïn, et Adam lui-même fit techouva. C'est donc sur cette voie connue depuis toujours qu'Il guide ceux qui ont trébuché.
Rachi rapporte un autre midrach : lorsqu'un homme commettait un homicide involontaire, il devait s'enfuir promptement vers une ville de refuge ; s'il n'y parvenait pas à temps, le vengeur du sang pouvait l'atteindre et le frapper en route. On lui adjoignait donc des érudits (talmidé 'hakhamim) pour l'escorter, et à chaque carrefour, à chaque embranchement, un panneau indiquait clairement : « Refuge, refuge », afin qu'il sache où diriger ses pas sans perdre un instant. À l'époque, personne ne disposait d'application GPS, et le fuyard risquait de s'égarer, de manquer la bifurcation et de ne plus savoir où aller - d'où la nécessité de signaux balisant sa route : « ici est la ville de refuge ». Tel est le sens de « Il enseigne aux pécheurs le chemin » : à celui qui avait fauté par inadvertance, qui avait tué par accident, on balisait la voie, accomplissant l'injonction « Tu te prépareras le chemin ». De même, parce qu'Hachem est bon, explique le Malbim, Il guide ceux qui ont trébuché par mégarde et leur indique la bonne direction.
יַדְרֵךְ עֲנָוִים בַּמִּשְׁפָּט וִילַמֵּד עֲנָוִים דַּרְכּוֹ׃ - Il guide les humbles dans la justice et enseigne aux humbles Sa voie.
Et du fait que l'Éternel est droit : « Il guide les humbles dans la justice et enseigne aux humbles Sa voie ». Il s'agit de ceux qui connaissent le chemin, mais qui rencontrent des obstacles et des empêchements pour accomplir ce qui est requis : par exemple, un homme a des besoins matériels, il est accaparé par ses soucis de subsistance (parnassa) et son cœur n'est pas libre pour saisir les voies de Dieu. À leur sujet, David demande : guide-les Toi-même afin qu'ils marchent dans la voie du droit (mishpat), c'est-à-dire la voie convenable. De même, « Il enseigne aux humbles Sa voie » : « Sa voie » est un chemin qui Lui est propre, selon le principe du « secret de l'Éternel pour ceux qui Le craignent ».
Le Malbim distingue ici entre « indiquer » (yoreh), « guider » (yadrekh) et « enseigner » (yelamed). Indiquer et enseigner s'appliquent à ce que l'on ignore, et c'est pourquoi on vous l'indique et on vous l'enseigne. Guider s'applique à celui qui en est incapable, à l'image d'une personne boiteuse qui avance péniblement et à qui l'on doit donner la main pour la guider. Et l'enseignement dépasse la simple indication. C'est pourquoi David demande ici que le Saint, béni soit-Il, enseigne aux humbles Sa voie : celui qui atteint le niveau de l'humilité, c'est à lui que le Saint, béni soit-Il, enseigne Sa voie intime, qui est la voie de la perception de Dieu et de l'attachement à Lui - comme nous l'avons vu précédemment, la prophétie. C'est la voie singulière propre à l'Éternel, et celui qui est humble mérite de l'atteindre. Et celui qui fut « l'homme le plus humble sur la face de la terre » a mérité la plus haute prophétie.
Plus l'homme prend peu de place, plus il laisse de place à l'Éternel, et plus il peut recevoir une prophétie d'un niveau élevé. En revanche, plus il occupe d'espace par son orgueil, moins il reste de place pour que la Présence divine s'attache à lui : « Lui et Moi ne pouvons habiter sous le même toit », « Les yeux hautains et le cœur enflé, Je ne puis le supporter ». C'est pourquoi l'Éternel montre aux humbles Sa voie intime, et c'est le sens de « Il guide les humbles dans la justice », par opposition aux pécheurs que nous avons évoqués précédemment.
Et pourquoi le pécheur (hote) est-il ainsi nommé ? Le Malbim explique que le pécheur est celui qui a manqué la cible. Comment dit-on en hébreu d'un archer qui n'a pas atteint la cible ? « Heheti » (il a manqué). « Hahitiah » signifie qu'il a raté le bon chemin et n'a pas touché au but. Ainsi, la faute (het) exprime le manque, comme dans le verset « et moi et mon fils Salomon serons fautifs » - c'est-à-dire lésés, en manque -, ou encore « tirant au cheveu sans manquer la cible » (lo yahati). Le pécheur pèche par inadvertance (shegaga), et parce qu'il n'est pas parvenu à la bonne destination, l'Éternel lui indique le chemin. Et le terme « derekh » désigne la grande voie centrale, à la différence des « orahot », ces sentiers secondaires plus étroits qui requièrent beaucoup de discernement. Le pécheur par inadvertance doit d'abord être remis sur la grande voie.
כׇּל אׇרְחוֹת יְהֹוָה חֶסֶד וֶאֱמֶת לְנֹצְרֵי בְרִיתוֹ וְעֵדֹתָיו׃ - Tous les sentiers de l'Éternel sont bonté et vérité pour ceux qui gardent Son alliance et Ses témoignages.
Ces sentiers (orahot) apparaissent dans le verset suivant. Même si, parfois, nous voyons pour ainsi dire que Dieu n'emprunte pas la grande voie mais un sentier particulier - un chemin étroit qui bifurque de la voie générale -, comme lorsqu'un juste souffre tandis qu'un impie prospère (tsadik vera lo, racha vetov lo), ce qui semble à première vue le contraire de la voie droite attendue, des voies sinueuses et non la conduite de justice et d'équité que l'on espérait voir, c'est à ce sujet que David déclare : « Tous les sentiers de l'Éternel sont bonté et vérité ». Même ces sentiers qui te semblent sinueux et déviants de la justice, sache qu'ils sont bonté et vérité : une bonté de Dieu et une vérité absolue, car « Il ne rend point de jugement sans fondement ». Si un homme se dit : « J'ai agi pour le bien et j'ai reçu du mal », sache que ce mal est pour ton bien, qu'il règle une autre dette, et que le Saint, béni soit-Il, t'a ainsi épargné un malheur bien plus grand. Les desseins du Ciel sont infinis, et c'est en cela aussi que réside la vérité : Dieu a agi envers toi avec bonté, et Son jugement est vérité et justice.
C'est pourquoi, lorsqu'une personne perd un proche, on lui demande de réciter : « Béni soit le Juge de vérité » (Baroukh Dayan HaEmet). C'est infiniment difficile, il s'agit d'un proche, et parfois - à Dieu ne plaise - d'enfants en bas âge et de drames bouleversants. Pourtant, Dieu est le Juge de vérité, et il n'y a pas d'autre bénédiction à prononcer que celle-ci : Dieu juge selon une vérité absolue. Ainsi, tous les sentiers de Dieu, non seulement les grandes voies manifestes et claires, mais aussi les sentiers cachés où l'on ne distingue plus de direction, et où l'on perçoit au contraire des événements qui semblent contredire la bonté divine, tout relève de la bonté et de la vérité. Parfois, le juste subit ici-bas une épreuve légère afin d'expier et de recevoir une récompense intégrale dans le monde futur ; parfois, au nom de la vérité, Dieu patiente avec le méchant pour qu'il fasse techouva et s'amende ; et d'autres fois encore, pour que sa mesure se comble et qu'il perde sa part dans le monde futur.
Et à qui tout cela est-il manifeste ? « À ceux qui gardent Son alliance et Ses témoignages ». Ce sont eux qui savent véritablement que tout n'est que bonté et vérité. Quiconque ne garde pas Son alliance ni Ses témoignages, et n'observe pas Ses commandements, a toujours des objections et toujours des questions. Mais remarquez bien : dès qu'un homme commence à accomplir les mitsvot, soudain, il n'a plus de questions. Des personnes désireuses de se rapprocher de la foi arrivent au départ débordantes d'interrogations comme une grenade est pleine de grains ; or, si on les accueille et qu'on leur dit : « Viens, commence par accomplir une mitsva, commence par quelque chose », soudain, elles n'ont plus de questions. Qui a répondu à leurs doutes ? C'est une chose prodigieuse. La raison en est qu'au fond, la plupart des questions ne naissent pas d'une recherche sincère mais constituent des prétextes : on veut se justifier de ne pas agir, et aussitôt, on soulève des questions.
Comme cette histoire d'un Juif orthodoxe qui passait près d'une manifestation de laïcs. Une manifestante l'aperçoit et se met à crier : « Va faire l'armée ! ». Il sort son livret militaire et lui montre : « J'ai fait trois ans d'armée, et j'ai même servi comme engagé ». Elle réplique : « Alors va travailler ! ». Il sort un autre document montrant qu'il est salarié de longue date dans une entreprise. Que lui restait-il à dire ? « Alors va au diable ! ». Il lui répondit : « Pourquoi ne pas l'avoir dit d'emblée ? Puisque c'est ce que vous vouliez me dire, autant le déclarer tout de suite. Pourquoi habiller cela avec l'armée et le travail ? Votre but était de m'envoyer au diable, à quoi bon ces faux-semblants ? ». De la même façon, lorsqu'une personne s'engage dans la pratique, soudainement les objections s'évanouissent. Les « pourquoi ci et pourquoi ça » ne sont que des prétextes, car on se complaît là où l'on se trouve. Mais ceux qui gardent Son alliance et Ses témoignages savent que tous les sentiers de l'Éternel sont bonté et vérité. Commencez à observer les mitsvot, et vous verrez toutes vos questions s'évaporer.
לְמַעַן שִׁמְךָ יְהֹוָה וְסָלַחְתָּ לַעֲוֺנִי כִּי רַב הוּא׃ - Pour l'amour de Ton nom, Éternel, pardonne ma faute, car elle est grande.
Ce verset est des plus déroutants, et chacun des commentateurs s'efforce, à sa manière, de le résoudre. Lorsqu'un homme vient demander pardon à son prochain, bien au contraire - il tente de minimiser ce qu'il a fait et non de l'amplifier, car c'est précisément ce qui permet d'obtenir le pardon : puisque la faute n'était pas si grave, pardonne-moi. Mais venir dire : « Pardonne-moi parce que la faute est grande » ? C'est inconcevable. « Pardonne mon iniquité car elle est grande » - est-ce parce qu'elle est grande que je devrais te pardonner ? À l'inverse, « car elle est grande » est une raison de ne pas pardonner ! Comment la requête de David peut-elle donc se concevoir ?
Le Malbim explique que le verset revient sur la prière précédente, et le terme « pour l'amour de » (Lema'an) se rapporte ici à ce qu'il demandait plus tôt : « Ne Te souviens pas des fautes de ma jeunesse ni de mes transgressions ». Pourquoi formulé-je une telle demande ? Pour l'amour de Ton Nom, Hachem. Et son éclairage novateur réside dans le fait que « car il est grand » (ki rav hou) ne se rapporte pas à la faute, mais à « Ton Nom, Hachem » : c'est pour l'amour de Ton Nom, Hachem, que j'implore « et Tu pardonneras mon iniquité », car grand et immense est Ton Nom - et dès lors, il Te sied de faire grâce et de pardonner. De plus, je ne Te demande pas seulement de me pardonner les transgressions délibérées (pecha'im), mais aussi l'iniquité ('avon), qui est plus grave encore. Et pourquoi pardonnerais-Tu ? Parce que Ton Nom est miséricorde et que Tu es plein de compassion, et puisque Ton Nom est grand et immense, Tu es prodigue en pardon.
Et qu'est-ce qu'un 'avon (iniquité) ? Le Malbim précise que le 'avon, à la différence du pécha', provient d'une perversion de l'intellect. Lorsqu'un homme commet une faute involontaire (hêt), c'est par inadvertance ; lorsqu'il transgresse volontairement (pécha'), ce n'est pas forcément par esprit de rébellion intellectuelle. En revanche, lorsqu'il commet un 'avon, c'est-à-dire sciemment et par dévoiement de la raison, il a déjà développé une idéologie pour justifier ses fautes et leur a trouvé des alibis intellectuels. C'est presque un point de non-retour, car dès lors qu'il commence à justifier ses actes, il devient extrêmement difficile de l'amener à la téchouva. C'est précisément à ce sujet que David implore : « et Tu pardonneras » (vesala'hta). Or, le terme de seli'ha (pardon), souligne le Malbim, est le plus élevé de tous les termes désignant la rémission des fautes - il y a la me'hila, il y a la kapara, et d'autres expressions encore, mais le pardon complet (seli'ha) les surpasse tous. Je Te demande de pardonner, c'est-à-dire d'effacer totalement, bien qu'il s'agisse d'une faute née d'un égarement de l'esprit - car Ton Nom est grand et immense, et Tu es riche en bonté.
Le Radak explique : « Pour l'amour de Ton Nom, Hachem » - puisque Ton Nom est qualifié de bienveillant et clément, je Te demande de pardonner mon iniquité. Et le Radak relève avec précision qu'il n'est pas dit « et Tu pardonneras mes iniquités », mais bien « mon iniquité » au singulier - il s'agit en effet d'une faute précise, la plus grave parmi les fautes de David, celle liée à Batsheva. David dit ici : bien que j'aie imploré de Ta part le pardon pour mes manquements et mes transgressions, j'ai à présent une supplique particulière pour une faute singulière, plus lourde que toutes les autres, et c'est pour elle que je reviens Te prier une seconde fois. Dès lors, « car elle est grande » explique pourquoi j'isole cette prière de la supplication générale formulée plus haut : étant donné qu'il s'agit d'une faute majeure, je lui consacre une demande spécifique.
Ibn Ezra affirme que « car elle est grande » n'est pas invoqué comme motif de pardon, mais dans le sens de « bien que » ou « quoique » - car le mot hébreu « ki » revêt de multiples significations. « Et Tu pardonneras mon iniquité, bien qu'elle soit grande » : je Te demande de me pardonner, même si la faute est lourde et que je sais son expiation difficile. Ce n'est donc pas parce qu'elle est grande qu'elle mériterait le pardon - bien au contraire ! Mais pardonne-moi malgré la gravité de la faute. C'est exactement ainsi que Moché Rabbénou a intercédé en disant : « car c'est un peuple à la nuque raide » : pardonne-leur, Tu sais pertinemment qu'ils sont un peuple obstiné et rebelle - et malgré tout, pardonne-leur.
Le Rama de Fano propose ici un enseignement novateur, profond et célèbre. Il est bien connu que le fondement de la téchouva réside dans le vidouï (l'aveu) ; bien plus encore, selon le Rambam, la Torah ne comporte pas de commandement positif distinct pour la téchouva elle-même, mais uniquement le précepte du vidouï - « et ils confesseront leur faute » constitue, selon lui, la mitsva positive de la téchouva. Et reconnaître « j'ai fauté » est l'élément essentiel, car tant que l'homme ne s'est pas confessé, il est écrit : « Me voici entrant en jugement avec toi parce que tu dis : Je n'ai point péché » - Hachem dit : Je te jugerai pour avoir prétendu n'avoir point commis de faute. Or, a priori, si l'on a fauté, que le jugement porte sur la faute elle-même ; pourquoi juger sur « le fait que tu dis : Je n'ai point péché » ? C'est que le pire est précisément de prétendre « je n'ai pas fauté » : lorsqu'un homme a fauté mais reconnaît son tort, il finira par faire téchouva ; mais lorsqu'il nie, il ne reviendra jamais. L'aveu est donc primordial.
Or, nous avons une règle halakhique : « Celui qui avoue une amende est exempté » (Modé békénass patour). Les lois d'amendes (kenassot) désignent toutes les situations où le paiement exigé ne correspond pas à la valeur réelle du dommage causé. Un voleur paie le double (kefel) - ce qui ne correspond pas au dommage strict, car le dommage est le capital (keren) et le paiement supplémentaire est une amende. Les paiements au quadruple ou au quintuple (arba'a va'hamicha) sont une amende ; l'amende du séducteur ou du violeur de cinquante sicles d'argent ou de cent sicles, montant fixé par la Torah indépendamment du dommage, est une amende ; les trente sicles pour l'esclave tué, une amende. Toutes les sommes forfaitaires fixées par la Torah, ou qui ne correspondent pas à l'exact préjudice, constituent des amendes. Et si un individu a volé et s'est empressé d'aller devant le tribunal rabbinique (Beth Din) en disant : « Messieurs, j'avoue, j'ai volé » - on lui dit : « Paie le capital », car celui qui avoue une obligation d'amende en est exonéré. C'est une halakha unanime et indiscutée, enseignée dans Baba Kama page 74.
Et que se passe-t-il s'il a été assigné en justice et ne se présente au tribunal qu'après avoir été pris au piège, disant alors : « Oui, j'avoue, j'ai volé », dans le seul dessein d'échapper à l'amende ? On lui répond : « Il est trop tard. Tu pouvais avouer l'amende avant leur intervention ; maintenant que des témoins sont venus témoigner contre toi, ton aveu est sans effet ».
À présent, la question devient plus complexe : quel est le statut juridique si j'ai avoué devant le Beth Din avoir volé, que l'on m'a déclaré dispensé de l'amende au titre de la règle selon laquelle celui qui avoue une amende en est dispensé (*modé biknas patour*), et que deux minutes plus tard des témoins arrivent et déclarent : « Messieurs, sachez qu'un tel a volé et nous venons en témoigner » ? Doit-on considérer que ton aveu est désormais superflu, puisqu'il y a des témoins qui attestent ton vol, et que tu dois par conséquent payer l'amende ? Ou bien affirme-t-on : je me suis présenté avant l'arrivée des témoins, j'ai avoué l'amende alors qu'aucun témoin n'était encore là, et ils ne sont venus qu'après coup - je suis donc déjà acquitté ? C'est l'objet d'une controverse entre Rav et Chmouel : Rav soutient que celui qui avoue une amende avant la venue des témoins est dispensé ; Chmouel soutient que celui qui avoue une amende alors que des témoins viennent ensuite reste redevable, car son aveu est désormais inutile et voilà que des témoins viennent le condamner.
Il s'ensuit que tout le principe de la techouva entre l'homme et l'Omniprésent ne peut tenir que selon l'opinion de Rav, et non selon celle de Chmouel. En effet, lorsqu'on se présente et qu'on déclare « j'ai fauté, j'ai commis une iniquité, j'ai transgressé » - que se passe-t-il alors ? Les anges d'en haut viennent témoigner eux aussi, car les yeux d'Hachem parcourent toute la terre, et des anges circulent, observent les actes des hommes et viennent témoigner contre eux. Ces anges arrivent et déclarent : « Un tel a commis telle et telle faute. » Le Saint, béni soit-Il, leur répond : « Il a déjà avoué. » Des témoins se sont présentés après qu'il a déjà fait son aveu et sa confession - et selon Rav, celui qui avoue avant l'arrivée des témoins est dispensé de l'amende. Mais selon Chmouel, à quoi servirait le vidouï ? Des témoins ont fini par arriver, et selon lui, celui qui avoue une amende suivi de la venue de témoins reste condamné. Il apparaît donc que toute l'efficacité du vidouï ne fonctionne que selon l'avis de Rav.
Et c'est précisément ce que dit le roi David : « Pardonne ma faute, car elle est grande (*ki rav hou*) » - Maître du monde, pardonne ma faute, car la halakha suit Rav ! « *Rav hou* » : la halakha est conforme à Rav, pardonne donc ma faute. C'est prodigieux !
Dès lors s'éclaire un *midrash peli'ah* (un midrash énigmatique) cité dans le *Damések Eliézer*, midrash tout à fait saisissant : « Malheur ! Qui survivra quand Dieu aura établi cela (*Michoumo El*) ! » - ainsi parla Bil'am - c'est ce qui est écrit : « Pardonne ma faute, car elle est grande (*ki rav hou*) ». Quel rapport y a-t-il entre « Qui survivra quand Dieu aura établi cela » et « Pardonne ma faute, car elle est grande » ? D'après notre explication, le lien apparaît merveilleusement : le mot « *michoumo* » s'écrit sans la lettre *vav*, et peut se lire comme s'il était écrit « *mi-Chmouel* » (de Chmouel) : qui pourrait survivre selon la doctrine de Chmouel ? Car chaque fois que l'on se confesse, des anges viennent ensuite témoigner, entraînant notre condamnation ; qui pourrait vivre ainsi ? C'est ce que dit le Midrash : malheur, qui survivra selon Chmouel ? Voilà le sens de « Pardonne ma faute, car la loi suit Rav (*ki rav hou*) » : seule la position de Rav nous permet de subsister. Ce n'est que selon lui que la techouva et le vidouï sont opérants, car même si des anges viennent ensuite témoigner de mes fautes, j'ai déjà avoué - et d'après Rav, une fois l'aveu formulé avant la comparution des témoins, on ne peut plus être condamné.
Le Maguid de Doubno explique lui aussi la difficulté que nous avons soulevée : est-ce parce que la faute est grande qu'elle mérite le pardon ? C'est pourtant tout le contraire ! À quoi cela est-il comparable ? Il arrive qu'un débiteur fasse faillite, accablé de dettes écrasantes. On réunit alors l'ensemble des créanciers, et le débiteur tente de parvenir à un compromis avec eux pour voir ce qu'il est possible de sauver : certains renoncent à une part, d'autres acceptent un rééchelonnement, une décote substantielle ou divers arrangements. Et si vous êtes un simple travailleur modeste qui peine à joindre les deux bouts et n'a guère de quoi manger, vous vous estimez heureux d'obtenir ne serait-ce qu'une miette. Souvent, avec ce genre de débiteurs, on vous alloue une mensualité dérisoire de quarante chekels par mois pendant quatre cents ans ; vous finirez par récupérer votre argent, sinon vous, du moins vos petits-enfants ou vos arrière-petits-enfants. On étale les dettes.
Le Maguid de Doubno poursuit : en temps ordinaire, lorsqu'un homme a contracté une dette envers autrui, il cherche toujours à la minimiser : « Ce n'est qu'une petite somme, ne t'inquiète pas, je te rembourserai, ce n'est rien, sois tranquille. » Mais dans ce cas de figure, lorsqu'on rassemble tous les créanciers, la démarche est inverse : « Messieurs, je vous demande de comprendre : l'entreprise est au bord du gouffre. C'était autrefois une affaire florissante, mais elle est morte depuis longtemps. Et sachez qu'en dehors de ce que vous savez, d'autres dettes pèsent sur moi : trente ans de taxes impayées, et ceci encore, et le prêt immobilier n'a jamais été remboursé... » D'une dette que l'on estimait à cinq cent mille dollars, on découvre qu'elle s'élève en réalité à vingt millions ! Que fait-il ? Il gonfle la dette au maximum, afin qu'on finisse par lui dire : « Très bien, donne ce que tu peux, donne cent cinquante dollars par mois, donne n'importe quoi, pourvu que nous voyions le bout du tunnel, donne quelque chose ! »
C'est exactement ce que dit ici le roi David : Maître du monde, que pourrions-nous avancer devant Toi ? Pourrions-nous accomplir une techouva complète pour toutes nos fautes ? Nos iniquités ont dépassé notre tête, la faute est si grande et démesurée ! Si pour chaque transgression nous devions jeûner selon le nombre de jeûnes prescrit par le saint Ari, un homme vivrait deux mille ans sans parvenir à expier toutes ses fautes. Dès lors, Maître du monde, puisque notre faute est immense, contente-Toi d'une techouva minimale, d'un geste accompli en surface, hélas bien superficiel, et non d'une véritable réparation proportionnée à chaque faute. « Car elle est grande » (*ki rav hou*) : puisque la dette est devenue colossale, agrée ne serait-ce qu'une parcelle de techouva pour nous en tenir quittes. Telle est l'explication du Maguid de Doubno, elle aussi tout à fait remarquable.
Le roi David rappelle devant le Saint, béni soit-Il, Ses bienfaits depuis les origines de la création - la miséricorde manifestée dans l'agencement parfait du corps et de tous ses membres, ainsi que la bonté accordée à travers l'intellect et le discernement pour reconnaître son Créateur - et il implore que cette même grâce gratuite continue de s'étendre sur lui aujourd'hui. Il demande que ne soient rappelées ni les fautes de sa jeunesse issues des désirs corporels, ni ses transgressions nées de la rébellion, et qu'elles ne soient pas mesurées à l'aune de la grandeur du bienfait divin, mais « en vertu de Ta bonté, Éternel », Lui qui ne s'arrête pas sur l'iniquité. Et parce qu'Hachem est bon et droit, Il enseigne aux pécheurs involontaires la voie bien connue, celle de la techouva, et guide et instruit les humbles dans Sa voie singulière. Toutes Ses voies, même les plus cachées ou celles qui semblent tortueuses, sont bonté et vérité - ce que savent ceux qui gardent Son alliance et Ses témoignages. Enfin vient cette requête déconcertante : « Pardonne ma faute, car elle est grande », éclairée selon plusieurs approches : car Ton Nom est grand (Malbim) ; car il s'agit d'une faute particulière qui requiert une prière distincte (Radak) ; bien qu'elle soit grande (Ibn Ezra) ; car la halakha suit Rav, selon qui l'aveu d'une amende avant la comparution des témoins dispense du paiement (Rabbi Menahem Azaria de Fano) ; et enfin, parce que devant l'immensité de la dette, nous Te demandons d'agréer le peu de techouva dont nous sommes capables (le Maguid de Doubno).