Nous poursuivons l'étude de la lettre Mem du psaume 119 et parvenons aux deux versets qui la clôturent : « Qu'elles sont douces à mon palais, Tes paroles » et « Par Tes préceptes je deviens intelligent ». Ces deux versets traitent de la saveur de la Torah : le goût savoureux et doux qui se révèle à quiconque en approfondit l'étude, ainsi que la droiture intérieure que la Torah implante dans le cœur de l'homme, au point qu'il en vient à détester naturellement le mensonge.
מַה־נִּמְלְצוּ לְחִכִּי אִמְרָתֶךָ מִדְּבַשׁ לְפִי׃ - Qu'elles sont douces à mon palais, Tes paroles, plus que le miel à ma bouche !
Rachi explique que « nimletsu » signifie « se sont adoucies », et le Radak abonde dans ce sens : elles sont devenues plus douces que le miel. Le Radak ajoute que la « mélitsa » relève du raffinement de la parole - il existait des hommes rompus à l'art oratoire, à la versification et aux formules grandiloquentes et soignées. On peut entendre aujourd'hui encore de tels discours dans le monde arabe : des allocutions pompeuses et pleines d'arrogance, de hautes métaphores et de vaines déclarations proclamant qu'ils vont « anéantir », « égorger » et qu'« il n'y aura plus d'entité sioniste ». À propos de tels individus, le verset déclare : « Celui qui siège dans les cieux rit » - quiconque use de grands mots et menace de tout détruire ne sait même pas de quoi demain sera fait. Quoi qu'il en soit, telle est la « mélitsa » : un discours noble, recherché et éclatant. Le roi David affirme : voilà comment sont les paroles de la Torah à mes yeux - douces et raffinées comme le miel, et leur propos m'est infiniment précieux.
L'emploi du singulier dans le terme « imratekha » (« Ta parole ») semble à première vue difficile, car le verbe « nimletsu » (« se sont adoucies ») est au pluriel. Le Radak explique : chacune des paroles divines est savoureuse en elle-même, pas une seule ne fait défaut. C'est pourquoi le texte emploie le singulier - il n'existe pas une seule parole de Dieu qui ne soit plus douce que le miel.
Le Malbim fonde son commentaire sur le terme d'« imrot » (paroles). « Qu'elles sont douces à mon palais » - lorsque je goûte Ta parole avec mon palais, il s'agit d'une dégustation intellectuelle : la perception du sens et de la saveur des choses. Les enseignements de la Torah sont appelés des « paroles de saveur » (divré ta'am). L'étrog possède à la fois du goût et du parfum, qui correspondent respectivement à la Torah et aux bonnes actions - le goût symbolise la Torah. Dans la tradition yéménite, lorsqu'on demandait à quelqu'un de prononcer une parole de Torah, on lui disait : « Donne du goût » - c'est-à-dire partage un 'hidouch, un enseignement profond. Cette saveur, c'est la Torah elle-même.
Dès lors, explique le Malbim, ces récits de la Torah qui nous paraissent parfois si simples - combien sont-ils savoureux au palais de celui qui les approfondit ! Quiconque s'en tient à la surface n'y discerne rien de particulier, mais celui qui scrute en profondeur y découvre des dimensions intérieures et des allusions subtiles, et constate avec quelle rigueur le texte a été rédigé précisément sous cette forme. Par exemple, dans la Méguilat Esther, l'ordre des termes varie : tantôt « la reine Vachti », tantôt « Vachti la reine ». Le Gaon de Vilna et le Malbim expliquent que tout le différend entre Assuérus et Vachti résidait précisément là : es-tu reine grâce à moi, ou suis-je roi grâce à toi - puisqu'elle était la fille de Nabuchodonosor. Lorsqu'elle s'exprimait, elle plaçait « la reine » en premier : tout découle du fait que je suis de sang royal. Lui rétorquait : non, tu es d'abord Vachti, et ce n'est qu'ensuite que tu es devenue reine. Tout le dialogue repose sur cette nuance textuelle. Celui qui lit superficiellement ne le perçoit absolument pas, mais celui qui s'y attarde ressent pleinement : « Qu'elles sont douces à mon palais » - quelle saveur merveilleuse de voir comment la Torah a dissimulé la profondeur intérieure de ses récits.
On peut proposer un éclairage supplémentaire sur ce verset. Lorsqu'un homme accomplit les mitsvot uniquement par sens de l'obligation, il n'y trouve aucune saveur ; bien plus, elles lui pèsent et constituent pour lui un fardeau. Lorsque le Rav Oury Zohar fit téchouva - et il n'était pas un simple amuseur public, mais un homme instruit ayant étudié à l'université -, il raconta que lorsqu'on lui parla de preuves de la vérité du judaïsme, cela lui sembla d'abord absurde : des preuves de l'existence du Créateur ? De la révélation du mont Sinaï ? Du don de la Torah ? Il déclara : je suis prêt à venir écouter, et je réfuterai vos preuves. Il convint avec plusieurs amis de monter à Jérusalem, mais le jour venu, chacun d'eux trouva un prétexte ; il fut le seul à s'y rendre. Après de longs débats avec ce talmid 'hakham, il dut admettre que la Torah est vérité, et il se dit : je n'ai plus le choix, je dois faire téchouva. Non point par élan d'enthousiasme ni par attirance spontanée, mais par pure démarche rationnelle, alors qu'il lui était extrêmement difficile d'accepter ces changements, simplement mû par le devoir de cohérence.
Il racontait qu'il se tenait pour prier et disait avant sa prière : « Maître du monde, je ne comprends pas pourquoi je dois prier, je ne ressens aucun lien avec les textes que je lis, mais je sais que c'est ce que je dois faire - et c'est pourquoi je le fais. Je Te demande seulement d'ouvrir mon cœur, afin que je m'attache véritablement à ce que j'accomplis. » Et c'est ainsi, prière après prière, qu'il mérita, par la grâce divine, d'atteindre le niveau spirituel qui fut le sien.
« Tous les commencements sont difficiles », enseignent les livres de Moussar. Lorsqu'un homme veut s'élever dans la piété, l'essentiel de la difficulté réside dans le commencement ; c'est là que se livre le combat le plus rude. Demandez à quiconque a arrêté de fumer où se situait l'épreuve majeure : le premier mois ; par la suite, les choses deviennent plus fluides. Il en va de même dans l'étude : « Il m'a fait habiter dans les ténèbres » - c'est le Talmud de Babylone. On ouvre une Souguiya et l'on ne voit que de l'obscurité : on ne comprend pas les notions, on ne saisit pas la difficulté soulevée par la Guémara, ce que cherchent les Tossafot ni comment les éléments s'articulent. Mais après être revenu sur la Souguiya encore et encore, après avoir ouvert les Rishonim et approfondi : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière » : le sujet s'éclaire, on en saisit le sens, on goûte à la saveur de l'étude et l'on a le mérite de se délecter en Hachem.
מִמִּשְׁפָּטֶיךָ לֹא־סָרְתִּי כִּי־אַתָּה הוֹרֵתָנִי׃ - De Tes lois je ne me suis pas écarté, car c'est Toi qui m'as instruit.
C'est ce que dit le roi David : au début, « de Tes lois je ne me suis pas écarté » - pourquoi ? « Car c'est Toi qui m'as instruit ». Tu as ordonné d'agir ainsi, et je l'ai fait par simple devoir. Mais après avoir persévéré dans cette voie, cheminé et m'être attaché à ces paroles : « Combien Tes paroles sont douces à mon palais, plus que le miel à ma bouche ! ». Le fait de « ne pas s'écarter » n'appartient qu'au début du chemin ; par la suite, c'est un attachement total, né du désir ardent et de la douceur de la Torah.
מִפִּקּוּדֶיךָ אֶתְבּוֹנָן עַל־כֵּן שָׂנֵאתִי כׇּל־אֹרַח שָׁקֶר׃ - Par Tes préceptes je m'instruis, c'est pourquoi je hais toute voie de mensonge.
Ibn Ezra explique : lorsque je médite sur le secret des préceptes implantés dans le cœur, ils m'éloignent de la voie du mensonge. « Dieu a fait l'homme droit, mais ils ont cherché beaucoup de calculs » - à l'origine, l'homme est créé droit, doté d'une conscience. Si certains l'ont perdue en chemin, c'est par les actes qu'ils ont commis ; mais en temps normal, l'homme possède une conscience morale : ne pas tuer, ne pas nuire à son prochain, ne pas lui causer de peine. C'est la droiture intérieure que le Saint, béni soit-Il, a insufflée en l'homme. Tout être humain comprend, avec un bon sens limpide et droit, que le mensonge est néfaste - à moins de s'appeler Lavan, qui a commencé par un mensonge anodin pour finir là où il est arrivé. Un homme peut mentir en prétendant qu'il « faut bien s'arranger », mais demandez-lui comment il éduquera son fils : il lui dira de ne pas mentir. Personne n'éduque ses enfants au mensonge. Dès lors, puisque ces préceptes sont ancrés dans mon cœur et m'enseignent la voie droite, j'ai le mensonge en horreur.
Le Radak ajoute : les préceptes que Hachem ordonne à l'homme sont fondés sur la raison. Ce que la raison rejette - au-delà même de l'interdiction formelle prescrite - l'homme le réprouve naturellement. Ce que la raison qualifie d'abomination, de cruauté ou de méchanceté, l'homme le déteste. Or, l'intelligence réprouve le mensonge : songez un instant, si le monde n'était régi que par le mensonge, rien ne serait possible. Impossible de commercer avec quelqu'un dont chaque parole est trompeuse, qui convient d'un prix sans s'y tenir, ou qui conclut une transaction sans intention de prendre livraison de la marchandise. Le mensonge entre un mari et sa femme, entre un père et ses enfants - le monde ne pourrait subsister. Il est évident que le monde repose sur la vérité. Non pas que le monde actuel soit totalement voué à la vérité, mais il existe une vérité fondamentale indispensable, selon laquelle la société fonctionne, et que l'homme conçoit naturellement, même sans le commandement de la Torah.
Le Malbim fonde l'explication du verset sur le terme « Pikoudim » (préceptes), désignant les mitsvot dont nous avons la garde en souvenir des miracles que le Saint, béni soit-Il, a accomplis pour nous dans l'histoire. Elles nous protègent contre les doctrines fausses qui attaquent la foi : si quelqu'un vient nier l'histoire et prétendre qu'il n'y a jamais eu de sortie d'Égypte, d'ouverture de la mer Rouge ni de don de la Torah, ces mitsvot interviennent pour témoigner de la réalité des faits. Il est inconcevable qu'au sein d'une même génération, tous les parents aient décidé de tromper leurs enfants : « Inventons une histoire, racontons qu'il y a eu des plaies pour rendre le récit captivant, et réunissons-nous pour le Séder de Pessa'h ». Tous, un million d'individus, auraient-ils comploté pour tromper leurs propres enfants ? « Des pères ne transmettent pas le mensonge en héritage à leurs enfants », affirme le Ramban, a fortiori à l'échelle d'un peuple entier. D'autant plus que nul ne garde trace d'une telle décision dans l'histoire, et que pas une seule personne ne s'est insurgée contre cette imposture en léguant à ses descendants : « Nous ne ferons pas le Séder, ce n'est qu'un mensonge ». Depuis trois mille ans, aucune tradition de ce genre n'a jamais existé.
Telle est la force d'une mémoire ancrée dans l'action. Prenez par exemple le jour du souvenir de la Shoah : pourrait-on instaurer une telle commémoration si la Shoah n'avait pas eu lieu ? Sur quoi reposerait-elle ? On rassemble des documents, on relate les faits, il y a des photos et des témoignages. Et pourtant, cela n'empêche pas les négationnistes de nier. Certains prétendent : « S'il existait des enregistrements vidéo de la sortie d'Égypte, nous ne douterions pas » - or, il existe des films de la Shoah et certains la nient tout de même. Mahmoud Abbas a bien obtenu un doctorat pour une thèse négationniste, trente ans à peine après les événements. Preuve en est que les images ne convainquent pas celui qui refuse de croire : Hollywood peut filmer un homme marchant sur Mars, et certains affirment encore que l'alunissage n'est qu'un complot - « regardez le drapeau, voyez comment il flotte » - et à chaque objection s'oppose une réponse. Le négateur niera même un événement survenu hier. Dès lors, notre propos ne s'adresse pas à eux, mais aux esprits rationnels, aux hommes de bon sens. Un mensonge bien orchestré par des relations publiques peut séduire, mais il ne devient pas pour autant une vérité.
Et comme nous l'avons vu dans les versets précédents : « Les orgueilleux ont forgé des mensonges contre moi ; pour moi, de tout cœur je garde Tes préceptes » - puisqu'ils prétendent qu'il n'y a eu ni don de la Torah ni sortie d'Égypte, je m'attache fermement aux préceptes dont la garde nous est confiée pour commémorer l'histoire, et par eux leur bouche sera close. De même : « Que les orgueilleux soient confus, car ils m'ont calomnié faussement ; moi, je médite sur Tes préceptes ». Bien plus encore, la méditation sur ces préceptes dévoile les croyances véritables relatives à la Providence ainsi qu'à la rétribution et au châtiment, comme cela s'exprime en de multiples passages de la Torah : la génération du Déluge a commis le mal et Hachem l'a engloutie ; de même la génération d'Énosh et celle de la Tour de Babel - on y voit comment le Saint, béni soit-Il, châtie les impies. D'autre part, Avraham, Yits'hak et Yaakov, puis leurs descendants après eux, arrivent en Terre Sainte - on constate ainsi combien le Saint, béni soit-Il, prodigue Ses bienfaits aux justes. De là se déduisent la Providence, la rétribution et le châtiment.
Nous avons déjà expliqué que le « ora'h » (sentier) diffère du « dérekh » (chemin). Le chemin représente le mensonge flagrant et central, tandis que le sentier désigne les menus détails. Or, la plupart des gens altèrent la vérité précisément dans les détails: ils n'inventent pas une histoire de toutes pièces, mais ajoutent un détail pour le piquant, apportent un peu de couleur. On demanda un jour au 'Hafets 'Haïm: « Le Rav répète toujours de ne pas prêter foi au lachon hara, mais comment ne pas y croire lorsque l'on constate que le narrateur s'exprime avec pertinence et précision ? » Il répondit: « Sache-le bien, la plupart des gens mentent et tout le monde exagère. » Et en vérité, remarquez-le bien: tout le monde exagère, et celui qui n'y prend pas garde ne s'en rend même pas compte. Mais celui qui y prête attention prend soudain conscience: « Un instant, là j'ai exagéré, là j'ai dit quelque chose qui n'est pas rigoureusement exact. » Écoutez attentivement les Guedolim lorsqu'ils racontent une histoire: « Il y avait là deux personnes, ou peut-être trois. » Qu'est-ce que cela change au fond ? Simplement, ils font preuve d'une rigoureuse exactitude. « L'histoire s'est passée ainsi, mais j'ai entendu d'un tel sage que c'était un peu différent. » Ils pèsent chaque détail jusqu'à l'extrême limite, car l'homme de vérité veille à ne transmettre que l'exacte vérité. C'est ce que déclare David: je ne déteste pas seulement le chemin du mensonge, mais tout sentier de mensonge, je le hais, jusque dans les moindres détails.
Le saint Alshikh explique tous les versets que nous avons étudiés comme une seule et même progression, dans laquelle le roi David décrit de qui il apprend. « מֵאֹיְבַי תְּחַכְּמֵנִי מִצְוֺתֶךָ » (De mes ennemis, Tes commandements me rendent plus sage) - ces ennemis sont Doëg et A'hitofel, et David dit à leur sujet: même d'eux je m'instruis, mais uniquement de ce qu'ils ont reçu de leur propre maître. Car cet enseignement n'émane pas d'eux-mêmes; ils n'ont été qu'un instrument pour transmettre la tradition, et je n'apprends rien de ce qu'ils ont conçu de leur propre cœur. En revanche, « מִזְּקֵנִים אֶתְבּוֹנָן » (Des vieillards j'acquiers l'intelligence) - des sages âgés, je m'instruis également des déductions qu'ils ont tirées d'eux-mêmes, comprenant une chose à partir d'une autre. En effet, les anciens sont droits et intègres, à l'opposé des ennemis impies, de sorte que la conclusion à laquelle ils aboutissent par leur réflexion est une compréhension authentique dont il y a lieu de s'inspirer. Pourtant, supérieur encore à l'un et à l'autre est ce que je saisis moi-même dans la Torah, car je le puise alors du plus profond de mon être, sans omission ni déviation de la vérité. Et c'est là le sens de « De Tes jugements je ne me suis point écarté, car c'est Toi qui m'as instruit »: ce que j'approfondis par moi-même constitue la voie la plus sûre.
Et quelle est la preuve qu'il en est bien ainsi ? C'est ce qu'annonce la suite du verset: « Que Tes paroles sont douces à mon palais, plus que le miel à ma bouche ! » En effet, nos Sages ont enseigné que tout ce qu'un homme innove et comprend dans la Torah en ce monde, son âme l'a déjà reçu au mont Sinaï. Et grâce aux efforts assidus qu'il déploie dans l'étude, le Saint, béni soit-Il, lui donne l'opportunité de faire passer cette connaissance de la puissance à l'acte. Une fois qu'il a révélé cette idée, ce 'hiddouch devient accessible à tous, et d'autres après lui peuvent la retrouver aisément. Nous avons déjà mentionné ici le récit concernant l'auteur du Beit Yossef, qui s'était penché pendant une longue période sur une difficulté ardue, cherchant et hésitant, jusqu'à concevoir une réponse lumineuse qui le remplit de joie. Quelques jours plus tard, en passant dans la salle d'étude du Beth Hamidrach, il entendit deux étudiants: l'un posait exactement la même question, et le second lui fournissait sur-le-champ la réponse pour laquelle lui-même s'était creusé l'esprit pendant si longtemps. Il en éprouva un certain découragement. La nuit suivante, l'ange Maguid lui apparut et lui dit: « Ne perds pas courage en les voyant énoncer avec aisance ce qui t'a coûté tant de peine; c'est toi qui as fait descendre ce 'hiddouch dans le monde, et une fois révélé sur terre, il est désormais présent et accessible, si bien que n'importe qui peut immédiatement trouver cette réponse. »
C'est précisément ce que déclare le roi David: ce que je comprends dans la Torah est appelé « Ton propos », car c'est en réalité ce que Toi-même as prononcé, Maître du monde, et que Tu as déjà dévoilé à mon âme au Sinaï. Ce à quoi je parviens par l'investissement dans l'étude découle de ce que mon âme y a entendu. C'est pourquoi c'est la chose la plus savoureuse pour moi: ce qu'un homme renouvelle par lui-même est toujours infiniment plus doux pour lui, car chacun innove selon la racine de son âme et en accord avec sa propre sensibilité intellectuelle. Parfois, quelqu'un formule une explication novatrice qui ne nous touche guère, tandis qu'un autre propose une idée délicieuse à notre esprit; mais ce qu'un homme médite et découvre par lui-même lui paraît invariablement plus doux, car cela correspond précisément à la racine de son âme et à sa compréhension. Dès lors, lorsque je contemple cette vérité par la pensée, elle possède déjà une saveur exquise; et lorsque je l'exprime par la parole, elle devient plus douce encore que le miel à ma bouche.
Et le saint Alshikh ajoute: constate combien est grande la supériorité de ce que j'innove et comprends par moi-même sur ce que j'ai appris des anciens et des ennemis. À travers ce que j'avais appris d'eux, je devais encore proclamer: « מִכׇּל אֹרַח רָע כָּלִאתִי רַגְלָי » (De tout mauvais sentier j'ai retenu mes pas) - si j'étais attiré par les plaisirs de ce monde, je devais me réfréner, retenir mes pas par la force. Mais « par Tes préceptes je m'instruis »: grâce à ce que j'ai approfondi par moi-même, ce que mon âme a reçu au Sinaï, je n'ai plus besoin de contraindre mes pas pour fuir les convoitises; cela est devenu ma seconde nature, et je les déteste spontanément. Tel est le sens de « C'est pourquoi je hais tout sentier de mensonge »: je n'ai plus à lutter contre la tentation ni à me convaincre par le raisonnement, car d'emblée j'éprouve du dégoût pour les voies mauvaises qui incarnent le mensonge. Et comment suis-je parvenu à un tel niveau ? Par Tes préceptes, en les méditant et en m'y investissant sans relâche. C'est ainsi qu'explique le saint Alshikh, et nous concluons par là la lettre Mem.