Dans les parties précédentes du psaume, nous avons vu la première modalité du salut : le Saint, béni soit-Il, donne de la force à David, mais en pratique lui dit de rester chez lui sans rien faire - « וְעַל בָּמֹתַי יַעֲמִידֵנִי » (Il me fait tenir sur mes hauteurs), « הָאֵל הַמְאַזְּרֵנִי חָיִל » (Le Dieu qui me ceint de force) - et malgré tout cela, reste à ta place. À partir d'ici, le roi David décrit la seconde modalité : le Saint, béni soit-Il, lui permet de courir après l'ennemi, de le poursuivre, de combattre et de vaincre ; et pourtant, David répète et souligne dans chaque verset que tout provient de la force divine, et non de lui-même. Poursuivons à présent selon l'ordre des versets.
תַּרְחִיב צַעֲדִי תַחְתָּי וְלֹא מָעֲדוּ קַרְסֻלָּי׃ - Tu élargis mes pas sous moi, et mes chevilles n'ont point faibli.
Toi, Saint, béni soit-Il, Tu élargis mes pas : Tu me donnes la force de courir après l'ennemi. Mais remarquons l'expression : « תַּחְתָּי » (sous moi), c'est-à-dire à ma place même. Le Malbim explique que malgré toute cette course, c'est comme si je restais sur place. Comment parviens-je donc jusqu'à l'ennemi ? Le Saint, béni soit-Il, me transporte, tel le souffle de l'Éternel qui emporte l'homme, par un raccourcissement miraculeux du chemin (kfitsat hadérekh). Le pas s'élargit, et pourtant je reste à ma place. C'est comme si Tu faisais absolument tout.
C'est pourquoi il ajoute : « וְלֹא מָעֲדוּ קַרְסֻלָּי » (et mes chevilles n'ont point faibli) - les chevilles restent immobiles, sans bouger ni fléchir comme le font les marcheurs ordinaires. Et comment suis-je tout de même arrivé ? Parce que le Saint, béni soit-Il, m'a pour ainsi dire fait courir, m'a propulsé vers les ennemis, tel un vent qui me porte, comme si la terre s'était contractée et qu'à cet instant même je m'y trouvais déjà.
À partir de là, explique le Malbim, s'éclairent les paroles de nos Sages selon lesquelles les pas d'Avraham Avinou mesuraient trois mil. Un seul pas : trois kilomètres ! Comment comprendre une telle chose ? Les Sages, dans le secret de leur langage, emploient toujours des formules qui font allusion à des réalités plus profondes. Nous avons déjà évoqué autrefois la largeur d'épaules de Chimchon (Samson), qui mesurait seize coudées d'un côté et seize de l'autre, soit trente-deux coudées au total : une carrure colossale avec laquelle il serait impossible de vivre, et comment un tel homme franchirait-il une porte ? Le sens y est qu'il a transporté les portes de Gaza, dont c'était la largeur, ce qui prouve la force prodigieuse de ses épaules. Il ne s'agit pas de la largeur physique de ses épaules, mais de leur puissance : tout comme on dit d'un véhicule qu'il développe cent quarante chevaux-vapeur - quelqu'un ouvrirait le capot et s'étonnerait de n'y voir aucun cheval ! Il en est de même ici : la puissance des épaules de Chimchon équivalait à une telle envergure. De même pour les pas d'Avraham Avinou : cela ne signifie pas qu'il enjambait physiquement trois mil en une foulée, mais que telle était la portée de ses pas.
Cependant, selon l'approche du Malbim ici, cela peut également s'entendre au sens littéral : le Saint, béni soit-Il, a pour ainsi dire replié la terre sous lui, et en un seul pas il franchit trois mil. Hachem le propulse, le fait voler : vous faites un seul pas, et soudain vous êtes déjà arrivé. « Et mes chevilles n'ont point faibli » : les chevilles ne chancellent pas dans l'effort de la marche, car le Saint, béni soit-Il, est le seul à le mouvoir.
אֶרְדּוֹף אוֹיְבַי וְאַשִּׂיגֵם וְלֹא אָשׁוּב עַד כַּלּוֹתָם׃ - Je poursuis mes ennemis et je les atteins, et je ne reviens pas avant de les avoir anéantis.
C'est ainsi que je poursuis mes ennemis et que je les rattrape, sans rebrousser chemin avant de les avoir exterminés. Souvent, un roi poursuit l'ennemi, mais se contente de l'avoir mis en fuite pour s'en retourner chez lui : pourquoi continuer à combattre au risque de faire d'autres victimes et de subir d'autres pertes ? Il n'obtient pas une issue décisive : il assure une dissuasion, mais non un anéantissement complet. Pour David, il en va tout autrement : « et je ne reviens pas avant de les avoir anéantis » - je ne rentre pas tant que je ne les ai pas entièrement anéantis, jusqu'à avoir la certitude qu'ils ne reviendront plus jamais se battre.
Il y a ici un Midrach très célèbre : quatre rois, ce que l'un a demandé, l'autre ne l'a pas demandé ; ce sont David, Assa, Yéhochafat et 'Hizkiyahu. Le roi David a dit : « Je poursuivrai mes ennemis et je les atteindrai ». Le Saint, béni soit-Il, lui a répondu : C'est ce que Je vais faire, selon ta demande, comme il est dit : « Et David les frappa depuis l'aube naissante jusqu'au soir ». S'est levé Assa, un roi venu plusieurs générations après lui, qui a dit : Je n'ai pas la force de tuer. David dit « Je vais les frapper », tandis qu'Assa dit : Moi je poursuis et Toi Tu agis - Maître du monde, moi je vais poursuivre, et Toi Tu apporteras les résultats. Le Saint, béni soit-Il, a répondu : C'est ce que Je vais faire, comme il est dit : « Et Assa ainsi que le peuple qui était avec lui les poursuivirent » - or il n'est pas écrit « car ils furent brisés devant Assa », mais « car ils furent brisés devant l'Éternel ». Assa a mené la poursuite, et la déroute, c'est le Saint, béni soit-Il, qui l'a opérée.
S'est levé Yéhochafat - observez encore ce déclin des générations - et il a dit : Je n'ai la force ni de tuer ni de poursuivre ; même pour poursuivre, je n'ai pas la force, mais j'entonnerai un chant de louange et Toi Tu agiras. Le Saint, béni soit-Il, lui a répondu : C'est ce que Je vais faire, comme il est dit : « Et au moment où ils commencèrent les chants d'allégresse, l'Éternel plaça des embuscades ». Eux n'ont fait qu'entonner des louanges et des chants pour l'Éternel béni soit-Il, et l'Éternel a suscité des embuscades. S'est levé 'Hizkiyahu et il a dit : Je n'ai la force ni de tuer, ni de poursuivre, ni d'entonner un chant ; je vais dormir dans mon lit et Toi Tu agiras - Maître du monde, je vais me coucher, et d'ici le matin tout sera réglé. Le Saint, béni soit-Il, lui a répondu : C'est ce que Je vais faire, comme il est dit : « Un ange de l'Éternel sortit et frappa dans le camp d'Assyrie cent quatre-vingt-cinq mille hommes », et nos Sages indiquent qu'il s'agissait de cent quatre-vingt-cinq mille chefs d'armée, en une seule nuit. Et qu'a fait 'Hizkiyahu ? Il est allé dormir.
Nous avons déjà souligné à quel point ce Midrach paraît surprenant au premier abord, car selon son sens simple, il semblerait que 'Hizkiyahu fût plus grand que David. Le roi David ne pouvait pas aller se coucher ; David dit : « Je poursuivrai mes ennemis et je les atteindrai, et je ne reviendrai pas avant de les avoir anéantis », accomplissant tout par ses propres forces. Tandis que chez 'Hizkiyahu, tout comme chez les rois intermédiaires, on voit en apparence qu'ils déploient moins de force, et qu'en contrepartie le Saint, béni soit-Il, accomplit tout. 'Hizkiyahu possédait-il donc une confiance en Dieu supérieure à celle de David ? Pourquoi David n'est-il pas resté chez lui en disant : Maître du monde, Tu feras tout et moi je ne sortirai pas du tout ?
Les maîtres du Moussar répondent : c'est exactement l'inverse. Il y a là l'expression de la faiblesse des générations suivantes par rapport à la grandeur de David, l'expression du déclin des générations. Le roi David possédait une confiance en Hachem si inébranlable qu'il pouvait dire : Maître du monde, moi je vais poursuivre, moi je vais atteindre, moi je vais frapper - tout en sachant pertinemment que tout vient de Toi. Quel bita'hon prodigieux !
En revanche, Assa vient et dit : Maître du monde, ma génération est faible. Si je poursuis et que je frappe également, nous risquons de tomber dans le travers de « ma force et la vigueur de mon bras » - as-tu vu comment nous les avons massacrés ? Pour que ma génération garde la foi, nous poursuivrons et Toi Tu les frapperas ; ainsi, il sera évident pour tous que cela vient de Toi. Vient ensuite Yéhochafat, issu d'une génération encore plus faible dans sa émouna, qui dit : Je n'ai la force ni de tuer ni de poursuivre - car si nous poursuivons, même sans frapper, nous risquons encore de nous attribuer la victoire en disant : as-tu vu comment je les ai pourchassés, comment je les ai terrifiés, ils ont tous pris la fuite. C'est pourquoi j'entonnerai des louanges ; si je reste chez moi à chanter des louanges, il sera clair aux yeux de tous que c'est le Saint, béni soit-Il, qui a tout accompli. Enfin, 'Hizkiyahu s'est levé et a dit : Maître du monde, ma génération est à ce point affaiblie que si nous entonnons des chants et que la bataille est remportée, nous nous approprierons aussitôt le mérite : vous avez vu cela ? Nous avons chanté des louanges ! Quelle force a notre chant, quel talent nous avons, un seul de nos mots met en mouvement tous les mondes, nous avons vaincu par notre seul chant. 'Hizkiyahu déclare donc : pour que ma génération croie que tout provient de Lui, béni soit-Il, il lui faut une situation où nous allons nous coucher. Dormir véritablement - sans être éveillés, sans pouvoir prétendre « j'ai médité » ou « c'est par la force de ma pensée ». Ce n'est que lorsque je dors et que Toi Tu remportes la victoire qu'on demandera : qu'as-tu fait ? Sont-ce tes ronflements qui les ont mis en fuite ? Tu n'as absolument rien fait. Alors seulement il deviendra évident pour tous que cela vient de l'Éternel ; par toute autre voie, l'homme finit par s'approprier le succès.
אֶמְחָצֵם וְלֹא יֻכְלוּ קוּם יִפְּלוּ תַּחַת רַגְלָי׃ - Je les frapperai et ils ne pourront plus se relever, ils tomberont sous mes pieds.
Le Malbim souligne toujours que le terme de « me'hitsa », frapper, désigne un coup moindre, une frappe légère, et en apporte des preuves. Telle est l'intention de David : je leur porterai ne serait-ce qu'un léger coup, et dès lors « ils ne pourront plus se relever » - ils s'effondreront d'eux-mêmes sous mes pieds et ne seront plus capables de se tenir debout.
Jusqu'ici, David nous a expliqué la nature de la poursuite, de quelle manière il pourchasse l'ennemi. À partir d'ici, il décrit la nature même du combat.
וַתְּאַזְּרֵנִי חַיִל לַמִּלְחָמָה תַּכְרִיעַ קָמַי תַּחְתָּי׃ וְאֹיְבַי נָתַתָּה לִּי עֹרֶף וּמְשַׂנְאַי אַצְמִיתֵם׃ - Tu m'as ceint de vaillance pour le combat, Tu fais plier sous moi mes agresseurs. De mes ennemis, Tu me montres le dos, et ceux qui me haïssent, je les anéantis.
Ce n'est pas comme dans la première situation, où nous avions vu : « Dieu me ceint de force et rend ma voie intègre » - Hachem me donne de la force, mais me dit pourtant de rester chez moi. Ici, Hachem me ceint de vaillance pour la guerre, Il me donne la force et je pars au combat, et malgré tout, c'est Toi qui terrasses ceux qui se dressent contre moi. « Sous moi » (ta'htaï) - certains expliquent que cela signifie que je me trouve au-dessus d'eux : lorsque je triomphe d'eux, ils sont sous moi. Mais selon le Malbim, « Tu fais plier... ta'htaï » signifie « à ma place » : Tu as accompli cela à ma place, comme si Tu T'étais substitué à moi, Tu Te tiens à ma place pour les abattre. « De mes ennemis, Tu me donnes la nuque (le dos) » - comme l'explique Rachi, ils tournent le dos en s'enfuyant, et tout cela, c'est Toi qui le réalises.
Remarquez les termes employés : qamaï (« ceux qui se dressent contre moi »), oyvaï (« mes ennemis »), messan'aï (« ceux qui me haïssent »). Le Malbim explique la distinction entre eux. Ceux qui se dressent sont ceux qui combattent concrètement contre lui, qui se lèvent face à lui - et ceux-là fléchiront dans la bataille. Les ennemis sont ceux qui lui vouent de l'hostilité et lui veulent du mal ; comme nous l'avons souvent rappelé, l'ennemi porte cette haine au fond de son cœur, sans nécessairement venir combattre. Dès lors que cet ennemi verra fuir ceux qui s'étaient dressés au combat, lui aussi fuira ; c'est pourquoi il est dit : « de mes ennemis, Tu me donnes le dos » - ils s'enfuient déjà et ne restent pas pour combattre. Le simple détracteur se contente de le dédaigner : il ne cherche pas son malheur comme l'ennemi, mais simplement il ne l'aime pas. Or ici, le texte ne dit pas son'aï, mais messan'aï - au sens d'instigateurs de haine, qui ne se contentent pas de haïr, mais salissent sa réputation aux yeux d'autrui. David affirme qu'Hachem réduira aussi celui-là à néant, et à plus forte raison les ennemis, qu'Il anéantira et desséchera totalement.
יְשַׁוְּעוּ וְאֵין מוֹשִׁיעַ עַל יְהֹוָה וְלֹא עָנָם׃ - Ils crient à l'aide, mais point de sauveur ; vers Hachem, mais Il ne leur répond pas.
Ils imploreront du secours et ne trouveront personne pour épouser leur cause, ni nation ni homme qui vienne sauver ces ennemis. Et lorsqu'ils constateront qu'aucun être humain ne vient à leur secours, ils se tourneront vers Hachem - mais là encore, « Il ne leur répond pas » : Hachem ne leur répondra pas pour les délivrer de ma main.
וְאֶשְׁחָקֵם כְּעָפָר עַל פְּנֵי רוּחַ כְּטִיט חוּצוֹת אֲרִיקֵם׃ - Je les broie comme la poussière emportée par le vent, comme la boue des rues je les foule.
Les guerriers qui viennent combattre David, explique le Malbim, deviendront semblables à une fine poussière broyée et dispersée à tout vent - c'est ainsi que tous fuiront devant lui. Quant à ceux qui resteront dans leurs cités, il dit à leur sujet : « comme la boue des rues je les foule » (ariqem). Le Malbim précise que ce terme évoque la finesse des galettes (reqiqim) : ariqem s'apparente à adiyqem, de la racine de la finesse - je les piétinerai au point qu'ils deviendront fins comme de la poussière. Dans le même esprit, Rachi rattache ariqem à l'expression « décharnées » (va-raqot bassar, minces de chair), ce qui renvoie de nouveau à une texture fine comme des galettes. Ils seront donc semblables à la boue des rues, foulés aux pieds par les serviteurs et les servantes, et malgré tout cela, nul ne viendra leur prêter main-forte.
תְּפַלְּטֵנִי מֵרִיבֵי עָם תְּשִׂימֵנִי לְרֹאשׁ גּוֹיִם עַם לֹא יָדַעְתִּי יַעַבְדוּנִי׃ - Tu me délivres des querelles du peuple, Tu me places à la tête des nations ; un peuple que je ne connaissais pas s'asservit à moi.
Et pourquoi ne trouveront-ils personne pour leur venir en aide ? Parce que Tu me délivres des querelles des peuples : si leurs alliés et leurs partisans se lèvent et veulent voler à leur secours, Tu me sauveras de leurs mains. Bien au contraire, Tu m'établiras à la tête des nations - et le Malbim souligne : non seulement les nations voisines, mais même « un peuple que je ne connaissais pas s'asservira à moi ».
לְשֵׁמַע אֹזֶן יִשָּׁמְעוּ לִי בְּנֵי נֵכָר יְכַחֲשׁוּ לִי׃ - Au seul bruit de mon nom, ils m'obéissent ; les fils de l'étranger viennent ramper devant moi.
Plus encore : les étrangers résidant dans un pays lointain, qui ne me connaissaient pas. Que signifie « ils me renient » (yekhachachou li) ? C'est comme s'ils niaient jusqu'à mon existence : une telle chose n'existe pas, il n'y a pas d'Israël, il n'y a pas de David ; ils ignorent tout de lui. Et à présent, tous entendent parler de moi et tous se rassemblent auprès de moi. Et remarquez bien : seulement « sur un bruit entendu » (lechema ozen) - non pas qu'ils aient vu quoi que ce soit, mais ils ont simplement entendu les hauts faits que Tu accomplis pour moi et la délivrance que Tu m'accordes. « Ils m'obéiront » (yichme'ou li) - ils viendront écouter ma voix ; et le Malbim explique que le sens est qu'ils se rassembleront pour écouter, à l'instar de l'expression « et Saül convoqua le peuple » (vayachma Chaoul et ha'am), qui signifie qu'il rassembla le peuple.
בְּנֵי נֵכָר יִבֹּלוּ וְיַחְרְגוּ מִמִּסְגְּרוֹתֵיהֶם׃ - Les fils de l'étranger dépérissent et sortent en chancelant de leurs retraites.
Ces fils de l'étranger, qui n'ont entendu parler de la grandeur de David et de ses guerres que par ouï-dire, vont s'étioler et sortir en chancelant de leurs retraites. Ils sont enfermés dans des montagnes lointaines, dans des contrées qui ne connaissent absolument rien d'Erets Israël ni de David, et ils feront de tels efforts pour arriver jusqu'ici qu'ils dépériront presque de fatigue à cause de l'immense distance, marchant comme des boiteux tant la route est longue - tout cela pour sortir de leurs retraites, venir ici, entendre et contempler la grandeur de David. Toute cette gloire dont ils n'avaient qu'entendu parler, ils se donnent désormais tant de mal pour la voir qu'ils en deviennent épuisés et boiteux. Et le terme vayakhregou s'apparente à vayakhgerou (boiter), comme l'expliquent d'autres commentateurs ; c'est là l'un de ces mots aux lettres interverties, comme keves et kessev (agneau), ou salma et simla (vêtement) : ils marcheront en boitant en quittant les lieux où ils étaient retranchés, afin de venir m'écouter.
חַי יְהֹוָה וּבָרוּךְ צוּרִי וְיָרוּם אֱלוֹהֵי יִשְׁעִי׃ - Vivant est l'Éternel, et béni soit mon Rocher ! Que soit exalté le D.ieu de mon salut !
En regard de la protection contre les ennemis, David déclare : « Vivant est l'Éternel, et béni soit mon Rocher » - Hachem est comme un rocher puissant et inébranlable qui me protège. Et en regard de la délivrance qu'Il m'accorde pour vaincre l'ennemi, ce qui représente un degré plus élevé encore - Il ne se contente pas de me protéger de lui, mais Il m'accorde le salut pour en triompher -, il proclame : « Que soit exalté le D.ieu de mon salut », le Saint, béni soit-Il, élève ma délivrance.
הָאֵל הַנּוֹתֵן נְקָמוֹת לִי וַיַּדְבֵּר עַמִּים תַּחְתָּי׃ - Le D.ieu qui m'accorde des vengeances et me soumet des peuples !
En écho à « Que soit exalté le D.ieu de mon salut », il ajoute : « Le D.ieu qui m'accorde des vengeances » - car je tire également vengeance de mes ennemis, au lieu de seulement leur échapper. Plus encore : « et me soumet des peuples » (vayadber 'amim takhtaï). Le Malbim explique que le terme vayadber dérive de déver (la peste, l'extermination), comme dans « et elle extermina toute la descendance royale » (vatedaber), au sens de destruction. Le Radak propose quant à lui une autre explication : vayadber 'amim takhtaï fait écho à l'expression « un seul guide par génération » (dabar ekhad lador), du terme désignant un dirigeant - le Saint, béni soit-Il, soumet les peuples sous ma direction pour que je sois leur chef, et Il les remet entre mes mains.
מְפַלְּטִי מֵאֹיְבָי אַף מִן קָמַי תְּרוֹמְמֵנִי מֵאִישׁ חָמָס תַּצִּילֵנִי׃ - Toi qui me fais échapper à mes ennemis ! Tu m'élèves au-dessus de mes adversaires, Tu me délivres de l'homme de violence.
Hachem me fait échapper et me sauve de l'ennemi - et l'ennemi (oyev), comme nous l'avons vu, est celui qui me veut du mal en secret, cherche à me nuire et trame de sombres desseins dans son cœur. Mais Il me sauve non seulement de lui, mais aussi « Tu m'élèves au-dessus de mes adversaires » (kamay) - de ceux qui se dressent contre moi pour me combattre ouvertement, comme nous l'avons expliqué plus haut. « Tu me délivres de l'homme de violence » (ich 'hamas) - et qui est cet homme de violence ? Le Malbim explique qu'il s'agit de Saül, qui a agi envers lui avec violence et injustice ; en effet, le psaume a été prononcé « le jour où l'Éternel le délivra de la main de tous ses ennemis et de la main de Saül », raison pour laquelle il qualifie Saül d'homme de violence. Certains émettent des réserves sur cette interprétation, bien qu'on puisse parfaitement la justifier, mais nous ne nous y attarderons pas.
עַל כֵּן אוֹדְךָ בַגּוֹיִם יְהֹוָה וּלְשִׁמְךָ אֲזַמֵּרָה׃ - C'est pourquoi je Te louerai parmi les nations, ô Éternel, et je chanterai pour Ton Nom !
Pour toutes ces délivrances, pour toute cette immense bonté que Tu as déployée envers moi : « C'est pourquoi je Te louerai parmi les nations, ô Éternel », je Te rendrai grâce pour tout ce bienfait, et aussi « je chanterai pour Ton Nom », je proclamerai et chanterai les louanges d'Hachem.
מַגְדִּל יְשׁוּעוֹת מַלְכּוֹ וְעֹשֶׂה חֶסֶד לִמְשִׁיחוֹ לְדָוִד וּלְזַרְעוֹ עַד עוֹלָם׃ - Il grandit les délivrances de Son roi et use de bienveillance envers Son oint, envers David et sa descendance pour l'éternité.
Le Malbim explique : plus la louange et la reconnaissance sont grandes, plus le salut s'amplifie. Lorsque Hachem magnifie les délivrances de Son roi - non pas un salut modeste, mais un salut immense -, la louange grandit proportionnellement, car la reconnaissance est à la mesure de la délivrance. Et au-delà de la rétribution qu'Hachem m'accorde pour cette reconnaissance et ces louanges, le Saint, béni soit-Il, accomplit encore une bonté envers Son oint, envers David et sa descendance. Ce sont là les bienfaits fidèles accordés à David : Hachem a scellé avec lui une alliance selon laquelle la royauté ne quittera jamais sa lignée, mais demeurera à jamais dévolue à ses fils après lui, et nous attendons le Machia'h ben David, car « le sceptre ne s'éloignera point de Juda, ni le législateur d'entre ses pieds ». Cela relève de la pure bonté (du 'hessed), comme le Malbim l'a expliqué dans Samuel II (chapitre 2, verset 7), où ce point a été développé en détail : c'est une grâce d'Hachem d'avoir promis à David que la royauté serait toujours issue de lui, et cette bienveillance subsistera à jamais.
Le Malbim souligne : « Son oint » (méchi'ho) est un degré plus élevé que simple « roi », car cela indique que la royauté se transmet également par héritage. Saül était roi, et que lui en est-il resté ? Rien ; la royauté ne fut pas transmise à ses fils après lui. Telle est la différence entre Saül et David : il est écrit au sujet de Saül qu'il fut oint avec une fiole (pakh), et comme l'a dit 'Hanna : « Ma corne s'est élevée par Hachem » et non « ma fiole s'est élevée » - où aura lieu cette élévation durable ? Dans la royauté de David, qui fut oint au moyen d'une corne (kérèn). La corne est une matière durable, pérenne et très résistante, tandis que la fiole est fragile, faite d'argile. Chez Saül, l'onction n'a pas été faite avec l'huile d'onction et par la corne, mais avec une fiole ; en revanche, David est appelé « Son oint » - un oint consacré par l'huile d'onction au moyen de la corne. C'est pourquoi « et use de bienveillance envers Son oint, envers David et sa descendance pour l'éternité » dépasse « Il grandit les délivrances de Son roi » : Saül aussi était un roi, mais ici il s'agit de « Son oint », oint par la corne et dont la royauté est éternelle.
Puisque nous mentionnons « Magdil yechou'ot malko », remarquons qu'il existe ici une apparente contradiction entre les versets : dans notre livre des Psaumes, il est écrit « Magdil », tandis que dans Samuel, à la conclusion de ce même chapitre, il est écrit « Migdol yechou'ot malko ». Il convient d'abord de comprendre la différence entre Magdil et Migdol, et c'est l'occasion d'expliquer également l'origine de ce que nous récitons dans le Birkat Hamazone : en semaine on dit « Magdil yechou'ot malko », et le Chabbat on dit « Migdol yechou'ot malko », ainsi que la raison de cette variation.
Soulignons d'abord que ce verset n'a été introduit dans le Birkat Hamazone qu'à une époque tardive. Dans les siddourim de l'époque des Guéonim en notre possession, comme le Siddour de Rav Saadia Gaon, ce verset ne figure pas du tout dans le Birkat Hamazone. En revanche, à l'époque de Rachi, dans le Ma'hzor Vitry - Rabbénou Sim'ha de Vitry étant un disciple de Rachi -, le verset apparaît déjà, mais sans distinction : il est écrit en conclusion « Magdil yechou'ot malko » avec la lettre Youd, comme dans les Téhilim, sans différence entre Chabbat et la semaine. Plus tard, environ deux cents ans après, à l'époque de l'Aboudraham, la question s'est posée. La raison en est la suivante : dans les Téhilim, la vocalisation est « Magdil », et dans Samuel, « Migdol ». Or, les fidèles étaient plus familiers avec le texte des Téhilim - car combien lisent régulièrement le livre de Samuel, alors que tout le monde récite les Téhilim ? - tandis que dans certains siddourim, on imprimait « Migdol » comme dans Samuel. Cela créa une confusion : les uns disaient Magdil et les autres Migdol. À la suite de cela, une distinction fut établie, et le premier à en faire mention est l'Aboudraham, qui rapporte au nom de ses maîtres qu'en semaine on dira Magdil et le Chabbat Migdol. En d'autres termes, en semaine on récite la version des Téhilim, la plus courante parmi le peuple, et le Chabbat Migdol - opérant ainsi un compromis entre les deux formulations qui circulaient.
Certains ont voulu prétendre que toute cette distinction provenait d'une méprise textuelle. Cette idée originale a été avancée par Rav Baroukh Epstein, l'auteur de la « Torah Temima », dans son ouvrage « Mekor Baroukh » : à l'origine, il était écrit « Magdil yechou'ot malko », et entre parenthèses figurait la mention « bé-Ch"B Migdol » - c'est-à-dire dans Samuel II (Chmouel Beth), c'est Migdol. Les gens auraient mal déchiffré l'abréviation et lu « bé-Chabbat Migdol » (le Chabbat, dire Migdol). Or, les Anciens omettaient fréquemment les lettres finales - écrivant par exemple « minim » sans le Mem final, comme on le trouve parfois chez Rachi où les mots sont abrégés. Cependant, cette explication est insoutenable, et le Steipler ainsi que d'autres grands maîtres l'ont déjà réfutée. Même si l'idée est très ingénieuse, et bien que son père, l'auteur du 'Arokh Hachoul'han, l'ait qualifiée d'idée brillante, il précisa qu'elle relevait de la nouveauté et qu'il fallait s'en tenir à l'usage établi de dire Migdol le Chabbat, sans rien changer sur la base d'une hypothèse d'erreur. Pourquoi cette thèse est-elle impossible ? Parce que l'Aboudraham mentionne déjà cette distinction entre Magdil et Migdol, or à son époque, la division entre Samuel I et Samuel II n'existait pas encore - cette division des livres étant bien plus tardive. Dès lors que cette divergence existait déjà alors que la désignation « Samuel II » n'avait pas cours, comment aurait-on pu abréger en « bé-Ch"B » ? Il apparaît donc que cet usage a précédé le découpage du livre, et c'est pourquoi cette explication est écartée. Il nous reste donc à comprendre : pourquoi a-t-on institué de dire Migdol le Chabbat et Magdil en semaine ?
Voyons ce qu'écrit l'Aboudraham : c'est parce que le Chabbat est un « grand roi » par rapport aux jours profanes. Comme on le sait, les voyelles hébraïques se divisent en voyelle longue et voyelle brève, appelées traditionnellement « grand roi » (mélèkh gadol) et « petit roi » (mélèkh katan). Un 'hirik sans Youd est une voyelle brève, et un 'hirik avec Youd est une voyelle longue. Le Chabbat, on dit « Migdol » - avec un 'holam plein (écrit avec un Vav), ce qui constitue une voyelle longue, un « grand roi ». En revanche, pour « Magdil yechou'ot malko », l'Aboudraham note qu'il est défectif, sans Youd - et telle est bien la graphie massorétique : nous lisons « Magdil » avec un Youd, mais quiconque examine le texte constatera qu'il s'écrit sans Youd (מַגְדִּל) -, ce qui en fait une voyelle brève ; ainsi, le jour de semaine correspond à un « petit roi » face au Chabbat qui est un « grand roi ». L'Aboudraham suggère également que « Magdil » figure dans les Téhilim à une époque où David n'était pas encore roi, tandis que « Migdol » est employé dans les Prophètes (Samuel) alors qu'il était déjà couronné. Les commentateurs s'interrogent sur ce point, et d'aucuns soutiennent même l'inverse, mais nous ne nous y attarderons pas.
Dans le siddour Otsar Hatefilot, une autre explication est rapportée, fondée sur un Midrach cité dans le Yalkout Chimoni (sur Samuel) au nom de Rav Youdan : un verset dit « Magdil » et un verset dit « Migdol », parce que la délivrance d'Israël ne vient pas d'un seul coup, mais grandit progressivement. Et que signifie « Migdol » ? C'est qu'Hachem devient pour le Roi Machia'h comme une grande tour (migdal gadol), ainsi qu'il est dit : « Le nom d'Hachem est une tour forte ; le juste s'y réfugie et y trouve la sécurité ». Selon cela s'éclaire la différence entre le Chabbat et la semaine : « Magdil » signifie qu'Il amplifie continuellement, conformément aux paroles de Rav Youdan selon lesquelles la délivrance progresse par étapes - et les jours de semaine sont à l'image de l'exil, où nous bâtissons pas à pas la délivrance, avançant vers elle tandis que le Saint, béni soit-Il, édifie progressivement le Beth Hamikdach. En revanche, le Chabbat et les Yom Tov sont à l'image de l'ère messianique - le Chabbat étant un avant-goût du Monde futur - et là, il n'est plus nécessaire de faire grandir, car la grandeur est déjà pleinement établie : « Migdol yechou'ot malko », le Roi Machia'h est déjà grand ; ce n'est plus un processus de croissance, mais une plénitude acquise, la délivrance est achevée et devient telle une tour puissante. Selon cette approche, la distinction entre le Chabbat et les jours de semaine s'explique admirablement. Il existe encore d'autres explications, notamment celles rapportées au nom du Gaon de Vilna (le Gra), mais nous ne nous y attarderons pas : cela nous suffit amplement.
Dans cette partie, David décrit le second mode de délivrance : il poursuit, rattrape, frappe et anéantit - et pourtant, il ne cesse de souligner dans chaque verset que la démarche s'élargit « sous mes pas », que les chevilles ne faiblissent point, et que c'est Hachem qui fait plier l'adversaire « sous moi », à ma place. Le Midrach des quatre rois enseigne que la véritable grandeur de David consistait à agir de toutes ses forces tout en sachant que tout émane d'Hachem, tandis que les générations suivantes ont dû réduire leur propre intervention - jusqu'au sommeil absolu - pour ne pas s'attribuer le mérite de la victoire. De là, le psaume poursuit vers la délivrance totale : les ennemis fuient sans trouver de sauveur, des nations lointaines se soumettent à David sur simple ouï-dire, et il s'achève par la reconnaissance - la louange étant toujours à la mesure du salut - et par la bonté éternelle accordée « à Son oint, à David et à sa descendance à jamais », une royauté ointe par la corne et pérenne pour l'éternité.