Voici la suite du psaume 18, le cantique de David pour sa délivrance de l'emprise de tous ses ennemis et de la main de Saül. Dans ce passage, David poursuit la description de l'assistance divine qui l'a accompagné dans ses combats - un secours sans commune mesure avec ses propres capacités ou ses préparatifs, mais une force surnaturelle. À partir de là, le Malbim s'engage dans une mise au point fondamentale : le rapport entre les lois immuables de la nature et la providence par laquelle le Saint, béni soit-Il, dirige l'homme selon ses actions.
כִּי בְךָ אָרֻץ גְּדוּד וּבֵאלֹהַי אֲדַלֶּג שׁוּר׃ (ל) - Car par Toi je m'élance contre une troupe, et avec mon Dieu je franchis un rempart.
L'expression « אָרֻץ גדוד » (arouts ghedoud) peut s'expliquer de plusieurs manières : je cours à la rencontre des ennemis, je fonce sur le bataillon ennemi, ou je cours à la tête de ma troupe vers l'ennemi. Dans tous les cas, l'idée est que je m'élance et réussis à combattre les assaillants. Cependant, il existe une autre explication : « arouts » vient de la racine désignant le fait de briser (lerotsets) - par Toi, par Ta force Maître du monde, je briserai la troupe contre laquelle je pars combattre.
« Et avec mon Dieu je franchis un rempart » - grâce à la force divine, à l'aide céleste (Siyata Dichmaya) accordée par le Saint, béni soit-Il, j'enjambe les murailles ennemies pour les conquérir. Le mot « chor » désigne une muraille, comme dans le verset « les jeunes filles montent sur la muraille (alei chor) ». Les commentateurs rapportent que le rempart est appelé « chor » parce qu'on y montait pour regarder et observer, « chor » venant de la racine signifiant regarder ou scruter - comme dans « il regarde (yachour) les hommes », ou dans l'expression militaire « à droite, alignement (leyamin chor) ». En d'autres termes : par la force divine, même une haute muraille ne constitue aucun obstacle pour moi.
Le Midrash Choker Tov enseigne que le verset « Car c'est Toi qui fais briller ma lumière » se rapporte à la guerre contre Amalek, tandis que le verset « Car par Toi je m'élance contre une troupe » concerne la conquête de Sion. Commençons par examiner le verset précédent :
כִּי אַתָּה תָּאִיר נֵרִי יְהֹוָה אֱלֹהַי יַגִּיהַּ חׇשְׁכִּי׃ (כט) - Car c'est Toi qui fais briller ma lumière, l'Éternel mon Dieu éclaire mes ténèbres.
Le Midrash explique : une puissante armée d'Amalek vint affronter David, et David leur livra bataille durant deux nuits et un jour - une nuit, un jour et une nuit. C'est ce qui est dit : « David les battit depuis le crépuscule jusqu'au soir du lendemain ». Or, qui l'éclairait durant ces deux nuits ? Comment combattre la nuit sans aucun éclairage ? Rabbi Yehochoua ben Levi enseigne : le Saint, béni soit-Il, l'éclairait par des éclairs. C'est là le sens de « Car c'est Toi qui fais briller ma lumière » - Hachem illuminait le combat de David par des éclairs, et c'est ainsi que David l'emporta sur ses ennemis.
« Car par Toi je m'élance contre une troupe » fait référence à un autre combat. Lorsque David marcha contre Yévous - lieu qui deviendra plus tard Jérusalem - pour leur faire la guerre, il déclara : quiconque frappera les Yévousiens en premier deviendra chef et commandant (comme rapporté dans Divrei HaYamim I, 11, 6). Que fit Yoav ? Il alla chercher un jeune cyprès vigoureux, le fixa au pied de la muraille et en courba la cime qui était souple ; David le maintint courbé, Yoav sauta sur la tête de David, s'agrippa au cyprès et bondit sur le rempart. Voilà une méthode de combat peu conventionnelle : le cyprès étant haut et flexible, ils le plantèrent d'un côté et ployèrent son faîte jusqu'au sol ; David tenait l'arbre courbé, Yoav sauta sur la tête de David pour s'accrocher au sommet, David relâcha le cyprès et, comme une fronde géante, celui-ci projeta Yoav de l'autre côté. Et comment a-t-il atterri ? Par aide céleste évidente, cela ne fait aucun doute - un atterrissage en douceur. C'est de cette manière qu'il réussit à franchir la muraille.
Mais le roi David, qui avait dit : « Que le juste me frappe, c'est une faveur, qu'il me reprenne », resta en arrière. Que fit le Saint, béni soit-Il ? Il abaissa la muraille jusqu'à ce que David monte après lui, ainsi qu'il est dit : « Avec mon Dieu, je saute une muraille ». David n'eut pas besoin de cyprès : le Saint, béni soit-Il, abaissa le rempart pour lui, et David le franchit en marchant - tout s'ouvrit devant lui.
Le Malbim explique qu'il y a ici l'exemple d'une action qu'Hachem accomplit de Lui-même - non pas selon le principe de mesure pour mesure ou son contraire comme expliqué précédemment, mais d'une dimension venant entièrement d'Hachem : la protection contre les périls, et en particulier la victoire des serviteurs de Dieu face à leurs ennemis. Constatez ceci : le Saint, béni soit-Il, n'apporte pas Son aide en fonction de votre seule préparation ni selon vos seules capacités, mais bien au-delà de vos moyens et de vos compétences. Rien n'empêche Hachem de sauver par un grand ou par un petit nombre - même si vous venez avec une troupe minime, même si vous êtes faible, le Saint, béni soit-Il, vous soutiendra et vous viendra en aide. Comme il est écrit : « Ce n'est point la vigueur du cheval qu'Il apprécie... Hachem agrée ceux qui Le craignent... pour délivrer leur âme de la mort ». C'est le Saint, béni soit-Il, qui mène le combat : « et c'est Moi qui ai fait les guerres ». C'est ce que dit David : « Car avec Toi, je fonce sur une troupe » - quand je m'élance, j'ai l'assurance d'avoir de nombreuses troupes à mes côtés, car je m'appuie sur Toi, j'ai confiance en Toi et Tu me viens en aide. Et par conséquent : « avec mon Dieu, je saute une muraille » - même les plus hauts remparts ne constituent pas un obstacle ; avec mon Dieu, je franchis les murailles des ennemis et leurs forteresses pour les soumettre.
הָאֵל תָּמִים דַּרְכּוֹ אִמְרַת יְהֹוָה צְרוּפָה מָגֵן הוּא לְכֹל הַחֹסִים בּוֹ׃ (לא) - Dieu, Sa voie est parfaite, la parole d'Hachem est épurée, Il est un bouclier pour tous ceux qui s'abritent en Lui. (31)
La voie de Dieu - la conduite du Saint, béni soit-Il, envers l'homme - est parfaite, d'une intégrité absolue. Et « la parole d'Hachem », qui désigne la création du monde, ce qu'Hachem a ordonné et créé, est épurée, exempte de toute scorie. C'est ainsi qu'« Il est un bouclier pour tous ceux qui s'abritent en Lui ».
Ici, le Malbim soulève un point qui exige réflexion. Le Saint, béni soit-Il, dirige le monde sur deux plans qui semblent, à première vue, contradictoires. Le premier plan est celui des lois de la nature : quoi que l'on fasse, ces réalités subsistent - le soleil se lève et se couche, le feu brûle, l'eau s'écoule vers le bas, les cieux dispensent la rosée et la pluie, la terre donne sa récolte, le cycle de l'eau s'accomplit, etc. Ce sont des lois immuables. D'un autre côté, il existe un mode de providence explicité dans la Torah : « Si vous suivez Mes lois » - « Je vous donnerai vos pluies en leur saison », la terre donnera ses produits et l'arbre des champs ses fruits. Ces phénomènes ne dépendent pas des lois de la nature, mais des actes de l'homme : si nous choisissons le bien, le bien adviendra, et dans le cas contraire, ce sera l'inverse.
Celui qui regarde les choses en surface y verra une contradiction. S'il existe une loi naturelle, la pluie doit nécessairement tomber. L'eau a-t-elle cessé de s'évaporer ? Pourquoi n'y a-t-il pas de pluie ? Les lois de la nature stipulent pourtant que chaque élément fonctionne selon ce qu'Hachem a instauré dès l'origine ; comment cela devient-il soudainement tributaire de mes actes ? Et si tout dépend de mes actes, il ne s'agit plus d'une loi de la nature. Ces deux ordres lui paraissent totalement distincts et sans rapport : quel lien peut-il y avoir entre mes actes et la tombée de la pluie, ou entre ma conduite et la rouille des céréales ou, au contraire, une récolte abondante et rassasiante ?
À cela, le Malbim répond : observez bien. Les lois de la nature ont été fixées par Hachem, et la providence du Saint, béni soit-Il, envers l'homme selon ses choix a également été fixée par Hachem - dès lors, la question s'évanouit. Si les lois de la nature existaient de par elles-mêmes et qu'une autre autorité venait déclarer : « Je vous dirigerai selon vos actes », on pourrait légitimement se demander comment cela s'accorde avec les lois naturelles. Mais Celui qui a promulgué les lois de la nature est Celui-là même qui a décrété que Sa providence s'exercerait envers vous selon vos actes : où réside donc le problème ? De plus, comme l'enseignait le 'Hazon Ich, la nature n'est que la volonté la plus constante du Saint, béni soit-Il. Car en vérité, comme le formule le Ramban à la fin de la parachat Bo, tous nos événements et nos situations sont des miracles, il n'y a en eux aucune nature ni ordre naturel autonome. C'est exact, mais il existe une conduite plus constante, et une conduite qui s'adapte à la volonté ponctuelle et actuelle du Saint, béni soit-Il.
C'est précisément le sens du verset : « Dieu, Sa voie est parfaite » - c'est la conduite divine envers l'homme selon ses actes. Quand un homme accomplit la volonté d'Hachem et observe Ses mitsvot, Hachem le guide avec bonté, par une voie de grâce et de bienveillance envers les hommes vertueux, et cette voie est « parfaite » - une ligne de conduite sans le moindre défaut. Et sachez que les lois de la nature ne font nullement obstacle, si l'on peut dire, à cette intervention divine ; c'est là le sens de « la parole d'Hachem est épurée ». « La parole d'Hachem » renvoie à ce qu'Hachem a formulé à l'origine du monde, « que la lumière soit », instaurant les lois de la nature. Comment cela peut-il alors dépendre des actes humains ? Hachem déclare : c'est Moi qui ai fixé ces lois. Et lorsqu'une nécessité se présente pour Josué : « Soleil, arrête-toi sur Guibon ». Le soleil n'a-t-il pourtant pas une trajectoire déterminée ? Certes, et c'est Moi qui l'ai fixée de manière constante, mais en cas de besoin, Je modifie les lois de la nature selon Ma volonté. Et puisque le Créateur des lois de la nature est aussi Celui qui rétribue, qui dirige et qui intervient au besoin, il n'y a là aucune contradiction. « Dieu, Sa voie est parfaite » pour rétribuer l'homme selon ses œuvres, et d'un autre côté, « la parole d'Hachem est épurée » : les décrets de la Création sont des principes constants selon lesquels le monde fonctionne continuellement sans changement - le cours naturel des choses -, à moins qu'Hachem ne décide d'y déroger selon la conduite des hommes.
Dès lors, en cas de nécessité : « Il est un bouclier pour tous ceux qui s'abritent en Lui ». Quand cela s'avère nécessaire, le Saint, béni soit-Il, fait tomber de grosses pierres de grêle du ciel ; quand cela est requis, le soleil s'immobilise, ou bien se couche prématurément pour Yaakov notre père, ou encore les pluies tombent au moment opportun - ou à l'inverse, la terre refuse ses récoltes quand Israël transgresse l'ordre d'Hachem. Toutes ces manifestations émanent d'Hachem, afin d'être un bouclier pour tous ceux qui s'abritent en Lui, accordant le bien à ceux qui font le bien.
כִּי מִי אֱלוֹהַּ מִבַּלְעֲדֵי יְהֹוָה וּמִי צוּר זוּלָתִי אֱלֹהֵינוּ׃ (לב) - Car qui est Dieu hormis l'Éternel, et qui est un rocher en dehors de notre Dieu ?
Le Malbim explique que le Nom divin d'Havayah indique toujours la création, le fait d'amener chaque être à l'existence - Il était, Il est et Il sera -, le Saint, béni soit-Il, donnant constamment l'existence à toutes les créatures. En revanche, le nom « Eloha » renvoie toujours à la direction du monde et à la Providence (Hachgaha). C'est pourquoi les juges sont appelés « Elohim » - « la cause des deux parties viendra devant les juges (Elohim) » -, et ainsi tout dirigeant, toute action et toute puissance sont appelés « El ». De même, nous disons qu'Hachem est « le Dieu des dieux » (Elohé Haélohim), c'est-à-dire le Maître de toutes les forces réunies, car toute puissance et tout principe directeur dans la Création portent le nom d'Elohim.
Et lorsque nous appliquons ce terme au Saint, béni soit-Il, cela désigne la force qui nous gouverne. « Havayah » est la Puissance qui a fait exister toute la réalité, qui a créé le monde et le maintient à chaque instant dans l'existence ; « Elokim » est Celui qui veille et dirige. Ainsi, lorsque je dis « mon Dieu » (Elohaï), cela signifie Celui qui veille sur moi par une providence particulière (Hachgaha Pratit), car j'ai associé ce Nom à ma propre personne ; et de même pour « notre Dieu » (Elohénou), Celui qui veille sur nous par une providence particulière. Sache que le Saint, béni soit-Il, dirige et veille en fonction des actes de l'homme. « Car qui est Dieu en dehors de l'Éternel » : Il est Lui-même Celui qui donne l'existence à toute la Création, et Il est Lui-même cet « Eloha » qui gouverne selon tes actes.
Si tu en es digne, Il te donnera, et si ce n'est pas le cas, la nature même de la Création s'en trouvera altérée. Vois la terre d'Israël : elle a produit ses récoltes pendant des millénaires ; dès qu'Israël en a été exilé, elle a soudain cessé de donner ses fruits et est devenue une terre désolée. Des voyageurs qui s'y sont rendus il y a quelques siècles racontent avoir chevauché une journée entière sans apercevoir un seul arbre. Pourquoi ? Parce que la Torah a dit : « Vos ennemis qui y habiteront en seront stupéfaits ». N'y a-t-il donc pas de lois naturelles ? Certes, il existe une nature que le Saint, béni soit-Il, a instaurée dans la Création, mais malgré cela, Il accorde récompense et châtiment selon les actes de l'homme et bouleverse l'ordre naturel selon Sa volonté - et c'est là l'aspect d'« Eloha ». Il y a la dimension du Nom Havayah, la dimension permanente de Celui qui fait exister les créatures et le monde, et il y a la dimension d'« Eloha », par laquelle le Saint, béni soit-Il, gouverne selon les exigences du moment. Les lois de la nature s'alignent sur les lois de la Providence : si l'on est digne, il y aura rétribution, et si l'on ne l'est pas, elle sera retenue. Ainsi, même si les lois de la météo exigent qu'il pleuve, la pluie ne tombera pas, car, selon le décret divin du moment, elle ne doit pas descendre.
הָאֵל הַמְאַזְּרֵנִי חָיִל וַיִּתֵּן תָּמִים דַּרְכִּי׃ (לג) - Ce Dieu qui me ceint de vaillance et rend ma voie irréprochable.
Après avoir expliqué en introduction comment l'homme, par ses bonnes actions, est préservé de tous les fléaux et comment le Saint, béni soit-Il, le conduit sur une voie bienfaisante - « Je donnerai vos pluies en leur saison », « l'arbre des champs donnera son fruit », « et l'épée ne traversera point votre pays » -, David revient au thème qu'il avait abordé au verset 21 : la manière dont le Saint, béni soit-Il, sauve miraculeusement l'homme au-delà des lois naturelles grâce à ses bonnes actions. Tout dépend en effet de la conduite de l'homme, et celui-ci a ainsi le pouvoir de s'élever au-dessus du déterminisme naturel, comme si les lois de la nature n'avaient plus d'emprise sur lui.
Il apporte alors deux exemples, puis un troisième. Première modalité : bien que le Saint, béni soit-Il, te confère la force, la vivacité, le courage et la capacité de combattre, Il te dit malgré tout : tu as tous les moyens en main, mais laisse faire, c'est Moi qui vais agir ; J'interviendrai pour toi et te sauverai sans que tu n'aies rien à faire. Reste à ta place et Je te délivrerai : « L'Éternel combattra pour vous, et vous, gardez le silence ». C'est précisément l'exemple de notre verset : « Ce Dieu qui me ceint de vaillance » - d'un côté, le Saint, béni soit-Il, m'accorde la force (le terme hébraïque évoquant la ceinture qui ceint les reins) et m'arme de vigueur pour la guerre. Mais malgré tout, « Il rend ma voie irréprochable » : Il ne m'entraîne pas dans les combats eux-mêmes, mais fait en sorte que ma conduite demeure intègre et pure, sans causer de tort à quiconque. Il lui dit en quelque sorte : David, reste chez toi, c'est Moi qui mènerai la bataille à ta place.
מְשַׁוֶּה רַגְלַי כָּאַיָּלוֹת וְעַל בָּמֹתַי יַעֲמִידֵנִי׃ (לד) - Il rend mes pieds semblables à ceux des biches, et me fait tenir debout sur mes hauteurs.
Autre exemple : le Saint, béni soit-Il, m'a également octroyé la rapidité. Rachi explique pourquoi le texte dit « comme des biches » (femelles) et non « comme des cerfs » : parce que les pattes des biches ont une assise plus droite et plus ferme que celles des mâles. Hachem rend donc mes pieds aussi agiles que ceux des biches pour que je puisse facilement poursuivre les ennemis. Et pourtant, « Il me fait tenir debout sur mes hauteurs » : Hachem me dit qu'il n'en est point besoin, ne cours pas ; tiens-toi sur tes hauteurs, reste à ta place et ne poursuis personne, Je ferai tomber les ennemis devant toi sans que tu n'aies à lever le petit doigt.
Dans le texte même, le terme « mechaoué » découle à la fois de l'idée de disposition (comme dans la formule talmudique « hadrakh chavé alan » - place Ta splendeur sur nous) et de l'idée d'équivalence et de ressemblance. Dès lors, « Il rend mes pieds semblables à ceux des biches » signifie qu'Il a façonné mes pieds à l'égal des leurs, semblables aux leurs. En effet, quiconque observe les biches reste stupéfait : une biche se tient sur une falaise escarpée, et l'on se demande avec effroi comment elle ne chute pas, comment elle garde l'équilibre et parvient à gravir de telles parois. Pour se tenir sur une hauteur, sur un sommet, il faut des pieds de biche. C'est pourquoi le verset dit : Il rend mes pieds semblables à ceux des biches et me maintient sur les hauteurs - mais toi, ne fais rien, c'est Moi qui mènerai la guerre pour toi.
מְלַמֵּד יָדַי לַמִּלְחָמָה וְנִחֲתָה קֶשֶׁת נְחוּשָׁה זְרוֹעֹתָי׃ (לה) - Il exerce mes mains au combat, et mes bras bandent un arc d'airain.
Troisième point : la stratégie militaire. On peut être un héros et disposer d'une armée nombreuse, mais sans tactique - « c'est par la stratégie que l'on fait la guerre » - on perd la bataille. De grandes et puissantes armées, surprises par des manœuvres inattendues qui les ont déstabilisées, se sont effondrées. David déclare : sache qu'Hachem m'enseigne aussi les tactiques de combat - « Il exerce mes mains au combat ». Et pourtant, malgré tout cela, Hachem me dit : tu n'as pas besoin de combattre, c'est Moi qui combattrai. Et c'est là le sens de : « et mes bras ont brisé l'arc d'airain ».
Que signifie « veni'hata » ? Le Malbim explique qu'il s'agit d'une notion de brisure, comme dans « ne crains point et ne t'effraie pas [al té'hat] » - ne te brise pas. C'est-à-dire que l'arc forgé en cuivre s'est pour ainsi dire brisé, car le Saint, béni soit-Il, dit : tu n'as rien à faire, c'est Moi qui mène le combat et la guerre pour toi, et Il brise pour ainsi dire l'arc afin que mes bras n'aient pas à combattre avec lui ni à s'en servir. Rachi, en revanche, explique que « ni'hata » désigne le fait de bander l'arc - j'ai bandé mon arc.
וַתִּתֶּן לִי מָגֵן יִשְׁעֶךָ וִימִינְךָ תִסְעָדֵנִי וְעַנְוַתְךָ תַרְבֵּנִי׃ (לו) - Tu me donnes le bouclier de Ton salut, Ta droite me soutient, et Ton humilité me grandit. (36)
Méditons cela : bien que toutes les forces m'aient été données et que ce soit le Saint, béni soit-Il, qui mène mon combat, contemplez l'immense bonté d'Hachem qui, malgré tout, me procure le sentiment et l'impression que c'est moi qui ai agi et qui ai vaincu. Pour la guerre, il faut un bouclier - destiné à protéger contre l'épée et les flèches ennemies ; et il faut aussi attaquer, car on ne peut demeurer constamment sur la défensive, d'où « et Ta droite me soutient » - la droite étant celle qui combat et l'emporte. Or, Hachem m'a donné le bouclier, et c'est moi, pour ainsi dire, qui le tenais pendant la bataille. Bien qu'il soit écrit « le bouclier de Ton salut » - le bouclier, c'est Lui-même -, quel sentiment m'a-t-Il donné ? David, c'est toi qui te protèges, le bouclier est entre tes mains. Il en va de même pour la victoire : « Ta droite me soutient » - qui est le véritable vainqueur ? C'est Toi, c'est Ta droite ; et pourtant, Tu me donnes la sensation que c'est moi qui ai vaincu.
C'est là le sens de « et Ton humilité me grandit » : pour ainsi dire, par l'effet de Ton infinie humilité, Maître du monde, Tu ne T'appropries pas le succès, mais Tu me dis - bravo David, tu as remporté la bataille, tu as mené un combat remarquable. « Ton humilité me grandit » : elle m'élève, comme si j'étais le grand homme, l'artisan du succès, comme si c'était moi qui avais agi, et Tu m'attribues la victoire.
Dans ce passage, David nous enseigne trois fondements : premièrement, que l'aide divine ne dépend pas de la préparation ni des capacités humaines - « avec Toi, je fonce sur une troupe armée, et avec mon D.ieu, je franchis une muraille », comme nous l'avons vu avec les éclairs qui ont illuminé la bataille contre Amalek et la muraille de Yévous qui s'est abaissée devant David. Deuxièmement, qu'il n'existe aucune contradiction entre les lois immuables de la nature et la providence liée aux actes de l'homme, car le même Législateur a instauré les deux, d'où « la voie de D.ieu est parfaite, la parole d'Hachem est épurée » - et par conséquent « Il est un bouclier pour tous ceux qui s'abritent en Lui ». Et troisièmement, bien qu'Hachem accorde à l'homme la force, la rapidité et la stratégie militaire, Il lui dit : reste à ta place et Je combattrai pour toi - et, dans Son humilité, Il attribue à l'homme le bouclier et la victoire : « et Ton humilité me grandit ».