Introduction : Providence naturelle et providence surnaturelle
Dans ce chapitre 89, nous arrivons au passage où le psalmiste passe de la providence générale exercée par le Saint, béni soit-Il, sur Son monde, à la providence particulière et unique par laquelle Il conduit le peuple d'Israël. À travers tous les versets qui s'ouvrent à nous, deux dimensions fondamentales se dessinent : d'une part, la conduite selon le jugement et la fidélité (la vérité), qui rétribue l'homme selon ses actes et sa préparation personnelle ; d'autre part, la conduite de bienveillance et de générosité, par laquelle le Saint, béni soit-Il, accorde Ses bienfaits bien au-delà du strict mérite, sans considérer l'état du récipiendaire. Ces deux facettes constituent la clé de voûte de toute l'explication du Malbim ici.
« En Ton Nom ils exultent tout le jour » - L'exultation au cœur de la nature
בְּשִׁמְךָ יְגִילוּן כׇּל הַיּוֹם וּבְצִדְקָתְךָ יָרוּמוּ׃ - En Ton Nom ils exultent tout le jour, et par Ta justice ils s'élèvent.
Le Radak explique : lorsqu'ils mentionnent Ton Nom et sont secourus par Lui - à l'image de ceux qui « connaissent la Terou'a », qui savent sonner et portent en eux la clameur royale, et qu'Hachem les délivre - ils exultent en Ton Nom tout au long du jour, parce que Tu les sauves et que Tu es venu à leur aide.
Le Malbim apporte une précision linguistique remarquable. Le « Nom » de Dieu désigne toujours l'ordre naturel et constant du monde, comme il est dit : « Hachem, Ton Nom est à jamais ; Hachem, Ton souvenir s'étend de génération en génération ». Le « Nom » renvoie à la constance des lois de la nature, tandis que le « souvenir » évoque les interventions ponctuelles par lesquelles on se rappelle de Lui : lorsqu'Il arrête le soleil ou la lune, un tel acte marque les esprits et laisse un souvenir impérissable. « Ton Nom » incarne la providence régulière ; « Ton souvenir », le miracle ponctuel.
D'où une difficulté : le verset emploie le terme « yaguiloun » (ils exultent), or la tradition hébraïque distingue nettement la « Guila » (l'exultation) de la « Sim'ha » (la joie). La Sim'ha est une joie continue, sereine et installée, alors que la Guila jaillit face à un renouveau inattendu. Un homme qui gagne à la loterie n'éprouve pas seulement de la joie, mais une vive allégresse (Guila), car un bouleversement inédit vient de survenir. À la naissance d'un enfant, on est rempli de Guila. En revanche, pour la vie ordinaire, on dira simplement d'une personne qu'elle est heureuse et sereine dans sa part : c'est une Sim'ha constante. Dès lors, si « Ton Nom » renvoie à l'ordre naturel immuable, le texte aurait dû dire « Yismé'hou kol hayom » (ils se réjouiront tout le jour), la Guila semblant réservée aux interventions miraculeuses !
C'est ici que le Malbim dévoile un principe fondamental. On ne saurait affirmer d'un homme qu'il est en état d'exultation constante du simple fait qu'il possède deux mains, deux yeux et une santé solide : cela relève de l'ordre naturel. Certes, il lui incombe de s'en réjouir et d'en rendre grâce à Dieu, mais concrètement, nul ne ressent d'allégresse débordante pour ce qu'il possède déjà depuis trente, quarante ou cinquante ans, et qui est le partage de la majorité des hommes, les exceptions étant rares. Cela relève du domaine de la Sim'ha, qui est continue, tandis que la Guila jaillit devant un miracle spontané. Cependant, cette distinction n'est vraie que pour le cours ordinaire du monde. Dans la relation singulière qui unit Dieu à Israël, le fonctionnement naturel lui-même devient une source permanente d'exultation.
À quoi cela ressemble-t-il ? À un père attentif à son fils, veillant sur lui à chaque instant d'un regard protecteur : dès qu'un besoin se présente, il y pourvoit aussitôt, subvient à ses demandes et l'entoure de soins. L'enfant est rempli d'une joie vive à chaque instant, non pas parce qu'il aurait reçu quelque chose d'extraordinaire, mais parce qu'il sait que son père ne veille pas sur tous les autres enfants avec une telle sollicitude ; c'est sur lui, personnellement, que repose cette bienveillance continuelle. Même si ce qu'il reçoit ne dépasse pas le strict nécessaire quotidien, la providence intime et constante en elle-même constitue le privilège suprême, éveillant en lui une véritable allégresse.
Voilà pourquoi il est dit : « En Ton Nom ils exultent tout le jour ». Au sein même de notre quotidien le plus naturel, nous éprouvons une allégresse renouvelée à chaque instant. Cela diffère profondément de l'allégresse liée au prodige, car le miracle n'intervient pas « tout le jour », n'étant qu'épisodique. La providence naturelle, elle, se manifeste à chaque souffle du quotidien - et malgré tout « ils exultent », conscients qu'Hachem veille sur chacun d'une manière absolument personnelle.
Et face à la providence miraculeuse, lorsque Dieu nous conduit de manière surnaturelle, le verset ajoute : « et par Ta justice ils s'élèvent ». La notion de Tsedaka rejoint celle du Hessed (la grâce), et « Ta justice » - rapportée directement à Hachem - désigne ce que Dieu prodigue selon la réceptivité de l'homme : lorsque l'homme s'y est préparé, Hachem déverse sur lui Sa grâce avec largesse. Elle se distingue du strict jugement, qui régit le quotidien régulier ; la Tsedaka divine est sans bornes, à l'image de l'Infini. C'est pourquoi « par Ta justice ils s'élèvent », redressant la tête à chaque instant, exaltés par cette bonté qui transcende les lois de la nature, manifestant ainsi leur grandeur au-dessus de toute la création.
« Car Tu es la parure de leur force » - Trouver sa fierté même dans la nature
כִּי תִפְאֶרֶת עֻזָּמוֹ אָתָּה וּבִרְצוֹנְךָ תָּרוּם קַרְנֵינוּ׃ - Car Tu es la parure de leur force, et par Ta bienveillance s'élève notre corne.
Le Radak explique : dans le passé, Tu étais la parure de leur force - toute la force provenait de Toi, et ils triomphaient des nations grâce à Ta puissance, et par là « s'élève notre corne ». Bien qu'il soit écrit « tarim » (Tu élèveras), on lit « taroum » (s'élèvera), et c'est une formule parallèle : Tu élevais notre corne, et par cela même, notre corne s'élevait en Hachem.
Quant au mot « karnénou » : dans certaines versions des Téhilim, il est écrit « karnénou » avec un youd [au pluriel], et dans d'autres sans youd [au singulier], et dans notre texte, il figure sans youd. Le Radak précise que lorsqu'il est écrit avec un youd, cela ne désigne pas deux cornes physiques, car l'expression « keren » (corne) s'emploie toujours au singulier - « Par Toi nous heurterons nos ennemis », « s'élève notre corne », « et sa corne s'élèvera par Ton salut » - à l'image de la corne avec laquelle l'animal heurte ses adversaires. La forme plurielle renvoie en réalité à chaque corne en particulier, c'est-à-dire à chacun des rois d'Israël : chaque corne sera rehaussée, Toi, Hachem, Tu l'élèveras face aux ennemis. Et ailleurs, l'Écriture emploie l'expression « car la peau de son visage rayonnait [karan] » - deux faisceaux lumineux émanant de lui semblables à deux cornes, ainsi que dans « Il a élevé la corne de Son peuple ».
Le Malbim explique qu'ici le texte explicite ce qui a été énoncé précédemment : « En Ton Nom ils exultent tout le jour ». Et pour quelle raison exultent-ils donc au sein de la conduite naturelle ? « Car Tu es la parure de leur force ». La force désigne toujours la puissance naturelle, or on ne tire pas gloire d'une disposition naturelle - car nul ne se vante de ce qui est partagé par tous. Certes, certains vaniteux se glorifient même de ce qui est commun, mais d'ordinaire, l'homme ne s'enorgueillit que de ce qui lui est singulier. J'ai une main : qui n'en a pas ? Autrui en possède également, et même deux ! Dès lors, il n'y a pas lieu de se parer d'une force purement naturelle, et a fortiori l'exultation (guila) n'y trouve pas sa place, car l'exultation naît du renouveau.
Cependant, chez Israël, on tire fierté même du domaine naturel, car il provient d'une providence particulière : leur force vient d'Hachem, et cette réalité même atteste que nous sommes un peuple d'élite et une nation sainte. C'est là toute la splendeur, et c'est pourquoi ils en exultent tout le jour. Ce qui, pour les nations du monde, ne suscite pas d'exultation mais tout au plus une simple joie, parce qu'il s'agit d'un phénomène ordinaire et constant, révèle chez nous, par la providence particulière, notre grandeur singulière. Par conséquent, même dans le cadre naturel par lequel Hachem nous dirige, Israël possède une prééminence sur toutes les nations et une raison légitime de fierté, jusque dans la force naturelle. Et il ne s'agit pas d'une joie ordinaire mais d'une allégresse singulière, car « Il n'a point agi ainsi pour toutes les nations », mais uniquement pour le peuple d'Israël.
Le témoignage de l'existence éternelle d'Israël
Il suffit d'observer l'existence perpétuelle et éternelle du peuple d'Israël, comme l'écrit le Yaavetz : « Par ma vie ! Ce prodige est plus grand à mes yeux que tous les miracles de la sortie d'Égypte ». Le Yaavetz déclare : laissez tout de côté, ouvrez un livre d'histoire et expliquez-moi historiquement comment il est possible que ce peuple subsiste depuis trois mille trois cents ans. C'est pourtant le peuple le plus persécuté de toute l'histoire ; il n'est point de souverain qui ne se soit fait un devoir de l'anéantir et de le traquer - massacres, autodafés, inquisitions, pogroms et Shoah, qu'avons-nous épargné ? Et pourtant, ce peuple est toujours debout. Voilà la preuve manifeste que notre survie naturelle, tenue pour acquise chez n'importe quelle nation, relève chez nous du pur miracle, où l'on discerne la main d'Hachem qui veille sur nous. Dès lors, il convient véritablement d'en exulter tout le jour.
Et en écho aux termes « et par Ta justice ils s'élèvent », qui renvoient à la conduite de bienveillance et au domaine surnaturel, la fin du verset affirme : « par Ta bienveillance s'élève notre corne ». La justice divine par laquelle Hachem accomplit des prodiges émane de Sa divinité même - « par Ta bienveillance », en ce sens que le Saint, béni soit-Il, prodigue Sa grâce et Sa justice sans scruter les mérites de celui qui reçoit, qu'il en soit digne ou non. C'est une bonté qui dépend uniquement de la volonté du Créateur, béni soit-Il, et non d'une exigence de rigueur ou de droit qui imposerait un dû. Selon Son bon vouloir, bien que rien ne soit mérité - et c'est par ce vouloir divin que notre corne s'élève, car le Saint, béni soit-Il, déverse sur nous des bienfaits bien au-delà de ce que la nature exigerait, opérant des miracles pour nous même lorsque notre conduite ne le justifie pas.
« Car à Hachem appartient notre bouclier » - Le bouclier dans la nature et le Roi au-dessus de la nature
כִּי לַה' מָגִנֵּנוּ וְלִקְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל מַלְכֵּנוּ׃ - Car à Hachem appartient notre bouclier, et au Saint d'Israël notre Roi.
Le Radak, selon sa démarche habituelle, y discerne l'expression d'une même idée en deux formulations distinctes : « notre bouclier » équivaut à « notre roi » ; Hachem est le protecteur et Hachem est le Souverain, et c'est par cette force que le roi David triomphait de ses ennemis.
Le Malbim précise qu'ici le psalmiste revient aux deux modes de direction divine précédemment développés : la conduite selon la nature et la conduite spirituelle qui dépasse l'ordre naturel. Vis-à-vis de la providence naturelle : « Car à Hachem appartient notre bouclier » ; et vis-à-vis de la providence miraculeuse et surnaturelle : « et au Saint d'Israël notre Roi ».
C'est un principe fondamental déjà expliqué à plusieurs reprises : il y a une différence entre la mention du Nom divin seul et sa mention en lien avec Israël. Le Nom divin seul indique qu'Hachem fait exister le monde, le maintient et régit la réalité générale, sans relation particulière avec le peuple d'Israël. Mais lorsque le Nom est associé à nous - le D.ieu d'Israël, le Puissant d'Israël, le Saint d'Israël -, cela renvoie à la providence particulière qui nous est propre, aux miracles et au lien singulier que le Saint, béni soit-Il, entretient avec nous, accomplissant alors en notre faveur des actes qui dépassent l'ordre de la nature. Et lorsqu'Il est appelé « le Saint d'Israël », cela exprime le lien d'Hachem avec nous suscité par nos bonnes actions, par notre sainteté, notre grandeur et les actes par lesquels nous nous sanctifions.
Dès lors, face à la providence naturelle se trouve « notre bouclier » : Hachem nous protège selon les voies de la nature, et c'est le sens de « Car à Hachem appartient notre bouclier », du point de vue de la direction générale du monde. Et face aux miracles surnaturels, il est dit : « et au Saint d'Israël notre roi », ce qui désigne la royauté de la maison de David, la providence particulière et les miracles exceptionnels qu'Hachem accomplit pour nous. Ici, le Saint, béni soit-Il, est un Roi qui nous est exclusivement propre, en raison de nos actes spécifiques : par la force de nos actions, la providence s'élève, pour ainsi dire, devient plus spirituelle, et devient une providence protectrice contre tout mal par une voie miraculeuse et surnaturelle. Et à partir d'ici, explique le Malbim, le texte va détailler « et au Saint d'Israël notre roi » : comment le Saint, béni soit-Il, nous a choisi un roi d'exception, par l'entremise duquel Il guide le peuple d'Israël dans une réalité surnaturelle.
« Alors Tu as parlé en vision à Tes fidèles » - L'élection de David
אָז דִּבַּרְתָּ בְחָזוֹן לַחֲסִידֶיךָ וַתֹּאמֶר שִׁוִּיתִי עֵזֶר עַל גִּבּוֹר הֲרִימוֹתִי בָחוּר מֵעָם׃ - Alors Tu as parlé en vision à Tes fidèles, et Tu as dit : J'ai prêté secours à un héros, J'ai élevé un élu d'entre le peuple.
Le Radak explique que « Tes fidèles » désigne le prophète Samuel : le Saint, béni soit-Il, a dit à Samuel « J'ai prêté secours à un héros » - Je Me suis soucié de donner au peuple d'Israël quelqu'un pour les secourir et les soutenir, à savoir le roi vaillant que Je t'envoie oindre, ainsi qu'il est dit : « Je t'envoie chez Isaïe le Bethléémite, car J'ai vu parmi ses fils un roi pour Moi ». Et « J'ai élevé un élu d'entre le peuple » : « bahour » (élu) a ici le sens de celui qui est choisi, l'homme d'élite de tout Israël, qu'Hachem a élevé au-dessus du peuple pour régner. Rachi commente qu'il s'agit du prophète Nathan et de Gad le voyant, et telle est également l'opinion du Malbim : le verset fait référence au prophète Nathan, à qui fut adressée la prophétie concernant David.
Le Malbim explique que le texte vient détailler comment le Saint, béni soit-Il, lui a accordé par avance la bonté (Hessed) et la vérité fidèle (Émouna) de façon personnelle, chez David lui-même. L'Émouna, c'est la vérité - ce qui revient de droit selon ses actes ; tandis que le Hessed est une effusion qui dépasse le strict mérite, indépendamment de la préparation de celui qui la reçoit.
En regard de l'Émouna, il est dit : « J'ai prêté secours à un héros » (Chiviti ézer al guibor). Le terme « chiviti » évoque toujours un don proportionné à la juste valeur (« chévé »), bien qu'il signifie ici poser sur lui, comme dans « Tu poses sur lui éclat et majesté » ou dans « J'ai placé (chiviti) Hachem constamment devant moi ». Pourquoi employer précisément ce terme ? Pour t'enseigner que l'aide a été octroyée selon son mérite, à sa juste mesure - parce qu'il en était digne et qu'il s'y était préparé. « Héros » (guibor) renvoie à la vaillance de celui qui domine son mauvais penchant ; le roi David était un homme d'un niveau spirituel immense, un saint serviteur d'Hachem, et puisqu'il avait forgé cette vaillance, J'ai placé sur lui le secours. C'est l'aspect de la vérité, de ce qui revient selon le mérite. Et en regard du Hessed, il est dit : « J'ai élevé un élu d'entre le peuple » - parce que Je l'ai choisi, par pure bonté envers lui : Je l'ai exalté, c'est un acte qui M'appartient.
« J'ai trouvé David Mon serviteur » - Au plan matériel et spirituel
מָצָאתִי דָּוִד עַבְדִּי בְּשֶׁמֶן קׇדְשִׁי מְשַׁחְתִּיו׃ - J'ai trouvé David Mon serviteur, Je l'ai oint de Mon huile sainte.
Le Radak explique : Je sais qu'il est Mon serviteur et Je n'en trouverai point de semblable - un serviteur tel que David, quatrième pied du Char céleste, Je n'en trouverai point. Et Je l'ai oint de l'huile d'onction, qui est « Mon huile sainte ».
Nos Sages enseignent : « J'ai trouvé David Mon serviteur » - et où l'ai-Je trouvé ? À Sodome. C'est-à-dire que là-bas, à Sodome, de l'acte des filles de Loth, est née finalement la lignée d'où provint Ruth la Moabite, grâce à laquelle est né ensuite le roi David. Tel est le midrach de nos Sages, mais nous poursuivrons selon le sens littéral des versets et leur enchaînement.
Le Malbim explique : en regard de l'Émouna, qui correspond à la vérité - ce qui revient selon sa propre préparation -, il est dit « J'ai trouvé David Mon serviteur » : Je l'ai trouvé digne et prêt pour cette charge, lui qui est un serviteur soumettant tous ses désirs au Créateur ; cela lui revient donc de droit, en raison de sa propre préparation. Et en regard du Hessed supérieur, il est dit « Je l'ai oint de Mon huile sainte » : J'ai répandu sur lui d'en haut une huile de sainteté, sans considération de ses actes en eux-mêmes, ce qui relève de la dimension de la bonté - une effusion, pour ainsi dire, de Ma propre sainteté par le biais de l'onction.
Le Malbim soulève une difficulté : les versets précédents ont déjà mentionné ces deux sortes de réussites, celle issue du choix divin et celle issue de ses bonnes actions ; pourquoi alors cette répétition ? En réalité, il s'agissait auparavant des réussites temporelles - la vaillance de David et ses victoires sur les ennemis - et là aussi se trouvaient la vérité et la bienveillance (Hessed). Ici, il est question des réussites spirituelles, qui comportent elles aussi ces deux aspects : « David, Mon serviteur » - par lui-même, parce qu'il sert Hachem, c'est son mérite spirituel du côté de la vérité ; « Je l'ai oint de Mon huile sainte » - une effusion spirituelle issue de la bienveillance. Tant dans le domaine matériel que spirituel, il y a ce qui revient à l'homme selon la vérité, et ce qu'Hachem lui octroie au-delà de cela, par pure bonté.
« Ma main » et « Mon bras » - deux degrés d'influence
אֲשֶׁר יָדִי תִּכּוֹן עִמּוֹ אַף זְרוֹעִי תְאַמְּצֶנּוּ׃ - Avec qui Ma main sera affermie, et que Mon bras aussi fortifiera.
Le Radak explique : Ma main est disposée à ses côtés pour l'aider, et il n'a pas besoin d'expliquer « Mon bras » séparément, car selon sa méthode, il s'agit d'une répétition stylistique de la même idée en termes différents. Mais selon l'approche du Malbim, il n'y a jamais de redondance inutile dans les Écritures, et nous devons comprendre quelle différence existe entre « Ma main » (yadi) et « Mon bras » (zero'i), ainsi qu'entre « sera affermie avec lui » (tikon imo) et « le fortifiera » (te'amtzenou).
Face à la fidélité, qui est la vérité - ce qui revient à l'homme selon la mesure où il s'est préparé -, il est dit « Ma main sera affermie avec lui » : dans la mesure où il s'est lui-même préparé, Je serai pour lui un secours et un soutien, comme si Ma main lui prêtait assistance. Et quand aide-t-on autrui ? Lorsque celui-ci agit et s'investit lui-même, et que l'aide vient s'y associer. L'initiative doit venir de lui, et alors « Ma main sera affermie avec lui » : fais ta part et Je t'aiderai, Je te prêterai main-forte et mènerai la chose à terme selon ta préparation.
Et face au Hessed, qui est une effusion dépassant largement les actes humains, il est dit « et Mon bras aussi le fortifiera ». Il a déjà été expliqué à plusieurs reprises la différence entre la main (yad) et le bras (zeroa) : la main correspond à la partie inférieure, là où l'on saisit les objets ; le bras est la partie supérieure. Toute influence divine accordée selon les actions d'ici-bas, selon les actes des hommes en ce monde, est désignée par le terme de « main », car la main est l'organe inférieur qui agit ici, et elle dispense son abondance en fonction de votre conduite et de vos bonnes actions.
Le bras, en revanche, exprime la partie supérieure, qui est toujours le symbole de la cause première dispensatrice. Si la main est l'instrument inférieur qui agit, le bras est ce qui la met en mouvement. Remarquez bien : un homme tourne sa main, remue ses doigts, ferme et ouvre la paume, sans qu'aucun mouvement ne soit visible dans le bras. Mais lorsque nous examinons d'où proviennent tous ces mouvements, nous constatons que tout provient des muscles du bras ; celui qui accomplit l'action sent comment il active les muscles de son bras, et même s'il ne le ressent pas, nous savons tous que tout est rattaché au bras et que c'est de là que jaillit la force. Le bras fait donc allusion à la cause première, à l'effusion spirituelle suprême qui s'exerce indépendamment des actions d'en bas : la main est le résultat concret, et le bras est la cause, le principe spirituel élevé qui anime les actions terrestres.
C'est pourquoi, en ce qui concerne ce qui lui sera accordé en fonction de ses actes, il est dit « Ma main », la partie inférieure ; et en ce qui concerne le choix que le Saint, béni soit-Il, a porté sur David en le fortifiant de Sa propre initiative, sans considérer s'il en est digne ou non, il est dit « et Mon bras aussi le fortifiera » - la dimension des miracles et des influences célestes venues d'En haut. C'est précisément pour cela qu'est employée l'expression « le fortifiera », car Il l'étreint de Son bras sans même regarder s'il est irréprochable ou non, et telle est l'influence du Hessed : un don sans considération des mérites du receveur.
En conclusion : les versets qui nous occupent dévoilent les deux dimensions de providence par lesquelles le peuple d'Israël est conduit. « En Ton nom ils se réjouiront tout le jour » - la providence naturelle, qui chez les autres créatures n'est qu'une source de joie ordinaire, mais qui pour nous est la source d'une allégresse sans cesse renouvelée à chaque instant, car il s'agit d'une providence particulière et intime, comme un père veillant sur son fils unique ; « et par Ta justice ils s'élèveront » - la conduite supranaturelle, le Hessed illimité par lequel nous nous élevons au-dessus de toutes les créatures. « Car Tu es la gloire de leur force » - même dans la force naturelle, nous avons de quoi nous glorifier, selon le témoignage du Ya'avetz sur l'existence éternelle même du peuple d'Israël, qui est un prodige plus éclatant encore que les miracles d'Égypte. « Car à Hachem est notre bouclier » face à la nature, « et au Saint d'Israël notre roi » face aux miracles et à la royauté de la maison de David. Et dans le choix de David lui-même se retrouvent ces deux dimensions : « J'ai accordé du secours à un héros », « J'ai trouvé David Mon serviteur » et « Ma main sera affermie avec lui » - du côté de la vérité et de sa propre préparation ; « J'ai élevé un jeune homme d'entre le peuple », « Je l'ai oint de Mon huile sainte » et « et Mon bras aussi le fortifiera » - du côté du Hessed suprême, octroyé sans calculer si le destinataire en est digne.