Introduction
Le psaume 19 se divise en deux parties : dans la première, le roi David loue les œuvres de la Création - les cieux, le firmament et le soleil, qui témoignent de la gloire du Créateur ; dans la seconde, il passe à la louange de la sainte Torah. Dans ce passage, nous abordons la suite de cet éloge de la Torah : l'excellence de ses décrets suprarationnels ('houkim) et de ses lois civiles (michpatim), sa douceur et ses bienfaits, et enfin une série de supplications où David demande au Saint béni soit-Il de le préserver de tout obstacle - de l'erreur involontaire, de la faute par inadvertance, des fautes délibérées et de la rébellion - pour conclure par une prière demandant que les paroles de sa bouche et les méditations de son cœur soient agréées devant l'Éternel.
« La crainte de l'Éternel est pure » - Les 'houkim de la Torah
יִרְאַת יְהֹוָה טְהוֹרָה עוֹמֶדֶת לָעַד, מִשְׁפְּטֵי יְהֹוָה אֱמֶת צָדְקוּ יַחְדָּו׃ - La crainte de l'Éternel est pure, elle subsiste à jamais ; les jugements de l'Éternel sont vérité, ils sont tous ensemble équitables.
« La crainte de l'Éternel », explique le Malbim, désigne la catégorie des 'houkim dans la Torah - ces commandements que nous accomplissons par soumission et déférence envers Lui, comme un décret royal et non par déduction logique : le chaatnez, la vache rousse et d'autres préceptes similaires. C'est en ce sens qu'il est écrit : « L'Éternel nous a ordonné de mettre en pratique toutes ces lois, afin de craindre l'Éternel notre Dieu » - le 'hok témoigne en lui-même de la crainte divine. En effet, celui qui accomplit un michpat, une règle intelligible par la raison, peut le faire simplement parce qu'elle lui paraît sensée ; mais celui qui accomplit un 'hok prouve que son acte procède véritablement de la crainte du Ciel.
C'est ici que le verset met en lumière la différence entre Israël et les nations. Les nations ont elles aussi leurs coutumes et leurs lois religieuses, mais leurs lois sont impures : ce sont des rites idolâtres. Le Gaon de Vilna rappelle cette tradition selon laquelle à côté de chaque temple d'idolâtrie se trouvait un lieu de prostitution ; c'est pourquoi, dans la Torah et les Prophètes, l'idolâtrie est indissociable de la luxure et de la débauche, car l'une découle de l'autre. Leurs préceptes allaient jusqu'à faire brûler leurs enfants pour leurs idoles dans un climat de turpitude et d'impureté. En revanche, « la crainte de l'Éternel est pure » : elle ne comporte aucune de ces abominations.
Autre différence majeure : leurs lois ne subsistent pas, ce sont des décrets éphémères qui changent continuellement. Voyez combien de modifications le Nouveau Testament a subies : il n'y a plus aucun rapport entre ce que cet homme a prescrit et la pratique des chrétiens d'aujourd'hui. Il a pourtant affirmé lui-même, et cela figure dans leurs textes, qu'il ne venait rien retrancher de la Torah mais seulement ajouter. Dès lors, pourquoi n'accomplissent-ils pas tous les commandements de la Torah ? D'après ses propres dires, il faudrait observer le Chabbath en plus du dimanche, mettre les téfilines et accomplir chaque mitsva ! Ce n'est pas nous qui l'affirmons, c'est leur maître qui l'a dit : il ne venait que pour ajouter. Dans ce cas, qu'ils ajoutent, mais pourquoi supprimer ? Que leur reste-t-il ? Ils changent leurs règles comme de vêtements, selon les besoins, les modes et les époques. C'est à ce propos que le verset proclame : « La crainte de l'Éternel est pure, elle subsiste à jamais » - immuable. Nous possédons cette même Torah et ces mêmes mitsvot depuis plus de 3 300 ans ; nous posons les mêmes téfilines que Moché Rabbénou et accomplissons les mêmes commandements, sans la moindre altération.
« Les jugements de l'Éternel sont vérité, ils sont tous ensemble équitables »
« Les jugements de l'Éternel » renvoie aux michpatim, ces lois accessibles à l'entendement humain. Eux aussi se distinguent radicalement des justices humaines, car « les jugements de l'Éternel sont vérité ». Lorsqu'un homme établit une règle de droit, qui garantit que son jugement est juste ? En revanche, lorsque le Saint béni soit-Il fixe un jugement, celui-ci correspond à ce qui est véritablement mérité, dicté par l'omniscience et la justice divine. De plus, lorsqu'un juge de chair et de sang prononce une sentence - et cela vaut pour tout juge -, il ne peut jamais prendre en compte l'ensemble des facteurs et des répercussions. En envoyant un individu en prison pour vingt ans, il plonge son épouse dans une solitude semblable au veuvage et réduit ses enfants à l'état d'orphelins. Qu'ont-ils fait pour mériter un tel sort ? Le magistrat répond : « On n'y peut rien. Comme dit l'adage, on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs ; ils sont les victimes collatérales, et je n'ai pas les moyens d'évaluer cela ». L'employeur du condamné vient se plaindre : « J'ai investi cinq ans pour le former, il commençait à être rentable, mesurez-vous le préjudice financier que vous me causez ? » Et le juge de répliquer : « Je regrette, il est coupable d'homicide et va en prison. Vos pertes sont votre problème ».
Mais « les jugements de l'Éternel sont vérité, ils sont tous ensemble équitables ». Que signifie « tous ensemble » (ya'hdav) ? Que la justice s'applique équitablement à toutes les parties concernées. Cet employeur qui a perdu son travailleur méritait ce préjudice en vertu d'un compte particulier qu'il a avec le Saint béni soit-Il ; l'épouse traverse cette épreuve en raison de son propre compte, et les enfants selon le leur. Si l'un d'entre eux n'avait pas mérité une telle souffrance, le Créateur n'aurait pas puni le coupable de cette manière précise, car ce châtiment aurait causé un dommage collatéral à une personne innocente. La justice divine est donc parfaite en ce qu'elle intègre la totalité des données et l'ensemble des personnes impliquées : c'est une justice absolue. Dans la justice humaine, au contraire, il est impossible de garantir qu'une équité absolue ait été rendue. De surcroît, le Saint béni soit-Il sait exactement dans quelle mesure chacun a fauté, à quel niveau, avec quelle intention, et quelle part revenait à son éducation ou à sa méchanceté : c'est cela, la vérité et la justice. Un juge de chair et de sang ne peut soupeser tous ces paramètres car ils lui échappent, et même s'il les connaissait, il avouerait son impuissance : un homme a tué, son sort est la prison, et tant pis pour ce que les autres endurent.
Le secret : être un homme indispensable à la collectivité
Ces considérations renferment un enseignement fondamental, développé par Rabbi 'Haïm Chmoulevitz et d'autres grands maîtres du Moussar : il s'y trouve le secret pour être acquitté au jour du Jugement et mériter la vie. Ce secret consiste à être un « homme de la collectivité » - une personne dont la communauté a un besoin réel. C'est une sorte d'assurance-vie : parce que le public a besoin de lui, il se peut que le Ciel le maintienne en vie, même si, pour ses seuls mérites propres, il ne le mériterait plus. Il aide untel, soutient un autre, et par son intermédiaire beaucoup trouvent secours ; il vit ainsi pour les autres. Tout cela découle du principe selon lequel « les jugements de l'Éternel sont vérité, ils sont tous ensemble équitables » : avant de rappeler une âme à Lui, le Saint béni soit-Il examine la situation pour que personne n'en soit injustement lésé. Et s'il y a quelqu'un qui risquerait de souffrir de sa disparition sans l'avoir mérité, on le laisse en ce monde.
Il ajoute également que c'est pour cette raison qu'il convient à l'homme de s'attacher à des grands de ce monde. Souvent, dans le Ciel, un grand calcul est fait avant de reprendre un proche ou une connaissance d'un grand personnage, car on ne veut pas causer de peine à ce grand homme. Dès lors, même s'il a été décrété que la vie de cet individu touchait à sa fin, dans la mesure où cela attristerait le Tsaddik auquel il est lié, et que l'on refuse de lui faire de la peine - on le laissera ici-bas.
Et il faut se rappeler que seul le Saint, béni soit-Il, peut agir ainsi. Aucun tribunal rabbinique (Beth Din) ne peut juger de la sorte, pour la simple raison qu'un Beth Din doit trancher selon les lois de la Torah : un homme coupable de meurtre est passible de mort, et les juges ne peuvent pas faire de calculs en songeant à la veuve et aux orphelins. Mais auprès du Saint, béni soit-Il, il n'y a aucune injustice dans un tel décret, car cet homme est bel et bien coupable. Et si vous demandez : que va-t-il advenir de lui ? Ne vous inquiétez pas, le Saint, béni soit-Il, saura attendre. Ce qu'il ne paie pas ici-bas, il le paiera là-haut. Le Tout-Puissant a-t-Il disparu ? Est-Il parti à la retraite ? Tout ce que nous disons, c'est qu'à ce stade, on ne le reprend pas pour ne pas causer de peine à autrui. Et d'un point de vue individuel, cela peut même jouer en sa défaveur, car il aurait mieux valu pour lui qu'on lui réclame son dû ici-bas plutôt que là-haut - car là-haut, les tarifs sont élevés, tandis qu'ici, par quelques épreuves en ce monde, on nettoie beaucoup de souillures et beaucoup de fautes.
« Ya'hdav » - voir l'ensemble du tableau
Nous voyons d'ici à quel point les jugements d'Hachem sont complexes, et qu'au bout du compte, « les jugements de l'Éternel sont vérité, ils sont justes ensemble ». Notre regard est limité et matériel, nous ne voyons qu'une fraction du tableau, et c'est pourquoi la justice nous échappe : pourquoi untel souffre-t-il, pourquoi cet autre subit-il des malheurs ? Si l'on pouvait voir le tableau dans son intégralité, on comprendrait. C'est comme la parabole du 'Hafets 'Haïm sur un homme qui entre dans une synagogue et voit le gabbaï distribuer les montées à la Torah sans aucun ordre apparent : il appelle l'un, en saute un autre, en désigne un troisième. Quelle injustice ! Le gabbaï lui demande : « Depuis combien de temps es-tu là ? » L'homme répond : « Un seul Chabbat. » L'invité d'un instant remarque tous les défauts. Si tu étais là depuis un an, tu comprendrais que tout est minutieusement prévu : j'ai sauté untel parce que la semaine dernière c'était son yahrzeit et qu'il a déjà eu une montée, pour cet autre il y a une raison différente - et soudain tout s'éclaire. Tout notre problème vient du fait que nous n'observons qu'un court instant. Il nous manque le « ensemble » (ya'hdav). Je vois un jugement ponctuel et je m'indigne de l'injustice ; mais si je voyais toutes les réincarnations traversées et l'ensemble des siècles, je saurais quel est le verdict de chacun, pourquoi il a reçu cela, et pourquoi tout est d'une parfaite justice. C'est là tout le sens : les jugements d'Hachem sont vérité et ils sont justes - mais pour le constater, il faut ce « ya'hdav », contempler la situation tout entière, du début jusqu'à la fin.
L'agréable et l'utile dans la Torah
הַנֶּחֱמָדִים מִזָּהָב וּמִפַּז רָב, וּמְתוּקִים מִדְּבַשׁ וְנֹפֶת צוּפִים׃ - Plus désirables que l'or, que beaucoup d'or fin, et plus doux que le miel et le suc des rayons.
Le Malbim explique : David vient nous enseigner ici que la sainte Torah renferme également les perfections illusoires après lesquelles l'homme court - même les attraits terrestres qui attirent l'homme se trouvent dans la Torah. Les Anciens les ont classés en deux catégories : l'agréable et l'utile. L'agréable, c'est ce qui a bon goût, sans être nécessairement utile : vous mangez un steak - c'est agréable, mais est-ce utile ? Peut-être pour le cholestérol ! Et ce qui est utile n'est pas forcément agréable : le médecin vous ordonne de marcher, vous montez sur le tapis roulant et marchez une demi-heure. Est-ce agréable ? Pas du tout. Il y a des gens dont tout le plaisir est de payer un abonnement à la salle de sport sans jamais y mettre les pieds : « Après avoir payé, devrais-je en plus être puni ? » Ce n'est pas agréable, mais c'est utile, c'est bon pour la santé, et le médecin affirme que vous en avez besoin.
Et ici, nous trouvons les deux dimensions : l'utile - « Plus désirables que l'or, que beaucoup d'or fin », car les paroles de la Torah sont plus précieuses qu'une abondance d'or et d'argent, qui représentent ce qui est utile à l'homme ; et l'agréable - « et plus doux que le miel et le suc des rayons », car elles possèdent aussi saveur et douceur. Il s'avère donc que la Torah réunit à la fois le plaisir immédiat et ce qui est bénéfique pour la vie en société et la réussite en ce monde - tout se trouve dans la Torah.
Le Metsoudat David explique « désirables » : pour celui qui y aspire, rien ne peut leur être comparé. Ibn Ezra va également dans ce sens, en ajoutant une précision capitale : « Pour les sages uniquement ». Quelqu'un pourrait venir et dire : « Je ne ressens aucune douceur ; j'étudie la Torah et cela ne m'est pas doux, mais amer. » C'est à cela qu'Ibn Ezra répond : pour les sages uniquement. Pour quiconque approfondit véritablement la Torah et s'y attache, il n'existe rien de plus agréable et de plus doux. Et comme l'écrit le saint Or Ha'Haïm, si les hommes avaient conscience de la valeur de la Torah, ils deviendraient fous et s'enflammeraient pour elle - tant elle recèle de saveur, d'attrait et de douceur, employant là de nombreuses expressions pour louer la sainte Torah. Et heureusement qu'il y a des chants, pour qu'au moins les gens connaissent un peu les paroles du Or Ha'Haïm et quelques versets ! Si quelqu'un demande pourquoi il ne ressent rien, la réponse est : pour les sages. Celui qui est véritablement relié et qui approfondit la Torah a le privilège d'en extraire des perles, et rien ne lui est plus doux. A-t-il un moment de libre ? Il prend une Gémara, un 'Houmach, écoute un cours audio, s'en délecte et reste uni à la Torah. Face aux hommes de ce monde qui convoitent l'or, l'or fin et les pierres précieuses, David leur dit : sache que pour celui qui chérit les paroles de la Torah comme ils convoitent les pierres précieuses, il n'existe rien de plus doux, et cela est plus doux que le miel et le suc des rayons.
Rachi explique que « nofet tsoufim » désigne la douceur des rayons de miel. Il rapporte une autre explication au nom de Mena'hem, selon laquelle « nofet » vient de la racine évoquant une goutte, comme dans « Tes lèvres distillent des gouttes de miel » - les gouttes qui s'en écoulent, et de même « J'ai parfumé ma couche ». Selon cette interprétation, « nofet tsoufim » est le suc limpide qui s'écoule goutte à goutte du rayon.
« Ton serviteur aussi y est attentif » - non dans l'intention de recevoir une récompense
גַּם עַבְדְּךָ נִזְהָר בָּהֶם, בְּשׇׁמְרָם עֵקֶב רָב׃ - Ton serviteur aussi y est attentif ; à les observer, la récompense est grande.
Que signifie « aussi » (Gam) ? Après avoir rappelé que la Torah est agréable et profitable - mais pour les besoins de ce monde - David vient préciser : Ton serviteur aussi, qui ne court ni après le profit des réussites de ce monde, ni après ses plaisirs - car le roi David ne recherche ni l'agréable ni l'utile temporel, « mon cœur est vide au-dedans de moi » - moi aussi, je prends garde à elles, je veille scrupuleusement à accomplir la Torah et les mitsvot. Et pourquoi ? « À les garder, le profit est grand » (Bé-chomram ékev rav) : il y a une finalité immense dans l'observance même de la Torah et des mitsvot, qui réside dans leur bien absolu et la récompense promise. C'est-à-dire que même si l'on ne m'accordait rien dans ce monde-ci, celui qui les observe finira par recevoir son salaire. Et que signifie « ékev » ? À la fin, à l'instar de « Véhaya ékev tichmé'oun » - la récompense que vous recevrez au terme de l'action. Et comme l'écrit le Métsoudat Tsion, tout comme le talon (ékev) se trouve à l'extrémité du corps ; et au terme se trouve « rav » - une récompense immense et considérable.
Rachi apporte une autre explication : « ékev rav » - les talmidé 'hakhamim finissent par parvenir à la grandeur. Même s'il s'investit et se dévoue aujourd'hui dans l'ombre, on finira par le voir grand et élevé. Il est bien connu que beaucoup de nos plus grands maîtres vivaient dans une misère noire. Rav Ovadia Yossef racontait qu'après son mariage, il n'invitait pas ses beaux-parents à manger chez eux, car ils ne possédaient qu'un seul jeu de couverts - un pour lui et un pour sa femme. Rendez-vous compte d'une telle pauvreté. Et des années plus tard, Baroukh Hachem : son fils, le rav Moché Yossef, qui étudiait à la yéchiva de Hébron, arrivait avec la voiture de son père - non pas celle dans laquelle son père roulait, car un mécène lui offrait chaque année un véhicule neuf, et l'ancien était transmis à un proche, au rav Elbaz, à son fils ou à d'autres. Et lorsqu'il a atteint cette stature, voilà ce que signifie « la fin des talmidé 'hakhamim est de parvenir à la grandeur », tel est le sens de « ékev rav » : à la fin, il devient grand, « rav » au sens d'éminent, car ce terme désigne la grandeur. Il rapporte aussi que cela s'apparente aux « pas de ton Messie » (ikvot méchi'héha) - à la fin, à l'approche de la venue du Machia'h. Ainsi, même si l'on traverse aujourd'hui des épreuves et des difficultés, leur observance permettra d'accéder au terme à une immense récompense.
Erreurs involontaires et fautes cachées
שְׁגִיאוֹת מִי יָבִין, מִנִּסְתָּרוֹת נַקֵּנִי׃ - Qui peut discerner les erreurs involontaires ? Purifie-moi de mes fautes cachées.
Le roi David déclare : certes, j'observe la Torah et les mitsvot non pour un salaire en ce monde ni pour sa douceur, mais uniquement pour la gloire du Créateur béni soit-Il ; et malgré tout cela - de grâce, Hachem, aide-moi. Après avoir dit « à les garder », aide-moi à les préserver, car je peux faire des efforts dans ce qui dépend de moi, mais ce qui ne dépend pas de moi m'est extrêmement difficile, et il existe des domaines où, malgré tous mes efforts, je risque de faillir. Le Malbim explique que le risque de trébucher se présente sous deux formes : les erreurs d'appréciation (chéguiot) et les fautes cachées (nistarot).
« Chéguiot » - l'erreur dans l'étude approfondie : un homme a étudié et analysé le sujet, et en a déduit une permission au lieu d'une interdiction, sans parvenir à la conclusion juste. C'est à ce propos qu'il est question du « sacrifice pour la faute involontaire d'une décision erronée de la communauté » (par hé'élem davar chel tsibour), lorsque le Sanhédrin a promulgué une décision contraire à la loi - ils se sont trompés, n'ont pas approfondi correctement et ont permis ce qu'il fallait interdire. Comme on le sait, lors de l'arrivée en terre d'Israël, on ne connaissait pas véritablement l'électricité, et certains décisionnaires avaient écrit que l'électricité était permise pendant Yom Tov, pensant qu'il s'agissait du transfert d'un feu existant. Rav Ovadia Yossef expliquait à ce sujet qu'un électricien ignorant leur avait décrit le courant électrique ; cet électricien ne comprenait pas lui-même comment l'électricité fonctionnait et s'imaginait qu'il y avait une sorte de feu dans les câbles et que l'on ne faisait que le propager depuis l'interrupteur. Or, c'est absolument faux - il n'y a pas de feu dans les fils et ce n'est pas un transfert. Dès lors, ceux qui ont tranché ainsi l'ont fait par erreur : ils n'avaient pas appréhendé la réalité matérielle exacte et n'avaient pas mené l'analyse requise. C'est pour cela que David supplie : Maître du monde, il est extrêmement difficile à l'homme de se garder de toute erreur de jugement - épargne-moi les méprises de l'intellect, « qui peut discerner les erreurs involontaires ? ».
« Purifie-moi de mes fautes cachées » - les fautes cachées relèvent quasiment du cas de force majeure, d'une inadvertance totale dans l'action. Par exemple, une personne qui a vu un morceau de graisse et a cru qu'il s'agissait de graisse permise (chouman), ignorant qu'il s'agissait en réalité de graisse interdite ('hélev). La structure moléculaire du chouman et du 'hélev chez l'animal est identique ; la seule différence réside dans leur emplacement anatomique : à un endroit précis de la bête, il s'agit de 'hélev, et à un autre endroit, exactement la même matière s'appelle chouman, sans qu'aucun moyen ne permette de les distinguer, pas même en laboratoire. Il s'avère donc que c'est indépendant de sa volonté : j'ai regardé et j'ai cru que c'était de la graisse permise, alors qu'il s'est avéré que c'était du 'hélev. C'est à ce propos qu'il implore : « Purifie-moi de mes fautes cachées » - ne me punis pas pour elles.
Le Malbim précise qu'il existe une différence fondamentale entre les termes hébreux « chagah » et « chagag ». La « chéguiyah » est une erreur d'ordre intellectuel : on a étudié, analysé, approfondi, pour finalement juger la chose permise alors qu'elle s'est révélée interdite - on s'est trompé dans la décision halakhique. Tandis que la « chégagah » est une méprise matérielle dans l'acte : on a pris par erreur du 'hélev en pensant que c'était du chouman ; il n'y a eu là aucune réflexion ni dialectique juridique, seulement une bévue concrète. C'est cette inadvertance matérielle que le texte appelle « fautes cachées ». Il s'avère donc que « chéguiot » renvoie à l'erreur d'analyse (« chagah »), et « nistarot » à la méprise dans l'action (« chagag ») - et David demande à être préservé de l'une comme de l'autre.
« Préserve aussi Ton serviteur des présomptueux »
גַּם מִזֵּדִים חֲשֹׂךְ עַבְדֶּךָ, אַל יִמְשְׁלוּ בִי אָז אֵיתָם, וְנִקֵּיתִי מִפֶּשַׁע רָב׃ - Préserve aussi Ton serviteur des présomptueux, qu'ils ne dominent point sur moi ; alors je serai intègre et innocent de fautes graves.
Soit dit en passant, quiconque gère une caisse de prêts sans intérêt (Guéma'h) et auprès de qui l'on vient emprunter doit se montrer vigilant, car certains prennent cet argent en s'imaginant qu'il s'agit d'un don et non d'un prêt. Et où trouve-t-on une allusion invitant à s'en prémunir ? Les termes « **G**am **M**izédim **'H**assokh » (Préserve aussi des présomptueux) forment les initiales de Guéma'h. Sois prudent, ne prends pas de risques inconsidérés, nul ne sait si tu reverras cet argent.
Pour en venir au fond des choses, le Malbim explique : bien que je sois certain de ne pas enfreindre volontairement les commandements divins - puisque j'ai affirmé « à les garder », attestant que j'observe les mitsvot d'Hachem car « le profit est grand », leur récompense étant immense dans le monde à venir - malgré tout, il se pourrait fort bien que des présomptueux m'induisent en erreur. Ce sont des individus qui viennent contester délibérément la vérité, égarer l'homme et l'entraîner dans leur sillage par des arguments spécieux. Remarquez bien qu'il ne dit pas « préserve-moi des fautes délibérées » (mizdonot) - car commettrais-je une faute sciemment, à D.ieu ne plaise ? - mais bien « des présomptueux » (mizédim), c'est-à-dire de ceux qui s'opposent intentionnellement à la Torah et à Hachem et cherchent à me tromper ; or, face à eux, l'épreuve est rude, c'est pourquoi il prie : préserve Ton serviteur, délivre-moi d'eux. Une autre menace réside dans la présence d'un dirigeant ayant autorité sur toi, capable de t'imposer des transgressions et de t'empêcher d'accomplir les mitsvot. C'est à ce propos qu'il ajoute : « Qu'ils ne dominent point sur moi » - que des oppresseurs n'exercent aucune emprise sur moi pour m'éloigner de la Torah et des mitsvot et me détourner du droit chemin. Le premier écueil consiste à ne pas s'associer aux impies ni se laisser séduire par leurs discours ; le second, à ce qu'ils n'exercent aucune tyrannie sur ma personne.
« Alors je serai intègre » - presque tous les commentateurs expliquent : alors je serai intègre et parfait dans le service de Hachem. « Et je serai purifié de fautes graves » - et alors, assurément, je n'en viendrai pas à la transgression délibérée et à la rébellion. Le Malbim précise dans son explication des termes que la « faute grave » désigne la révolte : le terme pecha évoque l'infidélité délibérée, et la révolte constitue une faute encore plus grave, car l'homme se rebelle contre Hachem - un forfait d'une extrême gravité. Tel est le sens : purifie-moi de cela en me préservant des présomptueux et des despotes, et ainsi je n'en arriverai pas à des transgressions majeures.
Le Midrach du Samaritain mendiant de porte en porte - la voie de la prière
Rachi rapporte les paroles de nos Sages : à quoi David ressemble-t-il ? À un Samaritain mendiant de porte en porte, car ils se montraient plus rusés que quiconque en la matière. Ce mendiant n'était pas un pauvre ordinaire, mais un pauvre avisé, qui savait obtenir des gens ce qu'il voulait avec habileté. Comment procédait-il ? Il arrivait, frappait à la porte et demandait : donnez-moi un peu d'eau à boire. L'eau est la denrée la plus simple et la moins coûteuse - puiser de l'eau au puits, un simple verre d'eau, s'il vous plaît. Après avoir bu, il disait : n'auriez-vous pas un petit oignon ? Un oignon ne coûte presque rien non plus, on le lui donne. Il reprend : mais mange-t-on un oignon sans sel ? On lui donne un peu de sel. Il ajoute : donnez-moi un morceau de pain pour que l'oignon ne me brûle pas l'estomac - une tranche au-dessus et une tranche en dessous, pour adoucir le piquant de l'oignon. Puis ensuite : du pain avec un oignon seulement ? Ne reste-t-il pas un petit quelque chose ? J'ai senti une bonne odeur... Peu à peu, il en rajoute, s'installe comme un familier de la maison, et finit par demander une boisson pour conclure le repas et faciliter la digestion.
C'est ainsi que le roi David procède ici par étapes : d'abord « Qui discerne les erreurs ? » - délivre-moi des inadvertances ; puis « purifie-moi des fautes cachées » ; ensuite il implore au sujet des fautes délibérées ; et enfin au sujet des rébellions, ce « péché grave ». Il a commencé par un verre d'eau - et voyez où il est parvenu ! Cela vient nous enseigner la nature même de la prière : dans sa prière, l'homme doit aller crescendo. Rien n'empêche un homme de demander à Hachem tout ce qu'il désire, et on ne lui dit pas de s'abstenir ou de limiter ses suppliques. Comme le disent nos Sages : « Est-ce auprès de quelqu'un qui est démuni que je demande ? » - sollicites-tu un indigent ? Tu demandes à Celui à qui appartient le monde entier, alors demande ! Le Saint, béni soit-Il, dit Lui-même : « Ouvre largement ta bouche et Je la remplirai ». Mais la demande doit progresser par degrés : solliciter une chose, puis en ajouter une autre, puis encore une autre, comme nous le voyons chez David. Telle est la véritable voie de la prière.
« Que les paroles de ma bouche soient agréées »
יִהְיוּ לְרָצוֹן אִמְרֵי פִי וְהֶגְיוֹן לִבִּי לְפָנֶיךָ, יְהֹוָה צוּרִי וְגֹאֲלִי׃ - Que les paroles de ma bouche et la méditation de mon cœur soient agréées devant Toi, Hachem, mon Rocher et mon Rédempteur !
Le Radak explique : « Que les paroles de ma bouche soient agréées » - ce que j'ai articulé de vive voix et demandé explicitement, qu'il trouve grâce. « Et la méditation de mon cœur » - ce que je n'ai pas exprimé verbalement mais que j'ai seulement médité et pensé intérieurement ; la pensée est appelée la méditation du cœur, le murmure du cœur - qu'elle soit agréée elle aussi. Et pourquoi cela est-il nécessaire ? Parce qu'il y a des choses que l'homme semble incapable d'exprimer par des mots : il les désire dans son cœur mais ne sait pas les formuler convenablement. Comme le dit le roi David : « Seigneur, ouvre mes lèvres » - parfois j'ai le désir de demander, mais la parole me manque ou j'ignore comment formuler ma requête ; et le roi Salomon dit : « Mais c'est de Hachem que vient la réponse de la langue » - pour formuler une demande convenable et s'exprimer avec justesse, il faut aussi une aide divine (siyata dichmaya). Ainsi : Maître du monde, que d'abord les paroles de ma bouche soient agréées - ce que je sollicite verbalement, accomplis-le et exauce mes vœux ; et quant à la méditation de mon cœur, ce que je ne parviens pas à prononcer mais que je rumine intérieurement, daigne y prêter attention et me l'accorder.
« Hachem, mon Rocher et mon Rédempteur » - « mon Rocher », c'est ma force, en qui je place ma confiance. Le « rocher » évoque toujours un refuge où l'on s'élève, où l'on trouve le salut, sur lequel on s'appuie, à l'image du verset « et ils entreront dans les cavités des rochers » - une assise inébranlable. Hachem est donc mon Rocher, ma force, et je Lui fais confiance pour exaucer mes requêtes ; et Il est aussi mon Rédempteur - Il me libérera des erreurs, des inadvertances et de tout ce contre quoi j'ai imploré Sa protection.
Le Malbim explique qu'il s'agit ici d'une prière particulière, car il arrive parfois qu'un homme trébuche dans ses paroles. Comme nous l'avons vu pour 'Hanna, qui avait déclaré au sujet de son fils Samuel qu'il demeurerait là « pour toujours » ; or nos Sages enseignent qu'elle commit un lapsus, car cette expression désigne la durée du service des Lévites - elle l'amena à l'âge de deux ans, et il vécut ensuite cinquante ans, ce qui correspond à la période de service des Lévites. Il en va de même pour toutes sortes de requêtes formulées de manière imprécise, comme dans cette histoire du Midrach où un homme priait Hachem de lui procurer un âne ; et le Saint, béni soit-Il, lui procura bien un âne, mais de façon à ce qu'il le porte sur ses épaules : un officier dont l'ânesse venait de mettre bas un ânon passa par là ; comme l'ânon peinait à marcher, l'officier aperçut le Juif et lui ordonna : charge-le sur tes épaules et porte-le jusqu'à la ville ! Maître du monde, ce n'est pas un tel ânon que j'avais demandé... Il faut donc savoir s'exprimer avec exactitude. C'est pourquoi David implore : Maître du monde, aide-moi à m'exprimer convenablement - c'est un premier point ; et deuxièmement, que mes pensées soient elles aussi conformes à Ta volonté, et que je n'aie pas de pensées contraires à Ton désir. Que les paroles de ma bouche ainsi que la méditation de mon cœur soient toutes agréées devant Toi ; et alors, en tant que « mon Rédempteur », Hachem me délivrera de toutes mes détresses et de toutes mes épreuves.
En conclusion :
En conclusion de ce psaume, le roi David nous enseigne la grandeur de la Torah sous toutes ses facettes : ses statuts - « La crainte de Hachem est pure, elle subsiste à jamais », purs et éternels face aux lois impures et fluctuantes des nations ; et ses ordonnances civiles - « véritables, équitables ensemble », une justice absolue qui prend en considération l'ensemble des données et tous les facteurs environnants, ce qu'aucun juge de chair et de sang ne saurait accomplir. D'où découle également l'injonction d'être un homme tourné vers la collectivité, de s'attacher aux grands maîtres, et de comprendre que tous nos doutes sur la justice divine proviennent du fait que nous ne percevons pas cette dimension d'« ensemble ». La Torah renferme à la fois l'utile (« plus désirables que l'or et que l'or fin ») et l'agréable (« plus doux que le miel et le suc des rayons »), mais David s'y applique de manière désintéressée, car « les observer procure une grande récompense ». Fort de cette prise de conscience, il adresse une prière qui va crescendo - à l'image du Samaritain mendiant de porte en porte - afin d'être préservé des erreurs de l'intellect, des fautes involontaires de l'action, des présomptueux et des despotes, jusqu'à devenir intègre et purifié de toute faute grave ; et il conclut : « Que les paroles de ma bouche et la méditation de mon cœur soient agréées devant Toi, Hachem, mon Rocher et mon Rédempteur ».