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Psaume 91 - Le cantique des fléaux (2e partie)

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Le psaume 91 des Téhilim est le « cantique des fléaux » - un psaume qui n'est que promesse de protection et de salut pour l'homme pieux qui s'abrite à l'ombre du Tout-Puissant. Dans cette partie, nous étudierons les derniers versets du psaume, depuis « Aucun malheur ne t'arrivera » jusqu'à « Je le rassasierai de longs jours », dans lesquels s'éclaire la distinction fondamentale entre la protection assurée par les anges et la protection directe du Saint, béni soit-Il.

« Aucun malheur ne t'arrivera » - Le mal lui-même refusera
לֹא־תְאֻנֶּה אֵלֶיךָ רָעָה וְנֶגַע לֹא־יִקְרַב בְּאׇהֳלֶךָ׃ (י) - Aucun malheur ne t'arrivera, et nul fléau n'approchera de ta tente.

Le terme « téouné » (תאונה) renvoie à l'idée d'accident ou de hasard, comme dans « mais que D.ieu l'ait fait tomber sous sa main » (והאלוקים אינה לידו), c'est-à-dire qu'aucun mal ne se présentera à toi fortuitement. Soit dit en passant, l'expression « tizdamen » (se présenter fortuitement / être disponible) provient de l'araméen ; la racine « zamin » n'existe pas dans le Tanakh. Dans la langue du Targoum, « prêt » se dit « zamin » : « Sois prêt pour le matin » est traduit par « hévi zamin letsafra ». De nos jours, c'est un mot courant, car une part importante de l'hébreu parlé provient de l'araméen, sans que beaucoup en aient conscience. D'où vient le mot « 'hiyoukh » (sourire) ? Pas de « parce que tu as ri », mais du Targoum : « 'hayékhet ». D'où vient « do'hak » (urgence, contrainte) ? De l'araméen : « Rabbi Chimon est digne que l'on s'appuie sur lui biche'at hade'hak (en cas de nécessité) ». De nombreux termes employés aujourd'hui dans le langage quotidien n'appartiennent nullement au Lachone Hakodech d'origine.

Le Malbim explique : « Aucun malheur ne t'arrivera » - si l'on cherche à t'infliger un mal, le malheur lui-même refusera de t'atteindre. Il en va de même pour les maux naturels, qui ne proviennent pas des hommes : « Et nul fléau n'approchera de ta tente » - même si une plaie sévit à proximité de ta tente, elle ne s'approchera pas de toi. C'est comme si le mal et le fléau refusaient d'eux-mêmes de te nuire.

Femme acariâtre, Guéhinnom, et « à toi » - par ton propre mérite

L'auteur du « Ketav Lé'haïm » commente ce verset à la lumière de l'enseignement de nos Sages selon lequel trois catégories de personnes ne voient pas les portes du Guéhinnom, parmi lesquelles celui qui a une mauvaise femme. Pourquoi ? Parce qu'il a déjà vécu son enfer ici-bas, et que l'on ne condamne pas un homme deux fois au Guéhinnom ; quiconque l'a traversé ici-bas n'y retourne pas en haut. (Ceux qui étudient le Daf Hayomi dans le traité Yévamot ont rencontré de nombreuses sentences de nos Sages au sujet de la femme acariâtre, et il a déjà été expliqué pourquoi l'on parle précisément d'une mauvaise femme et non d'un mauvais mari.) Nos Sages ont également dit : une mauvaise femme est comme la lèpre pour son mari ; quel est son remède ? Qu'il divorce et il guérira de sa lèpre. Elle est comparée à la lèpre parce qu'il est difficile de s'en défaire, avec cette nuance qu'il est impossible de se séparer de la lèpre, alors qu'ici le divorce reste possible - non qu'il s'agisse d'une recommandation, mais l'option existe.

Nos Sages enseignent également sur le verset « et le méchant pour le jour du malheur » qu'il n'y a de « malheur » que le Guéhinnom. Selon cela, « Aucun malheur ne t'arrivera » signifie : tu ne connaîtras pas le Guéhinnom. Or, on a vu la « recette » facile : prends une mauvaise femme, et tu seras dispensé du Guéhinnom ! C'est à ce propos qu'intervient la fin du verset : « Et nul fléau (néga) n'approchera de ta tente » - « ta tente », c'est ton épouse, comme dans « retournez à vos tentes », interprété comme désignant les épouses, et « néga » fait référence à la plaie de la lèpre. En d'autres termes : la promesse de salut face au Guéhinnom ne s'obtient pas au prix d'une femme assimilée à une plaie lépreuse. (Soit dit en passant, la guématria de « néga tsara'at » correspond très exactement à celle de « Chulamit Aloni ».) Bien au contraire : « Qui a trouvé une femme a trouvé le bien », et malgré tout, « aucun malheur ne t'arrivera ».

C'est pourquoi le verset précise : « Aucun malheur ne t'arrivera à toi » - c'est pour toi, par ton propre mérite que tu seras préservé du Guéhinnom, et non par un concours de circonstances extérieur. Cela rappelle ce que l'on dit un jour au Rav Elyashiv alors qu'il officiait comme sandak à la brit mila de son arrière-petit-fils, lui rappelant que celui qui a le privilège d'introduire dans l'alliance le fils de son petit-fils ne voit pas le Guéhinnom. Il leur répondit : « Toute ma vie, je travaille pour entrer au Gan Éden par la grande porte, non par des chemins détournés. Que me proposez-vous là, une voie de contournement ? » Assieds-toi, étudie la Torah, élève-toi dans la crainte du Ciel, et aie le mérite d'entrer au Gan Éden par la voie royale, et non par des portes dérobées.

« Car Il ordonnera à Ses anges » - Les Noms qui accompagnent en chemin
כִּי מַלְאָכָיו יְצַוֶּה־לָּךְ לִשְׁמׇרְךָ בְּכׇל־דְּרָכֶיךָ׃ (יא) - Car Il mandera pour toi Ses anges, pour te garder dans toutes tes voies.

Le Radak explique que « Il mandera pour toi Ses anges » (yetsavé lakh) signifie « en ta faveur », à l'instar de « dis de moi : il est mon frère » (imri li a'hi hou), qui signifie « pour moi ». Le Saint, béni soit-Il, donne l'ordre aux anges de te garder dans toutes tes voies, comme il est dit : « Voici, J'envoie un ange devant toi pour te garder en chemin ».

Il y a ici un magnifique enseignement déjà mentionné lors des cours sur la parashat Vayétsé. Rabbi 'Haïm de Volozhin soulève une question : « Vayétsé Yaakov mi-Béer Chéva vayélekh 'Haranah » (Jacob sortit de Beershéba et s'en alla vers Harân) - pourquoi le texte ne dit-il pas plus brièvement « Vayétsé Yaakov mi-Béer Chéva lékh 'Haran » ? Il rapporte que, d'après la tradition, lorsque Isaac bénit Jacob avant de l'envoyer chez Laban, ce qu'il bénissait d'en bas, le Saint, béni soit-Il, le bénissait d'en haut, et Rébecca le bénit également à son tour. Par quelles paroles l'a-t-elle béni ? Précisément par notre verset : « Car Il ordonnera à Ses anges pour toi de te garder dans toutes tes voies ». Pourquoi a-t-elle choisi ce verset-là plutôt que « Alors tu marcheras en sécurité sur ta route » ou d'autres versets exprimant la confiance en Dieu ? Parce qu'un profond mystère y est dissimulé.

Il est enseigné dans les saints ouvrages, et les Kabbalistes le rapportent également, qu'il existe un saint Nom accompagnant l'homme en chemin, formé des lettres Youd, Vav, Hé, Khaf (comme les initiales de Yom HaKippourim, avec un Khaf final). C'est un saint Nom que l'on trouve parfois tracé dans les ménorot du psaume « Lamnatséa'h ». Or, il est directement suggéré dans notre verset : ki se termine par Youd, malakhav par Vav, yetsavé par Hé, et lakh par Khaf. Les lettres finales de « Ki malakhav yetsavé lakh » forment Youd-Vav-Hé-Khaf : que cet ange t'accompagne sur la route ! C'est la raison pour laquelle Rébecca a précisément choisi ce verset.

On rapporte un comportement similaire du Gaon de Vilna : lorsqu'il prenait congé de quelqu'un qui partait en voyage, il s'en séparait toujours par une parole de Halakha, conformément à la recommandation de nos Sages d'achever une rencontre sur un enseignement halakhique. Le Rav Sofer remarquait avec humour : parfois, vous êtes plongé dans votre étude et quelqu'un vient vous importuner : « As-tu appris la nouvelle ? Le gouvernement est sur le point de tomber ! » - et l'on ne sait comment abréger l'échange. Dites-lui plutôt : « C'est providentiel que tu sois là, viens écouter cette admirable décision que je viens de trouver dans la Guémara... » Aussitôt, il se rappellera qu'il est pressé. Quiconque souhaite prendre congé d'un interlocuteur n'a qu'à énoncer une Halakha, à condition qu'il s'agisse d'une règle définitivement tranchée et non d'une discussion argumentative. Et quelle Halakha tranchée le Gaon de Vilna énonçait-il ? « Ya'hid vérabim Halakha kérabim » (Entre un avis isolé et une majorité, la loi suit la majorité). Pourquoi ce principe plutôt que « L'eau pour l'ablution finale est obligatoire », qui est tout autant une règle acquise ? Parce que ses initiales forment Youd, Vav, Hé, Khaf - le saint Nom qui protège le voyageur sur sa route.

Grâce à cela, explique Rabbi 'Haïm de Volozhin, s'éclaire merveilleusement la formulation « Vayétsé Yaakov mi-Béer Chéva vayélekh 'Haranah ». S'il avait été écrit « lékh 'Haran », nous nous serions passés des lettres Vav, Youd et Khaf du mot « vayélekh » (un simple Lamed aurait suffi pour exprimer le mouvement), ainsi que du Hé final de « 'Haranah ». La Torah a donc sciemment introduit ces quatre lettres - Youd, Vav, Hé, Khaf - pour faire savoir que c'est ce Nom divin qui veillait sur Jacob tout au long de sa marche.

Les saints livres précisent encore que tout homme qui se met en route est accompagné de deux anges ; c'est pourquoi le verset emploie le pluriel « Ses anges ». Le premier est lié au Nom Youd-Vav-Hé-Khaf, et le second au Nom formé des lettres Khaf-Lamed-Khaf. Où trouve-t-on trace de ce dernier ? Dans la formule talmudique « Kela'h lé-dérekh zo » (Prends cette direction) - signe que le guide sur la route correspond à Khaf-Lamed-Khaf. Dans notre verset, il est indiqué par les lettres finales de « Léchomorkha bekhol derakhèkha ». De même au début de l'expression : « Ki malakhav yetsavé lakh » - les initiales et lettres d'encadrement composent KaLaKh, tandis que les lettres finales forment Youd-Vav-Hé-Khaf. Ces deux Noms de protection sont ainsi intimement associés.

Ce principe éclaire aussi la tournure inhabituelle du texte biblique : « Jacob leva ses pieds et s'en alla vers la terre des enfants d'Orient » - pourquoi ne pas avoir dit simplement « et il partit » ? L'auteur du livre *'Hakel Tapou'hin* fait observer que les lettres finales de « raglav vayélekh artsah bénei » épellent les lettres Youd-Vav-Hé-Khaf, allusion limpide à l'ange qui l'escortait. C'est dans ce même esprit que le saint Ari enseigne dans *Cha'ar HaKavanot* que le voyageur qui prend la route doit réciter « Yochév besséter » et porter en intention le Nom Youd-Vav-Hé-Khaf issu de « Ki malakhav yetsavé lakh », tout comme le Nom Khaf-Lamed-Khaf extrait des mêmes termes, car ce sont eux qui assurent l'escorte sur les chemins.

Le traité *Kédouchat Naftali* relève une construction semblable dans le verset « Que Ta bonté, Éternel, repose sur nous, comme nous l'avons espéré de Toi » (Psaume 33, 22) : les lettres finales de « Yehí 'hasdekha Hachem alénou » rassemblent Youd, Khaf, Hé et Vav - les lettres de ce même Nom, bien que dans un ordre différent. De surcroît, dans les mots « Kachèr yi'halnou lakh », nous trouvons un Khaf au début, un Lamed au milieu et un Khaf à la fin, soit Khaf-Lamed-Khaf. Les deux anges protecteurs s'y trouvent à nouveau réunis. Enfin, dans le récit de la Genèse : « Vayétsé Yaakov » a pour initiales Vav et Youd, et « vayélekh 'Haranah » se termine par Khaf et Hé - ce qui compose à nouveau Youd-Vav-Hé-Khaf.

Le Ben Ich 'Haï ajoute que ces deux Noms réunis - Youd-Vav-Hé-Khaf (valeur 41) et Khaf-Lamed-Khaf (valeur 70) - atteignent ensemble la valeur numérique de 111, soit l'équivalent du nom de la première lettre « Aleph » (Aleph-Lamed-Pé = 1 + 30 + 80 = 111). C'est ce qu'exprime le Cantique des Cantiques : « Ton cou est semblable à la tour de David, édifiée pour servir d'arsenal ; mille (élef) boucliers y sont suspendus ». David avait un besoin vital de cette garde symbolisée par le mot « Élef » - ces deux anges protecteurs - car son règne fut marqué par des combats incessants.

« Sur les mains ils te porteront » - La protection des anges
עַל־כַּפַּיִם יִשָּׂאוּנְךָ פֶּן־תִּגֹּף בָּאֶבֶן רַגְלֶךָ׃ (יב) - Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre.

Le Malbim explique : ces anges auxquels le Saint, béni soit-Il, ordonne de te protéger dans toutes tes voies ne te laissent courir aucun danger ni approcher aucun piège - ils te portent sur leurs mains pour te soulever au-dessus de tout écueil. Le verbe « tigof » a le sens de heurter, de recevoir un coup, semblable à « nokéf ». C'est en ce sens précis que nos Sages ont formulé : « Nul homme ne se blesse au doigt ici-bas sans qu'un décret n'ait été promulgué d'en haut » ( 'Houlin 7b) ; il ne s'agit pas de l'usage moderne voulant qu'on ne remue pas le petit doigt, mais bien d'une blessure physique reçue à l'orteil ou au doigt. Le psaume l'affirme ici : « De peur que ton pied ne heurte une pierre » - afin que tu ne reçoives aucun choc, les anges te soutiennent sur la paume de leurs mains afin de te maintenir hors de portée de toute nuisance.

« Sur le lionceau et la vipère tu marcheras » - La protection personnelle du Saint, béni soit-Il
עַל־שַׁחַל וָפֶתֶן תִּדְרֹךְ תִּרְמֹס כְּפִיר וְתַנִּין׃ (יג) כִּי בִי חָשַׁק וַאֲפַלְּטֵהוּ אֲשַׂגְּבֵהוּ כִּי־יָדַע שְׁמִי׃ (יד) - « Tu marcheras sur le grand lion et sur la vipère, tu piétineras le jeune lion et le reptile. (13) Puisqu'il s'est attaché à Moi, Je le libérerai ; Je le mettrai hors d'atteinte, car il connaît Mon Nom. (14) »

Jusqu'ici, il s'agissait de la protection assurée par les anges, l'ange veillant à ce que ton pied ne heurte point de pierre. Mais le Saint, béni soit-Il, déclare : Je ne laisse pas ta protection entre les mains des anges. La garde des anges relève d'un ordre proche de la nature, tandis que Moi, Je veillerai sur toi par une protection supranaturelle. De quelle manière ? Tu ne seras point porté sur les paumes afin d'éviter d'approcher les forces nuisibles ; au contraire, tu marcheras sur la terre, directement sur ces créatures dangereuses, sans en subir le moindre dommage. Pour te sauver, l'ange est contraint de t'élever au-dessus d'elles ; quant à Moi, Je t'accorde une protection surnaturelle : « Tu marcheras sur le grand lion et sur la vipère » sans qu'ils ne te fassent de mal, et bien plus encore, « tu piétineras le jeune lion et le reptile », jusqu'à les anéantir.

Dans l'explication des termes, le Malbim souligne une nuance précise : quelle est la différence entre « marcher » (tidrokh) et « piétiner » (tirmos), et entre « lion adulte et vipère » (shakhal vafétèn) et « jeune lion et reptile » (kfir vetanin) ? Celui qui marche avance simplement au cours de sa progression habituelle ; celui qui piétine écrase et détruit ce qui se trouve sous ses pas. Le kfir est plus jeune que le shakhal, ce dernier étant le lion adulte et vigoureux ; et le tanin est plus petit que le pétèn, car tous deux sont des espèces de serpents, le pétèn étant le grand et le tanin le petit. C'est pourquoi sur le grand lion et sur la vipère, « tu marcheras » de tes pieds, tandis que sur le jeune lion et le petit reptile, « tu piétineras » véritablement. En écho à « tu marcheras », le verset dit : « Je le libérerai » (va’afaltéhou) - c'est-à-dire que Je le sauverai d'eux ; et en écho à « tu piétineras », Il dit : « Je le mettrai hors d'atteinte » (assagvéhou), ce qui représente un degré supérieur à la simple délivrance : tu l'emporteras sur eux avec une telle force que tu les écraseras, rendant ainsi le sauvetage d'autant plus éclatant.

Deux expressions sont mentionnées ici : « Puisqu'il s'est attaché à Moi » (ki vi khachak) et « car il connaît Mon Nom » (ki yada chemi). Le Malbim explique : le « désir passionné » (khéchek) s'applique à celui qui n'a pas encore atteint le but, qui n'en est qu'à l'aspiration ardente ; la « connaissance » (yéda) désigne déjà une union totale, comme dans : « Et Adam connut Ève, sa femme », ou encore : « Car Je l'ai connu afin qu'il ordonne ». Connaître une chose signifie s'y unir intimement. C'est pourquoi à « il s'est attaché à Moi » répond « Je le libérerai », tandis qu'à « Je le mettrai hors d'atteinte », qui correspond à un degré plus élevé, répond « car il connaît Mon Nom », puisqu'il s'est déjà lié de façon concrète au Nom d'Hachem.

Et en quoi consiste la connaissance de Son Nom ? Le Radak explique : la connaissance de Son Nom, béni soit-Il, réside dans la connaissance de Ses attributs, car le Nom ineffable composé de quatre lettres exprime l'amour de Dieu, béni soit-Il, et constitue la plus haute appréhension que l'homme puisse atteindre tant qu'il réside dans un corps de chair. Nous n'avons plus aujourd'hui d'accès direct à cette perception, mais nous voyons quelle sublime élévation recèle la connaissance du Nom du Créateur. De là procède également l'importance de connaître le Nom divin de quarante-deux lettres ainsi que les divers Noms du Créateur, transmis jadis de maître à disciple - leur dérivation et les allusions profondes qu'ils renferment. On mesure ainsi qu'il s'agit de mystères très élevés, témoins d'une immense proximité et d'une portée spirituelle majeure dans le service divin. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, déclare : cet homme est digne de toutes ces délivrances, car il aspire ardemment à Moi et s'est élevé jusqu'au niveau de la connaissance de Dieu.

« Il M'appellera et Je lui répondrai » - Pourquoi faut-il même qu'il y ait une détresse ?
יִקְרָאֵנִי וְאֶעֱנֵהוּ עִמּוֹ־אָנֹכִי בְצָרָה אֲחַלְּצֵהוּ וַאֲכַבְּדֵהוּ׃ (טו) - « Il M'appellera et Je lui répondrai, Je serai avec lui dans la détresse, Je le délivrerai et Je le glorifierai. (15) »

Le Radak commente : chaque fois qu'il M'appellera, Je lui répondrai. Et s'il se trouve confronté à un moment de détresse, qu'il ne craigne rien, car Je suis avec lui. « Je le délivrerai » - afin qu'aucun dommage ne l'atteigne ; « et Je le glorifierai » - en lui accordant grâce et considération aux yeux des hommes.

Et l'on trouve dans le Midrach : Rabbi Yéhochoua ben Lévi a enseigné au nom de Rabbi Pin’has ben Yaïr : pourquoi certaines personnes prient-elles en ce monde sans être exaucées ? Un Midrach explique que l'un prie avec ferveur tandis que l'autre prie sans intention véritable, et la prière de celui qui manque de ferveur n'est ni complète ni sincère. Mais ici, le Midrach apporte une autre explication : parce qu'ils ne connaissent pas le Nom ineffable (Shem HaMeforach). Dans les temps futurs en revanche, ce Nom leur sera révélé, comme il est dit : « C'est pourquoi Mon peuple connaîtra Mon Nom » - et à cette heure-là, dès qu'ils prieront, ils seront aussitôt exaucés. Nous ne connaissons pas le Nom ineffable, et même le Nom de quatre lettres mentionné par le Radak, nous ignorons comment le vocaliser ; aussi ne le prononçons-nous pas selon ses lettres, mais nous le lisons selon le terme d'Adonout (Adonaï). Il est d'ailleurs écrit qu'en ce monde, Je ne suis pas lu tel que Je suis écrit, mais dans le monde à venir, Je serai lu tel que Je suis écrit. C'est ainsi que cela se passait au Temple : le Cohen Gadol, le jour de Yom Kippour, prononçait le Nom divin selon son écriture pour bénir le peuple, et l'assemblée entendait ce Nom majestueux s'élever de la bouche du grand prêtre avec des modulations sacrées ; ils tombaient alors la face contre terre en s'exclamant : « Baroukh Chem Kévod Malkhouto Léolam Va'èd ». La connaissance de Son Nom et la mention de Son Nom, béni soit-Il, renfermaient une grandeur infinie ; si nous possédions une telle connaissance, nos prières seraient aussitôt agréées.

Et c'est sur ce point que le Malbim dévoile la profondeur du sujet : de prime abord, nous aurions préféré ne jamais nous trouver en situation de danger - que le Saint, béni soit-Il, nous porte dans les airs bien au-dessus de tous les serpents, scorpions et reptiles, plutôt que d'avoir à marcher sur eux et à les fouler aux pieds. Si la protection des anges consiste à nous élever au-dessus de l'épreuve, pourquoi une protection au cœur même de la détresse est-elle nécessaire ? À cela, le verset répond : « Il M'appellera et Je lui répondrai ». Si nous étions conduits selon le mode des anges qui nous transportent par-delà les malheurs, nous ne nous rendrions même pas compte qu'un péril nous menaçait, et nous ignorerions totalement avoir été sauvés - tout paraîtrait ordinaire.

C'est là le sens de la fameuse question posée à propos du psaume : « Louez l'Éternel, vous toutes les nations... car Sa bonté a prévalu sur nous » - pourquoi les nations devraient-elles louer Dieu pour Sa bienveillance manifestée envers nous ? En réalité, tu ne soupçonnes même pas à combien de calamités tu as échappé, quels plans redoutables se tramaient en coulisses - du Hezbollah, du Hamas, de l'Iran - et que le Saint, béni soit-Il, a déjoués avant même que tu n'en aies le moindre écho, avant même que le Shin Bet ne les intercepte ou que le Mossad n'en soit informé. Il a déjà fait en sorte que tel individu manipule sa propre bombe, causant un « accident de travail » qui l'a foudroyé sur-le-champ. Et qui en a conscience ? Seul le non-juif, qui sait combien il avait comploté et de quelle manière tout s'est effondré au dernier instant. Dès lors : « Louez l'Éternel, vous toutes les nations, célébrez-Le, tous les peuples ! » - car vous, vous mesurez véritablement à quel point Sa bonté a prévalu sur nous.

Le Saint, béni soit-Il, déclare : si toute la protection devait s'accomplir de cette manière cachée, nous ne saurions ni Le remercier ni Le louer, et nous serions privés de la proximité avec Dieu. C'est pourquoi « tu marcheras sur le grand lion et sur la vipère » - et de là naît « il M'appellera et Je lui répondrai » : pressé par le péril, l'homme s'épanche en prière devant Moi, et Je lui réponds : « Je suis avec lui dans la détresse » - Je veille sur toi. Dès lors, il ressent la providence divine et s'établit dans la proximité d'Hachem. Mais lorsque j'ignore qu'une tragédie m'a frôlé et ce dont j'ai été préservé, reposant paisiblement dans mon lit comme si tout allait de soi, je n'éprouve aucun besoin de rendre grâce à Dieu béni soit-Il. Si l'homme n'était jamais exposé au danger, il ne M'appellerait pas - or le Saint, béni soit-Il, désire passionnément ce lien vivant avec Lui.

À quoi cela ressemble-t-il ? À la fille d'un roi qui demandait : « Où est le roi ? » Que fit le roi ? Il suscita l'ennemi contre elle. Aussitôt, elle se mit à crier : « Père, père ! Le roi, le roi ! » Tout à coup, tu sais où il est, et tout à coup, tu l'appelles ! Il en fut de même lorsque les enfants d'Israël sortirent d'Égypte : ils ne reconnaissaient pas encore Sa divinité, béni soit-Il. Les Égyptiens survinrent et se lancèrent à leur poursuite - et aussitôt, ils crièrent vers le Saint, béni soit-Il. « Fais-moi entendre ta voix » - le Saint, béni soit-Il, désire entendre notre voix. Il ne cherche pas à nous infliger des épreuves, mais à préserver le lien avec nous. Et lorsqu'un homme entre dans un lieu de péril, il ressent concrètement qu'Hachem est avec lui ; sans cela, il attribuerait tout à la nature : « Certes, c'était un accident du travail, ce sont des choses qui arrivent ». Mais lorsque l'on voit comment le Saint, béni soit-Il, nous sauve de manière surnaturelle, alors même que l'on foule le lionceau et la vipère et que l'on piétine le jeune lion et le dragon - premièrement, on tisse un lien avec Hachem, on s'adresse à Lui et on implore Son aide ; et deuxièmement, on a le mérite d'être délivré, et à travers cette délivrance, on reconnaît Ses bontés et l'on accède à la proximité divine.

« Je le délivrerai et le glorifierai » - Un honneur visible de tous

Et par ce moyen s'accomplit : « Je le délivrerai et le glorifierai » - il acquiert aussi de l'honneur. Lorsqu'Hachem nous préserve de tout péril sans que cela ne soit visible, nous n'en tirons aucun prestige auprès des nations. En revanche, lorsqu'on nous voit affronter ces calamités et en sortir indemnes, la chose devient manifeste, et les nations la reconnaissent. Prenez par exemple l'époque du Coronavirus : combien de pays dans le monde ont déclaré vouloir adopter « le modèle israélien » ! Non pas que le gouvernement y fût pour grand-chose - tout vient de Lui, béni soit-Il - mais lorsque l'on traverse la même épreuve que le monde entier, et que l'on voit soudain ce petit pays parvenir, par la grâce divine, à surmonter ce qui fait des ravages ailleurs, on nous regarde soudain comme un modèle. C'est dans une telle situation que nous accédons à la gloire. C'est le sens de « Je le délivrerai » : non pas qu'il n'y ait pas eu d'adversité, elle était bien réelle, mais on en a été extirpé ; et c'est de là que découle « et Je le glorifierai », car tous constatent à quel point le Saint, béni soit-Il, accompagne les Siens.

Quand Merodakh Baladan, fils de Baladan, est-il venu rendre visite à Hizkiyahou ? Lorsque le Saint, béni soit-Il, fit reculer le soleil de dix degrés en sa faveur. Les gens se demandaient : qui est cet homme pour qui l'on fait reculer le soleil ? On leur répondit : il existe un homme nommé Hizkiyahou - et ils vinrent à sa rencontre. Ce n'est pas que l'armée de Sanhèriv ne soit pas venue ; elle était bien là, et elle fut anéantie aux portes de Jérusalem : le Saint, béni soit-Il, les emporta tous en un instant, puis fit reculer le soleil pour signifier à Hizkiyahou sa guérison. De là découle « et Je le glorifierai », car les nations vinrent découvrir qui était cet homme et pour qui le Saint, béni soit-Il, accomplissait de tels prodiges surnaturels. Or, si aucune détresse ne nous avait frappés dès le départ, rien n'aurait été perceptible. Et lorsque rien n'est visible : premièrement, nous ne reconnaissons pas les bontés d'Hachem et ne Lui rendons pas grâce ; deuxièmement, nous perdons la proximité divine, car nous ne crions pas vers Lui quand tout suit son cours ; et troisièmement, il n'y a pas de « Je le glorifierai », nous ne jouissons d'aucun prestige auprès des nations qui constateraient la proximité du Saint, béni soit-Il, avec Son peuple.

« Je le rassasierai de longs jours »
אֹרֶךְ יָמִים אַשְׂבִּיעֵהוּ וְאַרְאֵהוּ בִּישׁוּעָתִי׃ (טז) - Je le rassasierai de longs jours, et Je lui ferai contempler Mon salut.

Puisque le Saint, béni soit-Il, nous envoie l'épreuve par providence pour nous en délivrer ensuite par le biais de « Il M'appellera et Je lui répondrai » - nous L'implorons et Il nous exauce -, nous mériterons la promesse : « Je le rassasierai de longs jours, et Je lui ferai contempler Mon salut ». Le Malbim explique : « De longs jours », à l'instar de ce que nous trouvons chez Iyov, qui mérita une longue vie précisément à travers les souffrances. Et « Je lui ferai contempler Mon salut » signifie qu'il verra une délivrance guidée par la providence divine, Mon salut à Moi et non le secours des anges : non pas que l'ange te soulève au-dessus du reptile et de la vipère, mais que tu parviennes au contact même de ces dangers, que tu les foules et les piétines, et que malgré tout, tu en sortes indemne et victorieux.

Le Radak propose quant à lui plusieurs explications : il est possible que la formule « de longs jours » se rapporte à ce monde-ci, et « Je lui ferai contempler Mon salut » au monde futur, où son âme connaîtra le salut en présence d'Hachem, béni soit-Il. Il est également possible que ces deux expressions désignent le monde futur - longévité et salut dans les temps à venir. Une autre possibilité est que ce salut fasse référence à l'ère messianique, où le Saint, béni soit-Il, délivrera Israël de l'exil et ressuscitera les morts ; telle est la délivrance accordée à celui qui fait du Très-Haut son refuge, qui place sa confiance en Hachem, béni soit-Il, et vit en communion avec Lui, sans se limiter aux seules réalités de ce bas monde.

Et le Radak de conclure : remarque et comprends bien que l'ensemble de ce psaume constitue une promesse faite à l'homme pieux, et qu'il ne traite que du sauvetage de ceux qui sont exposés au danger - tout le psaume parle d'être délivré des périls. C'est pourquoi nos Sages, dans le traité Chevou'ot (page 15), l'ont qualifié de « cantique contre les fléaux » (Chir chel Pega'im). C'est là un grand secret pour les initiés : par la récitation de ce psaume, « Yochev besseter Élyone », on est préservé de tous les esprits nuisibles et de tous les mauvais fléaux.

En conclusion :

La fin du chapitre 91 nous enseigne deux degrés de protection : la protection accordée par les anges, qui portent l'homme sur leurs mains et l'écartent de l'obstacle - une sauvegarde proche de l'ordre naturel ; et la protection conférée par le Saint, béni soit-Il en personne, qui amène l'homme au cœur même du danger, afin qu'il foule le lionceau et la vipère, piétine le jeune lion et le dragon, et s'en sorte sain et sauf. Et pourquoi en est-il ainsi ? Parce que c'est précisément de cette manière que s'accomplit : « Il M'appellera et Je lui répondrai » - l'homme appelle, prie, ressent « Je suis avec lui dans la détresse », reconnaît les bienfaits d'Hachem, s'élève vers la proximité divine et acquiert même du prestige aux yeux des nations qui constatent comment le Saint, béni soit-Il, accompagne Son peuple. Et celui qui s'attache à Hachem d'un amour sincère et parvient à la connaissance de Son Nom mérite la promesse : « Je le rassasierai de longs jours, et Je lui ferai contempler Mon salut » - Son salut à Lui, béni soit-Il, et non celui des anges. C'est sur ces paroles que s'achève l'étude du psaume 91 des Tehillim.