Introduction
Nous poursuivons l'étude du psaume 119, à la lettre Samekh, à partir du verset 113. Les huit versets qui suivent s'articulent autour d'un seul et même thème : un attachement absolu à la Torah - dans la pensée, dans la confiance et dans la vie elle-même. Le roi David témoigne de lui-même que non seulement ses paroles et ses actes sont voués à la Torah, mais aussi ses pensées les plus intimes ; c'est pourquoi il implore une protection, non pas contre un préjudice corporel, mais contre tout ce qui risquerait d'entraver son accomplissement des mitsvot.
« Séafim chanéti » - qui sont les « Séafim » ?
סֵעֲפִים שָׂנֵאתִי וְתוֹרָתְךָ אָהָבְתִּי׃ (קי"ג) - Je hais les pensées doubles et tortueuses, mais j'aime Ta Torah. (113)
Rachi explique : les « Séafim » sont ceux qui nourrissent des pensées tortueuses ou perverses. Ce terme apparaît ailleurs dans les Écritures : « C'est pourquoi mes réflexions (ché'ipaï) me répondent » - c'est-à-dire mes pensées ; ou encore : « Jusqu'à quand boiterez-vous sur les deux branches (sé'ipim) ? », ce qui renvoie aux pensées oscillantes - vous ne savez quelle idée adopter, celle du Baal ou celle du Saint béni soit-Il. Cependant, lorsqu'il est écrit « Séafim », le mot désigne les penseurs eux-mêmes, ceux qui conçoivent ces pensées. Tel est donc le sens ici : ces hommes aux pensées tortueuses, aux ruses et aux voies obliques, je les hais. En revanche, « j'aime Ta Torah » : je reste attaché à la Torah sans me demander « peut-être vaudrait-il mieux agir ainsi », « peut-être existe-t-il d'autres voies » ; toutes ces réflexions sont des pensées trompeuses qui détournent l'homme du droit chemin de la Torah.
Le Radak rapporte d'abord cette interprétation, selon laquelle « Séafim » est un adjectif désignant les individus aux pensées instables ou obliques, puis il ajoute : « Et à mon avis, c'est un nom ». Autrement dit, selon lui, « Séafim » ne qualifie pas la personne qui pense, mais constitue un nom substantif désignant les pensées elles-mêmes. La nuance est simple : lorsqu'on emploie un adjectif, on qualifie une personne - un individu agité par des pensées, tout comme on dirait « coléreux » ; et lorsqu'on emploie un nom, on désigne le concept même, comme « la colère ». D'après cela, David déclare : j'ai pris en haine toutes les pensées vaines ou étrangères, et je n'aime qu'une seule pensée - la méditation de la Torah de Hachem. Elle seule occupe tout mon esprit et toute ma réflexion.
Un esprit qui ne laisse aucune place à ce qui n'est pas la Torah
C'est ainsi que l'on raconte à propos des grands maîtres d'Israël, que les pensées profanes non seulement ne les troublaient point, mais ne trouvaient même pas une seule cellule disponible dans leur cerveau. On racontait sur Rav Ovadia Yossef qu'il avait une étude fixe quotidienne avec son fils Rabbi David. Chaque soir, lorsqu'il terminait d'étudier et de rédiger ses écrits, il l'appelait pour venir étudier - parfois à dix heures, onze heures ou minuit. Et à chaque fois, il demandait à nouveau : Margalit, quel est le numéro de téléphone de David ? Elle lui répondait : on dit de toi que toute la Torah est gravée dans ta tête, et tu ne te souviens pas d'un simple numéro de téléphone ?
Il en allait de même pour Rav 'Haïm Kanievsky : lorsqu'on venait l'interroger sur des questions matérielles du quotidien, il ne se rappelait de rien - ni des noms de rues, ni de l'identité des personnes venues lui rendre visite la veille ou l'avant-veille. On lui demanda un jour : comment est-il possible que le Rav retienne l'intégralité de la Torah lettre par lettre, et ne se souvienne pas du nom d'une rue ou d'un lieu ? Il répondit : j'ai supplié Hachem que rien en dehors de la Torah n'occupe de place dans mon esprit - car tout ce qui prend de la place dans la tête se fait aux dépens de la place de la Torah. Un membre de sa maison racontait qu'il ne se souvenait des personnes qui lui écrivaient régulièrement que par le prisme d'expressions tirées de la Torah : celui qui lui écrivait d'Ekron lui évoquait l'expression prophétique « Ekron sera déracinée » ; pour Ashdod, c'était d'après un verset mentionnant Ashdod. Il les retenait à travers les versets et les tournures de la Guémara, mais avoir l'esprit tourné vers une affaire profane, jamais. C'est précisément ce que déclare David : j'ai haï toute autre pensée, et j'ai aimé Ta Torah - toutes mes pensées sont exclusivement vouées à la sainte Torah.
Le Malbim souligne que le mot central de ce verset est « Torah », faisant écho à ce qu'il a proclamé plus haut : « Combien j'aime Ta Torah ! Tout le jour elle est ma méditation » - je n'entretiens de propos sur rien d'autre que les paroles de Torah. Et ici, il ajoute : je ne conçois aucune pensée en dehors de la Torah ; puisque je la médite sans cesse, mon esprit est constamment fixé sur elle et il n'y a en moi aucune place pour une quelconque autre pensée.
« Sitri oumaguini ata » - deux niveaux de protection
סִתְרִי וּמָגִנִּי אָתָּה לִדְבָרְךָ יִחָלְתִּי׃ (קי"ד) - Tu es mon refuge et mon bouclier, j'espère en Ta parole. (114)
Le Radak explique : Tu me caches et me protèges des hommes qui méditent de me faire du mal, et « en Ta parole j'espère » - c'est la promesse que Tu m'as faite de me sauver d'eux que j'attends et que j'espère, et c'est par elle que je serai gardé. Autre explication : « En Ta parole j'espère » - c'est en Ta Torah que j'espère ; et puisque je suis attaché à la Torah d'Hachem, celui qui garde la Torah bénéficie de cette protection : « elle protège et elle sauve », et aucun mal ne l'atteindra. Il s'ensuit que parce que je m'adonne à Ta Torah, j'ai l'assurance que Tu seras mon refuge et mon bouclier.
Le Malbim enseigne que le mot central ici est « paroles », et c'est ainsi que s'explique ce redoublement : je ne crains pas ceux qui viennent pour me nuire, car Tu es mon « refuge » - Tu me dissimules à leurs yeux pour qu'ils ne me voient pas du tout ; et si malgré tout ils me découvraient et s'approchaient de moi, Tu es mon « bouclier » et Tu me protèges. De plus, « en Ta parole j'espère » - Tu as bien promis de me garder et de me sauver, je n'ai donc rien à craindre de leur malveillance.
De quoi a-t-on peur alors ? « Éloignez-vous de moi, malfaisants »
סוּרוּ מִמֶּנִּי מְרֵעִים וְאֶצְּרָה מִצְוֺת אֱלֹהָי׃ (קט"ו) - Éloignez-vous de moi, malfaisants, et j'observerai les commandements de mon D.ieu !
Remarquons bien : il ne redoute nullement un tort corporel, mais il nourrit une autre inquiétude. Maître du monde, que ceux qui cherchent à me nuire s'écartent de moi ! Pourquoi ? Parce que ma plus grande crainte est qu'ils m'empêchent d'observer les commandements de mon D.ieu. Je ne crains pas qu'ils m'atteignent physiquement, puisque « Tu es mon refuge et mon bouclier » ; la crainte réside dans le fait qu'ils viennent troubler ma pratique des mitsvot et me détourner de l'étude de la Torah et des commandements. C'est pourquoi il dit : « Éloignez-vous de moi, malfaisants » - afin que je puisse garder et accomplir les mitsvot de mon D.ieu.
Ibn Ezra explique que l'expression « Éloignez-vous de moi » se rapporte aux « esprits doubles » mentionnés plus haut : ces hommes aux pensées perverses qui me tourmentent, c'est d'eux qu'il demande à être séparé, afin que « j'observe les commandements de mon D.ieu », c'est-à-dire que je puisse accomplir les mitsvot d'Hachem.
« Soutiens-moi selon Ta promesse, et je vivrai »
סָמְכֵנִי כְאִמְרָתְךָ וְאֶחְיֶה וְאַל תְּבִישֵׁנִי מִשִּׂבְרִי׃ (קט"ז) - Soutiens-moi selon Ta promesse, et je vivrai, et ne me déçois point dans mon espérance !
Ibn Ezra explique « et je vivrai » d'après le verset « que l'homme accomplira et par lesquels il vivra » : si j'observe les commandements d'Hachem, je vivrai tout naturellement. Le Radak ajoute : « Soutiens-moi selon Ta promesse » - conformément à la parole que Tu m'as donnée, et ainsi je vivrai et ne périrai pas sous la main de ceux qui me veulent du mal. Et « ne me déçois point dans mon espérance » : le mot séver exprime l'espérance, comme dans « les yeux de tous espèrent en Toi » ; ne m'inflige pas la honte d'avoir espéré en vain que Tu me délivrerais d'eux. En effet, lorsqu'un homme espère une chose qui finalement ne se réalise pas, il en éprouve de la honte : « Tu disais qu'Il te protégerait, regarde donc ce qu'il est advenu de toi ! » C'est pourquoi il demande à ne pas être confondu dans son espérance.
Et de quelle promesse s'agit-il ? Le Radak précise : « Que l'homme accomplira et par lesquels il vivra » ; or je vais les accomplir. Tu as déclaré que quiconque pratique les commandements d'Hachem a l'assurance de vivre, et voici que j'accomplis Tes mitsvot ; il convient donc, Maître du monde, que Tu veilles sur moi. « Soutiens-moi selon Ta promesse » - selon cette même parole de « et par lesquels il vivra » ; et puisque j'accomplis ce que l'homme doit faire, accomplis mon espérance et fais-moi vivre.
Qu'appelle-t-on la vie ? - « Ne pas vivre une vie d'oisiveté »
Le Malbim note que l'expression fondamentale ici est liée aux « promesses » : Maître du monde, soutiens-moi selon Ta promesse et je vivrai. Et au-delà de l'existence même, « ne me déçois point dans mon espérance », car toute mon espérance consiste à accomplir des mitsvot et de bonnes actions. Selon ses termes : « Et que je ne vive point une vie d'oisiveté, ce qui ne serait point à mes yeux une véritable vie, auquel cas je serais déçu dans mon attente et mon espérance. » Une vie d'oisiveté n'est pas une vie. Même si le monde appelle cela « profiter de la vie » ou « faire la fête », nous savons bien que cela ne mérite pas le nom de vie.
Nous avons déjà consacré tout un enseignement à la question posée par Pharaon à Yaakov : « Combien sont les jours des années de ta vie ? » Yaakov se lance alors dans une longue explication : « Les jours des années de mes pérégrinations... n'ont point atteint les jours des années de la vie de mes pères ». A priori, lorsqu'on vous demande votre âge, répondez cent trente-sept ans et c'est tout, ou cent vingt-deux ans et c'est réglé ; pourquoi donner tout un cours ? Mais le Malbim explique : qu'appelle-t-on la vie ? Le service d'Hachem et l'accomplissement des mitsvot, voilà ce qu'on appelle la vie. C'est pourquoi Yaakov lui a répondu : lorsque tu demandes « Combien sont les jours des années de ta vie ? », il faut bien comprendre ce que tu demandes au juste. Si tu m'interroges sur les années de « vie » - sur le niveau spirituel que j'ai pu atteindre -, elles ne sont pas nombreuses ; je n'ai pas vécu une longue vie, car j'ai connu tant de peines, tant de persécutions, tant d'obstacles et de tourments qui m'ont empêché d'étudier la Torah et de m'attacher convenablement aux mitsvot d'Hachem, comme j'aurais pu le faire dans la sérénité. Mais si tu m'interroges sur « les jours des années de mes pérégrinations », sur le nombre d'années passées dans ce monde, alors je vais te répondre ; mais les jours des années de ma vie ne sont pas aussi longs que tu le penses, et si je te semble vieux, c'est que la vieillesse m'a sauté dessus en raison de toutes les épreuves que l'on m'a infligées.
« Yossef est encore vivant » - Pourquoi Yaakov ne croyait-il pas
C'est également ainsi que s'éclaire la suite de la paracha : ils sont venus dire à Yaakov : « Yossef est encore vivant, et c'est lui qui gouverne tout le pays d'Égypte », et il ne les a pas crus, « son cœur resta froid ». Tout le monde s'interroge : ses propres enfants allaient-ils lui mentir ? Après vingt-deux ans passés à pleurer son fils, ils viennent lui annoncer qu'il est vivant - le vivant ne dément-il pas le mort ? S'il est vivant, qu'ils aillent le lui montrer ; comment concevoir qu'« il ne les crut point » ? D'après notre explication, la réponse est admirable. Être « vivant » ne signifie pas simplement respirer. Ils lui ont dit : Yossef est vivant. Il a répondu : je ne le crois pas. Qui plus est en Égypte ? Comment pourrait-on y vivre véritablement ? Yossef était d'une grande beauté, quelle chance avait-il d'être encore vivant ? Qu'il respire, soit ; qu'il habite là-bas, soit ; mais qu'il soit « vivant », c'est impossible.
« Et il vit les chariots » (les agalot) : s'il s'attache encore à la spiritualité et se souvient de la paracha de la égla aroufa (la génisse égorgée), alors il est vivant ; à présent, je le sais. « C'est assez ! Yossef mon fils est encore vivant, j'irai et je le verrai avant de mourir » : maintenant, je sais qu'il est véritablement vivant. Car s'il avait seulement voulu donner un signe qu'il était en vie, il aurait transmis un tout autre indice : « Papa, le matin où je t'ai quitté, nous avons mangé une omelette ensemble ». Or, il a transmis un signe issu de la Torah, preuve tangible qu'il est encore tout entier plongé dans la Torah. Seule la vue des chariots l'a rassuré sur le fait que Yossef tenait toujours à la Torah, et c'est alors qu'il a déclaré : il mérite véritablement d'être appelé vivant.
« Ne me fais pas honte de mon espérance » - La confiance sur les lèvres et la confiance dans le cœur
Le livre Téhilot explique ce verset à la lumière d'une histoire célèbre rapportée par le Hazon Ich dans son ouvrage « Émouna ou-Vita'hon », que nous avons déjà abordée dans nos cours. C'est l'histoire de « Réouven, qui n'avait que le bitahon à la bouche » : Réouven travaille une demi-journée, ferme boutique pour s'asseoir et étudier, et ne cesse de critiquer ceux qui manquent de foi et de confiance en Hachem, travaillant du lever du soleil jusqu'à l'épuisement. S'ils avaient un peu de bitahon, affirme-t-il, ils sauraient que la subsistance vient du Ciel ; pourquoi peiner autant alors qu'il suffit de travailler peu pour que le Saint, béni soit-Il, accorde la parnassa ? Il a toujours un mot de reproche envers quiconque ne met pas assez sa confiance en Hachem, qu'Il soit béni.
Or, voilà qu'un jour, un concurrent ouvre un magasin juste en face du sien. Réouven voit cela et en a le cœur brisé : quoi, un autre commerçant ? Il va vendre la même chose que moi ? Désormais, les clients vont se partager entre lui et moi ! « Et Réouven se mit à faire les cent pas et à murmurer auprès de ses compagnons » : vous avez vu ? Qui est cet individu ? Pourquoi vient-il s'installer ici ? Il me vole ma subsistance, il étouffe mon gagne-pain ! Il a même commencé à organiser un boycott pour inciter les gens à ne pas acheter chez lui. Où est passée sa confiance ? Où est passée sa foi ? Où est passée la conviction que « la subsistance vient du Ciel » ? Tout cela n'était que des discours de bitahon sur ses lèvres, et à la moindre épreuve, il a trébuché. Pourquoi ? Le Hazon Ich explique : parce que tout ce bitahon dont il se vantait auparavant n'était pas authentique. Il constatait la réussite de ses affaires tout en étudiant la Torah, et attribuait ce succès à sa confiance en D.ieu ; or, ce n'en était pas la véritable cause. La preuve en est que dès qu'un grain de sable s'est glissé dans la machine, il a totalement perdu conscience que le Créateur du monde nourrit et subvient aux besoins de chacun, qu'Il a de quoi nourrir le monde entier, y compris lui-même, et ce quand bien même dix autres marchands vendraient exactement les mêmes produits face à lui. Sa subsistance dépend-elle donc de ce concurrent ou du magasin ? Tout dépend du Maître du monde. On en déduit qu'un homme peut tenir de grands discours sur le bitahon, mais dès qu'on le touche au petit doigt, le ton change du tout au tout.
À la lumière de cette introduction, nous comprenons les paroles du roi David : « Soutiens-moi selon Ta promesse et je vivrai, et ne me fais pas honte de mon espérance » - ne me fais pas honte de cette confiance qui est continuellement sur mes lèvres. Je proclame sans cesse qu'il faut placer sa confiance en Hachem, je répète toujours que le Saint, béni soit-Il, pourvoit aux besoins, accorde la subsistance et que tout provient de Lui ; fais en sorte que je n'aie pas à rougir, que je ne me retrouve pas mis à nu : « David, tu parlais de bitahon, d'où vient alors cette peur et cette angoisse qui te saisissent aujourd'hui ? » C'est pourquoi il dit : Maître du monde, soutiens-moi selon Ta parole et je vivrai ; épaule-moi et aide-moi à me fortifier dans la foi en Toi, afin que tant que je vivrai, je demeure fermement attaché à la confiance en Toi et que je vive véritablement selon ces principes. Que je n'agisse pas comme ce Réouven, qui finit par perdre sa confiance en Hachem, mais qu'au contraire, les hommes voient comment je mets ma confiance en Toi même dans les situations les plus critiques et en tirent un enseignement. Qu'il n'y ait pas de situation où « Tu me ferais honte de mon espérance », où l'on viendrait me dire : te voilà, toi le grand croyant plein de « bitahon », sans que j'en retire autre chose que de la honte.
« Que faire si les chiens ne laissent même pas le temps de prononcer un verset »
À l'image de ce maître d'école (mélamed) qui emmena ses élèves par une belle journée ensoleillée en leur disant : aujourd'hui, nous étudions dans la forêt. Ils s'y rendirent, trouvèrent un endroit agréable et ombragé, s'assirent pour étudier, quand ils aperçurent des chiens au loin. Le maître leur dit : n'ayez aucune crainte ; sachez que si un chien s'approche, il vous suffit de réciter le verset : « Mais contre aucun des enfants d'Israël un chien ne remuera sa langue », et il n'y aura aucun souci, vous pouvez rester sereins. Peu après, les chiens commencèrent à s'approcher en aboyant, et le tout premier à prendre ses jambes à son cou fut le maître d'école. On lui demanda : cher maître, pourquoi fuyez-vous ? Il répondit : que voulez-vous que je fasse, ces chiens ne me laissent même pas le temps de prononcer un verset ! On raconte aussi l'histoire d'un prédicateur à qui l'on avait dit : parle de ce que tu veux, mais ne nous cite aucun verset ; raconte des histoires, sans versets, sans « Et Hachem parla à... ». Il leur raconta alors cette anecdote : que voulez-vous que je fasse si les chiens ne me laissent même pas le temps de prononcer un verset !
Quoi qu'il en soit, on constate qu'un homme peut prêcher la confiance absolue en répétant « aie foi et aie confiance », mais dès que sonne l'heure de vérité, il prend la fuite. C'est précisément à ce sujet que David déclare : « Ne me fais pas honte de mon espérance » - que cette confiance qui se trouve constamment dans ma bouche devienne ma ligne de vie, afin que je ne sois pas couvert de honte plus tard lorsqu'on me dira : tu parlais tant de confiance, mais où en es-tu dans la réalité ?
En conclusion : Les quatre versets que nous venons d'examiner forment un ensemble cohérent. « Je hais les pensées doubles et j'aime Ta Torah » : non seulement mes paroles, mais même mes pensées sont exclusivement vouées à la Torah, et mon esprit ne laisse aucune place aux pensées étrangères. « Tu es mon asile et mon bouclier » : quiconque s'attache à la Torah et à la promesse divine ne redoute point les agresseurs ; Hachem le dissimule par avance et, s'ils s'approchent, Il le protège. « Éloignez-vous de moi, méchants » : la seule véritable crainte n'est pas le dommage corporel, mais l'obstacle mis à l'accomplissement des mitsvot. « Soutiens-moi selon Ta promesse et je vivrai » : la véritable vie n'est pas une vie d'oisiveté mais une vie de Torah et de mitsvot, tout comme Yaakov Avinou ne reconnut pas que « Yossef est encore vivant » tant qu'il n'eut pas constaté que son fils était toujours profondément immergé dans la Torah ; et « Ne me fais pas honte de mon espérance » : puisse l'homme mériter que la confiance proclamée par sa bouche soit aussi la confiance gravée dans son cœur, et qu'il sache s'y tenir même à l'heure de l'épreuve.