Le psaume 21 est un psaume de reconnaissance et de réjouissance face aux succès du roi. Il s'articule entièrement autour d'un point fondamental : la différence entre un salut provenant de la chair et du sang et un salut venant du Saint, béni soit-Il. Nous commencerons par examiner l'identité du « roi » mentionné dans ce psaume, nous verrons comment les chrétiens l'ont interprété et comment le Radak a réfuté leurs arguments, puis nous étudierons, selon notre habitude, les versets à la lumière du Malbim.
לַמְנַצֵּחַ מִזְמוֹר לְדָוִד׃ - Au chef des chantres, psaume de David.
Dans ce psaume également, les avis divergent quant au personnage dont il est question. Le Radak rapporte une première explication selon laquelle le psaume a été composé au sujet de David : c'est-à-dire que le poète chante au sujet du roi David, et que ce n'est pas David lui-même qui l'a prononcé. Le Targoum, ainsi que le Midrach Chokher Tov et d'autres commentateurs, affirment quant à eux que ce psaume a été composé par David au sujet du Roi Machia'h. Selon cette approche, « Au chef des chantres, psaume de David » signifie que David lui-même l'a entonné par Roua'h Hakodech (esprit de prophétie) à propos du Roi Machia'h, son descendant ; et les ennemis mentionnés dans le psaume sont Gog et Magog qui assiégeront Jérusalem.
Le Radak présente une autre possibilité : « לדוד » signifierait « au sujet du Machia'h David », car David lui-même serait le Machia'h. Il ne faut pas s'en étonner, car il est écrit dans Yé’hezkel (chapitre 37), dans la description de l'édification du Troisième Temple : « et David, Mon serviteur, sera leur prince pour toujours » (comme cela est développé plus largement dans les cours sur le livre de Yé’hezkel). Selon cette interprétation, David est lui-même le Machia'h pour les temps futurs, et c'est à son sujet que l'on chante ici.
Le Radak relève ici un fait remarquable : les chrétiens interprètent ce psaume en l'appliquant à cet individu (que son nom soit effacé), et le Radak s'étend longuement pour réfuter leur thèse. Il a déjà été rappelé à plusieurs reprises que le Malbim prenait d'extrêmes précautions pour ne jamais mentionner explicitement le christianisme dans son commentaire, car il vivait parmi les chrétiens et subissait de cruelles persécutions. Malheureusement, ses persécuteurs comptaient des membres de notre propre peuple, issus du mouvement des Maskilim, qui le calomniaient et le dénonçaient lourdement aux autorités. Ils connaissaient sa force, et le combat principal portait sur l'étude des Écritures : ils soutenaient que la Bible était l'œuvre de plusieurs auteurs à différentes époques, tandis qu'il leur démontrait qu'ils ne savaient pas lire et ne comprenaient rien au texte - ces « critiques bibliques » n'avaient fait qu'une visite superficielle des textes, sans en saisir le véritable sens. Cela leur était insupportable, et il dut mener contre eux de rudes batailles, comme cela a été rappelé dans l'introduction au commentaire du Malbim. Telle est leur coutume insensée jusqu'à notre génération : ces esprits éclairés parmi nous recourent constamment à la délation.
Ainsi, les détracteurs contemporains du Malbim scrutaient ses écrits en quête d'un mot ou d'une allusion compromettante, puis allaient le dénoncer auprès du pouvoir - ils allaient trouver les autorités chrétiennes pour leur dire : voyez ce qu'il a écrit sur vous ! C'est la raison pour laquelle il a été démontré à plusieurs reprises combien le Malbim était prudent : lorsqu'il évoquait le christianisme, il ne le faisait que par de discrètes allusions ; alors qu'il parlait librement de l'Islam, il restait très allusif sur le christianisme. Le Radak, quant à lui, grâce à D.ieu, ne rencontrait pas ces obstacles et pouvait donc s'exprimer ouvertement.
Le Radak explique : les chrétiens interprètent ce psaume au sujet de cet individu, mais tu pourras leur répondre verset par verset. « Éternel, dans Ta force le roi se réjouit » : sans la force du Père, il n'y aurait aucune force pour le fils. Si le roi tire sa joie de la puissance du Saint, béni soit-Il, c'est qu'il est intrinsèquement faible ; et s'il est faible, il ne saurait être divin. Vous prétendez qu'il est un dieu, or le texte montre qu'il a besoin de la force d'Hachem.
« Tu lui as accordé le souhait de son cœur », « Car Tu l'as devancé par des bénédictions de bien » : tout ce qui le concerne dépend d'autrui. On constate qu'il est soutenu, dépendant, et qu'il s'en remet à autrui pour que lui soit accordé le souhait de son cœur et que le Saint, béni soit-Il, lui vienne en aide. S'il était un dieu, selon leur dogme impur de la trinité, pourquoi aurait-il besoin d'un autre ?
« Il t'a demandé la vie, Tu la lui as accordée » : si l'on entend par là la vie charnelle, cet homme-là n'a pourtant pas vécu longtemps, et il s'avère donc qu'il a demandé sans rien recevoir. Et si l'on prétend qu'il s'agit de la vie spirituelle, que lui a-t-Il donc accordé ? D'après vos dires, ne la possédait-il pas déjà depuis l'origine, puisque vous prétendez qu'il est né de l'esprit saint et qu'il est divin ? Dès lors, pour le corps, cela ne s'est pas réalisé, et quant au plan spirituel, vous affirmez déjà qu'il l'avait d'emblée - que signifie donc : « Il t'a demandé la vie » ?
« Grande est sa gloire par Ton salut » : cela sous-entend que sans Ton salut, sa gloire ne serait pas grande ; or, si tel est le cas, il n'est pas un dieu, car il a besoin de secours. Et si l'on veut dire qu'il s'agit de la chair, de son vivant il n'a été que méprisé, rejeté et persécuté - ni grand, ni glorieux.
« Car le roi met sa confiance en l'Éternel, et par la bonté du Très-Haut, il ne vacille pas » : s'il s'agit de la divinité, elle n'a nullement besoin de se confier en autrui ni de la bienveillance d'en haut pour ne pas chavirer. Et si l'on avance qu'il s'agit de la chair, de son corps dans ce monde - il a bel et bien vacillé, puisqu'en fin de compte il fut pendu au gibet. Et il en va de même pour l'ensemble du psaume, fait remarquer le Radak. Il s'avère ainsi que, fidèle à ses habitudes, le christianisme a toujours nourri des ignorants ; chaque fois qu'ils tentent d'apporter une preuve à partir des Écritures, il apparaît qu'une compréhension élémentaire du texte leur fait défaut. On le constate en d'innombrables passages, et en voici un nouvel exemple.
Le Malbim explique que dans ce psaume, David décrit ses réussites - depuis le moment où il fut oint comme roi, la promesse que la royauté serait un héritage pour ses fils, et ses victoires sur ses ennemis. Entre autres, il y est fait allusion à la manière dont il mesura Moab avec deux cordes pour les mettre à mort : il les fit coucher au sol et mesura avec un cordeau à deux reprises pour faire périr ceux-là, tandis qu'il laissa vivre le tiers restant. Deux parts pour la mort, et une part pour la vie.
Comme nous l'avons expliqué lors de notre étude, la raison en est que Moab avait assassiné Yichaï, le père de David, qui était un Juste, fondement du monde. Lors de sa fuite, David avait confié son père et sa mère à leur garde, car il redoutait Chaoul et craignait qu'on ne leur fît du mal, mais c'est précisément Moab qui les mit à mort. C'est pourquoi David tira vengeance d'eux et mesura deux cordes pour la mort et une corde pour la vie - il tua deux tiers et en épargna un tiers.
Les deux premiers versets constituent en réalité l'introduction du psaume, et le mot « Séla » à leur terme le démontre, conformément au principe du Malbim : « Séla » indique l'achèvement d'un thème.
יְהֹוָה בְּעָזְּךָ יִשְׂמַח מֶלֶךְ וּבִישׁוּעָתְךָ מַה יָּגֶל מְאֹד׃ - Éternel, en Ta force se réjouit le roi, et en Ton salut, combien son allégresse est grande !
Le Malbim fait remarquer qu'un roi ne se réjouit jamais de la puissance d'un autre roi. Un homme qui doit recourir à l'aide d'un être de chair et de sang n'en tire aucune grande joie, car cela prouve sa propre faiblesse et son état de dépendance. Un pays comme le Koweït, contraint de faire appel à la protection des États-Unis, n'en tire aucune gloire : cela démontre son incapacité à faire face par ses propres moyens, et l'on n'en fait pas un sujet de triomphe ni de liesse. En revanche, lorsque le Saint, béni soit-Il, délivre le royaume, on peut alors chanter, se réjouir et proclamer haut et fort : « J'ai mérité le salut d'Hachem ! » C'est pourquoi « Éternel, en Ta force se réjouit le roi » - lorsque c'est Toi qui donnes la force, et « en Ton salut, combien son allégresse est grande » - lorsque Tu es le Sauveur, la joie et l'allégresse sont immenses.
Mais que signifie ce dédoublement dans le verset, et quelle distinction y a-t-il entre la force (Oz) et le salut (Yéchoua), ou entre la joie (Sim'ha) et l'allégresse (Guila) ? Le Malbim répond, comme nous l'avons déjà constaté à maintes reprises : la Sim'ha est constante, tandis que le Guil porte sur un événement nouveau. Un homme qui gagne à la loterie éprouve du Guil (une allégresse soudaine) ; mais celui qui mène une vie intègre et droite, on dit de lui qu'il est constamment joyeux (Saméa'h). La Guila survient lorsqu'apparaît subitement un fait nouveau qui fait bondir de joie, et elle s'apparente peut-être aussi au terme Guilouy (dévoilement), lorsqu'une chose se révèle par surprise et procure de la joie.
Dès lors : la force (Oz) représente la puissance constante, et c'est pourquoi « en Ta force se réjouit le roi » correspond à une joie permanente. Le salut (Yéchoua) est un événement ponctuel et nouveau, lorsqu'une détresse régnait et que la délivrance est soudainement intervenue, un fait hors du commun, et c'est pourquoi « en Ton salut, combien son allégresse est grande » évoque une allégresse éclatante.
תַּאֲוַת לִבּוֹ נָתַתָּה לּוֹ וַאֲרֶשֶׁת שְׂפָתָיו בַּל מָנַעְתָּ סֶּלָה׃ - Tu lui as accordé le désir de son cœur, et l'expression de ses lèvres, Tu ne l'as point refusée. Séla.
Le Malbim explique : un salut venant d'un être de chair et de sang ne répond jamais au plein désir du cœur de l'homme, car lorsqu'on s'adresse à un être humain, on s'efforce de restreindre sa requête. Un État qui a besoin du soutien d'un autre pays ne demande pas tout ce qu'il désire, de peur d'être éconduit sans ménagement. On demande le strict minimum nécessaire : protégez-nous simplement des missiles, sans ajouter qu'ils règlent également les problèmes d'immigration. Mais ici, où le salut vient d'Hachem, « Tu lui as accordé le désir de son cœur » : même ce qui demeure enfoui au fond du cœur et que l'on a honte d'exprimer, Tu le lui as donné.
Une difficulté apparaît d'emblée : le verset devrait aller crescendo, or il semble ici régresser. On affirme d'abord que Dieu lui a accordé ce qui était dans son cœur, puis qu'Il lui a accordé ce qu'il a formulé de la bouche ? Il aurait fallu dire l'inverse : Il lui a accordé ce qu'il a demandé, et même ce qu'il n'a pas osé formuler.
Le Malbim l'explique par la précision des termes : « Tu ne l'as point refusée » (bal mana'ta). Lorsqu'il s'agit d'une chose exprimée par les lèvres, il n'est pas nécessaire d'avoir un don particulier de la part d'Hachem, car cela s'accomplit déjà de soi-même ; il suffit que Tu ne fasses pas obstacle, que Tu écartes les empêchements, et la nature semble obéir à sa voix. En revanche, le désir intime, ce qui est resté enfermé dans le cœur, exige un don véritable, d'où « Tu lui as accordé ». Le verset est donc d'une rigoureuse précision : pour ce qui est dans le cœur, c'est un don ; pour ce qui est sur les lèvres, c'est une simple non-retenue.
Tous les commentateurs s'accordent à dire que le mot « Aréchet » est un terme unique, un hapax, chacun dans son propre style. Le Malbim écrit qu'« Aréchet est isolé », c'est-à-dire qu'aucun autre mot identique n'apparaît dans le Tanakh. Le Radak emploie la formule familière à Rachi : « Il n'a point de compagnon dans les Écritures ». Et Rachi écrit : « Aréchet n'a pas de semblable », aucun terme ne lui ressemble.
Comme nous l'avons souvent expliqué, la méthode des anciens pour élucider le texte biblique repose sur l'analogie. Lorsqu'un mot est inconnu, on cherche un autre verset contenant la même racine. Par exemple, avec la racine « 'af » : on trouve « comme l'aigle qui vole dans les cieux », et l'on comprend qu'il s'agit du vol dans les airs. D'un autre côté, des controverses peuvent naître : on lit aussi « Il donne de la force à celui qui est épuisé » ou « David fut fatigué » - David a-t-il volé dans les airs ? Non, il s'est épuisé ; et qui a besoin de force ? Celui qui est las. Dès lors, le mot « 'af » ne signifierait-il pas la fatigue ? Telle est la méthode exégétique : on examine les autres passages bibliques où figure la même racine, et là où le contexte est le plus clair, on en déduit le sens du terme. C'est pourquoi les Richonim appuient constamment l'explication d'un mot sur un verset : « comme il est dit ».
Mais face à un mot qui ne possède aucun parallèle dans la Bible, l'exégète est démuni ; il n'y a d'autre choix que de le déduire de lui-même, à partir du contexte intrinsèque du verset. Et ici, d'après l'expression « aréchet sefatav », tous s'accordent à dire qu'il s'agit de la parole, selon la traduction du Targoum : « merakhchan safvateh », ses lèvres qui frémissent et s'expriment.
C'est d'ailleurs l'une des explications données au nom du mois de Marhechvan. La raison la plus répandue veut qu'il n'y ait pas de fêtes, et qu'il soit donc « amer » (mar), ou bien qu'il renvoie à une goutte d'eau, étant le mois des pluies. Mais dans la tradition yéménite on prononce « Marhechon », et dans la tradition séfarade Marhechvan, de la racine araméenne « merakhchan safvateh » : les lèvres qui murmurent encore. En effet, après le mois de Tichri, après les prières de Roch Hachana et de Yom Kippour, après le Hallel de Souccot et les louanges de Sim'hat Torah, les lèvres continuent de murmurer. Cette idée figure déjà chez les Richonim. De même ici, « aréchet sefatav » signifie que ses lèvres s'agitent et parlent, ce que le contexte impose naturellement puisqu'il est question de ses « lèvres ».
Malgré tout, certains ont tenté de lui trouver un parallèle dans les Écritures. Rachi cite au nom de Mena'hem, et Ibn Ezra adopte également cette voie, en lui associant un terme parent : « selon l'autorisation de Cyrus, roi de Perse » (kérichyone Korech). Au sens simple, nous comprenons « richyone » comme une permission ou une autorisation, et cette explication demeure tout à fait valable ; mais notre connaissance de l'hébreu moderne peut parfois nous induire en erreur. Certains expliquent en effet que cette expression signifie « selon la parole du roi de Perse », à l'image de « aréchet sefatav » qui désigne la parole des lèvres. Selon cette lecture, le mot posséderait bien un équivalent dans le texte biblique.