Le treizième chapitre des Téhilim est un psaume court mais d'une grande profondeur. Le Radak propose deux approches : soit David l'a prononcé alors qu'il était en détresse face à ses ennemis, soit - et c'est selon lui l'explication la plus juste - il a été composé au sujet de l'exil. Le Malbim explique pour sa part que ce psaume est une prière où David supplie Hachem de ne pas l'oublier et de ne pas lui voiler Sa Face, en réponse à deux formes d'abandon et d'occultation divine qui frappent les pécheurs.
לַמְנַצֵּחַ מִזְמוֹר לְדָוִד׃ - Au chef des chantres, psaume de David.
עַד־אָנָה יְהֹוָה תִּשְׁכָּחֵנִי נֶצַח עַד־אָנָה תַּסְתִּיר אֶת־פָּנֶיךָ מִמֶּנִּי׃ - Jusqu'à quand, Hachem, m'oublieras-Tu sans fin ? Jusqu'à quand cacheras-Tu Ta Face loin de moi ?
Le Malbim explique : la faute par laquelle l'homme crée une distance entre lui et Hachem suscite parfois un état d'oubli, et parfois un état de voilement de Face (Hester Panim) du Saint, béni soit-Il, envers le fautif. Quelle est la différence entre les deux ? L'oubli survient lorsque l'homme a tellement péché que le Saint, béni soit-Il, retire pour ainsi dire totalement Sa providence de lui - comme s'Il ne le connaissait plus et ne se souciait plus du tout de lui. Dès lors, Hachem ne porte même plus de regard sur lui pour le punir : advienne que pourra, nul ne regarde. Hachem l'abandonne, pour ainsi dire, aux mains du hasard.
Il a déjà été expliqué qu'une telle situation témoigne d'une grande déchéance et d'une profonde corruption, et c'était précisément la condition du peuple d'Israël à l'époque d'Achav. C'est ainsi que le Malbim y explique la réaction d'Achav : lorsque ce dernier vint demander comment il se faisait que les paroles du maître ou celles de l'élève s'accomplissent - Moché Rabbénou n'avait-il pas dit : « Il retiendra les cieux et il n'y aura point de pluie », alors que nous avons de la pluie ? La réponse est que vous êtes dans un tel état de déchéance que le Saint, béni soit-Il, vous a délaissés et livrés aux lois aveugles de la nature. Tout se déroule selon l'ordre naturel, selon la carte météorologique : s'il doit pleuvoir, il pleut ; sinon, il ne pleut pas. Pour ainsi dire, il n'y a plus aucune providence, comme si l'on ne prêtait plus aucune attention à vous.
C'est là l'état d'oubli, et c'est une situation terrible. L'homme s'est tellement enfoncé dans la faute qu'Hachem retire totalement Sa providence de lui : Il ne lui fait dès lors ni bien ni mal. À première vue, on pourrait y voir un avantage : Hachem ne m'inflige aucun mal. Mais d'un autre côté, c'est effroyable, car Hachem ne se soucie plus du tout de vous. En effet, si Hachem envoie une épreuve, c'est le signe que Quelqu'un s'occupe encore de nous, que nous Lui importons encore. C'est comparable à un enfant qui a mal agi et dont le père le réprimande et le punit - sans ériger cela en modèle éducatif absolu, cela montre à tout le moins que le père maintient un lien avec lui. Mais lorsque vient le moment où le père devient indifférent, lui disant en quelque sorte : « Tu peux quitter la maison, le lien est rompu », c'est le pire de tout. Certes, il ne le frappe plus, mais dehors il fait froid ; il est seul, livré aux aléas du sort, et peut en arriver à des extrémités bien pires, jusqu'à la destruction. Hachem fait comme s'Il ne vous voyait plus, comme s'Il vous avait oublié. Il y a donc un avantage apparent d'un côté : Hachem ne nous envoie pas de mal direct, et si l'ordre naturel est favorable, tout ira bien. Mais le revers en est redoutable : si les circonstances naturelles sont mauvaises et qu'un danger survient dans le monde, l'homme peut courir à sa perte et disparaître, tout simplement parce qu'Hachem ne veille plus sur lui.
En revanche, explique le Malbim, il existe la dimension du voilement de Face (Hester Panim). C'est comparable à l'enfant qui est encore assis à la table de son père : Hachem veille sur lui pour le punir de ses fautes, et il n'est pas oublié de la providence suprême. Bien au contraire, le châtiment relève d'une providence directe. Mais alors, quelle est la difficulté ? Le châtiment survient par des voies naturelles, créant ainsi une situation où l'homme ne discerne pas la main d'Hachem. Car comment se manifeste la punition ? Un ennemi surgit. Et l'on en vient à dire : nous avons un problème avec les Palestiniens, il faut trouver une solution, ériger un mur de séparation, renforcer la défense et créer un bouclier aérien. Le châtiment prend une forme naturelle, et l'on se met à croire que notre différend est avec eux, avec le Hezbollah ou avec l'Iran - sans prendre conscience que le véritable problème n'est qu'avec un Seul. Non pas avec une multitude, mais uniquement avec le Saint, béni soit-Il. Et si l'on règle le différend avec Lui, tous les autres problèmes s'évanouissent d'eux-mêmes. C'est là une situation où Hachem veille à punir, mais par les voies de la nature - et parce que tout semble naturel, on ne tire pas les bonnes conclusions : on ne voit que la nature, sans percevoir le Saint, béni soit-Il.
C'est ce que David exprime : « Jusqu'à quand cacheras-Tu Ta Face loin de moi ? » - Jusqu'à quand, Hachem ? Certes, Tu veilles sur moi et Tu ne m'as pas oublié, mais c'est une providence sous forme de voilement de Face : Tu m'infliges un châtiment par l'entremise de ceux avec qui je m'imagine être en conflit, au lieu de comprendre que mon différend est avec Toi. Face au premier niveau, il supplie : « Ne m'oublie pas à jamais », afin de ne pas être délaissé continuellement dans l'oubli ; et face au second niveau, celui du voilement, il implore : « Jusqu'à quand cacheras-Tu Ta Face loin de moi ? ».
Le Radak explique que l'aspect de « m'oublieras-Tu à jamais » correspond à ce que pensent les nations : Tu m'abandonnes aux mains de mes ennemis, et les peuples disent : voyez, Hachem l'a oublié, Hachem ne le sauve pas. « Me cacheras-Tu Ta face » - et les nations disent : voilà qu'Hachem ne regarde même plus ce qui lui arrive. C'est le sens de ce que déclare le verset : « De même qu'Il a appelé et qu'ils n'ont pas écouté, ainsi ils appelleront et Je n'écouterai pas ». Le Radak souligne : c'est mesure pour mesure. Pourquoi y a-t-il à la fois « Tu m'oublies » et « Tu caches Ta face » ? Parce que tu as oublié Hachem et tu as détourné ta face de Lui ; or « Hachem est ton ombre à ta droite » - Lui aussi agit envers toi par le voilement de la face et te cache Sa présence.
Rabbi Yits'hak enseigne : c'est mesure pour mesure. Le Saint, béni soit-Il, a dit : Puisque J'ai répété à quatre reprises « Jusqu'à quand » (« Ad ana ») - « Jusqu'à quand refuserez-vous », « Jusqu'à quand ce peuple Me méprisera-t-il », « Jusqu'à quand ne croiront-ils pas en Moi », et « Jusqu'à quand pour cette mauvaise communauté » (bien que la formule soit « Ad mataï », l'idée reste la même) -, Je vous livrerai donc aux mains de quatre empires, et vous crierez devant Moi à quatre reprises : « Jusqu'à quand, Hachem, m'oublieras-Tu à jamais » sous Babylone, « Jusqu'à quand me cacheras-Tu Ta face » sous la Médie, « Jusqu'à quand aurai-je des délibérations dans mon âme » sous la Grèce, et « Jusqu'à quand mon ennemi s'élèvera-t-il contre moi » sous Édom. Hachem nous a livrés à quatre empires, et sous chacun d'eux nous crions « Jusqu'à quand ». Hachem a crié « Jusqu'à quand » sans être écouté ; en contrepartie, l'homme crie « Jusqu'à quand » en ayant le sentiment qu'Hachem l'oublie et lui voile Sa face.
עַד־אָנָה אָשִׁית עֵצוֹת בְּנַפְשִׁי יָגוֹן בִּלְבָבִי יוֹמָם עַד־אָנָה יָרוּם אֹיְבִי עָלָי׃ - Jusqu'à quand aurai-je des délibérations dans mon âme, du chagrin dans mon cœur chaque jour ? Jusqu'à quand mon ennemi s'élèvera-t-il contre moi ?
Le Malbim explique que les membres du verset se répondent en parallèle. En écho à « Jusqu'à quand, Hachem, m'oublieras-Tu à jamais », David dit à présent : « Jusqu'à quand aurai-je des délibérations dans mon âme » : l'homme qui ne bénéficie pas de la providence divine, quand bien même il jouirait d'une grande réussite matérielle et d'abondantes acquisitions, ressent dans son âme un vide profond et un manque, le sentiment d'être retranché d'Hachem. Son âme est plongée dans le chagrin, l'angoisse et la détresse. C'est pourquoi David déclare : « Jusqu'à quand aurai-je des délibérations dans mon âme, du chagrin dans mon cœur le jour » - le cœur est rempli d'affliction, bien que ce soit « le jour », c'est-à-dire une époque rayonnante où les affaires et les finances prospèrent ; malgré tout cela, l'âme demeure endeuillée et tourmentée. Même si la conjoncture lui sourit, l'homme éprouve intérieurement un vide et un malaise, son cœur reste endolori. Et face à cette détresse intime : « Jusqu'à quand aurai-je des délibérations dans mon âme » - l'âme ne trouve en elle-même aucun conseil ni expédient pour s'affranchir de ce déchirement né de l'absence apparente du Créateur à ses côtés.
Et en parallèle à « Jusqu'à quand me cacheras-Tu Ta face », qui signifie que le Saint, béni soit-Il, veille mais nous éprouve par l'intermédiaire de nos ennemis, le verset ajoute : « Jusqu'à quand mon ennemi s'élèvera-t-il contre moi ». Quand Hachem exerce Sa providence en châtiant par le biais des oppresseurs, cela se produit sous le mode du voilement. Et pourquoi subit-on ce châtiment par l'entremise d'ennemis et de persécuteurs ? Parce qu'Hachem voile Sa face.
הַבִּיטָה עֲנֵנִי יְהֹוָה אֱלֹהָי הָאִירָה עֵינַי פֶּן־אִישַׁן הַמָּוֶת׃ - Regarde, réponds-moi, Hachem mon D.ieu ! Éclaire mes yeux, de peur que je ne m'endorme du sommeil de la mort.
Face à ce moment où David se sent délaissé par Hachem, comme privé de Sa providence, il supplie : « Regarde, réponds-moi, Hachem » - pose Ton regard sur moi, accorde-moi Ta providence bienveillante. Dans les Écritures, le regard du Saint, béni soit-Il, désigne toujours la providence (Hachgaha), à l'image du verset : « Les yeux d'Hachem sont tournés vers ceux qui Le craignent ». « Éclaire mes yeux » - ces yeux spirituels qui erraient dans les ténèbres, alors que l'âme sombrait dans la léthargie de la mort spirituelle et intellectuelle. Il ne s'agit nullement d'une préoccupation matérielle, mais bien de cette réalité intérieure : l'âme ressent l'éloignement d'Hachem et souffre de s'en trouver déconnectée.
Le Malbim l'enseigne : la seule véritable vie est la vie spirituelle et intellectuelle, celle où l'homme vit et chemine devant Hachem, comme il est dit : « Et vous qui êtes attachés à Hachem votre D.ieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui ». L'impie n'a que les apparences de la vie, mais ce n'est qu'une illusion virtuelle : en un instant, dès que le Saint, béni soit-Il, se révélera, « À peine as-tu jeté les yeux sur lui qu'il n'est plus », « Encore un peu et le méchant n'est plus ». Il semble exister, mais son âme est déjà coupée de sa source supérieure ; or, une fois détaché de cette racine céleste, il suffit d'avoir transgressé un seul interdit passible de retranchement (karet) pour être entièrement retranché. Il ne fait plus que paraître, semblable à la queue d'un lézard qui vibre encore après avoir été tranchée : on la voit bouger, mais elle n'a plus de vie réelle, ce n'est qu'un sursaut éphémère.
C'est pourquoi il ne faut jamais se laisser impressionner. On entend qu'un tel insulte, qu'un tel blasphème, que l'un veut faire fonctionner les transports pendant Chabbat, qu'un autre veut construire un pont, qu'un troisième conteste la conduite du Maître du monde, et qu'un quatrième s'en prend à ceux qui observent les mitsvot. Il ne faut pas s'en émouvoir : nous avons survécu à Pharaon, nous surmonterons cela aussi. Un tel être n'a aucune consistance réelle. Son âme est retranchée, il est totalement coupé de la source divine ; il gesticule encore ici-bas pour faire illusion, mais il n'est déjà plus rien.
Il en résulte, conclut le Malbim, que la véritable vie est la vie de l'âme et de l'intelligence par laquelle l'homme marche devant Hachem : « Et vous qui êtes attachés à Hachem votre D.ieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui » ; tout le reste ne constitue nullement une vie, mais une forme d'illusion. Quant à la vie des sens et du mouvement, elle n'est que la vie animale. Le fait pour un être de se lever, d'aller et venir, d'agir, de s'affairer et de parler n'a rien de spécifiquement humain : la bête bouge elle aussi, l'âne brait lui aussi, et parfois son braiment est plus agréable à entendre que celui de tel politicien. De quoi s'émerveiller alors ? Le Malbim souligne que cette agitation n'est pas la vie, mais une existence purement animale, synonyme de mort réelle pour l'âme divine. On voit un individu s'agiter, mais ce n'est rien : son âme divine est morte. C'est sur ce point précis que supplie le roi David : « Éclaire mes yeux, de peur que je ne m'endorme du sommeil de la mort » : mon âme est comme plongée dans le sommeil, coupée de sa dimension spirituelle, détachée de sa racine et en péril de mort spirituelle. De grâce, Hachem, illumine mes yeux et ne permets pas que Tu T'éloignes de moi - car l'éloignement spirituel de l'homme constitue la véritable mort, la rupture d'avec la Source de la vie : le Saint, béni soit-Il.
פֶּן־יֹאמַר אֹיְבִי יְכׇלְתִּיו צָרַי יָגִילוּ כִּי אֶמּוֹט׃ - De peur que mon ennemi ne dise : « Je l'ai vaincu », et que mes oppresseurs ne se réjouissent de mon chancellement.
« De peur que mon ennemi ne dise : Je l'ai vaincu » fait écho à ce qu'il a dit plus tôt : « Jusqu'à quand mon ennemi s'élèvera-t-il contre moi ? » : jusqu'à quand mon ennemi continuera-t-il de triompher de moi et de se sentir victorieux ? L'ennemi dira « je l'ai vaincu » - voilà, j'ai réussi, je l'ai terrassé. Et face à cela, « mes oppresseurs se réjouiront de mon chancellement » - les persécuteurs ligués contre moi exulteront si je m'effondre.
Quelle est la différence entre un ennemi (oyev) et un oppresseur (tsar) ? Le Malbim a éclairé ce point en plusieurs endroits : le tsar est celui qui opprime concrètement, sur le terrain, tandis que l'oyev nourrit une haine dans son cœur. L'ennemi garde son ressentiment enfoui : il ne se déplace pas nécessairement pour faire du tort, mais il désire en secret la ruine de son prochain. L'oppresseur, en revanche, mène une persécution active et lui rend la vie impossible. Et ici, David dit : viens et constate qu'Hachem m'a caché Sa face et que j'ai été livré à ceux qui m'oppriment, au point que même l'ennemi - qui d'ordinaire ne part pas en guerre concrètement mais garde sa haine dans son cœur - dira « je l'ai vaincu » : regarde, je n'ai même pas eu besoin de lutter contre lui, la seule haine de mon cœur a suffi à provoquer sa chute et mes vœux se sont réalisés. Quant à l'oppresseur, habitué au combat actif, « mes oppresseurs se réjouiront de mon chancellement » - lorsqu'ils verront que je me suis effondré tout seul par décret divin, leur joie sera immense. C'est pourquoi j'implore le Maître du monde : délivre-moi de mes ennemis et de mes oppresseurs, afin qu'ils ne s'imaginent pas m'avoir terrassé et qu'ils n'aient aucune raison de se réjouir de ma perte.
וַאֲנִי בְּחַסְדְּךָ בָטַחְתִּי יָגֵל לִבִּי בִּישׁוּעָתֶךָ אָשִׁירָה לַיהֹוָה כִּי גָמַל עָלָי׃ - Pour moi, j'ai placé ma confiance en Ta bonté ; que mon cœur exulte dans Ton salut ! Je chanterai en l'honneur d'Hachem, car Il m'a comblé de bienfaits.
Le Malbim explique - et il l'a également précisé à plusieurs reprises - la distinction entre guila (allégresse) et sim'ha (joie) : la sim'ha est une joie continue, sereine, tandis que la guila jaillit face à un événement inattendu, une nouveauté. On se réjouit lors d'une fête même si rien de nouveau n'est survenu ; en revanche, si l'on gagne à la loterie, on exulte (gal). Une émotion soudaine, une surprise, quelque chose qui saisit l'homme en un instant et lui donne un motif de joie spontanée : voilà ce qu'on appelle la guila.
Une difficulté semble alors surgir : « Pour moi, j'ai placé ma confiance en Ta bonté » - si tu as constamment eu confiance dans la bonté d'Hachem, pourquoi cette surprise ? Pourquoi « que mon cœur exulte dans Ton salut » ? Ce que l'on attend avec certitude ne procure pas une telle allégresse, tout comme on ne ressent pas une joie extraordinaire lorsque le bus arrive - puisqu'on l'attendait. Alors pourquoi en est-il ainsi ici ?
Le Malbim répond : au départ, « j'ai placé ma confiance en Ta bonté » - je pensais qu'Hachem déverserait Ses bienfaits sur moi et me sauverait par Sa seule bonté gratuite, car je ne suis pas digne et je n'ai aucun mérite ; seule la grâce d'Hachem me délivrera. Mais voyez ce qui s'est produit en fin de compte : « Je chanterai en l'honneur d'Hachem, car Il m'a rétribué (gamal alaï) ». Le terme gamal est une notion que le Malbim rappelle en plusieurs endroits, signifiant rendre la pareille - c'est-à-dire récompenser une personne pour une action passée. Il apparaît donc que lorsque Hachem a apporté la délivrance, ce ne fut pas seulement par pure grâce, mais « car Il m'a rétribué » : Hachem me considère digne de ce salut, à l'image d'un juste que l'on récompense pour ses mérites. C'est précisément là la source de cette allégresse nouvelle, de cette joie exceptionnelle : j'étais certain que Tu me sauverais par pure miséricorde sans que je le mérite, et voilà que je réalise que Tu me l'accordes en récompense - comme si le Saint béni soit-Il me disait : tu es un juste et tu le mérites. C'est là-dessus que « mon cœur exultera » - un jaillissement de joie sans précédent, et c'est pour cela que je veux chanter et louer Hachem, car c'est une réalité tout à fait nouvelle qui n'existait pas auparavant.
Concluons par un enseignement que le Radak rapporte du Midrach Chokher Tov : face à quatre cris correspondent quatre consolations. Nous avons rencontré « Jusqu'à quand » à quatre reprises, en écho aux quatre « Jusqu'à quand » prononcés par le Saint béni soit-Il. Le Midrach affirme qu'en vis-à-vis, il y a quatre consolations à la fin du psaume : « Pour moi, j'ai placé ma confiance en Ta bonté » correspond à Babylone, « que mon cœur exulte dans Ton salut » à la Médie, « je chanterai en l'honneur d'Hachem » à la Grèce, et « car Il m'a rétribué » à Édom. En d'autres termes, à la suite de nos quatre cris, Hachem déclare : tu t'es réveillé pour crier vers Moi - Je t'enverrai le salut dans ces quatre exils.