Selon l'approche du Malbim, ce psaume a été composé au sujet du roi Hizkiyahu, lors du siège de Jérusalem ainsi qu'au moment de sa maladie, lorsqu'il lui fut annoncé : « Tu vas mourir et tu ne vivras point ». À partir des versets qui s'ouvrent devant nous, nous atteignons le sommet du psaume : la louange et la reconnaissance. De la prise de conscience qu'Hachem a maintenu l'homme en vie, jusqu'à la sortie vers les portes du Temple pour raconter les hauts faits de Dieu et Lui rendre grâce. Suivons l'ordre des versets.
לֹא־אָמוּת כִּי־אֶחְיֶה וַאֲסַפֵּר מַעֲשֵׂי יָהּ׃ - Je ne mourrai pas, mais je vivrai, et je raconterai les œuvres de Dieu.
Rachi vient résoudre ici une difficulté simple : que signifie « je ne mourrai pas » ? Il n'existe pourtant aucun être humain qui ne meure pas, et la fin de tout homme est la mort. Mais, explique Rachi, c'est la communauté d'Israël (Knesset Israël) qui s'exprime ici : ma mort ne sera pas semblable à celle des nations, dont la mort est éternelle ; au contraire, « je vivrai » - nous avons l'assurance de la résurrection des morts, je me relèverai et je raconterai les œuvres de Dieu.
Ibn Ezra explique ce verset dans la continuité des versets précédents : puisque nous avons vu que « la droite de l'Éternel est exaltée, la droite de l'Éternel déploie sa force », et que je m'abrite à l'ombre de Sa droite en plaçant ma confiance en Lui, je ne mourrai pas sous les coups de l'ennemi au combat. La droite du Saint béni soit-Il me confère la vaillance dans ma lutte contre mes adversaires. De même, le Radak commente : je ne mourrai pas comme ils voulaient me faire mourir et me faire disparaître du monde. Le roi David, qui eut tant de persécuteurs, s'écrie : je ne mourrai point par la main de tous ces ennemis qui en veulent à ma vie, mais je vivrai et raconterai les hauts faits et les merveilles qu'Hachem a accomplis pour moi.
On trouve ici une allusion au devoir de celui qui a bénéficié d'un miracle : il doit relater son miracle et le publier. Si j'ai atteint cet état de « je ne mourrai pas, mais je vivrai », où Hachem m'a délivré et a racheté mon âme de la mort à la vie, il convient désormais d'aller raconter les œuvres de Dieu et de proclamer les louanges du Créateur du monde.
Le Malbim explique : désormais, je sais avec certitude que je ne mourrai pas. Le roi Hizkiyahu, à qui l'on avait déjà signifié « tu vas mourir et tu ne vivras point », dit : je constate que le Saint béni soit-Il m'a guéri et m'a rendu la vie - et dans quel but ? Afin que je raconte les œuvres de Dieu et que je fasse connaître Son Nom dans le monde. Dès lors, si je suis resté en vie pour proclamer Ses hauts faits, et que « ce ne sont pas les morts qui louent Dieu », que servirait-il à Hachem de me faire mourir ? En tant que mort, je ne puis relater Ses merveilles. Il faut donc nécessairement conclure que le Saint béni soit-Il désire que je continue à vivre pour Le louer et témoigner des miracles qu'Il a opérés envers moi.
יַסֹּר יִסְּרַנִּי יָּהּ וְלַמָּוֶת לֹא נְתָנָנִי׃ - Dieu m'a durement châtié, mais Il ne m'a pas livré à la mort.
Le deuxième point souligné par le Malbim est le suivant : en échange de la mort, Dieu m'a éprouvé par des souffrances. En effet, Celui qui dispense la vie ne frappe pas d'abord l'âme elle-même, mais commence par envoyer des épreuves à l'homme. Ici, Hizkiyahu déclare : puisque j'ai été sauvé de la mort, je sais que je vivrai - et pourquoi ? Parce que ma condamnation à mort a été expiée par les souffrances que j'ai endurées. « Dieu m'a durement châtié », et par là même « Il ne m'a pas livré à la mort » - du fait qu'Hachem m'a affligé, Il a accepté mes souffrances en rançon de ma mort, et c'est par ces épreuves qu'Il m'a sauvé du trépas.
On a déjà évoqué l'histoire de ce Juif venu trouver un Admour pour lui exposer sa situation matérielle désespérée ; ayant un frère fortuné en mesure de lui venir en aide, il lui demandait s'il convenait de s'adresser à lui. L'Admour lui répondit : « Mon conseil est de ne pas te tourner vers lui ». L'homme insista : « Mais Rabbi, il est riche, il a largement de quoi m'aider ! ». Le maître répéta : « Ne t'adresse pas à lui ». Quelque temps plus tard, sa détresse s'étant encore aggravée, son épouse le pressa de retourner voir le Rabbi pour lui expliquer à quel point ce frère pouvait le soulager sans le moindre effort. Il retourna consulter l'Admour, qui lui redit : « Mon conseil demeure : ne t'adresse pas à lui ». La troisième fois, alors que la situation était devenue intenable, le Rabbi lui déclara : « Je t'ai dit ce que j'avais à dire. Si tu le désires, agis selon ton jugement, mais je t'ai donné un bon conseil ». Ne pouvant plus résister aux pressions de son foyer, l'homme sollicita son frère qui, comme prévu, lui vint généreusement en aide. Quelque temps après, il tomba gravement malade et se trouva aux portes de la mort. Il envoya alors un messager à l'Admour, craignant d'avoir encouru une rigueur pour avoir agi à l'encontre de sa directive. L'Admour expliqua : « Il n'y a ici aucune rigueur de ma part. La mort avait simplement été décrétée contre cet homme, or le pauvre est considéré comme mort - "Dieu m'a durement châtié, mais Il ne m'a pas livré à la mort". Le Saint béni soit-Il l'éprouvait par la pauvreté, et je lui disais : "N'y touche pas, il vaut mieux pour toi supporter cette pauvreté et endurer cette souffrance", mais il ne m'a pas écouté. À présent, ajouta-t-il, je ne peux plus rien faire ». Manifestement, le Ciel ne lui avait pas permis d'exprimer les choses explicitement. Il arrive souvent qu'il soit permis de faire une allusion, sans qu'il soit accordé de dévoiler le décret, faute de quoi le tsaddik révélerait à chacun les secrets de sa destinée. Et lorsque le Ciel interdit de dévoiler, même s'il s'agit d'une question de vie ou de mort, l'interdiction demeure absolue.
Le Malbim explique encore au sujet de « Je ne mourrai pas, mais je vivrai » : je ne meurs pas de la mort de l'âme - et pourquoi ? Parce que je raconte les œuvres de l'Éternel. Par la suite, ses fautes ont été expiées par les souffrances qu'il a endurées, et grâce à cela, il a également mérité la vie corporelle. Les jours où j'étais dans le malheur - ce n'était qu'une réprimande dont Hachem m'a châtié pour me purifier de mes fautes ; Il ne voulait pas me faire mourir, mais me purifier, et c'est pourquoi « L'Éternel m'a durement châtié, mais Il ne m'a pas livré à la mort ».
Remarquez que nous lisons « Yisseranni » (יִסְּרַנִּי) avec un daguech. Comme nous l'avons mentionné à plusieurs reprises, lorsque deux Noun doivent se succéder - un Noun de la racine et un Noun de la déclinaison - on écrit un seul Noun muni d'un daguech, et ce Noun accentué remplace les deux Noun. Ici aussi, la forme théorique aurait dû être « Yissarenani », mais le texte emploie « Yisseranni » avec un seul Noun daguech.
L'auteur des Téhilot Maharits ajoute : bien que « l'Éternel m'ait durement châtié », Hachem ne m'a pourtant pas conduit à une situation où je préférerais la mort à la vie. Cela résout la redondance apparente : tu as déjà dit « Je ne mourrai pas, mais je vivrai », alors pourquoi répéter « et Il ne m'a pas livré à la mort » ? C'est que parfois, un homme traverse des épreuves sans atteindre le trépas, mais il en vient à désirer la mort. Chez qui voyons-nous cela ? Chez Job : « Pourquoi ne suis-je pas mort dès le sein maternel ? », « Pourquoi mon placenta ne s'est-il pas retourné sur mon visage ? ». Ainsi s'exprime l'auteur : bien que j'aie subi de rudes souffrances, ce n'étaient pas des peines telles que j'en vienne à prier pour mourir. « Et Il ne m'a pas livré à la mort » - Hachem ne m'a pas conduit à ce degré d'épreuve où l'on aspire à la mort.
L'auteur du Ben Ich 'Haï relève une nuance dans l'enchaînement des versets : « L'Éternel m'a durement châtié » suivi de « Ouvrez-moi les portes de la justice, j'y entrerai, je louerai l'Éternel ». Le verset vient nous enseigner que c'est par les épreuves que « s'ouvrent à moi les portes de la justice » - au pluriel. Quelles sont-elles ? Il y a deux choses qui s'acquièrent par les souffrances : Erets Israël et le Monde futur. Parce que « l'Éternel m'a châtié », ces deux portes me sont devenues accessibles : les portes d'Erets Israël et celles du Monde futur. Dans le Monde futur, on reçoit le capital, et en Erets Israël, ici-bas dans ce monde, on en consomme les fruits.
פִּתְחוּ־לִי שַׁעֲרֵי־צֶדֶק אָבֹא־בָם אוֹדֶה יָהּ׃ - Ouvrez-moi les portes de la justice : j'y entrerai, je rendrai grâce à l'Éternel.
Rachi explique que ces « portes de la justice » correspondent à ce que déclare le verset suivant : « Voici la porte de l'Éternel, les justes y entreront ». Ibn Ezra commente : Hachem m'a sauvé et je me dois de Lui rendre grâce, et telle est la justice - ce sont les portes de la reconnaissance, car selon la justice, envers quiconque m'a fait du bien, je dois faire preuve de gratitude et le remercier pour le salut accordé.
Le Malbim explique qu'il s'agit ici du roi et des justes qui l'accompagnaient - le roi 'Hizkiyahu et sa suite - arrivant au Beth Hamikdache pour offrir des sacrifices d'action de grâce pour le salut que le Saint, béni soit-Il, leur a accordé. Il ordonne aux gardiens du Temple de lui ouvrir les « portes de la justice », c'est-à-dire les portes du Beth Hamikdache. Et pourquoi les appelle-t-il « portes de la justice » ? Parce qu'après que la délivrance lui est parvenue au moyen des souffrances, Hachem a agi envers lui selon l'attribut de justice, conformément à ses actes, et non par le pur attribut de 'hessed. La conduite de 'hessed consiste à agir en deçà de la stricte rigueur, à faire preuve de bonté envers toi alors même que tu mériterais le jugement ; la conduite de justice signifie agir conformément à ce qui est dû selon la loi. Et ici : certes, « je ne mourrai pas », Il ne m'a pas conduit à la mort, mais Il ne m'a pas non plus exonéré - « l'Éternel m'a durement châtié », des épreuves, j'en ai effectivement reçues. On constate donc que l'on n'a pas agi envers moi par 'hessed mais selon la justice, car la justice exige que j'expie ce que j'ai commis et que je subisse des souffrances. C'est pourquoi : « Ouvrez-moi les portes de la justice » - les portes du Beth Hamikdache, où j'entrerai pour louer Hachem d'avoir agi envers moi avec justice, selon mes actes, et de ne pas m'avoir, en fin de compte, livré à la mort.
זֶה־הַשַּׁעַר לַיהֹוָה צַדִּיקִים יָבֹאוּ בוֹ׃ - Voici la porte de l'Éternel, les justes y entreront.
אוֹדְךָ כִּי עֲנִיתָנִי וַתְּהִי־לִי לִישׁוּעָה׃ - Je Te rends grâce car Tu m'as exaucé, et Tu as été pour moi le salut.
Rachi explique : c'est la porte du Beth Hamikdach, qui appartient à l'Éternel, et les justes y entreront, et là-bas « Je Te rends grâce car Tu m'as exaucé » - Tu m'as répondu et Tu m'as délivré de l'exil. Et le Radak commente : « Voici la porte de l'Éternel » - la gloire, la louange et la magnificence n'appartiennent qu'à Hachem béni soit-Il ; à Lui seul il convient de rendre grâce. C'est pourquoi « les justes y entreront » - ils viendront remercier Hachem pour tout ce qu'Il a fait pour eux, tout comme je viens moi-même Le remercier en cet instant.
Et de là, nous apprenons qui est véritablement le tsaddik : celui qui sait remercier Hachem pour tout ce qu'Il lui dispense et lui accorde. Cela peut paraître facile à nos yeux, mais réfléchissons : combien de fois l'homme remercie-t-il sincèrement Hachem pour ce qu'il traverse ? Il ne s'agit pas des moments de la journée où nous récitons des textes convenus, mais de s'arrêter véritablement et de dire : merci, Maître du monde, de m'avoir donné une épouse, de m'avoir donné des enfants, de m'avoir accordé un foyer, un véhicule, de quoi vivre, un endroit où étudier la Torah, et l'intelligence nécessaire pour approfondir Ta Torah. Combien de fois un homme exprime-t-il cette simple gratitude pour ce que tant d'autres n'ont pas ? Beaucoup de personnes vivent dans une angoisse permanente, et baroukh Hachem, ce n'est pas notre cas. Beaucoup manquent d'habits pour se vêtir et vivent dans une misère effroyable, et baroukh Hachem, nous en avons. Beaucoup n'ont pas de toit, et baroukh Hachem, nous en possédons un. Si l'on prend la mesure de tout ce pour quoi nous devons remercier, cela n'a aucune limite. Et c'est là le sens de « les justes y entreront » : le tsaddik est celui qui rend sincèrement grâce à Hachem pour toute l'abondance qu'Il déverse sur lui.
Nous avons déjà rappelé à plusieurs reprises que lorsqu'un homme est reconnaissant, il devient un réceptacle pour la bénédiction. Après tout, chacun d'entre nous prend plaisir à donner et à combler celui qui sait se montrer reconnaissant. En revanche, face à cet enfant qui, quoi qu'on lui offre, récrimine constamment : « Pourquoi a-t-on donné davantage à l'autre ? Pourquoi m'a-t-on donné l'objet abîmé ? Pourquoi dois-je toujours récupérer des choses de seconde main ? » - on n'a plus aucun désir de lui faire plaisir, car il est toujours mécontent, se plaint sans cesse et n'est jamais satisfait. Mais pour l'enfant qui dit toujours : « Merci papa, merci maman », on éprouve un bonheur immense à donner. De même, le Saint, béni soit-Il, donne et accorde Ses bienfaits à celui qui sait remercier et reconnaître le bien reçu, et telle est la conduite providentielle du monde.
Et pour celui qui a du mal à trouver les mots, en voici l'orientation générale, à formuler ensuite du fond du cœur : merci pour les myriades et myriades de fois où Tu m'as soutenu, épaulé, sauvé, délivré, réjoui, guéri, préservé et encouragé. Merci de me donner la force d'accomplir des mitsvot, la force de faire de bonnes actions, la force de prier. Merci d'être toujours avec moi. Merci pour toutes les fois où Tu m'as secouru sans même que je ne sache Te remercier. Merci pour les bontés que Tu m'accordes à chaque instant, merci pour chaque souffle que je respire. Merci à Toi, Roi des rois de tous les rois, même pour les choses qui me manquent. Merci pour les difficultés que je traverse parfois, merci pour les moments de tristesse, car tout est pour mon bien. Même si je ne le discerne pas toujours, je sais au fond de mon cœur que tout ce qui émane de Toi est la meilleure chose qui soit pour moi, voulue spécialement à mon intention, selon une providence particulière d'une précision et d'une perfection absolues, comme seul le Roi des rois sait en déployer. Merci pour les moments difficiles, car ce n'est qu'ainsi que je puis apprécier le bien, et ce n'est qu'après avoir goûté à l'obscurité que l'on peut chérir la lumière. Merci pour la vie merveilleuse que Tu m'as donnée, merci pour le moindre détail que je possède, car c'est Toi seul qui me l'as accordé et nul autre. Merci d'écouter perpétuellement mes prières. Créateur du monde, je Te demande pardon du plus profond de mon être si j'ai parfois manqué d'estime pour ce que Tu m'as donné et si, au lieu de Te remercier, je me suis contenté de me plaindre. Je ne suis que poussière et cendre, et Tu es le Maître de tout l'univers - de grâce, ne T'éloigne jamais de moi.
À propos de la gratitude et de la récitation des Téhilim, le rav Biederman rapporte que l'épouse de l'un des premiers maîtres hassidiques de Loubavitch ne maîtrisait pas le Lashon Hakodech. Elle récitait les Psaumes de manière hésitante, butant sur les mots et les modifiant sans cesse. Un jour, elle confia à son fils, devenu grand, son incompréhension : elle récitait les Téhilim avec tant de constance et de ferveur, et pourtant, elle ne parvenait pas à les retenir par cœur. Il lui répondit : « Maman, comment veux-tu les retenir ? Chaque fois, tu lis un texte différent ; tes erreurs ne sont jamais les mêmes, il n'y a aucune régularité ! » Quelque temps plus tard, la Rabbanite demanda à son époux s'il y avait encore un sens à continuer ainsi, puisque son fils lui avait fait observer qu'elle se trompait sans arrêt. L'Admor fit immédiatement venir son fils et lui dit fermement : « Comment peux-tu t'exprimer ainsi ? Comment oses-tu parler ainsi à ta mère ? Sache que toute ma réussite à Pétersbourg découle uniquement des Téhilim que lit ta mère - tout mon succès provient de ses prières ! » Certes, nous ne devons pas rechercher les erreurs, mais quoi qu'il en soit, même une lecture imparfaite est infiniment précieuse aux yeux d'Hachem : ne lis pas vediglo alaï ahava (« sa bannière sur moi est amour »), mais lis vedilougo alaï ahava (« même ses hésitations et ses faux pas me sont chers »).
Le Malbim ajoute, au sujet de « Voici la porte de l'Éternel » : comme nous l'avons expliqué, le roi se rendait au Beth Hamikdach pour témoigner sa gratitude, et il s'y trouvait une porte spécialement réservée au souverain, par laquelle lui seul entrait, comme nous l'enseigne le livre de Yé’hezkel au chapitre 44. Et à présent, il déclare : « les justes y entreront » - signifiant qu'il autorisait les justes à pénétrer avec lui par la porte royale pour aller louer Hachem béni soit-Il. Il s'agit ici de Hizkiyahou, venu rendre grâce pour le miracle de sa délivrance.
L'auteur de Tehilot Maharits fait une remarque subtile : il est d'abord dit « j'y entrerai, je louerai Yah » (odeh Yah), puis « c'est ici la porte de l'Éternel » avec le Nom complet (le Tétragramme). Pourquoi mentionne-t-on d'abord le Nom « Yah », puis ensuite le Tétragramme ? Parce que, parfois, la délivrance est d'abord modeste, elle arrive difficilement, au compte-gouttes - et il faut aussi en rendre grâce et chanter des louanges pour elle. « Ceux qui connaissent Ton Nom se confient en Toi, car Tu n'abandonnes pas ceux qui Te cherchent, Éternel » - ceux qui connaissent Ton Nom savent que, parfois, la délivrance n'est que partielle, ne se manifestant que par une fraction du Nom divin.
Ajoutons ici un repère précieux : tout le monde sait que le Tétragramme incarne la miséricorde (Ra'hamim), tandis que le Nom Elo-kim incarne la rigueur (Din). Pourtant, la moitié de chacun de ces Noms exprime l'exact opposé. Elo-kim est la rigueur, mais El, qui en forme le début, incarne la bonté absolue - « la bonté de Dieu ('Hessed El) est permanente », « Dieu miséricordieux et compatissant (El ra'houm ve-'hanoun) », l'un des treize attributs de miséricorde. À l'inverse, le Tétragramme représente la miséricorde, mais sa première moitié, Yah, relève déjà des rigueurs. Le Nom Yah exprime le jugement, et le jugement signifie la restriction (tsimtsoum), alors que la miséricorde et la bonté se traduisent par une abondance généreuse. Dès lors, même si l'on commence par « je louerai Yah », qui ne correspond qu'à la dimension restreinte de Yah, on remercie néanmoins l'Éternel pour cette délivrance, fût-elle partielle. Et même si la délivrance complète viendra au terme du processus, on n'attend pas son achèvement pour exprimer sa gratitude : on remercie dès à présent. « Ceux qui connaissent Ton Nom se confient en Toi, car Tu n'abandonnes pas ceux qui Te cherchent, Éternel » - ils se confient en Toi en sachant qu'à la fin, Tu répandras sur eux le flux du Tétragramme, c'est-à-dire les immenses bontés ; et par cette confiance accordée dès le commencement, ils renforcent l'action de la cour céleste pour qu'Hachem leur accorde une bénédiction débordante.
Le Rav Assouline zts"l rapporte dans son ouvrage Maayan Ganim que cette idée se manifeste avec éclat chez Éliézer. Lorsqu'il part chercher une épouse pour Isaac, le fils de son maître, on le voit à chaque étape s'incliner et se prosterner : à chaque moment charnière, il rend grâce. À peine rencontre-t-il la jeune fille, avant même que l'histoire ne se noue véritablement, qu'il se prosterne déjà pour remercier Hachem. L'auteur développe là-bas tout un enseignement : l'homme doit remercier Hachem même pour un bien partiel. Nous avons l'habitude de penser que si une chose n'est pas parfaite, il vaut mieux attendre son plein accomplissement. C'est une erreur : y a-t-il un commencement ? Remercie, Maître du monde, même pour une part du bienfait, et la reconnaissance pleine et entière viendra couronner l'ensemble au dénouement. Le Rav ajoute : par le fait même de rendre grâce pour une fraction du bienfait, « je louerai Yah », sache que tu donnes la force à la cour céleste d'accroître l'influence divine et d'amener la délivrance totale et parfaite. C'est le sens de : « Ouvrez-moi les portes de la justice, j'y entrerai, je louerai Yah » - même si je n'ai pas encore la délivrance complète, je louerai néanmoins Yah, pour ce salut encore partiel ; et c'est cela même qui constitue « la porte de l'Éternel » : ce sera la porte qui permettra d'amener la délivrance plénière sous l'égide du Tétragramme, pour que le Nom divin soit complet. De quelle manière ? En remerciant d'abord pour le peu, on mérite de recevoir la délivrance entière, car l'abondance céleste se déverse à proportion de la gratitude déjà manifestée au départ.
On explique également, selon ce qu'écrit le saint Chlah, que la prière individuelle se heurte à de nombreux accusateurs dans le Ciel, ce qui n'est pas le cas de la prière collective : « Certes, Dieu est puissant, Il ne méprise personne », et nos Sages enseignent que la prière de la communauté est toujours agréée. C'est ce que signifie : « Ouvrez-moi les portes de la justice, j'y entrerai » - « les portes de la justice » est au pluriel, évoquant ces nombreux portails par lesquels les suppliques doivent tenter de passer, et cela concerne la prière solitaire (« j'y entrerai », au singulier). En revanche, pour la prière communautaire : « C'est ici la porte de l'Éternel » - un seul portail suffit pour élever la prière jusqu'à Hachem béni soit-Il, dès lors que « les justes y entreront ». S'il y a des tsaddikim réunis pour prier, une seule porte suffit amplement. Mais lorsque « j'y entrerai » seul, même à travers les multiples portes de la justice, l'accès demeure incertain, et je dois supplier qu'elles s'ouvrent, car elles ne sont pas nécessairement accessibles à la prière d'un homme isolé. Tandis que face à des justes réunis en grand nombre, une seule issue suffit pour que leur prière soit accueillie.
On mesure ainsi l'immense portée de la prière en communauté (téfila be-tsibbour). C'est pourquoi nos textes enseignent que lorsqu'un homme prie seul, on ouvre ses dossiers au Ciel. Pourquoi ? Quels mérites s'attribue-t-il donc, pour prétendre se dispenser de la force du collectif et imaginer que sa prière montera directement sans l'appui de la communauté ? La hantise de tout chef d'entreprise est de faire l'objet d'un contrôle fiscal imprévu, où les agents déclarent « vouloir simplement vérifier » - catastrophe, on épluche toute sa comptabilité ! On nous avertit : celui qui prie seul voit ses livres de comptes ouverts. Cela ne signifie pas qu'il doive s'abstenir de prier s'il n'a pas de minyan - faute de quorum, il priera seul, mais il doit déployer tous ses efforts pour prier avec minyan.
Certes, le cas de force majeure existe. Mais la véritable question est de définir ce qui constitue réellement un empêchement légitime (anouss), car l'homme a vite fait de tout qualifier de cas de force majeure : « Je suis rentré du travail épuisé ». Pourtant, si on lui promettait sur-le-champ un gain de cinq cents shekels, il s'exclamerait : « Aucun problème, je reste encore un quart d'heure ! » Pour cinq cents shekels, il trouve un quart d'heure, mais pour la prière d'Arvit, il n'en dispose pas. Il faut donc scruter honnêtement la définition de la contrainte. De même pour celui qui voyage à l'étranger et se retrouve dans des situations inextricables : qui lui a ordonné de partir ? Son épouse le lui a demandé. Et si tu as écouté la voix de ta femme, c'est là que tout a commencé ; après tout, la condition humaine dans laquelle nous nous trouvons a débuté par : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme ».
Ces versets nous enseignent la voie de la reconnaissance. « Je ne mourrai point, mais je vivrai, et je raconterai les œuvres de Yah » - le Saint, béni soit-Il, maintient l'homme en vie pour qu'il témoigne de Ses merveilles, et quiconque bénéficie d'un miracle se doit de le proclamer. « Yah m'a durement châtié, mais Il ne m'a pas livré à la mort » - les souffrances se substituent à la mort, elles expient et purifient, sans jamais atteindre le degré où l'âme souhaiterait périr ; par elles s'ouvrent les portes d'Erets Israël et celles du monde futur. « Ouvrez-moi les portes de la justice » - les portes du Temple, où l'on vient rendre grâce pour la justice divine qui ne laisse rien passer, mais qui préserve la vie. « C'est ici la porte de l'Éternel, les justes y entreront » - et qui est le juste ? C'est celui qui remercie Hachem pour chaque bienfait reçu, et même pour une grâce encore partielle, « je louerai Yah » ; cette louange modeste devient elle-même le portail vers la délivrance complète au Nom du Tétragramme. Enfin, nous avons appris la force souveraine de la prière collective, à laquelle une seule porte suffit, et l'impérieuse obligation de s'efforcer toujours de prier avec minyan.