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Psaume 93 - Hachem règne, Il s'est revêtu de majesté

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Introduction : un psaume pour les temps messianiques

Le Radak écrit que tous ces psaumes, jusqu'à « De David. Psaume » qui correspond au psaume 101, concernent l'avenir et ont été prononcés au sujet des temps messianiques. Le psaume précédent s'achevait sur les mots « mon rocher, en qui il n'y a point d'iniquité » - car alors le monde entier reconnaîtra la justice de Sa providence - et aussitôt commence notre psaume : « Hachem règne ». À ce moment-là, tous reconnaîtront que le Saint, béni soit-Il, est le Roi et le Maître souverain de toute chose, et les hommes ne s'enorgueilliront plus devant Lui.

יְהֹוָה מָלָךְ גֵּאוּת לָבֵשׁ, לָבֵשׁ יְהֹוָה עֹז הִתְאַזָּר, אַף תִּכּוֹן תֵּבֵל בַּל תִּמּוֹט׃ - Hachem règne, Il s'est revêtu de majesté ; Hachem s'est revêtu, Il s'est ceint de force ; ainsi le monde est affermi, il ne chancellera point.

Tout au long de l'histoire, les rois des nations se sont parés d'orgueil : Nabuchodonosor disait : « Je monterai sur le sommet des nues, je serai semblable au Très-Haut », Pharaon proclamait : « Mon Nil est à moi, c'est moi qui me suis fait », le roi d'Assyrie déclarait : « C'est par la force de ma main que j'ai agi, et par ma sagesse, car je suis intelligent », et le roi de Tyr affirmait : « Je suis un dieu, je siège sur le trône de Dieu ». Voilà ce qui se passe de nos jours. Mais lorsque Sa royauté, qu'Il soit béni, se manifestera dans toute son élévation - « Hachem règne, Il s'est revêtu de majesté » - tous reconnaîtront que Sa royauté est une royauté de vérité, et nul ne se revêtira plus d'orgueil pour prétendre être roi. C'est bien ce qui est annoncé : « Et la royauté appartiendra à Hachem », « Et Hachem sera Roi sur toute la terre ; en ce jour-là, Hachem sera Un et Son nom sera Un ».

Et par là même, « Il s'est ceint de force » et « le monde est affermi, il ne chancellera point » : il n'y aura plus de tyrans qui ébranlent le monde, il n'y aura plus de guerres. Le contraire de cela réside dans les conflits dévastateurs au sujet desquels il est dit : « La terre se brise entièrement » - la terre s'effondre et perd sa stabilité : « La terre chancelle comme un homme ivre, elle vacille comme une cabane ». Mais dans les temps à venir, le monde sera affermi et demeurera dans son ordre régulier, sans plus s'effondrer sous l'effet des mauvaises actions des hommes qui ravagent et corrompent la terre.

Deux modes de conduite : la force et la majesté

Le Malbim explique que ce chapitre poursuit l'enseignement abordé plus haut : le Saint, béni soit-Il, dirige Son monde selon deux modes de providence. Le premier est la conduite immuable, celle des lois de la nature : le lever du soleil le matin, le coucher au crépuscule, l'hiver et l'été. Le second est la conduite miraculeuse et providentielle, ponctuelle : l'ouverture de la mer Rouge, « Soleil, arrête-toi sur Gabaon », « Il fendit le rocher et les eaux coulèrent ». Ce sont là des interventions surnaturelles temporaires, par lesquelles le Saint, béni soit-Il, manifeste Sa toute-puissance dans le monde.

La conduite naturelle est toujours qualifiée de « force » (Oz), car ce terme exprime une réalité fixe et permanente qui ne s'effondre jamais - une puissance qui subsiste à tout jamais. L'ordre de la nature se maintient dans toute sa vigueur depuis des millénaires sans faillir. En revanche, la conduite miraculeuse est appelée « majesté » (Gaavah), qui renvoie à la transcendance : Hachem s'élève et se place au-dessus des lois immuables de la nature. C'est ce que nous avons vu plus haut : « Forte est Ta main, élevée est Ta droite » - « Ta main » désigne nécessairement la gauche, et la gauche représente la conduite naturelle, d'où l'expression « forte est » ; tandis que la droite relève du Hessed et de l'influx qui transcende la nature, et c'est à son propos qu'il est dit « élevée est », au moment où Hachem accomplit des miracles.

Qu'est-ce qui est le plus grand : le miracle ou la nature ?

Il en va de même ici : au moment où « Hachem règne, Il s'est revêtu de majesté », c'est-à-dire lorsqu'Il accomplit des actes qui bouleversent l'ordre naturel - le soleil s'immobilise, la mer se fend, le rocher donne de l'eau - Il se drape pour ainsi dire de majesté en suspendant les lois de la nature. Pourtant, à ce même instant, « Hachem s'est revêtu, Il s'est ceint de force » : Il continue de diriger Son monde selon la conduite de la force, selon l'ordre naturel, « ainsi le monde est affermi, il ne chancellera point » - les lois fondamentales ne s'effondrent pas. Même lorsqu'Hachem transcende la nature, Il ne détruit pas entièrement les systèmes de la création : tous poursuivent leur fonctionnement régulier, et ce n'est qu'en un point précis qu'Il s'élève au-dessus d'eux. C'est précisément là que se manifestent la force et l'infinie grandeur du Créateur, qu'Il soit béni.

Demandez aux hommes ce qui suscite le plus d'admiration, l'ordre naturel ou l'intervention miraculeuse, et ils vous répondront : le miracle. La mer qui se soulève, les flots dressés comme une muraille, quand a-t-on jamais vu un tel prodige ? C'est cela : « Il est mon Dieu et je Le glorifierai ». Pourtant, la raison démontre, précise le Malbim, que la nature l'emporte de loin sur le miracle. Le miracle n'est que temporaire : un court instant, Il a maintenu la mer dressée, puis l'événement a pris fin. En revanche, le fait que le Saint, béni soit-Il, fixe chaque jour la mer à sa place, depuis bientôt six mille ans, témoigne d'une puissance infiniment supérieure à une intervention ponctuelle.

Et ne dites pas qu'il y a plus de bravoure à immobiliser les flots de la mer qu'à avoir instauré que les eaux descendent toujours vers le bas. Hachem a gravé une loi dans la nature - la gravitation - qui fait que l'eau s'écoule toujours vers le point le plus bas ; et lorsque vous assistez à l'inverse, vous êtes saisi d'émerveillement. Mais y a-t-il véritablement plus de puissance à commander aux eaux de s'arrêter qu'à leur ordonner de descendre ? Il n'y a aucune différence ; c'est uniquement parce que nous sommes habitués à l'un et non à l'autre. Or, l'ordre qu'Hachem intime à la mer lors de la Création de descendre manifeste une puissance bien plus grandiose, car cet ordre, Il l'établit de façon permanente.

À quoi cela ressemble-t-il ? C'est comparable à un homme capable de soulever une fois une charge très lourde - bravo à lui. Mais un autre homme vous dit : moi, je la porte depuis six mille ans ; viens, essaie donc de la tenir vingt secondes. Qui est le plus fort ? Sans l'ombre d'un doute, le miracle de la nature permanente est bien plus grand que le miracle momentané qui fige les eaux.

Il n'y a pas de nature - il y a une volonté constante

Et en réalité, il n'existe aucune différence fondamentale entre eux, comme le définit le 'Hazon Ich : la seule différence entre le miracle et la nature réside dans le fait que la nature est la volonté la plus constante de Hakadoch Baroukh Hou. Le miracle : Hachem veut maintenant que les eaux montent et se dressent comme une muraille. La nature : Hachem veut en permanence qu'elles s'écoulent vers le bas. Le miracle est une volonté ponctuelle, tandis que la nature est une volonté permanente. Il ne faut pas faire de distinction et prétendre qu'ici les choses fonctionnent par inertie et que là-bas seulement Hachem se révèle. Et comme l'écrit le Ramban : l'homme n'a point de part à la Torah de Moïse tant qu'il ne croit pas et ne sait pas que tous nos actes et tous nos événements sont entièrement des miracles, et qu'il n'y a en eux aucune part de nature ni de marche autonome du monde. Celui qui ne le reconnaît pas n'a pas de part à la Torah de Moïse. Le fait de voir l'huile brûler est un miracle d'Hachem exactement au même titre que de voir brûler le vinaigre ; seulement, à l'un nous nous sommes habitués, et à l'autre non.

La parabole de la machine : le miracle qui n'annule pas la nature

Il ressort donc que l'action miraculeuse est infiniment plus aisée que l'action de la nature, de même qu'il est plus facile de porter un fardeau un instant que de le porter continuellement des années durant. Et malgré tout, explique le Malbim, il existe une élévation et une majesté particulière dans le miracle : c'est qu'au moment même du miracle, la nature n'est pas abolie.

Expliquons cela. Imaginez qu'on vous montre une machine d'une extrême complexité, dotée de multiples engrenages et mue par une formidable puissance à vapeur. Arrive un homme qui réussit à faire tourner l'une des roues en sens inverse, alors que toutes les autres continuent de tourner selon leur cours normal - c'est une force prodigieuse ! Car naturellement, ou bien la force colossale de la machine prendrait le dessus sur lui et il échouerait totalement, ou bien, s'il possédait une force suffisante, il parviendrait à tourner la roue à contre-sens, mais briserait du même coup tous les engrenages et détruirait la machine. Une puissance inouïe est requise pour faire tourner une seule roue à l'envers tout en maintenant le fonctionnement régulier de toutes les autres - cela relève de la coexistence des contraires.

Le plus simple serait de débrancher la machine : vous coupez le disjoncteur, et tout s'arrête. De même, si Hachem accomplissait un miracle en coupant le disjoncteur, ce serait extrêmement simple. Le soleil a une révolution régulière ; Hakadoch Baroukh Hou retirerait la prise et il s'immobiliserait sur place - sans s'éteindre complètement, continuant d'éclairer, simplement sa course s'arrêterait. Cela n'a rien de complexe. Mais le soleil fonctionne en harmonie avec tous les corps célestes, et Hakadoch Baroukh Hou arrête le soleil tout en maintenant le mouvement de tous les autres astres - c'est là que réside la véritable puissance.

La puissance ne consiste pas à paralyser le monde ; éteindre une machine n'est pas difficile. La vraie puissance réside dans le fait qu'en un point précis, Hakadoch Baroukh Hou opère un miracle et fait agir les choses à l'inverse, tandis que tout le reste poursuit son cours sans dévier de son rôle. Si, pendant un instant, toutes les eaux du monde s'étaient mises à monter, la réalité globale du monde aurait changé un instant, ce qui n'aurait pas été aussi prodigieux. Mais que toutes les eaux du monde continuent de couler vers le bas et que seules les eaux de la mer Rouge se dressent comme une muraille - voilà la grandeur suprême : unir deux contraires, permettre à la nature de poursuivre ses lois régulières, tout en dominant ponctuellement cette même nature pour en modifier le cours.

C'est précisément le sens de ce qui est écrit ici : au moment où « Hachem règne, Il s'est revêtu de majesté » - une action miraculeuse par laquelle Hachem s'élève au-dessus de la nature et accomplit un acte surnaturel - à cet instant même, « Hachem s'est revêtu de force, Il s'en est ceint » : Il se ceint de Sa puissance pour continuer à diriger tout le reste du monde selon la nature. Il n'éteint pas le monde un instant pour tout bouleverser, car tout changer serait aisé ; au contraire, tout continue de fonctionner normalement, et c'est seulement ici qu'une force s'exerce en sens inverse. « Aussi le monde est-il affermi, il ne chancellera pas » - le monde demeure stable dans sa structure et ne vacille point sous l'effet du miracle. Selon les termes du Malbim : l'arrêt d'une partie n'entrave pas la course et le mouvement de l'ensemble. La nature est plus grande que le miracle car elle est constante et permanente ; mais accomplir un miracle tout en maintenant simultanément l'ordre naturel opposé au miracle, voilà ce qui manifeste une grandeur infinie et la souveraineté incontestée de Hakadoch Baroukh Hou sur Son univers.

Il faut donc en être conscient : la nature en tant que force autonome n'existe pas. Lorsque nous parlons de nature, nous désignons une régularité - la gravité est une loi naturelle - mais cela ne signifie nullement que Hakadoch Baroukh Hou a instauré des lois pour ensuite laisser le monde tourner de lui-même. À chaque instant, lorsque vous lâchez un objet et qu'il tombe, cela signifie qu'Hachem a voulu à cet instant précis qu'il tombe. C'est le sens de la formule : « Lui qui renouvelle chaque jour continuellement, par Sa bonté, l'œuvre de la Création » - observez cette insistance dans les termes. Nous avons tendance à croire qu'Hachem a placé les astres lors de la Création et que la machine tourne depuis lors ; mais la liturgie vient nous enseigner le contraire : non, chaque jour Hachem renouvelle l'acte de la Création, chaque matin Il fait se lever le soleil comme s'Il prononçait à nouveau « Que la lumière soit » - et la lumière fut. Hakadoch Baroukh Hou fait exister la réalité à chaque instant par Sa force et selon Sa seule volonté.

La fierté dans les voies d'Hachem

Dans le sefer Tehilot Yoël, l'auteur explique par voie d'allusion : « Hachem règne, Il s'est revêtu de majesté » - bien qu'un homme doive faire preuve d'humilité et de modestie, il doit savoir que lorsqu'il s'agit de l'honneur divin, l'effacement et la timidité n'ont plus lieu d'être, mais bien au contraire : « Son cœur s'éleva dans les voies d'Hachem ». Il faut alors agir avec fermeté et grandeur, protester contre ceux qui égarent et détruisent, sans se réfugier derrière l'argument : qui suis-je, que vaux-je et quelle est ma force ? Au contraire, il convient de se lever avec courage et vigueur. Tel est le sens de « Hachem règne » : lorsqu'il est question de la souveraineté céleste, l'homme doit adopter la posture de « Guéout Lavech » - revêtir une fierté sainte et agir avec détermination pour grandir l'honneur d'Hachem.

נָכוֹן כִּסְאֲךָ מֵאָז, מֵעוֹלָם אָתָּה׃ - Ton trône est affermi dès l'origine, Tu es de toute éternité.

Le Radak explique : alors tous reconnaîtront que le trône de Ta royauté est, depuis toujours, fermement établi et prêt. Et « מעולם אתה » (Tu es de toute éternité) - c'est Toi qui as créé le monde et Tu lui es antérieur.

Le Malbim explique cela à la lumière du principe bien connu selon lequel les cieux sont appelés le trône d'Hachem : « Hachem a établi Son trône dans les cieux », « Le ciel est Mon trône et la terre Mon marchepied ». La direction des sphères célestes, par laquelle Hachem gouverne le monde selon un ordre fixe et selon les lois de la nature, correspond à ce que nous avons appelé dans le livre de Job « la direction du système » (Hanhagat HaMaarekhet). C'est au sujet de ces lois que nous disons : « Ton trône est affermi dès l'origine » - dès les six jours de la Création, le Saint, béni soit-Il, a préparé ce trône par lequel Il gouverne Son univers. Malgré tout, il ne faudrait pas croire qu'Il dirige toujours Son monde uniquement par cette voie immuable ; c'est pourquoi il est ajouté : « Tu es de toute éternité » : Toi-même, Tu diriges également depuis toujours sans l'intermédiaire du trône, à travers une providence miraculeuse émanant directement de Toi, béni sois-Tu, lorsque Tu décides de bouleverser les lois de la nature.

Nous avons déjà expliqué à plusieurs reprises que ceux qui nient l'existence du Créateur et la réalité de la Création, affirmant que le monde a toujours existé, ne croient à aucun miracle. La raison en est simple : si le monde est éternel dans le passé, signifiant qu'Hachem ne l'a pas créé, d'où tirerait-Il le pouvoir de le modifier ? Pour comprendre que le Saint, béni soit-Il, peut transformer Son monde, il faut nécessairement comprendre qu'Il l'a créé. Nous affirmons donc clairement : « Ton trône est affermi dès l'origine, Tu es de toute éternité » - il existe une autre providence qui se rattache à Toi-même, au-delà de la conduite du trône incarnée par les cycles du soleil, de la lune et des astres fonctionnant selon une régularité immuable : il s'agit de la direction miraculeuse qui émane de Lui, qu'Il soit béni.

Allusion : quand le monde fut-il créé ?

Dans le livre « Az Yédaber Yéhoshoua », le verset « Ton trône est affermi dès lors (Méaz), Tu es de toute éternité » est expliqué d'après la Guémara dans Roch Hachana, où les Sages débattent de la date de la création du monde : Rabbi Éliézer affirme que le monde fut créé en Tishri, tandis que Rabbi Yéhoshoua soutient qu'il fut créé en Nissan. Et les Tossafot (Roch Hachana 27a) expliquent que « les deux avis sont les paroles du D.ieu vivant » : au départ, il monta dans la pensée divine de créer le monde en Tishri, mais il ne fut effectivement créé qu'en Nissan. En d'autres termes, Tishri correspond à la conception et Nissan à la naissance ; c'est pourquoi nous disons à Roch Hachana « Aujourd'hui est le jour de la conception du monde » (Hayom Harat Olam) - ce jour-là eut lieu la conception du monde, lorsqu'il monta dans la pensée divine d'être créé, et ce n'est qu'en Nissan qu'il vit le jour. C'est ce qui est suggéré ici : « Ton trône est affermi méaz (מאז) » - Tishri est le premier mois selon le comput des années (Aleph, 1), et Nissan est le septième (Zayin, 7). « Méaz » (מאז) : de Aleph (א) et de Zayin (ז), de Tishri et de Nissan. C'est à partir de là qu'« Il s'est ceint de force » et que « le monde demeure ferme, inébranlable », car Hachem, dans Sa puissance, a disposé le monde pour qu'il ne chancelle pas.

נָשְׂאוּ נְהָרוֹת ה', נָשְׂאוּ נְהָרוֹת קוֹלָם, יִשְׂאוּ נְהָרוֹת דָּכְיָם׃ - Les fleuves ont élevé, ô Hachem, les fleuves ont élevé leur voix, les fleuves élèvent leurs flots rugissants.

Rachi explique que le verbe « ont élevé » (Nass'ou) a le sens de « porter la voix », exprimant un cri et une plainte : hélas, ô Hachem ! Les fleuves représentent les nations qui déferlent comme un cours d'eau, élevant leur voix dans un grand tumulte. Quant au mot « Dokhyam » (דָּכְיָם), il dérive de « Daka », qui évoque la profondeur et l'abaissement : un lieu « dakh » est qualifié ainsi parce qu'il est bas et enfoncé. Les profondeurs de leurs abîmes s'élèvent et se dressent avec orgueil contre Toi. Ainsi, selon Rachi, les fleuves sont une allégorie des nations viles qui s'élèvent et s'enorgueillissent contre Hachem.

Le Radak explique que les fleuves symbolisent Gog et Magog ainsi que les rois qui l'accompagneront - selon son habitude d'orienter le texte vers la rédemption future et la venue du Machia'h. Gog et Magog et les souverains qui se rassemblent pour combattre contre Jérusalem sont comparés à de puissants fleuves qui font retentir leur grondement dans leur course tumultueuse, à l'instar de : « comme la voix du Tout-Puissant quand ils marchent », « un bruit de tumulte comme le vacarme d'une armée », « comme le bruit des grandes eaux ». De même, nous trouvons qu'Achour a été comparé à un fleuve : « Voici que Je fais monter contre eux les eaux du Fleuve, puissantes et abondantes » - c'est le roi d'Achour qui déferle sur eux. Ces royaumes élèveront la voix et porteront « dokhyam » contre Israël, terme qui, selon le Radak, provient de la notion de brisure, comme dans : « que les os que Tu as brisés (dikit) se réjouissent », ou « car Tu nous as écrasés (dikitani) dans le repaire des chacals » - Tu nous as brisés ; ils dresseront ainsi leurs flots dévastateurs contre le peuple d'Israël.

Le témoignage des fleuves

Le Malbim donne une autre explication : les fleuves ont élevé la voix, mais que proclament-ils ? « Ton trône est affermi dès l'origine, Tu es de toute éternité ». C'est comme si les fleuves dialoguaient entre eux et attestaient que le Saint, béni soit-Il, régit la nature depuis toujours et pour l'éternité. Il s'agit d'une métaphore poétique, tout comme lorsque le psalmiste déclare : « les arbres de la forêt pousseront des cris de joie », « les montagnes entonneront des chants d'allégresse », en prêtant aux montagnes et aux arbres des facultés humaines.

Et comme nous l'avons mentionné : « À Hachem appartient la terre et ce qu'elle renferme... Car c'est Lui qui l'a fondée sur les mers et affermie sur les fleuves ». C'est précisément à travers les mers et les fleuves que l'on reconnaît qu'Hachem a fondé la terre. En effet, la nature originelle de la mer et des fleuves est de recouvrir le monde entier ; qui donc les en a empêchés ? « Il a fixé une limite à la mer ». Et pourquoi Son nom est-il Cha-daï ? Parce qu'Il a dit à Son monde : « Assez ! » (Daï). Il fallait contenir l'expansion des eaux, et Hachem leur a imposé une nature contraire pour qu'elles s'amassent en un lieu unique et que la terre ferme apparaisse. C'est à travers cette maîtrise absolue de la nature que l'on constate qu'« à Hachem appartient la terre ».

Et à partir des fleuves, que l'on voit parvenir à toute terre habitée et apporter la vie aux lieux peuplés, on apprend ce que signifie « le monde et ceux qui l'habitent » : que la terre et tous ses habitants appartiennent à Hachem, et qu'Il pourvoit à la subsistance de chacun. On sait que là où coulaient des fleuves, les hommes s'établissaient, tandis qu'en l'absence de point d'eau, nul ne s'installait. Ce n'était pas comme à notre époque, où l'on peut dessaler l'eau de mer ou en importer de Turquie ; en ce temps-là, la présence d'une source d'eau à proximité conditionnait toute possibilité de subsistance : sans eau, aucune survie possible. Quiconque observe l'histoire constate que toutes les implantations antiques se situaient invariablement près de points d'eau permettant de faire vivre hommes, bétail et bêtes sauvages. De fait, voir ces fleuves ainsi établis et répartis selon les zones habitées de la terre, en mesure d'abreuver et d'étancher la soif de toutes les créatures, nous enseigne que tout découle de la Providence divine.

De plus, les fleuves élèvent aussi leur « doc'yam » (leur brisement). Le Malbim explique que le terme « doc'yam » désigne l'endroit où les fleuves interrompent leur course, une notion liée à l'oppression et à la soumission (dikoui) : Hachem les a en quelque sorte réprimés en leur disant : « Tu viendras jusqu'ici, et pas plus loin ». En effet, si les cours d'eau submergeaient tout, aucun habitat humain ne subsisterait ; le monde ne serait que fleuves. Il s'avère donc qu'aussi bien là où ils s'écoulent que là où ils s'arrêtent, tout atteste que la Providence du Saint, béni soit-Il, emplit la terre. Tout procède de Lui, et l'on constate ainsi que le monde a été façonné selon un dessein précis.

Et si l'on se demande pourquoi Hachem n'a pas créé Son monde en un seul instant au lieu de le faire en sept jours, toutes les interrogations portant sur les origines premières échappent à notre entendement ; cela relève de la recherche de « ce qui est en haut, ce qui est en bas, ce qui précède et ce qui suivra ». Nous savons le peu qu'Il a daigné nous révéler, mais au-delà, comprendre comment les choses se sont déroulées et pourquoi elles ont été accomplies d'une façon plutôt que d'une autre demeure hors de portée. Nos Sages ont certes développé certains enseignements, par exemple en expliquant pourquoi le monde a été créé par dix paroles alors qu'une seule aurait suffi (afin de punir les impies et d'accorder une belle récompense aux justes) ; mais cela ne fait qu'effleurer l'écorce extérieure. En vérité, pénétrer les desseins profonds du Saint, béni soit-Il, lors de la création de Son univers relève des mystères les plus impénétrables.

מִקֹּלוֹת מַיִם רַבִּים אַדִּירִים מִשְׁבְּרֵי יָם, אַדִּיר בַּמָּרוֹם ה'׃ - Plus que la voix des eaux puissantes, plus que les vagues majestueuses de la mer, puissant dans les hauteurs est Hachem.

Rachi commente : je sais que, bien plus que le fracas des grandes eaux grondant contre nous et que la puissance des flots tumultueux de cette mer - c'est-à-dire les nations qui se dressent contre nous -, Hachem est souverainement puissant dans les hauteurs célestes. Je ne m'effraie pas de la rumeur des eaux immenses, je ne crains pas le déferlement des nations ; Tu es puissant dans les hauteurs, ô Hachem, et Ta main domine sur elles. Et s'ils se montrent puissants, puissant dans les hauteurs est Hachem : Il est souverain, Il réside dans les hauteurs, et Sa force surpasse infiniment la leur.

Le Malbim explique : la mer, par ses eaux et ses brisants - c'est-à-dire l'endroit où les vagues se brisent et s'arrêtent pour ne point submerger la terre ferme et laisser place à l'habitat humain, comme il est dit : « Moi qui ai donné le sable pour limite à la mer, loi éternelle qu'elle ne franchira point » -, font entendre leur voix pour proclamer : « Puissant dans les hauteurs est Hachem ». Il règne avec majesté dans les cieux, dirige les lois de la nature et le système cosmique, et tout s'incline devant Lui : Il leur a ordonné de s'arrêter, et elles se sont arrêtées ; sans cela, elles engloutiraient le monde entier.

Aujourd'hui, il est aisé de concevoir ce que représentent « le fracas des grandes eaux ». Nous connaissons tous les récits des tsunamis et savons comment une seule vague peut emporter en un instant trois cent mille personnes : elle monte, déferle, se retire, et tout est fini. L'événement n'a duré que quelques minutes, après quoi l'on ne fait plus que dénombrer les victimes et amorcer la reconstruction. Dès lors, imaginez ce qui adviendrait si les flots montaient ainsi de manière continue : où subsisterait la terre ferme, et quel avenir y aurait-il pour l'humanité ? Par le fait même que le Saint, béni soit-Il, freine les déferlements de la mer, on perçoit combien « Hachem est puissant dans les hauteurs », et l'on contemple la toute-puissance du Créateur du monde, devant la volonté duquel s'inclinent toutes les lois naturelles.

Par ailleurs, cela éclaire ce que nos Sages ont rapporté au sujet de la génération d'Énosh, sur laquelle l'océan déborda à la manière d'un tsunami. Il suffit d'un léger séisme sous-marin en mer Méditerranée ou dans l'océan pour que des terres émergées se retrouvent submergées ; un continent entier peut être englouti, selon la magnitude sur l'échelle de Richter. On comprend ainsi comment, en un instant, le monde entier pourrait être recouvert par les eaux. Or, l'un des arguments avancés par la génération de la dispersion (Dor Hapalaga) consistait à prétendre que le Saint, béni soit-Il, inondait périodiquement le monde : Il avait submergé la génération d'Énosh, puis était venu Noa'h et le Déluge s'était abattu. Ils déclarèrent donc : « Bâtissons une tour afin que les eaux ne nous engloutissent pas ». Quelle absurdité, quand on pense qu'une seule vague suffirait à balayer cette tour ! Mais voyez jusqu'où peuvent mener les égarements de l'esprit. Cette époque fut appelée la génération de la dispersion d'après le verset « car en ses jours la terre fut partagée (niflega) », c'est-à-dire divisée en de multiples langues. Noa'h vécut à cette époque et survécut jusqu'à la génération de la Tour, moment où Hachem dispersa les hommes et confondit leur langage.

עֵדֹתֶיךָ נֶאֶמְנוּ מְאֹד, לְבֵיתְךָ נַאֲוָה קֹדֶשׁ, ה' לְאֹרֶךְ יָמִים׃ - Tes témoignages sont d'une fidélité absolue ; à Ta maison sied la sainteté, ô Hachem, pour la durée des jours.

Rachi explique : les témoignages formulés et les promesses transmises par les prophètes au sujet de Ta maison, affirmant qu'elle sera « une demeure de sainteté » - que le Beth Hamikdach redeviendra un lieu magnifique et sanctifié -, « sont d'une fidélité absolue », bien que le temps se soit étiré et que nous demeurions dans l'attente. Ils sont dignes de foi et s'accompliront assurément. Il en va d'ailleurs de même pour l'ensemble des prophéties : toute prophétie dont l'échéance devait survenir jusqu'à ce jour s'est pleinement réalisée ; il n'est pas une seule prophétie dont le temps soit venu qui ne se soit vérifiée. De nombreuses autres prophéties doivent encore s'accomplir car leur heure n'est pas encore venue, mais tout ce qui devait s'accomplir jusqu'ici s'est réalisé. « Sont d'une fidélité absolue » : digne de confiance, véridique et voué à s'accomplir. Et Rachi remarque à propos de « naava kodech » : ici, la lettre Alef se prononce (avec un 'hataf pata'h), ce terme se rattachant à « naoth Élo-him », semblable à une oasis ou à un lieu d'habitation (naveh), tandis que dans tout le reste des Écritures, le terme « naveh » s'écrit sans Alef sonore et désigne la beauté et la parure (noyi).

Le Radak explique : « Tes témoignages » désignent les paroles consignées par les prophètes qui attestent Ta royauté, et elles se vérifieront « très fidèlement » (méod) à l'époque de Gog et Magog et lors de la venue du Machia'h. Que signifie ici « très fidèlement » ? Qu'il n'y aura plus aucune place au doute : nul ne pourra prétendre que tel détail s'est accompli et tel autre non, ou que cela ne s'est réalisé que partiellement. Tout s'accomplira dans son exacte vérité, point par point, conformément aux paroles des prophètes, sans laisser l'ombre d'un doute dans le cœur de quiconque. « À Ta maison sied la sainteté » : il sera beau et convenable que Ta maison demeure sainte pour la durée des jours ; le Radak interprète en effet « naava » à partir de la racine évoquant la beauté (noyi) : elle sera magnifique et resplendissante pour l'éternité et ne sera plus jamais détruite. Quant aux mots « Hachem, pour la durée des jours », il s'agit d'une adresse directe, d'un appel. Comme il est écrit : « La montagne de la maison de Hachem sera affermie au sommet des montagnes, elle s'élèvera au-dessus des collines, et toutes les nations y afflueront », ainsi que : « Toute créature viendra se prosterner devant Moi, dit Hachem » - signifiant que, dans les temps futurs, le Beth Hamikdach jouira d'une existence éternelle.

Un témoignage éclatant issu du fracas des grandes eaux

Le Malbim explique que ce verset s'inscrit dans la continuité du précédent : « Plus que la voix des eaux abondantes », Tes témoignages sont d'une fidélité bien plus grande encore que la voix des eaux abondantes et puissantes. Les voix des flots témoignent de Sa royauté, béni soit-Il, et de l'ordre qu'Il leur a intimé de s'arrêter et de ne pas submerger le monde, proclamant ainsi « Hachem est puissant dans les hauteurs ». Mais Toi, Hachem, Tu as témoigné de bien plus encore : non seulement Tu es puissant en haut, mais « la sainteté sied à Ta Maison ».

Telle est la différence entre le regard que les nations portent sur la royauté d'Hachem et le nôtre. Les nations ont relégué la Providence divine tout en haut, réduisant Hachem à n'être qu'élevé et inaccessible dans les cieux : « Hachem est élevé au-dessus de toutes les nations ». Le terme « Ram » (élevé) s'apparente à une montgolfière ou un avion volant dans les airs, tandis que « Gadol » (grand) ressemble à la tour Eiffel : ancré en bas jusqu'au sommet. Nous proclamons « Gadol Hachem » : « Les cieux sont Mon trône et la terre est l'escabeau de Mes pieds », depuis le bas jusqu'au sommet. Les nations y trouvent leur compte : s'Il n'est qu'élevé là-haut, Il ne s'immisce pas dans nos actes et la Providence particulière n'existe pas - relègue-Le le plus haut possible et fais ce qui te plaît. Mais nous, nous savons que bien qu'Il soit haut et élevé, « Je réside avec l'homme brisé et humilié » ; le Saint, béni soit-Il, est également présent ici-bas.

Et tel est le témoignage que nous avons reçu de Lui : Il ne Se contente pas de siéger dans les hauteurs, mais Il réside dans le Beth Hamikdach et y conduit une Providence qui dépasse l'ordre de la nature, ce que l'on nomme « Kodech » (sainteté). Selon le Malbim, la notion de « Kodech » s'oppose toujours à la nature : la nature représente la conduite terrestre, tandis que la sainteté incarne ce qui est sublime et transcendant. « Kadoch » signifie élevé et distinct ; sanctifier une chose revient à la séparer et à la mettre à part. Et cette conduite miraculeuse s'exerce dans Ta Maison, là où réside Hachem.

Et il ne s'agit pas d'un miracle ponctuel ou d'un prodige isolé, mais bien « pour de longs jours » - une conduite providentielle constante. Nos Sages décrivent d'ailleurs dix miracles qui se produisaient de façon permanente tant que le Beth Hamikdach était debout : « Les pluies n'ont jamais éteint le feu de la disposition des bois sur l'autel » - qui peut concevoir une telle chose ? Des pluies torrentielles et de la neige s'abattent sur Jérusalem, quel brasier y résisterait ? Pourtant, la tradition l'atteste : jamais les pluies n'ont éteint le feu de l'autel. « Et le vent n'a jamais dévié la colonne de fumée » de l'encens - comment comprendre cela ? Posez une cigarette, et la moindre brise en disperse la fumée ; ici, la fumée montait droite comme une verge, et même un typhon ne l'aurait pas déviée d'un millimètre. C'étaient là des miracles permanents, visibles en tout temps dans le Beth Hamikdach. Dès lors, la présence d'Hachem dans Sa Maison s'étend pour de longs jours : non pas une manifestation miraculeuse d'un instant, mais une Providence perpétuelle par laquelle Hachem veille sur nous pour le bien.

Le conseil de la Torah et le conseil du Saint, béni soit-Il

L'ouvrage Chirat Yona rapporte, au nom du Tif'éret Yonatan, une explication de ce verset fondée sur les paroles de nos Sages : On interrogea la Sagesse : quel est le châtiment du pécheur ? Elle répondit : « Le malheur poursuit les pécheurs ». On interrogea la Prophétie : quel est le châtiment du pécheur ? Elle répondit : « L'âme qui pèche, c'est elle qui mourra ». On interrogea la Torah : quel est le châtiment du pécheur ? Elle répondit : Qu'il apporte un sacrifice (korban) et il obtiendra l'expiation. On interrogea le Saint, béni soit-Il : quel est le châtiment du pécheur ? Il répondit : Qu'il fasse Téchouva et il obtiendra l'expiation. C'est ce qui est écrit : « Bon et droit est Hachem, c'est pourquoi Il montre aux pécheurs le chemin » - Il leur enseigne la voie du repentir.

C'est précisément le sens de notre texte : « Tes témoignages » désigne le conseil et le témoignage de la Torah prescrivant d'offrir un sacrifice ; « sont d'une fidélité parfaite », car c'est un conseil parfaitement éprouvé pour apporter un korban et obtenir le pardon. Mais quand s'applique-t-il ? Lorsque « la sainteté sied à Ta Maison », à l'époque où le Beth Hamikdach existe et où les sacrifices sont possibles. En revanche, lorsque le Sanctuaire est détruit, la Torah ne nous offre plus cette solution, car nous n'avons nulle part où offrir des sacrifices. C'est pourquoi le verset poursuit : « Hachem, pour de longs jours » : le conseil du Saint, béni soit-Il, d'accomplir la Téchouva, est valable pour tous les temps et ne dépend d'aucune époque spécifique. Même en l'absence du Beth Hamikdach, ce conseil demeure intact : par la Téchouva, l'homme peut réparer ses fautes.

En conclusion :

Le psaume 93 est une proclamation de la royauté d'Hachem, tant pour les temps à venir, lorsque tous reconnaîtront que « Hachem règne » et que nul ne se parera plus d'orgueil, que pour le temps présent, à travers la compréhension de Ses deux modes de direction du monde. « Gaout » (majesté) désigne la conduite miraculeuse, au-delà de la nature, tandis qu'« Oz » (force) renvoie à l'ordre naturel régulier ; or, la véritable puissance réside dans le fait que même au moment du miracle, le monde conserve son fonctionnement : « le monde demeure inébranlable » - l'arrêt d'une partie n'entrave pas la course de l'ensemble. Il n'existe pas de nature en soi, mais seulement la volonté constante du Créateur qui renouvelle chaque jour l'œuvre de la Création. Les fleuves et les mers, par leur cours comme par leur arrêt, proclament « Hachem est puissant dans les hauteurs », et notre témoignage surpasse encore le leur : « la sainteté sied à Ta Maison » - Il n'est pas seulement élevé dans les hauteurs célestes, mais grand, faisant résider Sa sainteté ici-bas et veillant sur nous pour de longs jours ; et Son conseil, celui de la Téchouva, demeure accessible à chaque génération.