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Psaume 19 - Les cieux racontent et la Torah - Deuxième partie

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Introduction : De la nature à la Torah

Jusqu'ici, le roi David nous a montré comment déceler l'existence du Créateur et Sa providence à travers le monde : « Les cieux racontent la gloire de Dieu ». À partir d'ici, explique le Malbim, David vient nous montrer qu'il est infiniment préférable d'appréhender tout cela à travers la Torah. En effet, par la Torah, nous parvenons à des compréhensions bien plus profondes que par la recherche et l'observation des réalités matérielles - la terre, le soleil et les corps célestes. La supériorité de la Torah se manifeste sous six aspects, et David entreprend à présent de les détailler : en quoi percevons-nous dans la Torah des révélations divines que nous ne trouvons ni dans le soleil, ni dans la lune, ni dans la contemplation de la nature.

תּוֹרַת יְהֹוָה תְּמִימָה מְשִׁיבַת נָפֶשׁ, עֵדוּת יְהֹוָה נֶאֱמָנָה מַחְכִּימַת פֶּתִי׃ - La Torah de l'Éternel est parfaite, elle réconforte l'âme ; le témoignage de l'Éternel est véridique, il rend sage le simple.
Pourquoi précisément six aspects ?

Pourquoi précisément six ? Le Malbim l'explique à la lumière du psaume appelé « Temanya Apé » - le psaume 119. On le nomme ainsi car chaque lettre de l'alphabet y est répétée huit fois, huit facettes pour chaque lettre. Dans ce psaume 119, le texte entier, à l'exception d'un seul verset, traite de la Torah, et six termes y sont employés pour la désigner : Torah (enseignement), Édout (témoignage), Pikoudim (préceptes), Mitsvot (commandements), Houkim (lois) et Michpatim (statuts). Six catégories, six expressions pour désigner la Torah. Et puisqu'il existe six expressions, cela signifie que sous six angles distincts, la Torah nous enseigne des réalités inaccessibles par la simple observation de la nature. Concernant l'aspect nommé « Torah » : c'est là qu'elle nous enseigne les fondements de la foi, les notions divines et les principes fondamentaux, bien au-delà de ce que l'observation de la réalité matérielle pourrait jamais apporter.

« La Torah de l'Éternel est parfaite » - La perception issue de la nature reste incomplète

Le Malbim explique : le verset vient nous enseigner que la Torah offre des degrés de compréhension bien supérieurs à ce que l'on retire de l'observation du monde. Grâce à la Torah, il devient clair que le premier récit - celui des cieux racontant la gloire de Dieu - n'est pas complet. Que lui manque-t-il ? Il montre certes qu'il existe un Créateur, que quelqu'un m'a créé. Mais l'observation des astres permet-elle de prouver que le monde a été créé ex nihilo et qu'il n'est pas éternel ? Les philosophes de l'Antiquité, les hérétiques, soutenaient l'éternité du monde : même si Dieu a façonné l'homme, Il serait intervenu dans un monde préexistant, un univers qui n'aurait jamais été créé mais aurait toujours existé. C'est ainsi que l'on concevait les choses autrefois.

En réalité, aucun chercheur ni homme de science ne soutient plus une telle thèse aujourd'hui. Peu à peu, les esprits finissent par s'ouvrir. Autrefois, c'était la conception dominante, alors que nous avons toujours affirmé que le Saint, béni soit-Il, a créé Son monde et l'a renouvelé en six jours. Aujourd'hui, tout le monde admet que l'univers a eu un commencement précis. Un autre débat a persisté par la suite : nous affirmions que le monde avait été créé en un instant, alors qu'ils soutenaient une émergence graduelle. Et comme on le rappelle souvent, il faut laisser du temps aux scientifiques sans les brusquer. Là aussi, il leur a fallu du temps, et Stephen Hawking a fini par réviser ses conclusions pour admettre l'existence du Big Bang, signifiant que l'univers est né en un instant. Merci beaucoup, bravo et félicitations !

C'est comparable à un homme qui gravit le mont Everest : il se sent jeune, vigoureux, plein d'énergie, et parvient enfin au sommet. Soudain, il aperçoit trois vieillards assis là. « Que faites-vous ici ? » leur demande-t-il. « Nous sommes nés ici ! Toi, tu viens d'arriver, bonjour à toi ! De quoi t'enthousiasmes-tu ainsi ? Nous connaissons la Torah et la vérité du monde depuis l'origine. Quand vous clamiez que l'univers était éternel, nous savions déjà qu'il avait été créé. Quand vous affirmiez qu'il était apparu lentement, nous savions déjà qu'il avait été créé en un instant. » Pas à pas, ils finissent par apprendre - voilà pourquoi il ne faut jamais s'émouvoir des objections des scientifiques.

Il apparaît donc que l'observation de la création comporte une limite : elle enseigne certes qu'il existe un Créateur ayant façonné l'homme, mais qui prouve que le monde n'est pas éternel ? Et même si l'univers a été créé, l'a-t-il été à partir du néant absolu ou à partir d'une matière primordiale préexistante dont Dieu Se serait servi pour former Son monde ? L'observation du soleil, de la lune et des astres ne permet absolument pas de le déterminer. De même, la contemplation du monde permettrait-elle de connaître la providence de Dieu sur le peuple d'Israël, la prophétie, la Torah d'origine céleste ou l'élection d'Israël ? Tout cela est impossible à découvrir à partir de la seule création ; cela ne s'apprend que par la force de la Torah.

Par conséquent, la compréhension issue du monde reste imparfaite, tandis que « la Torah de l'Éternel est parfaite ». Grâce à la Torah, on parvient à une connaissance intégrale, exempte de tout manque, par laquelle on appréhende l'ensemble des fondements de la foi et de la pensée juive : l'existence du Créateur, la création du monde ex nihilo à l'opposé de son éternité, le déroulement de la création, le but de l'univers, la mission de l'homme et l'identité du peuple élu. De même, ce qui advient lorsque l'homme quitte ce monde, où il va et quel est son sort - l'observation du monde ne peut l'enseigner, alors que la Torah nous le révèle. C'est pourquoi le verset affirme : « La Torah de l'Éternel est parfaite, elle réconforte l'âme » - avec la Torah, nous savons ce qui advient lorsque l'âme retourne à sa source originelle.

« Le témoignage de l'Éternel est véridique » - La dimension narrative de la Torah

Il y a dans la Torah une partie appelée « Témoignage » (Edout), et le Malbim explique qu'il s'agit de la trame narrative de la Torah : Yossef et ses frères, Avraham faisant l'acquisition de la grotte de Makhpéla auprès d'Éphron, et d'autres récits similaires. En ce domaine également, la Torah possède une supériorité immense sur les récits des auteurs humains. Les écrivains inventent des fictions pour en faire des allégories et y draper les idées qu'ils désirent enseigner ; en revanche, « le témoignage de l'Éternel est véridique » - nééman découle de la vérité et de la fidélité - tous les récits rapportés par la Torah sont l'exacte vérité, à cent pour cent. Bien souvent, un conteur embellit ou retouche quelque peu son propos, introduisant des inexactitudes pour mieux servir la morale qu'il vise ; dans la Torah, il n'en est rien.

Et pourtant, la Torah recèle en son sein des profondeurs insondables. Par exemple : « Et voici les rois qui ont régné sur le pays d'Édom avant qu'un roi ne régnât sur les enfants d'Israël » - Béla fils de Béor et le nom de sa ville était Dinhaba, Chaoul de Réhovot-Hanahar, et Méhéytabel fille de Matred. Quiconque lit ce passage s'étonne : pourquoi la Torah s'attarde-t-elle sur tous ces monarques, le nom de leur cité, l'identité de leur épouse et de leur belle-famille ? Ce sont en apparence des détails tout à fait accessoires. Mais pour l'initié, tout le mystère du bris des récipients (Chevirat Hakélim) et de l'émanation des mondes par le Saint, béni soit-Il, s'y trouve dissimulé en filigrane. Dans ces versets réside l'ensemble du processus de la création des mondes, de la brisure des vases et de l'édification des Partsoufim ; une part considérable du Zohar et de la Kabbale prend appui sur ces passages. Et si l'on demandait : alors, Méhéytabel fille de Matred n'a-t-elle jamais existé ? Bien sûr qu'elle a existé ! Simplement, les faits historiques ont été consignés de manière à faire allusion aux dimensions les plus intimes de la Création. Le sens littéral est l'exacte vérité, « le témoignage de l'Éternel est véridique », et tout cela s'articule à travers des strates cachées révélant la réalité antérieure à la création du monde, le déploiement des lumières et de l'influx divin depuis Adam Kadmon, la façon dont les lumières sont descendues en cascade jusqu'à l'agencement et la structuration des Séfirot telles qu'elles subsistent à présent.

« Assagissant l'ingénu » - La dimension éthique des récits de la Torah

Et non seulement cela, mais elle « assagit l'ingénu ». Les discours des philosophes n'offrent aucun bienfait tangible, tandis que des récits de la Torah se dégage l'enseignement éthique par excellence, tout particulièrement du livre de Beréchit, qualifié de « Livre des Justes » (Séfer Hayachar) - car dans le 'Houmach Beréchit, on apprend avant toute chose la droiture. Voyez la conduite d'Avraham Avinou ; observez le comportement de Ya'akov face à Lavan : comment Lavan a trompé Ya'akov, et combien Ya'akov a courbé l'échine sans jamais lui rendre la pareille par la duplicité ; voyez comment les frères ont agi envers Yossef, et comment Yossef, en définitive, leur a rendu le bien pour le mal - cherchant d'abord à leur faire réparer leur faute, avant de leur prodiguer ses bienfaits. Considérez Ya'akov face à Essav, Yits'hak face à Ichmaël, les attitudes vertueuses et ce qu'il convient d'éviter. Voyez enfin le sort réservé à celui qui brave la volonté divine : la génération du Déluge, la génération de la Tour de Babel.

Et qui est donc ce « pétaï » (l'ingénu) ? Ni un génie, ni un philosophe, ni un esprit pénétrant, mais un homme naïf - ce qu'on qualifierait aujourd'hui de personne « simple ». Lui aussi, à la simple lecture des versets de la Torah, fortifie sa foi en la providence divine, dans le principe de rétribution, dans le refus du mal et dans l'imitation des Justes. Il en ressort que « le témoignage de l'Éternel » est d'abord véridique, car tout y est pure vérité ; et ensuite qu'il assagit l'ingénu, car même celui qui est dépourvu de grande sagesse peut s'élever grâce aux récits de la Torah.

L'explication de Rachi : la Torah éclaire comme le soleil
פִּקּוּדֵי יְהֹוָה יְשָׁרִים מְשַׂמְּחֵי לֵב, מִצְוַת יְהֹוָה בָּרָה מְאִירַת עֵינָיִם׃ - Les préceptes de l'Éternel sont droits, ils réjouissent le cœur ; le commandement de l'Éternel est limpide, il éclaire les yeux.

Ajoutons ici l'éclairage apporté par Rachi. « La Torah de l'Éternel est parfaite » - elle aussi illumine à l'instar du soleil. Après avoir évoqué l'astre du jour, « depuis une extrémité des cieux est son point de départ » et « sur toute la terre retentit leur voix », l'Écriture vient proclamer que la Torah de l'Éternel resplendit elle aussi tel un soleil, ainsi qu'il est formulé plus loin : « elle éclaire les yeux », car « la mitsva est un flambeau et la Torah est lumière ».

Rachi précise en outre : ce qui a été énoncé précédemment, « et nul ne se dérobe à sa chaleur », s'applique au Jour du Jugement, quand le Saint, béni soit-Il, tirera le soleil de son étui pour consumer les impies : « et ce jour qui vient les embrasera ». Notons au passage que l'expression « tirer le soleil de son étui » indique qu'en l'absence de voile protecteur, le soleil devient dévastateur. En revanche, « la Torah de l'Éternel est parfaite, elle restaure l'âme » - elle préserve ceux qui s'y consacrent de cette fournaise future ; bien plus, les Justes s'y réchauffent et cette ardeur tourne à leur avantage, leur procurant le salut : « Et pour vous qui craignez Mon Nom, se lèvera le soleil de justice apportant la guérison dans ses rayons ». Pour les méchants, « nul ne se dérobe à sa chaleur », à ce soleil ardent qui s'abattra sur eux en ce jour ; tandis que pour les Justes, la Torah régénère leur âme.

Et « le témoignage de l'Éternel est véridique » - elle est un témoin fidèle en faveur de ceux qui s'y adonnent, les arrachant aux sentiers de la mort pour les ramener vers les voies de la vie. Qui témoignera en faveur de l'homme, là-haut, dans le Monde de Vérité ? Le témoignage de l'Éternel est véridique : la Torah est ce témoignage irréfutable qui attestera du labeur de l'homme et de son attachement à ses préceptes, et c'est elle qui arrache son âme aux chemins de perdition pour la guider vers la vie éternelle.

Six expressions et cinq mots : Torah écrite et Torah orale

« Le commandement de l'Éternel est limpide (bara) » - Rachi commente : il resplendit, c'est-à-dire qu'il brille de l'éclat du plein midi ; tel est le sens de « bara » : pur, clair et lumineux, une réalité magnifique. Rachi ajoute : observez que six expressions sont énoncées ici, comme l'a relevé le Malbim - la Torah de l'Éternel, le témoignage de l'Éternel, les préceptes de l'Éternel, le commandement de l'Éternel, la crainte de l'Éternel, les jugements de l'Éternel. Ces six termes correspondent aux six ordres de la Michna (Chicha Sidré Michna), puisqu'il s'agit ici de l'enseignement divin. Par ailleurs, entre chaque mention du Nom divin s'intercalent cinq mots, Nom divin compris. Ainsi : Pikoudé, Hachem, yecharim, messam'hé, lev - cinq mots ; et à la suite : Mitsvat, Hachem, bara, méïrat, énaïm. Pourquoi cette disposition constante par groupes de cinq mots ? C'est une allusion transparente aux cinq livres de la Torah ('Hamicha 'Houmché Torah).

On constate ainsi que, d'une part, six expressions correspondent aux six ordres de la Michna - la Torah orale -, et d'autre part, la division en groupes de cinq mots correspond à la Torah écrite. C'est pourquoi le verset conclut : « מִשְׁפְּטֵי ה' אֱמֶת צָדְקוּ יַחְדָּו » (« Les jugements de l'Éternel sont vérité, ils sont tous ensemble justes ») - tous sont établis avec bonté et vérité ; la Torah écrite et la Torah orale sont descendues étroitement liées l'une à l'autre, à l'opposé de l'opinion des Sadducéens qui prétendaient qu'elles constituaient deux entités distinctes. Tout cet enseignement est vérité, et c'est ainsi qu'il fut transmis par Hachem : les six ordres de la Michna tout comme les cinq livres de la Torah.

« Pikooudei Hachem yécharim » - Des mitsvot qui renforcent la émouna et les midot

Le Malbim explique : « Pikooudei Hachem yécharim messamkhei lev » (« Les préceptes de l'Éternel sont droits, ils réjouissent le cœur ») - il s'agit ici de cette catégorie de commandements appelés « pikoudim », par lesquels nous entretenons notre foi. Par exemple, les fêtes, qui sont un souvenir de la sortie d'Égypte : à travers elles, on affermit constamment la conviction que Hachem nous a délivrés d'Égypte, a frappé nos oppresseurs de dix plaies et a fendu la mer. De même, les mitsvot destinées à enraciner en nous de nobles traits de caractère, telle l'obligation de décharger et de charger la bête - « si tu vois l'âne de ton ennemi succomber sous sa charge » -, pour briser toute cruauté ; ou encore les dons aux indigents, comme le léket, la chikheha et la péa, qui nous imposent de subvenir aux besoins des pauvres dès que nous les voyons. Observez à quel point ces ordonnances diffèrent des lois des autres nations, dont les prescriptions manquent de droiture.

« Les préceptes de l'Éternel sont droits » - des commandements instaurés selon la droiture et la justice. Parmi les nations, on constate tant de lois bien éloignées de la droiture et de la justice, particulièrement à travers l'histoire. Mais nul besoin de remonter le cours des siècles. Deux grandes visions s'affrontent aujourd'hui dans le monde : la doctrine capitaliste et la doctrine socialiste, l'État d'Israël représentant une tentative de compromis. Ces deux systèmes se veulent, en apparence, conçus pour offrir une existence meilleure à leurs citoyens.

Deux visions économiques et leurs dérives respectives

La vision socialiste, voire communiste, paraît à première vue séduisante : tout le monde est égal, chacun a droit à l'équité et à l'accès au savoir, sans disparités de classes outrancières où l'un détiendrait quatre-vingts pour cent des richesses tandis que les autres se battraient pour quelques centimes. C'est selon cette logique que furent fondés les kibboutzim : nul n'y possède de fortune personnelle, chaque revenu apporté appartient à la collectivité, tout investissement profite à l'ensemble du groupe, et chacun reçoit selon ses besoins. En apparence, c'est admirable. Dès lors, pourquoi la Torah n'adopte-t-elle pas ce modèle ? Retenez ce principe : lorsqu'une théorie paraît séduisante, mais que la Torah ne l'érige pas en modèle de conduite, c'est la preuve qu'elle n'est pas bonne. Car le Saint, béni soit-Il, en nous donnant la Torah, nous a transmis la meilleure voie qui soit pour nous ; s'Il ne l'a point prescrite comme mode de vie, c'est qu'elle ne constitue pas la juste voie.

À l'opposé se trouve le modèle capitaliste : l'Amérique. Là-bas règnent des écarts abyssaux entre les classes, depuis des fortunes colossales jusqu'aux miséreux et aux sans-abri qui dorment sur des cartons dans le métro, et dont beaucoup y trouvent un sommeil éternel, fauchés par un froid glacial auquel ils ne survivent pas. Une pauvreté effroyable, sans commune mesure, où l'on se retrouve démuni de tout : aucune aide gouvernementale, aucune assistance sociale. En Amérique, le mot d'ordre est : « Monsieur, vous avez travaillé, vous avez réussi, vous récoltez le fruit de vos efforts. Vous n'avez rien ? Tant pis, travaillez. » C'est une logique impitoyable : qui ne possède rien périt. En Europe, la réalité est différente, la sensibilité y étant plus sociale. Et pourquoi tant de migrants choisissent-ils l'Europe ? Pas seulement parce qu'on leur ouvre les portes alors que l'Amérique se montre plus stricte, mais parce qu'en Europe, on trouve partout des aides à l'insertion, une sécurité sociale protectrice et des allocations familiales généreuses, leur offrant la possibilité de subsister sans travailler bien plus facilement qu'en Amérique.

Comprenez maintenant la faille inhérente à l'idéologie socialiste, si séduisante de prime abord. Les pays fondés sur l'égalitarisme communiste sont tous demeurés sous-développés, sans exception. Même la Russie, réputée plus avancée, reste considérablement en retard par rapport aux États-Unis ; il suffit de visiter ses campagnes pour constater combien les populations sont restées en marge du progrès. Pour quelle raison ? Pour une raison fort simple : si j'innove, si je fonde une start-up et qu'on m'annonce que les fruits de mon labeur seront partagés par tous et confisqués par l'État, pourquoi me donnerais-je tant de mal ? On adopte alors le strict minimum : on arrive au travail, on accomplit sa tâche sans zèle, on pose ses clés et l'on rentre chez soi. Voilà pourquoi les pays communistes n'ont guère produit d'inventions ni d'innovations majeures. Un laboratoire pharmaceutique investit des milliards en recherche ; des savants et des professeurs planchent pendant des années, parfois sans résultat ; mais lorsqu'ils découvrent un médicament efficace, les bénéfices couvrent l'intégralité des dépenses. Dès lors, l'effort en vaut la peine. L'individu consent à s'investir lorsqu'il sait qu'il en tirera profit. En revanche, si tout le fruit de ses efforts est dilué dans l'économie collective, pourquoi se surmener, puisqu'il ne recevra rien de plus que ce qu'il a déjà ?

Constatez donc que chaque système comporte d'immenses écueils. L'Amérique connaît une misère effroyable et une fracture sociale béante entre riches et pauvres ; la Russie et les pays communistes ont étouffé le progrès. Quelle est donc la voie juste ?

La vision de la Torah : Yovel, Tsédaka et un 'Hessed qui élève celui qui donne

Le judaïsme ne se confond ni avec le communisme ni avec le capitalisme ; il propose une vision tout à fait singulière. D'une part, la Torah reconnaît qu'un homme ne saurait travailler exclusivement pour autrui - s'il ne travaille que pour les autres, sa motivation s'éteint. Il est indispensable que l'individu œuvre pour lui-même : qu'il travaille, qu'il gagne sa vie et qu'il s'enrichisse, mais pour son propre compte. D'autre part, un tel modèle engendre inévitablement des disparités sociales béantes. Jadis, la richesse d'un individu reposait essentiellement sur son patrimoine foncier : posséder des terres conférait l'opulence. Or, la Torah instaure une redistribution foncière tous les cinquante ans : c'est l'année du Yovel (le Jubilé), « et vous retournerez chacun dans sa possession patrimoniale ». Même si une personne a sombré dans une grande indigence et a dû vendre tout son patrimoine au cours de ces cinquante années, les terres lui reviennent automatiquement au terme de cette période. Il s'agit en quelque sorte d'une remise à zéro, permettant à chacun de repartir sur de nouvelles bases.

Mais d'un autre côté, le pauvre ne peut attendre cinquante ans : il risquerait de mourir de faim entre-temps. C'est pourquoi la Torah multiplie, au cœur même de ce cycle de cinquante ans, les injonctions de soutien et d'assistance envers les plus démunis : « tu devras l'aider à décharger », « tu lui ouvriras largement ta main », « tu lui donneras libéralement », ainsi que les dîmes, la tsédaka et les dons généreux. Nul ne doit se détourner de l'indigent : on a le devoir sacré de lui préserver la vie.

Remarquez la différence fondamentale entre la conception communiste et celle de la Torah : dans la vision communiste, on affirme que tout le monde doit être égal, que l'autre est un démuni et que l'on doit s'occuper de lui. Or, lorsqu'on impose cette idée de « tu dois t'occuper de lui », il y a de fortes chances que chacun finisse par ne penser qu'à soi. C'est pourquoi, dans les régimes communistes, on ne constate aucun véritable élan de solidarité mutuelle. Pour la Torah, la bienfaisance ne procède pas d'une contrainte extérieure en faveur d'autrui, mais d'un bienfait pour celui qui donne. Quand la Torah ordonne d'accomplir le 'hessed, elle s'exprime constamment en termes d'enrichissement personnel : « tu y gagnes, tu reçois, tu mérites ». « Tu ouvriras largement ta main » (Patoa'h tifta'h) : tu donnes et tu reçois en retour ; « Prélève la dîme afin de t'enrichir » ('Asser bichvil chetit'acher). Le don, en vérité, comble le donateur. On accomplit le 'hessed de tout cœur lorsqu'on sait que l'on ne donne pas seulement à un indigent anonyme par devoir, mais que l'on donne parce qu'on en tire soi-même un bénéfice spirituel et matériel ; et la perspective s'en trouve totalement changée.

Et lorsqu'il existe un tel don, lorsque l'homme comprend qu'en donnant il se donne à lui-même, il donne sans retenue. Voyez Koupat Ha'ir : des millions et des millions sont récoltés. Les campagnes de collecte de fonds récentes atteignent des montants inconcevables ; de même pour Maayané Hayéchoua et tant d'autres institutions. Des dons modestes de chacun, cent ou deux cents shekels, finissent par former des millions. L'homme est prêt à s'investir, prêt à donner. Il apparaît ainsi que la conception de la Torah est la plus juste sur le plan économique et dans la conduite de l'existence : d'une part, elle préserve l'innovation, l'envie d'entreprendre et de prospérer, car l'effort est récompensé ; d'autre part, elle n'écrase pas le pauvre et ne l'abandonne pas sur un carton dans les couloirs du métro. Elle incite au contraire chacun à soutenir les démunis et à veiller sur eux, trouvant dans cette générosité même sa propre élévation.

Face aux impasses de ces deux visions polarisées, de nombreux États ont cherché un compromis : accorder des aides, des allocations et des soutiens aux nécessiteux, tout en préservant la possibilité d'entreprendre, de faire du profit et de s'enrichir, afin que l'individu ne sente pas qu'il travaille uniquement pour autrui. Mais la voie véritable demeure celle de la Torah, et c'est le sens du verset : « Les préceptes de l'Éternel sont droits » (Pikoudé Hachem yécharim). Lorsque le Saint, béni soit-Il, énonce des commandements dans la Torah, ils sont droits, fondés sur la justice et l'équité, traçant la conduite idéale : préserver le dynamisme de la création et du progrès, sans jamais piétiner les pauvres et les faibles.

« Réjouissant le cœur » - Personne ne danse avec le code civil

Les préceptes humains ne réjouissent pas le cœur, car la loi humaine est dépourvue de finalité ultime. Jamais on n'a vu un citoyen danser avec le recueil des lois de son pays. Bien plus encore : on ne voit pas un chrétien danser avec le Nouveau Testament, ni un musulman avec le Coran. On a pu voir des non-juifs danser après une victoire en championnat, ou d'autres danser dans des scènes de violence et de fanatisme. Mais a-t-on jamais vu un membre des nations danser avec son propre livre de doctrine ? Leurs lois, qu'elles soient civiles ou religieuses, ne sont pas de véritables lois menant à la plénitude et à l'élévation spirituelle ; elles ne réjouissent donc pas le cœur, et pourquoi dès lors danserait-on avec elles ? En revanche, « les préceptes de l'Éternel sont droits » : ils réjouissent le cœur et comblent l'homme de joie, car celui-ci sait qu'à travers eux il accède à la perfection de l'âme et aux plus hautes perceptions spirituelles.

« Le commandement de l'Éternel est pur, éclairant les yeux »

L'expression « Mitsvat Hachem » désigne spécifiquement ce qui porte le titre de commandement, à savoir la majorité des mitsvot de la Torah, et cette catégorie se distingue elle aussi des prescriptions des nations. Le Malbim explique que les rituels et lois des peuples avancent dans l'obscurité, sans que la lumière de la raison ne brille sur eux : quel sens profond et quelle véritable saveur recèlent-ils ? En revanche, « le commandement de l'Éternel est pur » : chaque mitsva possède un sens profond et une dimension intérieure, et elle conduit l'homme à la félicité de l'âme. De plus, elle est « éclairant les yeux » : les yeux symbolisent ici les facultés perceptives et l'action concrète. Dès lors que les commandements divins enseignent la générosité, la sollicitude et la considération d'autrui, ils éclairent le regard de l'homme et ses sens, afin qu'il s'en imprègne et vive selon ces valeurs ici-bas, dans ce monde-ci, et pas seulement en vue du monde futur.

En résumé :

David HaMélekh ouvre une nouvelle dimension : après avoir montré comment les cieux racontent la gloire de D.ieu, il enseigne que la Torah surpasse la contemplation de la nature sur six points fondamentaux, correspondant aux six désignations de la Torah que l'on retrouve dans le psaume 119. « La Torah de l'Éternel est parfaite » : elle offre une compréhension achevée de la création ex nihilo, de la providence, de la prophétie et de la destinée de l'âme, vérités que la nature ne saurait révéler. « Le témoignage de l'Éternel est véridique » : les récits de la Torah sont la vérité absolue, recélant de multiples profondeurs, tout en « assagissant le simple » par des leçons de morale et de savoir-vivre accessibles à tous. « Les préceptes de l'Éternel sont droits, réjouissant le cœur » : des devoirs fondés sur la droiture et l'équité, qui concilient l'esprit d'initiative individuel et la sollicitude envers le démuni, selon une voie qui n'est ni le capitalisme sauvage ni le communisme, mais la voie de la Torah. « Le commandement de l'Éternel est pur, éclairant les yeux » : chaque mitsva possède un sens profond et une portée spirituelle, apportant à l'homme la félicité intérieure et éclairant son existence dès ce monde-ci.