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Psaume 100 - Psaume d'action de grâce et proclamation du miracle - Deuxième partie

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Introduction

Le Psaume 100 est un « Mizmor LéToda » - un psaume entièrement dédié à la reconnaissance envers Hachem, béni soit-Il. Dans cette partie, nous poursuivrons l'étude du psaume : la prise de conscience qu'Hachem est le Maître de toutes les forces, que c'est Lui qui nous a faits et que nous Lui appartenons, l'appel à franchir les portes du Beth Hamikdach avec reconnaissance et louange, et la conclusion affirmant que la bonté et la fidélité du Créateur sont éternelles.

« Sachez qu'Hachem est Elohim » - Le Maître de toutes les forces
דְּעוּ כִּי־יְהֹוָה הוּא אֱלֹהִים הוּא־עָשָׂנוּ (ולא) [וְלוֹ] אֲנַחְנוּ עַמּוֹ וְצֹאן מַרְעִיתוֹ׃ - Sachez qu'Hachem est Elohim : c'est Lui qui nous a faits, et nous Lui appartenons [selon la lecture traditionnelle], Son peuple et le troupeau de Son pâturage.

« Sachez qu'Hachem est Elohim » - Il est le Tout-Puissant, le Maître de toute capacité, le Maître de toutes les forces, et il n'y a rien en dehors de Lui. Nous avons déjà mentionné par le passé que le Nom « Elohim » s'écrit au pluriel, car « El » renvoie à la puissance, comme dans l'expression « il est au pouvoir de ma main » (yech le'el yadi), ou comme on parle des « puissants de la terre », des magnats de la finance ou du pétrole - des détenteurs de pouvoir. Hachem est Elohim, c'est-à-dire le Maître de toutes les forces réunies, et toutes les énergies de la Création procèdent de Lui.

Le Malbim explique : « Elohim » est la source de toutes les forces qui se déploient dans la réalité, et Celui qui les dirige est le Saint, béni soit-Il. Par conséquent, si toutes les forces Lui appartiennent - « c'est Lui qui nous a faits, et non pas nous ».

« C'est Lui qui nous a faits, et non pas nous / et nous Lui appartenons » - Kéri et Kétiv

Le verset est écrit « vé-lo » avec un Alef (« et non pas »), mais se lit « vé-lo » avec un Vav (« et à Lui »), et les commentateurs ont mis en lumière ces deux significations. Rachi commente d'après le texte écrit (le Kétiv) : « C'est Lui qui nous a faits » - alors que nous n'existions pas encore dans ce monde ; alors que nous n'étions encore « rien », Hachem nous a créés.

Le Radak explique : sachez désormais qu'Hachem est Elohim, qu'Il a le pouvoir de bouleverser les lois de la nature et de gouverner le monde entier, et que c'est Lui qui vous a fait sortir de l'exil. « C'est Lui qui nous a faits, et nous Lui appartenons » (avec un Vav) - Il nous a fait grandir et nous a élevés. Le terme « 'Assanou » n'a pas ici le sens d'une création première, mais s'emploie comme dans l'expression « Hachem qui a fait Moïse et Aaron » - c'est-à-dire qu'Il les a hissés à un rang suprême. De même, ce verbe exprime l'embellissement ou le soin, comme dans « elle fera ses ongles » - les fabriquerait-elle donc ? Non, elle les soigne et les taille. De même ici, « c'est Lui qui nous a faits » signifie qu'Il nous a façonnés, nous a établis dans notre dignité, nous a fait grandir et nous a magnifiés. « Et nous Lui appartenons » - nous portons Son Nom, nous sommes Son peuple et le troupeau de Son pâturage, nous Lui appartenons et sommes tournés vers Lui.

Selon le texte écrit avec un Alef - « et non pas nous » : nul ne peut prétendre « ma force et la vigueur de ma main m'ont procuré cette richesse ». Ce n'est pas nous qui avons accompli tout ce qui existe dans la Création, tout vient de Lui, béni soit-Il ; et si nous sommes « Son peuple et le troupeau de Son pâturage », c'est uniquement l'œuvre du Saint, béni soit-Il, car nous n'avons rien produit de nous-mêmes dans l'univers.

Le Radak cite en outre une explication au nom de Rav Saadia Gaon : « C'est Lui qui nous a faits, et non pas nous » - il est à noter que dans les éditions imprimées du Radak ainsi que chez Ibn Ezra, le mot apparaît avec un Vav, ce qui est manifestement une erreur d'impression, le sens exigeant un Alef. L'idée est la suivante : ce n'est pas nous qui nous sommes faits nous-mêmes. C'est l'antithèse absolue de Pharaon qui déclarait : « Mon Nil m'appartient, et c'est moi qui me suis fait » ; David proclame au contraire : non pas, c'est Lui qui nous a faits, et nous ne nous sommes nullement faits nous-mêmes.

Le Malbim : Quatre liens qui nous rattachent à Lui

Le Malbim énumère quatre liens par lesquels nous sommes rattachés au Créateur. Le premier : « C'est Lui qui nous a faits » - Il nous a tirés du néant vers l'existence et nous a fait advenir à la réalité. Le deuxième : Il n'est pas comme un artisan ordinaire qui, une fois son œuvre achevée, ne possède plus de droit d'acquisition sur elle ; ici, il est dit : « N'est-Il pas ton Père qui t'a acquis ? » - nous demeurons la possession du Saint, béni soit-Il, même après la création.

C'est un point déjà abordé, et que nous avons également étudié dans le Nefech Ha'Haïm. Lorsque nous disons qu'Hachem est le lieu du monde, la parabole est celle d'un homme qui engage un entrepreneur pour lui bâtir un balcon : une fois son travail terminé, son salaire perçu et l'artisan parti, il ne soutient plus le balcon, et s'il continuait à le faire, ce serait bien fâcheux. Il a fini et s'en est allé, et désormais le balcon tient tout seul, même si on ne l'avait pas payé. Mais auprès du Saint, béni soit-Il, il n'en va pas ainsi : l'existence continuelle de la création découle constamment de la volonté du Créateur, béni soit-Il.

Et si l'on cherche une illustration contemporaine : que se passe-t-il avec les châteaux gonflables sur lesquels sautent les enfants lors d'une simple coupure de courant ? Toute la structure s'affaisse et s'écroule, et en une demi-minute, il ne reste plus rien. De même, le Saint, béni soit-Il, « insuffle » la vie en permanence ; toute la réalité sous nos yeux n'existe que par le souffle qu'Hachem y injecte sans relâche. Dès l'instant où Il retirerait Sa volonté, ce serait le néant et le vide absolu, il ne subsisterait plus rien.

Il s'ensuit que l'œuvre du Créateur n'est pas un acte ponctuel qui se perpétuerait par simple inertie, mais, comme nous le disons dans nos prières : « Qui, dans Sa bonté, renouvelle chaque jour continuellement l'œuvre de la Création » - non seulement chaque jour, mais à chaque instant. Dieu a dit : « Que la lumière soit », et cette parole demeure active à chaque instant, permettant au soleil de briller. Si cette parole divine venait à s'interrompre ne serait-ce qu'un instant, le soleil cesserait d'être et disparaîtrait dans le néant, privé de toute existence. C'est le sens de : « À jamais, ô Éternel, Ta parole subsiste dans les cieux » - la parole divine demeure dressée et agissante, comme si Hachem proclamait sans cesse : « Que la lumière soit, que la lumière soit », et c'est elle qui maintient le soleil en être. Contrairement à l'œuvre des hommes, où l'on fabrique un objet qui subsiste de lui-même, auprès du Saint, béni soit-Il, la persistance dépend continuellement de Lui. Tel est le sens de : « C'est Lui qui nous a faits, et nous Lui appartenons » - non pas comme un artisan qui n'a plus de part à ce qu'il a produit, pouvant le vendre sans plus avoir besoin de vous ; le Saint, béni soit-Il, nous a créés et nous demeurons perpétuellement Son acquisition, Lui appartenant même après l'acte de création.

Le troisième aspect est : « Son peuple » - du fait qu'Hachem nous dirige ; Il n'a point choisi d'autre nation pour peuple, mais nous-mêmes. Et le quatrième : « le troupeau de Son pâturage » - car le Saint, béni soit-Il, Se fait notre berger et nous conduit, et tout comme un pasteur veille sur son troupeau et pourvoit à ses besoins, Il nous nourrit, assure notre subsistance et prend soin de nous continuellement.

Une brebis parmi soixante-dix loups

La Guémara enseigne que la survie d'Israël est semblable à celle d'une brebis parmi soixante-dix loups. Et selon les mots du Yaavetz : par ma vie, la pérennité du peuple d'Israël à travers les millénaires est à mes yeux plus prodigieuse que tous les miracles de la sortie d'Égypte, plus que les dix plaies et l'ouverture de la mer Rouge. Les historiens n'y trouvent aucun équivalent et ne disposent d'aucune explication rationnelle, restant bouche bée. De grands érudits et observateurs, tels Arnold Toynbee ou Mark Twain, ont tenté de percer le mystère de la survie du peuple juif sans parvenir à concevoir comment un peuple si infime en nombre, si persécuté en tout lieu, si dispersé, puisse encore subsister.

Et non seulement il subsiste, mais non pas comme une peuplade marginale ou une tribu isolée au fin fond du Nicaragua : c'est un peuple dont les médias ne cessent de parler, une puissance militaire et économique incontournable, dont l'impact se fait sentir dans presque chaque événement mondial et dont tant d'innovations planétaires sont issues. Les observateurs restent stupéfaits : comment une telle chose est-elle possible ? La réponse s'impose : c'est là le plus grand de tous les miracles, le fait que le Saint, béni soit-Il, préserve une brebis parmi soixante-dix loups, et ce prodige se perpétue sous nos yeux jusqu'à aujourd'hui.

Combien ont cherché à nous anéantir, à nous effacer de la carte, à nous jeter à la mer, allant jusqu'à développer des bombes atomiques conçues spécialement contre nous ! Aucune autre nation au monde n'a été prise pour cible de la sorte, où l'unique dessein de ses ennemis environnants est sa destruction pure et simple. D'autres nations affrontent des conquêtes territoriales, mais ici, l'objectif avoué est notre disparition. Et cela ne concerne pas uniquement ceux qui le proclament ouvertement : en Europe également, cela s'inscrit dans une même trame, simplement voilée par le « politiquement correct » qui interdit de le dire tout haut. Que font-ils ? Ils légitiment des organisations terroristes et cherchent à les blanchir, espérant secrètement que celles-ci feront le travail à leur place ; ils ouvrent des enquêtes contre nous à La Haye pour entraver nos pas. Jadis, ils le faisaient ouvertement et dressaient des crématoires ; aujourd'hui, ils s'assurent que d'autres s'en chargent pour eux. Ne commettons pas l'erreur de croire qu'ils nous portent désormais dans leur cœur.

Et comment pouvons-nous tout de même subsister ? C'est ce que nous proclamons : « C'est Lui qui nous a faits, et nous Lui appartenons, Son peuple et le troupeau de Son pâturage ». Il est Quelqu'un qui veille sur nous et qui nous guide, et ce Pasteur ne laissera pas la brebis égarée parmi soixante-dix loups être dévorée entre leurs crocs.

« Lo » avec un Alef et « Lo » avec un Vav : le travail spirituel du mois d'Eloul

L'auteur du 'Hidouché HaRim explique : la tradition de lecture (Qéré) est « Velo » avec un Vav (et nous sommes à Lui), tandis que la graphie textuelle (Kétiv) est « Vélo » avec un Alef (et non pas nous), et les deux s'accordent parfaitement. Plus l'homme ressentira en lui-même « non pas nous » (Lo avec un Alef), plus il appartiendra véritablement à Hachem : « et nous sommes à Lui » (Lo avec un Vav). Plus l'on prend conscience que l'on n'est rien par soi-même, plus l'on s'attache à Lui, béni soit-Il. Le travers habituel de l'homme est de se sentir accompli, irréprochable et parfait, ne se situant plus dans le registre du « néant », mais dans une satisfaction de soi complaisante ; dès lors, il ne peut appartenir pleinement à Hachem. En revanche, si l'on éprouve intérieurement ce « non » écrit avec un Alef, l'humilité de n'être rien par soi-même, on mérite d'accéder au « à Lui » écrit avec un Vav et de se rapprocher véritablement du Saint, béni soit-Il.

L'Admour de Gour ajoute : cela est suggéré par le mot « Eloul », qui renferme deux termes - « lo » (non / néant, לא) et « lo » (à Lui, לו). Telle est l'avoda du mois d'Eloul : plus l'homme ressentira en lui-même qu'il n'est « rien », plus il méritera d'accéder au rang de « lo », d'être entièrement voué et proche de Lui, béni soit-Il.

« Venez dans Ses portes avec reconnaissance »
בֹּאוּ שְׁעָרָיו בְּתוֹדָה חֲצֵרֹתָיו בִּתְהִלָּה הוֹדוּ־לוֹ בָּרְכוּ שְׁמוֹ׃ - Entrez dans Ses portes avec reconnaissance, dans Ses parvis avec des louanges, rendez-Lui hommage, bénissez Son Nom.

Nous entrerons dans Ses portes avec gratitude, et dans Ses parvis nous célébrerons Sa louange. Le Radak explique : la reconnaissance porte sur la bonté qu'Il déploie envers nous.

Midrach Cho'her Tov : toutes les prières seront abolies

Il est enseigné dans le Midrach Cho'her Tov : Rabbi Yo'hanan dit au nom de Rabbi Mena'hem de Galia : à l'avenir, toutes les prières cesseront, mais la prière de reconnaissance ne cessera jamais ; tous les sacrifices seront abolis, mais le sacrifice de reconnaissance (korban toda) ne sera jamais aboli. On a soulevé une difficulté à ce propos : comment peut-on affirmer que tous les sacrifices seront abolis ? Pourtant, les sacrifices sont prescrits dans la Torah, et la Torah ne sera jamais modifiée ni remplacée ! Pour le sacrifice expiatoire ('hatat), soit : il n'y aura plus de fautes. Mais le sacrifice perpétuel (tamid) serait-il aboli ? Et qu'en est-il des sacrifices du Chabbat, des moussafim et des sacrifices de Yom Kippour, comment pourraient-ils disparaître ?

C'est pourquoi de nombreux commentateurs expliquent que cette parole ne doit pas être prise au sens littéral, car la Torah ne sera jamais abrogée. Si la Torah stipule : « Et le jour du Chabbat, deux agneaux d'un an sans défaut », cette prescription ne sera jamais annulée et s'accomplira assurément lorsque le Beth Hamikdach sera reconstruit. L'intention vise principalement les sacrifices expiatoires : tous les sacrifices que l'homme apporte en dehors des obligations fixes et régulières cesseront, puisqu'il n'y aura plus ni fautes, ni délits, ni iniquités. En revanche, le sacrifice de reconnaissance, que l'homme offre de son propre élan, ne sera jamais aboli.

Et le Radak éclaire le sens profond de cet enseignement : les prières de supplication cesseront car on n'aura plus besoin de demander pour les nécessités matérielles de ce monde. Nous serons alors plongés dans le bien absolu, et il n'y aura plus aucune requête à formuler - tout sera parfait et l'on n'aura besoin de rien réclamer, de sorte qu'il ne restera que l'éloge et la gratitude envers Dieu. Les prières seront entièrement fondées sur la reconnaissance : plus de « Pardonne-nous » ni de « Guéris-nous », car l'homme n'aura besoin ni de pardon ni de guérison, mais seulement : « Merci, Maître du monde, pour ma pleine santé », « Merci, Maître du monde, de nous guider » - toutes les prières deviendront pure gratitude. De même, il n'y aura plus de pécheurs nécessitant des sacrifices expiatoires.

« Rendez-Lui hommage, car Sa bonté est éternelle » - tout au long de l'existence du monde, Hachem agira avec bonté envers nous. « Et de génération en génération s'étend Sa fidélité » - explique le Radak, il s'agit de la promesse qu'Il nous a faite quant au bien futur, qui perdurera d'âge en âge. Le sens en est : « Le monde subsistera six mille ans, et un sera détruit » - le monde traversera six mille ans d'histoire, après quoi une effusion de bien infini se répandra sur quiconque en aura été digne par ses bonnes actions en ce monde, et cette félicité sera éternelle. La bienfaisance d'Hachem, béni soit-Il, ne ressemble pas aux bienfaits d'un être de chair et de sang, qui sont éphémères et passagers : Son bien est éternel.

L'Alshikh : la gratitude pour le privilège même de remercier

Le saint Alshikh enseigne : après toute cette admirable préparation, lorsque nous pénétrerons dans Ses portes - les portes de Jérusalem et les portes de Sion -, ne partons surtout pas avec le sentiment qu'Hachem devrait nous remercier d'avoir apporté un sacrifice ! L'homme sort parfois d'une mitsva avec une telle disposition : « Maître du monde, quelle magnifique prière je viens de faire ! », comme si le Saint, béni soit-Il, devait lui être reconnaissant d'avoir prié, d'avoir étudié ou d'avoir accompli une mitsva. L'Alshikh affirme : qu'une telle pensée ne vous effleure jamais l'esprit, de croire qu'après avoir pris la peine de venir Lui offrir un sacrifice de reconnaissance, Hachem devrait vous en savoir gré. Bien au contraire : « Entrez dans Ses portes avec reconnaissance » - remercie Hachem de t'avoir donné le mérite de franchir Ses portes, « Merci, Maître du monde, de m'avoir accordé le privilège de Te rendre grâce ! » Puis, lorsque vous avancerez dans Ses parvis, joignez à la reconnaissance la louange et la glorification - tel est le sens de « dans Ses parvis avec des louanges ». Bien plus encore : pour le simple fait qu'Il vous ait jugés dignes de Le remercier, qu'Il vous ait accordé une telle importance au point de désirer recevoir votre gratitude - le Saint, béni soit-Il, m'accorde de la valeur et me dit : « Je désire ton remerciement, Je l'accueille de ta part » -, pour cela même, nous Lui devons une infinie reconnaissance.

« Nous Te rendons grâce de pouvoir Te rendre grâce »

Remarquons que nous disons cela chaque jour lors de la répétition de la 'Amida par l'officiant, dans le « Modim de-Rabbanan » : « Nous Te rendons grâce... de ce que nous Te rendons grâce, béni soit le D.ieu des louanges ». C'est-à-dire : je Te remercie pour le fait même de pouvoir Te remercier, pour m'avoir donné la possibilité de Te rendre grâce. Imaginez un homme qui désire se présenter devant le roi pour le remercier, et le roi lui dit : laisse tomber, je n'ai pas de temps pour cela ; il ne lui accorde même pas la possibilité d'exprimer sa gratitude. Tandis que nous disons : je Te rends grâce, Maître du monde, de m'avoir donné la possibilité de Te dire merci, et d'accueillir ce remerciement avec bienveillance.

La Guémara en apporte une illustration : une femme peut être sanctifiée par le mariage (méqoudéchet) en offrant elle-même un cadeau à l'homme. Pourtant, c'est normalement l'homme qui doit lui donner : « Te voici sanctifiée à moi par cet anneau », « par ce chekel ». Comment peut-elle alors donner et être ainsi consacrée ? La Guémara répond qu'il s'agit d'un homme important (« adam 'hachouv ») qui a accepté de recevoir un présent de sa part. Le simple fait qu'il consente à recevoir d'elle représente pour elle une valeur immense, un véritable bénéfice.

Si l'on disait à quelqu'un : « Monsieur, vous pouvez acheter dès maintenant un talith pour le grand de la génération, il cherche quelqu'un pour le lui acquérir » - qui ne courrait pas aussitôt l'acheter ? Que le maître de la génération prie avec le talith que l'on a eu le mérite de lui offrir ! C'est un privilège immense pour le donateur, simplement parce que ce grand homme a accepté de recevoir de lui. Et ce n'est pas une mince affaire, car lorsqu'on souhaite offrir quelque chose à un grand d'Israël, c'est ce qu'il y a de plus difficile : il refuse généralement de recevoir de quiconque, pour ne rien devoir à personne.

D'ailleurs, c'est là un signe pour discerner qui est véritablement grand et qui ne l'est pas. Ceux qui cherchent constamment à recevoir, tous ces faiseurs de miracles autoproclamés, cela montre à quel point ils sont petits, car tout leur objectif est d'amasser davantage d'argent et de remplir leurs caisses. Chez un authentique guide de la génération, c'est l'exact opposé : venez lui proposer de l'argent, et il s'exclame : « Qu'est-ce que c'est ? Que faites-vous ? Reprenez cela ! » On venait voir Rav 'Haïm Kanievsky pour lui offrir de l'argent, et il répondait : « En bas, il y a un bureau de Koupat Ha'ir, allez donner là-bas. Vous voulez me donner de l'argent à moi ? Ai-je besoin de votre argent ? Je n'en veux pas ! » Et même si l'on insistait, il refusait obstinément.

On a déjà raconté au sujet du Rav Elyashiv qu'une réunion des sommités de la génération devait se tenir chez lui. L'un de ses proches remarqua qu'il semblait très soucieux et lui en demanda la raison. Le Rav répondit : « Je ne sais pas où m'asseoir. Il y a le bout de la table et il y a les places où tout le monde s'assoit ». Le fidèle lui dit : « Le Rav s'assiéra à sa place habituelle, en bout de table ». Le Rav répliqua : « Ce n'est pas convenable. Suis-je donc supérieur à eux ? Moi en tête et tous assis autour comme suspendus à mes lèvres ? D'un autre côté, y installer quelqu'un d'autre n'est pas convenable non plus, et changer ma place habituelle pose aussi problème... Que faire ? » Cet homme raconta : « Voyant combien cela tourmentait le Rav, j'ai eu une idée. Je lui ai demandé : peut-être pourrais-je apporter une table ronde ? Le Rav s'exclama : avez-vous une table ronde ? J'ai dit : oui, je peux en trouver une. Il me répondit : excellent, j'en serais ravi ! Je suis allé tout exprès chercher une table ronde, et sa joie fut immense. Aussitôt, le Rav sortit son porte-monnaie et demanda : combien vous dois-je ? J'ai dit : à D.ieu ne plaise, pas du tout ! Il insista : cela ne servira à rien, vous serez payé de toute façon, dites-moi seulement combien. » C'est dire : accepter un service sans le rémunérer était pour lui tout simplement impensable.

Pourtant, on est si heureux de donner et de rendre service à un grand d'Israël, mais lui refuse catégoriquement d'accepter. Et si une telle personnalité consent enfin à recevoir de nous, quelle n'est pas notre joie ! Dès lors, explique le Alshikh, c'est précisément sur ce point que nous devons rendre grâce à Hachem : le Saint, béni soit-Il, nous dit : « Je désire ta reconnaissance, Je consens à recevoir ton sacrifice, Je suis prêt à accueillir tes remerciements ». « Nous Te rendons grâce de ce que nous Te rendons grâce » - pour le simple fait que Tu consentes à accepter notre gratitude, pour cela je Te remercie. C'est l'hommage que nous T'adressons pour nous avoir accordé le privilège de Te rendre grâce.

Et c'est là le sens de « Rendez-Lui hommage, bénissez Son Nom » : du fait même que vous franchissez Ses portes avec reconnaissance, nous Lui rendons grâce d'attacher du prix à notre gratitude. Que sommes-nous devant Lui pour qu'Il prenne en considération les louanges de notre bouche, pour qu'Il nous écoute seulement ? Et pourtant, Hachem prête l'oreille à ta reconnaissance et la désire ardemment, et c'est pour cela que nous Le remercions.

Le Malbim : l'ordre de la reconnaissance et de la louange

Le Malbim explique : lorsqu'on se présente devant un être de chair et de sang, on franchit les portes en lui adressant des éloges et des louanges, et après qu'il a exaucé notre requête, on ressort en lui exprimant notre gratitude pour avoir accompli notre volonté. Chez le Saint, béni soit-Il, l'ordre est inversé : « Venez à Ses portes avec reconnaissance » - Hachem dispense Sa bonté d'emblée, et lorsque je franchis Ses portes, je viens déjà uniquement pour remercier, car le bienfait a déjà été accordé auparavant. Puis, à l'intérieur du parvis, « dans Ses parvis avec des louanges », c'est là que nous percevons Ses hauts faits et Sa grandeur, et que nous entamons des louanges pour Le célébrer.

Et pourquoi en est-il ainsi ? Le Malbim précise : il est impossible de louer Hachem selon Son essence même, car nous ne pouvons appréhender l'essence divine, mais seulement Ses bienfaits et Ses effusions de bonté. Ainsi, par le sacrifice de reconnaissance que nous offrons pour les bienfaits du Créateur, nous accédons à la louange : je connais le Créateur à travers les bontés qu'Il m'a prodiguées, et le bienfait qu'Il m'a accordé m'amène à Le célébrer et à Le glorifier. C'est pourquoi il est dit : « Rendez-Lui hommage », et par là même, « bénissez Son Nom », car c'est à travers Ses influences bienfaisantes envers nous que nous discernons Ses grandeurs.

« Car l'Éternel est bon, Sa bienveillance dure à jamais »
כִּי־טוֹב יְהֹוָה לְעוֹלָם חַסְדּוֹ וְעַד־דֹּר וָדֹר אֱמוּנָתוֹ׃ - Car l'Éternel est bon, Sa bienveillance est éternelle, et Sa fidélité s'étend de génération en génération.

David conclut le psaume : « Car Sa bienveillance est éternelle » (le'olam 'hasdo) - la bienveillance d'Hachem subsiste à jamais, explique le Metsoudat David. Elle n'est pas comme celle de la chair et du sang, qui n'accomplit un acte de bonté que pour un temps limité ; la bienveillance du Créateur - « Et Ma bonté ne s'écartera pas de toi » - est éternelle. « Et Sa fidélité » (véémounato) - Rachi explique que cela se rattache à la notion d'engagement et de promesse, comme dans l'expression « vérité et fidélité » (émeth véémouna) : Sa promesse demeure à jamais. Hachem promet, et Il est fidèle pour accomplir éternellement Sa promesse. Et Ibn Ezra explique que le remerciement, la louange et la bénédiction - toute cette reconnaissance porte sur le fait que « l'Éternel est bon, Sa bienveillance est éternelle » : je rends grâce pour le bien, car ce bien et cette bienveillance sont éternels.

Le Malbim explique cela selon le principe développé tout au long des psaumes précédents : il existe deux modes de direction divine - la providence naturelle et la providence miraculeuse, et le Saint, béni soit-Il, est fidèle dans l'une comme dans l'autre. « Sa bienveillance » ('hasdo) correspond à la conduite miraculeuse, à laquelle Hachem n'est nullement tenu envers nous, mais Il use de bonté et nous conduit au-dessus des lois de la nature. « Sa fidélité » (émounato), comme nous l'avons expliqué plus haut, exprime qu'Hachem est fidèle pour nous donner ce qui nous revient ; Il s'est engagé à pourvoir à nos besoins et demeure fidèle à Ses engagements. C'est là la dimension de la fidélité : la conduite selon les lois de la nature est régulière, fidèle, constante, et elle est considérée comme une conduite de fidélité et de vérité - car la vérité (émeth) désigne ce qui est stable, immuable et permanent. Nous rendons donc grâce à Hachem tant pour Ses bontés que pour « Sa fidélité de génération en génération », c'est-à-dire cette conduite naturelle par laquelle Il nous guide à travers tous les âges.

Le Alshikh : l'ordre des actions de grâce pour le miracle

Le saint Alshikh explique que ce psaume traite du bienfait que le Saint, béni soit-Il, accorde à l'homme, et de la reconnaissance que l'homme Lui témoigne en retour. Voyons comment le roi David nous enseigne à nous comporter en pareille circonstance.

D'abord, quelles sont les formes d'action de grâce qui nous incombent ? « Rendez hommage à l'Éternel, car Il est bon » - il s'agit de remercier pour le miracle que le Saint, béni soit-Il, a accompli pour nous et de prononcer une bénédiction, comme nous le voyons pour les quatre catégories de personnes ayant échappé au danger qui récitent la bénédiction du Gomel : « ...qui comble de biens les redevables, et m'a accordé tous les biens ». Deuxièmement, je dois remercier parce que je ne mérite pas ce miracle : je ne suis pas digne qu'Hachem accomplisse des miracles en ma faveur, et pourtant Il l'a fait - c'est une raison supplémentaire de rendre grâce. Et troisièmement, le Saint, béni soit-Il, use envers nous de pure bienveillance, d'où la formule « qui comble de biens les redevables » : je ne méritais aucun miracle puisque je suis redevable et fautif, et en tant que tel, rien ne m'est dû ; malgré tout, bien que coupable, Il m'a comblé de Ses bienfaits.

En outre, la Guémara enseigne que celui qui voyageait et a bénéficié d'un salut miraculeux doit, chaque fois qu'il repasse par cet endroit, réciter : « Béni soit Celui qui a fait pour moi un miracle en ce lieu » ; si son fils s'y rend, il dit : « ...qui a fait un miracle pour mon père en ce lieu », et son petit-fils : « ...qui a fait un miracle pour mon grand-père en ce lieu ». Lui, son fils et son petit-fils y sont tenus. Toutefois, cela ne s'applique qu'à des miracles tout à fait exceptionnels, dépassant l'ordre naturel et sortant de l'ordinaire, raison pour laquelle, en pratique, l'usage n'est généralement pas de prononcer cette bénédiction.

À présent, dit le Alshikh, comprenons l'ordre des versets : après « rendez-Lui hommage », où nous remercions Hachem de nous avoir accordé le mérite de Lui rendre grâce, vient « bénissez Son Nom » - c'est la bénédiction « Béni sois-Tu, Éternel... qui comble de biens les redevables », par laquelle je bénis Hachem pour le miracle accompli, en intégrant le fait que cela ne m'est pas dû par mes mérites, puisqu'Il comble de biens « les redevables » et que je ne suis pas digne de tels miracles, sinon par pure grâce. C'est pourquoi le verset poursuit : « Car l'Éternel est bon » - non pas parce que je le méritais, mais parce qu'Hachem est essentiellement bon, et c'est par cette bonté foncière qu'Il a usé de bienveillance envers moi et qu'Il accorde Ses bienfaits aux redevables.

Et si quelqu'un venait à se dire : « Mais enfin, n'ai-je aucun mérite ? N'ai-je pas accompli de bonnes actions ? Ne suis-je pas assez vertueux ? Pourquoi devrais-je attribuer ce bienfait uniquement à la bonté divine plutôt qu'à mes mérites, à mes mitsvot et à mes bonnes œuvres ? » C'est à cela que répond le texte : « Car Sa bienveillance est éternelle ». Même pour un juste, même pour quelqu'un qui a accompli une mitsva grandiose - comme la fille de Rabbi Akiva qui accomplit la mitsva de la tsedaka le jour de son mariage : un serpent venait pour la mordre, et c'est au même moment qu'elle retira l'épingle de ses cheveux pour la planter entre les pierres du mur, écrasant sans s'en rendre compte la tête du serpent, ce qu'elle ne découvrit qu'au matin. En apparence, c'est son propre mérite qui lui valut d'être sauvée, et pourtant, il s'agissait encore d'un acte de bienveillance divine ('hessed).

En effet, qu'est-ce que le 'hessed ? C'est donner davantage que ce qui a été fait. Si tu m'as donné cent et que je te rends deux cents : les cent premiers sont une restitution due, mais les cent supplémentaires (sans entrer dans les lois sur l'usure) sont une pure faveur qui dépasse ce qui te revenait. C'est ainsi que Rabbi Akiva enseigna : « La tsédaka sauve de la mort » - non pas seulement d'une mort tragique et anormale, mais de la mort elle-même. Que la tsédaka qu'elle avait accomplie la sauve d'une mort tragique aurait suffi ; mais qu'elle la préserve de la mort ordinaire, d'où cela provient-il ? Le Saint, béni soit-Il, dit en fait : « De cela aussi, Je te délivre ». On apprend ainsi que même lorsqu'on a accompli une bonne action, le Saint, béni soit-Il, donne infiniment au-delà : non seulement la délivrance d'une fin tragique, qui est rare, mais aussi de la mort courante. Dès lors, nul ne peut prétendre : « Tout ce que je possède m'est dû et m'est garanti » ; rien ne nous est dû ni garanti, tout procède de la bienveillance d'Hachem.

Et le troisième point : « Et Sa fidélité s'étend de génération en génération » - au-delà de celui pour qui le miracle a été accompli, les générations futures y ont part également. Le fils qui passera par cet endroit, puis le petit-fils, doivent rendre grâce à Hachem, béni soit-Il, pour le miracle opéré pour leur père ou leur grand-père, car Hachem est fidèle pour témoigner Sa bienveillance à ceux qui L'aiment.

En conclusion :

Ce psaume nous enseigne le fondement même de la conscience juive : l'Éternel est D.ieu, la source de toutes les forces ; Il nous a faits - Il nous a tirés du néant à l'existence -, et nous demeurons Sa propriété même après la création, Son peuple et le troupeau de Son pâturage, qu'Il guide et nourrit sans cesse, semblable à une brebis survivant au milieu de soixante-dix loups. Et c'est à travers la conscience du « et non nous-mêmes » (lo ana'hnou) - la certitude que je ne suis rien par moi-même - que l'on parvient à être « et nous sommes à Lui » (vélo ana'hnou), entièrement attachés à Lui, béni soit-Il, ce qui constitue le travail spirituel du mois d'Elloul. De là découle l'appel à franchir Ses portes avec reconnaissance et Ses parvis avec des louanges : Lui rendre grâce pour le privilège même de pouvoir Le remercier, et reconnaître que chaque bienfait reçu n'est pas le fruit de nos mérites, mais de Sa bonté pure. C'est pourquoi David conclut : « Car l'Éternel est bon, Sa bienveillance est éternelle, et Sa fidélité s'étend de génération en génération » - Il est fidèle dans Ses deux modes de providence, dans la bienveillance miraculeuse qui dépasse la nature comme dans la fidélité de la conduite naturelle permanente, et ce jusqu'à la fin de toutes les générations.