Le psaume 14 des Téhilim est tout à fait particulier : il réapparaît presque mot pour mot dans le psaume 53. Beaucoup ne le remarquent pas, mais la comparaison est évidente. Notre psaume commence par : « Au chef des chantres, de David : L'insensé a dit en son cœur : Il n'y a point de D.ieu », tandis que là-bas, il s'ouvre par : « Au chef des chantres, sur Mahalat, Maskil de David », suivi de « L'insensé a dit en son cœur : Il n'y a point de D.ieu ». Chez nous, le texte dit : « Ils se sont corrompus, ils ont rendu abominables leurs actions », alors que là-bas, il emploie le terme « iniquité ». Chez nous figure : « L'Éternel regarde des cieux », et là-bas : « D.ieu regarde des cieux ». Il y a quelques légères variantes, mais au fond, il s'agit du même cantique.
Les commentateurs se sont déjà penchés sur cette question. Rachi explique que David a prononcé ici deux psaumes : le premier (chapitre 14) fait référence à Nabuchodonosor, et le second (chapitre 53) se rapporte à la destruction du Second Temple, causée par l'impie Titus. Le roi David proteste contre le fait que Nabuchodonosor viendra pénétrer dans le Sanctuaire pour le détruire sans que nul ne se dresse contre lui pour s'y opposer ; et de même pour Titus qui entrera saccager le Beth Hamikdach sans contestation. C'est à ce sujet qu'il s'écrie : « L'Éternel regarde des cieux sur les fils de l'homme, pour voir s'il est quelqu'un d'avisé ».
Comme à notre habitude, nous étudions à la lumière du Malbim, qui explique que ce dédoublement découle d'un tout autre contexte. David composa ce psaume à la suite d'un miracle que l'Éternel lui avait accordé, l'ayant sauvé d'un ennemi qui opprimait et accablait le peuple d'Israël ; c'est pour cette délivrance qu'il chanta les louanges de D.ieu. Plus tard, à l'époque de Hizkiyahou, lorsque Sanhériv attaqua et que l'Éternel accomplit pour lui un immense miracle - cent quatre-vingt-cinq mille chefs d'armée périrent aux portes de Jérusalem, l'ange de D.ieu les ayant tous fauchés en une seule nuit -, on jugea ce psaume parfaitement adapté pour rendre grâce également pour cet événement miraculeux. On institua donc à nouveau ce cantique avec un léger ajout, tout en l'attribuant à David (« Au chef des chantres... de David »), car c'est lui qui en était l'auteur initial. Simplement, comme il était à présent entonné pour un nouveau miracle, le texte subit quelques adaptations et fut chanté dans une version légèrement modifiée. Ainsi, le chapitre 53 représente la version chantée aux jours de Hizkiyahou, tandis que notre chapitre 14 est le psaume original rédigé par David lors de sa délivrance de ses ennemis.
לַמְנַצֵּחַ לְדָוִד, אָמַר נָבָל בְּלִבּוֹ אֵין אֱלֹהִים, הִשְׁחִיתוּ הִתְעִיבוּ עֲלִילָה אֵין עֹשֵׂה טוֹב׃ - Au chef des chantres, de David. L'insensé a dit en son cœur : Il n'y a point de D.ieu. Ils se sont corrompus, ils ont rendu abominables leurs actions ; nul ne fait le bien.
Le Malbim explique : le roi venu combattre David niait l'existence de D.ieu. Ce roi est « l'insensé » (Naval), et il affirmait « il n'y a point de D.ieu ». C'est exactement ce que fit Sanhériv, qui renia l'existence de D.ieu et envoya des émissaires blasphémer le D.ieu vivant. On comprend dès lors pourquoi ce psaume fut repris au chapitre 53 : on y trouva une correspondance parfaite avec les événements de l'époque, car l'insensé disait « il n'y a point de D.ieu », tout comme Sanhériv.
Toute l'armée de ce roi insensé de l'époque de David avait corrompu ses actes ; tous commettaient le mal et des abominations, au point que « nul ne fait le bien ». On pourrait s'interroger : dès lors qu'il est déjà dit qu'ils commettent des méfaits si graves, qu'ajoute la précision « nul ne fait le bien » ? Le Malbim précise : chez eux, personne ne fait le bien, ne serait-ce que par simple convenance, par bonté ou par pitié, c'est-à-dire par simple humanité. Il existe des hommes justes qui agissent avec droiture, et même parmi les nations, on trouve parfois de bonnes actions accomplies par convenance sociale - estimant inconvenant d'agir autrement - ou par un sentiment spontané de compassion. Mais David souligne : chez eux, même un bien de cet ordre est inexistant.
Et que signifie « ils se sont corrompus, ils ont rendu abominables leurs actions » ('Alilah) ? Le Malbim explique que certains actes tirent leur origine des traits de caractère, de penchants négatifs profondément enracinés dans l'âme de l'homme, et c'est ce que l'on appelle « 'alilot ». Il existe un mal superficiel, et un mal ancré au plus profond de l'être ; un homme dont l'âme même est dépravée, voilà ce que désigne le terme d''alilot. Le Malbim le rappelle en plusieurs endroits : ce mot indique que le mal se trouve en lui de façon intime. L'individu animé de penchants destructeurs envers ses semblables par le meurtre, la violence ou le vol possède des « actions corrompues ». Celui dont le cœur nourrit de vils désirs d'immoralité sexuelle ou autres turpitudes commet des « abominations », selon l'expression de la Torah qui met en garde contre les mœurs abominables des nations en matière de débauche ; ce sont là des « actions abominables ». C'est le sens de « ils se sont corrompus, ils ont rendu abominables leurs actions » : ils ont corrompu par le meurtre et la rapine, et ils se sont rendus abominables par la débauche, tout cela puisé dans la noirceur de leur âme.
Le Malbim ajoute : il y avait parmi eux un homme qui donnait l'impression de croire en Hachem et de Lui rendre hommage. De même, si nous faisons un saut jusqu'au chapitre 53, il en fut ainsi à l'époque de Sanhëriv - nos Sages rapportent en effet que Nevoukhadnetsar rendit gloire à Hachem. Lorsque Mérodakh-Baladan, fils de Baladan, envoya sa lettre, Nevoukhadnetsar survint et s'aperçut qu'on avait mentionné Hizkiyahou avant le Nom d'Hachem. Il s'exclama alors : si Hachem est le grand D.ieu, c'est Lui qu'il convient de placer en premier ! - et il réécrivit la lettre. C'est dire qu'il y avait là quelqu'un qui honorait véritablement Hachem, témoignant d'un respect sincère pour la spiritualité et le Maître du monde. Et c'est par ce mérite, comme l'enseignent nos Sages, que lui-même et dix autres hommes survécurent à l'anéantissement du camp de Sanhëriv, et trois générations régnèrent dans le sillage de ces quelques pas. Dès lors, on pourrait se demander : n'ont-ils pas, eux aussi, des mérites ?
יְהֹוָה מִשָּׁמַיִם הִשְׁקִיף עַל בְּנֵי אָדָם, לִרְאוֹת הֲיֵשׁ מַשְׂכִּיל דֹּרֵשׁ אֶת אֱלֹהִים׃ - L'Éternel, du haut des cieux, observe les fils de l'homme, pour voir s'il en est un de sensé, qui recherche D.ieu.
C'est là que David intervient et déclare : Hachem a observé les hommes depuis les cieux pour voir s'il en était un d'avisé. Car en réalité, même celui qui apparaît à nos yeux comme une figure positive, animée par la foi en Hachem, ne croyait pas parce qu'il recherchait D.ieu par l'intelligence de la raison, et ne cherchait nullement à concevoir Hachem dans Sa vérité - à connaître Ses voies et à s'attacher à Lui. Tout n'était que faux-semblant : extérieurement, il se donne des airs de croyant, il feint de reconnaître le Maître du monde, mais Hachem pénètre les replis secrets de l'âme et les profondeurs du cœur humain. C'est pourquoi « Hachem, du haut des cieux, observe » - pour voir si cet homme recherche véritablement D.ieu. Et Celui qui sonde les cœurs et les reins sait bien qu'il ne s'agit que de mensonge, absolument dénué de toute intériorité.
הַכֹּל סָר יַחְדָּו נֶאֱלָחוּ, אֵין עֹשֵׂה טוֹב אֵין גַּם אֶחָד׃ - Tous se sont fourvoyés, ensemble ils se sont corrompus ; il n'en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul.
Précisons d'abord le sens littéral : « sar » s'écrit ici avec la lettre samekh, signifiant s'écarter du chemin, et non avec un chin au sens de ministre (même si l'on pourrait plaisanter en disant que tous les ministres ensemble sont corrompus et créent des problèmes...). Le Malbim explique : même ces quelques individus chez qui paraissait subsister une lueur de foi en Hachem, et qui ne semblaient pas totalement impies - eux aussi se sont écartés de la voie, et « ensemble ils se sont corrompus » dans l'abomination. Le terme « né'lakhou » évoque la souillure et la perversion. Si bien qu'« il n'en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul » : même celui qu'on entendait tenir de beaux discours spirituels et rendre gloire à Hachem - tout cela n'était que pure façade, pur mensonge. Lui non plus n'accomplit pas le bien, son cœur est gorgé d'iniquité, et lui aussi nie et conteste la Providence suprême.
הֲלֹא יָדְעוּ כָּל פֹּעֲלֵי אָוֶן, אֹכְלֵי עַמִּי אָכְלוּ לֶחֶם, יְהֹוָה לֹא קָרָאוּ׃ - Ne le savent-ils pas, tous les artisans d'iniquité ? Dévorant Mon peuple, ils mangent du pain ; ils n'invoquent point l'Éternel !
שָׁם פָּחֲדוּ פָחַד, כִּי אֱלֹהִים בְּדוֹר צַדִּיק׃ - C'est là qu'ils ont tremblé d'effroi, car D.ieu est avec la génération du juste.
Le Malbim lit ces versets en continuité : « Ne le savent-ils pas, tous les artisans d'iniquité... car D.ieu est avec la génération du juste ». C'est-à-dire qu'après le miracle opéré par Hachem pour Son peuple, le sauvant de ses adversaires, tous ces ouvriers d'injustice, ces hommes « dévorant Mon peuple », ont su et compris qu'il y a un D.ieu aux côtés de la génération vertueuse. Tu croyais le monde livré à lui-même, pensant pouvoir agir à ta guise et dévorer Mon peuple - et voici qu'il t'apparaît soudain qu'il y a un D.ieu avec la génération du juste, qu'une Providence particulière veille sur eux. Si l'on transpose cela au chapitre 53, où il est question de Sanhëriv : lorsqu'il reçut ce coup foudroyant, la disparition de cent quatre-vingt-cinq mille chefs d'armée périssant en une seule nuit, tous les artisans d'iniquité venus dévorer Mon peuple comprirent alors que D.ieu est présent au milieu de cette génération et qu'Il veille sur Ses fidèles.
Le Malbim rapporte les mots « ils ont mangé du pain » à Israël, ce qui constitue une explication novatrice, semblant s'affranchir de la cantilation. Sur ce point, les commentateurs divergent : les Té'amim représentent-ils une règle absolue pour déterminer le sens du texte ou non ? Le Malbim considère que les accents indiquent une orientation, mais qu'il demeure possible d'expliquer le texte différemment - estimant que celui qui a conçu le texte selon une perspective donnée a placé les accents en conséquence, alors qu'à l'origine, le texte biblique ne comportait pas ces signes. D'autres commentateurs, au contraire, s'y opposent formellement et affirment que toute interprétation doit nécessairement s'accorder avec la cantilation, car celle-ci fixe la ponctuation exacte du verset. En voici une illustration : selon la lecture littérale guidée par les accents, « dévorant Mon peuple ils mangent du pain » porte un ethnachta, ce qui clôt la proposition. Le Malbim, quant à lui, découpe ainsi : « Ne le savent-ils pas, tous les artisans d'iniquité qui dévorent Mon peuple » - proposition qui s'achève à la fin du verset suivant : « car D.ieu est avec la génération du juste » ; tandis que « ils ont mangé du pain et n'ont point invoqué Hachem » se rapporte à « Mon peuple » - Mon peuple a mangé du pain sans invoquer Hachem. Le mot « Mon peuple » est ainsi conçu comme pivotant vers les deux sens à la fois.
Et que signifie cela ? Le Malbim l'explique d'après le Midrash : à l'époque de David, cent enfants, cent jeunes gens mouraient chaque jour. C'est à la suite de cela que David institua les cent bénédictions quotidiennes, et ce sont elles qui sauvèrent le peuple et mirent fin à ce terrible décret. Nous voyons d'ici qu'à l'époque de David, on n'était pas assez vigilant quant aux bénédictions de louange. Car le principe des bénédictions de louange découle de ce que dit la Torah - il n'est pas explicitement écrit dans la Torah de réciter « Boré peri haets », « Chéhakol » ou « Boré peri haadama », mais on l'apprend du verset « Tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras », d'où l'obligation pour l'homme de bénir sur la nourriture qu'il consomme. De là, nos Sages ont déduit qu'il faut bénir et remercier Hachem pour tout ce qu'Il donne, et ils l'ont également déduit par un raisonnement a fortiori (kal va'homer) : si l'on bénit après avoir mangé et s'être rassasié, à plus forte raison doit-on bénir avant de manger ! D'où la nécessité de remercier Hachem pour toutes Ses bontés et Ses bienfaits, généraux comme particuliers - qu'il s'agisse de grâces accordées à la collectivité ou de faveurs individuelles, pour chaque détail. Et comme on ne prenait pas garde à cela du temps de David, cent jeunes gens mouraient chaque jour ; ils examinèrent leurs actes, virent la nécessité d'une réparation, et David institua cent bénédictions par jour, afin que chacun prenne à cœur de louer Hachem cent fois au quotidien. Pourquoi précisément cent, et quel est le lien avec les cent socles du Tabernacle - la question a déjà été abordée lors d'un cours sur les parachiot, et nous n'y reviendrons pas à présent.
D'après cela, le Malbim explique : « ils mangent du pain, ils n'invoquent point l'Éternel » - au début, ils mangeaient du pain sans réciter de bénédiction ; on mangeait du pain sans remercier Hachem, sans prononcer « Baroukh Ata Hachem... Hamotsi lé'hem min haarets ». Et à la suite de cela - « Là ils tremblèrent d'épouvante » : ils prirent peur du châtiment en constatant le désastre causé, cent morts chaque jour ; ils firent techouva à ce sujet, et le Saint, béni soit-Il, leur fit miséricorde et écarta d'eux le malheur. Voyez le contraste saisissant : les artisans d'iniquité nient totalement la réalité divine en affirmant qu'il n'y a point de D.ieu - les nations méconnaissent Hachem sans la moindre crainte ; tandis que le peuple d'Israël, pour le simple fait de n'avoir pas remercié et loué Hachem comme il se doit, fut immédiatement saisi d'effroi, fit techouva et institua cent bénédictions. C'est pourquoi David déclare : il convient au plus haut point qu'Hachem vienne en aide au peuple d'Israël, qui croit en Lui au point de redouter la moindre défaillance dans le service d'Hachem et dans Sa louange, face à ces impies qui renient totalement Son existence. Et par le châtiment qu'Hachem inflige aux nations et par Sa miséricorde envers Son peuple, tous les artisans d'iniquité, ceux qui dévorent Mon peuple, sauront qu'il y a un D.ieu en cette génération, qui protège et garde le juste.
L'explication du Malbim s'écarte ici quelque peu du sens littéral, ce qui est inhabituel pour lui, car il reste d'ordinaire très attaché au sens obvie (et nul doute que si on lui demandait, il affirmerait que c'est là le sens littéral du texte). Examinons donc d'autres explications plus proches du texte. Rachi explique : « N'ont-ils donc pas su, tous ces ouvriers d'iniquité ? » - ils finiront par savoir ce qui leur adviendra. « Eux qui dévorent mon peuple, ils ont mangé du pain » - il s'agit du descendant de Nabuchodonosor, Belchatsar, qui organisa un grand festin, comme il est écrit : « Le roi Belchatsar fit un grand festin [lé'hem rav] » (on peut approfondir ce sujet dans les enseignements consacrés au livre de Daniel). Lors de ce festin, une main apparut et écrivit sur le mur du palais : « Mené, Mené, Tékel ou-Pharsin », et « cette nuit-même, Belchatsar fut tué ». Il s'avère donc que ceux qui « dévorent mon peuple », qui ont voulu anéantir Mon peuple, « ont mangé du pain » - ils ont fait un festin, et lors de ce banquet, « ils n'ont point invoqué l'Éternel » : ils ne se sont souvenus ni d'Hachem ni de Ses prodiges et de Ses merveilles, et bien au contraire, ils ont fait sortir les ustensiles du Temple pour y boire, en affirmant que le peuple d'Israël ne serait plus jamais délivré. Voyez à quel point ils oublièrent Hachem ! C'est alors que « là ils tremblèrent d'épouvante » : une main apparut et écrivit sur le mur du palais ; ils comprirent que la fête était finie, et cette nuit-même, Belchatsar fut tué.
Ibn Ezra explique que le verset est formulé sous forme d'interrogation : les ouvriers d'iniquité ne savent-ils donc rien, alors qu'ils ont dévoré Mon peuple tout comme on mange du pain ? En d'autres termes, ils ont consumé Israël sans le moindre remords, avec une aisance absolue, tout comme un homme mange du pain. L'homme qui mange du pain n'éprouve aucun scrupule, et bien au contraire : le pain est le fondement et la base de toute la nourriture humaine.
Il a déjà été souligné par le passé qu'il y a dans le pain une merveille à laquelle on ne prête guère attention : tout aliment, si on le consomme jour après jour, finit à un moment donné par lasser et l'on ne peut plus en avaler. Une voisine confiait un jour que son fils était « fou de falafels » : rien que des falafels, « maman, prépare des falafels, achète-moi des falafels », au point qu'elle en perdait la tête. On lui conseilla alors : prépare-lui des falafels matin, midi et soir, jusqu'à ce que les boulettes lui sortent par les oreilles et par le nez ! Au bout d'une semaine, c'en était fini : il ne pouvait plus voir un falafel en peinture. Tout aliment consommé avec régularité finit par lasser. Sauf le pain. A-t-on jamais vu quelqu'un incapable de regarder du pain ? Voyez quelle bonté Hachem a déployée ! Et au passage, il en va de même pour l'eau : il est impossible qu'un être humain soit dégoûté de cette boisson. Le Ciel a implanté dans ces aliments de base une habitude naturelle et un attrait permanent pour l'homme.
Et les nations nous ont dévorés tout comme on mange du pain, sans comprendre que cela venait d'Hachem - que nous nous étions rebellés contre Sa parole et que c'est pour cela qu'Il nous avait livrés entre leurs mains. Ils étaient persuadés que « ma force et la vigueur de ma main m'ont acquis cette puissance », ils disaient « notre main s'est élevée », et ils n'invoquèrent point Hachem. Tel est le sens de « ils n'invoquent point l'Éternel » : tu aurais dû à tout le moins comprendre que si Hachem les a livrés entre tes mains, c'est le signe qu'il existe un D.ieu qui les punit pour leurs mauvaises actions, et tu aurais dû en tirer une leçon de foi. Or c'est précisément l'inverse qui s'est produit : Il les a livrés entre tes mains, et tu en as conclu : « C'est sans doute que nous sommes justes, que nous sommes des gens droits, voilà pourquoi ils nous ont été livrés ». Au lieu d'aboutir à un renforcement de la foi, c'est l'hérésie qui s'en est trouvée fortifiée.
עֲצַת עָנִי תָבִישׁוּ, כִּי יְהֹוָה מַחְסֵהוּ׃ - Vous bafouez le dessein du pauvre, car l'Éternel est son refuge.
Vous couvrez de honte le projet du pauvre : le peuple d'Israël est comparable à des indigents, persécutés par les nations, et ils ne se sont pas préparés à la guerre - ils ne possèdent ni arsenal ni armement et ne sont pas équipés pour la bataille. Et si vous leur demandez sur quoi ils s'appuient, ils répondent : « Car l'Éternel est son refuge » - je m'en remets au Saint, béni soit-Il, Hachem me sauvera, Hachem est mon abri. C'est exactement ce qui s'est produit avec Sanh伝ib, lorsqu'il déclarait : « De peur qu'Ézéchias ne vous séduise en disant : Hachem nous sauvera ! » - Les dieux des nations ont-ils donc sauvé leurs peuples de ma puissance ? Les dieux de Samarie l'ont-ils sauvée de ma main ? Pourtant, ceux de Samarie appartenaient aussi à Israël, et ils ont bien vu qu'Hachem n'a rien pu faire contre moi ; pourquoi donc pensez-vous qu'Il pourra quelque chose pour vous ? Les nations tournaient ainsi en dérision la confiance d'Israël : nous plaçons notre confiance en Hachem, et ils s'en moquent en disant : « Hachem, oui, c'est Hachem qui va venir t'aider ! ».
מִי יִתֵּן מִצִּיּוֹן יְשׁוּעַת יִשְׂרָאֵל, בְּשׁוּב יְהֹוָה שְׁבוּת עַמּוֹ, יָגֵל יַעֲקֹב יִשְׂמַח יִשְׂרָאֵל׃ - Qui donnera de Sion le salut d'Israël, quand l'Éternel ramènera les captifs de son peuple, Yaacov se réjouira, Israël sera dans l'allégresse.
Mais la vérité est que lorsque viendra le salut de la part de Hachem qui réside à Sion, le Nom du Ciel sera sanctifié même aux yeux des nations : ces railleurs verront soudain qu'il existe un Dieu, et ils verront comment Hachem sauve Son peuple. Le Malbim explique que David a vu ici par l'esprit saint également l'avenir : le miracle survenu à l'époque de Sennachérib, lorsqu'il y eut alors un salut venant de Sion et que Hachem ramena les captifs de Son peuple. C'est pourquoi on a réinstitué ce psaume une seconde fois et on l'a chanté lors de cette délivrance, au moment où Hachem les sauva de la main de Sennachérib, car c'est de Sion, qui est Jérusalem, que Hachem donna le salut d'Israël. "Quand l'Éternel ramènera les captifs de Son peuple" : qu'Il les a ramenés à leur niveau antérieur ; ou bien le sens de "chevout" vient de l'expression "bechouva vanahat", le repos et la quiétude.
Quelle est la différence entre l'allégresse (guila) et la joie (simha), et entre Yaacov et Israël ? Le Malbim l'explique de façon admirable. La "simha" est une chose permanente, tandis que la "guila" concerne une chose survenue de manière soudaine, une surprise provoquant des élans de jubilation. "Israël" désigne le peuple d'Israël dans son niveau élevé, un niveau de prééminence, tandis que "Yaacov" désigne son niveau inférieur, dans le sens de "ekev", un endroit bas et inférieur. C'est pourquoi "Yaacov se réjouira" : chez Yaacov, le niveau inférieur, il y aura un élan d'allégresse, une joie renouvelée, car ils ne s'attendaient pas à un tel salut ; ce sont eux la masse, les plus éloignés de l'attachement à Hachem, et pour eux le salut est une pleine nouveauté : "Je ne m'y attendais pas, et soudain Hachem nous a sauvés". Mais Israël, qui est toujours attaché et lié à Hachem : "Israël sera dans la joie" : Hachem a sauvé ? C'est ainsi qu'Il sauve toujours, j'étais certain que de même qu'Il a sauvé par le passé, Il sauverait aussi maintenant. Il n'y a pas ici d'explosion d'allégresse, mais une joie permanente de celui pour qui la chose est évidente et qui est attaché à Hachem en permanence.