Le Psaume 94 traite de la prétention des impies : « L'Éternel ne voit pas, le Dieu de Jacob n'y prête pas attention » - comme si le Saint, béni soit-Il, n'exerçait aucune Providence et ignorait les actes des hommes ainsi que leurs pensées. À partir d'ici, le Psalmiste apporte les preuves de la Providence ainsi que du salaire et de la punition, puis il aborde la grande question du juste qui souffre et de l'impie qui prospère, tout en éclairant la nature profonde des épreuves. Dans ce cours, nous suivrons l'ordre des versets à partir de « Celui qui châtie les nations ».
הֲיֹסֵר גּוֹיִם הֲלֹא יוֹכִיחַ, הַמְלַמֵּד אָדָם דָּעַת׃ - Celui qui châtie les nations ne réprouverait-Il pas, Lui qui enseigne la connaissance à l'homme ?
Le Radak explique : pensez-vous qu'Hachem ne vous réprimandera pas pour les mauvaises actions que vous avez commises ? Pourtant, la tradition transmise de génération en génération enseigne bien qu'Hachem châtie les nations pour leur méchanceté. Sur les impies de la génération du Déluge, Il a fait déferler les eaux, et le Saint, béni soit-Il, a anéanti toute chair en raison de la perversité de leurs agissements. Sur les habitants de Sodome, Il a fait pleuvoir le feu et le soufre. Dès lors, dans Son « curriculum vitæ » pour ainsi dire, figurent déjà de nombreux châtiments infligés aux peuples - et vous pensez qu'Il ne vous réprouvera pas, vous ? De même, « Lui qui enseigne la connaissance à l'homme » : c'est Hachem qui transmet le discernement à l'homme - or, Celui qui vous a inculqué la connaissance ne saurait-Il pas ce que vous pensez ? Comment pouvez-vous donc persister dans vos actes dépravés en prétendant qu'Hachem ne voit pas et n'entend pas ? L'Histoire prouve qu'Hachem châtie les nations, et Il vous châtiera très certainement aussi ; et Hachem enseigne le savoir à l'homme, Il connaît donc indubitablement aussi vos pensées.
Le Malbim explique que le terme « Yokhi'ah » se rattache à la notion de débat ou de controverse. Quand on dit « je vais te le prouver » - quand a-t-on besoin de prouver ? Lorsqu'il y a discussion et qu'on apporte une démonstration. Ici, le Saint, béni soit-Il, argumente face aux artisans d'iniquité et leur apporte la preuve par deux voies : d'une part parce qu'Il « châtie les nations » - voyez de vos propres yeux qu'Il châtie des peuples entiers ; et d'autre part parce qu'Il « enseigne la connaissance à l'homme » - même à l'individu isolé. Vous prétendez qu'Hachem n'exerce pas de Providence particulière ? Voici pourtant que le Saint, béni soit-Il, transmet la sagesse aux prophètes et aux sages, et toute leur intelligence découle de ce qu'Hachem leur enseigne. S'il n'y avait pas de Providence individuelle, d'où leur viendrait cette connaissance ? De qui le prophète a-t-il reçu sa prophétie, sinon d'Hachem qui enseigne la connaissance à l'homme ? Vous devez donc reconnaître qu'Hachem dirige Son monde, sait ce qui s'y passe et rétribue chacun selon ses actes. Hachem a placé Ses signes en Égypte, et Il a fait rendre gorge à plusieurs nations qui nous ont opprimés - c'est à travers cela que l'on reconnaît Sa Providence ainsi que le principe de salaire et de châtiment.
יְהֹוָה יֹדֵעַ מַחְשְׁבוֹת אָדָם כִּי הֵמָּה הָבֶל׃ - L'Éternel connaît les pensées de l'homme : elles ne sont que vanité.
Le Radak explique : Hachem connaît les pensées que les hommes nourrissent à Son sujet, « car elles sont vanité » - ils s'imaginent qu'Hachem n'a aucune connaissance de nos pensées, que pour ainsi dire Il ne pense pas et ignore ce que nous faisons. C'est là une pure aberration. Peut-on concevoir quoi que ce soit sans pensée préalable ? Simplement, « Mes pensées ne sont pas vos pensées ». Il y a assurément une pensée, mais elle n'est en rien semblable à la nôtre. Prenons la parabole d'un ordinateur : lorsque je calcule deux et deux, l'ordinateur le sait aussi - en découle-t-il pour autant que sa pensée ressemble à la mienne ? Nous sommes tous deux parvenus au résultat, nous traitons tous deux des données, mais ce n'est absolument pas le même processus. Il en va de même lorsqu'on évoque la pensée du Saint, béni soit-Il : elle existe indubitablement, mais le fait de savoir comment fonctionne notre esprit ne permet nullement d'en déduire comment s'exerce le Sien. Et affirmer qu'il n'y a aucune pensée divine est une futilité, car rien n'a été créé sans dessein. Penser signifie concevoir une chose, la planifier et la mener à bien.
Chez l'homme, la pensée précède l'action et reste sujette au regret : on a pensé une chose puis on s'est ravisé. Chez le Saint, béni soit-Il, la pensée est déjà l'action même, et comme l'affirme le Rambam : Lui, Sa pensée et Sa science ne font qu'un. Chez nous, on peut dire : « J'ai pensé ainsi et maintenant je pense autrement », car notre essence n'a pas changé, seule la pensée s'est modifiée ; mais chez Lui, béni soit-Il, puisqu'Il fait un avec Sa pensée, de même qu'Il ne change pas, Sa pensée ne change point. Il n'existe pas chez Lui d'état où « j'ai pensé telle chose et il m'est apparu qu'il en était autrement », ou « je savais ceci et j'ai découvert cela ». Quant à saisir cela véritablement, nous n'en avons pas la capacité. Nous ne pouvons formuler que ce qu'Hachem nous a permis d'appréhender de la Divinité ; et selon les paroles du Ram'hal, toutes nos connaissances sur le divin proviennent uniquement de ce qu'Hachem a bien voulu nous révéler, et nul ne doit s'imaginer Le saisir réellement, car sur tout ce qu'Il ne nous a pas dévoilé, nous n'avons assurément aucune perception possible.
Le Radak apporte une autre explication : « L'Éternel connaît les pensées de l'homme : elles ne sont que vanité » - Hachem sait ce que vous complotez, et en fin de compte tous vos projets sont vains, car Il les connaît et les déjoue. Le terroriste prépare un lourd engin explosif - et saute avec dans les airs. Il avait des desseins, il avait des plans, mais « ils ne sont que vanité ». On ne peut mener son projet à bien dès lors que le Saint, béni soit-Il, en a connaissance et a résolu de le réduire à néant.
אַשְׁרֵי הַגֶּבֶר אֲשֶׁר תְּיַסְּרֶנּוּ יָּהּ, וּמִתּוֹרָתְךָ תְלַמְּדֶנּוּ׃ - Heureux l'homme que Tu éprouves, Éternel, et que Tu instruis par Ta Torah.
Rachi explique : Heureux les justes tourmentés sous votre joug, pourvu qu'ils s'adonnent à la Torah et aux mitsvot. Ce monde-ci est un monde de labeur et d'effort, et heureux soient les justes qui souffrent, car ils expient ainsi pour la génération et la réparent - mais à la condition expresse qu'ils continuent à étudier la Torah : « que Tu éprouves, Éternel, et que Tu instruis par Ta Torah », c'est-à-dire qu'il s'adonne toujours à l'étude. Cela rejoint les paroles de la Guémara à propos des épreuves d'amour (yissourim chel ahava) - des souffrances qui n'entraînent pas l'abandon de l'étude (bitoul Torah). En revanche, si les souffrances l'accablent au point de l'empêcher d'étudier la Torah, ce ne sont pas des épreuves d'amour.
Le Radak explique ce verset comme une réponse à l'argument des impies : si vous êtes si justes et intègres, comment se fait-il que vous soyez en exil depuis des siècles et des millénaires ? Si vous êtes le peuple de Dieu et marchez dans Ses voies, tandis que nous, les nations - considérées « comme une goutte suspendue au seau, comme une poussière sur la balance » -, transgressons Sa parole, comment se fait-il que nous vivions dans la tranquillité alors que vous souffrez ? À cela nous répondons : « Heureux l'homme que Tu éprouves, Éternel » - c'est par amour pour nous qu'Hachem nous envoie des épreuves. Et si vous demandez d'où nous tenons ce secret, comment nous savons que ces épreuves procèdent de l'amour, le verset ajoute : « et que Tu instruis par Ta Torah ». C'est Hachem Lui-même qui nous l'a enseigné dans la Torah : « Car comme un homme corrige son fils, l'Éternel ton Dieu te corrige », et « afin de t'éprouver et de te faire souffrir, pour te faire du bien dans la suite de tes jours ». C'est de la Torah que nous apprenons que lorsque Dieu éprouve quelqu'un, cela prouve qu'Il tient à lui, qu'Il l'aime, et que ces épreuves sont destinées à son bien.
« Comme un homme corrige son fils » est l'illustration classique pour comprendre cette idée. Si l'on vient vous dire que votre fils et celui du voisin font un vacarme terrible en bas de l'immeuble, et que vous descendez pour attraper précisément votre fils et le punir, il vous dira : « Papa, pourquoi seulement moi ? Le fils du voisin aussi faisait des bêtises ! » Et la réponse est : « Pourquoi seulement toi ? Parce que c'est toi que j'aime, parce que tu es mon fils. Au-delà du fait que je ne veux pas d'ennuis avec le voisin et que je ne sais pas comment cela finirait, tu comptes pour moi. Et quand quelqu'un m'est cher, je tiens à ce qu'il se conduise convenablement, je tiens à l'éduquer, je veux le voir développer de bonnes qualités (middot tovot). C'est pourquoi c'est précisément lui qui est puni, car il compte pour moi. »
Le pire arrive lorsqu'un enseignant perd tout intérêt pour l'un de ses élèves. Quoi qu'il fasse, il lâche prise : il a renoncé à lui. Il ne le punit plus, n'exige plus rien de lui. C'est la situation la plus terrible, car elle montre qu'il a perdu tout espoir. Mais tant qu'il continue à le punir, à lui dire « apporte ton cahier », « je veux voir tes devoirs », « apporte-moi une autorisation du directeur », c'est le signe qu'il fonde encore des espoirs sur lui, qu'il attend encore quelque chose. En revanche, celui pour lequel on se dit « laisse tomber, c'est fini, il n'y a plus rien à faire, pas de parents, aucune volonté », s'il ne fait pas ses devoirs ou manque l'examen, personne ne s'en soucie. Situation effroyable. Et lorsque le Saint, béni soit-Il, continue de manifester Son intérêt envers nous, à quoi cela se voit-il ? Au fait qu'Il nous envoie des épreuves. C'est la preuve qu'Il se soucie réellement de nous ; autrement, pourquoi continuerait-Il à s'occuper ainsi de nous ?
C'était précisément l'argument des chrétiens, souvent évoqué : selon eux, Dieu aurait rejeté le peuple d'Israël, et parce qu'ils auraient fait mourir cet individu dont le nom doit être effacé, ils auraient été condamnés à être persécutés et opprimés. Or, cette allégation dépeindrait Dieu comme particulièrement cruel, à Dieu ne plaise. Comment peut-on soutenir une telle chose ? Si vous rejetez quelqu'un, pourquoi le poursuivre encore ? Dès lors qu'on le rejette, on s'en détourne, et c'est terminé. Un homme qui divorce d'une femme acariâtre va-t-il continuer à la traquer toute sa vie, à guetter son malheur et à la tourmenter ? (Certes, pendant l'épidémie de Covid, on a rapporté le cas d'un homme qui avait envoyé son ex-femme six fois en quarantaine grâce au traçage téléphonique, jusqu'à ce qu'on découvre que son ex-mari travaillait sur le système ; elle restait confinée chez elle sans aucun contact avec des malades, tandis qu'il la renvoyait sans cesse en isolement. Mais ce sont des cas pathologiques, que Dieu préserve.) En temps normal, quand quelqu'un ne vous intéresse plus, iriez-vous le poursuivre jusqu'au bout du monde ? Pourquoi s'en préoccuper ? Ainsi, le simple fait que le Saint, béni soit-Il, nous envoie encore des épreuves et nous interpelle prouve qu'Il dit : « Vous m'importez encore, Je m'intéresse toujours à vous, J'attends encore quelque chose de vous. » Cela prouve que le Saint, béni soit-Il, nous veut et désire notre bien.
Le Radak rapporte au nom de son père une autre explication du membre de phrase « et que Tu instruis par Ta Torah » : à travers les épreuves elles-mêmes, Hachem nous enseigne la sagesse et la Torah afin de revenir vers Lui d'un cœur sincère. Les épreuves constituent tout un enseignement qu'il faut savoir méditer : comment se rapprocher du Saint, béni soit-Il, au travers de ces souffrances.
לְהַשְׁקִיט לוֹ מִימֵי רָע, עַד יִכָּרֶה לָרָשָׁע שָׁחַת׃ - Pour lui donner du repos aux jours du malheur, jusqu'à ce que la fosse soit creusée pour le méchant.
Le Malbim explique qu'ici le verset vient répondre à la question du juste qui souffre (tsaddik vera lo) et du méchant qui prospère (racha vetov lo). Regardez bien : la réussite de l'impie est semblable à l'herbe - « quand les impies fleurissent comme l'herbe » -, ils germent et s'épanouissent, mais cela ne fait que hâter leur fin, et leur issue est la perdition : « Il paie Ses ennemis en face pour les faire périr ». Le juste, à l'inverse, grâce aux épreuves qu'il endure dans ce monde-ci, échappe à la perdition éternelle. Soixante ans, soixante-dix ans, que dure cette vie terrestre ? L'homme traverse ici des épreuves, et cela le préserve de la ruine éternelle. C'est le sens de « Heureux l'homme que Tu éprouves, Éternel ». Et quel est le but de ces épreuves ? « Pour lui donner le repos aux jours du malheur » : lorsque viendront les jours sombres, ceux de la mort et du jugement, il connaîtra la sérénité et évitera le Gehinnom. Et que sont ces jours de malheur ? « Jusqu'à ce que la fosse soit creusée pour le méchant » : pour le méchant, la fosse s'ouvre à sa mort, tandis que pour le juste, Dieu le purifie ici-bas afin qu'il trouve la paix dans l'au-delà.
Quant aux mots « et que Tu instruis par Ta Torah », ils constituent, selon le Malbim, une proposition incidente, rejoignant ainsi l'explication du Radak : cette réalité, nous l'avons apprise de la Torah. Et où donc ? Dans le verset : « Il paie Ses ennemis en face pour les faire périr » - on voit bien qu'Hachem rétribue Ses détracteurs de leur vivant, dans ce monde-ci, afin de les faire périr du monde futur, comme l'explique le Targoum. Dès lors, pourquoi s'étonner de l'apparent paradoxe du juste qui souffre et de l'impie qui prospère ? La Torah y répondait déjà. C'est dans la Torah que nous avons appris qu'« heureux l'homme que Tu éprouves, Éternel », dont la finalité est de « lui donner le repos aux jours du malheur » : c'est pourquoi il paie ici-bas pour le peu de fautes qu'il a commises.
Le Malbim propose une autre explication, selon le principe du parallélisme des hémistiches : le premier verset se divise en deux, de même que le second, la première partie de l'un correspondant à la première partie du verset suivant, et la seconde partie à la seconde partie. Selon cette lecture : « Heureux l'homme que Tu éprouves » - quel en est le but ? « Pour lui procurer le repos aux jours du malheur ». Et « et que Tu instruis par Ta Torah » a pour pendant : « Car l'Éternel ne délaissera point Son peuple ». C'est de la Torah que nous apprenons que le Saint, béni soit-Il, ne nous abandonne jamais, qu'Il a conclu une alliance avec nous et que cette alliance est éternelle.
Le livre Tehilot Maharits rapporte une belle allusion, liée également à la paracha de la semaine. Rachi enseigne que lorsque Yehoshoua fut envoyé, Moshé pria pour lui : « Et Moshé appela Hochéa fils de Noun Yehoshoua » - que Yah te sauve du dessein des explorateurs. L'ouvrage cite au nom du Maharam de Premishlan, Rabbi Méir de Premishlan, à propos de notre verset « L'Éternel connaît (yodéa') les pensées de l'homme, car elles ne sont que vanité » : le mot yodéa' a ici le sens de briser et de frapper, comme dans le verset « et il châtia (vayoda') par elles les gens de Soukkot » - il frappa les gens de Soukkot avec des épines. En d'autres termes : lorsqu'un homme se représente en pensée le Nom divin Yah, il brise par là toutes les mauvaises pensées. « Yah châtie les pensées de l'homme car elles sont vanité » - les pensées de vanité, c'est-à-dire les pensées mauvaises et étrangères, le Nom Yah vient les frapper et les anéantir.
Et l'auteur y ajoute : le Nom Yah renvoie à l'attribut de rigueur. Il a déjà été expliqué à plusieurs reprises que le Nom Havaya béni soit-Il représente la bonté et le Nom Élokim la rigueur, alors que dans la forme abrégée du Nom, la relation s'inverse : si Havaya est bonté, Yah est rigueur ; et si Élokim est rigueur, Kel est miséricorde, comme dans « Hachem, Hachem, Dieu miséricordieux et bienveillant » parmi les treize attributs de miséricorde (c'est ainsi que l'on a pu expliquer autrefois : « Comment maudirais-je celui que Dieu n'a point maudit ? Comment serais-je courroucé quand l'Éternel ne s'est point courroucé ? », mais ce n'est pas le lieu de s'y attarder). Or, les justes ont la force de transformer la rigueur en miséricorde, de sorte qu'ils n'ont pas besoin du Nom Havaya complet : le Nom Yah leur suffit pour être préservés de la faute. C'est pourquoi Moshé Rabbénou a précisément transmis à Yehoshoua le Nom Yah : « Que Yah te sauve du dessein des explorateurs ». Si une mauvaise pensée te vient de te joindre aux explorateurs et de prendre part à leur dessein, médite sur le Nom Yah. Et si l'on objecte que le Nom Yah est rigueur, les justes savent commuer la rigueur en miséricorde, et cela suffit à dissiper la mauvaise pensée.
Dès lors, la suite du verset s'éclaire : « Heureux l'homme vaillant que Tu disciplines, ô Yah, et que Tu instruis par Ta Torah ». Qui est cet « homme vaillant » ? C'est celui qui triomphe de son mauvais penchant, les sages et les justes qui possèdent la vigueur de la Torah. « Que Tu disciplines, ô Yah » : le Nom Yah suffit à lui seul pour le discipliner, pour lui prodiguer l'exhortation et le préserver, afin d'annihiler en lui les mauvaises pensées et les mauvais conseils ; il n'a pas besoin de tout le Nom de « l'Éternel qui connaît les pensées de l'homme », le Nom Yah lui suffit amplement. Et d'où apprenons-nous cela ? « Et que Tu instruis par Ta Torah » : de ce que Moshé a dit à Yehoshoua, « Que Yah te sauve du dessein des explorateurs ». Nous voyons ainsi dans la Torah qu'il suffit du Nom Yah pour être délivré d'un mauvais dessein.
Ces paroles pleines de sagesse et de grâce s'approfondissent encore par la voie de l'allusion. La Guémara enseigne qu'une mauvaise pensée n'est pas assimilée à l'acte : un homme qui avait l'intention de mal agir, qui projetait de voler mais ne l'a pas fait, le Saint, béni soit-Il, ne lui compte pas cette mauvaise pensée comme un acte. Toutefois, cela ne vaut que pour celui dont ce n'est pas le métier ; en revanche, s'il s'agit d'un voleur d'habitude, et que seules les circonstances l'en ont empêché cette fois - il a aperçu des policiers dans le quartier et a préféré aller se coucher - le Ciel le juge comme s'il avait volé. Beaucoup l'ignorent, mais c'est une Guémara explicite : un individu engagé sur une mauvaise voie, qui avait prévu de profaner le Chabbat mais en a été empêché par force majeure sans pouvoir agir - on a décrété un couvre-feu, une épidémie, personne ne sort de chez soi - est jugé comme s'il avait pris la voiture le Chabbat, allumé un barbecue et commis toutes ces transgressions, car « telle est leur voie, leur folie ».
Et pourquoi, pour un Juif ordinaire, le Saint, béni soit-Il, n'associe-t-Il pas la mauvaise pensée à l'acte ? Parce que le Juif se tient sur le chemin du bien ; un Juif ordinaire est une personne intègre, et il est très probable qu'au moment de passer à l'acte, il se serait rétracté. En revanche, pour cet individu que l'on voit s'engager délibérément sur une voie mauvaise, on le juge également sur son intention. C'est aussi la distinction qui existe entre Israël et les nations : chez les nations, Hachem associe la mauvaise pensée à l'acte, car leur pente habituelle penche vers le mal, et l'on ne peut présumer que leur intention profonde soit bonne ni qu'ils se seraient rétractés au dernier instant. En revanche, pour une bonne pensée, aucune distinction n'est faite : Hachem l'associe toujours à l'acte. Si quelqu'un voulait accomplir une bonne action mais en a été empêché par un cas de force majeure, dès lors que la bonne pensée s'est éveillée en lui, il l'aurait très probablement accomplie. Chez un non-Juif, on ne peut poser cette présomption d'accomplissement, mais chez un Juif, nous disons : l'étincelle juive s'est réveillée en lui, il voulait donner, mais il a été empêché.
Il existe toutefois deux domaines dans lesquels le Saint, béni soit-Il, juge l'homme sur la pensée elle-même. Le premier est l'idolâtrie : « Afin de saisir la maison d'Israël par leur cœur », c'est-à-dire même pour une pensée enfouie dans le cœur. La raison en est évidente : si un homme dit en son cœur « il n'y a pas de Dieu », a-t-il besoin de prendre une idole et de se prosterner devant elle pour devenir un impie ? La pensée intime constitue déjà l'acte en soi. Le second concerne les pensées d'immoralité sexuelle : « Et vous ne suivrez pas les penchants de votre cœur et de vos yeux », l'homme ayant le devoir de ne pas vagabonder au gré de ses désirs et de ne pas nourrir de mauvaises pensées le jour afin de ne pas en venir à une souillure la nuit. Dans ces deux cas, la pensée elle-même est considérée comme un acte coupable sur lequel l'homme est jugé.
D'autre part, nos Sages déduisent du verset « et autour de Lui la tempête se déchaîne » que le Saint, béni soit-Il, est exigeant avec Son entourage immédiat jusqu'à l'épaisseur d'un cheveu. C'est dire qu'envers les justes, Il demande des comptes même pour une pensée imparfaite. C'est par là que le Ben Ich 'Haï éclaire le verset « Ceux qui traversent la vallée des Pleurs » : les maîtres enseignent que les justes traversent le Guehinnom afin d'en faire sortir les âmes des méchants rattachées à leur racine spirituelle et de les réparer. Et le Ben Ich 'Haï demande : pourquoi le juste mériterait-il de passer par là ? Il aurait certes été bien préférable pour lui d'entrer directement au Gan Éden ! Il répond : il est impossible qu'un juste n'ait jamais failli en pensée - n'a-t-il donc jamais eu la moindre tentation fugitive, le moindre désir de transgression qu'il a dû surmonter ? Assurément si. Et sur cette pensée-là, le Saint, béni soit-Il, lui demande des comptes, car envers le juste l'exigence est absolue, à l'épaisseur d'un cheveu. Et quel est le juste châtiment pour une intention coupable non suivie d'actes ? Le Guehinnom effectif ne lui revient pas, puisqu'il n'a commis aucun mal. Mais alors ? Tu as pensé mal agir, eh bien songe à présent que l'on te conduit au Guehinnom ! Pensée pour pensée. En définitive, il n'entrera pas au Guehinnom, mais pour la pensée elle-même, le Saint, béni soit-Il, l'amène à s'imaginer qu'il s'y dirige, son cœur défaille et la frayeur le saisit - et cette angoisse lui sert déjà d'expiation, sans qu'il ait à subir le Guehinnom lui-même.
Soit dit en passant, ce pouvoir des justes d'extraire des âmes du Guehinnom se retrouve dans l'histoire de Rabbi Méir et d'Élicha ben Avouya, où l'on constate qu'une telle délivrance est possible (voir le Mikhtav Mé-Eliyahou, qui développe en profondeur selon quelle modalité cela s'opère et comment il est envisageable d'extirper autrui du Guehinnom). Il en fut de même pour le roi David lorsqu'il s'écria : « Avchalom mon fils, mon fils Avchalom ! » à sept reprises, le tirant ainsi des profondeurs du Guehinnom pour le faire entrer au Gan Éden. Il a été expliqué ailleurs que cela s'accomplit par la recherche de mérites : David fit valoir que le Saint, béni soit-Il, avait déjà décrété contre lui « et il couchera avec tes femmes à la vue de ce soleil » ; dès lors, Avchalom n'était pas entièrement coupable, puisque Hachem avait suscité cet événement en raison de la faute de David lui-même. C'est pourquoi David pria pour lui et le fit sortir du Guehinnom, bien qu'en principe les pères n'aient pas le pouvoir d'en délivrer leurs enfants - il est dit en effet que même Avraham ne peut en sortir Ichmaël, ni Yits'hak en tirer Éssav. Mais ici, ce fut par la force de cette défense circonstanciée prouvant qu'il n'en portait pas l'entière responsabilité. C'est là le principe établi : le père ne confère pas de mérite au fils, mais le fils procure du mérite au père - car le fils est le prolongement du père, il lui fait donc acquérir du mérite comme si le père avait lui-même agi, alors que le père n'est pas le prolongement de son fils.
Et c'est ce qui est suggéré ici dans les versets : « יְהֹוָה יֹדֵעַ מַחְשְׁבוֹת אָדָם כִּי הֵמָּה הָבֶל » (« L'Éternel connaît les pensées de l'homme, car elles sont vanité ») - le Saint, béni soit-Il, n'associe pas la mauvaise pensée de l'homme à l'acte, car une mauvaise pensée n'est que vanité, elle n'a pas de consistance réelle tant qu'il ne l'a pas mise en pratique ni réalisée. Mais « אַשְׁרֵי הַגֶּבֶר אֲשֶׁר תְּיַסְּרֶנּוּ יָּהּ » (« Heureux l'homme que Tu châties, Éternel ») - heureux l'homme que Tu reprends même pour une mauvaise pensée, car cela montre qu'il est d'un rang élevé, qu'il est un Tsadik, et que Tu te montres exigeant envers lui jusque dans ses pensées. Dès lors, il apparaît que cet homme est véritablement intègre, et c'est en vertu de cela qu'il méritera que s'accomplisse « לְהַשְׁקִיט לוֹ מִימֵי רָע עַד יִכָּרֶה לָרָשָׁע שָׁחַת » (« pour lui accorder le repos aux jours de malheur, jusqu'à ce que la fosse soit creusée pour le méchant ») : le Saint, béni soit-Il, lui accordera une grande purification, pour un monde où tout n'est que bien, pour un monde éternel.
Les versets répondent à ceux qui prétendent qu'il n'y a pas de providence : l'histoire des châtiments infligés aux nations prouve que « הֲיֹסֵר גּוֹיִם הֲלֹא יוֹכִיחַ » (« Celui qui réprimande les nations ne punirait-Il pas ? »), et la connaissance qu'Hachem enseigne aux prophètes et aux sages démontre qu'Il veille sur chaque détail et connaît jusqu'aux pensées intimes. « יְהֹוָה יֹדֵעַ מַחְשְׁבוֹת אָדָם כִּי הֵמָּה הָבֶל » - l'affirmation selon laquelle Il ne saurait pas n'est que vanité, et les desseins des impies sont eux-mêmes vanité, car Il les connaît et les déjoue. De là découle la réponse de l'Écriture sur le sort du juste qui souffre : « אַשְׁרֵי הַגֶּבֶר אֲשֶׁר תְּיַסְּרֶנּוּ יָּהּ » - les épreuves sont une marque d'amour et de sollicitude, comme un père qui corrige son fils ou comme un maître qui fonde encore des espoirs sur son élève, et elles ont pour but de « לְהַשְׁקִיט לוֹ מִימֵי רָע » afin de le préserver de la perdition éternelle, tandis que la réussite de l'impie ne fait que précipiter sa fin. Et par voie d'allusion : il suffit au Tsadik d'évoquer le Nom divin « Yah » pour briser les mauvaises pensées, comme nous l'avons appris de la Torah : « יָ-הּ יושיעך מעצת מרגלים » - « Que Yah te sauve du complot des explorateurs ».