Introduction : Le cri du croyant vers le Dieu des vengeances
Le psaume 94 est un cri face à la domination du mal dans le monde : les méchants oppriment le peuple d'Israël, se vantent et prétendent qu'il n'y a ni justice ni juge. C'est à partir de ce cri que le psaume élabore une réponse complète sur la Providence divine dans le monde : la preuve que le Créateur voit et entend, l'explication de la raison pour laquelle Il retarde le châtiment des impies, et la consolation qu'Hachem n'abandonnera jamais Son peuple. Nous suivrons l'ordre des versets, à la lumière des explications de Rachi, du Radak, d'Ibn Ezra, du Malbim et des enseignements du Hafets Haïm.
Jusqu'à quand les méchants triompheront-ils
עַד־מָתַי רְשָׁעִים יְהֹוָה עַד־מָתַי רְשָׁעִים יַעֲלֹזוּ׃ - Jusqu'à quand les méchants, Éternel, jusqu'à quand les méchants vont-ils jubiler ?
Jusqu'à quand les impies continueront-ils de jubiler ? Le Hafets Haïm fait remarquer que toute leur joie provient de leur certitude que le monde est abandonné à lui-même, et que l'homme peut agir à sa guise. C'est aussi le sens du verset suivant : « יַבִּיעוּ יְדַבְּרוּ עָתָק יִתְאַמְּרוּ כָּל־פֹּעֲלֵי אָוֶן » (« Ils déblatèrent, profèrent des paroles arrogantes, tous les artisans d'iniquité se glorifient ») - la vantardise propre à quiconque ne craint aucun jugement.
וַיֹּאמְרוּ לֹא יִרְאֶה־יָּהּ וְלֹא־יָבִין אֱלֹהֵי יַעֲקֹב׃ - Et ils disent : Dieu ne regarde pas, le Dieu de Jacob n'y prête pas attention.
בִּינוּ בֹּעֲרִים בָּעָם וּכְסִילִים מָתַי תַּשְׂכִּילוּ׃ - Réfléchissez, insensés parmi le peuple ! Et vous, sots, quand deviendrez-vous avisés ?
Ici, le psalmiste prend la parole et lance : venez, et je vais vous démontrer combien vous êtes insensés, car il y a bel et bien une Providence en ce monde.
Celui qui a planté l'oreille n'entendrait-Il pas ? - La démonstration du Hafets Haïm par la technologie
הֲנֹטַע אֹזֶן הֲלֹא יִשְׁמָע אִם־יֹצֵר עַיִן הֲלֹא יַבִּיט׃ - Celui qui a planté l'oreille n'entendrait-Il pas ? Celui qui a façonné l'œil ne regarderait-Il pas ?
Le sens littéral est simple : l'oreille perçoit des sons lointains, parfois à des kilomètres de distance - le tonnerre, par exemple, s'entend de très loin. Dès lors, comprends que le Saint, béni soit-Il, bien qu'Il réside au plus haut des cieux, entend à distance. Il en va de même pour l'œil : Hachem a créé la faculté de la vue, et nous contemplons des étoiles dont la clarté est partie à notre rencontre il y a des centaines d'années-lumière, et pourtant nos yeux parviennent à les discerner. De là, comprends qu'Hachem, bien qu'infiniment distant de nous, voit tout.
Mais le Hafets Haïm pousse l'analyse encore plus loin. « אִם יֹצֵר עַיִן הֲלֹא יַבִּיט » (« Celui qui a façonné l'œil ne regarderait-Il pas ? ») - contemple le fait que le Saint, béni soit-Il, a établi une réalité où l'homme lui-même est capable de fabriquer des instruments capables d'observer à distance. Un individu se trouve chez lui, ici en terre d'Israël, et constate sur son téléphone que des cambrioleurs pénètrent dans sa maison à Sydney, en Australie ; il voit leur intrusion, repère les tiroirs qu'ils fouillent, et peut aussitôt prévenir la police locale pour qu'elle intervienne. À notre époque, il est stupéfiant de constater à quel point l'homme peut savoir ce qui se passe n'importe où. Entre les systèmes d'écoute et la surveillance, tout est enregistré, tout est su, tout est sous le regard. On racontait d'ailleurs avec humour qu'un homme s'était mis dernièrement à écouter d'innombrables cours de Daf Hayomi sur son téléphone ; lorsqu'on lui a demandé pourquoi, il a répondu : « J'ai compris que par ce biais, je fais accumuler des mérites à quelques policiers - grâce au logiciel Pegasus, c'est une véritable diffusion de la Torah, et la police d'Israël étudie le Daf Hayomi ! »
Et pourquoi Hachem a-t-Il créé tout cela ? Le 'Hafets 'Haïm explique : afin que tu saches que tout ce que tu fais ici-bas est vu d'En haut, et que chacun de tes actes est consigné. Ne t'imagine pas qu'un homme puisse faire quoi que ce soit ici-bas sans que le Ciel ne le voie et ne le comprenne. Si toi, avec des moyens si matériels, tu as la capacité d'enregistrer des choses, de les conserver pour les générations futures et de les transmettre - tu envoies un vaisseau spatial vers Mars, et la sonde qui s'y déplace à une distance prodigieuse te transmet par satellite ce qu'elle filme - que comprends-tu de cela ? Qu'il existe une faculté de voir, d'observer et de scruter, même depuis des distances infinies. Dès lors, comment l'homme peut-il être si borné et s'imaginer que, depuis le Ciel, on ne voit pas, on n'entend pas et on ne comprend pas ?
Le 'Hafets 'Haïm tenait déjà ces propos lors de l'apparition des premiers appareils d'enregistrement sonore. Plus tard, avec le développement de l'image animée - et à l'époque du 'Hafets 'Haïm le cinématographe existait déjà, comme en témoigne ce film unique retrouvé il y a quelques années montrant le 'Hafets 'Haïm arrivant à la Grande Assemblée d'Agoudat Israel, un document qui a ému le monde entier, encore muet à l'époque - le 'Hafets 'Haïm disait : nous sommes devenus si matérialistes que le simple fait que le Saint, béni soit-Il, entende ne suffit plus à nous convaincre. On objecte : qui prouve qu'il existe une trace visuelle ? On invente alors le cinéma muet. Qui prouve que l'image est synchronisée avec la voix ? On crée le cinéma parlant, pour montrer que l'image et le son coexistent. Qui prouve que cela peut être transmis à grande distance ? Voici les satellites. Plus le monde devient matériel et opaque, plus nous avons besoin de preuves tangibles pour concevoir qu'il est possible d'entendre là-haut.
Pourquoi la technologie n'a-t-elle pas été donnée aux générations précédentes ?
הֲיֹסֵר גּוֹיִם הֲלֹא יוֹכִיחַ הַמְלַמֵּד אָדָם דָּעַת׃ - Celui qui châtie les nations ne réprimanderait-Il pas, Lui qui enseigne la connaissance à l'homme ?
Si le Saint, béni soit-Il, « enseigne la connaissance à l'homme » et lui a donné l'intelligence de fabriquer de tels instruments pour qu'à travers eux il reconnaisse et comprenne, pourquoi n'a-t-Il pas suscité ces inventions dès les premières générations ? Le roi Salomon était le plus sage de tous les hommes, n'aurait-il pas pu inventer une machine ? Fallait-il d'ailleurs un génie extraordinaire pour concevoir la machine à vapeur ? Quiconque a un jour fait cuire une soupe et vu le couvercle de la marmite se soulever sous la vapeur comprend qu'il y a là une force motrice capable de pousser des objets, force que l'on peut convertir en mouvement rotatif pour faire tourner une roue. Pourquoi les sages des générations suivantes ne l'ont-ils pas fait, et pourquoi a-t-il fallu attendre ces derniers siècles ?
La réponse simple, comme l'explique le Ben Ich 'Haï, est la suivante : les anciens ne cherchaient pas à perfectionner le confort matériel. Observez le Rambam lorsqu'il débat avec Aristote et les philosophes de l'Antiquité : ils ne disputent pas de la manière de concevoir un écran tactile ! L'amélioration du confort matériel n'était absolument pas leur sujet. La question portait sur la révolution des sphères célestes, le fonctionnement de la nature, des animaux et des végétaux. Leur dessein était de grandir en sagesse par la compréhension de la Création, non d'élaborer des techniques pour se rendre la vie plus commode. Et cela valait tout autant pour les nations : ce n'était nullement au centre de leurs préoccupations. De nos jours, en revanche, la recherche n'a de valeur que si elle débouche sur une utilité matérielle : étudier des maladies, concevoir un remède et devenir milliardaire. Tout gravite autour de l'amélioration du bien-être et de la recherche du confort, jusqu'à la maison connectée où l'on n'a même plus besoin de toucher un interrupteur : on parle, et l'appareil allume ou éteint la climatisation. On comprend dès lors que nous vivons dans une réalité profondément matérialiste, où tout ce que nous appelons « progrès » vise essentiellement à nous rendre l'existence plus facile.
יְהֹוָה יֹדֵעַ מַחְשְׁבוֹת אָדָם כִּי־הֵמָּה הָבֶל׃ - L'Éternel connaît les pensées de l'homme, Il sait qu'elles ne sont que vanité.
À la question de savoir pourquoi Hachem n'a pas octroyé aux générations passées toute cette technologie qui illustre qu'Il voit, entend et comprend, le verset répond : l'Éternel connaît les pensées de l'homme et sait qu'elles ne sont que vanité, lorsqu'il s'imagine que le Saint, béni soit-Il, ne sait pas et n'entend pas. Or, les générations antérieures n'avaient pas de telles pensées : les enfants d'Israël étaient des croyants sincères qui n'avaient nul besoin d'appareils d'enregistrement visuel ou sonore pour avoir la certitude qu'Hachem voit et entend.
Heureux l'homme que Tu corriges, Éternel
אַשְׁרֵי הַגֶּבֶר אֲשֶׁר־תְּיַסְּרֶנּוּ יָּהּ וּמִתּוֹרָתְךָ תְלַמְּדֶנּוּ׃ - Heureux l'homme que Tu corriges, Éternel, et à qui Tu enseignes Ta Torah.
Le terme « Teyasserennou » se rattache ici à la notion d'éducation, de mise en garde et d'enseignement. Heureux l'homme qui s'instruit, et d'où puise-t-il cette leçon ? « Et à qui Tu enseignes Ta Torah » : c'est au sein même de la Torah qu'il apprend qu'Hachem veille et observe, et que le Saint, béni soit-Il, rétribue chaque homme selon ses actes. Heureux l'homme qui puise ces vérités à ces sources pures ! Mais celui qui n'en est pas capable a besoin d'autres béquilles pour croire en Hachem. C'est pour cet homme limité que le Saint, béni soit-Il, a permis l'avènement de la technologie, de la vidéo et de l'enregistrement. Nous sommes comme des infirmes qui ont besoin de prothèses ; mais dans les générations passées - « Heureux l'homme que Tu corriges, Éternel, et à qui Tu enseignes Ta Torah » - c'est par la Torah seule que l'homme comprenait tout, sans avoir besoin de ces artifices matériels.
Pour lui donner du repos aux jours du malheur
לְהַשְׁקִיט לוֹ מִימֵי רָע עַד יִכָּרֶה לָרָשָׁע שָׁחַת׃ - Pour lui procurer le repos aux jours du malheur, jusqu'à ce que la fosse soit creusée pour le méchant.
Rachi explique : les souffrances permettent d'apaiser pour lui le jugement du Gehinnom. Lorsque le juste souffre en ce monde, on lui épargne les jours de malheur, et il jouira du repos dans le monde futur. En revanche, pour le méchant - « la fosse sera creusée pour le méchant » -, du terme désignant l'excavation, on lui creusera la fosse, on approfondira son Gehinnom.
Le Radak explique : Il le protégera contre le méchant jusqu'à la mort de ce dernier, moment où une fosse lui sera creusée. C'est-à-dire « pour lui procurer le repos » - le juste souffre de la méchanceté de l'impie qui le persécute, et quand aura-t-il la paix ? Lorsque la fosse sera creusée pour le méchant ; quand l'impie sera dans la tombe, alors le juste trouvera la quiétude et n'aura plus à subir sa méchanceté. Et le Radak ajoute qu'« עַד » (jusqu'à) a ici le sens de « tandis que » - à l'image de « celui-ci parlait encore quand un autre arriva » : tandis que l'on creuse la fosse du méchant, le juste commence déjà à trouver le repos et cesse de souffrir par sa faute.
Le Malbim apporte ici une autre explication, reliant ce verset au précédent : « et que Tu instruis par Ta Torah » - que nous enseigne donc la Torah ? « Pour lui procurer le repos aux jours du malheur ». C'est une explication admirable, aux accents hassidiques : qu'avons-nous appris de la Torah ? Que lorsque les jours mauvais s'abattent sur l'homme, il doit faire silence. Qu'il garde le silence, qu'il ne se plaigne pas, qu'il n'ouvre pas la bouche pour proférer des paroles déplacées. Même lorsque certaines situations te déplaisent, ne parle pas, mais accepte les épreuves avec amour, résigne-toi à elles et espère en Hachem - jusqu'à ce que la fosse soit creusée pour le méchant, et alors Hachem te sauvera et te délivrera de tes tourments.
Car Hachem ne délaissera pas Son peuple
כִּי לֹא־יִטֹּשׁ יְהֹוָה עַמּוֹ וְנַחֲלָתוֹ לֹא יַעֲזֹב׃ - Car Hachem ne délaissera point Son peuple, et Il n'abandonnera pas Son héritage.
Le Radak déclare : si le Saint, béni soit-Il, éprouve Israël dans l'exil, qu'ils n'aillent pas s'imaginer qu'Hachem les a délaissés et que c'est pour cette raison que les souffrances s'abattent sur eux. Sache-le, jamais Hachem ne délaisse Son peuple. Bien au contraire, c'est justement la preuve : lorsque nous voyons le peuple d'Israël souffrir - si le Saint, béni soit-Il, ne se souciait pas de nous, Il ne s'occuperait absolument pas de nous. C'est précisément parce qu'Hachem tient à nous que nous continuons à endurer ces épreuves. Le temps viendra où Il se souviendra de nous et nous délivrera.
Le Malbim relie cela à la plainte exprimée au début du psaume : « Ils écrasent Ton peuple, ô Hachem, et ils oppriment Ton héritage » - telle était la doléance : où est la justice ? C'est à cela que vient répondre le verset : Hachem ne délaissera point Son peuple, Il finira par défendre leur cause et, en fin de compte, Il demandera des comptes à tous leurs persécuteurs.
Et pourquoi ce redoublement : « ne délaissera point » et « n'abandonnera pas », « Son peuple » et « Son héritage » ? Le Malbim explique : le délaissement (netikha) est plus grave que l'abandon (aziva) ; la netikha correspond à une séparation brutale, un éloignement extrême. C'est ainsi que s'exprime l'Écriture : « Ne me délaisse pas et ne m'abandonne pas », et de même dans le livre des Rois : « Que Hachem notre Dieu soit avec nous... qu'Il ne nous abandonne pas et ne nous délaisse pas, en inclinant nos cœurs vers Lui ». Nous demandons à Hachem d'être avec nous comme Il l'a été avec nos ancêtres et de ne pas nous abandonner, et aussi de ne pas nous délaisser - c'est-à-dire qu'Il n'incline pas nos cœurs vers Lui par la force et par les épreuves, par un éloignement profond qui ne nous laisserait d'autre choix que de Le rechercher, mais qu'Il tourne nos cœurs vers Lui avec bienveillance et dans l'abondance.
De même, il y a une différence entre « peuple » (am) et « héritage » (na'hala) : l'expression « Ton héritage » indique un lien continu et singulier du Saint, béni soit-Il, avec notre peuple, qui constitue Son héritage en raison de sa sainteté et de son élévation. C'est en ce sens que l'Écriture dit : Israël forme Ton peuple, par conséquent, même s'ils commettent de mauvaises actions, ne les délaisse pas violemment. De plus, Israël est Ton héritage et, étant donné qu'ils se trouvent à un niveau si élevé par leur sainteté, il convient de ne même pas leur infliger un simple abandon.
Car le jugement reviendra à la justice
כִּי־עַד־צֶדֶק יָשׁוּב מִשְׁפָּט וְאַחֲרָיו כָּל־יִשְׁרֵי־לֵב׃ - Car le jugement reviendra à la justice, et tous ceux qui ont le cœur droit le suivront.
Rachi explique : leurs souffrances durent jusqu'à ce qu'ils soient justifiés. C'est-à-dire qu'après que le peuple d'Israël aura accepté les épreuves et que leur mesure sera comblée, ils seront considérés comme des justes ; et après le jugement - « ואחריו כל ישרי לב » (« et à sa suite tous les cœurs droits ») - tous les cœurs droits se rassembleront pour recevoir leur récompense. Il en ressort que toute la souffrance et toute l'apparence selon laquelle Hachem nous délaisserait n'ont qu'un seul but : que par les épreuves nous devenions des tsadikim, et qu'ensuite le Saint, béni soit-Il, rassemble tous les cœurs droits pour leur accorder leur salaire.
Le Radak commente : « כי עד » (car jusqu'à) est à comprendre dans le sens de « encore » : un temps viendra encore où la justice et le droit s'uniront à nouveau. Car le droit était autrefois lié à la justice, mais les impies sont venus les séparer. En fin de compte, le droit reprendra sa place et s'unira à la justice : « ואחריו כל ישרי לב » - après la justice courront tous les cœurs droits, car il n'y aura plus de jugement faussé ou tortueux, mais une justice véritable, ce qui constitue précisément l'aspiration des cœurs droits.
Et c'est exactement la description du système judiciaire de nos jours. Quelqu'un a fait remarquer un jour qu'à la Cour suprême (Bagats), le mot justice n'est que le nom d'une planète : il n'y a aucun lien entre le droit et la justice. S'il y avait le moindre lien, le procès du Premier ministre n'aurait pas lieu d'être. Non pas qu'il soit un modèle pour nous ou un parangon de vertu, mais il illustre le fait que lorsqu'on ne recherche pas la justice, on persécute quelqu'un jusqu'au bout, puis les faits se révèlent et l'on constate : « Au lieu du jugement, là est la méchanceté ». Et plus le lieu est censé être pur, plus il se révèle souillé et corrompu. Nous savons tous combien les conseillers juridiques sont animés d'une ferveur acharnée, précisément contre la Torah et les mitsvot, contre le service d'Hachem et contre quiconque ne s'aligne pas sur leur mode de pensée et leur idéologie.
Ibn Ezra ajoute un point : sur le plan général, la justice et les décrets d'Hachem finissent par se manifester, mais dans les détails, on pourrait observer et avoir l'impression qu'il n'y a pas de justice. Comment cela ? Le Saint, béni soit-Il, fait tomber la pluie : c'est une bénédiction pour la collectivité, mais pour certains individus, cette pluie cause du tort. Et inversement : parfois Hachem retient la pluie, ce qui profite à beaucoup, mais nuit à quelques-uns qui auraient souhaité voir leurs citernes se remplir. Ainsi, la providence du Saint, béni soit-Il, lorsqu'elle dispense son abondance au monde, relève d'une conduite générale de justice et de bonté, même si, pour certains particuliers, cela peut sembler injuste.
Et « ואחריו כל ישרי לב » - à la suite de la justice. Cela signifie : si les impies oppriment le peuple d'Israël, et qu'Israël ne s'écarte pas de la droiture, demeure juste, sert Hachem et poursuit la justice, étant des cœurs droits, sache qu'ensuite le Saint, béni soit-Il, châtiera tous les impies. C'est la suite de ce que nous avons vu : « Pour lui accorder le repos aux jours du malheur, jusqu'à ce que la fosse soit creusée pour l'impie ». En fin de compte, à ceux qui poursuivent la justice et la recherchent, les cœurs droits, Hachem n'accordera que du bien ; tandis que ceux qui ont commis le mal, ils l'ont fait au nom même de la justice et du droit.
Et en effet, on brandit sans cesse le « droit » et la « justice », mais uniquement lorsque cela sert l'idéologie du moment. Un gouvernement peut commettre toutes les injustices sans que personne ne bronche, tandis qu'un autre, qui ne convient pas aux conseillers juridiques et à ceux qui ont le mot « droit » à la bouche, sera constamment attaqué. Quelqu'un dit qu'il enverrait les Arabes en train vers la Suisse, et un immense scandale médiatique éclate aussitôt ; or nous ne demandons que la Suisse, alors qu'eux nous ont organisé des trains pour Auschwitz ! En revanche, lorsque Monsieur Lieberman a déclaré vouloir jeter Netanyahou et les orthodoxes à la décharge dans des brouettes, cela est passé sous silence. Si tout ce qu'a fait le dernier gouvernement avait été accompli sous la direction d'un homme de droite, qui pourrait imaginer les manchettes fracassantes ouvrant chaque journal télévisé : toutes les injustices, le deux poids deux mesures, les contournements de lois, l'écrasement de l'opposition et le refus de lui accorder des prérogatives dans les commissions. Tout cela s'est déroulé dans le calme, parce que cela convenait aux gens des médias. On voit bien que la réalité est bien loin de la justice.
Mais le verset nous dit : ne sois pas effrayé et ne te décourage pas. Quelqu'un a fait remarquer un jour qu'un gouvernement formé sans les orthodoxes n'a jamais tenu plus de deux ans. Vérifiez dans l'histoire : aucun gouvernement sans orthodoxes n'a achevé son mandat, et la plupart n'ont même pas tenu un an. Il en fut ainsi à l'époque de Barak, puis sous Netanyahou et Lapid, et enfin sous Bennett et Lapid. On constate que sans les gardiens de la Torah et des mitsvot, qui sont la mézouza fixée à la porte, un gouvernement ne peut subsister. Il faut des fidèles de la tradition, des gardiens du sceau, ceux qui veillent à ce que tout dans ce pays se déroule selon le judaïsme, car ils sont, en définitive, les garants de la pérennité du peuple juif. C'est pourquoi tous leurs projets (la loi sur l'enrôlement, la loi sur la conversion, la loi sur la cacherout, la loi sur les téléphones cachères), dont l'unique dessein était de détruire (c'était leur mot d'ordre), tout cela s'est effondré.
Le Saint, béni soit-Il, dit : « עד צדק ישוב משפט », ne t'effraie pas. Que les impies fassent ce qu'ils veulent, jusqu'à ce que la fosse soit creusée pour l'impie. Le monde a un Dirigeant. Et comme le disait le Rav Edelstein : le Saint, béni soit-Il, veille sur le peuple d'Israël, et le mérite des Bené Torah les protège. Même pour la loi sur l'enrôlement, dès qu'il n'y a plus de gouvernement, elle est repoussée de plusieurs mois, et la Cour suprême n'a pas d'autre choix, ayant renvoyé le dossier au gouvernement alors qu'il n'y a pas de gouvernement. En d'autres termes, on voit comment le Saint, béni soit-Il, veille à ce que le peuple d'Israël survive au milieu de tout ce terrible chaos, au sein d'une dure persécution. Dès lors, il ne faut pas s'effrayer de la situation, mais espérer et croire qu'en fin de compte, tout sera pour le bien.
Pourquoi le châtiment des impies tarde-t-il ? - Le droit et la justice
Le Malbim pose une question sur ce verset : pourquoi le Saint, béni soit-Il, retarde-t-il le châtiment des impies ? Sa réponse est la suivante : parce que le droit (michpat) dévie de sa voie pour s'aligner sur la justice (tsédek). Pour bien le comprendre, il convient de distinguer entre « michpat » (droit ou jugement) et « tsédek » (justice ou équité). Le michpat correspond à la stricte application de la loi, faire exactement ce que le texte exige. Le tsédek ne s'en tient pas à la stricte rigueur de la loi, mais examine les faits et en tient compte : le temps, le lieu et les circonstances. Le tsédek relève aussi de l'indulgence (lifnim michourat hadin) : bien que selon la stricte rigueur de la loi un châtiment soit mérité, eu égard à tout ce que l'individu a traversé, il est juste de lui faire miséricorde.
Par conséquent, il se peut fort bien que l'impie soit passible d'un châtiment selon le michpat, mais que ce jugement soit retardé en vertu du tsédek. En quoi consiste cette clémence au-delà de la stricte loi ? Il possède peut-être un mérite des pères (zkhout avot) susceptible de le protéger ; lui-même a accompli autrefois une mitsva dont le mérite lui reste acquis ; sa mesure de fautes n'est pas encore comblée ; le Saint, béni soit-Il, désire faire descendre de lui des enfants justes ; ou parfois, bien qu'il soit impie, il demeure encore convenable en comparaison de sa génération. Dans tous ces cas, le michpat réclame le jugement, mais le tsédek demande de patienter et de ne pas exécuter immédiatement la sentence ; et c'est là le sens de « כי עד צדק ישוב משפט » (car jusqu'à la justice, le droit retournera).
En conclusion :
Le psaume s'ouvre par un cri face aux impies qui jubilent en disant : « L'Éternel ne voit pas », et leur répond à partir de la Création elle-même : Celui qui a planté l'oreille n'entendrait-Il pas ? Celui qui a façonné l'œil ne regarderait-Il pas ? - et comme le disait le 'Hafets 'Haïm, toute la technologie de l'écoute, de la photographie et de la transmission à distance n'a été donnée à notre génération matérialiste que comme des béquilles pour croire ce que les générations précédentes savaient par la seule Torah : « Heureux l'homme que Tu éprouves, Éternel, et à qui Tu enseignes Ta Torah ». Dès lors, le psaume apporte une consolation : les souffrances apaisent les jours mauvais et purifient, et elles incarnent elles-mêmes le conseil de la Torah de garder le silence et d'accepter avec amour ; « L'Éternel ne délaissera point Son peuple » - c'est précisément parce que nous sommes Son peuple et Son héritage qu'Il ne nous repousse pas avec violence ; et enfin « jusqu'à ce que le jugement retourne à la justice » - le jugement dévié reviendra s'unir à la justice, et à sa suite s'élanceront tous les cœurs droits. Et s'il semble que le châtiment tarde à venir, c'est la mesure de justice et de tempérance qui retient la rigueur stricte de la loi. Dès lors, il ne faut nullement s'effrayer de la réalité, mais espérer et croire que tout, en fin de compte, sera pour le bien.