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Psaume 101 - La conduite de la royauté de David - 2ème partie

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Le psaume 101 est le cantique du roi David sur la voie de l'intégrité : comment l'homme - et à plus forte raison un roi - édifie son monde intérieur et son entourage, afin que non seulement ses actes soient purs, mais également ses pensées, ainsi que les familiers de sa maison et de sa cour. Dans cette partie, nous nous pencherons sur les versets dans lesquels David détaille l'éloignement du mal hors du cœur, son dégoût pour la délation et l'orgueil, et son choix exclusif d'hommes de vérité.

« Je ne placerai point devant mes yeux » - Le mal ne s'élève pas même en pensée
לֹא אָשִׁית לְנֶגֶד עֵינַי דְּבַר בְּלִיָּעַל, עֲשֹׂה סֵטִים שָׂנֵאתִי, לֹא יִדְבַּק בִּי׃ - Je ne placerai point devant mes yeux une chose vile ; je hais les actions des dévoyés, rien ne s'attachera à moi.

Sur le ton de la boutade, on a pu dire : « Asso setim saneiti » - l'homme ne devrait pas courir après les « sets », telle parure d'habits ou telle batterie de vaisselle. Mais ce n'est évidemment pas là le sens littéral du verset, et nous allons l'expliciter.

Le Radak explique que « je ne placerai point devant mes yeux » signifie : dans ma pensée. La faculté d'imagination chez l'homme réside dans les cavités antérieures du cerveau, situées en face des yeux. Observez d'ailleurs : lorsqu'un homme réfléchit, il pose sa main sur la partie avant de sa tête, et non sur l'arrière. La pensée siège à l'avant, vis-à-vis des yeux. C'est pourquoi « je ne placerai point devant mes yeux une chose vile » signifie : je ne place aucune mauvaise chose devant ma pensée ; je n'entretiens aucune mauvaise pensée. « Je hais les actions des dévoyés » - je déteste les actes de ceux qui dévient, et par conséquent cela « ne s'attachera point à moi », pas même en pensée. Le mot « setim » provient de la même racine que dans l'expression biblique « ki tisteh ishto » (si son épouse dévie), c'est-à-dire s'écarter du droit chemin - non pas dans le sens restreint d'aujourd'hui, mais au sens large : ceux qui dévient de la droiture, je hais leurs agissements.

Le Malbim explique que David vient révéler ici ce qu'est la perfection de l'intégrité (la temimout). Dans l'accomplissement du bien, il s'agit de ne point agir dans un but intéressé ou par gloriole, pour être vu et loué. Telle est toute sa réflexion, au point de déclarer : je fixe devant mes yeux comme règle que quiconque n'agit pas pour l'honneur du Ciel (lechem Chamayim), je le tiens pour une chose vile. Celui qui jeûne uniquement pour qu'on le voie et qu'on le prenne pour un tsadik, celui qui prie uniquement pour qu'on dise de lui quel grand serviteur d'Hachem il est - je traite cela comme un acte vil. Nous dirions qu'il s'agit d'une piété imparfaite ; David, lui, affirme : j'ai cela tellement en horreur que pour moi, c'est considéré comme une infamie.

Il en va de même pour l'injonction de se détourner du mal : cela ne doit pas découler de la seule peur du châtiment. En effet, si un homme ne s'éloigne du mal que par crainte de la punition, il s'ensuit que si on lui annonçait que la peine pour telle faute a été levée, il dirait aussitôt : formidable, on peut désormais médire en toute liberté ! Que révèle une telle attitude ? Qu'il ne sert point Hachem parce que c'est Sa volonté, mais seulement parce qu'on lui a placé un pistolet sur la tempe. Dès qu'on abaisse l'arme, il fait ce qui lui chante. David proclame alors : je hais la substance même du mal. Même si l'on supprimait la menace, je ne ferais aucun mal, car je n'ai aucune attirance pour lui. C'est le sens de « je hais les actions des dévoyés » - par nature, je hais toute déviation du droit chemin, si bien que même dans ma pensée elle ne s'attache point à moi. Et telle est la voie de l'intégrité du cœur.

« Le cœur tortueux s'éloignera de moi » - Non seulement l'acte, mais aussi le penchant
לֵבָב עִקֵּשׁ יָסוּר מִמֶּנִּי, רָע לֹא אֵדָע׃ - Le cœur tortueux s'éloignera de moi, je ne veux point connaître le méchant.

Le Radak commente : celui dont le cœur est pervers, je ne l'admettrai point dans ma compagnie. « Je ne veux point connaître le méchant » - un homme mauvais ne comptera point parmi mes intimes ni mes connaissances. On voit par là combien il importe à l'homme de ne pas compter de personnes néfastes dans son entourage. La Guémara raconte à propos de Reish Lakish que quiconque conversait avec lui sur la place publique se voyait prêter de l'argent sans exiger de témoins ; il suffisait que Reish Lakish eût échangé quelques mots avec lui pour que l'on se dise : on peut se fier à cet homme. À ce point l'homme doit veiller à ne pas fréquenter d'individus négatifs, car ils finissent inévitablement par déteindre sur lui.

Le Malbim ajoute : outre le fait que David déteste le mal en acte, il ne ressent pour lui aucun penchant, fût-ce dans les replis secrets du cœur. Et la définition d'un « cœur pervers », explique le Malbim, désigne celui dont la nature du cœur - la force motrice, l'esprit directeur (le cœur étant le siège de la volonté et de la gouvernance en l'homme) - incline à l'opposé des lois et des voies de la sagesse, et dont l'attrait intérieur va vers le mal. Notre tâche consiste à atteindre un degré où le cœur n'est plus du tout attiré par le mal ; non pas que le cœur soit tenté et que l'on doive constamment surmonter l'épreuve. Se surmonter est certes un travail admirable, mais l'aspiration suprême est de n'éprouver plus aucune attirance.

Nous avons déjà évoqué l'enseignement du Rav Dessler, selon lequel le simple fait d'être attiré par le mal constitue déjà pour nous un déshonneur. On cite parfois un exemple frappant : si une femme disait à son mari qu'elle a été mise à l'épreuve aujourd'hui au travail mais qu'elle a surmonté la tentation, en recevrait-elle des félicitations ? Comment même concevoir qu'il y ait eu une telle tentation ? Quelle est donc cette éventualité (cette hava amina) ? De la même manière, aux yeux des anges, la simple éventualité de fauter est en soi déplorable. « Maître du monde, j'ai voulu commettre des actes qui Te déplaisent, mais j'ai finalement surmonté mon envie » - est-il seulement concevable qu'un être veuille contrarier son Créateur ? C'est comparable à un enfant qui dirait à son père : quand tu m'as parlé ainsi, j'ai eu envie de te gifler, mais je me suis retenu. Que lui répondrait-on ? En vérité, selon la stricte justice, comment imaginer désobéir à son Créateur, de qui l'on reçoit à chaque instant la vie et le souffle ?

Mais cela relève d'une perspective d'anges. L'ange n'a pas conscience de la force du mal en nous, il ne connaît pas le Yétser Hara, et c'est pourquoi les anges ne comprennent pas : « Qu'est-ce que l'homme pour que Tu Te souviennes de lui, et le fils de l'homme pour que Tu Te soucies de lui ? » - car même le Tsadik a pu être effleuré par une pensée coupable. Et qu'a fait le Saint, béni soit-Il, avec Ouza et Azaël qui s'en indignaient ? Il les a précipités ici-bas, et nous avons immédiatement vu qu'eux aussi ont fauté. Autrement dit, la conception des anges est très juste en soi, simplement ils n'ont pas été confrontés à l'épreuve pratique, et il leur est donc facile de parler ; reçois un mauvais penchant, subis l'épreuve - et tu verras que toi aussi, tu seras traversé par la tentation. Mais au fond des choses, la véritable attitude consiste à ne même pas concevoir l'éventualité du mal, car comment imaginer accomplir un acte qui déplaise à Hachem, béni soit-Il ?

Le Malbim explique : un homme doté d'un cœur tortueux a une nature personnelle portée vers le mal, et il a besoin d'une lutte intérieure permanente pour le surmonter. « Ikéch » signifie tordu, dévié. C'est semblable au volant d'une voiture qui tire constamment vers la droite : lâchez le volant, et elle déviera aussitôt ; vous êtes donc contraint de le tenir en permanence pour qu'elle roule droit. Il en va de même pour une personne en constante dérive : c'est cela, un cœur tortueux. De même, « des chemins sinueux » (akouchot), et « la voie tortueuse » (dérekh ikéch) - dont la marche penche toujours sans jamais aller droit. Aller constamment droit, c'est la voie de l'intégrité (témimout). David déclare : qu'un cœur tortueux s'éloigne de moi - il n'y a chez moi aucune inclination vers le mal.

Plus encore : « je ne connaîtrai point le mal » - la bonne action est si intimement gravée en moi que j'ignore totalement ce qu'est le mal. Tel était l'état de l'homme avant la faute : il ne connaissait pas le mal, et tout son service intérieur s'articulait entre le vrai et le faux, et non entre le bien et le mal. Le bien et le mal relèvent d'un monde de désirs matériels, or Adam Harichon n'avait aucune attirance pour la passion - « Ils étaient tous deux nus et n'en avaient point honte » - et toutes ses épreuves étaient d'ordre rationnel et intellectuel, comme nous l'avons appris dans le Nefech Ha'haïm et le Sifté 'Haïm. Ainsi parle David : je suis comme Adam avant la faute, ignorant totalement le mal, car les chimères et les représentations du péché ne montaient nullement à son cœur.

C'est pourquoi il est dit du roi David : « et mon cœur est vide au-dedans de moi », et « Adam » forme les initiales de : Adam, David, Machia'h. Et si l'on demande : si son cœur était vide en son sein, comment a-t-il pu commettre la faute de Bath-Shéba ? Nous en avons déjà parlé en détail. La faute de David n'était point une faute charnelle comme nous l'imaginons, issue de traits imparfaits et d'un cœur partagé dans le service divin. Selon les paroles de Rabbi Israël Salanter, il existe deux sortes de Yétser Hara : celui avec lequel nous naissons, nos penchants naturels, et un mauvais penchant spirituel, fait de feu, envoyé d'En Haut pour éprouver l'homme. Chez David, il s'agissait d'un ange de feu envoyé pour le séduire, et cela faisait suite à sa propre prière : « Éprouve-moi, Hachem, et sonde-moi ». De même trouvons-nous chez Yéhouda qu'un ange l'a poussé vers Tamar, afin de susciter la lignée de la maison de David.

Il en fut de même pour Rav Amram 'Hassida - et le titre de « 'Hassida » désigne un degré d'une élévation immense. Lorsqu'on hébergea chez lui ces captives, comment a-t-il pu, soudainement, soulever à lui seul une échelle que plusieurs hommes peinaient à déplacer ? Et qui plus est : où a-t-on jamais vu un homme dominé par la concupiscence se mettre à crier « au secours ! » en plein élan de sa pulsion ? C'est absolument impensable. Quand cela devient-il concevable ? Lorsqu'il ressent que la chose lui est imposée de l'extérieur ; ce n'est pas une envie née du dedans, mais une contrainte externe - et c'est alors qu'un homme appelle à l'aide. Et lorsqu'il s'écria : « Au feu chez Amram ! » - comme nous le rappelons dans le piyout de Roch Hachana -, une colonne de feu jaillit de lui. Pourquoi ? Est-ce que quiconque surmonte son penchant voit une colonne de feu sortir de lui ? C'est que notre mauvais penchant est fait de désirs corporels, inhérents à notre être, tandis que chez lui, ce n'était pas cette nature-là, mais un ange dépêché de l'extérieur pour le tenter, ce qui constitue une épreuve d'une violence extrême. Il en fut ainsi pour David Hamélekh, mais quant à sa propre personne : « et mon cœur est vide au-dedans de moi ».

L'obstination : un trait blâmable - et une vertu indispensable

Dans le livre Péri 'Haïm, une explication remarquable est apportée. L'obstination est ordinairement un défaut fort condamnable, et l'on sait que de nombreux Guédolim ont lutté pour s'en défaire. Le 'Hazon Ich avait pour règle de céder si l'on insistait auprès de lui, afin de ne point faire preuve d'entêtement - pour autant, naturellement, qu'il ne s'agissait pas de transgresser la Torah. En revanche, face au Yétser Hara, c'est précisément là que l'obstination devient indispensable. Le penchant sollicite l'homme sans répit, pareille à une mouche qu'on chasse et qui revient aussitôt ; sans entêtement, impossible d'en triompher. Qu'on songe à Yossef Hatsadik : « Et ce fut, comme elle lui parlait jour après jour » - qui peut se représenter l'inébranlable détermination qu'il lui fallut opposer !

Au sujet de Rav 'Haïm Kanievsky, ses fils racontaient que tout ce qu'il a accompli reposait sur cette ténacité. « Rien ne pouvait faire dévier notre père de sa décision » : dès lors qu'il s'assignait un but et un idéal, il l'atteignait. Durant les deux premières années où il entreprit d'achever l'étude de l'ensemble du Chass en un an, il n'y parvint pas ; nous aurions conclu : « cela ne va pas, étalons le programme sur deux ans ». Lui ne renonça point, et la troisième année, il tint son engagement. « Notre père était opiniâtre » - d'une opiniâtreté au service de la sainteté. On raconte aussi que lorsqu'il voulut aborder les lois du calendrier et de l'intercalation des mois, dont les calculs astronomiques sont fort ardus, on lui dit que ce n'était pas à sa portée, que c'était trop difficile. En entendant cela, il décida de s'y consacrer sans relâche jusqu'à les maîtriser ; il s'assit et approfondit seul la matière, au point de devenir l'un des rares érudits de sa génération à dominer parfaitement ces règles. Car existe-t-il une part de la Torah qu'un homme ne puisse acquérir ? On constate donc que l'obstination est éminemment louable pour combattre le Yétser Hara et s'élever dans la spiritualité.

Dès lors, on comprendra les paroles de David. Nos Sages enseignent que le mauvais penchant est désigné sous le terme de « mal » - le Saint, béni soit-Il, l'a ainsi nommé, comme il est dit : « car le penchant du cœur de l'homme est mauvais dès sa jeunesse ». Tel est le sens de : « Qu'un cœur tortueux s'éloigne de moi » - Maître du monde, écarte de moi l'obstination, qui est un penchant néfaste. Mais cela ne vaut qu'à la condition que « je ne connaisse point le mal » - que je n'aie pas affaire au Yétser Hara et n'aie pas de combat à mener contre lui. En revanche, si « je connais le mal », si j'ai à lutter contre le penchant - bien au contraire, accorde-moi l'obstination pour lui résister. Face au Yétser, il faut faire preuve d'une fermeté absolue.

L'aversion pour la délation
מְלׇשְׁנִי בַסֵּתֶר רֵעֵהוּ אוֹתוֹ אַצְמִית, גְּבַהּ עֵינַיִם וּרְחַב לֵבָב אֹתוֹ לֹא אוּכָל׃ - Celui qui calomnie son prochain en secret, je l'anéantirai ; celui dont le regard est hautain et le cœur enflé d'orgueil, je ne puis le supporter.

Le Radak explique que le Youd dans le mot « Melochani » est une lettre adventice, à l'instar de « Hamagbihi lachévet » (où le verbe Magbiah reçoit un Youd en finale), et que « melochan » suit ici la forme grammaticale de « mechofat ». Il s'agit du calomniateur, du délateur : celui qui vient me rapporter secrètement des médisances sur son compagnon - « Sais-tu, David, qu'un tel a agi de telle façon contre toi ? ». À son propos, David affirme : je l'anéantirai - je le rabrouais et le bannissais de ma présence afin qu'il ne reparaisse plus devant moi. Cela va à l'encontre de la coutume des autres rois, remarque le Radak, qui s'entourent volontiers de délateurs pour être informés de tout ce qui se trame en tout lieu.

On raconte que lorsque furent ouvertes les archives russes de l'époque du K.G.B., et même auparavant, du temps du N.K.V.D., il s'avéra que la moitié de la population dénonçait l'autre moitié et inversement, et qu'ils détenaient des informations précises sur tout ce qui se passait. Une telle réalité est très commode pour le pouvoir : il n'y a plus de secret, on sait tout.

Soit dit en passant, c'est l'une des erreurs que commettent les enseignants et les éducateurs : ils créent en classe des mécanismes de délation, ce qui est très mauvais et empoisonne l'atmosphère. Je me souviens de mes années en yéchiva ketana, où il y avait dans le cours un camarade dont nous sentions qu'il était en déclin, et nous sommes venus en parler avec le machguiah. Je n'oublierai jamais comment le machguiah, le Rav Ezra Nissan zatsal, machguiah de la yéchiva Rinat HaTorah, éducateur remarquable, nous montra un visage sévère : en quoi cela te concerne-t-il ? Que t'importe ? Es-tu donc son machguiah ? Et bien que notre intention fût bonne, il voulait nous montrer qu'il ne développait pas ici de mécanismes de délation. Il connaissait chaque élève de fond en comble, et possédait un discernement particulier pour savoir à quel niveau se tenait chacun. "Je n'ai pas besoin de délateurs" - car cela provoque une agitation interne : l'un va rapporter sur l'autre, celui-ci vient raconter, et chacun cherche à trouver grâce aux yeux de l'enseignant et du machguiah. Seuls un enseignant faible, un éducateur faible et un machguiah faible ont besoin de délateurs. Celui qui fait son travail comme il faut et connaît bien ses élèves n'a pas besoin qu'on lui rapporte des choses, et au contraire, cela cause des dégâts. Chercher à plaire en s'élevant par l'abaissement de l'autre est une chose très négative.

David dit : je suis à l'opposé des autres rois, qui rapprochent les délateurs afin de punir les dénoncés dans leurs biens, les taxant aussitôt et leur extorquant de l'argent. Moi, je n'agissais pas ainsi, mais je haïssais le délateur, et je ne punissais un homme que s'il y avait des témoins contre lui ; et c'était justement le délateur que je faisais taire devant moi, le tenant pour un menteur. Et pourquoi, alors qu'il dit peut-être la vérité ? Comme le disent nos Sages dans la Guemara : "Touvia a fauté et Zigoud est fouetté" : Zigoud vint témoigner que Touvia avait fauté, et l'on fouetta Zigoud. Il dit : Touvia a fauté et c'est moi que tu fouettes ? Ils lui répondirent : tu es un témoin unique, et en tant que témoin unique il t'est interdit de témoigner, car de toute façon on n'accepte pas ton témoignage, il s'avère donc que ce n'est que du lachone hara, et il convient que tu reçoives des coups. De même dans Pessahim 113, parmi les choses que le Saint béni soit-Il déteste : celui qui voit une faute chez son prochain et témoigne seul contre lui. Ton témoignage ne sert à rien, alors pourquoi le calomnier ?

"L'orgueil des yeux et l'ampleur du cœur" - celui qui n'a pas de remède

Par voie d'allusion : "guevah einayim vé-rehav lévav" (l'orgueil des yeux et l'ampleur du cœur) forment les lettres du mot "loeg" (railleur). Qui raille toujours son prochain ? Celui qui a l'orgueil des yeux et l'ampleur du cœur, qui regarde tout le monde avec fierté : que comprend-il donc à sa vie ? Et avec ces mêmes lettres se forme aussi le mot "goal" (dégoût) : il est dégoûtant de se comporter ainsi, de toujours railler autrui.

Le Radak rapporte que Chelomo s'est exprimé de la même manière : "rom einayim vé-rehav lev" (l'élévation des yeux et l'ampleur du cœur). Le sens est : celui dont les yeux sont hautains pour regarder les convoitises du monde, et dont le cœur est large à leur égard, selon les termes du Radak, il leur fait de la place dans son cœur et pense à elles. "Rehav lévav" est une expression de la convoitise : un cœur large qui veut toujours ceci et cela, et jalouse tout ce que possèdent les autres. À ce sujet il dit : "celui-là, je ne le pourrai pas" - je ne peux pas le corriger, il n'y a rien à faire avec lui. Car si tu lui dis de regarder vers le haut pour sortir de l'orgueil, cela même le mènera à la jalousie ; et si tu lui dis de regarder vers le bas pour sortir de la jalousie, cela le mènera à l'orgueil.

On raconte à propos du tsadik Rabbi Avraham Yehochoua Heschel d'Apta, auteur du "Ohev Israël", qu'il partit un jour passer le Chabbat dans une ville proche de Iaşi, en Roumanie. Deux notables aisés y habitaient, dont les demeures étaient spacieuses et qui pouvaient offrir au tsadik une chambre privée et tout ce dont il avait besoin, et tous deux vinrent lui proposer de séjourner chez eux. Le Rabbi les sonda quelque peu, et il s'avéra que l'un était très scrupuleux dans les mitsvot mais possédait un "esprit hautain", était orgueilleux, tandis que l'autre ne s'enorgueillissait nullement de sa richesse et était humble, mais n'était pas aussi scrupuleux dans les mitsvot. Il dit qu'il séjournerait chez le second, et ainsi fit-il chaque fois qu'il venait.

On se mit à murmurer : pourquoi le Rav va-t-il chez celui qui n'est pas scrupuleux dans les mitsvot et non chez le premier ? Il leur dit : c'est vrai, mais sachez-le, le premier est certes exempt de toute faute, mais entaché par le défaut d'orgueil, et le Saint béni soit-Il dit de l'orgueilleux : "Lui et Moi ne pouvons demeurer ensemble dans le monde." Si le Saint béni soit-Il dit qu'Il ne peut demeurer avec lui, à plus forte raison moi, l'humble, ne puis-je être avec lui sous un même toit. Tandis que chez le second notable sont ancrées les qualités d'humilité et de modestie ; et qu'importe si de temps en temps il trébuche dans une faute, car du Saint béni soit-Il il est dit "Qui demeure avec eux au milieu de leur impureté", et nos Sages disent que le Saint béni soit-Il se trouve avec Israël même au milieu de leur impureté. Si donc Hachem se trouve là, et même si ce n'est pas le sommet de la sainteté, dès lors que Hachem peut être avec lui, moi aussi je le peux. Je préfère être en ce lieu-là plutôt qu'en l'autre.

"Mes yeux se portent sur les fidèles du pays" - le choix des conseillers et des serviteurs
עֵינַי בְּנֶאֶמְנֵי אֶרֶץ לָשֶׁבֶת עִמָּדִי, הֹלֵךְ בְּדֶרֶךְ תָּמִים הוּא יְשָׁרְתֵנִי׃ - Mes yeux se portent sur les fidèles du pays pour qu'ils demeurent auprès de moi ; celui qui marche dans la voie de l'intégrité, celui-là me servira.

Le Malbim dit : "mes yeux" - c'est ma réflexion sur la conduite du royaume. Les gouvernants des temps anciens se choisissaient des conseillers et des ministres qui leur étaient fidèles, dont toute l'ambition était d'accroître les biens du roi, sa fortune et ses trésors. Un tel conseiller invente des idées merveilleuses pour imposer encore un impôt, même si par là il étrangle les citoyens - que lui importe, puisque son salaire vient du roi et qu'il ne doit se soucier que de l'intérêt du roi. David dit : chez moi, il n'en va pas ainsi. Mon ambition est le bien du pays, le bien du public et des citoyens, c'est pourquoi "mes yeux se portent sur les fidèles du pays" - j'ai veillé à choisir comme conseillers et comme ministres des hommes fidèles au pays, et non pas seulement fidèles à moi. Ce sont des hommes qui s'efforcent pour le bien de l'État afin de faire prospérer ses habitants, car la prospérité de l'État est de toute façon aussi la prospérité du roi ; mais je n'ai pas cherché mon propre intérêt aux dépens du peuple qui habite à Sion.

"celui qui marche dans la voie de l'intégrité, celui-là me servira" - et même celui qui me sert pour les besoins de ma maison, je ne prends qu'un homme qui marche dans la voie de l'intégrité, un homme bon et juste, et non un homme qui a un défaut. David illustre ici à quel point tout son attachement est aux hommes droits.

« Celui qui use de tromperie n'habitera point dans ma maison »
לֹא יֵשֵׁב בְּקֶרֶב בֵּיתִי עֹשֵׂה רְמִיָּה, דֹּבֵר שְׁקָרִים לֹא יִכּוֹן לְנֶגֶד עֵינָי׃ - Celui qui use de tromperie n'habitera point au sein de ma maison ; celui qui profère des mensonges ne subsistera point devant mes yeux.

Le Radak explique : « N'habitera point au sein de ma maison » - dans aucune fonction ni aucune charge officielle. Je n'attribue aucun rôle dans ma maison à un homme fourbe. Quant à celui qui profère des mensonges, je ne peux même pas supporter sa vue : « il ne subsistera point devant mes yeux », et à plus forte raison ne l'admettrai-je pas chez moi.

Le Malbim ajoute : ne dis pas qu'il existe une crainte qu'on me trompe en se faisant faussement passer pour un juste sans l'être véritablement - n'as-tu pas dit « Mes yeux sont sur les fidèles du pays » et « celui qui marche dans la voie de l'intégrité », et si ce n'était qu'une apparence trompeuse ? C'est à cela que David répond : « celui qui use de tromperie » ne pourra de toute façon pas demeurer chez moi, car la conduite au sein de ma maison est diamétralement opposée à la voie des imposteurs ; chez moi, tout est vérité et droiture, et il est donc impossible que quiconque n'étant pas authentiquement intègre vienne y servir - car « celui qui profère des mensonges ne subsistera point devant mes yeux ».

« Chaque matin, j'anéantirai » - de la maison à la ville tout entière
לַבְּקָרִים אַצְמִית כָּל רִשְׁעֵי אָרֶץ, לְהַכְרִית מֵעִיר ה' כָּל פֹּעֲלֵי אָוֶן׃ - Chaque matin, j'anéantirai tous les impies du pays, pour retrancher de la ville de l'Éternel tous les artisans d'iniquité.

« Chaque matin » - matin après matin. C'est également ainsi que l'explique Rachi : jour après jour, je retrancherai peu à peu les impies d'Israël passibles de mort. Et pourquoi le matin ? Comme il est dit : « Rendez la justice dès le matin », ou encore selon l'expression « Ils se renouvellent chaque matin, grande est Ta fidélité ». Chaque matin, j'exercerai un jugement rigoureux contre les méchants du pays, et cela permettra de retrancher de la ville de l'Éternel tous les artisans d'iniquité - afin qu'il n'y ait plus d'impies même dans la cité, et pas seulement dans ma maison.

En conclusion :

Dans ce psaume, le roi David nous enseigne la voie de l'intégrité dans toute sa perfection : non seulement des actes purs, mais aussi une pensée limpide - « Je ne mettrai devant mes yeux aucune chose vile » ; non pas l'accomplissement du bien en vue d'une récompense, ni l'abandon du mal par simple crainte du châtiment, mais une haine intrinsèque du mal ; et non seulement la victoire sur les penchants du cœur, mais « Que le cœur tortueux s'éloigne de moi, je ne veux point connaître le mal » - afin qu'il n'y ait plus aucune attirance envers le mal. L'obstination, qui est d'ordinaire un trait blâmable, devient vertueuse lorsqu'elle se dresse contre le penchant au mal. C'est à partir de là que David façonne son entourage : il éloigne le calomniateur ainsi que l'homme au regard hautain et au cœur prétentieux, rapproche les fidèles du pays et ceux qui marchent dans la voie intègre, et ne laisse ni trompeur ni menteur résider dans sa maison - jusqu'à ce que cette conduite sainte et pure rayonne depuis la demeure royale vers la ville de l'Éternel tout entière.