Introduction : deux formes de reconnaissance du Créateur
Dans cette partie du chapitre, nous abordons un axe fondamental sur lequel repose tout le psaume selon le Malbim : la différence entre la reconnaissance que les nations du monde ont envers le Saint, béni soit-Il - une reconnaissance fondée uniquement sur la nature et la création universelle -, et la reconnaissance propre au peuple d'Israël, issue de la providence particulière (Hachgaha Pratit) et du lien intime qui nous unit à Lui, qu'Il soit béni. Le Radak ajoute et explique que tout ce psaume est un chant qui sera entonné au moment de la Délivrance, lorsque deviendra éclatant pour tous ce qui est aujourd'hui nié et dissimulé.
« Car l'Éternel est un grand Dieu » - Roi au-dessus de toutes les puissances
כִּי אֵל גָּדוֹל יְהֹוָה וּמֶלֶךְ גָּדוֹל עַל־כׇּל־אֱלֹהִים׃ - Car l'Éternel est un grand Dieu, et un grand Roi au-dessus de toutes les puissances.
Le Radak explique que c'est là le contenu même de l'acclamation : que dirons-nous lorsque nous L'acclamerons ? Que l'Éternel est un grand Dieu et un grand Roi au-dessus de tous les dieux. À l'époque messianique, il ne se trouvera plus personne pour nier l'existence du Créateur, comme le font aujourd'hui les hérétiques ou ceux qui prétendent qu'Hachem est impuissant ou n'exerce pas de providence. Alors, il sera évident pour tous que l'Éternel est un grand Dieu et un grand Roi au-dessus de toutes les puissances.
Et que signifie ici le terme « Élohim » ? Il désigne l'armée céleste, qui agit comme des juges et des gouverneurs sur terre. La direction divine descend et s'exerce à travers les corps célestes, par le flux astral (le Mazal) qui s'écoule et influe, et c'est pourquoi ils sont considérés comme des puissances, des « Élohim ». Le mot « Mazal » dérive de la racine du verset « l'eau s'écoule (yizal) de ses seaux » - une abondance qui descend et se diffuse à travers les étoiles et les astres, qui ne sont que des instruments de transmission. Les nations croyaient également à ces influences véhiculées par les astres et admettaient qu'Hachem est le Dieu des dieux, mais à leurs yeux, Il ne s'occupe pas de ce qui se passe ici-bas. Le mot « Élohim » désigne toujours un juge, une autorité, une entité détentrice de puissance, et ne s'applique pas uniquement au Saint, béni soit-Il - c'est ainsi que l'on parle, à l'opposé, d'« autres dieux » (Élohim Ahérim), c'est-à-dire d'autres forces dotées de puissance.
Le Malbim précise : « grand Dieu » fait référence à la force et à la toute-puissance, tandis que « grand Roi » renvoie à la direction du gouvernement du monde. C'est la reconnaissance à laquelle les nations parviennent en premier lieu : constater qu'il existe une force souveraine au-dessus de toutes les forces de la nature qu'ils adoraient, tels les adorateurs du soleil ; et par là, ils reconnaissent qu'Il est un grand Roi sur tous les dieux, qu'Il possède la souveraineté suprême et diffuse Son influence à travers ces puissances intermédiaires.
« Lui dans la main de qui sont les profondeurs de la terre » - la reconnaissance des nations à travers la nature
אֲשֶׁר בְּיָדוֹ מֶחְקְרֵי־אָרֶץ וְתוֹעֲפֹת הָרִים לוֹ׃ אֲשֶׁר־לוֹ הַיָּם וְהוּא עָשָׂהוּ וְיַבֶּשֶׁת יָדָיו יָצָרוּ׃ - Lui dans la main de qui sont les profondeurs de la terre, et à qui appartiennent les cimes des montagnes. À Lui la mer, car c'est Lui qui l'a faite, et la terre ferme que Ses mains ont façonnée.
Le Radak explique : tout comme les hauteurs des cieux et de la terre sont dans Sa main et qu'Il règne sur elles, les profondeurs de la terre sont également en Son pouvoir - et tel est le sens de « mehkré érets » (les profondeurs inexplorées de la terre). Ce qui exige une investigation minutieuse et une profonde réflexion est appelé « mehkar » (recherche, exploration), comme il est écrit : « et que les fondements de la terre soient sondés en bas ». Aujourd'hui encore, l'exploration des fondements terrestres n'est pas si avancée : les astres peuvent être observés à l'œil nu ou au télescope, mais pour atteindre les entrailles de la terre, il faut forer à d'immenses profondeurs. En contrepartie, « to'afot harim » désigne le point le plus élevé, à l'image de « to'afot re'em » dit au sujet de la majesté des cornes du buffle sauvage. Rachi y voit une idée d'élévation, comme un oiseau qui s'envole. De là vient l'expression hébraïque « hon to'afot » (une fortune colossale), bien que cette association précise ne figure pas textuellement dans le Tanakh (« hon » y figure, « to'afot » également, mais pas ensemble) - elle désigne ce qui est immense et élevé. Le verset englobe ainsi à la fois le lieu le plus bas et le sommet le plus haut.
Le Malbim souligne : il s'agit ici de la perception propre aux nations. L'homme des nations perçoit la Divinité sous l'angle de la nature - par le fait qu'Hachem a créé la terre, les montagnes et les mers. Il reconnaît le Créateur à travers Ses œuvres globales, observant qu'Hachem a fondé la terre avec une infinie sagesse, et en déduit qu'Il veille au maintien de la création et que sa subsistance continue provient de Lui, qu'Il soit béni - mais tout cela selon les seules lois naturelles, sans aucun lien avec les actes humains. Aucune recherche philosophique ou scientifique profane n'a jamais découvert l'existence d'une corrélation entre nos actions morales et les lois de la nature ; comprendre qu'un tremblement de terre, ou que la venue et la retenue des pluies, dépendent de la conduite des hommes, cela requiert une foi authentique en Hachem, ce à quoi les nations n'ont pas accès.
Certes, le fait que le monde ait été créé avec sagesse est accessible à tout être humain. Aucun scientifique sérieux aujourd'hui ne pense que l'univers s'est créé tout seul. Lorsqu'on avançait à Einstein que certains événements physiques pouvaient être purement aléatoires, il répondait : le Saint, béni soit-Il, ne joue pas aux dés. Il n'y a pas de jet de dés avec l'idée d'« advienne que pourra » - tout est agencé avec dessein. Quiconque examine et approfondit un tant soit peu, quiconque observe l'ADN, la complexité prodigieuse du cerveau humain et une infinité d'autres merveilles, en vient à la conclusion évidente qu'une Conscience suprême a tout conçu selon un dessein et une sagesse admirables. Cela, même un non-Juif peut le concevoir. Mais comprendre que l'harmonie du monde et les événements qui s'y déroulent, en bien ou en mal, dépendent de nos propres actes - cela, affirme le Malbim, dépasse résolument la perception des nations.
C'est là toute la précision du texte : « Dans la main de qui sont les profondeurs de la terre » - dans Sa main, par Sa puissance, et non dans la nôtre. Tandis que nous, en tant qu'Israël, nous savons que tout repose entre nos mains : « Tu as tout mis sous ses pieds ». L'homme peut diriger l'ensemble de la création par ses bonnes actions, ou la détruire et la corrompre par ses mauvais actes. Le Saint, béni soit-Il, a dit : Prends garde de ne pas détruire Mon monde - si tu commets de mauvaises actions, tu détruis le monde et y amènes une influence néfaste ; et si tu accomplis de bonnes actions, tu apportes une abondance de bienfaits au monde.
« Et les cimes des montagnes sont à Lui » - les montagnes ont été créées par Lui, indépendamment de l'homme. Le Malbim explique que la terre a été modifiée après la Création initiale par l'apparition des montagnes : elles sont nées après la Création, et pourtant ce n'est pas par la force de la terre elle-même ni par sa volonté, mais uniquement par Sa volonté, béni soit-Il. Le Saint, béni soit-Il, a instauré des lois naturelles, parmi lesquelles la présence de montagnes et de certains phénomènes terrestres. Selon la conception des nations, même un tremblement de terre fait partie des lois de la nature et ne dépend en rien des actes humains. De même : « À Lui la mer, c'est Lui qui l'a faite, et la terre ferme, Ses mains l'ont façonnée » - tous les mouvements de la mer procèdent de ce qu'Hachem a fait, et non de nos actes. Et si vous dites : mais il y a des tsunamis, et le Saint, béni soit-Il, a englouti un tiers du monde à la génération d'Énosh sous une vague gigantesque - le non-juif vous expliquera cela aussi par la nature : mouvements géologiques, plaques tectoniques, faille syro-africaine. Tout n'est que nature. Que la terre tremble et s'agite sous nos pieds à cause de nos actes, voilà ce qu'il ne comprend absolument pas. À ses yeux, que nous soyons des justes ou des impies, rien ne changera.
Le Radak explique qu'après avoir détaillé les éléments de la terre, le verset opère une distinction, au sein de la terre elle-même, entre la mer et la terre ferme : « À Lui la mer » - tout est entre Ses mains et tout est sous Son autorité. Et que signifie « c'est Lui qui l'a faite » (vehou 'assahou) ? Au sens où Il l'a agencée, comme dans l'expression « et elle soignera ses ongles » (ve'assta ett tsipornéha) - elle a arrangé ses ongles. En effet, la mer avait déjà été créée dès l'origine : « et l'obscurité couvrait l'abîme, et le souffle d'Élohim planait sur les eaux » ; mais à un moment donné, le Saint, béni soit-Il, a dit : « Que les eaux se rassemblent en un seul lieu », et Il les a concentrées. C'est cela « Il l'a faite » - Il l'a ordonnée, Il a réuni les eaux en un seul endroit, d'où l'apparition de la terre ferme sur laquelle pousseront les végétaux et vivront les hommes et les animaux. Et puisque le Saint, béni soit-Il, a le pouvoir d'accomplir tout cela, le Radak relie cette idée à la délivrance : Hachem a le pouvoir d'agir selon Sa volonté, et c'est par Sa volonté qu'Il nous a laissés parmi les nations, et par Sa bonté qu'Il nous délivrera et nous fera sortir du milieu d'elles - car tout Lui appartient : à Lui la mer qu'Il a faite, et la terre ferme que Ses mains ont façonnée.
Bria, Yetsira et Assia - La forme adhérente et la forme non-adhérente
Le Malbim apporte une précision : au sujet de la mer, le verset emploie le terme « Il l'a faite » ('assahou), et pour la terre ferme, « Ses mains l'ont façonnée » (yatsarou). Il existe trois expressions pour désigner le passage d'une chose à l'existence : Bria (création), Yetsira (formation) et Assia (action ou parachèvement). La création (Bria) s'entend toujours yech méaïn, à partir du néant - « Au commencement, Élohim créa » - l'extraction de la substance même du néant vers l'être, l'avènement d'une réalité qui n'existait pas du tout dans le monde, à l'image de cette matière première primordiale (la matière hylique) à partir de laquelle tout a été formé. La formation (Yetsira) et l'action (Assia) procèdent quant à elles d'une matière déjà existante. La nuance entre elles est la suivante : la Yetsira consiste à faire émerger la forme adhérente (cohésive), tandis que l'Assia représente le parachèvement de la chose et l'apparition de la forme non-adhérente.
Et qu'est-ce qu'une forme adhérente ? Le Malbim en donne l'exemple : le métal. Si vous fondez du fer, il fond et se sépare, mais dès que vous cessez de chauffer, il durcit et redevient d'un seul bloc de lui-même. Par nature, c'est une masse unie - c'est une forme adhérente, tout comme le bois. En revanche, une forme non-adhérente est une chose qui, si on la divise, ne se recolle pas d'elle-même par sa propre nature : l'eau. Divisez-la en gouttes, et elles ne se réuniront pas d'elles-mêmes en une masse solide. La mer est constituée de particules dispersées, et le fait qu'elle soit rassemblée en un lieu va à l'encontre de sa nature. Naturellement, l'eau s'écoule et se disperse au lieu de s'amasser ; ce qui la rassemble n'est rien d'autre que la parole d'Hachem. Si le Saint, béni soit-Il, n'avait pas ordonné à la mer de se concentrer en son lieu, les eaux recouvriraient la terre et le monde entier ; c'est Lui qui a fixé une limite à la mer et lui a tracé une frontière, et Celui qui a dit à Son monde « Assez ! » a dit à la mer « Assez ! », l'empêchant ainsi de déborder. C'est pourquoi la mer relève de l'Assia - « et c'est Lui qui l'a faite » (vehou 'assahou), tandis que la terre ferme, qui forme un bloc uni de lui-même et ne se désagrège que si la mer monte et la submerge, relève de la Yetsira - « et la terre ferme, Ses mains l'ont façonnée » (veyabéchet yadav yatsarou).
« Venez, prosternons-nous et inclinons-nous » - Notre reconnaissance
בֹּאוּ נִשְׁתַּחֲוֶה וְנִכְרָעָה נִבְרְכָה לִפְנֵי־יְהֹוָה עֹשֵׂנוּ׃ - Venez, prosternons-nous et inclinons-nous, ployons le genou devant Hachem, notre Créateur.
Le Radak explique qu'au moment de la délivrance, les hommes se diront l'un à l'autre : venez, prosternons-nous et inclinons-nous - nous avons le devoir de rendre grâce à Hachem et de nous courber devant Lui. La prosternation (Hichta'havaya) consiste à étendre tout le corps contre terre, en déployant les bras et les jambes ; quiconque a vu des fidèles s'étendre sur le tombeau d'un Tsaddik, complètement allongés sur le sol, face contre terre, les bras vers l'avant et les jambes vers l'arrière, sait ce qu'est la prosternation. Nikhre'a (« inclinons-nous »), explique le Radak, désigne l'inclinaison de la tête avec une partie du buste, comme nous le faisons lors des bénédictions. Et Nivrekha, explique le Malbim, signifie s'agenouiller concrètement sur les genoux, comme en ont l'usage de nombreuses communautés le jour de Yom Kippour, lorsqu'on descend sur les genoux, qu'on se prosterne et qu'on fléchit tout son corps. Nivrekha vient du mot birkéyim (les genoux), tout comme « et il fit agenouiller les chameaux » (vayakherekh haguémalim) - quiconque a vu un chameau s'accroupir observe comment il plie ses genoux, descend dessus et s'assoit. Tout mouvement accompli sur les genoux est appelé berikha.
Et que signifie « notre Créateur » ('Ossénou) ? Le Radak explique : Celui qui nous grandit et nous élève, au sens du verset « qui a fait Moïse et Aaron » - car Hachem a créé tout le monde, mais pour Moïse et Aaron, le terme signifie qu'Il les a élevés et a rehaussé leur rang. De même ici, nous nous prosternons devant Hachem qui nous grandit et nous élève.
Le Malbim souligne ici la différence entre les nations et nous : les nations reconnaissent Hachem à travers les profondeurs de la terre, les cimes des montagnes qui Lui appartiennent, la mer qu'Il a faite - c'est-à-dire à travers la nature, et c'est pour cela qu'elles Le louent. Nous Le connaissons certes aussi par Ses œuvres universelles comme toutes les nations, mais nous possédons un privilège : « Venez, prosternons-nous et inclinons-nous devant Hachem, notre Créateur » - non seulement parce qu'Il a créé l'ensemble de la réalité, mais parce qu'Il est notre Créateur à nous, de manière particulière. Il nous a façonnés pour être Son peuple, et nous L'appréhendons à travers les bienfaits exclusifs qu'Il nous a accordés, comme Il ne l'a fait pour aucune autre nation. C'est pourquoi nous devons Lui rendre grâce infiniment plus que les autres peuples, car « vous êtes des enfants pour Hachem votre Dieu ». Notre connaissance d'Hachem découle de ce qu'Il nous a choisis lors du don de la Torah au mont Sinaï : nous avons entendu « Je suis l'Éternel » et « Tu n'auras pas d'autres dieux » directement de la bouche de la Toute-Puissance ; nous étions tous prophètes lors de cet événement grandiose et nous avons reçu des couronnes. C'est cela 'Ossénou : Il a fait de nous Son peuple d'une manière unique, et c'est de là que nous Le connaissons. Et cette reconnaissance est incommensurablement plus élevée qu'une simple prise de conscience issue de l'observation de la nature.
« Car Il est notre Dieu » - Un lien fondé sur le libre choix
כִּי־הוּא אֱלֹהֵינוּ וַאֲנַחְנוּ עַם מַרְעִיתוֹ וְצֹאן יָדוֹ הַיּוֹם אִם־בְּקֹלוֹ תִשְׁמָעוּ׃ - Car Il est notre Dieu, et nous sommes le peuple de Son pâturage et le troupeau de Sa main, aujourd'hui si vous écoutez Sa voix !
Le Radak explique « Élokénou » au sens de Juge et Justicier : le Saint, béni soit-Il, nous juge et demande des comptes aux nations qui nous ont opprimés. Nous avons déjà mentionné que nous commençons à voir de nos propres yeux le jugement qu'Hachem exerce sur les nations : la Russie paie le prix de soixante-dix ans de communisme, d'oppression du judaïsme et de persécution de tout signe juif pendant des décennies. Jusqu'à aujourd'hui, elle refuse de restituer la plus grande collection de livres des maîtres de Habad, des milliers d'ouvrages uniques et rares qui furent nationalisés et confisqués, et bien qu'un tribunal ait ordonné de les restituer, ils ne s'y résolvent pas. Pour eux, c'est un trésor culturel qui vaut une fortune ; tout comme un musée qui détient la Joconde ne la vendrait pas, car elle fait partie du patrimoine culturel de la nation, c'est ainsi qu'ils voient les choses.
« Et nous sommes le peuple de Son pâturage » - le peuple qu'Hachem fait paître jusqu'à ce jour. « Et le troupeau de Sa main » - car Il nous guide par le bâton de la foi, et nous sommes comme Son troupeau, béni soit-Il. « Aujourd'hui si vous écoutez Sa voix » - aujourd'hui Il nous a acquis de la maison d'esclavage, nous sommes devenus le troupeau de Sa main et Il est notre Dieu ; ne vous comportez donc pas comme vos pères, la génération du désert, qui immédiatement après leur délivrance ont commencé à éprouver le Saint, béni soit-Il, à Réphidim. Telle est la mise en garde du verset suivant : ne soyez pas un peuple à la nuque raide comme vos pères, mais conduisez-vous envers Hachem avec foi.
Le Malbim explique : nous ne concevons pas le Saint, béni soit-Il, simplement en tant qu'« Hachem » - Nom qui désigne le Créateur du monde - mais en tant qu'« Élokénou », Celui qui nous dirige, notre Dieu particulier ; non pas à travers la création universelle, mais par la providence particulière et le lien personnel. De même, nous Le percevons parce que nous sommes le peuple de Son pâturage et le troupeau de Sa main, car Hachem prend soin de nous comme un berger de son troupeau et déverse sur nous Sa bonté.
Le Malbim ajoute une autre distinction : le lien entre le Créateur et les créatures ne dépend pas du libre arbitre. Le fait même que l'homme ait été créé par Lui et qu'il porte en lui une parcelle divine d'en haut - « Lui dans la main de qui sont les profondeurs de la terre » -, Hachem a voulu et a façonné l'homme, et cela ne dépend pas de nous. En revanche, le lien et l'attachement d'Hachem envers Son peuple dépendent de leur choix et se renouvellent selon leurs actes. Plus l'homme sert Hachem, plus son attachement à Lui, béni soit-Il, se renforce, au point de pouvoir atteindre jusqu'aux degrés de la prophétie. Tu as été créé par Sa volonté, mais le degré de ta proximité avec Lui dépend de toi. C'est pourquoi il est dit « Aujourd'hui si vous écoutez Sa voix » : cela change de jour en jour ; chaque jour où tu écouteras Sa voix, Il sera davantage « notre Dieu » et nous serons davantage « le peuple de Son pâturage ». Chez les nations, il n'en va pas ainsi : « dans Sa main sont les profondeurs de la terre », Il les a créées par Sa volonté et c'est tout, cela ne dépend pas de leur attachement envers Lui.
Le Malbim remarque encore avec précision : selon la rigueur de la langue, il aurait fallu dire « le peuple de Sa main et le troupeau de Son pâturage », car un roi dirige son peuple par sa main (sa puissance) et un berger fait paître son troupeau. Pourquoi le verset a-t-il inversé ces associations ? Pour t'enseigner qu'Hachem règne sur nous en tant que berger qui nous guide, non par la force ni par le bras : « Il est notre Dieu et nous sommes le peuple de Son pâturage », nous sommes le peuple que le Saint, béni soit-Il, dirige et fait paître sans brutalité ni contrainte. Et d'un autre côté, Il nous guide en tant que Maître absolu de toute puissance, c'est-à-dire au-dessus de la nature. « Élokénou » désigne la providence unique qui nous est réservée, une providence surnaturelle, et non la conduite naturelle par laquelle les nations sont gouvernées.
« Aujourd'hui » - on ne te demande que ce jour
Le livre Chirat Yona rapporte au nom du Imrot Téhorot : le combat contre le mauvais penchant est généralement difficile parce que l'homme place devant lui toutes les épreuves et toutes les difficultés à la fois, et il finit alors par se décourager et s'effondrer. Il se dit : regarde tout ce travail, tous ces efforts à fournir, tout ce qu'il faut surmonter, ses jambes flageolent et il abandonne tout. Mais s'il était avisé, il comprendrait les paroles du 'Hafets 'Haïm et de Rabbi Israël Salanter : l'homme n'a qu'un seul jour, et l'homme n'a qu'une seule page. Ce que l'on attend de moi, c'est maintenant, ce que l'on a placé devant toi à cet instant précis. Ne regarde pas l'avenir : si tu le regardes, tu te briseras.
C'est comme quelqu'un qui entre à Yom Kippour et commence à feuilleter le Mahzor par la gauche - « le cœur de l'insensé est à sa gauche » - en disant : regarde combien de prières il reste jusqu'à Néïla, que ce sera long ! Ne feuillette pas. Qu'y a-t-il maintenant ? Maintenant c'est la Amida, combien de temps cela prend-il, dix minutes. Maintenant ce sont les Sélihot, combien de temps, une demi-heure. Regarde seulement ce que tu as devant toi maintenant. De même, celui qui contemple tout le Chass et dit : quoi, je vais commencer le Daf Hayomi ? Sais-tu combien de pages cela représente ? - il se décourage. Mais le sage, comme le dit le Midrach, affirme : aujourd'hui j'étudierai un peu, demain j'étudierai un peu, après-demain j'étudierai un peu, et « qui amasse peu à peu augmente son bien ». Même un long chemin commence par un premier pas, et l'on ne te demande que ce pas-là, puis seulement le suivant. C'est le sens de « Aujourd'hui si vous écoutez Sa voix » : veux-tu écouter la voix d'Hachem ? Comprends que tu n'as à accomplir que la tâche d'aujourd'hui, et ainsi, chaque jour te semblera plus facile.
Le Machia'h aux portes de Rome
La Guémara raconte que Rabbi Yéhochoua ben Lévi trouva le prophète Élie debout à l'entrée de la grotte de Rabbi Chimon bar Yo'haï. Il lui demanda : quand viendra le Machia'h ? C'est la question des questions - un Juif demanda d'ailleurs un jour à Rabbi 'Haïm Kanievsky quand le Machia'h arriverait, et celui-ci lui répondit : quand il viendra, on te préviendra. Ainsi, Rabbi Yéhochoua ben Lévi interrogea Élie, le messager de la délivrance, supposant qu'il disposait d'informations préalables. Élie lui répondit : va et demande-lui toi-même. Il demanda : où se trouve-t-il ? Il lui dit : aux portes de la ville de Rome. Il demanda : à quoi le reconnaîtrai-je, puisqu'il ressemble à un homme ordinaire ? Il lui répondit : il est assis parmi des pauvres affligés de maladies et éprouvés, des lépreux ; et tandis qu'eux tous défont tous leurs pansements à la fois pour en attacher de nouveaux, lui en défait un et en refait un à la fois - afin d'être immédiatement disponible pour délivrer Israël, sans risquer de dire, à Dieu ne plaise : Maître du monde, accorde-moi juste un quart d'heure pour finir mes pansements. En réalité, il va de soi qu'il s'agit là d'une parabole.
Rabbi Yéhochoua ben Lévi se rendit auprès de lui et dit : Chalom sur toi, mon maître et mon guide. Il lui répondit : Chalom sur toi, fils de Lévi. Il lui demanda : quand mon maître viendra-t-il ? Il lui répondit : aujourd'hui. Il retourna auprès d'Élie et lui rapporta ce qu'il lui avait dit. Élie lui dit : il t'a promis, à toi et à ton père, le monde futur ; si vous n'étiez pas de parfaits justes, il ne t'aurait pas salué par le Chalom et n'aurait pas mentionné le nom de ton père ; heureux celui qu'il a salué et auquel il a rendu le salut, et s'il vous a mentionnés tous les deux, vous êtes destinés à la vie du monde futur. Il lui dit : mais il m'a menti, il m'a dit qu'il viendrait aujourd'hui, or le jour est passé et il n'est pas venu ! Élie lui répondit : tu n'as pas compris. « Aujourd'hui » signifie « aujourd'hui si vous écoutez Sa voix ». Il ne voulait pas dire qu'il viendrait ce jour-là, mais il te citait un verset : je suis déjà prêt, j'ai déjà fini mon pansement, et si vous êtes prêts, je viens. C'est-à-dire que si Israël fait téchouva, ils sont immédiatement délivrés.
Les massacres de 5408 et 5409 et "Voici le jour que l'Éternel a fait"
On raconte qu'en l'an 5408 (1648), après les terribles massacres dirigés par Khmelnitski et ses troupes, où des milliers de Juifs périrent - et dont les descendants et les compatriotes subissent aujourd'hui les coups en rétribution de leurs actes, car Khmelnitski est considéré comme un héros national en Ukraine, avec des monuments et des chants à sa gloire, tenu chez eux pour un illustre chef de guerre - les grands de la génération affirmèrent que la Délivrance était proche. Ils trouvèrent à cela une allusion dans le verset : "C'est avec cela (בזאת, 'bé-zot') qu'Aharon entrera dans le sanctuaire", la valeur numérique de "zot" (זאת) correspondant à 408 (ת"ח). Cette date est également insinuée dans les deux grandes lettres de la Méguila d'Esther : le grand Tav de "Vatichtov Esther" et le grand 'Het de "'Hour karpas outkhelet" - faisant allusion au malheur de l'année 5408. Comme on le sait, la tragédie de la Shoah est également annoncée dans la liste des dix fils de Haman, et nous avons longuement expliqué ailleurs comment leur mise à mort aux procès de Nuremberg s'y trouve esquissée.
Lorsque le Machia'h ne vint pas, l'auteur du Chiftei Cohen, le Chakh, rédigea un vibrant appel pour encourager le peuple, car un certain découragement s'était installé : on avait désigné des indices clairs annonçant l'événement, et rien ne s'était produit. De fait, à chaque génération apparaissent de tels indices, et les maîtres du peuple s'efforcent toujours de tempérer l'enthousiasme, de peur que l'on ne s'y fie aveuglément pour s'effondrer ensuite. Par exemple : "L'ennemi disait : je poursuivrai, j'atteindrai, je partagerai le butin, mon âme s'en rassasiera, je tirerai mon épée" (Amar Oyev Erdof Assig A'halek Chalal Timlaemo Nafchi Arik 'Harbi) forme en acronyme l'année 5751 (תשנ"א) ; on disait alors qu'en l'an 5751 le Machia'h devait se révéler. La moisson est passée, l'été a pris fin, et nous n'avons pas été sauvés - nous voilà déjà en 5782. Il faut en déduire que ces calculs désignent des périodes propices à la Rédemption. On pourra écouter à ce propos le dernier cours sur le livre de Daniel, où sont détaillés tous les moments propices à la Délivrance ainsi que les explications de "un temps, des temps et la moitié d'un temps" proposées par les grands maîtres et par le Zohar. Toutes ces échéances sont passées sans que le salut advienne, et le plus frappant est que chacune de ces époques porteuses de Délivrance a vu éclater de grands malheurs : n'étant pas préparés ni méritants, la situation s'est retournée contre nous, et au lieu de l'abondance céleste promise sont survenues des détresses. Il en fut de même pour l'année suggérée par le mot "zot".
Le Chakh écrivit ainsi : "C'est de l'Éternel que cela (זאת, 'zot') est venu, c'est une merveille à nos yeux". L'année 'zot' (5408) était éminemment propice à la Délivrance, et pourquoi en définitive le Machia'h n'est-il pas venu ? "Elle est restée cachée à nos yeux" (niflat be-énénou). Mais l'empêchement vient de nous, comme le suggère la suite des versets : "Voici le jour que l'Éternel a fait, réjouissons-nous et jubilons en lui". Que manquait-il donc pour la Délivrance ? "Ce jour" - c'est-à-dire "Aujourd'hui, si vous écoutez Sa voix". Si aujourd'hui vous écoutez Sa voix, alors "Voici le jour que l'Éternel a fait, réjouissons-nous et jubilons en lui". Ne l'ayant pas fait, il s'ensuivit que "c'est une merveille (un mystère incompréhensible) à nos yeux". Faisons techouva, afin de nous rendre dignes de la Rédemption.
"N'endurcissez point votre cœur" - Qu'est-ce que l'endurcissement du cœur ?
אַל־תַּקְשׁוּ לְבַבְכֶם כִּמְרִיבָה כְּיוֹם מַסָּה בַּמִּדְבָּר׃ - N'endurcissez point votre cœur comme à Meriba, comme au jour de Massa dans le désert.
Le Radak explique : n'endurcissez point votre cœur comme l'ont fait vos ancêtres. Le lieu fut appelé Massa et Meriba parce qu'Israël y chercha querelle à l'Éternel et L'éprouva : "parce qu'ils tentèrent l'Éternel, en disant : L'Éternel est-Il au milieu de nous, ou non ?" C'est-à-dire : ne mettez pas en doute l'Éternel votre Dieu, à l'image de la génération du désert lors de l'épisode des eaux de Meriba.
Le Malbim précise : puisqu'Il est notre Dieu et que nous sommes le troupeau de Son pâturage, il ne convient pas d'endurcir votre cœur. L'Éternel ne s'est pas révélé aux nations du monde et elles n'ont pas bénéficié d'une telle effusion divine ; c'est pourquoi, lorsqu'elles ferment leur cœur, on ne qualifie pas véritablement cela d'endurcissement. C'est semblable à un homme que vous n'avez point appelé : vous ne regrettez pas son absence et vous ne dites pas de lui qu'il a la nuque raide, puisque vous ne l'avez point convié. Mais celui que vous avez appelé et qui refuse de venir, de lui vous direz qu'il a la nuque raide. Dieu ne s'est point manifesté aux nations par des signes et des prodiges, Il n'a pas noué ce lien intime avec elles, aussi ne sont-elles point qualifiées de peuples à la nuque raide. Mais nous, qui connaissons l'Éternel et qui, malgré cela, refusons de nous rapprocher de Lui et n'écoutons pas Sa voix, cela constitue un véritable endurcissement du cœur.
Et quelle est la nature profonde de cet endurcissement ? C'est lorsqu'un homme est témoin des actes et des prodiges de Dieu et qu'il ferme délibérément son cœur, selon l'expression : "Et J'endurcirai le cœur de Pharaon" - il voit des signes et des prodiges, et il obstine son cœur. Vous avez contemplé de vos propres yeux toutes les œuvres de l'Éternel, et vous ne vous rapprocheriez pas de Lui, béni soit-Il ? Telle est la définition de l'endurcissement du cœur. C'est précisément ce qui advint à Meriba et au jour de Massa dans le désert, comme il est dit : "Tous ces hommes qui ont vu Ma gloire et les signes que J'ai opérés... et qui M'ont tenté déjà dix fois et n'ont point écouté Ma voix, ne verront point le pays". Tel était le reproche : tu as vu Ma gloire, tu as vu Mes prodiges, pourquoi donc mets-tu encore l'Éternel à l'épreuve ?
"Ils M'ont tenté" et "ils M'ont éprouvé" - Deux degrés dans l'incroyance
אֲשֶׁר נִסּוּנִי אֲבוֹתֵיכֶם בְּחָנוּנִי גַּם־רָאוּ פׇעֳלִי׃ - Où vos pères M'ont tenté, M'ont éprouvé, bien qu'ils eussent vu Mes œuvres.
Combien de fois vos ancêtres M'ont-ils tenté, alors même qu'ils avaient été témoins de Mes interventions : J'avais fendu la mer devant eux, fait descendre la manne, tiré de l'eau du rocher le plus dur - et malgré tout, ils continuaient de mettre l'Éternel à l'épreuve. C'est le sens de : "Ils M'ont éprouvé, bien qu'ils eussent vu Mes œuvres" : ils ont persisté à M'éprouver après avoir constaté Mes hauts faits. Pourquoi douter encore et hésiter, quand la preuve était sous vos yeux ?
Le Malbim relève avec précision la nuance entre « po'al » (action en cours) et « ma'assé » (œuvre achevée), comme il l'a déjà expliqué ailleurs : « po'al » désigne l'action en train de s'accomplir, tandis que « ma'assé » renvoie à son aboutissement. « Po'al » : Il agit dans l'instant présent ; « 'assa » ou « 'ossé » : la chose est déjà achevée. « Ils ont vu Mon action (po'oli) » signifie qu'ils constatent combien Je Me préoccupe constamment de leurs besoins : les nuées de gloire les accompagnent sans cesse, la manne tombe chaque jour, le puits les suit en permanence. Il ne s'agit pas d'un fait accompli du passé, comme la création du ciel et de la terre qui a été achevée une fois pour toutes, mais d'un renouvellement quotidien. Et c'est là le sens de « mais ils ne regardent pas l'action d'Hachem » - ce que l'on observe au quotidien, ce renouveau de chaque instant, provient d'Hachem. Ils auraient dû y réfléchir attentivement, et pourtant ils ont mis à l'épreuve et testé.
Et quelle est la différence entre « nissouni » (ils M'ont éprouvé) et « bekhanouni » (ils M'ont testé) ? Le Malbim explique : examiner (livkhone) une chose consiste à vérifier si elle répond à sa vocation première, si elle est capable d'accomplir ce qu'elle est censée faire. Éprouver (lenassot) une chose, c'est tester si elle possède des forces nouvelles, si elle est également capable d'autres réalisations. Au début, « ils M'ont éprouvé » : ils pensaient que cela n'était pas au pouvoir d'Hachem, c'était donc une tentative de vérification - en a-t-Il la force ? Et après avoir constaté que c'était bien en Son pouvoir, l'attitude devint « ils M'ont testé » : ils savent qu'Il en est capable, mais voyons s'Il fera aussi ceci, et cela. Comme l'exprime le verset : « Pourra-t-Il aussi donner du pain, ou procurer de la viande à Son peuple ? » - chaque fois, ils inventent un nouveau test, bien qu'ils sachent déjà qu'Il a le pouvoir de leur accorder tout ce qu'Il désire, et ils continuent pourtant à Me tester.
« Quarante ans J'ai été dégoûté de cette génération »
אַרְבָּעִים שָׁנָה אָקוּט בְּדוֹר וָאֹמַר עַם תֹּעֵי לֵבָב הֵם וְהֵם לֹא־יָדְעוּ דְרָכָי׃ - Quarante ans J'ai été dégoûté de cette génération, et J'ai dit : C'est un peuple au cœur égaré, et ils n'ont pas connu Mes voies.
Rachi commente : Je Me suis querellé avec eux, J'ai lutté contre eux, selon l'expression « mon âme est dégoûtée de ma vie » (naketa nafchi) - J'ai combattu contre eux pendant quarante ans pour les faire mourir dans le désert, car J'ai dit qu'ils formaient un peuple au cœur égaré. Selon cela, « akout bedor » signifie que Je Me suis querellé avec la génération du désert durant quarante ans. « Et J'ai dit : C'est un peuple au cœur égaré » - le Radak explique : leur cœur incline à la rébellion et ils ne croient pas en Moi ; « et ils n'ont pas connu Mes voies » - ils n'ont pas reconnu tous les miracles que J'ai accomplis pour eux, et ils craignaient encore d'entrer en terre d'Israël, redoutant que cela dépasse Mon pouvoir et que Je n'en sois pas capable.
Ibn Ezra explique que « akout » s'apparente à « et Je fus pris de dégoût envers eux » et à « mon âme est dégoûtée de ma vie », non pas au sens d'une querelle, mais dans celui d'un profond dégoût et rejet. Il précise que cela fait référence à ces quarante années durant lesquelles nous ne trouvons pas de prophétie adressée à Moché dans le désert : nous trouvons des prophéties lors de la sortie d'Égypte au cours de la première année, ainsi qu'à la fin avant l'entrée dans le pays, mais pendant toutes les années intermédiaires, nous n'en trouvons pas. Nos Sages expliquent que durant cette période, Israël n'était pas digne, et la parole divine fut donc retirée à Moché pendant trente-huit ans - c'est-à-dire la parole destinée au peuple, les prophéties en leur faveur ; quant à l'étude de la Torah reçue directement d'Hachem, elle demeurait intacte. Seule la communication avec le Saint, béni soit-Il, pour les besoins du peuple fut interrompue durant ces années. C'est là le sens de « Quarante ans J'ai été dégoûté de cette génération », comme si Mon âme les avait rejetés, « car ils n'ont pas connu Mes voies », selon les paroles de Moché Rabbénou : « Mais Hachem ne vous a pas donné un cœur pour comprendre » - ils n'ont pas compris les voies d'Hachem, et c'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, n'a plus transmis de messages à Moché Rabbénou en leur faveur.
« S'ils entreront dans Mon repos »
אֲשֶׁר־נִשְׁבַּעְתִּי בְאַפִּי אִם־יְבֹאוּן אֶל־מְנוּחָתִי׃ - Aussi ai-Je juré dans Ma colère : S'ils entreront dans Mon repos !
Le Radak explique : bien que J'aie été en litige et en querelle avec ce peuple pendant quarante ans, cette génération est celle contre laquelle J'ai juré dans Ma colère qu'ils n'entreraient pas dans Mon repos. Avec cette génération, contre laquelle J'avais décrété qu'elle n'entrerait pas en Terre sainte, J'ai marché quarante ans dans le désert en leur faisant des reproches, et J'ai dit à leur sujet qu'ils sont un peuple au cœur égaré - comme il est écrit : « Je vous ai conduits quarante ans dans le désert, vos vêtements ne se sont pas usés... afin que vous sachiez », et « Hachem ne vous a pas donné un cœur pour comprendre, des yeux pour voir et des oreilles pour entendre jusqu'à ce jour ». Des « cœurs égarés » sont des personnes qui ne tirent pas les leçons de ce qu'elles voient de leurs yeux, et dont le cœur erre vers ce qui est illusoire et erroné. Le Saint, béni soit-Il, dit ainsi : toute Ma discorde avec eux durant ces quarante années n'a pas suffi à corriger leurs actes.
« Aussi ai-Je juré dans Ma colère » - J'ai juré dans Mon courroux qu'ils n'entreraient pas en terre d'Israël ni à Jérusalem, qui sont appelées repos, comme il est dit : « C'est ici Mon repos à tout jamais, ici J'habiterai car Je l'ai désiré ». C'est pourquoi Je Me suis irrité contre eux et J'ai décrété qu'ils n'entreraient pas dans Mon repos - c'est-à-dire la terre d'Israël, « au repos et à l'héritage », où Israël a trouvé le repos. Et « Mon repos » désigne le repos que Je leur ai accordé, tout comme l'expression « et Je les réjouirai dans Ma maison de prière » fait référence à la prière qu'ils M'adressent. Et que signifie la formule « S'ils entreront » (im yévo'oun) ? Le Radak explique qu'il s'agit d'une formule de serment, selon la manière dont un homme formule un vœu ou pose une condition : s'il advient telle chose, je ferai ceci. De même que : « S'ils verront le pays que J'ai promis à leurs pères », ou « Si jamais Je mentais à David ». Ici également : J'ai juré qu'en agissant ainsi, ils n'entreraient jamais dans Mon repos.
En conclusion :
Dans cette partie du psaume, le Malbim met en lumière la différence fondamentale entre deux formes de reconnaissance : les nations du monde ne reconnaissent le Créateur qu'à travers la nature - « En Sa main sont les profondeurs de la terre », « les cimes des montagnes sont à Lui », « À Lui appartient la mer et c'est Lui qui l'a faite » -, une reconnaissance de l'œuvre globale et du maintien de la création selon les lois de la nature, sans lien direct avec les actions humaines. Nous, en revanche, nous nous prosternons et bénissons « devant Hachem, notre Créateur », du point de vue de la providence particulière (hachgaha pratit) et du lien personnel : « Car Il est notre D.ieu et nous sommes le peuple de Son pâturage, le troupeau guidé par Sa main » - un lien qui n'est pas figé d'avance mais se renouvelle selon nos actes et nos choix : « Aujourd'hui, si vous écoutez Sa voix ». De là découle l'avertissement de ne pas endurcir son cœur à la manière de la génération du désert, qui voyait les actions d'Hachem au quotidien et qui, malgré cela, a mis à l'épreuve et testé, et à l'égard de laquelle Hachem a juré dans Sa colère qu'elle n'entrerait pas dans Son repos. Et la leçon en est que le présent, « aujourd'hui », nous appartient : c'est seulement la journée d'aujourd'hui que l'on te demande, seulement ce pas-ci, et pas à pas l'édifice s'élève - et c'est de cet « aujourd'hui » même que dépend notre délivrance.