Le psaume 119 est le grand cantique de l'amour de la Torah, et chaque verset s'y rapporte à l'une des appellations de la Torah : Torah, préceptes (pikoudim), témoignages ('édot), commandements (mitsvot) et décrets (houkim). Dans le passage qui nous occupe, le roi David poursuit l'ordre alphabétique, et dans chaque verset, il met en lumière un point central. Suivons l'ordre des versets : quelle est la signification du respect de la Torah « pour toujours et à jamais », que signifie marcher « au large », et pourquoi sont-ce précisément « Tes témoignages » qui ôtent toute honte de son visage ?
וְאֶשְׁמְרָה תוֹרָתְךָ תָמִיד לְעוֹלָם וָעֶד׃ - Et je garderai Ta Torah constamment, pour toujours et à jamais.
Au sens littéral : tout comme la Torah a toujours été présente sur mes lèvres, de même je me souviendrai d'elle et accomplirai les lois d'Hachem de manière constante. Mais l'on doit s'interroger : que signifie « pour toujours et à jamais » ? Après tout, nul homme ne vit éternellement. Le Radak explique : tous les jours de ma vie, tant que j'existe. Il ajoute une autre possibilité : cela fait également référence au monde futur. La Guémara enseigne que dans le Gan Éden inférieur, il y a l'accomplissement des mitsvot, « pour le cultiver et le garder », commandements positifs et commandements négatifs, et qu'il s'y trouve une élévation spirituelle. Il s'ensuit qu'il demande de garder la Torah dans ce monde-ci, et qu'elle lui soit également gardée pour le monde futur. On peut expliquer encore que « pour toujours et à jamais » ne se rapporte pas à « je garderai », mais à « Ta Torah » : je garderai toujours Ta Torah qui est éternelle - cette Torah ne sera jamais remplacée, et c'est cette Torah qui subsiste à tout jamais que je garderai toujours.
Le Malbim souligne ici le point central : la Torah. On dit à David : n'as-tu pas fauté dans l'épisode de Bat-Chéva ? Le roi David répond : quelle est ma réparation ? « Et je garderai Ta Torah constamment ». « Par la bonté et la vérité, la faute est expiée », et nos Sages disent : la vérité, c'est la Torah. Et par ce moyen, la royauté lui demeurera acquise à tout jamais.
Et c'est ainsi que nos Sages ont interprété le verset : « Telle est la loi pour l'holocauste, pour l'offrande végétale, pour le sacrifice expiatoire, pour le sacrifice de culpabilité et pour le sacrifice de paix » - quiconque s'adonne à la Torah, « ce sera une guérison pour ton corps et un rafraîchissement pour tes os », ses fautes lui sont pardonnées ; c'est comme s'il avait offert un holocauste, comme s'il avait offert une oblation. Il n'a besoin ni d'holocauste, ni d'oblation, ni de sacrifice expiatoire, ni de sacrifice de culpabilité, ni de sacrifice de paix, il n'a besoin de rien : pour celui qui médite la Torah, la Torah est la réparation de tout.
C'est pour cette raison que les grands de chaque génération ainsi que les kabbalistes affirment que l'essentiel des réparations (tikounim) instituées par le saint Ari zal s'adresse à ceux qui ne sont pas des érudits en Torah. Mais pour les érudits qui sont assis et méditent la Torah sans cesse, au contraire : s'adonner aux tikounim et aux mortifications les affaiblit dans l'étude. Il devient difficile d'étudier, difficile de se concentrer, et l'on a tendance à s'endormir. Voyez ce qui arrive à une personne un jour de jeûne : à onze heures du matin, elle s'effondre déjà. Telle est la nature humaine, on ne peut garder l'esprit clair, surtout en restant assis. Un homme qui travaille physiquement, passe encore ; mais lorsqu'il doit rester assis, le sommeil le gagne très vite, et si c'est devant une Guémara, c'est encore bien plus rapide.
On raconte au sujet de l'un des grands maîtres que son bébé pleurait sans cesse. La servante non-juive vint alors et posa près de lui un gros volume de la Guémara. La Rabbanite lui demanda : « Qu'est-ce que cela ? » Elle lui répondit : « Je ne sais pas, mais chaque fois que j'entre, je vois que le Rav s'endort sur ce grand livre, alors je me suis dit qu'il a certainement une vertu pour faire dormir ! » Elle ignorait que le Rav avait veillé toute la nuit, cela, elle ne l'avait pas pris en compte.
Quoi qu'il en soit, pour en revenir à notre propos : la Torah a le pouvoir de nettoyer, de purifier et d'épurer de toute faute et de tout péché. Le Midrash enseigne que si un homme a trébuché dans le péché : si tu avais coutume d'étudier une page, étudie deux pages ; si tu étudiais un chapitre, étudie deux chapitres. Où le Midrash trouve-t-il la réparation ? Dans l'intensification de l'étude de la Torah. Car « par la bonté et la vérité, la faute est expiée », or la vérité, c'est la Torah, et rien ne nettoie ni ne purifie davantage que la Torah. On rapporte au nom du Admour de Sanz-Klausenburg qu'il disait : les gens disent qu'une page de Zohar a le pouvoir de purifier l'âme, mais ils ignorent à quel point un seul Tossafot a le pouvoir de purifier l'âme ! Autrement dit, on s'imagine qu'il faut précisément du Zohar ou des textes de Kabbala, mais non : étudie un Tossafot, et tu n'as pas idée de la force que cela possède pour purifier l'âme.
C'est là le sens de « Et je garderai Ta Torah constamment, pour toujours et à jamais » : par cela, les récriminations du genre « voici que David a fauté » se sont dissipées loin de moi, car par la bonté et la vérité la faute est expiée, et grâce à cela, la royauté me restera acquise pour toujours, car c'est ainsi que je me purifie de mes fautes.
וְאֶתְהַלְּכָה בָרְחָבָה כִּי פִקֻּדֶיךָ דָרָשְׁתִּי׃ - Et je marcherai au large, car j'ai recherché Tes préceptes.
Avant d'aborder l'explication, une remarque de lecture : dans le mot « בָרְחָבָה » (bare'hava), le qamats sous le Beth est une voyelle longue, suivie d'un cheva na sous le Rech. Selon la prononciation séfarade, on lit « bar'hava ». Cependant, il existe une règle rapportée par le Radak, et les Yéménites sont aujourd'hui les seuls à la préserver : un cheva na suivi d'une consonne gutturale (Aleph, Hé, 'Het, 'Ayin) s'assimile à la voyelle de cette consonne gutturale. Selon cette règle, puisque le 'Het porte un qamats (« 'ha »), le Rech prend cette même coloration vocalique, et la tradition yéménite prononce « baro'hava ».
Rachi explique : selon la halakha claire, aisée et couramment acceptée en Israël. En d'autres termes, j'accomplis la parole divine sans chercher les cas limites, les subtilités forcées ni les doutes, mais en suivant la voie large, pour ainsi dire l'autoroute : la pratique halakhique admise et limpide en Israël. Je ne cherche pas à agir selon une opinion isolée particulièrement indulgente, ni d'après l'avis d'un décisionnaire valable uniquement dans une configuration exceptionnelle - cela reviendrait à s'engager dans des sentiers étroits. Je choisis de marcher sur la voie large.
Le Radak donne une autre explication : après que Tu m'auras accordé Ton aide dans l'étude de la Torah, je Te demande que le mauvais penchant ne vienne ni me tourmenter ni entraver ma progression lorsque je chemine dans les voies d'Hachem. « Et je marcherai au large » : j'avancerai sur une route spacieuse, car je recherche constamment Tes préceptes, et ainsi je ne trébucherai pas. Celui qui emprunte un passage étroit risque à tout instant de chuter et de faire un faux pas ; celui qui marche dans un espace ouvert avance avec fluidité, comme sur une autoroute. C'est pourquoi j'adresse cette prière : Maître du monde, aide-moi dans l'étude de la Torah afin que je ne commette aucune erreur de halakha, et puisque je recherche continuellement Tes préceptes, accorde-moi le mérite de les découvrir avec Ton aide.
Le Malbim met ici en lumière le point essentiel : les pikoudim. Les pikoudim sont les commandements qu'Hachem nous a ordonné d'accomplir en souvenir d'événements précis - tels que le sacrifice de Pessa'h pour nous rappeler la sortie d'Égypte, la consommation du maror pour évoquer l'amertume imposée à nos vies, le rachat du premier-né de l'âne, le port des tefilin et d'autres mitsvot semblables, prescrites pour perpétuer le souvenir des miracles qu'Hachem a accomplis pour nous. Ainsi : en m'attachant à ces préceptes qui éveillent en moi la mémoire des bontés divines et des prodiges réalisés en notre faveur, je mériterai que s'accomplisse « et je marcherai au large » - c'est-à-dire que Tu accompliras également des prodiges pour moi. Comme il est écrit : « Voici que j'ai désiré Tes préceptes ; fais-moi vivre par Ta justice ». Le roi David subissait des persécutions continuelles, il se trouvait sans cesse à l'étroit et dans la détresse ; il affirme donc : par l'accomplissement de Tes préceptes, qui me rappellent constamment la bienveillance d'Hachem, j'attirerai sur moi ces mêmes bontés. Je ne souffrirai plus de l'oppression ni de l'angoisse, mais je jouirai d'un soulagement constant - j'avancerai sur une route spacieuse et dégagée, loin de ceux qui me poursuivent et me tourmentent.
L'ouvrage Midrach Chmouel explique ce verset à la lumière de l'enseignement de nos Sages : « Dans toutes tes voies, connais-Le ». Même dans ses besoins matériels et corporels, l'homme doit agir pour la gloire du Ciel. Lorsqu'il mange, son intention doit être de fortifier son corps pour le service d'Hachem, afin de pouvoir étudier la Torah. Lorsqu'il dort, son intention doit être de renouveler ses forces physiques afin d'étudier convenablement le lendemain sans s'assoupir sur ses livres, et de pouvoir prier avec ferveur. Il en va de même pour chaque acte, comme l'enseigne le Choul'han Aroukh (Ora'h 'Haïm, siman 231) : dans toutes ses occupations matérielles, l'homme doit viser ce qui favorise le service d'Hachem, béni soit-Il, et ainsi - selon les termes mêmes du Choul'han Aroukh - il sert constamment son Créateur.
On peut comparer cela à un compteur de station-service : lorsqu'on accomplit une mitsva, c'est comme lorsque l'essence coule, les chiffres défilent à vive allure, indiquant la somme et les litres. Quand on s'endort, la pompe semble s'arrêter ; mais si l'on se dit « je vais dormir afin d'avoir la force d'étudier la Torah », le compteur continue de tourner pendant le sommeil, car cet acte s'intègre pleinement à la mitsva. Lorsqu'on s'assoit pour manger, la pompe semble suspendue ; mais si l'on mange pour acquérir l'énergie nécessaire à l'étude et à la pratique, cet acte conduit directement au service d'Hachem, et le compteur continue de tourner.
C'est un conseil d'une portée extraordinaire. En effet, combien d'heures par jour un homme consacre-t-il directement au service de son Créateur dans le cours ordinaire de la vie ? Si l'on additionne les prières, le temps fixé pour l'étude quotidienne, les bénédictions et les quelques mitsvot ponctuelles, on atteint rarement plus de quatre heures sur vingt-quatre - moins d'un cinquième de la journée. En revanche, si l'on sait orienter son intention lorsqu'on mange, lorsqu'on dort et lorsqu'on travaille, tout change. L'homme part à son travail, mais avec quelle pensée en tête ? Son intention est de subvenir aux besoins de son épouse, conformément aux engagements de la ketouba, de nourrir ses enfants - ce qui constitue une mitsva de 'hessed -, d'utiliser ce salaire pour payer le talmud Torah des garçons et l'école des filles, et d'épargner, avec l'aide divine, pour pouvoir marier ses enfants à des érudits craignant D.ieu. Toutes ces intentions élèvent son activité professionnelle : elle n'est plus une simple entreprise guidée par le seul profit matériel - ce qui n'a rien de blâmable en soi, mais ne constitue pas une mitsva -, elle devient un véritable service d'Hachem. Lorsque l'on agit dans l'unique but d'avoir une subsistance honorable pour pouvoir s'immerger dans la Torah, ce travail lui-même mène à l'étude et se trouve compté comme s'il s'agissait de l'étude de la Torah.
De là découle une autre explication du verset : « Et je marcherai au large » - même lorsque je vais me promener dans un grand espace ouvert pour prendre l'air, c'est parce que « j'ai recherché Tes préceptes ». Parfois, l'esprit de l'homme s'épuise sous l'effort de la révision et de la mémorisation ; à force d'être totalement absorbé par l'étude, il a besoin de souffler un instant et de se détendre. Nous avons déjà mentionné la parole du Gaon de Vilna sur la Michna qui enseigne que « la Torah s'acquiert par un minimum de conversation, un minimum de sommeil, un minimum de commerce » : cela ne signifie pas qu'en supprimant absolument toute parole, la situation serait encore meilleure. Il faut une juste mesure de parole, elle est indispensable. Sans ce minimum d'échange et de répit, l'étude elle-même en souffrirait, car l'homme a besoin d'espaces de respiration, à l'image du verset : « Vous mettrez un espace entre chaque troupeau ». Même Moché Rabbénou disposait d'un temps de pause et de réflexion entre chaque section divine. La période de bein hazmanim n'est pas une faute ; elle constitue la respiration indispensable où l'homme renouvelle ses forces pour poursuivre l'étude avec vigueur. Cela n'invite nullement à gaspiller son temps, mais rappelle que, durant un temps défini, « je marcherai au large » : s'accorder un peu de repos et d'aération permet de revenir à l'étude de la Torah avec des forces décuplées.
Le 'Hazon Ich raconta un jour à l'un de ses élèves que dans sa jeunesse, il étudiait avec une assiduité si intense et une profondeur d'analyse si vertigineuse que les veines de sa tête s'étaient dilatées. Un médecin l'examina et le prévint que cela présentait un réel danger, lui enjoignant de relâcher quelque peu cette tension intellectuelle extrême. Le 'Hazon Ich confia : je ne l'ai pas écouté, et cela m'a coûté une année entière d'étude approfondie ('iyoun) - durant l'année qui suivit, il fut contraint de se limiter à une étude superficielle de bekiiout sans pouvoir approfondir, sous peine de mettre sa santé en péril. On voit donc que le repos est parfois nécessaire, qu'une courte pause s'avère indispensable pour revenir avec une énergie renouvelée. Bien entendu, tout est affaire de juste mesure : il ne s'agit pas d'étudier un mois pour ensuite prendre trois mois de vacances sous prétexte de « décompresser ». Tout doit être justement dosé, et Hachem sait ce dont chaque homme a besoin. Mais s'imaginer que s'acharner sans la moindre interruption sera profitable relève de l'illusion : pour la majorité des êtres humains, cela ne produit que des dommages.
D'ailleurs, on raconte également au sujet du Rav Ovadia Yossef qu'il lui arrivait de rendre visite à son beau-frère, ou qu'on organisait un repas chez son gendre, etc. En d'autres termes, bien qu'il fût entièrement absorbé par la Torah, il s'accordait aussi des moments de répit, un temps pour respirer et se détendre.
C'est ce que dit le roi David : « Et je marcherai au large » - il m'arrive de me promener au grand air, et pourquoi ? « Car j'ai recherché Tes préceptes ». J'aborde cette promenade dans la continuité de l'étude de la Torah, non pas par simple recherche de repos, de tranquillité ou d'oisiveté, mais parce que cela m'aide à approfondir Tes préceptes - en me reposant de temps à autre pour relâcher la tension et revenir avec des forces renouvelées. Remarquons la nuance : il n'est pas dit « et je marcherai » (véélékh), mais « je me promènerai » (vééthalékha), forme réfléchie qui évoque une promenade tranquille. C'est à l'image de ce que disaient nos Sages, à savoir que lorsque les Rabbanim étaient épuisés par leur étude, ils prononçaient un mot d'esprit (milta debédihouta) pour relâcher un instant la pression, avant de se replonger dans leur étude. Tout concourt à un seul et même but : « Car j'ai recherché Tes préceptes », afin de fortifier mon service d'Hachem.
וַאֲדַבְּרָה בְעֵדֹתֶיךָ נֶגֶד מְלָכִים וְלֹא אֵבוֹשׁ׃ - Je parlerai de Tes témoignages devant des rois, et je n'aurai point de honte.
Le Radak explique : lorsque Tu m'aideras à atteindre la vérité, fort de cette vérité, je n'aurai pas honte, même en parlant devant des rois ; s'ils cherchent à débattre avec moi, je l'emporterai, car la vérité est de mon côté. Et pourquoi mentionner précisément des rois ? Parce que les souverains sont absorbés par les affaires de leur royaume, et lorsqu'ils verront qu'au lieu d'être accaparé par ma royauté, je me consacre à la Torah, ils me critiqueront et auront des reproches à m'adresser. Mais je leur répondrai, sachant que je n'éprouverai aucune honte et que je triompherai par mes arguments.
Le Malbim met en lumière le point central de ce verset : le témoignage (édout). Les témoignages désignent les versets de la Torah qui attestent de la rétribution et du châtiment, affirmant qu'il y a un jugement et qu'il y a un Juge. Avant d'avoir accompli sa Techouva, le roi David avait honte d'évoquer ces témoignages : j'ai moi-même besoin de réparation, comment oserais-je parler de Tes témoignages, de ces passages de la Torah qui démontrent la rigueur de la rétribution, alors que je suis en faute ? Mais désormais, dès lors que j'observe Ta Torah et Tes préceptes, mes fautes sont expiées, et je n'ai plus honte de proclamer Tes témoignages - car j'ai été réparé et, par l'étude assidue de la Torah, le péché m'a quitté.
C'est précisément le sens des versets : « Écarte de moi l'opprobre et le mépris, car j'ai gardé Tes témoignages », et « Je me suis attaché à Tes témoignages, Hachem, ne me fais pas honte » - que je ne sois pas confondu par ces témoignages de la Torah affirmant que D.ieu punit le pécheur. Tant que la faute liée à Bethsabée pesait sur lui, il en éprouvait de la honte : te voilà en train d'enseigner que D.ieu châtie, alors que toi-même mérites d'être puni ! Mais à présent, réhabilité par l'étude de la Torah, « Je parlerai de Tes témoignages devant des rois, et je n'aurai point de honte » - personne ne pourra lui rétorquer : place un miroir devant ton visage, tu parles de châtiment, regarde-toi et songe à ce que tu mérites ! Désormais voué à la Torah, sa faute est pardonnée, et il peut parler sans rougir.
Dans le livre Ets HaDaat Tov, une précision est apportée : le texte emploie délibérément le terme « Tes témoignages » (édotékha), et non « commandements » ou « lois », pour faire comprendre que dans l'étude de la Torah, il convient d'aborder chaque notion comme un témoignage juridique. Un témoin déposant devant un tribunal se doit d'être d'une rigueur absolue jusqu'au moindre détail, de peur que son témoignage ne soit réfuté en raison d'une contradiction, d'une imprécision ou d'une nuance négligée qui prouverait l'inexactitude de ses dires. Un témoin se doit d'être extrêmement vigilant afin que son témoignage soit d'une rigoureuse vérité.
Il en va de même pour l'étude de la Torah : les enseignements doivent être d'une clarté limpide et rigoureuse. Le piège récurrent consiste à étudier « à peu près », « plus ou moins », en se contentant d'une vague compréhension - or, ce n'est pas ainsi que l'on doit étudier la Torah. La véritable démarche d'étude s'exprime dans « Tes témoignages » : ce que l'on acquiert doit être aussi précis qu'une déposition de témoin, exact jusqu'au bout. C'est en ce sens que nos Sages ont dit : « Si l'on te pose une question, ne bégaie pas, mais sois prêt à répondre aussitôt » - l'étude doit aboutir à une connaissance parfaitement claire et élucidée, et non à des approximations ou des notions nébuleuses.
וְאֶשְׁתַּעֲשַׁע בְּמִצְוֺתֶיךָ אֲשֶׁר אָהָבְתִּי׃ - Et je ferai mes délices de Tes commandements que j'aime.
Les mitsvot seront pour moi des délices : lorsque je serai seul, je trouverai mon plaisir en elles, car j'aime les mitsvot plus que tout au monde. Et le Malbim fait remarquer qu'il ne faudrait pas s'imaginer que ces délices consistent uniquement à les méditer, et que leur accomplissement pratique et la peine qu'elles demandent ne seraient pas récompensés.
וְאֶשָּׂא כַפַּי אֶל מִצְוֺתֶיךָ אֲשֶׁר אָהָבְתִּי וְאָשִׂיחָה בְחֻקֶּיךָ׃ - Je lèverai mes mains vers Tes commandements que j'aime, et je méditerai Tes statuts.
Il est question ici de commandements (mitsvot) et de décrets suprêmes (houkim). « Je lèverai mes mains vers Tes commandements » - je ne me contenterai pas de la délectation de l'étude seule, mais j'accomplirai réellement Tes mitsvot de mes propres mains. Cela vient s'opposer à ceux qui prétendent qu'il suffit d'étudier la Torah et de connaître les mitsvot sans avoir besoin de les mettre en pratique ; David affirme : non, je lèverai mes mains pour accomplir les choses concrètement. Et pas seulement par crainte afin de recevoir un salaire, mais « que j'aime » - j'agirai par amour, par amour d'Hachem. Et pas uniquement les commandements que je comprends et dont je peux saisir le sens profond, mais « et je méditerai Tes statuts » - même ces mitsvot qui relèvent du décret (hok), dont la raison m'échappe, je m'en entretiendrai et je les méditerai également.
Ibn Ezra explique que « Je lèverai mes mains vers Tes commandements » exprime le fait de recevoir les mitsvot avec respect et dans un élan d'amour : tel quelqu'un à qui l'on veut offrir un cadeau et qui tend les mains pour le recevoir, l'attendant avec impatience et aspirant à ce qu'il lui soit déjà remis. Et le Radak explique que je lèverai les mains et habituerai mon cœur à accomplir les mitsvot, faisant les choses dans la joie, les mains tendues vers la mitsva - dans l'esprit des paroles d'Ibn Ezra - et que j'habituerai ma bouche à en parler constamment.
Dans ces versets, le roi David présente la voie de la réparation et de la plénitude : « Et je garderai Ta Torah constamment » - la Torah est la réparation de toute faute, car rien ne purifie autant qu'elle, et c'est par elle que la royauté perdure à jamais. « Et je marcherai au large » - suivre la halakha admise et limpide, et prier pour que les bontés d'Hachem, éveillées par les préceptes, me fassent passer de la détresse à la délivrance spacieuse, sachant que même un relâchement mesuré sur ce chemin répond à un besoin de la Torah elle-même, dès lors que tout converge vers « Connais-Le dans toutes tes voies ». « Et je parlerai de Tes témoignages » - dès lors que l'on s'est rectifié par l'étude de la Torah, on n'a plus honte d'aborder la rétribution et le châtiment, tout en exigeant une étude aussi rigoureuse qu'un témoignage, et non pas « approximative ». Enfin, « Je ferai mes délices » et « Je lèverai mes mains » - il ne suffit pas de se délecter de l'étude sans l'action, ni d'agir sans amour, et même les décrets dont le sens demeure caché méritent d'être médités et proclamés.