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Psaume 119 - Deuxième partie - « Par quel moyen le jeune homme purifiera-t-il son chemin ? » - 1ère partie

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Le psaume 119 est le plus long chapitre des Téhilim, et dans chaque verset apparaît une expression différente désignant la Torah : Torah (loi), 'Edout (témoignage), Pikoudim (préceptes), 'Houkim (statuts), Mitsvot (commandements), Dévarim (paroles), Imrot (dits), Michpatim (jugements). Le Malbim nous enseigne que cela n'a rien d'un hasard : dans chaque verset, le roi David aborde un sujet précis et en saisit le point central, et les versets sont construits en vis-à-vis - les versets du début du chapitre répondant à ceux qui suivent. Dans ce cours, nous nous pencherons sur les versets 9 à 12.

« Par quel moyen le jeune homme purifiera-t-il son chemin » - L'étude seule ne suffit pas
בַּמֶּה יְזַכֶּה נַּעַר אֶת אׇרְחוֹ לִשְׁמֹר כִּדְבָרֶךָ׃ - Par quel moyen le jeune homme purifiera-t-il son chemin ? En observant Ta parole.

Le Radak explique qu'ici le roi David vient nous enseigner que la voie de l'homme ne se purifie pas par la seule étude : il faut aussi la mise en pratique, l'action concrète. « Par quel moyen le jeune homme purifiera-t-il son chemin ? » - comment l'homme rendra-t-il sa voie pure ? « En observant Ta parole » - par l'application, la concrétisation pratique. Car s'il étudie sans agir conformément à son étude, ce n'est pas une voie pure mais une voie vile, indigne. Qu'est-il alors, cet homme ? Un âne chargé de livres, qui étudie sans accomplir.

Et pourquoi emploie-t-il précisément le terme « jeune homme » (na'ar) ? De même qu'il faut éduquer le jeune dès son plus jeune âge, l'homme doit s'habituer aux bonnes actions dès l'enfance, et c'est ainsi qu'il prendra le pli d'accomplir les mitsvot d'Hachem. C'est ce que disent nos Sages, qu'un homme a le devoir d'éduquer les enfants aux mitsvot - et en les éduquant ainsi, ils conservent leurs bonnes habitudes. Car si l'on dit à un garçon de treize ans : « Commence à réciter les bénédictions », alors qu'il n'a pas béni pendant huit ou neuf ans, va-t-il s'y mettre d'un coup ? Il lui faut du temps pour s'y habituer et pour apprendre, c'est pourquoi on l'éduque dès le jeune âge. C'est là le sens de : « Par quel moyen le jeune homme purifiera-t-il son chemin » : si dès sa jeunesse il n'agit pas avec légèreté mais purifie et rectifie ses actes, à plus forte raison en sera-t-il ainsi lorsqu'il grandira. C'est ce qui est écrit : « Déjà par ses actes, l'enfant laisse reconnaître si sa conduite sera pure et droite ». Quand cela commence dès la jeunesse, il s'habitue, et purifie ainsi son cheminement - il acquiert une habitude, une voie pour observer la parole divine, et il lui sera d'autant plus facile, une fois adulte, d'accomplir toutes les mitsvot.

Malbim : Quelle différence entre « Dérekh » (voie) et « Ora'h » (sentier) ?

Le Malbim met ici ce verset en parallèle avec : « Heureux ceux dont la voie est intègre, qui marchent selon la Torah d'Hachem ». Nous y avons vu qu'un homme ne peut être intègre dans sa voie que par la Torah ; c'est uniquement grâce à la Torah qu'il peut cheminer de manière parfaite et intègre. Et le Malbim ajoute : même si un homme parvient à purifier sa « voie » (dérekh), il ne pourra pas pour autant purifier son « sentier » (ora'h). C'est-à-dire que sa direction générale est intègre, mais que son cheminement dans les détails ne l'est pas encore.

Et quelle est la différence entre dérekh et ora'h ? Le Malbim a expliqué cette notion en plusieurs endroits : « dérekh » désigne la grande route, l'autoroute, la voie principale qui mène d'une ville à l'autre. « Ora'h », quant à lui, est le petit sentier étroit qui bifurque de la grande route pour mener aux maisons et aux endroits retirés - les sentiers secondaires et sinueux.

Prenons une parabole dans le domaine des traits de caractère (middot) : la grande voie est celle de la miséricorde, de la générosité, de l'humilité. Le Malbim explique que cette grande voie est ancrée dans chaque âme. Même sans la Torah, l'être humain est capable de comprendre qu'il convient de faire preuve de pitié et d'humilité. Chez les nations également, une personne arrogante est perçue négativement ; même dans une vision profane, quelqu'un qui a la « grosse tête » n'est guère apprécié. On valorise bien davantage l'individu modeste et humble, qui ne s'enorgueillit point. Cette direction générale - l'humilité, la générosité, la compassion - peut être comprise sans Torah, même par celui dont la voie n'est pas rendue intègre par elle. En revanche, les sentiers étroits, les détails d'application, nul ne peut les déterminer par son seul jugement humain.

Qu'est-ce que cela signifie concrètement ? La générosité, soit, mais envers qui l'exercer ? Certains se montrent très généreux envers l'UNRWA, se rendant ainsi complices du massacre du 7 octobre. Ils sont généreux ! Et le Hamas n'a-t-il pas débuté comme une organisation caritative ? Ils ont commencé en prétendant venir en aide aux Palestiniens, s'attirant ainsi la sympathie des foules : ils ont collecté des fonds, ouvert des soupes populaires, distribué de l'argent aux démunis, et continuent aujourd'hui de distribuer l'argent surtout à l'élite au pouvoir tandis que tous les autres en paient le prix. On voit bien que sans le « sentier », sans la maîtrise des détails, une bonne ligne directrice peut mener aux pires dérives.

Il en va de même pour la miséricorde : envers qui faire preuve de pitié ? Celui qui ignore les détails - quand avoir de la compassion, et quand la fermeté implacable est au contraire l'attitude juste - et qui ne possède que l'orientation générale de la pitié, risque d'avoir pitié des mauvaises personnes. Il envoie des camions « humanitaires » à Gaza, mais qu'en est-il de ceux qui sont retenus sous terre depuis cent quarante jours, sans que personne ne s'assure qu'ils reçoivent des médicaments ou quoi que ce soit d'autre ? Leur humanité est à sens unique, leur compassion est partiale. Ils ont une « voie », mais le « sentier » leur fait défaut. La grande voie est celle de la miséricorde, et le sentier représente les détails : envers qui être miséricordieux et à quel moment. Or cela, nul ne peut l'acquérir sans la Torah. C'est particulièrement vrai pour le jeune homme, dont l'intellect n'a pas encore atteint sa pleine maturité ; c'est à son sujet qu'il est dit : « Par quel moyen le jeune homme purifiera-t-il son chemin ? » : comment fera-t-il pour que ses sentiers particuliers, ses choix concrets, soient justes ? Uniquement « en observant Ta parole ». C'est seulement ainsi que ses sentiers seront droits, et pas seulement sa ligne de conduite générale.

Le jeune homme de la Bar Mitsva et le nouveau sentier

On rapporte au nom de Rabbi Chlomo Elyashiv une très belle explication : le verset « Par quoi le jeune homme purifiera-t-il sa voie [or'ho, compris ici comme : procurera-t-il des mérites à son hôte] pour observer Ta parole ? », suivi de « De tout mon cœur je T'ai cherché », fait allusion au jeune homme qui parvient à la Bar-Mitsva. Jusqu'alors, il était exempté des mitsvot, n'étant pas astreint d'après la Torah (déoraïta) ; et maintenant qu'il atteint la Bar-Mitsva, il devient astreint et l'on entreprend de l'éduquer à la pratique des commandements. Jusqu'à l'âge de treize ans, son seul maître était le mauvais penchant (le Yétser Hara) - car le mauvais penchant apparaît dès que l'enfant « est expulsé des entrailles de sa mère ». À présent, à l'âge de treize ans, arrive un nouvel invité : le bon penchant (le Yétser Hatov). Et celui-ci doit se confronter au maître de maison établi depuis treize ans déjà.

Or, nos Sages enseignent : que dit le bon invité ? « Tout ce pour quoi le maître de maison a pris de la peine, il ne l'a fait que pour moi. » C'est-à-dire que le bon penchant, l'invité, déclare : tout ce pour quoi le maître de maison - le mauvais penchant - s'est donné de la peine, il ne l'a fait que pour moi ! Quel en est le sens profond ? Nos Sages disent que lorsqu'un homme fait téchouva par amour, toutes ses fautes délibérées se transforment en mérites. Il s'avère donc que toute la peine prise par le mauvais penchant, le maître de maison, ne l'a été en réalité que pour moi - afin que je vienne maintenant transformer le tout en mérites. Tel est le sens allusif de : « Par quoi le jeune homme procurera-t-il des mérites à son invité ? » - comment le jeune homme parvenu à la Bar-Mitsva fera-t-il en sorte que son hôte, le bon penchant, acquière des mérites ? « En observant Ta parole », « De tout mon cœur je T'ai cherché » : en cherchant Hachem de tout son cœur et par une téchouva accomplie par amour, il enrichira alors son invité d'innombrables mérites, transformant désormais toutes les fautes passées en mérites.

« De tout mon cœur je T'ai cherché, ne me laisse point m'égarer »
בְּכׇל לִבִּי דְרַשְׁתִּיךָ אַל תַּשְׁגֵּנִי מִמִּצְוֺתֶיךָ׃ - De tout mon cœur je T'ai cherché, ne me laisse point m'égarer loin de Tes commandements.

Ibn Ezra explique : Tu connais tout mon cœur, aide-moi donc à ne pas faillir. Et le Radak explique : « De tout mon cœur je T'ai cherché » - j'ai étudié et observé Tes commandements de tout mon cœur, et non « d'un cœur double ». Nous avons déjà précisé qu'un « cœur double » désigne une démarche imparfaite, où l'on accomplit un peu tout en aspirant à d'autres voies. Or ici, David affirme : non, je me suis consacré à l'étude de la Torah uniquement pour accomplir Tes commandements et pour nulle autre fin - non pour en tirer de l'orgueil, non pour impressionner autrui, ni pour aucun autre motif. Mon action n'avait d'autre but que la recherche de Dieu et l'intention de Son service, et non de se faire un nom parmi les hommes, pour qu'on dise : « Voici le grand érudit », « Voici le Rav ». Et puisque je Te cherche de tout mon cœur et que Tu connais mon for intérieur : « ne me laisse point m'égarer loin de Tes commandements », ne fais pas en sorte que je commette des erreurs à leur égard, que je n'en vienne pas à me tromper dans les mitsvot d'Hachem ; aide-moi à les comprendre et à les accomplir.

Mais une difficulté surgit ici, et c'est ce que le Radak vient éclaircir : que signifie « al tachguéni » (ne me fais pas m'égarer) ? Le Saint, béni soit-Il, induirait-Il l'homme en erreur ? S'il avait dit « que je ne m'égare point de Tes commandements », ce serait compréhensible. Mais « ne me fais pas m'égarer », ne sois pas la cause de mon égarement involontaire ?

Le Radak explique : puisqu'il est au pouvoir du Saint, béni soit-Il, d'accorder la sagesse et l'intelligence, et que c'est Lui qui la dispense - « et Je l'ai rempli de l'esprit de Dieu, en sagesse et en intelligence », « et dans le cœur de tout homme au cœur sage J'ai mis la sagesse », « Tu accorderas à Ton serviteur un cœur attentif » - tout provient de Lui, béni soit-Il. Par conséquent, lorsque le Saint, béni soit-Il, n'insuffle pas la sagesse et le discernement dans le cœur de l'homme, c'est comme s'Il le laissait s'égarer, comme s'Il était la cause de son erreur involontaire. Tel est le sens de : « ne me laisse point m'égarer loin de Tes commandements ».

On retrouve une idée semblable chez Isaïe : « Pourquoi, Éternel, nous fais-Tu errer loin de Tes voies ? » - est-ce donc Hachem qui nous égare loin de Ses voies ? Le Radak l'explique selon le même principe : si Tu écartes de nous les vicissitudes de l'exil, nous marcherons dans Tes voies, car notre cœur aspire à accomplir Tes mitsvot. C'est l'exil qui nous détourne de Tes voies ; il ne s'agit nullement, à Dieu ne plaise, de prétendre qu'Hachem nous égare, mais bien : si Tu nous délivres de l'exil, nous ne dévierons pas de Tes commandements. Et comme il est en Ton pouvoir de nous faire passer de la détresse à la délivrance, « ne nous égare pas », délivre-nous, et ainsi nous ne faillirons plus et ne persisterons plus dans la faute, ce qui ressemble pour ainsi dire au fait que Tu nous égares. Il en va de même ici : puisque c'est Toi qui accordes la sagesse, si Tu ne nous la donnes pas, c'est pour ainsi dire Toi qui nous fais faillir en nous écartant de Tes commandements.

Le Malbim : une erreur issue de la grandeur

Le Malbim applique ce verset aux mitsvot, en écho à ce qui a été dit plus haut : « Heureux ceux qui gardent Ses témoignages, qui Le cherchent de tout cœur ». Le roi David affirme : à ce niveau spirituel, je suis déjà parvenu - « De tout mon cœur je T'ai cherché », je Te cherche en effet de tout mon cœur. Cependant, explique le Malbim, c'est parfois précisément par l'intensité de cette recherche que l'homme risque de trébucher dans les mitsvot d'Hachem, en se fiant trop à son propre raisonnement et à sa spéculation intellectuelle.

Il est des erreurs que seuls les sages peuvent commettre, des erreurs réservées aux grands esprits, car la méprise découle précisément de leur grandeur : parce qu'il est si éminent, le maître s'est prononcé sur une règle halakhique sur laquelle il n'aurait pas dû trancher, a commis une méprise et a causé une faute involontaire. C'est ainsi que l'on trouve : « Lorsqu'un prince viendra à pécher », ou encore l'offrande sacrificielle apportée pour l'erreur involontaire du Tribunal rabbinique (chégagat Beth Din). Un profane ne peut commettre une telle erreur, et s'il se trompe, il ne trompe que lui-même ; mais un Beth Din, du fait même de sa grandeur, peut se méprendre et trancher contrairement à la Halakha par inadvertance, ce qui engendre un grave préjudice.

Qu'on observe l'exemple du roi Salomon : il était le plus sage de tous les hommes, et il était persuadé que l'interdiction « Il ne multipliera pas les épouses pour lui-même » avait une raison bien précise, « de peur qu'elles ne détournent son cœur », ce qui ne vaut que pour un homme ordinaire ; mais le cœur du plus sage de tous les hommes, qui pourrait donc le détourner ? Et il s'est mépris en cela, comme le rapportent nos Sages : il a agi à l'encontre de la Torah en déclarant : « Moi, j'en multiplierai et je ne me détournerai pas ».

Le Malbim ajoute une précision linguistique : il existe une différence entre une simple erreur d'appréciation (« sheguiah ») et une faute par inadvertance (« shegaga »). La « sheguiah » est une erreur théorique, une fausse compréhension. Mais lorsqu'elle est suivie de la préposition « mi » (« s'écarter de... »), cela signifie qu'en raison de cette erreur, on n'accomplit pas ce qu'il fallait faire : on devait poser un acte précis, et par mégarde, on ne l'a pas fait. « Ne m'égare pas de Tes commandements » - avec la lettre mem - désigne ainsi une action négligée, et pas seulement une mauvaise compréhension intellectuelle de l'étude. Telle est la supplication de David : que par l'intensité de ma recherche et la profondeur de mon analyse, je n'en vienne pas à me tromper ni à tirer de fausses conclusions qui m'écarteraient des mitsvot de Dieu, c'est-à-dire en omettant d'en accomplir une - à l'image de son fils Salomon, qui n'observa pas l'interdiction « qu'il ne multiplie point les femmes ». Fais en sorte que, malgré mon élan de recherche de tout mon cœur et les très hautes perceptions spirituelles que j'atteins, je ne commette pas d'inadvertance qui me ferait faillir à l'une des mitsvot divines.

« Dans mon cœur j'ai enfoui Ta parole » - Contre l'oubli
בְּלִבִּי צָפַנְתִּי אִמְרָתֶךָ לְמַעַן לֹא אֶחֱטָא לָךְ׃ - Dans mon cœur j'ai enfoui Ta parole, afin de ne pas fauter contre Toi.

Le Radak explique : « Dans mon cœur j'ai enfoui » - je prends garde de ne pas oublier les commandements de Dieu ; la Torah de Dieu est dissimulée et préservée dans mon cœur, afin de ne point fauter envers Toi. En effet, celui qui oublie finira inévitablement par manquer à une mitsva. Lorsqu'une personne oublie, une défaillance survient forcément : elle devait accomplir un acte, respecter un commandement, mais elle a oublié. Nos Sages ont d'ailleurs affirmé : « Une erreur due à la négligence de l'étude équivaut à une faute intentionnelle » - n'ayant pas révisé et répété, l'homme a oublié, et cela lui est imputé comme un acte délibéré. L'oubli est l'un des plus grands écueils qui mènent l'homme au péché et à la chute : même avec la meilleure volonté du monde, il oublie ici un détail, manque d'attention là-bas, ne se souvient plus, et cela le conduit à trébucher.

On raconte l'histoire d'un homme qui consulte un médecin : « Docteur, je souffre de pertes de mémoire ». Le médecin lui demande : « Depuis combien de temps souffrez-vous de cela ? » Et le patient de répondre : « De quoi ? »... L'oubli fait partie des difficultés majeures qui empêchent l'homme d'accomplir ce qui lui incombe. Néanmoins, chacune de nos imperfections nous est aussi utile en un sens : elle nous rappelle que nous sommes incomplets, que la perfection ne nous appartient pas.

Le Malbim : La faute, l'injustice et le cœur qui gouverne

Ici, le Malbim analyse le terme « Ta parole » (« imratekha ») et met ce verset en parallèle avec : « Ils ne commettent point d'injustice, ils marchent dans Ses voies ». Le Malbim fait remarquer : il est encore concevable que l'homme faute, car il y a une distinction fondamentale entre la faute (« 'het ») et l'injustice (« 'avla »). L'injustice est une déviation des voies de l'intelligence (« bina »), tandis que la faute est une déviation des voies de la sagesse (« 'hokhma »). Expliquons : « Car il n'est point d'homme juste sur la terre qui fasse le bien sans jamais fauter » - le mot « 'het » (faute) évoque la notion de manque ou d'omission, comme dans le verset « moi et mon fils Salomon serions coupables (« 'hataïm ») », c'est-à-dire privés de nos droits, lésés. Celui qui manque la cible a produit un manque. Or, cette imperfection, dit le Malbim, est inhérente à la nature humaine : nous naissons tous incomplets, avec le besoin d'être parfaits. « L'homme naît tel un ânon sauvage », et c'est à partir de cette matière brute qu'il doit façonner un véritable être humain.

Remarquons bien : tous les animaux naissent achevés, et le seul être qui naisse inachevé est l'homme. « Un bœuf dès son premier jour est appelé bœuf », et il ne deviendra pas plus sage dans dix ans ; ce qu'il possède dès son premier souffle, il le gardera toute sa vie. En revanche, un nourrisson à la naissance est totalement démuni, dépendant d'autrui pour le moindre soin, incapable même d'assurer sa propre propreté, sans parler du discernement dont il est totalement dépourvu et qu'il mettra des années à acquérir - si tant est qu'il y parvienne pleinement, car lorsqu'on observe le monde, on constate hélas que ce n'est pas toujours le cas... La raison pour laquelle l'homme est le seul être créé incomplet, c'est précisément parce qu'il a pour vocation de se parfaire lui-même : être imparfait signifie avoir besoin d'élévation, avoir besoin de progresser constamment.

Dès lors, explique le Malbim, l'imperfection étant ancrée dans la nature humaine, il ne suffit pas de discerner et de comprendre, par la force de la réflexion (« bina »), ce que représente l'injustice dans les voies de Dieu. Il ne suffit pas de savoir ce qui est mal. Il arrive souvent que l'on sache pertinemment ce qu'il faut faire, mais que la mise en pratique s'avère ardue. En effet, l'attrait du mal peut submerger l'âme sous l'impulsion du désir ou de l'orgueil. Ignore-t-on que l'orgueil est condamnable ? On le sait fort bien, mais l'épreuve reste difficile. Ignore-t-on que les passions débridées sont néfastes ? On le sait, mais résister est pénible. Selon les critères inscrits dans les textes, un individu peut parfaitement définir le mal et énumérer toutes les règles - cela ne garantit en rien qu'il saura surmonter l'épreuve sur le terrain.

Quel est donc le remède ? Uniquement lorsque les paroles divines sont enfouies et gravées sur les tables de son cœur. Le cœur représente la faculté dirigeante chez l'homme ; comme le rappelle fréquemment le Malbim dans ses commentaires, la force souveraine de l'être réside dans le cœur. Si la parole de Dieu est gravée sur votre cœur, dès qu'un penchant à la faute s'éveille - par exemple une pulsion d'orgueil -, immédiatement le cœur réagit : le cœur lui intime : « Non, c'est une pensée viciée, chasse-la de ton esprit ». C'est précisément ce que nous constatons chez David : lorsqu'il coupa le pan du manteau de Saül, « le cœur de David battit en lui », il ressentit aussitôt des remords. Pourquoi ? Le Malbim répond que chez le juste, le cœur exerce son autorité. Le cœur, siège de la vérité intérieure, déclenche immédiatement un signal d'alarme dès que l'homme commet un acte répréhensible, et sa conscience le reprend sur-le-champ.

En revanche, chez l'homme impie, non seulement il persiste dans sa voie, mais il s'en félicite intérieurement, se disant : « Tout va bien, crois-moi, il méritait amplement ce que je lui ai fait, et je l'ai encore épargné, j'aurais dû l'anéantir totalement ». Pourquoi ? Parce que son cœur est corrompu. Ainsi, loin de servir de boussole morale pour le redresser, son cœur agit comme un avocat complaisant qui justifie toutes ses turpitudes. Chez le tsadik, au contraire, le cœur est intègre : il possède un cœur unifié pour le service divin, et non un cœur divisé entre bon et mauvais penchant ; il a rassemblé toutes ses forces en un seul élan voué au Créateur, de sorte que dès qu'il commet un geste inapproprié, « son cœur le frappe » : sa conscience intervient et lui fait constater qu'il a mal agi.

De là s'éclaire la parole de Saül à David : « Je sais que tu régneras sûrement ». On peut se demander : d'où Saül savait-il avec tant de certitude que David régnerait ? Le Malbim explique : parce qu'il vit quelle extraordinaire maîtrise David exerçait sur son propre cœur, une souveraineté absolue sur lui-même. Un homme capable de se dominer à ce point est celui qui est digne de régner sur autrui. Dieu avait livré son ennemi entre ses mains et, à deux reprises, David refusa de lui ôter la vie. Pourtant, éliminer Saül aurait délivré David de poursuites continuelles où il frôla la mort à maintes reprises : une lance lui fut jetée qu'il n'esquiva qu'au dernier instant ; Saül l'encercla sur la montagne et ne dut son salut qu'à une diversion providentielle annonçant une incursion des Philistins ; c'est à ce propos que David déclara : « Je disais dans mon désarroi : tout homme est trompeur » - j'en étais venu à penser que les promesses de royauté transmises par le prophète Samuel ne se réaliseraient jamais et que j'allais périr. Malgré tout cela, lorsque Saül fut à sa merci, et alors même qu'il s'agissait de légitime défense, David refusa de le tuer. Saül lui dit alors : si tu as été capable d'une telle maîtrise de toi-même, doté d'un cœur qui commande avec une autorité absolue, un tel cœur saura régner sur tout Israël. Celui qui se gouverne lui-même, conclut le Malbim, règne sur son propre microcosme, et il est ainsi apte à régner sur le grand monde.

C'est pourquoi nous avons déjà souligné : lorsque nous suivons les Guedoley Israël, nous ne cherchons pas quelqu'un qui possède simplement une immense érudition, qui serait un véritable « ordinateur » - ce n'est pas là le critère. On suit celui chez qui l'on perçoit une maîtrise de soi absolue. Un homme qui se domine à cent pour cent, chacun lui dit : règne sur moi, je veux que tu me guides. Mais celui chez qui l'on discerne une certaine petitesse, qui dit une chose et fait le contraire, qui dans sa conduite personnelle ne vit pas ce qu'il étudie - nous ne ressentons chez lui aucune grandeur ; et même s'il est d'une vive intelligence et que son savoir impressionne, à nos yeux il n'est pas considéré comme un grand homme.

Revenons au verset : qu'est-ce qui peut préserver l'homme de la faute ? Le cœur. « En mon cœur j'ai enfoui Ta parole », car c'est le cœur qui dirige, « afin de ne point fauter envers Toi ». En effet, même si nous avons dit « ils ne commettent point d'iniquité, ils marchent dans Ses voies », il est vrai qu'il ne commettra point d'injustice délibérée, mais il risque de fauter par inadvertance, d'avoir des égarements involontaires (shegagot) qui le feront dévier du droit chemin. Et qu'est-ce qui empêchera cela ? « En mon cœur j'ai enfoui Ta parole » : chaque fois qu'une pensée mauvaise ou une mauvaise direction surgira, il ne fautera pas, car les représentations qui règnent en son cœur sont celles du service d'Hachem et de la crainte divine, gravées sur la table de son cœur, si bien qu'il n'en viendra pas à la faute.

Méditer les paroles de Torah pour s'éloigner du péché

Le Rav Margaliot explique que l'on peut rattacher ce verset à ce qui est rapporté dans le Sefer Hassidim : si un homme se trouve aux bains ou aux lieux d'aisances, et que surgissent soudain dans son esprit des pensées interdites, des pensées d'immoralité ou similaires, il doit alors penser à des paroles de Torah, même dans ces lieux impurs. Pourtant, il est strictement interdit de méditer des paroles de Torah aux lieux d'aisances, ce qui relève de « la servante qui supplante sa maîtresse », livrant ainsi la sainteté de la Torah aux mains des forces impures (kelipot). Malgré tout, lorsque l'alternative consiste en des pensées interdites, il pensera même à des paroles de Torah aux lieux d'aisances pour ne pas succomber à une pensée de transgression. Car bien qu'il soit interdit d'y méditer la Torah, pour se préserver d'un péché, cela devient permis.

C'est là le sens de ce qui est écrit ici : « En mon cœur j'ai enfoui Ta parole » - j'y ai médité dans mon cœur, « afin de ne point fauter envers Toi », pour ne pas sombrer dans de mauvaises pensées ; et même dans des endroits où la méditation est interdite, j'ai enfoui Ta parole en mon cœur, l'essentiel étant de ne pas fauter envers Toi, de ne pas en arriver au péché. Cela ne signifie pas que David risquait personnellement de fauter sans cela, mais le verset y fait allusion : l'homme doit enfouir en son cœur les paroles divines, c'est-à-dire penser à la Torah, afin d'échapper à la faute.

« De ma vie, je n'ai jamais médité dans les ruelles souillées »

Le 'Hida remarque : à la lumière de ce Sefer Hassidim, nous pouvons comprendre la parole de Rabbi Zéra : « De ma vie, je n'ai jamais médité dans les ruelles souillées. » Beaucoup s'interrogent sur la portée de cette déclaration : ne pas penser à la Torah dans des ruelles immondes, en quoi cela constitue-t-il un si grand mérite ?

On a déjà raconté l'histoire de ce délateur (mosser) qui causait tant de tourments aux Juifs. À sa mort, le rav de la communauté refusait de prononcer son éloge funèbre. Mais cet homme, prévoyant ces difficultés de son vivant, s'était arrangé avec le gouverneur. Dès son décès, le gouverneur ordonna au rav de prononcer l'oraison. Comprenant qu'un refus l'exposerait à de graves représailles du pouvoir, le rav monta à la tribune et commença l'éloge. Que pouvait-il bien dire d'un tel impie ? Il déclara : Messieurs, sachez que cet homme a accompli des choses auxquelles même de parfaits justes n'ont pas mérité d'accéder. De sa vie, cet homme n'a jamais médité de paroles de Torah dans les ruelles souillées ; jamais il n'a parlé entre la pose du téphiline du bras et de celui de la tête ; jamais il n'a eu de mauvaise pensée lorsqu'il portait les téphilines ; et jamais il n'a bavardé pendant la prière ni à la synagogue ! Il énuméra ainsi plusieurs « mérites » de ce genre, dont seuls de grands tsaddikim pourraient rêver.

Dès lors, en quoi Rabbi Zéra tire-t-il gloire de n'avoir « point médité dans les ruelles souillées » ? Certains l'expliquent ainsi : lorsque le Gaon de Vilna entrait aux lieux d'aisances, il résolvait des problèmes mathématiques complexes afin de ne pas risquer de penser à la Torah par simple habitude, son esprit étant continuellement absorbé par l'étude. On lui soumettait même des énigmes mathématiques universitaires, en cette ère précédant l'informatique, qu'il résolvait en quelques minutes aux lieux d'aisances. Il devait absolument occuper son esprit pour faire diversion. Telle serait donc la grandeur de Rabbi Zéra : les paroles de Torah emplissaient sans cesse son esprit, et pourtant jamais il n'en vint à continuer d'y penser en marchant dans des ruelles souillées.

Toutefois, d'après ce que nous avons expliqué, souligne le 'Hida, les choses s'éclairent admirablement : Rabbi Zéra voulait dire qu'il ne s'était jamais trouvé dans une situation où, traversant des ruelles souillées, des pensées inconvenantes lui seraient venues, le contraignant alors à chasser cette souillure par la méditation de la Torah. Car quand un homme doit-il penser à la Torah dans un endroit souillé ? Lorsqu'une pensée impure l'assaille. Rabbi Zéra déclare donc : de ma vie, je n'ai jamais eu besoin de méditer la Torah dans des ruelles immondes, parce que jamais une mauvaise pensée ne m'a surpris dans ces lieux, pensée qu'il aurait fallu expulser au moyen de paroles saintes.

« Béni sois-Tu, Éternel, enseigne-moi Tes décrets » - Sauvé d'une bénédiction en vain
בָּרוּךְ אַתָּה יְהֹוָה לַמְּדֵנִי חֻקֶּיךָ׃ - Béni sois-Tu, Éternel, enseigne-moi Tes décrets.

Dans le livre « Zé Hacha'ar », l'auteur explique la juxtaposition des versets « En mon cœur j'ai enfoui Ta parole afin de ne pas fauter envers Toi » et « Béni sois-Tu, Hachem, enseigne-moi Tes décrets », à la lumière de ce qu'ont enseigné nos Sages et de ce qui a été tranché dans le Choul'han Aroukh : si une personne a commencé par erreur à prononcer une bénédiction en disant « Baroukh Ata Hachem... », et qu'elle se rappelle soudain qu'elle a déjà béni sur ce café et qu'il n'y a donc pas lieu de recommencer, elle doit immédiatement enchaîner par « Lamedéni 'houkékha » (« enseigne-moi Tes décrets »). Elle se trouve ainsi avoir récité un verset au lieu d'une bénédiction, échappant de ce fait à la faute d'une Berakha lévatala (bénédiction prononcée en vain), ce qui constitue une transgression extrêmement grave.

C'est précisément ce que le texte vient juxtaposer : « En mon cœur j'ai enfoui Ta parole afin de ne pas fauter envers Toi » - pour ne pas fauter et ne pas risquer de prononcer une bénédiction en vain, « Béni sois-Tu, Hachem, enseigne-moi Tes décrets ». Qu'il achève la formule « Béni sois-Tu, Hachem » par « enseigne-moi Tes décrets », et par ce moyen : « je ne fauterai pas envers Toi » et il évitera une bénédiction en vain.

En résumé :

Ces quatre versets se succèdent avec une rigoureuse cohérence : « Par quel moyen le jeune homme purifiera-t-il sa voie ? » - l'étude ne suffit pas sans l'action, et si l'homme peut parvenir à la « voie » générale des vertus morales même sans la Torah, le « sentier » précis, les détails concrets - envers qui faire preuve de miséricorde et à quel moment, envers qui se montrer généreux - ne s'acquièrent qu'en s'attachant à « observer Ta parole ». « De tout mon cœur je T'ai cherché, ne m'égare point de Tes commandements » - car même celui qui cherche D.ieu de tout son cœur doit implorer Sa miséricorde pour ne point trébucher par excès d'analyse et de spéculation personnelle, à l'instar de Chlomo qui s'était dit : « Moi, j'en prendrai beaucoup sans dévier », et sachant que toute sagesse demeure un don d'Hachem. « En mon cœur j'ai enfoui Ta parole afin de ne pas fauter envers Toi » - le remède au manque inhérent à la nature humaine est d'inscrire les paroles divines sur la table de son cœur, qui est la force directrice, à l'exemple de David dont le cœur battit aussitôt de remords ; et quiconque règne sur son microcosme intérieur saura régner sur le grand monde. Enfin, « Béni sois-Tu, Hachem, enseigne-moi Tes décrets » - même au moment où l'on a failli en entamant par mégarde une bénédiction, il reste possible de la conclure par ce verset pour être délivré de la faute.