Nous poursuivons l'étude du chapitre 116 des Téhilim. Ce psaume faisant partie du Hallel, on remarquera l'abondance extraordinaire de commentaires à son sujet : quiconque a rédigé une explication de la Haggadah de Pessa'h ou du Siddour a également commenté le Hallel, si bien que ces versets ont suscité de très nombreux enseignements homilétiques. Nous allons parcourir les versets dans leur ordre, à la lumière de Rachi, du Radak et du Malbim, tout en y intégrant les drachot de nos Sages et les leçons de moussar qui s'en dégagent.
אֶתְהַלֵּךְ לִפְנֵי יְהֹוָה בְּאַרְצוֹת הַחַיִּים׃ (ט) - Je marcherai devant l'Éternel sur les terres des vivants.
Rachi explique que « les terres des vivants » désignent la terre d'Israël. Les ennemis avaient chassé David d'Erets Israël, le contraignant à errer, à trouver refuge auprès d'Akhich, roi de Gat, et à fuir hors de la terre sainte, l'empêchant de s'attacher à l'héritage de l'Éternel. À présent, il s'exclame : je marcherai devant l'Éternel sur les terres des vivants ; je reviens ici, sur la terre de la vie, en Terre sainte, en Erets Israël.
Le Radak explique que ce verset a été prononcé sous forme de prière : puissé-je encore marcher devant l'Éternel en terre d'Israël, là où réside la Chekhina. David l'a exprimé alors qu'il était exilé parmi les Philistins, hors du pays, espérant et priant d'avoir le mérite de regagner la Terre sainte. Erets Israël est appelée « terre de vie », tout comme elle est qualifiée de « terre de splendeur » (Erets Tsvi) ou de « terre de délice », étant la plus désirable de toutes les contrées. Ceux qui y résident vivent en bonne santé - le terme « vie » renvoyant ici à la santé, comme dans l'expression biblique « jusqu'à leur guérison » (ad 'hayotam). Pourquoi est-elle appelée terre de vie ? Parce que son air est supérieur à celui de toutes les contrées, comme l'enseigne la Guémara dans Baba Batra 158b, et selon le verset « Belle contrée, allégresse de toute la terre » ; il est également dit à son sujet : « Aucun habitant ne dira : je suis malade » - quiconque réside à Jérusalem ne dit pas qu'il est souffrant, car c'est un lieu de santé et de vitalité. Erets Israël est le lieu même de la vie. Nos Sages enseignent également qu'elle est appelée terre de vie parce que les morts d'Erets Israël revivront lors de la résurrection des morts ; d'autres expliquent que l'expression « terres des vivants » fait écho au verset précédent « car Tu as délivré mon âme de la mort » : c'est en ce lieu qu'il s'est relevé, et c'est pourquoi cet endroit est appelé terre de vie.
Le Radak rapporte également l'enseignement de nos Sages dans le traité Pessa'him (118b), selon lequel ce verset fait allusion au fait qu'il marchera devant les justes lors de la résurrection des morts. De même, nos Sages ont expliqué par voie d'homélie que l'expression « Erets Tsvi » (terre de la gazelle) fait référence à la peau de la gazelle : lorsqu'elle recouvre l'animal, la peau a une certaine dimension, mais si on la retire, elle paraît bien plus petite. Pourquoi ? Parce que tant qu'elle est sur la gazelle, elle est étirée. Ce n'est pas comme une vache, dont la peau est lâche ; chez la gazelle, la peau est extrêmement tendue, et dès qu'on la dépouille, elle rétrécit. Il en va de même pour la terre d'Israël : lorsque ses habitants s'y trouvent, elle s'élargit pour les accueillir, et lorsqu'ils en sont absents, elle se contracte.
Le Malbim explique : désormais, tant que je serai sur les terres des vivants et que je vivrai, je marcherai constamment devant l'Éternel. Que signifie « je marcherai devant l'Éternel » ? Comme il est écrit : « Marche devant Ma face et sois intègre » - telle est la voie des justes, attachés au Maître du monde, marchant sans cesse à Sa lumière et vivant selon Sa parole. Je marcherai devant l'Éternel lorsque je me trouverai sur les terres des vivants, dans ce lieu où je jouirai d'une pleine vitalité, bien loin du danger mortel auquel j'étais exposé hors de la Terre sainte.
הֶאֱמַנְתִּי כִּי אֲדַבֵּר אֲנִי עָנִיתִי מְאֹד׃ (י) - J'avais foi quand je disais : « J'ai été très affligé ».
Rachi explique que ce verset fait référence aux propos de Tsiba. Tsiba avait prétendu que Mefibochet se réjouissait de la révolte d'Avchalom contre David, dans l'espoir de voir la royauté revenir à la maison de Chaoul dont il descendait - ce qui était un pur mensonge. En réalité, Mefibochet avait demandé à Tsiba, qui était son serviteur (un intendant d'importance, qui possédait lui-même des serviteurs), de lui seller son âne afin d'aller accueillir le roi David. Au lieu de cela, Tsiba s'était enfui, avait rejoint David et avait calomnié Mefibochet. Trompé par ce récit, le roi David avait alors décrété que tous les biens de Mefibochet reviendraient à Tsiba ; David commit là une erreur, car il lui était interdit de trancher en n'écoutant qu'une seule partie.
Plus tard, Mefibochet se présenta devant le roi et montra qu'il n'avait ni taillé sa moustache ni entretenu ses ongles en signe de deuil depuis que David avait été chassé de son royaume, témoignant de sa profonde douleur face au sort du souverain. Il raconta qu'il avait prié Tsiba de lui bâter son âne, mais que celui-ci s'était dérobé. Ne sachant où se trouvait la vérité, le roi David trancha en disant : « Toi et Tsiba, vous partagerez les terres », ordonnant ainsi la division des biens. Nos Sages enseignent qu'à la suite de ce verdict injuste - car Mefibochet était innocent et rien ne justifiait de le dépouiller d'une partie de ses biens -, une voix céleste (Bat Kol) retentit et proclama : « Re'hav'am et Yarov'am se partageront le royaume ». C'est ainsi que fut décrétée la scission de la royauté d'Israël, et nous avons déjà évoqué dans les enseignements sur la Paracha combien ces événements sont intimement liés.
D'après cela, le verset s'explique ainsi : « J'ai cru car je parlerai » - j'ai cru aux paroles de Tsiva lorsqu'il a prétendu au sujet de Méphibosheth que celui-ci attendait de voir ma mort pour redevenir roi. Et lorsque j'ai prononcé ce que j'ai dit, « j'ai été grandement affligé » - j'ai tenu des propos durs et j'en ai été châtié.
אֲנִי אָמַרְתִּי בְחׇפְזִי כׇּל־הָאָדָם כֹּזֵב׃ (יא) - Je disais dans ma précipitation : Tout homme est trompeur. (11)
Lorsque je fuyais avec précipitation devant Avshalom révolté contre moi, je me suis dit : « Tout homme est trompeur » - tout être humain trahit celui qui l'aime. Je voyais mon propre fils me trahir et chercher à me tuer, et tout Israël me rendre le mal pour le bien. C'est ce qui m'a conduit à prêter foi aux paroles de Tsiva : si tout homme est trompeur, Méphibosheth l'est aussi, et ce qu'on rapporte sur son désir de venir à ma rencontre et sur son deuil suite à la perte de ma royauté n'est que mensonge. C'est pourquoi j'ai cru Tsiva, et j'ai dit une parole que je n'aurais pas dû prononcer ; je l'ai dite dans ma précipitation.
Rachi rapporte encore une autre explication au terme « dans ma précipitation », comme nous l'avons expliqué plus haut au sujet du « Rocher des divisions » (Sèla Hamahlekot), lorsque Shaoul et ses hommes encerclèrent David de toutes parts. Il dit alors : tout homme est trompeur - même le prophète Shmouel, pourtant prophète fidèle, reconnu et renommé dans tout Israël, dont nul ne mettait en doute les prophéties. J'en suis venu à dire que même Shmouel trompait, car Shmouel m'avait promis que je serais roi, et voilà que Shaoul est sur le point de me tuer ! C'est alors que le Saint, béni soit-Il, lui envoya un sauvetage miraculeux, et il comprit par là que tout homme n'est pas trompeur.
Le Radak explique : « J'ai cru car je parlerai » - j'avais une immense foi lorsque je parlais au moment où j'étais grandement affligé. « J'ai été affligé » signifie que j'étais tourmenté au moment de ma fuite. Et dans ma précipitation, comme il est écrit : « et David se hâtait de partir », j'ai dit : tout homme est trompeur - quiconque affirme que j'obtiendrai la royauté a menti, car regarde combien je suis tourmenté et pourchassé, il n'y a aucune chance que j'accède au trône.
Le Radak pose une question : n'est-il pas écrit dans le Psaume 31 : « Et moi, je disais dans ma précipitation : Je suis retranché de devant Tes yeux » ? Il explique : au moment de la précipitation et de l'angoisse, David craignait de périr sous les mains de Shaoul ; puis il se ressaisit et se dit : ce n'est pas concevable, Hachem m'a pourtant promis la royauté, et si je suis tué maintenant par Shaoul, comment Sa parole s'accomplira-t-elle ? J'ai foi en Lui, bien que je sois en grand danger et que les chances semblent minimes. C'est-à-dire qu'au début il a dit « Je suis retranché de devant Tes yeux » - j'ai pensé que tout était fini, que j'avais perdu toute chance ; mais l'aboutissement de sa réflexion fut la foi. « Je disais dans ma précipitation : Tout homme est trompeur » - ce ne fut que sous le coup de la panique, au moment du péril. Mais à présent, après y avoir réfléchi à deux fois, je retrouve ma foi : « J'ai cru car je parlerai » - j'ai bien foi que le Saint, béni soit-Il, me rétablira sur le trône.
Nous tirons d'ici un grand enseignement. Souvent, nous observons les grands maîtres et nous imaginons que leurs niveaux spirituels ont été acquis sans peine. Rav Yitzhak Hutner faisait remarquer que l'on ne parle pas suffisamment des échecs des grands ; on a toujours l'impression qu'ils ont réussi dès leur plus jeune âge. Or, si nous savons que le Tsadik lui aussi - « Sept fois le juste tombe et se relève » - a connu des chutes et a su se relever, a traversé des épreuves et les a surmontées, il nous sera bien plus facile d'appliquer ces leçons à nous-mêmes : je suis confronté à des épreuves, il m'arrive parfois de chuter, mais je peux également me surmonter, car voilà, le Tsadik n'est pas devenu un Tsadik en un instant ; lui aussi a connu des chutes et des reproches de la rigueur divine.
Le roi David en est venu à un moment de défaillance dans sa foi, au point de dire « Je suis retranché de devant Tes yeux » - c'en est fini, je n'ai plus aucune chance de régner. Pourtant, il s'est renforcé dans la foi en ce moment si éprouvant, il s'est redressé et a livré combat : « J'ai cru car je parlerai », bien que j'aie été grandement affligé, et bien que dans ma précipitation j'aie dit que tout homme est trompeur - j'ai fortifié ma foi, et voici qu'Hachem m'est venu en aide. Cela vient nous enseigner que les Tsadikim ont eux aussi des épreuves ; la différence réside dans le fait que le méchant voit l'épreuve et s'enfuit, tandis que le Tsadik voit l'épreuve et lui fait face. Et même si l'on tombe, on se bat à nouveau. C'est uniquement par cette voie qu'un homme peut réussir et progresser.
Et ici, il faut ajouter un point qui concerne notre époque. Les questions que nous nous posons proviennent elles aussi de cette même attitude du « c'est ma force et la puissance de ma main » qui nous a conduits jusqu'ici, et dont nous ne sommes pas encore sortis. Quelle est cette ligne de pensée ? Il y a un cessez-le-feu, alors quoi, nous ne faisons rien, nous n'anéantissons pas le Hamas - mais attendez, est-ce vraiment vous qui anéantissez le Hamas ? Nous devons changer d'état d'esprit et comprendre que nous sommes entre les mains du Créateur, béni soit-Il. Et si le Saint, béni soit-Il, a créé une telle situation, réellement impossible, où l'on ne peut pas à la fois le frapper et sauver nos concitoyens, il faut comprendre que telle est la volonté du Créateur, béni soit-Il. C'est à cela que nous devons faire face, en priant le Saint, béni soit-Il : « C'est Moi qui mène les guerres » - Maître du monde, mène Toi-même ce combat, et fais en sorte que dans toute cette situation impossible, nous soyons victorieux. Mais dire « si je ne les frappe pas » - qui êtes-vous ? C'est cette même conception erronée de notre force et de notre puissance, l'idée que Tsahal accomplira et que Tsahal parviendra à tout, cette même erreur qui continue de nous accompagner. Nous nous trouvons dans une situation qui nous paraît être un recul, et il faut avoir confiance en Hachem, savoir que tout vient de Lui et que tout sera pour le bien. C'est ce qui est exigé de nous à ce stade.
Le Malbim explique : « J'ai cru, c'est pourquoi je parlerai » - je crois de tout cœur ce que j'exprime et décide à présent, et je dis : « j'ai été très affligé » lorsque j'ai dit dans mon trouble que tout homme est trompeur. C'est-à-dire qu'au moment de mon désespoir, emporté par la précipitation et sans sérénité d'esprit, j'ai affirmé que tout homme est mensonge et vanité. Et que signifie « tout homme est trompeur » ? Qu'il n'y a aucune consistance dans la vie humaine, « il s'en va dans la vanité et son nom est couvert de ténèbres » ; l'homme est semblable à un torrent trompeur - il s'écoule puis s'assèche. J'ai prononcé ces paroles sans discernement, sous le coup de la précipitation, alors que je me trouvais dans un état de tourment, de déchéance et d'abaissement, et c'est pourquoi j'avais désespéré en disant : que restera-t-il de l'homme, il n'a aucun espoir. Mais à présent, je vois qu'il y a un espoir, et je comprends que ce propos n'avait été tenu que parce que j'avais été très affligé, dans une grande souffrance, une extrême misère et un profond abaissement. Maintenant que je me fortifie et m'attache à la foi, je vois que ces mots n'auraient pas dû être prononcés et qu'ils ne correspondent pas à la vérité ; au contraire, l'homme a un espoir et une rétribution, et il n'est pas une vaine illusion, comme nous le verrons par la suite.
Le Sefer HaRemez cite, au sujet de « J'ai cru, c'est pourquoi je parlerai », les paroles de Job : « De ma chair, je contemplerai Dieu ». Lorsqu'un homme observe cette prodigieuse machine appelée l'homme, il ne peut qu'être saisi d'admiration devant l'immense sagesse investie dans le corps humain. Darwin lui-même, lorsqu'il commença à inventer ses thèses sur l'origine des espèces, reconnut que l'œil constituait la plus grande objection à sa théorie. Pourquoi ? Parce qu'il existe des centaines de milliers de filaments et de connexions nerveuses dans l'œil, et comment de tels éléments auraient-ils pu s'assembler d'eux-mêmes ? Selon la théorie de l'évolution, un organe qui perdure et présente une utilité se maintient chez l'être vivant, tandis qu'un organe en développement dépourvu d'utilité immédiate disparaît naturellement. Dès lors, comment des centaines de milliers de vaisseaux et de fibres ont-ils pu se former alors qu'ils ne servaient à rien ? Quand deviennent-ils utiles ? Seulement lorsque l'œil est parfaitement achevé et permet la vision. Qui les a élaborés tout au long de cette lente progression s'étalant sur des millions d'années, si leur utilité n'apparaît qu'au tout dernier instant ? Il s'ensuit que quelque chose aurait été bâti sans besoin fonctionnel, pour ne fonctionner qu'à l'étape ultime.
Darwin lui-même admettait que c'était là une difficulté majeure pour sa théorie, affirmant que la preuve viendrait de la paléontologie : on finirait par trouver toutes les formes intermédiaires et l'on saurait alors si ses thèses étaient fondées. Or aujourd'hui, il apparaît clairement que ces idées étaient sans fondement, car nous disposons d'un registre fossile extrêmement vaste et nous ne possédons pas la moindre trace d'une véritable espèce transitionnelle. Nous connaissons des animaux bien répertoriés, comme la grenouille qui est un amphibien, mais la thèse darwinienne prétendait que tous les animaux terrestres provenaient en fin de compte des créatures marines, issues de cette même « soupe primitive ». Selon ce modèle, nous devrions observer d'innombrables stades intermédiaires menant jusqu'au chien ou à la vache - or où sont-ils ? Les formes intermédiaires sont censées être tout ce que la « nature » aurait éliminé sans le pérenniser, pour ne laisser que les espèces actuelles - or nous n'en avons pas un seul exemple avéré. Tout cela contredit formellement la théorie. Des scientifiques ont tenté à maintes reprises de reconstituer des assemblages d'ossements en prétendant qu'il s'agissait de chaînons manquants, mais la supercherie a systématiquement été démasquée : on assemblait des os de façon biaisée pour fabriquer une preuve. Quiconque le souhaite peut consulter les ouvrages du Rav Zamir Cohen, qui expose de nombreux exemples de ces fraudes dévoilées, où certains ont voulu à tout prix prouver leur thèse par des montages et des interprétations forcées, avant que leurs affirmations ne se révèlent être de pures impostures.
Mais pour en revenir à notre sujet : quiconque observe le corps humain - « J'ai cru, c'est pourquoi je parlerai » - constate combien de foi l'on peut puiser dans la constitution même de l'homme, créé d'une manière si extraordinaire que l'on y discerne le dessein divin, ne serait-ce que dans sa structure extérieure. Nous avons déjà développé ce thème à travers le Hovot HaLevavot et le Emouna Oubitahon du Hazon Ich. Considérons simplement la structure humaine : le Saint, béni soit-Il, a doté l'homme d'une main, et quelle ingéniosité, quelle sagesse s'y révèlent ! Imaginez que l'emplacement des ongles soit inversé avec celui des empreintes digitales - les ongles en dessous et la pulpe au-dessus. Essayez d'imaginer comment mener votre quotidien avec de tels doigts ! Songez également à ce qui se passerait si le bout des doigts était un peu plus collant : comment pourrions-nous tourner les pages d'un livre ? Et s'il l'était moins, totalement lisse comme le dos de la main : comment pourrions-nous feuilleter ou saisir des objets avec délicatesse ? Le doigt possède un degré d'adhérence d'une précision absolue : d'un côté, on saisit un objet sans qu'il ne glisse, et de l'autre, il ne reste pas collé à la main une fois relâché. Et chaque individu possède une empreinte digitale unique, signature d'une création façonnée spécialement pour lui - il n'en existe aucune autre pareille au monde, tout comme « leurs visages ne se ressemblent pas ».
Il en va de même pour les yeux : ils sont situés dans la partie supérieure du visage, protégés au fond de leurs orbites. Si un homme reçoit un coup de poing, tout son visage peut être meurtri autour, mais l'œil reste préservé, car il se trouve en retrait. L'œil possède également des essuie-glaces qui le nettoient constamment sans même que nous nous en rendions compte ; dans une voiture, le balayage de l'essuie-glace attire l'attention, tandis que pour l'œil, le battement des paupières se fait en un clin d'œil imperceptible. Nous avons aussi les sourcils au-dessus, qui retiennent la sueur, sans quoi cette sueur acide pénétrerait dans l'œil et causerait une vive brûlure. Celui qui contemple la profondeur de sagesse et la minutie de conception présentes dans le corps humain voit immanquablement comment le Saint, béni soit-Il, a façonné l'homme avec sagesse ; il reconnaît à travers cela le Roi des rois - « De ma chair, je contemplerai Dieu » - et parvient à une foi inébranlable en Hachem.
De même, si l'on médite sur la faculté de la parole : quelle puissance immense le Saint, béni soit-Il, a accordée à l'homme en lui conférant la parole ! Toute notre supériorité sur les animaux réside précisément dans la communication. Les êtres humains peuvent échanger entre eux, partager leurs expériences et ce qu'ils traversent, et s'instruire mutuellement. L'un apprend un savoir, puis l'enseigne à son prochain pour lui montrer comment réparer, comment mettre à profit les sciences pour guérir des malades, et ainsi de suite. Tout cela découle de la force de la parole, du pouvoir d'expression - une faculté que le Saint, béni soit-Il, a insufflée en l'homme, et quiconque y prête attention atteint par là même la foi.
Le Hazon Ich écrit ainsi : le Créateur vit que la vie ne réaliserait pas sa finalité s'il n'existait pas de lien entre les hommes, et qu'un monde où tous seraient sourds et muets serait dénué de toute valeur et sans consistance, au point que le néant lui serait préférable ; Il conçut alors un mécanisme émettant des sons articulés, et nous nommons ce mécanisme la bouche. Selon cela : « J'ai cru » - si je cherche à parvenir à la foi en Hachem, béni soit-Il, comment y accède-t-on ? « C'est pourquoi je parlerai » - en contemplant la faculté de la parole dont le Saint, béni soit-Il, m'a gratifié, c'est par là que je parviens à la foi. Combien est merveilleuse cette puissance de la parole, par laquelle les hommes communiquent et grâce à laquelle l'homme s'élève au-dessus du règne animal, étant défini comme « l'être doué de parole ». Et lorsque nos Sages énumèrent les personnes exemptées de discernement légal (choté), l'une d'elles est le sourd-muet (hérech). L'intelligence qui nous a été conférée est précisément un « esprit parlant » (rouah memalela), et c'est pourquoi « j'ai cru » : j'accède à la foi lorsque je médite sur « je parlerai », sur la force de la parole.
Le livre Tehilot Chmouel propose une explication par voie d'allusion : l'homme a le devoir de croire « car je parlerai » (ki adaber) - je parlerai encore, je raconterai encore. Et que raconterai-je ? « Car j'ai été très affligé » (ki aniti meod). Lorsqu'un homme se trouve dans la détresse, dans l'épreuve, qu'est-ce qui peut le soutenir ? Qu'il s'imagine assis au milieu de sa famille, de ses proches, de ses enfants et de ses petits-enfants, en train de leur raconter ce qu'il traverse en ce moment même. C'est le sens de « J'ai cru, car je parlerai » : qu'est-ce qui maintient ma foi ? La certitude que je parlerai de tout ce que j'ai souffert. Toutes ces épreuves actuelles, j'en parlerai un jour à mes petits-enfants.
Et c'est exactement ce qui s'est passé après la Shoah. Hitler pensait anéantir le peuple juif, mais où est-il aujourd'hui, et où est le peuple juif ? Le peuple juif est vivant, debout, il respire et va de l'avant. Ces rescapés des fours crématoires, ces survivants dont il ne devait rester que de la poussière d'hommes, se sont reconstruits. Voyez, en contraste, ce qui arrive à ceux qui, ayant subi un coup, prétendent se relever : au lieu de bâtir, leur relèvement consiste à s'armer, à tirer des roquettes et à assassiner. Et que leur reste-t-il ? Rien. Quel est leur avenir ? Le néant. Mais si, même au cœur de la détresse et de la difficulté, l'homme ne nourrit pas de sentiments de vengeance, il construit. Lorsque les Juifs sont sortis d'Auschwitz, ils ne cherchaient pas comment se venger des Allemands, cela ne faisait absolument pas partie de leurs projets ; leur unique dessein était de se reconstruire : que puis-je faire, maintenant, pour me rebâtir ? Certes, certains ont traqué Eichmann, mais ce n'est pas là la voie que le peuple a choisie comme fondement de son existence. Ce n'est pas un peuple mobilisé exclusivement pour les armes, la guerre, la vengeance et une cause perdue. De même, lorsque le Hamas a commis ce qu'il a commis le 7 octobre, pensait-il sérieusement pouvoir conquérir l'État d'Israël ? Si Israël se trouvait en péril existentiel, il dispose de l'arme atomique, et personne ne peut raisonnablement imaginer le rayer de la carte. Mais nous avons là l'exemple de gens dont toute la pensée se résume à venger leur détresse et à continuer de s'y enliser. C'est une tragique erreur. Même au plus fort de la détresse, il faut se projeter : comment vais-je m'en sortir, et comment raconterai-je plus tard à mes enfants, du haut de ma réussite future, tout ce que j'ai traversé, lorsque tout cela appartiendra au passé ? « J'ai cru, car je parlerai » - même lorsque j'étais profondément affligé.
Savez-vous où le Admour de Tsanz Klausenbourg a fondé l'hôpital Laniado ? À Netanya - mais en réalité, il l'a fondé dès Auschwitz. Lorsqu'il se trouvait à Auschwitz et voyait des Juifs mourir comme des mouches, il déclara : « Quand je sortirai de cet enfer, avec l'aide d'Hachem, je bâtirai un hôpital où les Juifs recevront des soins, un hôpital fondé sur les principes de la Torah, un hôpital juif. » Un homme enfermé à Auschwitz cherche avant tout à se procurer un morceau de pain ; c'est son unique pensée. Mais lui, à quoi pensait-il ? À la manière de bâtir un hôpital ! On aurait pu penser qu'il était devenu un « musulman », qu'il délirait ou avait perdu la raison - et nombreux furent ceux qui perdirent la raison pendant la Shoah. Mais c'est précisément ce que dit le verset : « J'ai cru, car je parlerai » - je parlerai encore de ce que j'ai tant souffert. Il bâtissait déjà l'avenir, au lieu de contempler le présent en se disant : « Je suis brisé, c'est fini, il ne reste rien de moi », pour sombrer dans le désespoir. Aie foi que tu en sortiras, et que tu raconteras tout cela, que tu parleras de toutes les délivrances et de tout ce qu'Hachem aura accompli pour toi.
Le Maharsha explique ces versets à la lumière des paroles de Rabbi Yits'hak dans la Guémara (Meguila 6b) : si un homme te dit « j'ai peiné et je n'ai pas trouvé », ne le crois pas ; « je n'ai pas peiné et j'ai trouvé », ne le crois pas non plus, car nul ne trouve sans avoir peiné ; « j'ai peiné et j'ai trouvé », crois-le. C'est ce qui est écrit ici : « J'ai cru, car je parlerai » - j'ai cru que j'avais trouvé, et que dis-je, de quoi parlé-je ? « J'ai été très affligé » (ani aniti meod). Quand ai-je cru ? Lorsque j'ai été affligé - inouï, c'est-à-dire l'effort, la peine intense. C'est lorsque j'ai fourni d'immenses efforts que j'ai véritablement cru, et c'est alors qu'il faut croire que l'on a trouvé. En revanche, « Je disais dans ma précipitation : tout homme est trompeur » - quand quelqu'un prétend y arriver rapidement, à la hâte, sans effort, ne le crois pas ; on n'obtient rien de cette manière. Si l'on s'imagine devenir un génie grâce à une formation accélérée, « tout homme est trompeur » : tu n'as pas peiné, donc tu n'as pas trouvé, n'en crois rien.
Le Netivot Chalom propose sur « J'ai cru, car je parlerai » l'une des explications les plus célèbres de ce verset, un enseignement 'hassidique renommé : lorsque l'homme parle, il enracine la foi dans son cœur. Comme on le sait, les 'Hassidim se réunissent fréquemment pour des hitvaadouyot où ils racontent des récits de foi et des histoires de Tsaddikim. Quel en est le sens ? C'est que parler de foi fortifie notre propre foi. « J'ai cru, car je parlerai » : lorsque je m'exprime et raconte des sujets liés à la émouna, cela m'amène à croire davantage, à me renforcer dans la connaissance et la conscience d'Hachem. Et cela est encore plus vrai lors de la nuit de Pessa'h, qui insuffle la émouna pour l'année entière : en racontant la sortie d'Égypte, on enracine la foi pour toutes les générations à venir.
Concluons sur ce verset avec les paroles du Maharim di Trani. Il explique que pour comprendre ces versets, il faut « intervertir et expliquer », c'est-à-dire modifier légèrement l'ordre des propositions pour en saisir le sens exact. À présent que j'ai vu que le Saint, béni soit-Il, m'a secouru et sauvé, j'ai cru en Lui. Mais lorsque j'étais profondément affligé, je prononçais dans ma précipitation des paroles dures, car je me voyais persécuté et souffrant sans que le Saint, béni soit-Il, ne me délivre ; c'est ainsi que je parlais dans ma détresse et mon épreuve. Et quelle était la crainte de David ? Que désormais chacun perde confiance dans le Créateur et diminue son bita'hon envers Hachem béni soit-Il : ayant parlé avec précipitation et amertume, les gens risquaient de dire qu'il n'y a pas de salut venant d'Hachem. Mais maintenant que Tu m'as secouru, « j'ai cru » : je me suis affermi dans la foi en le Créateur béni soit-Il, source de toute chose, et on ne dira plus : « Voici qu'ils espèrent en Lui et qu'Il ne les sauve pas », mais bien au contraire, tous verront que le roi David a placé sa confiance en Lui, et qu'Hachem lui a envoyé la délivrance.
On raconte à propos du Rav Assouline qu'un Juif l'appela un jour pour lui demander s'il pouvait passer chez lui immédiatement. Le Rav lui répondit qu'il devait terminer une affaire et qu'il viendrait plus tard. L'homme insista : « Non, je vous en prie, venez tout de suite, c'est urgent. » Le Rav fut surpris, car cet homme n'avait pas pour habitude de presser ni d'exiger, il se contentait toujours de demander courtoisement. Le Rav se rendit chez lui, et cet homme lui remit une somme d'argent pour la tsedaka, en lui disant : « J'ai réservé cela spécialement pour vous. Et si vous vous demandez pourquoi je ne pouvais pas attendre que vous veniez plus tard, c'est parce qu'avec le Yetser Hara, il ne faut pas attendre une seule seconde. Dans un instant, le mauvais penchant commencera à insinuer : “Peut-être devrions-nous donner cet argent à quelqu'un d'autre ? Qui a dit qu'il fallait donner maintenant ? Attendons plutôt les fêtes !” Il a mille ruses en réserve. Je savais que tant que l'argent est là, il faut le donner, accomplir la mitsva sur-le-champ, et c'est réglé. Plus tard, il aurait fallu lutter contre le penchant, et qui sait quels obstacles il aurait dressés en chemin. »
מָה־אָשִׁיב לַיהֹוָה כׇּל־תַּגְמוּלוֹהִי עָלָי׃ (יב) - Que puis-je rendre à l'Éternel pour tous Ses bienfaits envers moi ?
C'est par ce verset, « Que rendrai-je à Hachem », que débutera l'explication du Radak lors du prochain cours, avec l'aide d'Hachem.
Nous avons appris que « Je marcherai devant Hachem sur les terres des vivants » exprime l'aspiration et la prière de David de retourner en Terre d'Israël, terre des vivants, et d'y marcher constamment devant Hachem à la manière des justes. Les mots « J'ai cru quand j'ai parlé » ont été expliqués sous plusieurs angles : selon Rachi, à propos de l'affaire de Tsiba et Mépiboshet et de ce qui a été dit dans la précipitation lors de la fuite ; selon le Radak et le Malbim, les paroles de découragement « Tout homme est trompeur » ont été prononcées dans un moment d'affliction et d'abaissement et ne reflètent pas la vérité, puis, une fois le calme revenu, la foi réapparaît et se fortifie - ce qui nous enseigne que même les Justes connaissent des chutes, mais que le Juste fait face et se relève. De là découlent de nombreux enseignements : « De ma chair je contemplerai Dieu » - celui qui médite sur les merveilles du corps humain et sur la force de la parole parvient à la foi ; « Je raconterai encore » - même dans la détresse, il faut bâtir l'avenir et ne pas s'enliser dans le passé ; « J'ai peiné et j'ai trouvé, crois-le » - il n'y a pas d'accomplissement sans effort ; ainsi que la parole elle-même, qui enracine la foi dans le cœur. Et tous ces points portent un même message : fortifier la confiance en Hachem, béni soit-Il, car tout vient de Lui et tout est pour le bien, et accomplir le bien immédiatement, sans délai.