Introduction
Dans cette partie du psaume 135, le psalmiste continue d'énumérer les hauts faits du Créateur : des plaies d'Égypte aux guerres contre Si'hon et 'Og et à la conquête de la terre, puis jusqu'aux deux Noms du Saint, béni soit-Il - le Nom correspondant à la providence constante et le souvenir (Zékher) lié à la providence miraculeuse. Il oppose ensuite le néant de l'idolâtrie à la grandeur d'Israël, et conclut en appelant toutes les composantes du peuple à bénir Hachem. La ligne directrice, telle que nous l'avons vue tout au long du chapitre selon le Malbim, est que les miracles n'ont pas été accomplis pour que nous reconnaissions l'existence du Créateur - car nous la savons déjà à travers la nature -, mais bien pour les nations et pour les besoins d'Israël.
La victoire du petit nombre sur la multitude
שֶׁהִכָּה גּוֹיִם רַבִּים וְהָרַג מְלָכִים עֲצוּמִים׃ לְסִיחוֹן מֶלֶךְ הָאֱמֹרִי וּלְעוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן וּלְכֹל מַמְלְכוֹת כְּנָעַן׃ - Il a frappé des nations nombreuses et tué des rois puissants : Si'hon, roi des Amoréens, 'Og, roi du Bashan, et tous les royaumes de Canaan.
Les enfants d'Israël étaient peu nombreux : des rescapés d'Égypte, des hommes brisés par les travaux forcés, nullement aguerris ni rompus au combat. En face d'eux, les peuples qui occupaient le pays se comptaient par millions. Et pourtant, ils les ont vaincus et ont hérité de leur terre. C'est là la preuve que le Saint, béni soit-Il, accomplit toute chose selon Sa volonté.
Pourquoi Si'hon et 'Og sont-ils nommément mentionnés ? D'abord, parce qu'Israël a combattu contre eux en premier, c'est pourquoi ils apparaissent en tête. Ensuite, parce qu'ils étaient plus grands et plus puissants que les autres rois, ainsi qu'il est écrit : « Et pourtant, J'ai anéanti devant eux l'Amoréen, dont la taille égalait la hauteur des cèdres et qui était fort comme les chênes ». Ensuite, le texte englobe tous les autres - « et tous les royaumes de Canaan » -, car tous les peuples restants y sont inclus, mais il mentionne d'abord les plus imposants et les plus redoutables.
Les signes et les prodiges - pour qui sont-ils nécessaires ?
Le Malbim explique que la guerre contre Si'hon et 'Og s'est également déroulée par miracle, une guerre dépassant l'ordre naturel. Et elle non plus n'a pas été accomplie pour nous : nous connaissons le Saint, béni soit-Il, déjà à travers la nature. En réalité, ce sont eux qui avaient besoin de ces signes et de ces prodiges, eux qui avaient besoin de ce message spirituel : il existe un D.ieu qui bouleverse l'ordre naturel tout entier.
Dès lors, ce qui a été dit plus haut, « Il a envoyé des signes et des prodiges au milieu de toi, Égypte », ne se rapporte pas seulement à l'Égypte, mais s'applique également à Si'hon, roi des Amoréens, à 'Og, roi du Bashan, et à tous les royaumes de Canaan. Tous étaient de ceux qui avaient besoin de signes et de prodiges. Quant à nous, nous n'en avons pas besoin, car nous reconnaissons Hachem à travers le réel ; et Hachem a dû modifier et bouleverser les lois de la nature afin qu'ils reconnaissent Sa souveraineté divine.
Un héritage pour Israël, Son peuple
וְנָתַן אַרְצָם נַחֲלָה נַחֲלָה לְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ׃ - Et Il a donné leur pays en héritage, en héritage à Israël, Son peuple.
« Leur pays » : la terre de Si'hon, de 'Og et de Canaan, qu'Il a donnée en héritage au peuple d'Israël. Et pourquoi insister sur « à Israël, Son peuple » ? Le Radak explique : c'est pour t'enseigner qu'ils sont Son peuple, choisis parmi toutes les nations, et qu'Il leur a donc accordé la terre choisie entre toutes les terres.
Le Malbim explique que l'octroi de la terre en héritage s'accompagna de plusieurs miracles, lors des guerres menées par Yehochoua. Or, ces prodiges n'avaient pas pour but de faire reconnaître l'existence d'Hachem, car Son existence se déduit déjà de l'ordre de la nature. Toute la finalité était d'offrir « un héritage pour Israël, Son peuple » : permettre au peuple d'Israël de prendre possession de sa part. En effet, Hachem n'accomplit de miracles que pour instruire les nations, ou pour nous faire hériter de la terre en nous accordant ce qui nous revient de droit, mais non pour nous enseigner la foi, puisque la foi se dégage d'elle-même de l'observation de la nature. Et comme cette terre avait été promise aux saints Patriarches, le Saint, béni soit-Il, fit en quelque sorte tout Son possible pour que nous entrions en possession de notre dû, nous accordant la terre en héritage par des signes et des prodiges.
Nom et souvenir : deux modes de direction divine
יְהֹוָה שִׁמְךָ לְעוֹלָם יְהֹוָה זִכְרְךָ לְדֹר וָדֹר׃ - Éternel, Ton Nom dure à jamais ; Éternel, Ton souvenir subsiste de génération en génération.
Rachi commente : tout comme Ta grandeur et Ta souveraineté se manifestaient alors, de même en est-il aujourd'hui. La puissance du Saint, béni soit-Il, demeure éternellement telle qu'elle était à l'époque, et Tu as le pouvoir de juger et d'exercer notre vengeance. Ton Nom subsiste donc à jamais, Ton souvenir se perpétue de génération en génération ; demande donc des comptes à ceux qui s'élèvent contre nous.
Le Malbim explique qu'il s'agit ici de deux modes distincts de direction divine. Il y a d'une part l'ordre régulier et constant, instauré dès les six jours de la Création, qui demeure immuable : le lever et le coucher du soleil, l'été et l'hiver. C'est là le « Nom » d'Hachem : un nom désigne ce par quoi Il est reconnu depuis toujours et pour l'éternité, sans aucune variation, d'où l'expression « Ton Nom dure à jamais ». D'autre part, il y a la conduite miraculeuse, ponctuelle et renouvelée, à l'image de l'ouverture de la mer Rouge, qui ne s'inscrit pas dans la durée : celle-ci est appelée « Ton souvenir ».
Et pourquoi employer précisément le terme de souvenir ? Parce qu'un homme désireux de laisser une trace durable accomplit un acte exceptionnel, une grande prouesse, un geste qui sort de l'ordinaire - et c'est par cet éclat que l'on se souvient de lui, alors que les actes banals s'oublient. C'est pourquoi le verset dit « Ton souvenir subsiste de génération en génération » : c'est par cette conduite prodigieuse, affranchie des lois de la nature, que l'on se souvient de Toi.
De là découle également la distinction, en hébreu, entre « à jamais » (le'olam) et « de génération en génération » (ledor vador). L'expression « à jamais » renvoie à une direction permanente qui ne subit aucun changement : le lever, le coucher, le retour perpétuel des cycles naturels. « De génération en génération » se rapporte en revanche à une intervention qui s'adapte à chaque époque, chaque génération possédant ses spécificités propres. Il s'agit de la conduite surnaturelle, qui n'est pas quotidienne, mais qui, à chaque époque, nous révèle des miracles au-delà des lois naturelles. Selon les nécessités du moment, le Saint, béni soit-Il, accomplit des merveilles, et c'est à travers cette providence que s'illustre Son souvenir.
Car l'Éternel fera justice à Son peuple
כִּי יָדִין יְהֹוָה עַמּוֹ וְעַל עֲבָדָיו יִתְנֶחָם׃ - Car l'Éternel fera justice à Son peuple, et Il prendra en pitié Ses serviteurs.
Rachi explique : « fera justice » - Il tranchera leur cause face à leurs ennemis ; « prendra en pitié » (yitne'ham) - Il se ravisera. Autrement dit, le Saint, béni soit-Il, Se repentira des souffrances infligées à Ses serviteurs, de l'exil et de toutes leurs tribulations, et Il viendra nous délivrer.
Le Radak ajoute : bien que l'héritage qu'Il nous a destiné se trouve aujourd'hui entre des mains étrangères - le verset proclame en effet « un héritage pour Israël, Son peuple », et le Saint, béni soit-Il, nous a transmis les terres des nations, alors que nous sommes en exil et privés de notre possession -, cet état de fait n'est pas définitif. Un temps viendra où « l'Éternel fera justice à Son peuple », exigeant réparation auprès des nations et les jugeant pour tout le mal causé à Son peuple, selon l'oracle : « Des libérateurs monteront sur le mont Sion pour juger la montagne d'Ésaü ». Quant aux mots « et Il prendra en pitié Ses serviteurs », ils signifient qu'Il reviendra sur les rigueurs imposées à Ses serviteurs, car Israël a déjà purgé la peine méritée durant l'exil et se trouve désormais digne de regagner son héritage.
Des miracles selon les besoins de chaque génération
Le Malbim explique : après avoir rappelé les merveilles et les prodiges que le Saint, béni soit-Il, accomplit à chaque génération, le verset en donne la raison - parce qu'Hachem juge Ses serviteurs pour leur faire justice. Le Saint, béni soit-Il, réalise des miracles selon les nécessités de la génération. Nous l'avons déjà évoqué à plusieurs reprises : le miracle intervient pour une situation précise. Les enfants d'Israël sont en détresse au bord de la mer - Hachem fend les eaux devant eux. Israël est en pleine bataille - le Saint, béni soit-Il, fait tomber des pierres de grêle célestes. Selon l'état de la génération et la mesure dans laquelle Hachem entend châtier les nations et délivrer Israël, Il renouvelle les prodiges : soit pour frapper nos oppresseurs, soit pour nous combler de bienfaits, soit les deux ensemble.
Et sur les termes « Vé'al avadav yitné'ham » (et pour Ses serviteurs Il Se ravise), le Malbim propose un commentaire admirable : lorsque le Saint, béni soit-Il, opère un miracle et bouleverse l'ordre de la Création, tout se passe pour ainsi dire comme s'Il revenait sur les lois de la nature. Il existe des lois fixes, et Il semble momentanément les suspendre - « Soleil, arrête-toi sur Guibon », « les flots se sont dressés comme une digue ». L'eau s'arrête et s'élève, alors même que sa loi naturelle est de s'écouler vers le bas. Le Saint, béni soit-Il, paraît ainsi se dédire des lois qu'Il a Lui-même fixées dans la nature, non pas définitivement, mais pour le besoin de cette heure précise, pour Ses serviteurs, afin de les sauver et de les exalter. Dès lors, le sens profond n'est pas qu'Il Se repent de Ses serviteurs, mais qu'Il Se ravise quant aux lois naturelles - au profit de Ses serviteurs. Pour délivrer Ses serviteurs et les tirer de l'angoisse, Il déroge pour ainsi dire aux lois de la nature et accomplit pour eux des actes surnaturels.
Le néant de l'idolâtrie
עֲצַבֵּי הַגּוֹיִם כֶּסֶף וְזָהָב מַעֲשֵׂה יְדֵי אָדָם׃ - Les idoles des nations ne sont qu'argent et or, œuvre de mains d'homme.
Le Radak explique : lorsqu'arrivera le moment où « pour Ses serviteurs Il Se ravisera » et où le Saint, béni soit-Il, tirera vengeance des nations, les idoles des peuples seront réduites à néant. Chacun reconnaîtra alors qu'elles sont dépourvues de toute réalité et incapables de sauver au jour du malheur - car leurs idoles et leurs fétiches ne sont que de l'argent et de l'or, sans souffle de vie ni consistance.
Et pourquoi les nomme-t-on « atsabim » ? La Metsoudat Tsion précise : ces effigies sont ainsi appelées car elles affligent le cœur de leurs adorateurs (de la racine atsev, la tristesse). L'homme les invoque, mais elles ne répondent point. Cela le remplit d'amertume et de déception ; il implore, il crie, et rien ne se produit.
Le Malbim commente : après avoir affirmé que « grand est Hachem par-dessus tous les dieux », le texte souligne l'absolu néant des idoles païennes. Du point de vue de leur matière - elles ne sont qu'argent et or ; du point de vue de leur cause efficiente - elles sont l'œuvre de mains d'homme, un être humain les a confectionnées. Que peut-on dès lors attendre d'un tel dieu ? Matériellement, il n'est que métal, et quant à sa forme - c'est la suite du passage : « Elles ont une bouche et ne parlent point », etc., comme nous allons le voir à l'instant.
Quand l'argent et l'or deviennent de l'idolâtrie
Dans l'ouvrage Otsrot HaTehillim, l'auteur propose une lecture par voie d'allusion. Nos Sages enseignent que les Justes chérissent leurs biens plus que leur propre corps ; d'un autre côté, nous constatons bien souvent que la richesse et la fortune causent la perte de l'homme. En effet, celui-ci est convaincu d'avoir tout obtenu par son génie, que la start-up a prospéré grâce à lui seul, qu'il est brillant, sage et avisé - « Yéchouroun s'est engraissé et a regimbé ». Puisque selon lui tout procède de sa seule compétence, il n'a plus aucun besoin du Saint, béni soit-Il : « Maître du monde, je me débrouille très bien seul, ne t'en mêle pas. » Que Dieu nous en préserve !
Dès lors, tout son argent et tout son or sont assimilés à de l'idolâtrie, car ce sont eux qu'il sert et non le Saint, béni soit-Il. La richesse l'a conduit à ne placer sa foi qu'en lui-même et en ses avoirs, à s'appuyer sur la prétention de « ma force et la vigueur de ma main m'ont acquis cette puissance ». Tel est le sens profond de « Les idoles des nations sont d'argent et d'or » : à quel moment l'argent et l'or deviennent-ils semblables aux idoles païennes ? Lorsqu'ils sont « œuvre de mains d'homme », quand l'individu est persuadé que tout est son œuvre, son acquisition, le fruit de sa seule énergie, de sa sagesse et de ses efforts. Un tel homme transforme littéralement sa fortune en idole des nations. En revanche, si elle n'est pas « œuvre de mains d'homme », s'il a conscience que tout provient de Lui, béni soit-Il, et qu'il ne détient que ce que le Saint, béni soit-Il, lui octroie - alors il peut posséder de l'or et de l'argent sans qu'ils ne se transforment en idoles païennes.
Elles ont une bouche et ne parlent point
פֶּה לָהֶם וְלֹא יְדַבֵּרוּ עֵינַיִם לָהֶם וְלֹא יִרְאוּ׃ אׇזְנַיִם לָהֶם וְלֹא יַאֲזִינוּ אַף אֵין יֶשׁ רוּחַ בְּפִיהֶם׃ - Elles ont une bouche et ne parlent point, des yeux et ne voient point. Elles ont des oreilles et n'entendent point, et il n'y a même aucun souffle dans leur bouche.
L'Ibn Ezra explique pourquoi le texte commence précisément par la bouche : la supériorité de l'homme sur toutes les créatures d'ici-bas réside dans l'âme supérieure douée de parole. Le privilège de l'homme sur l'ensemble de la création est la faculté d'élocution, « l'esprit parlant », et c'est pourquoi il débute par là : elles ont une bouche et ne parlent point.
Le Malbim ajoute : l'imperfection ne vient pas seulement de la matière (l'argent et l'or) ni uniquement de l'ouvrier (un être humain qui les a façonnées), mais aussi de la forme : « Elles ont une bouche et ne parlent point, des yeux et ne voient point », elles ne perçoivent absolument rien par leurs sens. Même l'âme vitale leur fait défaut : « De même, il n'y a point de souffle dans leur bouche » - il n'y a aucun souffle en elles. L'âme vitale est l'âme élémentaire qui procure l'énergie de vie, présente également chez les animaux ; tout animal en mouvement est animé par un souffle vital, or elles ne possèdent même pas un tel souffle.
כְּמוֹהֶם יִהְיוּ עֹשֵׂיהֶם כֹּל אֲשֶׁר בֹּטֵחַ בָּהֶם׃ - Comme elles seront ceux qui les font, quiconque met sa confiance en elles.
L'Ibn Ezra commente : de même que ces idoles sont privées d'âme, de vue, d'ouïe et d'odorat, ainsi seront ceux qui les fabriquent. Le Radak explique que cela est formulé à la manière d'une prière : de grâce, Hachem, que ceux qui les fabriquent deviennent semblables à ces idoles ; que tous leurs artisans périssent et soient réduits à cet état : une bouche sans pouvoir parler, des yeux sans pouvoir voir, des oreilles sans pouvoir entendre, et point de souffle dans leur bouche - et que tous leurs fidèles soient comme elles. C'est une prière du psalmiste demandant que le Saint, béni soit-Il, traite ainsi les idolâtres.
Le Malbim ajoute : c'est comme si toute la finalité de leur fabrication était que leurs artisans et tous ceux qui s'en remettent à elles deviennent à leur image. De même qu'elles n'exercent aucune influence, ceux qui les fabriquent n'en auront aucune non plus : semblables à des aveugles et des sourds, ils n'auront pas le moindre impact.
Les maisons d'Israël bénissent
בֵּית יִשְׂרָאֵל בָּרְכוּ אֶת יְהֹוָה בֵּית אַהֲרֹן בָּרְכוּ אֶת יְהֹוָה׃ בֵּית הַלֵּוִי בָּרְכוּ אֶת יְהֹוָה יִרְאֵי יְהֹוָה בָּרְכוּ אֶת יְהֹוָה׃ - Maison d'Israël, bénissez l'Éternel ! Maison d'Aaron, bénissez l'Éternel ! Maison de Lévi, bénissez l'Éternel ! Vous qui craignez l'Éternel, bénissez l'Éternel !
À l'opposé des adorateurs d'idoles, le psalmiste s'adresse à Israël : « Maison d'Israël, bénissez l'Éternel » - car Hachem vous a distingués des nations et vous formez la maison d'Israël. Vient ensuite le rang plus élevé, les plus éminents d'entre vous : la maison d'Aaron, c'est-à-dire les cohanim. Puis l'ensemble de la tribu : la maison de Lévi, qui englobe également les lévites. Et enfin « vous qui craignez l'Éternel », ensemble qui rassemble tous ceux qui craignent Hachem, qu'ils soient issus d'Israël ou des nations.
L'Ibn Ezra souligne qu'il s'agit de ceux qui craignent Hachem, pas nécessairement issus d'Israël, puisque pour Israël il a déjà dit au préalable : « Maison d'Israël, bénissez l'Éternel ». Il s'agit plutôt de quiconque craint Hachem, à l'image des opinions selon lesquelles Job appartenait aux nations tout en étant « craignant Dieu et s'écartant du mal » ; c'est à l'égard de tous ceux-là qu'il est demandé de bénir l'Éternel.
Le Radak explique qu'il s'agit ici de dépeindre la condition d'Israël par opposition aux fidèles des idoles : vous, qui ne placez pas votre confiance en elles, bénissez Hachem qui vous a délivrés de la main des idoles et de leurs adorateurs. Il en va de même pour la maison d'Aaron, les cohanim qui officient dans la Maison d'Hachem.
Qu'est-ce qu'une bénédiction ?
Le Malbim explique qu'après avoir ordonné la louange - « Louez, serviteurs de l'Éternel » - il ajoute « Bénissez l'Éternel » : par vos bonnes actions, vous ouvrez la Source suprême afin qu'elle déverse sur vous la bénédiction. La bénédiction (berakha) porte toujours le sens de démultiplication, issue du réservoir supérieur (bereikha), selon le langage des kabbalistes : une abondance suspendue en haut, et nous lui ouvrons un passage pour qu'elle descende et se répande sur nous ici-bas. Lorsque nous bénissons, notre intention est d'attirer cette abondance depuis ce réservoir céleste. Ainsi la bénédiction s'accroît pour chaque homme selon son rang de sainteté : pour la maison d'Aaron selon son niveau, pour la maison de Lévi selon le sien, pour ceux qui craignent Hachem selon le leur ; chacun, à la mesure de sa proximité avec le Divin, reçoit cette abondance suprême qui vient illuminer son âme et lui dispenser le bien émanant de l'Infini, béni soit-Il.
Pourquoi « Barkhou et Hachem » et non « Névérekh Elokeinou »
Le Tossefot Yom Tov, dans le traité Berakhot, soulève une question d'un grand intérêt. Lors de la lecture de la Torah et dans la prière, nous disons « Barkhou et Hachem hamevorakh », en mentionnant le Nom ineffable - Nom de miséricorde. En revanche, lors du Zimoun, nous disons « Névérekh Elokeinou chéakhalnou michélo », en mentionnant le Nom d'Elokim - Nom de rigueur. Quelle est la différence ?
Réfléchissons : le Saint, béni soit-Il, a créé l'homme, et en tant que Créateur, Il est pour ainsi dire tenu de le nourrir. C'est l'exigence la plus élémentaire. Il aurait été inconcevable de créer un être humain pour l'abandonner dans le désert ; les besoins vitaux vont donc de soi, comme un engagement du Créateur envers Sa créature : Je l'ai créé, J'en assume la responsabilité et Je le nourris. C'est pourquoi, à propos de la nourriture, nous disons « Névérekh Elokeinou chéakhalnou michélo » - car il est de stricte justice qu'Il subvienne à nos besoins. Cependant, nous nourrir avec grâce, bonté, abondance et une grande miséricorde, Il n'y était nullement tenu. C'est pourquoi nous ajoutons « et avec une grande miséricorde » : le Saint, béni soit-Il, a également veillé à la diversité des saveurs et à l'aspect agréable des mets, afin de donner à l'homme le plaisir de manger. Le simple don du pain relève de la stricte justice ; tout le reste n'est que grâce et miséricorde.
En revanche, le Saint, béni soit-Il, n'avait aucune obligation de nous donner la Torah. Le don de la Torah est une immense bonté, une faveur extraordinaire qu'Il nous a accordée. Et la faveur est plus grande encore du fait qu'Il l'a transmise sur terre pour que nous soyons ceux qui en tranchent les lois - un sujet en soi que nous avons déjà abordé longuement. C'est pourquoi il convient de dire « Barkhou et Hachem hamevorakh » avec le Nom d'HaVayah, Nom de miséricorde : Il nous a donné la Torah, Il nous a confié Son propre livre de prescriptions. « Béni sois-Tu, Hachem, qui donnes la Torah » - je Te rends grâce de m'avoir donné la Torah. Les nations n'ont pas eu ce privilège ; certes, elles doivent connaître les principes de la Torah, mais elles n'ont reçu que sept mitsvot, tandis que nous avons reçu la Torah tout entière et la mitsva de son étude. C'est là la bonté d'Hachem, et c'est pourquoi nous disons « Barkhou et Hachem hamevorakh » - Lui qui nous a comblés de ce bienfait.
Qui sont « ceux qui craignent Hachem »
« Maison de Lévi » : ce sont ceux qui chantent devant Hachem par la voix et par les instruments, selon les termes du Radak ; qu'ils bénissent Hachem. Quant à « ceux qui craignent Hachem », le Radak propose deux explications : la première est qu'il s'agit des sages d'Israël qui s'isolent dans la Maison d'Hachem pour étudier ; la seconde, dans la ligne d'Ibn Ezra, désigne ceux qui craignent Hachem au sein de chaque nation - quiconque vient prier dans la Maison d'Hachem et porte Sa crainte doit, lui aussi, bénir.
Rachi explique que « ceux qui craignent Hachem » sont les prosélytes. De là, remarque le Gaon de Vilna, on comprend pourquoi le texte ne dit pas « Maison de ceux qui craignent Hachem » : jusqu'ici, le psalmiste s'adressait à des maisons - la Maison d'Israël, la Maison d'Aharon, la Maison de Lévi - mais pour ceux qui craignent Hachem, il ne mentionne pas de maison, car il s'agit de prosélytes, et le prosélyte ne descend pas d'une maison établie. Il n'a ni lignée, ni dynastie, ni maison au sein du peuple d'Israël ; les Léviim ont une maison, la tribu de Lévi, mais le prosélyte vient seul, sans foyer d'origine en Israël. Le Metsoudat David explique quant à lui que « ceux qui craignent Hachem » sont les Justes des nations, ce qui concorde avec l'explication d'Ibn Ezra et du Radak désignant les hommes pieux de chaque peuple.
Béni soit Hachem depuis Sion
בָּרוּךְ יְהֹוָה מִצִּיּוֹן שֹׁכֵן יְרוּשָׁלָ͏ִם הַלְלוּ־יָהּ׃ - Béni soit Hachem depuis Sion, Lui qui réside à Jérusalem ! Alléluia !
Le Radak explique : Sion est le lieu où réside la gloire divine à Jérusalem. Jérusalem se divise en effet en deux aspects : Jérusalem est le lieu de résidence des hommes, tandis que Sion est l'emplacement du Sanctuaire, la demeure de la Présence divine. Si nous employons aujourd'hui le terme « Sion » pour désigner l'ensemble de la terre d'Israël, dans les Écritures, il renvoie au lieu saint de Jérusalem, à l'emplacement du Temple, à son sanctuaire central. C'est de là que part l'enseignement pour tous, et c'est par là que tous rendront grâce, loueront et béniront Hachem - Alléluia, louez Hachem pour cela.
Le Malbim précise : « Béni soit Hachem depuis Sion » - la bénédiction monte depuis Sion selon le mérite des hommes, et c'est selon le mérite de Sion qu'elle redescend. Le Saint, béni soit-Il, réside à Jérusalem et veille sur ceux qui s'y trouvent ; Il les bénit en fonction de leurs actes de sainteté, de leurs offrandes et de leur ferveur dans le culte. Si l'on se conduit dans le Temple comme dans un repaire de brigands, cela exerce une influence négative sur tout le peuple ; mais si l'on honore le lieu et que l'on offre les sacrifices comme il convient, le Saint, béni soit-Il, déverse sur eux Ses bienfaits. C'est le sens de « Béni soit Hachem depuis Sion, Lui qui réside à Jérusalem ! Alléluia ! » : puisqu'Il réside à Jérusalem et observe les actes du peuple qui l'habite, Il le bénit à la mesure de ses mérites.
En conclusion :
Dans cette partie du psaume, le Psalmiste énumère les merveilles de Hachem lors des guerres contre Si’hon et ’Og et de la conquête de la terre, et enseigne que les miracles ont été accomplis afin que les nations reconnaissent Sa divinité, et afin qu'Israël reçoive l'héritage promis - et non pour nous inculquer la foi, que nous puisons déjà dans l'ordre de la nature. « Ton Nom » désigne la conduite divine constante et immuable, tandis que « Ton souvenir » renvoie à la conduite miraculeuse, renouvelée à chaque génération selon ses nécessités, jusqu'à ce que « pour Ses serviteurs Il Se ravise » - dérogeant, pour ainsi dire, aux lois de la nature par égard pour Ses serviteurs. Face au néant absolu des idoles, dénuées de matière véritable, de forme et d'esprit, et face au danger que l'or et l'argent ne soient perçus comme « l'œuvre de mains d'homme » et ne sombrent dans l'idolâtrie, le chapitre exhorte toutes les maisons d'Israël - la maison d'Israël, la maison d'Aaron, la maison de Lévi et ceux qui craignent Hachem - à bénir Hachem et à ouvrir ainsi la source de l'abondance céleste, pour conclure : Béni soit Hachem depuis Sion, Lui qui réside à Jérusalem, Alléluia !