Introduction
Nous poursuivons l'étude du chapitre 16, à l'endroit où David HaMélekh souligne la différence abyssale entre lui-même et les idolâtres qui poursuivent des chimères. Après avoir déclaré : « Je ne répandrai point leurs libations de sang », il en vient à décrire son propre lot, tant sur le plan du bonheur de l'âme que sur celui de la réussite matérielle. À partir d'ici, le chapitre s'élève de plus en plus : de la reconnaissance envers les conseils de la Torah et la voix de la conscience, en passant par « Je place constamment l'Éternel sous mes yeux », jusqu'à la vie éternelle de l'âme.
« Un lot m'est échu dans les délices » - Le bonheur spirituel
חֲבָלִים נָפְלוּ־לִי בַּנְּעִמִים אַף־נַחֲלָת שָׁפְרָה עָלָי׃ (ו) - Un lot m'est échu dans les délices, oui, mon héritage me ravit. (6)
Le Malbim explique : ainsi, la différence entre eux et moi est immense, tant en matière de félicité de l'âme que de succès matériel. Le terme « n'imim » (délices) désigne les plaisirs spirituels, comme il est dit à la fin du chapitre : « des délices éternelles à Ta droite ». Et que signifie « 'havalim » ? C'est une expression désignant une part, un lot hérité, comme dans le verset « dix parts échurent à Ménaché », ou comme lorsqu'on parle d'une contrée (portion de terre). Autrement dit : ma part et mon lot dans l'élévation spirituelle, dans la pureté lumineuse de l'âme, me sont échus dans les délices - je mérite ainsi une éternité spirituelle infinie. La dimension de « 'havalim » correspond à celle de la douceur divine, au monde futur et au raffinement de l'âme.
En revanche, les adorateurs des armées célestes et les adeptes de toute forme d'idolâtrie ne possèdent ni bonheur de l'âme ni existence éternelle. En effet, l'être humain ne peut atteindre le bonheur de l'âme que dans la spiritualité. Toutes les autres formes de « bonheur » ne sont que matérielles et terrestres - et ce n'est pas du tout du bonheur, mais de simples désirs passagers. Un véritable épanouissement intérieur et une satisfaction authentique ne se trouvent que dans la dimension spirituelle.
« Oui, mon héritage me ravit » - Qui est riche ? Celui qui se réjouit de son sort
Et qu'en est-il des plaisirs corporels ? Ceux-ci sont appelés « héritage » (na'hala), car l'héritage est ce que l'homme transmet à ses enfants, la part matérielle, selon l'expression du verset : « Maison et richesse sont l'héritage des pères ». David HaMélekh dit alors : ne crois pas qu'en cela je sois inférieur à eux, au contraire, « mon héritage me ravit ». Remarquez bien la précision des termes : il ne prétend pas posséder davantage qu'eux. Il se peut fort bien que son prochain possède plus que lui - et pourtant, David est plus riche que lui. Comment ? Parce que « qui est riche ? Celui qui se réjouit de sa part ». Son prochain possède de nombreux biens, mais cela ne lui suffit pas ; il a un domaine, mais il ne lui plaît pas, il ne trouve pas grâce à ses yeux. Il cherche sans cesse à amasser davantage, ressent constamment un manque et convoite de nouveaux accomplissements matériels. Mais pour moi, mon héritage me ravit ; c'est pourquoi, même sur le plan matériel, ma condition est meilleure que la sienne, car ce que je possède me comble pleinement.
C'est ce qui est dit des disciples de Bilam le mécréant : même en ce monde, ils ne sont jamais rassasiés. L'âme ne s'emplit pas ; lorsqu'on essaie de la combler avec des choses matérielles, elle désire et aspire à toujours plus, sans jamais trouver de satisfaction. Mais David HaMélekh affirme : chez moi, il n'en va pas ainsi. Même si mon patrimoine n'égale pas le leur, il me ravit : j'en suis joyeux, satisfait et heureux. C'est là tout le secret : que l'homme se réjouisse de ce qu'il a.
Récit : Qui est le plus riche ?
Le rav Eliezer Ben David racontait qu'à l'époque du Shah, alors qu'il était encore possible de voyager en Iran - et d'en revenir -, il s'y rendait pour lever des fonds auprès d'hommes extrêmement fortunés, des multimillionnaires. Un jour, s'y trouvant encore comme jeune avrekh, il leur lança : « Je suis plus riche que vous. » Ils le regardèrent avec stupéfaction, prêts à le dévorer des yeux : plus riche que nous ? Soit cet homme a des hallucinations, soit c'est un Crésus qui s'ignore et qui possède un héritage secret dont nous ignorons tout.
Il leur expliqua : « Je veux que vous compreniez ce qu'est un pauvre et ce qu'est un indigent (évyone). L'indigence se mesure à l'intensité de son désir. Plus un homme désire ardemment, plus il est un grand indigent ; moins il éprouve de désirs superflus, moins il est indigent. Celui à qui il manque beaucoup convoite davantage, tandis que pour celui à qui il manque peu, un rien suffit à combler son manque. » Et il poursuivit : « Si quelqu'un me propose une affaire de deux mille shekels, je m'assiérai volontiers avec lui, car je pourrai gagner deux mille shekels. Mais si l'on vous propose une affaire de moins d'un million de dollars, fixerez-vous un rendez-vous ? Vous répondrez aussitôt : ne me cassez pas la tête, je n'ai pas de temps à perdre avec cela, parlez-moi de vraies sommes ! Comprenez donc : vous êtes un indigent d'un million de dollars, il vous manque un million de dollars - voyez quel grand pauvre vous êtes ! Tandis que moi, il ne me manque que deux mille shekels. Il me manque bien peu, alors qu'il vous manque énormément. »
Et telle est la vérité : la véritable mesure réside dans ce qui manque à l'homme. Vers quoi tends-tu, de quoi d'autre as-tu besoin ? Celui qui éprouve un tel manque se trouve dans une pénurie immense et des aspirations sans fin. Certes, avec le temps, l'appétit grandit : plus tard trois mille, puis dix mille ; ce riche lui-même n'est généralement pas né riche, mais son appétit a crû avec les années, « qui possède cent désire deux cents ». Mais à ce stade, c'est ce qui me manque. David déclare : « אף נחלת שפרה עלי » (mon héritage est agréable à mes yeux) - la part qu'Hachem m'a attribuée est parfaite à mes yeux, je n'y ressens aucun manque et n'éprouve pas le besoin d'avoir quoi que ce soit d'autre.
613 conseils et non 613 problèmes
אֲבָרֵךְ אֶת־יְהֹוָה אֲשֶׁר יְעָצָנִי אַף־לֵילוֹת יִסְּרוּנִי כִלְיוֹתָי׃ (ז) - Je bénirai l'Éternel qui m'a conseillé ; la nuit même, mes reins me reprennent.
Le Malbim explique : bien que selon la Torah l'homme soit libre de ses actes, c'est-à-dire qu'il dispose du libre arbitre et qu'il lui appartient à chaque instant de décider s'il agira pour le bien ou non, malgré tout, le Saint, béni soit-Il, ne m'a pas abandonné au mauvais penchant pour qu'il fasse de moi ce que bon lui semble - or, le Yetser Hara a un pouvoir redoutable, et sans l'aide du Saint, béni soit-Il, l'homme ne pourrait pas en triompher. En d'autres termes, si je parviens malgré tout à surmonter mon mauvais penchant, c'est uniquement parce qu'Hachem m'aide. C'est pourquoi je remercie Hachem qui se tient à mes côtés comme un conseiller, comme un gardien, comme Celui qui vient m'aider pour que je ne sois pas entraîné à la suite du penchant.
Et par quoi m'a-t-Il conseillé ? Par la Torah. Hachem nous a donné la Torah, et la Torah nous guide sur le droit chemin, nous attire vers la sainteté, nous enseigne comment nous préserver du désir et des autres pièges du mauvais penchant. C'est là le sens de « אשר יעצני » (qui m'a conseillé). Le saint Zohar appelle les 613 mitsvot « Taryag itine » - 613 conseils. La Torah te dit : voici 613 conseils pour vivre correctement, 613 conseils pour parvenir à la plénitude de l'âme.
Et voyez quel regard porter sur la Torah ! Certains considèrent les mitsvot comme 613 problèmes. On raconte l'histoire d'un homme qui était 'hazan dans une synagogue et qui est parti chanter dans les grands opéras. Quand on lui a demandé pourquoi il avait fait cela, il a répondu qu'à la fin de chaque passage qu'il interprétait, les applaudissements lui manquaient ; il terminait un passage de Moussaf de Roch Hachana, et il lui manquait que l'on batte des mains et qu'on réclame un rappel. Arrivé à l'opéra, on lui a demandé : « Mais là-bas, il y a des femmes, cela ne convient guère à un homme qui porte une kippa sur la tête ! » Et qu'a-t-il répondu ? « Tu as raison, j'ai un problème avec ça. » Voyez où cela mène : un homme chemine dans le monde avec 613 problèmes, ici il a un problème, là il a un problème. Le saint Zohar réplique : ce ne sont pas des problèmes, Je t'ai donné 613 conseils. Malheur à l'homme pour qui la Torah constitue un problème ! Hachem dit : ici Je t'ai donné un bon conseil, et là encore un bon conseil ; considère chacun de Mes commandements comme un conseil bienveillant pour acquérir la vie éternelle. C'est cela « אברך את ה' אשר יעצני » - combien je remercie Hachem de m'avoir prodigué de si bons conseils pour me préserver du mauvais penchant et m'attacher à la sainteté.
« Même la nuit, mes reins me reprennent » - la force de la conscience
Le Saint, béni soit-Il, a implanté en moi le sens moral, au point que, la nuit, mes reins me tourmentent pour m'empêcher d'emprunter la voie du mal. C'est la conscience. En hébreu, la conscience (matspon) dérive du mot boussole (matspène), car elle est censée indiquer la direction à l'homme : agis-tu droitement ou non ? Après que le roi David eut coupé le pan du manteau de Saül, le verset déclare : « ויך לב דוד אותו » (le cœur de David le frappa) - ce sont les reproches de la conscience. Son cœur le réprimandait : pourquoi as-tu fait une chose pareille, tu n'aurais pas dû agir ainsi. Nos Sages rapportent qu'il en fut tenu pour responsable, et qu'à la fin de ses jours : « On le couvrit de vêtements, mais il n'avait pas chaud » ; les commentateurs expliquent qu'il avait coupé le pan du manteau de Saül, le privant ainsi de tsitsit. Quoi qu'il en soit, nous voyons qu'il existe une morale intérieure, et que le Saint, béni soit-Il, l'a implantée dans l'homme. C'est pourquoi je remercie également Hachem d'avoir insufflé en moi cette force morale qui me ramène vers la voie de la vérité.
Cependant, il faut savoir qu'il est extrêmement dangereux qu'un homme possède une force morale sans la Torah. Dans ce cas, il adopte toutes sortes d'idéologies morales et éprouve de la pitié, mais pas pour les bonnes personnes. Il a pitié des Palestiniens et des chiens errants, alors qu'envers les Juifs, envers les observants des mitsvot, envers les résidents des implantations, il n'a pas un gramme de compassion ; bien plus, il fait preuve d'une cruauté effroyable à leur encontre. On a vu un homme de gauche déclarer que les Palestiniens devraient viser le Goush Katif avec leurs roquettes : pourquoi tirer ici ? Vous suscitez l'hostilité de l'opinion publique israélienne contre la cause palestinienne ; tirez plutôt sur eux ! Un autre les a qualifiés de judéo-nazis, un troisième a proposé de pendre les 'harédim aux poteaux électriques, et un quatrième a suggéré d'entrer armé d'un M-16 dans Méa Shéarim et de mitrailler. Quiconque le désire peut lire cela dans la brochure « Des mots capables de tuer », publiée par l'organisation Manof du mouvement Arakhim. On voit ainsi qu'un individu peut s'emparer des valeurs les plus hautes de compassion et de miséricorde pour les détourner vers des voies corrompues.
On raconte à propos de l'un des dix condamnés exécutés aux procès de Nuremberg qu'il possédait un chien, et savez-vous comment il l'appelait ? « Mentsh » - c'est-à-dire un être humain. En revanche, les Juifs étaient gazés et ne représentaient pour lui que de la vermine ; mais le chien, lui, était un « mentsh », il le chérissait et le soignait. Voilà ce qui se produit lorsqu'on place la clémence et la pitié aux mauvais endroits. L'homme possède certes une moralité innée, mais quel désastre si on ne la canalise pas, si aucune Torah ne vient l'orienter !
Rachi cite l'exégèse de nos Sages sur les mots « אף לילות יסרוני כליותי » (la nuit même, mes reins me reprennent), qu'ils ont appliquée à Avraham Avinou : Avraham a étudié la Torah avant même qu'elle ne fût donnée. D'où la tenait-il ? Ses deux reins étaient pour lui comme deux sources jaillissantes, et c'est de là qu'il apprenait la Torah. En d'autres termes, il y a ici une dimension d'inspiration venue d'En Haut.
« J'ai constamment placé l'Éternel devant moi »
שִׁוִּיתִי יְהֹוָה לְנֶגְדִּי תָמִיד כִּי מִימִינִי בַּל־אֶמּוֹט׃ (ח) - Je place constamment l'Éternel devant moi ; puisqu'Il est à ma droite, je ne chancellerai point.
Grâce aux conseils de la Torah mentionnés au verset précédent, et grâce au sens moral qui est la droiture de la conscience - cette intuition intérieure qui nous dit si nous avons agi moralement ou non -, par la force de tout cela, « je place l'Éternel constamment devant moi ». Le Malbim explique : bien que les désirs du corps exigent de nous d'abandonner la voie d'Hachem pour courir après les plaisirs, je place l'Éternel face à moi. Et qu'est-ce qui s'oppose à ces passions ? Les mitsvot d'Hachem ; ce sont elles qui leur font barrage.
Et pourquoi est-il dit « Chiviti » et non « Samti » ? Car le terme *Chiva* a le sens de poser : j'ai placé Hachem devant moi. Le Malbim précise que le mot « Chiviti » porte aussi toujours le sens de comparaison, mettre face à face. C'est-à-dire : je L'ai placé devant moi et j'ai procédé à une comparaison. Lorsque je compare les mitsvot d'Hachem aux désirs matériels, la cause des mitsvot d'Hachem l'emporte sans la moindre hésitation. Tel est le sens de « Chiviti Hachem lenégdi » : quand je mets Hachem en balance avec mes pulsions et mes désirs, sans aucun doute Hachem l'emporte, Ses mitsvot l'emportent, et je marche dans Sa voie.
Deux forces dans l'âme humaine
Le Malbim explique qu'il existe deux voies dans l'âme de l'homme. La première est le corps et ses forces, qui incitent constamment l'homme à courir vers des chemins tortueux et l'inclinent vers l'amour-propre. Le corps attire vers la matérialité, c'est indéniable : le corps est matière, le corps est pulsion. On n'a encore jamais vu un corps courir spontanément vers l'accomplissement des mitsvot ; la réalité est tout autre, le corps de l'homme est naturellement attiré par les plaisirs.
Certes, il existe des cas exceptionnels où le corps est attiré vers la spiritualité, comme chez Avraham Avinou. Chez Avraham, nous voyons qu'il a en quelque sorte quitté la présence du Saint béni soit-Il pour aller accueillir des invités - « De grâce, ne passe point outre de devant ton serviteur », j'ai des invités - et c'est de là que nos Sages ont déduit que l'hospitalité est plus grande encore que l'accueil de la Présence divine. Nous avions déjà posé la question : comment Avraham Avinou savait-il qu'il fallait quitter le Saint béni soit-Il pour quelques nomades qui se prosternaient devant la poussière de leurs pieds ? C'est que chez Avraham Avinou, le corps tout entier était devenu un Saint des Saints ; et si son corps était alors attiré vers l'hospitalité, c'était le signe que telle était la volonté divine. Chez nous, en revanche, l'attirance est un signe inverse : si tu te sens attiré par une chose, sache bien souvent qu'il faudrait faire l'inverse ! Mais chez Avraham Avinou, ce vers quoi le corps tendait correspondait à la volonté d'Hachem ; il vivait à un niveau où son penchant avait fait la paix avec lui, selon les termes de nos Sages.
Mais parlons des êtres faits d'argile que nous sommes. Le Malbim explique que le corps et ses facultés entraînent l'homme vers l'amour-propre, vers le repos, la tranquillité, les désirs et les plaisirs. À tel point que même lorsque j'accomplis une mitsva, même lorsque je réalise un acte spirituel, l'intérêt personnel s'y immisce constamment : qu'est-ce que j'y gagne ? Quel profit vais-je en tirer ? Vais-je en retirer des honneurs ? Les gens voient-ils que j'ai accompli cette mitsva ? Vais-je le faire savoir ? Nous avons déjà mentionné que depuis la faute de l'Arbre de la connaissance du bien et du mal - le terme *Da'at* signifiant l'union et la fusion -, le bien et le mal se sont entremêlés, et il est presque impossible en ce monde d'accomplir le bien sans qu'une part de mal ne s'y mêle. C'est pourquoi le Rambam enseigne que si un homme accomplit une seule mitsva purement pour l'amour du Ciel, il acquiert par là le monde futur - une seule et unique mitsva. Cela montre à quel point la chose est rare et difficile. Et comme le rapporte la Guémara au sujet de Rabbi 'Hanina ben Teradion et Rabbi Yossé ben Kisma : « Un acte exemplaire t'est-il arrivé ? » - « Des pièces de tsedaka se sont mélangées aux miennes ». De toute sa vie, c'est l'acte dont il pouvait attester qu'il avait été accompli purement pour l'amour du Ciel.
Il en ressort donc que le corps et ses forces s'infiltrent jusque dans les mitsvot que nous accomplissons. Même dans les domaines de sainteté, un calcul personnel intervient toujours, des considérations de plaisir ou de matérialité - et même la perspective du salaire dans le monde futur reste un calcul personnel : je ne sers pas Hachem uniquement parce qu'Il l'a ordonné, mais parce que cela m'est profitable. Or, le degré le plus élevé est : « Ne soyez pas comme des serviteurs qui servent le maître pour recevoir une récompense ». Puissions-nous déjà servir dans l'espoir d'une récompense, il ne faut pas s'en effrayer ; mais le niveau suprême consiste à servir Hachem simplement parce qu'Il l'a ordonné, même s'il n'y avait aucune rétribution - et même si le serviteur était puni et le rebelle récompensé. L'homme est tenu d'obéir aux ordres du Saint béni soit-Il quand bien même on lui annoncerait que chaque mitsva entraîne une punition. Nous ne sommes certes pas à ce niveau, mais « à force d'agir de façon intéressée, on en vient à agir de façon désintéressée » : on commence par pratiquer en vue d'une récompense, et par ce biais, on espère atteindre le niveau où nos actes seront accomplis pour l'amour du Ciel.
D'autre part, explique le Malbim, il existe en l'homme une autre force : la raison pratique, la dimension intellectuelle de l'être, qui est une parcelle divine d'En Haut, issue de l'intelligence du Dieu Tout-Puissant, car « celui qui insuffle le souffle de vie le tire de son être même » - Il a insufflé en nous une part spirituelle. Cette part nous attire vers la spiritualité. Ici-bas, l'âme ne tire aucun plaisir ni d'une glace ni d'un steak ; pour qu'elle s'épanouisse, il lui faut la prière, il lui faut la Torah, il lui faut s'attacher au spirituel. Le roi David déclare donc : Hachem me conseille face au corps et à la matérialité, et quiconque écoute le conseil d'Hachem applique ce principe de « Chiviti Hachem lenégdi » - il examine ses désirs et ses volontés face au service d'Hachem, et pèse l'un face à l'autre.
Puisqu'Il est à ma droite, je ne chancellerai point
Et quel est son choix ? « Puisqu'Il est à ma droite, je ne chancellerai point ». Le Malbim explique : ces deux voies sont désignées dans les Écritures par la droite et la gauche ; la voie de la droite est celle du service d'Hachem et de l'attachement à Lui, comme il est dit : « Le cœur du sage est à sa droite, et le cœur du sot est à sa gauche ». Après avoir placé Hachem devant moi et annulé ma volonté devant la Sienne, je me tiens constamment tourné vers la droite - dans la sainteté, dans la pureté, sur le chemin qui mène à la proximité avec Dieu. Dès lors, « je ne chancellerai point », je ne m'effondrerai pas. Cette voie conduit à la plénitude, et non à la chute, à la brisure, à la douleur et à la ruine.
Rachi explique « puisqu'Il est à ma droite, je ne chancellerai point » : le roi David avait un Sefer Torah constamment attaché à lui, selon la coutume des rois ; la Torah est collée à ma droite, je m'y investis continuellement, et grâce à cela, je ne chancellerai point. Le Radak, quant à lui, rapporte l'explication du Rambam dans le Guide des Égarés : « à ma droite » signifie qu'Hachem est pour moi comme ma main droite, à l'image du verset « Si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite m'oublie ». Nul n'oublie jamais sa main droite ; l'aisance avec laquelle elle se meut fait qu'on en a constamment conscience. De même, l'homme se souvient sans cesse du Saint béni soit-Il, et ainsi il ne chutera point.
Trois degrés : le cœur, l'âme et le corps
לָכֵן שָׂמַח לִבִּי וַיָּגֶל כְּבוֹדִי אַף־בְּשָׂרִי יִשְׁכֹּן לָבֶטַח׃ (ט) - C'est pourquoi mon cœur est dans la joie, mon âme exulte, et ma chair même reposera en sécurité. (9)
Le Malbim explique que David énumère ici trois degrés. Le premier : « mon cœur est dans la joie ». Le Malbim nous a déjà rappelé à plusieurs reprises que le cœur représente la faculté de souveraineté dans l'âme ; le cœur gouverne les membres du corps. Or, l'homme qui ne se conforme pas à ce cœur souverain, mais au contraire, dont le cœur se laisse asservir par les passions, ne connaît ni joie ni satisfaction véritable dans ses actes. Nos Sages enseignent : « Les impies sont remplis de regrets. » Nous avons souvent souligné que les plaisirs matériels ne comblent pas l'homme : ils le vident et suscitent en lui de nouveaux désirs insatiables. Un cœur soumis aux passions se trouve constamment plongé dans une guerre intestine : d'un côté, il désire et convoite, mais de l'autre, il sait qu'il s'en repentira aussitôt en se disant : « Pourquoi ai-je fait cela ? Qu'est-ce que cela m'a apporté ? » - car il n'en reste rien. Il se sent ensuite comme une loque : « N'étais-je donc pas capable de me dominer, de faire face à moi-même ? » En réalité, il a abandonné sa gouvernance, car le pouvoir réside dans le cœur. Le roi David affirme donc : « Mon cœur est dans la joie » - mon cœur se réjouit, car il dirige comme il se doit et ne se laisse point entraîner par les passions.
La deuxième dimension découle de l'âme divine : « mon âme exulte » (« vayagel kevodi »). Le Malbim fait remarquer que dans les Écritures, le terme « gloire » ou « honneur » (kavod) est une désignation de l'âme, comme dans le verset : « afin que ma gloire Te chante et ne se taise point ». Et comme nous l'avons précisé, l'âme ne trouve aucun agrément dans les plaisirs corporels ; bien au contraire, elle s'étiole et souffre. Quand le corps s'égare dans la poursuite des désirs terrestres, l'âme ressent douleur et angoisse ; c'est précisément ce qui plonge l'homme dans la dépression, la tristesse, l'abattement et le manque d'élan vital - car l'âme dépérit en lui. Mais en ce qui me concerne, proclame David, c'est l'inverse : je comble les aspirations de mon âme par la spiritualité, et c'est pour cette raison qu'elle est en fête : « vayagel kevodi ».
Le troisième aspect a trait au corps lui-même. Tant que le corps court après les passions, comme le rappelle le Rambam, celles-ci consument aussi la matière corporelle, selon le mot du verset : « depuis l'âme jusqu'à la chair, tout est anéanti ». Le Rambam écrit que celui qui s'abandonne aux débordements sensuels voit s'éteindre la lumière de ses yeux, son corps s'étioler et sa chair se dessécher, décrivant avec minutie la déchéance de ceux qui se laissent asservir par leurs penchants. Or, les statistiques révèlent que les localités d'Israël affichant l'une des espérances de vie les plus élevées sont Bnei Brak et Modiin Illit, qui présentent également le taux de morbidité par le cancer le plus faible du pays. Leurs habitants mangent-ils pour autant une nourriture particulièrement diététique ? Pas vraiment : le cholent, le gefilte fish et le kugel n'ont pas grand-chose à voir avec le tofu, les graines de chia ou les aliments de santé modernes. Mais la Torah nous enseigne qu'elle confère la longévité : « afin que tes jours se prolongent », « afin que tu vives heureux ». La Torah nous indique les véritables chemins pour mériter de longs jours en ce monde et se préserver des maladies. C'est le sens de : « ma chair même reposera en sécurité » - même ma nature corporelle ne se détruira pas dans l'excès des passions matérielles, et elle connaîtra elle aussi une forme de pérennité.
La joie face à l'allégresse
Le Malbim apporte une précision : quelle est la différence entre la joie (« same'ah ») et l'allégresse (« yagel ») ? Nous l'avons souvent expliqué : la « sim'ha » est une joie continue, constante et posée, tandis que la « guila » est un élan jaillissant, soudain, provoqué par un renouveau ou une découverte inattendue. C'est pourquoi, à propos du cœur, il est dit « mon cœur est dans la joie » (« same'ah ») - une joie permanente, car il surmonte continuellement son mauvais penchant et conserve la maîtrise de soi. Si le cœur ne parvenait à dominer que de temps à autre, chaque victoire provoquerait une « guila » passagère : « J'ai réussi à me dépasser ! » Mais David dit : « mon cœur est dans la joie » - mon cœur l'emporte de façon constante, et c'est une joie continue et non un enthousiasme éphémère. En revanche, « mon honneur » (« kevodi »), c'est-à-dire l'âme spirituelle, « exulte » (« tagel »), car chaque fois elle découvre un nouveau degré de spiritualité, atteint un nouvel accomplissement, et éprouve alors cette « guila », cette allégresse vive et sans cesse renouvelée.
Car Tu n'abandonneras pas mon âme au Shéol
כִּי לֹא־תַעֲזֹב נַפְשִׁי לִשְׁאוֹל לֹא־תִתֵּן חֲסִידְךָ לִרְאוֹת שָׁחַת׃ (י) - Car Tu n'abandonneras pas mon âme au Shéol, Tu ne laisseras pas Ton fidèle serviteur voir le tombeau. (10)
En écho à « mon âme exulte », qui dépeint l'âme spirituelle baignée d'allégresse, le texte poursuit : « Tu n'abandonneras pas mon âme au Shéol ». Certes, le corps devra finalement mourir - telle est la destinée inéluctable de tout homme, qu'il serve D.ieu ou non, le cimetière étant appelé « le lieu de rassemblement de tout vivant » où tous les êtres finissent par se retrouver. Néanmoins, si le corps descend dans la tombe, mon âme, elle, n'y descendra point : elle vivra à tout jamais. À l'opposé, « l'âme de l'impie descend vers le bas, vers la terre » : lorsqu'un homme est resté enfermé dans la matière, son âme demeure engluée ici-bas, attachée aux contingences de ce monde. Mais Toi, Hachem, Tu n'abandonneras pas mon âme au Shéol ; mon corps descendra dans la tombe mais mon âme sera épargnée, et elle goûtera aux délices de l'éternité.
Et face à « ma chair même reposera en sécurité », David s'écrie : « Tu ne laisseras pas Ton fidèle serviteur voir le tombeau » - ce corps qui s'est conduit avec piété et fidélité, ne le livre pas à la corruption de la tombe. Cela signifierait-il qu'il ne mourra jamais ? Le Malbim précise : Tu ne le laisseras point descendre dans la fosse avant son heure. Le moment viendra où chacun devra quitter ce monde, mais ne le précipite pas dans le tombeau prématurément, car je marche dans la voie d'Hachem et demeure fermement attaché à Ses mitsvot.
Le Malbim souligne une nuance profonde : quelle différence y a-t-il entre « Tu n'abandonneras pas » (« lo ta'azov ») et « Tu ne laisseras pas » (« lo titen ») ? « Lo ta'azov » suppose que l'homme est placé sous la garde vigilante d'Hachem, intimement uni et attaché à Lui, bénéficiant d'une protection constante. « Lo titen », en revanche, signifie : ne permets pas, ne délaisse pas - qu'Hachem me préserve de choir dans la fosse. Cette formulation convient au corps, qui n'est pas attaché à Hachem avec la même intensité spirituelle. L'âme est une parcelle céleste qu'Hachem soutient directement ; c'est pourquoi David implore : « Ne m'abandonne point, n'abandonne pas mon âme au Shéol, garde-la pour ainsi dire unie à Toi. » Mais pour la part matérielle, sur laquelle D.ieu n'a pas, pour ainsi dire, cette même prise immédiate, il demande : « Maître du monde, ne me livre pas à la pourriture du tombeau, ne me laisse pas tomber prématurément dans la fosse. »
« Tu me feras connaître le sentier de la vie » - Quelle est la véritable vie
תּוֹדִיעֵנִי אֹרַח חַיִּים שֹׂבַע שְׂמָחוֹת אֶת־פָּנֶיךָ נְעִמוֹת בִּימִינְךָ נֶצַח׃ (יא) - Tu me feras connaître le chemin de la vie ; plénitude de joies en Ta présence, délices à Ta droite pour l'éternité. (11)
Le Malbim explique : la vie temporelle n'est qu'une illusion d'existence. Ce que l'homme vit ici-bas n'est qu'éphémère. Interrogez une personne au soir de sa vie, elle vous dira combien cette existence terrestre est passagère, temporaire et fugitive. Un jeune homme est encore persuadé que toute la vie s'offre à lui, mais lorsqu'on approche du terme, on comprend combien la réalité d'ici-bas est transitoire. Et qu'est-ce que la véritable vie ? La vie de l'âme, la vie spirituelle.
Nous avons déjà développé ce point dans les parachiot de la semaine : Pharaon demande à Yaakov : « Quel est le nombre des jours des années de ta vie ? », et Yaakov lui répond par un long monologue : « Les jours des années de mes pérégrinations... n'ont point atteint les jours des années de la vie de mes pères, durant leurs pérégrinations ». De prime abord, cette longue réponse est difficile à comprendre. Mais nous avons expliqué, selon le Malbim, que Yaakov lui donne en réalité une leçon de Moussar : tu me demandes « quel est le nombre des jours des années de ta vie », et apparemment tu ne saisis pas ce qu'est la vie. Si tu parles de la vie spirituelle, je n'ai point atteint la spiritualité de mes pères ; ils ont conquis des mondes, atteint une immense proximité divine, tandis que le Roua'h HaKodesh s'est retiré de moi durant de longues années en l'absence de Yossef, et je me sens encore indigne : « Je suis trop petit pour toutes les bontés et pour toute la vérité ». Et si tu fais allusion à mon séjour, au nombre d'années vécues ici-bas dans ce monde, cela ne mérite absolument pas le nom de vie.
Quelle est donc la véritable vie ? Non pas ce que l'on vit ici dans un corps, mais la vie éternelle, lorsque l'âme se dépouillera de ses vêtements corporels pour retourner au faisceau des vivants (Tseror Ha'Hayim). C'est pourquoi le cimetière est appelé Beit Ha'Hayim (« la maison de la vie »), car c'est là que réside la vraie vie. Et le Malbim ajoute : tant que l'homme réside dans un corps, il avance et se rapproche du pays des vivants. Dès l'instant de sa naissance, l'horloge commence à tourner - le jour de la mort s'amorce dès le jour de la naissance - et à partir de là, il commence à marcher sur le chemin qui mène au pays de la vie. Cependant, tout cela ne vaut que s'il marche sur la bonne voie ; s'il s'égare dans des sentiers sinueux et tortueux, il n'atteindra pas la contrée de la vie. Il arrivera en bien des lieux, vers des citernes fissurées, mais pas au domaine de la vie.
C'est pourquoi David HaMelekh supplie : de grâce, Hachem, fais-moi connaître le chemin qui mène à la vie. Enseigne-moi la voie qui me conduira vers le séjour de la vie éternelle, quel est le sentier menant à la spiritualité, car cette route, je ne saurais la trouver par moi-même, et seul Hachem peut me l'enseigner. Sans la Torah, comment un homme pourrait-il savoir quel est le droit chemin qui le mènera au pays des vivants ?
Deux différences entre la vraie vie et la vie illusoire
David HaMelekh explique ici deux différences fondamentales entre la véritable vie de l'âme et la vie illusoire, l'existence matérielle de ce monde. La première : la joie que l'homme retire de la vie temporelle n'est pas une joie authentique, car elle ne le rassasie jamais. L'homme en veut toujours plus : j'ai acquis quelque chose, j'en réclame davantage. Vous avez acheté une voiture et vous étiez ravi, mais vous n'êtes pas rassasié, car un peu plus tard, vous voyez qu'un nouveau modèle vient de sortir ; un autre arbore déjà une plaque d'immatriculation à huit chiffres alors que vous êtes bloqué à sept, sa carrosserie brille davantage. L'homme est dans une course perpétuelle, dans une faim constante, sans jamais être comblé. David HaMelekh affirme : dans la vie spirituelle, Tu m'enseignes la « plénitude de joies en Ta présence » - la joie spirituelle comble et rassasie, tandis que le plaisir matériel ne fait que vider.
La seconde différence : le plaisir matériel prend fin. Il n'existe aucun plaisir physique qui dure indéfiniment, et même les plus grandes passions s'éteignent rapidement. Un homme mange, se remplit, se gave, et c'est fini. « Viens manger encore un peu », non, je n'en ai plus envie ; le désir s'est évanoui et l'envie a disparu. Il en va de même pour tous les désirs matériels : ils sont éphémères et abandonnent l'homme. Mais « des délices à Ta droite pour l'éternité » - cette droite que nous avons vue plus tôt dans le verset « car Il est à ma droite, je ne chancellerai pas », la part du service d'Hachem et de la proximité divine -, ce sont des délices éternelles, sans fin ni limite, une félicité absolue.
Et quelle est la différence entre « Netsa'h » (éternité) et « Le'olam » (à jamais) ? Le Malbim explique : pour désigner une chose qui subsistera ici-bas en permanence, on emploie le terme « Le'olam » - c'est-à-dire aussi longtemps que le monde (Olam) existe, cela demeurera ici. En revanche, pour désigner une réalité spirituelle qui subsistera dans le monde spirituel, on dit « LeNetsa'h » - une existence perpétuelle, pour l'éternité des éternités. Même si « les cieux se dissiperont comme la fumée et la terre s'usera comme un vêtement », cela reste éternel ; et ce qui relève de l'éternité est spirituel, constant et inaltérable.
Pour conclure le chapitre, Rachi interprète « Fais-moi connaître le sentier de la vie » au futur et non sur le ton de la prière : Toi, Hachem, Tu me feras connaître le sentier de la vie. Quant au Radak, il explique qu'il s'agit bien d'une prière : de grâce, Hachem, fais-moi connaître le chemin de la vie ; je Te supplie, Maître du monde, de me révéler la voie droite par laquelle je m'attacherai à Toi.
En conclusion :
Dans cette partie du psaume, David Hamelekh met en relief la différence entre lui et ceux qui s'égarent dans les futilités : sa part réside dans les délices spirituels, et même son lot matériel lui est agréable, car « qui est riche ? Celui qui se réjouit de sa part ». Il bénit Hachem pour deux bienfaits : les 613 conseils de la Torah et le sens moral implanté en lui, pourvu que la morale soit guidée par la Torah. Fort de cela, il place Hachem face à ses désirs, choisit la voie de la droite et ne vacille point. De là découlent trois degrés : un cœur animé d'une joie perpétuelle par sa maîtrise du Yetser, une âme qui jubile devant des accomplissements spirituels toujours renouvelés, et une chair qui repose en sécurité. Enfin - l'âme ne sera pas abandonnée au Shéol et le corps ne connaîtra pas la corruption avant son heure, aboutissant à cette grande prière : « Fais-moi connaître le chemin de la vie », car là seulement résident la plénitude des joies et les délices éternels, ce qu'aucun plaisir matériel ne saurait offrir, n'étant ni rassasiant ni durable.