Ce psaume constitue un vibrant appel lancé à tous les habitants du monde afin de chanter à l'Éternel un chant nouveau, de proclamer Sa gloire parmi les nations et de Le reconnaître comme l'unique Roi qui gouverne la création. Dans cette partie, nous nous penchons sur les versets où le roi David détaille ce qu'est cette « gloire » qu'il convient de relater aux nations : la grandeur du Saint, béni soit-Il, le néant des divinités des peuples, la majesté et la splendeur des œuvres célestes, ainsi que l'appel adressé aux familles des nations à rendre à l'Éternel gloire et puissance.
כִּי־גָדוֹל יְהֹוָה וּמְהֻלָּל מְאֹד נוֹרָא הוּא עַל־כׇּל־אֱלֹהִים׃ - Car grand est l'Éternel et souverainement loué, Il est redoutable par-dessus tous les dieux.
Le Radak explique que les « dieux » désignent ici les anges, et ce sont eux qui exaltent et louent le Nom divin. On peut également l'interpréter comme se référant à toutes les forces de la création. Il ne faut nullement en déduire, à Dieu ne plaise, qu'il existe d'autres divinités, mais plutôt que toute puissance dans la création est appelée « El » au sens d'entité dotée de force : les étoiles, les constellations, le soleil et la lune. L'Éternel est grand au-dessus de toutes ces forces, car toutes n'agissent que par Sa seule puissance.
Le Malbim explique que ce verset vient expliciter ce qui a été dit précédemment : « Racontez parmi les nations Sa gloire ». Le terme « grand » indique que le Saint, béni soit-Il, est la cause première et la cause ultime de toute chose. Nous avons déjà souligné la distinction entre « grand » (gadol) et « élevé » (ram) : à propos des nations, il est dit « L'Éternel est élevé au-dessus de toutes les nations », tandis que par rapport à Israël, il est dit « Grand est l'Éternel ». Une montgolfière est élevée, un avion est élevé, mais un gratte-ciel est qualifié de grand. « Élevé » signifie qu'il se trouve en haut, alors que « grand » signifie qu'il s'étend depuis le bas jusqu'au sommet.
C'est là que réside toute la différence entre la conception du judaïsme et celle des nations. Les nations ont pour ainsi dire repoussé le Saint, béni soit-Il, vers les hauteurs : elles L'ont tant élevé qu'à leurs yeux, du fait de Sa transcendance, Il ne verrait plus du tout ce qui se passe ici-bas. Selon leur approche, le Créateur n'a que faire d'une démangeaison dans le dos ou d'un découvert bancaire ; « ne rabaissez pas le Créateur », disent-elles. Cette conception leur est fort commode, car si l'Éternel n'est qu'élevé, l'homme n'a plus de dilemmes moraux et nul ne vient lui demander des comptes.
Le peuple d'Israël affirme tout le contraire : l'Éternel est grand, depuis le bas jusqu'en haut. Le Saint, béni soit-Il, voit et supervise tout ce qui se passe dans le monde d'en bas, du plus infime détail jusqu'aux événements majeurs. Les nations ont l'impression que la vision juive rapetisse le Créateur, mais la vérité est exactement inverse. Ce n'est qu'à propos d'un être de chair et de sang, limité, que l'on peut dire qu'il s'occupe des grandes affaires et n'a pas le temps pour les petites. En revanche, pour Celui qui n'a aucune limite, rien n'empêche d'embrasser le petit comme le grand.
On peut donner une parabole : si l'on vous demande quelle est la distance d'ici jusqu'à l'infini, vous répondrez : l'infini. Et si vous parcourez cent kilomètres, la distance devient-elle l'infini moins cent kilomètres ? C'est absurde. L'infini reste l'infini. Même si vous avancez d'un milliard de kilomètres, vous demeurez tout aussi éloigné de l'infini qu'auparavant. Dès lors, par rapport au Saint, béni soit-Il, quel sens y a-t-il à parler de grand ou de petit, comme si les corps célestes étaient importants et les affaires humaines insignifiantes ? Face à l'Infini, tout est néant, tout est dérisoire. Par conséquent, de même qu'Il a créé les cieux et leurs étendues, Il a créé l'homme et tout ce qui le concerne, et Il veille sur lui dans chaque détail. Il s'avère donc que ce sont les nations qui diminuent le Maître du monde, car elles Le conçoivent comme limité. Nous affirmons l'inverse : pour l'Éternel, il n'y a ni grand ni petit ; le Saint, béni soit-Il, a créé Son univers pour veiller sur lui et le diriger, c'est pourquoi Il sait tout ce qui s'y déroule et supervise chaque chose.
Le Malbim explique que le terme « grand » indique qu'Il est la cause première et la cause ultime. Prenons l'image d'une chaîne logistique : il y a l'usine qui fabrique, une entreprise qui achemine les produits vers les entrepôts, un transporteur qui approvisionne les supermarchés, et un livreur qui apporte la commande jusqu'à votre domicile. Le livreur qui a déposé le produit chez vous n'est pas celui qui l'a fait venir de l'usine. Avec le Saint, béni soit-Il, il n'en va pas ainsi : Il est la cause première, le Fabricant, et Il est aussi la cause ultime, Celui qui vous nourrit jusqu'à la bouche. Il ne s'agit pas d'une chaîne où Dieu aurait accompli Son acte, puis se serait retiré ; Il est Celui qui agit du début à la fin.
En d'autres termes simples : quand on a une réclamation parce que le livreur a jeté les colis devant chez soi et en a brisé certains, on ne va pas se plaindre chez l'importateur, mais auprès de l'entreprise de livraison. Auprès d'Hachem, Sa responsabilité est totale sur tout, et toute doléance ne s'adresse qu'à Lui. De là se comprend l'interdiction de prier autrui : celui qui adresse sa prière à la force intermédiaire qui lui a transmis l'abondance s'imagine qu'il y a une « dernière étape » distincte de la « première étape ». On lui répond : tu es dans l'erreur, il n'y a pas de premier et de dernier maillon indépendants. Hachem est le fabricant, Il est l'importateur, Il est la société de livraison, Il est celui qui apporte chez vous et Il est celui qui vous nourrit. Tout vient de Lui, béni soit-Il, et Sa force se déploie sur l'existence tout entière.
Et malgré tout, Il est « infiniment digne d'éloges », car tout est accompli avec une sagesse et une bonté absolues, au point que dans chaque détail de la création, on peut percevoir la bonté, la sagesse et l'immense bienveillance du Créateur. Et en écho à ce qui a été dit : « Parmi tous les peuples, Ses merveilles », il déclare à présent : « Il est redoutable par-dessus tous les dieux ». Ne dis pas que les forces de la nature sont fixées de façon immuable, qu'Hachem aurait créé Son monde ainsi et qu'il demeurerait tel quel pour toujours. Chez un être de chair et de sang, l'artisan qui a fabriqué une armoire ne reste pas sur place pour la soutenir, et le maçon ne reste pas pour retenir le balcon une fois achevé. Mais chez le Saint, béni soit-Il, il n'en est rien. Toutes les forces de la nature, qui semblent agir par simple inertie, ne fonctionnent pas ainsi : « Il renouvelle dans Sa bonté, chaque jour perpétuellement, l'œuvre de la Création ». Hachem est la cause qui agit en elles continuellement, et s'Il le veut, Il peut à chaque instant les modifier et suspendre leur vitalité et leur existence. Si la volonté du Créateur venait à se retirer ne serait-ce qu'un seul instant d'une chose particulière ou de la nature dans son ensemble, le monde retournerait au néant et au chaos. L'existence du monde dépend de Sa volonté à chaque instant.
כִּי כׇּל־אֱלֹהֵי הָעַמִּים אֱלִילִים וַיהֹוָה שָׁמַיִם עָשָׂה׃ - Car tous les dieux des peuples sont des idoles vaines, mais Hachem a fait les cieux.
Le Metsoudat Tsion explique que le terme « élilim » (אלילים) est la contraction de deux mots : « El » (force divine) et « lo » (non), c'est-à-dire un « non-dieu ». Ils n'ont aucune réalité ni aucune utilité, tout comme Job l'a dit à ses compagnons : « Vous êtes tous des médecins de néant », des médecins qui soignent avec des remèdes illusoires, des praticiens sans réel pouvoir.
Le Malbim ajoute : les nations attribuent la divinité à l'armée céleste, au soleil, à la lune et aux étoiles, s'imaginant qu'ils possèdent un pouvoir autonome. C'est à ce sujet que le verset affirme qu'ils ne sont que néant. Leur puissance est mesurée et limitée par Hachem, ils ne détiennent aucune force propre et n'agissent que par Sa puissance, car « Hachem a fait les cieux ». Hachem a créé les cieux, et dans ces cieux, Il a façonné le soleil, la lune et les étoiles ; par conséquent, tout fonctionne par Sa force et par Son abondance, et tout dépend absolument de Lui.
הוֹד־וְהָדָר לְפָנָיו עֹז וְתִפְאֶרֶת בְּמִקְדָּשׁוֹ׃ - Majesté et splendeur sont devant Sa face, puissance et beauté sont dans Son sanctuaire.
Le Radak explique que « Majesté et splendeur sont devant Lui » se rapporte aux étoiles, qui reconnaissent la grandeur d'Hachem et Lui rendent hommage. Il est bien connu que le Rambam écrit que les astres sont doués d'une âme - non point semblable à l'âme humaine, mais il les définit néanmoins comme des êtres animés. Autrefois, on éprouvait des difficultés à concevoir cela : comment qualifier une masse de matière d'être doué d'une âme ? Or, cela s'avère exact sous deux aspects. Le premier aspect est spirituel : chaque élément de la nature possède une force qui le stimule et lui dit « grandis ». Lorsque nous disons que les influences célestes transitent par les étoiles sur leurs orbites, cela ne désigne pas la masse matérielle appelée Vénus, Jupiter, Saturne ou Mars, mais bien leur force spirituelle. C'est ainsi que celui qui naît sous telle constellation aura une tendance à la colère, tel autre à la piété et tel autre à la droiture. Cette force spirituelle constitue en quelque sorte l'âme intérieure de cette réalité.
Le second aspect : aujourd'hui, nous savons que rien dans la nature n'est véritablement inerte. Une matière semble inanimée au regard, mais elle est composée d'atomes, et l'atome n'est pas inerte : les électrons et les particules sont en mouvement perpétuel. Il s'avère donc que ce qui paraît inerte recèle un mouvement intérieur. Dès lors, on peut mieux comprendre ce que nous avons mentionné : si Hachem retirait Sa volonté d'une chose, celle-ci retournerait à l'instant au néant absolu. Car si les électrons et les protons cessaient leur rotation un seul instant, il se produirait un effondrement de la matière. On dit que la tour Eiffel, si l'on ne retenait que sa masse brute - la quantité réelle de matière sans le vide atomique -, serait plus petite qu'une balle de tennis. C'est le mouvement qui produit l'illusion d'un volume, à l'image des pales d'un ventilateur qui tournent et donnent l'apparence d'une surface plane et pleine. Si le mouvement au sein de l'atome s'effondrait, il ne resterait qu'une quantité infime. Ainsi, si Hachem retirait Sa volonté et que les électrons cessaient leur course, tout s'effondrerait et disparaîtrait de l'existence. On comprend dès lors le sens d'une âme agissante chez les astres : cette force qui engendre en eux un mouvement intérieur invisible de l'extérieur.
De là, dit le Malbim : sache qu'Hachem est Celui qui a fait les cieux et tous les corps célestes. Par conséquent, ne sers aucune de ces puissances en t'imaginant qu'elle détient un pouvoir autonome. Elle n'a aucun pouvoir propre en réalité. Et puisque Hachem est la Cause première, on peut s'adresser directement à Lui, sans nul besoin de se tourner vers ces intermédiaires par lesquels Il transmet Son abondance. On ne saurait les qualifier d'« adjoints », car le Saint, béni soit-Il, n'a nullement besoin d'aide, mais selon l'expression du Ramchal, ils sont les « intendants de la nature ». Et lorsque le Roi se tient ici, à vos côtés, vous adresseriez-vous à l'intendant ? Parlez directement au Roi !
Et le Radak poursuit : « La force et la splendeur sont dans son sanctuaire » désignent les cieux, qui constituent Sa sainte demeure, comme il est dit : « les cieux, Sa sainte demeure ». Ils proclament la force et la splendeur d'Hachem, à l'image du verset : « Les cieux racontent la gloire de Dieu ».
Il a déjà été expliqué que l'expression « les cieux racontent » a une portée métaphorique : pour prendre la mesure de la grandeur du Créateur, il suffit d'observer les cieux. De même, lorsqu'on cherche à apprécier le talent d'un homme, on examine l'ouvrage qu'il a réalisé, et c'est à travers lui que se révèle sa maîtrise. On admire un tableau splendide peint par un véritable maître, authentique, fidèle au moindre détail, une pure merveille. Rien de comparable avec certaines toiles actuelles, où l'on jette quelques taches informes en parlant d'« art abstrait », laissant chacun deviner ce que l'auteur pouvait bien avoir à l'esprit.
On raconte que Bialik animait des rencontres du chabbat, des sortes d'« Oneg Chabbat », se posant un peu en maître à penser. On se réunissait au théâtre Habima ou dans des lieux similaires pour converser avec l'écrivain sur ses écrits et recueillir ses réflexions. À cette époque, certains cherchaient encore de la culture, avant de comprendre sans doute qu'il ne s'agissait que d'une culture d'hommes pécheurs. Un jour, un auditeur lui demanda : « Est-il vrai que dans tel récit, vous vouliez faire allusion à telle et telle idée ? », en lui prêtant toutes sortes d'intentions sophistiquées. Bialik lui répondit avec ironie : « Que me dites-vous là ? Je n'en savais rien moi-même, vous m'apprenez de grandes nouveautés sur mes propres intentions ! » On lui attribuait des visées qui n'avaient jamais existé. En revanche, devant une peinture magistrale, nul besoin de scruter les intentions cachées du peintre : son art s'impose de lui-même, et l'on constate immédiatement qu'il ne s'agit pas de simples gribouillages.
Une anecdote bien connue met en scène un galeriste de Safed qui utilisait un vieux coupon de toile pour y essuyer ses pinceaux. Deux touristes entrèrent, parcoururent la galerie, puis remarquèrent soudain ce tissu chargé d'un entrelacs de couleurs. « Wow, I don't believe it ! », s'exclamèrent-ils avec ferveur, « combien coûte cette œuvre ? » Le marchand leur répondit avec aplomb : « Écoutez, c'est un travail encore inachevé, vous voyez bien que je n'ai pas encore apposé ma signature ; ce n'est pas une pièce ordinaire, son prix est tout autre. » « Bien entendu, bien entendu ! », acquiescèrent-ils, « quelle richesse de tons ! » Ils revinrent un peu plus tard et payèrent rubis sur l'ongle. Nous vivons dans une génération de faux-semblants : quelqu'un trace un barbouillage qu'un enfant réussirait bien mieux, et si vous en riez, on vous assure que vous n'y comprenez rien à l'art. Ce sont les habits neufs de l'empereur : vous pouvez crier que le roi est nu, on vous répétera simplement que l'art vous échappe.
Une étudiante en art avait un jour rapporté ces réflexions à sa professeure, une femme très instruite formée à l'académie Bezalel, devenue baalat techouva et qui connaissait intimement tout ce milieu. Celle-ci lui confirma : « Ces remarques sont d'une justesse absolue, et je pourrais tenir une conférence entière sur l'imposture du monde de l'art. On invente des théories : un individu gribouille une futilité, et il suffit que quelqu'un pousse un cri d'admiration bien senti pour convaincre le public qu'il s'agit d'un chef-d'œuvre. Autrefois, pour être un artiste, il fallait être authentique, peindre le vivant ; savoir restituer fidèlement la réalité sur une toile, voilà ce qu'était le véritable art. »
Lors d'une exposition au musée d'Israël, un exposant présentait divers « assemblages » : il avait entassé des objets hétéroclites, soudé et ficelé quelques bricoles, décrétant qu'il s'agissait d'une création artistique. On rapporte qu'un visiteur, excédé, retira sa chaussure, posa sa carte d'identité, éparpilla quelques pièces de monnaie et lança : « Je mets au défi quiconque parmi les visiteurs d'affirmer que ceci ne fait pas partie de l'exposition ! Après tout, c'est une installation artistique. » En quoi cela était-il plus absurde que cet autre qui suspendit une chemise sur un cintre dans un réfrigérateur entrouvert en appelant cela une œuvre conceptuelle ? Allez comprendre ce que cette chemise était censée exprimer ! Que de sottises et de vanités, pour nous faire croire ensuite qu'il faudrait une tournure d'esprit particulière pour en saisir la profondeur. Tel est le monde d'illusions dans lequel nous évoluons.
Pour en revenir à notre sujet : quiconque observe attentivement cette création peut y contempler la divinité. De même qu'en admirant un tableau d'exception, on s'exclame : « Quel grand maître ! Quel talent remarquable pour peindre une œuvre si vivante ! », de même, en contemplant les cieux et leurs astres, on découvre un art grandiose. Celui qui observe la course des étoiles et leurs trajectoires y discerne une harmonie prodigieuse. Celui qui examine l'être humain constate avec quel art parfait il a été conçu : rien n'y est superflu, rien n'y fait défaut, et le Saint, béni soit-Il, a pourvu à tout ce qui est indispensable à son existence et à sa vie. Tout cela proclame la gloire divine. « Les cieux racontent » ne renvoie pas à une parole audible, de sorte que l'on pourrait objecter : « Mais moi, je n'ai rien entendu ! » ; le sens est : observe les cieux, et tu constateras qu'ils proclament d'eux-mêmes la gloire de Dieu, car l'Artisan suprême se reconnaît à Son œuvre. Tel est le sens de : « La majesté et la splendeur sont devant Lui, la force et la parure sont dans Son sanctuaire » : ce sont les astres qui se tiennent devant Lui, sanctifiant Son Nom et proclamant Sa puissance et Sa gloire.
Le Malbim s'interroge sur ce dédoublement des termes : quelle distinction y a-t-il entre le hod (la majesté) et le hadar (la splendeur), et entre le 'oz (la force) et la tif'éret (la parure) ? Le hod relève d'une dimension intérieure, la beauté intime de la réalité. Le hadar désigne l'aspect extérieur visible, par lequel une chose se pare et apparaît harmonieuse aux regards. De même, le 'oz est la vigueur intérieure, tandis que la tif'éret est son rayonnement extérieur perceptible à autrui, par lequel s'illustre et resplendit cette force interne.
Dès lors, explique-t-il : c'est à partir du hod intérieur et du hadar extérieur qui se tiennent devant Lui que se déploient ici-bas « la force et la parure dans Son sanctuaire ». Du hod intérieur découle la force intérieure ('oz), et du hadar extérieur découle la parure extérieure (tif'éret), et c'est par ces attributs que le Saint, béni soit-Il, régit l'univers. Il en résulte que le hod et le 'oz correspondent à la Providence naturelle, tandis que le hadar et la tif'éret relèvent de la Providence miraculeuse, par laquelle, pour ainsi dire, le Saint, béni soit-Il, fait éclater Sa souveraine grandeur.
הָבוּ לַיהֹוָה מִשְׁפְּחוֹת עַמִּים הָבוּ לַיהֹוָה כָּבוֹד וָעֹז׃ - Rendez à l'Éternel, familles des peuples, rendez à l'Éternel gloire et puissance !
Que peut-on apporter à Hachem ? Rachi explique que la suite du verset en est la réponse : « Rendez à l'Éternel gloire et puissance », c'est-à-dire que l'on honore Dieu pour Sa gloire, pour Sa puissance et pour la manière dont Il dirige le monde. Le Radak, quant à lui, interprète : « Rendez à l'Éternel » par votre bouche, c'est-à-dire louez le Créateur.
Le Malbim explique : vous, familles des nations, n'attribuez aucune force à un quelconque autre pouvoir dans la Création, mais à Hachem seul. Il ajoute que certains peuples admettaient l'existence d'Hachem, mais soutenaient qu'Il avait créé le monde puis confié sa direction aux corps célestes. Nous avons longuement développé cette conception dans le livre de Job : l'idée que le Saint, béni soit-Il, aurait abandonné Sa providence aux constellations célestes, ce que soutenait Job. Selon eux, Dieu a créé l'univers mais ne le gouverne pas ; la création et la providence sont deux choses distinctes, et depuis qu'Il a créé le monde, Il ne s'en occupe plus, tel un roi retiré dans ses appartements privés, ayant nommé un gouvernement et des ministres pour administrer le royaume selon les lois qu'il a fixées.
D'après cette vision, ils honorent certes Hachem en tant que Créateur et Auteur de toutes choses, mais estiment inutile d'éprouver de la crainte à Son égard, puisqu'Il n'interviendrait plus directement. Et s'il y a lieu de craindre, pensaient-ils, c'est des ministres qu'il faut avoir peur, de crainte de déplaire à l'un d'eux et d'être privé de subsistance. Telle fut la raison pour laquelle ils se sont livrés à l'idolâtrie et au culte des astres : ils voyaient en eux les intendants qui décident de ce que chacun recevra. C'est à cela que répond le verset en proclamant : rendez-Lui gloire et puissance ! La gloire, parce qu'Hachem a tout créé, et la puissance, parce qu'Il est le Souverain qui gouverne le monde, capable de modifier les lois de la nature et d'accorder rétribution et châtiment. Et face à ces deux aspects, le texte poursuit :
הָבוּ לַיהֹוָה כְּבוֹד שְׁמוֹ שְׂאוּ־מִנְחָה וּבֹאוּ לְחַצְרוֹתָיו׃ - Rendez à l'Éternel la gloire due à Son Nom, apportez une offrande et entrez dans Ses parvis !
Dans le livre Yossef Tehilot, l'auteur cite le Midrach selon lequel les nations réclamèrent la Torah, et le Saint, béni soit-Il, leur répondit : apportez-Moi vos registres généalogiques, Je veux voir si vos lignées sont pures. Tel est le sens de : « Rendez à l'Éternel, familles des peuples » : de même que Mes enfants présentent leur généalogie « selon leurs familles, selon la maison de leurs pères », apportez vous aussi un registre de généalogie attestant d'une filiation claire, un tel fils d'un tel, sans promiscuité interdite ni bâtardise. Comme cet enseignement est lumineux : si vous vous présentez en « familles des peuples », alors « rendez à l'Éternel gloire et puissance », or il n'y a de puissance que la Torah. Vous voulez recevoir la Torah ? Présentez des généalogies intègres, et vous recevrez alors la puissance, comme il est dit : « L'Éternel donnera la puissance à Son peuple ».
Dans le livre Tehilot Maharits, l'auteur approfondit ce Midrach. Le Rambam écrit dans son introduction au Commentaire de la Michna ainsi que dans le Yad Hahazaka que notre foi ne repose ni sur des signes et prodiges, ni sur une spéculation philosophique. Israël n'a pas cru en Moché Rabbénou en raison des prodiges qu'il a accomplis. Pourquoi ? Parce qu'un signe ou un prodige peut être produit par illusion ou sorcellerie, et c'est pourquoi nous ne nous en émouvons guère. De plus, un autre pourrait survenir et accomplir un miracle annulant le premier, nous conduisant à croire au dernier venu. Une telle foi ne serait donc que provisoire, jusqu'à ce qu'un tiers produise un autre prodige.
Sur quoi repose donc notre foi ? « Mais nous avons su tout cela par la vue » : six cent mille hommes ont contemplé la révélation de la Présence divine en ce jour solennel et redoutable. Il est impossible de contester un tel fait, à moins que Dieu ne se révèle à nouveau aux yeux de tout Israël, ce qui n'arrivera jamais. Et comme l'écrit le Rambam dans le Yad Hahazaka : « Nos propres yeux l'ont vu et non un étranger, nos propres oreilles l'ont entendu et non un autre ». Non point des signes et des prodiges, mais la proclamation du mont Sinaï, une théophanie devant des millions de personnes. Si l'on compte six cent mille hommes âgés de vingt à soixante ans, auxquels s'ajoutent les jeunes de moins de vingt ans, les aînés de plus de soixante ans, les femmes et la foule composite (l'Érev Rav), on atteint au bas mot cinq millions d'âmes. D'autres calculs montent bien plus haut, mais quoi qu'il en soit, il s'agit d'une révélation divine dont nous fûmes tous témoins.
Aucune nation au monde ne possède un récit relatant une révélation divine devant les foules, et vous n'entendrez jamais une telle histoire. La Torah elle-même s'en porte garante : « Interroge donc les premiers âges qui t'ont précédé... un peuple a-t-il jamais entendu la voix de Dieu parlant du milieu du feu, comme tu l'as entendue, et est-il resté vivant ? Fut-il jamais rien de semblable à cette grande chose, ou en a-t-on jamais entendu de pareille ? » Le Saint, béni soit-Il, dit : va et vérifie, Je te garantis qu'aucun peuple au monde ne racontera une telle histoire. C'est là la preuve la plus éclatante, car toutes les autres religions rapportent des miracles accomplis en secret. Cet individu a marché sur l'eau, combien l'ont vu ? Lors de la cène, il a partagé du pain pour une foule et cela a suffi, combien l'ont vu ? Et même à supposer que ce fût vrai, par magie tout est concevable, mais combien de témoins y avait-il ? Chez nous, il s'agit d'un événement survenu sous les yeux de millions de personnes.
Or, ce qui s'est produit devant des millions de témoins est irréfutable. Si quelqu'un vient me raconter un prodige auquel il a assisté, je pourrai lui répondre : je n'en ai jamais entendu parler, mon père ne m'en a rien dit, pourquoi devrais-je te croire ? Mais lorsqu'il s'agit d'un événement vécu par des millions d'individus, comment pourrait-on prétendre qu'un fait d'une telle ampleur a eu lieu sans que mon propre père ne m'en ait fait part ? C'est impossible. C'est pourquoi les nations n'ont même jamais tenté de fabriquer un tel récit, car il est impossible de convaincre des foules entières d'un événement colossal dont aucun de leurs ancêtres n'a gardé le souvenir.
Et c'est là le principe énoncé par le Ramban : les pères ne transmettent pas le mensonge à leurs enfants. Et si l'on objecte : mais les chrétiens transmettent eux aussi de père en fils ? C'est vrai, ce que le père dit à son fils est vrai : il lui transmet ce qu'il a entendu dire. Il a entendu raconter qu'il marchait sur l'eau, il a entendu raconter les circonstances de sa naissance. On le croit bien volontiers quand il affirme l'avoir entendu, mais cela ne reste rien de plus qu'une rumeur, car il ne témoigne pas d'un fait qu'il a lui-même vu. Un homme sage a d'ailleurs fait remarquer que les chrétiens ont été fort habiles en élaborant un modèle irréfutable : si vous demandez qui était présent cette nuit-là, on vous répondra : que voulez-vous, un enregistrement depuis la chambre à coucher ? Ils ont d'emblée construit une histoire à laquelle on ne peut opposer d'objection directe. Mais qui dit qu'elle est vraie ? Prouvez-moi qu'elle l'est ! Il n'y a aucun moyen de le faire.
Si quelqu'un venait prétendre que la Torah a été abrogée, on serait prêt à l'admettre, mais à une seule condition : que Celui-là même qui l'a donnée lors de cette assemblée vienne Lui-même l'annuler. Qu'un nouveau don de la Torah soit organisé au Sinaï, devant soixante myriades d'hommes, soit cinq millions de personnes, et qu'Il leur dise : « Je suis l'Éternel ton Dieu », et quant à ce que Je vous ai dit autrefois, voici les modifications. Parfait, nous serions prêts à l'accepter ! Cependant, comme l'affirme le Rambam, une telle chose n'arrivera jamais. Hachem ne se révélera plus jamais pour apporter des amendements, et c'est pourquoi cette révélation originelle demeure au-dessus de tout. Telle est l'essence du judaïsme : il commence par « Sache-le aujourd'hui » (Veyada'ta hayom), et non par « Crois-le ». Toutes les religions reposent sur la croyance, tandis que le judaïsme repose sur la connaissance. La Torah le répète sans cesse : « Les épreuves, les signes et les prodiges qu'Hachem a accomplis sous tes yeux », « qu'Hachem a accomplis sous vos yeux ». Vous avez vu. Il ne s'agit pas de récits inventés, mais d'une réalité vue de vos propres yeux, dont vous pouvez savoir avec certitude qu'elle est vraie.
Dès lors, si nous nous fions à la tradition de nos pères et estimons leur grandeur : lorsque mon père s'assoit avec moi lors de la nuit du Séder et me dit : sache qu'il y a eu le don de la Torah, qu'il y a eu la sortie d'Égypte, qu'il y a eu l'ouverture de la mer Rouge... Et d'où le sait-il ? Parce que son père le lui a raconté, et son père parce que son grand-père le lui a raconté, et ainsi de suite en remontant jusqu'au mont Sinaï et à la sortie d'Égypte. Si nous croyons qu'un père transmet la vérité à son fils, nous avons une foi absolue en tous ces événements vécus par nos ancêtres, car un père ne transmet pas le mensonge à son fils.
Mais si nous nous croyons plus sages que nos pères, fait remarquer l'auteur du Tehilot Maharits, à l'image des idées modernes qui dénigrent les coutumes de nos ancêtres, ces esprits qui cherchent constamment à discréditer tous les récits : « Non, cela ne s'est pas réellement passé, il n'y a pas de preuves, faisons une étude critique pour le démentir ». Ces adeptes de la critique biblique, qui n'ont fait qu'une simple visite dans la Bible et s'imaginent déjà savoir la lire ! Ils sont sages à leurs propres yeux, et cette attitude conduit à renier la Torah d'Hachem. Car la réception de la Torah ne s'est faite que d'homme à homme, de maître à disciple, et si l'on en vient à prétendre que son père a menti, alors nous n'avons plus de Torah.
Dans ces versets, le roi David détaille quelle est cette gloire qu'il convient de proclamer parmi les nations : Hachem est « grand », de bas en haut, la Cause première et ultime, veillant sur le petit comme sur le grand, car par rapport à l'Infini, il n'y a ni grand ni petit. Tous les dieux des peuples sont des idoles, des forces limitées dépourvues de pouvoir autonome, alors qu'Hachem a fait les cieux. La majesté et la splendeur, intérieures et extérieures, se déploient en puissance et en parure, d'où découlent la providence naturelle et la providence miraculeuse. C'est pourquoi retentit cet appel aux familles des peuples à rendre à Hachem gloire et puissance : gloire pour avoir créé, et puissance parce qu'Il dirige le monde et qu'Il a le pouvoir d'en modifier la nature. Et il n'y a de puissance véritable que la Torah, que le peuple d'Israël, à la noble ascendance, a mérité de recevoir, en vertu de la révélation du mont Sinaï que nos propres yeux ont contemplée sans intermédiaire étranger, et par la force d'une tradition transmise par des pères qui ne lègueront jamais le mensonge à leurs enfants.