Le Psaume 115 est une prière en temps de détresse, où l'assemblée d'Israël se tourne vers le Saint, béni soit-Il, pour implorer Son secours - non en vertu de ses propres mérites, mais au nom de Son Nom glorieux, de Sa bonté et de la fidélité de Sa promesse. En face, les nations se dressent et raillent : « Où est donc leur Dieu ? », ce à quoi retentit la réponse magistrale : « Notre Dieu est aux cieux, tout ce qu'Il veut, Il l'accomplit ». Suivons à présent le fil des versets.
לֹא לָנוּ יְהֹוָה לֹא לָנוּ כִּי לְשִׁמְךָ תֵּן כָּבוֹד עַל חַסְדְּךָ עַל אֲמִתֶּךָ׃ - Non pas à nous, Hachem, non pas à nous, mais à Ton Nom rends gloire, pour Ta bonté et pour Ta vérité !
Le Radak remarque d'abord que dans certains manuscrits anciens, ce n'est pas le début du psaume (sans que l'on sache précisément comment le psaume y commence, mais c'est ainsi qu'il le rapporte). Sur le fond, il explique : de même que Tu as usé de bonté envers nos ancêtres en les faisant sortir d'Égypte, agis de même envers nous, délivre-nous et sauve-nous à chaque génération. Et si l'on devait objecter que nous n'en sommes pas dignes, agis tout de même envers nous par grâce, pour l'honneur de Ton Nom. « Non pas à nous » - non en raison de nos mérites, mais « à Ton Nom rends gloire » : car lorsque le peuple d'Israël subit des épreuves, il en résulte une profanation du Nom divin, et les nations prétendent que leur Dieu n'a pas la force de les sauver. Agis donc afin que Ton Nom soit magnifié et sanctifié dans le monde.
« Pour Ta bonté, pour Ta vérité » - c'est comme s'il manquait ici la lettre Vav de conjonction : « pour Ta bonté et pour Ta vérité ». Le Radak, fidèle à sa méthode, cite d'autres exemples bibliques, comme « le soleil, la lune s'arrêtèrent dans leur demeure », où le sens est « le soleil et la lune », ainsi que d'autres passages où le Vav est omis. La supplication est donc double : glorifie Ton Nom afin qu'il ne soit pas profané parmi les nations, et fais-le d'une part au titre du 'Hessed, de la bonté que Tu dispenses à toutes les créatures, et d'autre part au titre de « Ta vérité ». En effet, partout où le terme de « vérité » divine est employé, il renvoie à la parole que le Saint, béni soit-Il, accomplit : Il a fait une promesse, et pour authentifier Sa parole, Il se doit de la réaliser. Il y a donc ici deux dimensions : l'une relève de la grâce, et l'autre de la fidélité à la parole donnée, car Tu as garanti que le peuple d'Israël ne disparaîtrait jamais et jouirait d'une pérennité absolue. C'est au titre de cette vérité que le Maître du monde se trouve, pour ainsi dire, tenu de nous sauver.
Dans la Guémara (Pessa'him 117a), les Sages débattent pour savoir à propos de quelle situation ce psaume a été prononcé, lorsqu'il évoque : « Pourquoi les nations diraient-elles : Où est donc leur Dieu ? ». Selon un avis, il a été composé au sujet de la soumission aux empires : nous prions pour qu'Hachem nous délivre des puissances sous le joug desquelles nous sommes assujettis. Et si l'on s'imagine être déjà affranchi de cette tutelle, on vient bien vite nous rappeler qui commande : on dépêche un porte-avions, et malheur si une initiative n'est pas coordonnée. Une caricature illustrait bien cette réalité : le président américain serre un soldat israélien dans ses bras en disant « Je t'aime tellement », tout en l'étouffant dans son étreinte, tandis que le soldat se débat en criant « Lâche-moi, lâche-moi ! ». C'est là une étreinte étouffante, destinée à nous dicter ce qui est bon ou mauvais, et à interrompre les opérations militaires en plein milieu. Dépendre des nations pose toujours problème : peut-on ajouter un balcon en Judée-Samarie sans essuyer de remontrances ? Peut-on entreprendre quoi que ce soit sans qu'ils aient leur mot à dire ou sans affronter leurs critiques ? Nous sommes encore sous l'emprise des nations, et c'est contre cette réalité que nous prions.
D'autres soutiennent que Moché et les enfants d'Israël l'ont entonné alors qu'ils se trouvaient devant la mer Rouge ; d'autres rapportent que 'Hanania, Michaël et Azaria l'ont prononcé dans la fournaise ardente ; d'autres encore expliquent que Mardochée et Esther l'ont récité lorsque le scélérat Haman s'est dressé contre eux. Or, dans la tradition de la Haggada, ces avis ne s'excluent nullement : tout est vrai, et ce psaume a résonné à chacune de ces époques historiques.
Le Malbim explique que notre psaume s'inscrit dans la continuité directe du précédent : « Juda devint Son sanctuaire, Israël Son domaine ». Nous y avons vu que la souveraineté divine - Son empire sur la nature - fut confiée à Israël ; ils en ont reçu les clés, ils sont devenus « Son domaine », gouvernant pour ainsi dire le Saint, béni soit-Il. Le Tout-Puissant déclare en effet : Je domine la nature, mais qui Me domine ? C'est le juste, par la crainte de Dieu : Dieu décrète une chose et le juste peut l'annuler. C'est à ce propos que le verset s'écrie : « Non pas à nous » - que cette souveraineté divine ne s'exerce pas pour notre propre mérite, car nous n'en sommes pas dignes. Un tel degré spirituel appartenait à la génération où « Juda devint Son sanctuaire », ces êtres d'élite qui ont fait don de leur vie et se sont attachés à Hachem, au point de décréter des événements qui s'accomplissaient aussitôt.
Et pourtant, poursuit le Malbim, bien que nous n'ayons pas atteint ce niveau et n'entrions pas dans la catégorie d'« Israël Son domaine », nous restons fondés à implorer des miracles - non pas pour nous-mêmes, mais parce que « à Ton Nom rends gloire ». Dès lors que Ton Nom a été proclamé sur nous, signifiant que Tu veilles sur nous par une providence constante et accomplis des prodiges en notre faveur, si cette protection venait soudain à cesser, les nations diraient : tout est fini, Dieu a perdu Sa puissance. C'est exactement ce que Haman prétendit à Assuérus lorsque celui-ci lui demanda si leur Dieu n'accomplissait plus de miracles pour eux : « Il a vieilli », Il a pris Sa retraite ; autrefois Il était jeune et bouleversait le monde, mais la vieillesse l'a rattrapé, tu n'as rien à craindre, sois tranquille. C'est pourquoi nous supplions : Maître du monde, Ton Nom risque d'être profané, interviens donc en notre faveur pour empêcher un tel 'Hiloul Hachem !
Et comme nous l'avons souligné : « Pour Ta bonté » - agis envers nous par pure grâce, même si nous ne disposons d'aucune promesse, à l'image de la sortie d'Égypte qui fut un acte de pure bonté divine ; nous n'avions alors aucun mérite et n'étions pas dignes d'être libérés - « les uns étaient idolâtres, et les autres étaient idolâtres » -, et pourtant Tu as usé de bonté envers nous. C'est sur cette même bonté que nous nous appuyons. « Pour Ta vérité » - au nom de la promesse solennelle que Tu as faite d'être notre Dieu, promesse qu'il Te revient d'authentifier et d'accomplir.
Quelle est la raison de cette répétition ? Le Radak, fidèle à sa méthode, explique : « Non pas à nous » est répété deux fois pour renforcer l'idée. Le Radak ne s'attarde pas sur les redoublements stylistiques, et il emploie souvent l'expression « redoublement du sens en des termes différents », c'est-à-dire : ne t'étonne pas si le verset se répète, car telle est la manière des versets.
Mais pour le Malbim, il est impensable qu'un verset se répète ou qu'un mot soit écrit deux fois sans nécessité absolue ; chaque répétition vient enseigner quelque chose de précis. C'est pourquoi il explique : le premier « Non pas à nous, Hachem » signifie que nous ne méritons pas que se manifeste la souveraineté d'Hachem à notre égard, nous ne sommes pas dignes de ce niveau élevé où « Juda devint Son sanctuaire », où le Tsadik décrète et le Saint, béni soit-Il, accomplit. Et « non pas à nous, mais à Ton Nom donne gloire » constitue le second « non pas à nous » : même dans notre réalité actuelle, alors que nous n'avons pas atteint ce niveau spirituel, nous aurons tout de même droit au salut. En vertu de quoi ? « Mais à Ton Nom donne gloire » : Ton Nom est proclamé sur nous, Tu veilles sur nous et accomplis pour nous des miracles, et il Te revient de glorifier Ton Nom afin qu'il ne soit pas profané. Et tout cela « pour Ta bonté » - par pure grâce, même en l'absence de promesse, « pour Ta vérité » - au nom de la vérité et de l'engagement d'être notre D.ieu.
On peut suggérer une allusion : le mot « Lanou » (à nous) a une valeur numérique de quatre-vingt-six, équivalente à celle du Nom « Elokim » - qui renvoie à l'attribut de Justice. La Justice implique : si tu le mérites, tu reçois ; si tu ne le mérites pas, tu ne reçois rien. Et nous venons dire : Maître du monde, « Lo Lanou » (pas à nous) - n'agis pas envers nous selon l'aspect d'Elokim, selon la rigueur de la Justice, mais selon le Nom de Havayeh, par l'attribut de Miséricorde et de Grâce. Car si la conduite divine s'exerçait selon la stricte Justice, nous ne serions pas dignes et ne serions donc pas délivrés. Mais si c'est « Lo Lanou », non pas selon Elokim mais selon le Nom ineffable, alors « à Ton Nom donne gloire », et nous bénéficierons du salut sous d'autres aspects : Ta bonté, Ta vérité, et le souci que le Nom divin ne soit pas profané. Tous ces éléments font que même sans le Nom Elokim, c'est-à-dire même si nous ne le méritons pas selon le strict jugement, nous serons exaucés.
Sur le ton de l'esprit, on peut faire cette remarque : les nations disent : « Il y a (Yéchno) un peuple dispersé et divisé » - ne lis pas Yéchno, mais Yachénou (« ils ont dormi »), ils se sont endormis vis-à-vis des mitsvot ; vous n'avez rien à craindre, le peuple d'Israël s'est endormi et n'accomplit plus convenablement les commandements. Et comment réfutons-nous leur argument ? En proclamant : « Lo lanou Hachem, lo lanou » - par analogie avec l'expression talmudique « mayim chélanou » (l'eau qui a reposé la nuit, du verbe lann, passer la nuit), comme pour dire : nous n'avons pas dormi (lo lannou), Maître du monde ! Le peuple d'Israël se serait-il endormi ? À D.ieu ne plaise ! Nous sommes bien éveillés et nous accomplissons Tes mitsvot comme il se doit ; pourquoi donc les nations diraient-elles : « Où est donc leur D.ieu ? »
לָמָּה יֹאמְרוּ הַגּוֹיִם אַיֵּה נָא אֱלֹהֵיהֶם׃ - Pourquoi les nations diraient-elles : « Où est donc leur D.ieu ? »
Le Radak explique : si Tu n'agis pas envers nous avec bonté et ne glorifies pas Ton Nom, les nations s'écrieront : « Où est donc leur D.ieu ? » - Où est leur D.ieu, puisque c'est nous qui les dominons ? C'est ainsi que Nabuchodonosor s'adressa à Hizkiyahou : pourquoi penses-tu pouvoir me résister ? Même la Samarie n'a pu tenir devant moi, et ton D.ieu ne pourra pas te délivrer de ma main - aurait-Il soudain acquis de la force aujourd'hui ? Va donc expliquer à un roi idolâtre que ce n'est pas parce que notre D.ieu était impuissant à nous sauver de ses mains, mais qu'Il l'a Lui-même dépêché pour châtier la Samarie pour son idolâtrie ! De son point de vue, il s'imagine avoir vaincu le D.ieu d'Israël, puisqu'il a défait Ses enfants et exilé les dix tribus. Il en résulte que les nations déclarent : « Où est donc leur D.ieu ? », car nous les asservissons - et le spectacle de notre chute engendre, à D.ieu ne plaise, une profanation du Nom divin.
Au nom du Rabbi Reb Heschel, on rapporte à propos du verset « Pourquoi les nations diraient-elles » : les peuples prétendent qu'il est impossible que le Saint, béni soit-Il, revienne vers nous après nous avoir répudiés. C'est là, comme on le sait, la thèse théologique chrétienne : le peuple d'Israël a été chassé de sa terre, Hachem l'a rejeté et a choisi les chrétiens à sa place. Il existe de multiples réfutations à ces allégations absurdes et déroutantes, qui prouvent que ceux qui les soutiennent n'ont même pas commencé à lire les versets de la Torah et du Tanakh pour comprendre la nature du lien qui nous unit à Hachem ; quoi qu'il en soit, telle est leur prétention.
Ils comparent cette situation à un homme qui a répudié sa femme, laquelle s'est ensuite mariée à un autre : peut-il la reprendre pour épouse ? De même, selon leurs dires, après que le Saint, béni soit-Il, a répudié le peuple d'Israël et que celui-ci s'est tourné vers d'autres « maîtres » - au double sens du terme, en s'adonnant au culte des Baalim (l'idolâtrie) -, quelle chance y a-t-il qu'ils retournent vers Hachem, qu'Il soit béni ? Soit dit en passant, c'était aussi l'argument que soulevaient les enfants d'Israël eux-mêmes, auquel le prophète répond : « Où donc est l'acte de répudiation de votre mère par lequel Je l'aurais renvoyée ? » - vous prétendez que Je vous ai répudiés ? Où est l'acte de répudiation, où est le Guet ? De plus, Il ne peut nous renvoyer, car nous avons reçu la Torah sous la contrainte, et à propos de l'union forcée, la Torah stipule : « Il ne pourra pas la renvoyer durant toute sa vie ».
Face à cet argument, le Rabbi Reb Heschel apporte deux réponses tirées de notre psaume. La première : le Saint, béni soit-Il, est souverain et agit selon Sa volonté absolue. L'homme est limité par les lois de la Torah, mais « un roi peut abattre les clôtures ». Il existe une direction selon la Justice (Hanhagat Hamichpat) et une direction selon l'Unité absolue (Hanhagat Hayihoud). Selon la conduite du Michpat, le Saint, béni soit-Il, se lie pour ainsi dire à des règles ; mais selon la conduite du Yihoud, Il accomplit tout ce qu'Il désire. La sortie d'Égypte s'est opérée selon la conduite du Yihoud, car selon la stricte Justice, il était inconcevable de nous délivrer. La conduite du Yihoud exprime le fait qu'« il n'y a rien en dehors de Lui » : Hachem est unique dans l'univers et agit selon Son bon vouloir. C'est précisément ce que nous déclarons : « Et notre D.ieu est aux cieux, tout ce qu'Il désire, Il l'accomplit ». S'Il souhaite nous reprendre, même après nous avoir répudiés et alors que nous nous sommes tournés vers d'autres, Il en a le pouvoir absolu.
Et la seconde réponse : quel est le statut d'une femme qui a divorcé, est allée épouser un sourd-muet, puis désire retourner auprès de son premier mari ? Elle peut assurément y retourner, car les kidouchin d'un sourd-muet n'ont pas de valeur halakhique, et il s'avère qu'elle n'a jamais été consacrée à un autre homme. Et si l'on objecte qu'elle a cohabité avec lui, il n'y a pas d'interdit de reprendre sa femme divorcée après qu'elle a eu des relations avec un autre homme durant son divorce ; tout l'interdit ne s'applique que si elle s'est remariée à un autre. Il s'ensuit que si c'est un sourd-muet qui l'a épousée, rien n'empêche le premier mari de la reprendre.
פֶּה לָהֶם וְלֹא יְדַבֵּרוּ עֵינַיִם לָהֶם וְלֹא יִרְאוּ׃ אָזְנַיִם לָהֶם וְלֹא יִשְׁמָעוּ אַף לָהֶם וְלֹא יְרִיחוּן׃ - Ils ont une bouche et ne parlent point, ils ont des yeux et ne voient point ; ils ont des oreilles et n'entendent point, ils ont un nez et ne sentent point.
Et c'est exactement la parabole, explique le Rabbi Reb Heschel : avec qui Israël s'est-il marié ? Avec les Baalim, avec l'idolâtrie : « Ils ont une bouche et ne parlent point, des oreilles et n'entendent point, des yeux et ne voient point ». Il s'agit d'un sourd, d'un muet, d'un aveugle, d'un être infirme, un néant absolu. Un tel être peut-il accomplir des kidouchin ? Il n'y a ici aucun kidouchin, ce n'est qu'une pure illusion, et il s'avère que l'assemblée d'Israël ne s'est nullement mariée à un autre - rien n'empêche donc le Saint, béni soit-Il, de nous reprendre. C'est prodigieux. Et comme on l'a déjà souligné : lorsqu'on entend un hidouch du Rabbi Reb Heschel, il faut tendre l'oreille avec la plus grande attention. Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé « 'Hanoukat HaTorah », qui contient de courtes réflexions sur chaque paracha, un ou deux mots d'esprit, chacun étant affûté comme un rasoir et plus doux que le miel.
Dans l'esprit du moussar et de la 'hassidout, on commente ainsi « Pourquoi les nations diraient-elles » : qui est celui qui demande « pourquoi » ? C'est le non-juif qui pose des questions. Pourquoi y a-t-il eu la Shoah ? Pourquoi est-il arrivé telle ou telle chose ? « Pourquoi », ce sont les nations qui le disent. Mais nous, nous savons que « notre Dieu est aux cieux, tout ce qu'Il désire, Il l'accomplit » : j'ai confiance dans le Saint, béni soit-Il, qui est aux cieux, car d'en haut on perçoit ce qu'on ne voit pas d'ici-bas, et Il agit selon Sa volonté - or Sa volonté est assurément la meilleure chose pour nous.
On a coutume de dire que la émouna ne procure pas nécessairement des réponses à l'homme, mais elle l'aide assurément à vivre même lorsqu'il a des interrogations. Le Saint, béni soit-Il, ne vous rend pas de comptes sur tout ce qu'Il accomplit, et le fait d'être croyant ne fait pas de vous quelqu'un qui reçoit des explications à tout. Mais lorsque je sais que je suis entre les meilleures mains, que le Saint, béni soit-Il, est la bonté absolue, que la nature du Bien est de faire le bien, et que tout ce que fait Hachem est pour mon bien, cela dissipe déjà mes questionnements. Il s'avère ainsi que je peux vivre même dans la difficulté ; je n'aurai pas forcément de réponses, mais je n'aurai plus de questions.
וֵאלֹהֵינוּ בַשָּׁמָיִם כֹּל אֲשֶׁר חָפֵץ עָשָׂה׃ - Mais notre Dieu est aux cieux, tout ce qu'Il désire, Il l'accomplit.
Ibn Ezra explique « aux cieux » comme désignant les mondes supérieurs, car le Saint, béni soit-Il, a pour ainsi dire choisi les sphères célestes pour Son séjour. Ou bien parce que c'est des cieux que descendent tous les décrets sur terre : les décrets s'échelonnent depuis les sphères supérieures à travers les corps célestes et les étoiles, c'est-à-dire les douze constellations du zodiaque (mazalot). C'est pourquoi nous disons « notre Dieu est aux cieux » : Hachem est pour ainsi dire au-dessus des cieux, et de là, tout descend vers les constellations pour ensuite se répercuter ici-bas.
Le Radak explique : « Mais notre Dieu est aux cieux », tandis qu'eux sont insensés, ne comprenant pas et ne discernant pas la différence entre notre Dieu et leurs divinités. Ta divinité est ici-bas, une idole, aveugle et sourde, et tu ne saisis pas la différence entre le Dieu vivant et la futilité que tu vénères. Notre Dieu est aux cieux, Il règne sur les mondes supérieurs et inférieurs, « tout ce qu'Il désire, Il l'accomplit » - alors que ton dieu ne fait certainement pas tout ce qu'il veut, d'autant plus qu'ils croyaient en une multitude de divinités, dont chacune était par conséquent limitée dans sa puissance : l'un est le dieu de la mer, l'autre de la terre ferme, un autre de la guerre, un autre de l'amour, chacun ayant un rôle distinct et un pouvoir limité. Notre Dieu est donc Un et souverain sur tout, contrairement à vos dieux multiples dont la force est restreinte même selon votre conception - et selon notre vérité, ils sont totalement dépourvus de pouvoir.
Le Metsoudat David explique, à la lumière des paroles de nos Sages, que même si le faible se trouve en haut et le puissant en bas, le faible conserve l'avantage de la hauteur. Celui qui se tient au sommet maîtrise bien plus aisément celui d'en bas : il lance des pierres de baliste, déverse de l'eau bouillante ou de l'huile bouillante comme on le faisait lors de l'assaut d'une muraille, décoche des flèches et repousse les assaillants. Tel est le sens de « notre Dieu est aux cieux » : si même un être faible placé en hauteur domine celui d'en bas, à plus forte raison le Saint, béni soit-Il, accomplit-Il tout ce qu'Il désire.
Le Malbim explique qu'ici s'ouvre la troisième partie du psaume, qui s'étend jusqu'à « Ce ne sont point les morts qui loueront Yah », et dont le thème est la providence divine constante : Hachem veille sur nous sans interruption, chacun selon son niveau spirituel et son rôle dans ce monde. C'est à ce propos que nous proclamons « Mais notre Dieu est aux cieux » : votre question « Où est donc leur Dieu ? » est une prétention vaine. Vous vous imaginez pour ainsi dire qu'Hachem a retiré Sa présence dans les cieux, que Sa gloire est au-dessus des cieux et qu'Il ne voit pas ce qui se passe ici-bas. À cela nous répondons : notre Dieu, bien qu'Il soit aux cieux, n'en accomplit pas moins tout ce qu'Il désire - Il continue de diriger tout ce qui est ici-bas, et tout s'accomplit par Sa volonté, contrairement à ce que vous pensez, à savoir qu'Il résiderait aux cieux sans Se soucier de ce qui advient sur terre.
עֲצַבֵּיהֶם כֶּסֶף וְזָהָב מַעֲשֵׂה יְדֵי אָדָם׃ - Leurs idoles sont d'argent et d'or, œuvre de mains d'homme.
Après avoir rappelé la grandeur d'Hachem, explique Ibn Ezra, le verset vient démontrer que toutes les divinités des nations sont totalement dénuées de valeur. « Leurs idoles » ('atsabehem) - elles ne causent que déception et tourment ('itsavon) à leurs adorateurs sans leur être d'aucune utilité ; de plus, elles sont « œuvre de mains d'homme », et c'est une honte pour eux de se prosterner devant ce qu'ils ont eux-mêmes fabriqué. Comme le décrit le prophète : un homme prend une bûche de bois, en met la moitié dans le four pour cuire son pain, et avec l'autre moitié, il se sculpte un dieu ! Jusqu'où s'abaisse-t-il : de ce même morceau de bois qui sera bientôt réduit en braises et qui a servi à cuire ton pain, de l'autre moitié tu te fabriques un dieu ! Quelle absurdité. Il en va de même ici, à leur déshonneur : leur divinité est l'œuvre de mains d'homme. Tu prends un dieu que tu as toi-même façonné et tu lui dis : « Tu es mon dieu » ?
Cependant, nous avons déjà expliqué qu'il ne faut pas croire qu'ils étaient simples d'esprit à ce point. Même lorsqu'ils servaient des idoles, ils ne les adoraient pas pour elles-mêmes, mais ils y faisaient descendre des forces spirituelles qui s'y incarnaient. Un homme qui penserait réellement qu'un morceau de bois est un dieu ne mériterait pas une punition, mais plutôt une hospitalisation, peut-être même d'office ! Or, il s'agissait ici d'hommes qui savaient parfaitement ce qu'ils faisaient. Ils attiraient des forces spirituelles qui s'attachaient à ces effigies façonnées, dotées de vertus et d'actions diverses - soit par le truchement de forces d'impureté, soit par des rituels précis, comme égorger un premier-né la nuit à une phase précise de la lune, pour capter ainsi des puissances spirituelles qui leur viendraient en aide. Et ce sont là des forces bien réelles dans la Création : tout comme il existe des forces dans la sainteté, les anges, il existe aussi les astres et les constellations, ainsi que des forces dans les kelipot (écorces du mal), qu'ils activaient par les sacrifices qu'ils offraient et d'autres pratiques semblables.
C'est précisément ce qu'écrit le Radak : les sages des nations du monde confectionnaient ces statues en s'inspirant des sphères célestes, c'est-à-dire qu'ils les orientaient vers des réalités supérieures afin d'attirer par elles une force d'En haut, et ils en donnaient l'illusion aux masses qui s'égaraient derrière eux - jusqu'à ce que, finalement, ces derniers en viennent à considérer les statues elles-mêmes comme des divinités. C'est analogue à ce que décrit le Rambam au sujet de l'erreur de la génération d'Énosh : ils pensaient qu'il fallait vénérer les serviteurs célestes, non pour eux-mêmes, mais comme des intermédiaires - s'adresser au soleil, proche du Saint, béni soit-Il, pour qu'il transmette la requête aux sphères supérieures. Mais les générations suivantes oublièrent que le soleil n'était servi qu'en qualité de serviteur et se mirent à l'adorer en lui-même ; ils devinrent des adorateurs des astres et se prosternèrent devant le soleil comme s'il possédait un pouvoir autonome. C'est pourquoi cet égarement est appelé « l'erreur de la génération d'Énosh » : ils avaient débuté par une démarche qui semblait positive - bien qu'il soit rigoureusement interdit de servir Ses ministres ou de recourir à eux comme intermédiaires, car le culte ne revient qu'à Hachem seul - et pourtant, cette déviation initiale a conduit à une erreur colossale. Tel est le sens de « l'œuvre de mains d'homme » : ce qui ne visait au départ qu'à faire descendre des forces spirituelles pour habiter une idole est devenu, pour la masse, le culte de l'idole matérielle elle-même.
Le Malbim explique : les idoles des nations, bien qu'elles ne soient pas dans les cieux mais tout près d'eux et visibles à leurs yeux - à la différence de notre Dieu dont nous disons qu'Il est « dans les cieux » - ne leur sont néanmoins d'aucun secours. Et quant à leur matière, elles sont « d'argent et d'or », ce qui est pire encore que le bois. Pourtant, l'argent et l'or semblent plus précieux que le bois ; pourquoi serait-ce pire ? Parce que le bois possède une vitalité végétale (nefesh hatsomahat). Si l'on divise la Création en minéral, végétal, animal et doué de parole, le végétal est assurément d'un niveau supérieur au minéral ; le minéral est inerte, et même s'il s'agit d'or, il reste inerte, tandis que le végétal possède une certaine force vitale et grandit, tout comme l'animal possède en plus la faculté de se mouvoir. Vois donc : ils adorent de l'argent et de l'or, qui ne valent même pas un végétal ! Et du point de vue de leur auteur : « œuvre de mains d'homme ». C'est là que l'on mesure toute la bassesse de ces idoles qu'ils vénèrent.
Dans le livre Or Yécharim, il est expliqué que la tristesse ('atsvout) de l'homme provient des tourments qu'il éprouve nuit et jour au sujet de sa subsistance. « Leurs idoles ('atsabehem, qui partage la même racine que le tourment) sont d'argent et d'or, œuvre de mains d'homme » - les gens s'imaginent que l'argent et l'or dépendent uniquement de l'action de l'homme : travaille davantage et tu auras davantage ; investis plus et tu gagneras plus. Mais celui qui a conscience de la vérité croit d'une foi inébranlable que le Saint, béni soit-Il, est Celui qui dispense toute subsistance, « Lui qui te donne la force d'acquérir des richesses », ce que le Targoum traduit par : Il te donne le conseil judicieux pour acquérir des biens. Il ne s'agit pas seulement de tes forces ou de ton travail, mais même de l'idée qui germe dans ton esprit, une idée d'entreprise innovante : le Saint, béni soit-Il, te dit : cela aussi vient de Moi, c'est Moi qui t'inspire le bon conseil pour acquérir des biens, et nul n'empiète sur ce qui est réservé à son prochain, ne fût-ce que de l'épaisseur d'un cheveu. Mais lorsque l'homme ne vit pas ainsi, et que « ses idoles sont l'argent et l'or » - que son dieu devient la richesse matérielle et qu'il est convaincu que le fruit de ses mains lui assurera la fortune - il sombre inévitablement dans l'angoisse et la tristesse ('itsavon et 'atsvout).
Dans l'ouvrage Matayim Tsofim, il est enseigné : « Leurs idoles sont d'argent et d'or » - d'où proviennent toute la tristesse et l'inquiétude qui accablent l'homme tout au long du jour, et pourquoi se donne-t-il tant de mal ? Pour l'argent et l'or. La soif d'argent est profondément ancrée en lui et c'est elle qui le pousse à agir. L'un des moteurs les plus puissants de l'être humain, peut-être même le principal, est la poursuite du gain financier ; la majeure partie de ses journées y est consacrée. Certes, il arrive qu'il recherche l'argent à des fins spirituelles louables - pour pouvoir étudier la Torah avec sérénité ou envoyer ses enfants dans un Talmud Torah - mais quoi qu'il en soit, cette quête occupe l'essentiel de son temps, et c'est elle qui engendre tous ses « nerfs » et ses tracas. L'homme s'angoisse et s'irrite dans sa course à l'argent et à l'or, rongé du matin au soir par le souci d'en amasser davantage.
Et l'auteur poursuit : lorsqu'un homme s'adonne à l'idolâtrie, le Saint, béni soit-Il, frappe d'abord cette fausse divinité. Pourquoi le Nil fut-il le premier châtié en Égypte ? Parce qu'il était leur dieu. C'est pourquoi nos Sages ont dit : « Le fils de David ne viendra pas tant que la pièce (prouta) n'aura pas disparu de la poche » - c'est-à-dire jusqu'à ce que s'éteigne cette soif démesurée de l'argent, qui constitue leur idole ('atsabehem), et le Saint, béni soit-Il, règle d'abord ses comptes avec les faux dieux. On pourrait même remarquer avec malice qu'aujourd'hui, le moment semble venu pour la venue du fils de David : avec le bitcoin et les cryptomonnaies, la pièce a véritablement disparu de la poche ! Bientôt, plus personne ne portera d'argent liquide sur soi ; un homme aisé a-t-il une pièce dans sa poche ? Il a des cartes de paiement qu'il utilise partout, et aujourd'hui, même cela devient superflu : il lui suffit d'approcher son smartphone pour payer où qu'il aille.
On cite souvent cette remarque pleine d'esprit : à propos de l'année du Jubilé (Yovel), il est écrit : « Vous retournerez chacun dans sa propriété, et chacun retournera vers sa famille ». On s'interroge : que signifie « vers sa famille » ? Avait-il donc quitté sa famille ? Il avait certes quitté son domaine en vendant son champ, et au Jubilé la terre lui revient ; mais pourquoi la famille reviendrait-elle soudain ? En réalité, tant qu'un homme est démuni, personne ne le connaît et nul ne se souvient de lui. Mais dès que ses terres lui sont restituées et qu'il redevient subitement fortuné, les appels téléphoniques affluent aussitôt : « À qui ai-je l'honneur ? » - « Je suis votre cousin au troisième degré ! » J'ignorais que j'avais une telle famille... « Et chacun retournera vers sa famille » : non seulement tu reviens vers eux, mais ta famille revient également vers toi, et tu découvres tout à coup que tu as une famille nombreuse !