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Psaume 89 - Première partie - L'alliance d'Hachem avec David - Deuxième partie

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Introduction : Deux conduites dans le monde du Saint béni soit-Il

Dans cette partie du chapitre, le psalmiste poursuit la ligne directrice amorcée au début du psaume : le Malbim explique tout au long du chapitre qu'il existe deux modes de providence par lesquels le Saint béni soit-Il gouverne Son monde. Il y a une conduite miraculeuse, spirituelle et surnaturelle, opérée par l'intermédiaire des anges et des intelligences séparées, et il y a une conduite matérielle et constante - l'ordre de la nature - dirigée par les armées célestes. Dans les versets qui suivent, le psalmiste nous montre que ces deux conduites émanent ensemble d'Hachem, et que rien ne s'accomplit sans Lui.

Ni commune mesure ni ressemblance : les cieux supérieurs et les cieux
כִּי מִי בַשַּׁחַק יַעֲרֹךְ לַיהֹוָה יִדְמֶה לַיהֹוָה בִּבְנֵי אֵלִים׃ - Car qui, dans les cieux supérieurs, peut être comparé à Hachem ? Qui est semblable à Hachem parmi les fils des puissants ?

Eux - les cieux et leur armée - reconnaissent et proclament devant Hachem béni soit-Il : qui, dans les cieux supérieurs, peut égaler Hachem ? C'est-à-dire : qui, dans les hauteurs célestes, peut être mis en parallèle ou comparé au Saint béni soit-Il ? Comme il est dit : « Et quelle ressemblance Lui attribueriez-vous ? » Le Radak explique qu'ils reconnaissent qu'il n'y a dans toute l'armée céleste rien qui possède une commune mesure ou une ressemblance avec Hachem béni soit-Il. Les « fils des puissants » (Bné Élim) désignent l'armée des cieux ; les anges sont appelés « élim » non pas au sens idolâtre que leur prêteraient les nations, mais au sens d'entités douées de puissance. Et si les anges sont ces « puissants », toutes les armées célestes sont considérées comme leurs enfants, et leur mouvement, leur rotation et leur trajectoire se font selon leur règle, conformément à la conduite des anges. Dès lors, comment pourrait-on comparer quoi que ce soit à Hachem béni soit-Il ?

Le Malbim analyse avec précision les deux expressions du verset : « Ya’arokh » (avoir une commune mesure, égaler) et « Yidmé » (ressembler). Les choses se ressemblent par les accidents ou circonstances qui leur adviennent, mais elles sont mises en parallèle (valeur, « Érekh ») selon leur valeur intrinsèque et leur essence. Le terme « Érekh » relève de l'estimation, comme dans « le Cohen l'estimera » - il faut évaluer la valeur de la personne pour déterminer ce qu'elle versera au Sanctuaire, et c'est là tout le sujet du traité Arakhin, où l'on évalue son équivalent pour dire « mon estimation m'incombe ». La ressemblance (« Dimyon »), en revanche, se rapporte aux accidents extérieurs : ce qui arrive à l'un ressemble à ce qui arrive à l'autre.

Le terme « Chakhak » désigne le domaine des anges et des intelligences séparées, un niveau plus élevé que les cieux visibles, d'où proviennent les merveilles et les prodiges. Les « cieux » représentent la source de la nature - le soleil, la lune et les étoiles - et les « fils des puissants » sont les forces de la nature, ainsi appelées car elles sont comme des fils qui reçoivent l'influence d'Hachem béni soit-Il. Dans le Chakhak, explique le Malbim, il existe une certaine ressemblance avec Hachem - une ressemblance dans quelques-unes de leurs actions, car les actions issues des cieux supérieurs ne sont pas soumises aux contingences naturelles ; ce sont des réalités élevées, miraculeuses, transcendant le temps et l'espace, et les anges sont dénués de matière, hors du monde de la nature. Et malgré tout cela, ils n'ont aucune commune mesure avec Lui. Qu'on ne tente même pas de comparer : ils sont des créatures au pouvoir limité, alors que le Saint béni soit-Il est infini.

De plus, les prodiges accomplis par l'intermédiaire des anges ne sont pas permanents ; ils sont temporaires et dépendent de la volonté d'Hachem de les maintenir ou non. Le Saint béni soit-Il, en revanche, est infini, sans aucune limite, et tous Ses prodiges sont fixés dans Sa volonté absolue depuis l'origine des temps. C'est pourquoi l'on pourrait à la rigueur trouver une ressemblance - car Lui, béni soit-Il, est dénué de corps et les anges sont également incorporels, et dans leurs actions apparaît en apparence une certaine ressemblance -, mais de valeur intrinsèque et d'égalité, il n'y en a absolument point.

En revanche, « qui est semblable à Hachem parmi les fils des puissants » - c'est-à-dire au sein des forces de la nature -, là, il n'y a même pas l'ombre d'une ressemblance. La nature est liée à une réalité matérielle et tangible, tandis que la spiritualité relève d'une réalité purement transcendante et éternelle. Toutes les réalités terrestres sont tributaires de forces physiques périssables ; dès lors, elles ne présentent aucune ressemblance avec Hachem béni soit-Il, pas même dans la manière dont elles opèrent.

Un D.ieu redouté dans le conseil des saints : la conduite miraculeuse
אֵל נַעֲרָץ בְּסוֹד קְדֹשִׁים רַבָּה וְנוֹרָא עַל כׇּל סְבִיבָיו׃ - D.ieu est redouté dans la grande assemblée des saints, et craint par tous ceux qui L'entourent.

Remarque grammaticale : bien qu'il y ait un kamats sous le Rech, les grammairiens ont déjà précisé qu'il s'agit d'un kamats katan ; par conséquent, on ne lit pas « Na'arouts » mais bien « Na'arats ». « Na'arats » évoque la vénération et l'effroi - on tremble devant Lui et l'on éprouve la crainte d'Hachem béni soit-Il. Et où cela ? « Dans le conseil des saints » (Bessod Kedochim) - au sein de la compagnie des anges, comme dans « dans le conseil des hommes droits et dans l'assemblée », où le mot « sod » désigne une assemblée. Et à quel degré ? « Rabba » - une immense vénération, une crainte infinie. « Et craint par tous ceux qui L'entourent » - les anges qui se tiennent autour de Lui et Le servent sont saisis de crainte devant Lui. Selon le Radak, le verset reprend et amplifie ici la même idée en d'autres termes.

Le Malbim explicite ici sa ligne directrice : face aux deux modes de gouvernance qu'il a mentionnés - la conduite miraculeuse opérée par les saints, c'est-à-dire les anges, et la conduite naturelle assurée par les armées célestes - l'Écriture vient nous enseigner que toutes émanent d'Hachem, et que rien ne s'accomplit sans Lui. Face à la conduite miraculeuse, il est dit : « Dieu est redoutable dans la grande assemblée des saints » : au sein du grand conseil des saints et des anges, où l'on délibère en secret et où s'élaborent les desseins par lesquels la providence miraculeuse prend effet, Hachem est vénéré parmi eux, et ils n'accomplissent rien sans Sa direction. Et puisque la finalité de tous les prodiges et de tous les miracles est d'éveiller la crainte d'Hachem béni soit-Il, le verset ajoute : « et redoutable pour tous ceux qui L'entourent » - ils sont proches de Lui, et Il leur inspire la crainte. La conduite miraculeuse mène à la crainte révérencielle.

‘Hassin Yah : la conduite naturelle et constante
יְהֹוָה אֱלֹהֵי צְבָאוֹת מִי כָמוֹךָ חֲסִין יָהּ וֶאֱמוּנָתְךָ סְבִיבוֹתֶיךָ׃ - Éternel, Dieu des armées, qui est puissant comme Toi, ô Dieu, et Ta fidélité T'entoure !

« Élohé Tsevaot » - le Dieu des armées célestes, sur lesquelles Hachem règne en maître. « ‘Hassin » provient d'une racine exprimant la force, comme dans le verset « et vigoureux comme des chênes ». Ici, le texte passe à la conduite naturelle, alors que le verset précédent traitait de la conduite spirituelle et miraculeuse. La conduite naturelle, opérée par les rouages du ciel, provient elle aussi d'Hachem, et c'est pourquoi Il est appelé le Dieu des armées ; et c'est en vertu de cette régularité immuable qu'Il est qualifié de « ‘Hassin », expression de force et de permanence. Ce qui est constant est toujours considéré comme fort, alors que ce qui est éphémère ne l'est pas. « Dieu des armées » désigne ainsi le Tout-Puissant qui gouverne toutes les armées de la nature et l'ensemble de l'ordre cosmique.

« Et Ta fidélité T'entoure » - Tu résides également au milieu de ces armées. L'émouna (la fidélité) relève de la vérité et de la régularité immuable, les lois de la nature : le soleil, la lune et les étoiles, « le jour et la nuit ne cesseront pas ». Cette fidélité T'entoure également : Tu demeures en leur sein et agis à travers elles. Ne pense pas que l'ordre de la nature fonctionne de lui-même ; c'est le Saint, béni soit-Il, qui l'actionne et le régit avec constance.

Tu domines l'orgueil de la mer
אַתָּה מוֹשֵׁל בְּגֵאוּת הַיָּם בְּשׂוֹא גַלָּיו אַתָּה תְשַׁבְּחֵם׃ - Tu domines l'orgueil de la mer ; quand ses vagues se soulèvent, c'est Toi qui les apaises.

Le Saint, béni soit-Il, maîtrise la mer lorsque ses eaux gonflent et menacent d'envahir la terre, que ce soit lors d'une marée ou d'un tsunami. Il a assigné une limite à la mer afin qu'elle ne submerge pas le monde - et la tradition enseigne que l'océan voulait engloutir le monde, mais Hachem lui a fixé une frontière infranchissable. « Quand ses vagues se soulèvent » - lorsque les flots s'élèvent, « Tu les apaises », c'est-à-dire que Tu les calmes, comme dans l'expression « Il apaise le tumulte des mers ». Lorsque les eaux semblent vouloir se dresser pour inonder la terre, Hachem a placé le sable et les rivages pour l'empêcher de submerger la terre ferme. Le Radak explique qu'il est très probable que ces versets fassent référence à l'ouverture de la mer Rouge, ou bien qu'ils s'appliquent à tout instant : « Il change la tempête en calme, et les flots se taisent » - ce qui n'était que tempête, le Saint, béni soit-Il, l'a réduit au silence, et les vagues se sont apaisées.

Le Malbim explique que le psalmiste revient ici détailler comment ces deux conduites - la miraculeuse et la naturelle - se traduisent dans notre monde sous les aspects de la bonté (’Hessed) et de la fidélité (Émouna). Face à la conduite miraculeuse issue de l'assemblée des saints, il est dit : « Tu domines l'orgueil de la mer » : au moment de l'ouverture de la mer Rouge, lorsque la mer s'enorgueillit de vouloir outrepasser ses limites, et qu'Hachem la repoussa par un puissant vent d'orient toute la nuit. Quand la mer est déchaînée, elle cherche à déborder pour submerger le monde, mais Tu as dominé sur elle au moment même où ses flots se dressaient - « Et au souffle de Tes narines, les eaux se sont amoncelées » : les vagues se sont élevées sur l'ordre divin et se sont dressées comme une muraille, deux remparts entre lesquels le peuple d'Israël put traverser. Et par cela même, « Tu les apaises » - Tu les calmes et les soumets : la mer voulait forcer ses limites, et Tu l'as domptée en la figeant comme une digue des deux côtés, « les abîmes se sont figés », et Tu as transformé la mer en terre sèche.

Tu as écrasé Rahab comme un cadavre
אַתָּה דִכִּאתָ כֶחָלָל רָהַב בִּזְרוֹעַ עֻזְּךָ פִּזַּרְתָּ אוֹיְבֶיךָ׃ - Tu as écrasé Rahab comme un cadavre, par Ton bras puissant Tu as dispersé Tes ennemis.

Tout d'abord, une remarque grammaticale : dans l'expression « bizroa' ouzekha », l'emplacement du signe de cantilation détermine l'accent tonique (mil’el ou milra’). Le revi’a se trouvant ici sur la lettre kaf et non sur le zayin, on prononce « ouzekha » en milra’ (accent sur la finale). Le Radak note également, au sujet du mot « dikaeta » (דִכִּאתָ), que la lettre alef y est surajoutée ; selon la rigueur grammaticale, il aurait dû s'écrire sans alef, comme dans l'expression « rafïnou ett Bavel ». Dans l'usage courant d'aujourd'hui, il est devenu habituel d'écrire des termes comme dikaon (dépression) ou ripouï (guérison) avec un alef, mais selon la stricte règle de la langue, ils devraient en être dépourvus.

Le Radak prouve à partir de ce verset qu'il s'agit ici de l'ouverture de la mer Rouge (Kriyat Yam Souf), car le texte mentionne « Rahav » - qui désigne l'Égypte, comme dans les versets « n'est-ce pas Toi qui as pourfendu Rahav » et « Je mentionnerai Rahav et Babylone » que nous avons vus au psaume 87. Et pourquoi l'Égypte est-elle appelée Rahav ? C'est une expression liée à l'arrogance. Les Égyptiens étaient extrêmement orgueilleux et ne cessaient de s'enorgueillir ; c'est pourquoi ils incarnent la notion de Rahav. Tu as fendu la mer pour le peuple d'Israël, puis Tu y as écrasé les Égyptiens - « Tu as brisé Rahav comme un cadavre ». Ensuite, « par Ton bras puissant Tu as dispersé Tes ennemis » : après leur noyade, la mer les a rejetés sur le rivage, selon le verset « et Israël vit l'Égypte morte sur le bord de la mer ».

Et pourquoi fallait-il les faire rejeter sur le rivage ? Les maîtres enseignent que chaque membre du peuple d'Israël devait voir ce même Égyptien qui l'avait asservi, poser son pied sur lui et lui dire : « Toi qui étais au-dessus de moi, regarde où tu te trouves à présent ! » Cela faisait partie intégrante de la guérison psychologique d'Israël. On raconte qu'un psychologue lut un jour ce Midrach et fit téchouva, car la psychologie moderne sait que lorsqu'une personne a subi des sévices, il est capital pour elle de voir son bourreau dans sa déchéance : constater comment il a été frappé, puni et sommé de payer le prix libère la victime de ses traumatismes et des séquelles de ce qu'elle a enduré. Ce psychologue fut émerveillé de découvrir que chacun reconnut l'Égyptien qui l'avait tyrannisé et posa son pied sur lui, pour signifier : à présent, c'est toi qui es en bas, c'est toi qui es humilié. Et il remarqua : voyez comme le Saint, béni soit-Il, ne nous a pas seulement délivrés d'Égypte par une libération physique, mais nous a aussi affranchis des blocages psychologiques infligés par les Égyptiens, de la souffrance mentale et de la dépression dans lesquelles nous avions sombré là-bas.

Le Malbim explique que le Saint, béni soit-Il, a dressé les flots de la mer - c'est le sens de « quand s'élèvent ses vagues », celles-ci formant deux murailles de part et d'autre - et c'est par ce moyen même que « Tu as brisé Rahav », c'est-à-dire l'Égypte. De plus, l'expression « bras » indique que le Saint, béni soit-Il, accomplit tout par Sa propre puissance : l'expression « bras d'Hachem » signifie toujours qu'Hachem agit par Sa seule force, pour ainsi dire sans aucune aide extérieure, sans dépendre des créatures d'en bas, ni de leurs prières ni de leurs actions, mais que tout découle directement de Lui, béni soit-Il.

À Toi les cieux, à Toi aussi la terre
לְךָ שָׁמַיִם אַף לְךָ אָרֶץ תֵּבֵל וּמְלֹאָהּ אַתָּה יְסַדְתָּם׃ - À Toi les cieux, à Toi aussi la terre ; le monde habité et ce qu'il renferme, c'est Toi qui les as fondés.

Ici, le psalmiste mentionne de manière générale les mondes supérieurs et les mondes inférieurs. Le Radak explique : ils T'appartiennent, le ciel et la terre, et c'est Hachem qui a tout créé. Comme il est dit : « Parle à la terre et elle t'instruira, et les poissons de la mer te le raconteront... que la main d'Hachem a fait cela » - le ciel et la terre attestent de l'existence divine. Bien qu'ils ne soient pas doués d'intellect, qu'on ne puisse dialoguer avec eux et qu'ils ne racontent pas les œuvres de Dieu à la manière des hommes, les sages reconnaissent et déduisent néanmoins de la terre et de ses créatures, des bêtes et des oiseaux, qu'il existe un Créateur et un Guide, et que le Saint, béni soit-Il, a tout créé et agencé à la perfection en son temps.

C'est précisément ce que nous disons : « Les cieux racontent la gloire de Dieu et le firmament proclame l'œuvre de Ses mains. Le jour en transmet le récit au jour, et la nuit en instruit la nuit. Point de parole, point de discours, leur voix n'est pas entendue ». N'attends pas d'entendre les cieux prononcer des mots ; mais contemple les cieux et constate quelle œuvre grandiose ils constituent, contemple la terre et vois quelle création sublime le Saint, béni soit-Il, a façonnée, et tu parviendras à la certitude qu'Hachem a créé et ordonné Son univers. Il en va de même pour le Perek Chira : cela ne signifie pas que les animaux chantent matériellement. Certains expliquent que c'est leur ange céleste qui chante, mais le sens le plus simple est qu'en observant les créatures, nous discernons une telle ingéniosité, une telle réflexion et une telle empreinte divine que l'homme y perçoit la Présence divine. Et cela ne vaut pas seulement pour le règne animal : chaque fleur observée, chaque élément de la création témoigne de la Présence divine. Quiconque contemple le ciel, la terre et l'ensemble des êtres vivants perçoit comment tout provient de la main d'Hachem et comment tout est agencé jusqu'au moindre détail - « c'est Toi qui les as fondés ».

Le Malbim précise : l'ordre naturel, dont nous avons vu qu'il est orchestré par l'intermédiaire des armées célestes, n'est pas une « nature » mécanique dans laquelle le Saint, béni soit-Il, aurait simplement donné une impulsion initiale à la roue il y a des millénaires pour la laisser ensuite tourner par simple inertie. Bien au contraire, « à Toi les cieux » signifie qu'à chaque instant, tout ce qui existe dans les cieux dépend directement de Toi, Hachem ; et « à Toi aussi la terre » indique que la terre elle-même, qui constitue l'aboutissement de cet ordre naturel, se trouve sous Ta Providence. Car on aurait pu penser : peut-être le Saint, béni soit-Il, intervient-Il dans le cours des astres, des étoiles, du soleil et de la lune, mais ce qui m'arrive en cet instant précis, peut-être Hachem ne s'en soucie-t-Il pas et n'y intervient-Il point ? C'est pourquoi le texte affirme : « À Toi les cieux, à Toi aussi la terre », toute la conduite de la nature ici-bas sur terre relève de Ta Providence.

La preuve en est : « Le monde habité et ce qu'il renferme, c'est Toi qui les as fondés ». Selon les lois de la nature, la terre aurait dû rester entièrement recouverte d'eau, mais le Saint, béni soit-Il, a tancé la mer et l'a refoulée là où elle se trouve aujourd'hui, permettant ainsi à la terre ferme d'apparaître et d'offrir un sol où poser le pied. La différence entre « Erets » et « Tével » réside dans le fait qu'Erets désigne le globe terrestre dans sa totalité, tandis que Tével est la terre habitable, le lieu de séjour des hommes - ainsi que l'indique aussi le Radak. Le Malbim ajoute : il eût été impossible que survive Tével, cette portion habitée, si Toi, Maître du monde, n'avais pas affermi la terre ferme. Et que signifie « ce qu'il renferme » ? Comme dans le verset « À Hachem appartient la terre et ce qu'elle renferme, le monde habité et ceux qui y résident » - tous les êtres vivants, tous les arbres et tout ce qui subsiste là où nous vivons n'ont pu être créés que parce que le Saint, béni soit-Il, a repoussé les eaux et fondé le monde habité, lieu de vie où l'homme peut exister. On apprend de là que l'ordre naturel tout entier émane d'Hachem, et qu'à chaque instant le Saint, béni soit-Il, gouverne la nature et dispense toute existence.

Le nord et le midi : les six directions du monde
צָפוֹן וְיָמִין אַתָּה בְרָאתָם תָּבוֹר וְחֶרְמוֹן בְּשִׁמְךָ יְרַנֵּנוּ׃ - Le nord et le midi, c'est Toi qui les as créés ; le Thabor et l'Hermon acclament Ton nom.

Le Radak rapporte une explication au nom d'Ibn Ezra : le verset dépeint ici l'univers selon ses six directions. « Le ciel et la terre » du verset précédent désignent les deux dimensions du haut et du bas ; « le nord et la droite » - la droite étant le sud (Yamin), et le nord lui faisant face ; le mont Thabor, situé à l'ouest, correspond à l'arrière ; et l'Hermon, situé à l'est, correspond à l'avant (Kedem). Voilà donc les six directions de l'espace, conformément à ce qui est enseigné dans le Séfer Yetsira : « scellé de six anneaux ». En effet, tout ce qui compose la nature se déploie selon le chiffre six : les quatre points cardinaux, le haut et le bas. Et le chiffre sept constitue toujours la dimension intérieure, la dimension spirituelle, celle de la finalité. C'est-à-dire que tant qu'il n'y a que six, l'œuvre n'est pas encore accomplie ; son achèvement se trouve dans le sept, qui est son but ultime, une finalité qui relève d'une essence intérieure et non d'une simple disposition spatiale. Quant au huit, il se situe au-delà encore, associé à la notion de surabondance et d'huile (Chémen), du côté de la spiritualité qui transcende la nature.

Quoi qu'il en soit, le chiffre six exprime toujours la nature, car en toute chose naturelle, on trouve six extrémités, et même dans un objet rond : haut, bas et les quatre points cardinaux. C'est également l'origine du Magen David : bien qu'on l'ait aplati, si l'on veut le concevoir dans l'espace, il présente des pointes vers les quatre points cardinaux, plus le haut et le bas, qui en constituent les parties supérieure et inférieure. C'est le sens de « scellé par six anneaux », et c'est la notion des VAK dont parle la Kabbale - les six extrémités (Vav Ketsavot) : Hessed, Guevoura, Tiferet, Netsah, Hod, Yessod ; et la dimension des six extrémités correspond toujours à l'aspect le plus matériel de la réalité.

Béria, Yetsira et Assiya

Le Malbim explique que le texte nous détaille à présent la manière dont Hachem a fondé le monde habitable. La terre du côté nord et du côté sud - c'est-à-dire le pôle Nord et le pôle Sud, situés aux axes de la terre, puisque la terre tourne sur son axe - est impropre à l'habitation. En raison du froid extrême, il n'y a presque aucune présence humaine, et encore moins au sud qu'au nord. C'est pourquoi il est seulement dit à leur sujet : « C'est Toi qui les as créés ».

Et pourquoi insister sur le terme « créés » (bératam), et en quoi la création diffère-t-elle de la formation et du parachèvement ? La création s'opère ex nihilo - « Au commencement, D.ieu créa » - et cette création initiale s'est faite à partir du néant, alors que la terre était encore tohu-bohu. Ensuite, Hachem forma la terre et la paracheva ; or l'Assiya d'une chose correspond à son aménagement, comme dans « elle fera ses ongles » (ve'asta et tsipornéha), c'est-à-dire qu'elle soignera ses ongles, ou « il n'avait pas fait sa moustache » (vélo assa et sefamo), signifiant qu'il ne l'avait pas taillée. Ainsi, il y a d'abord la création, puis la formation : le Saint, béni soit-Il, a créé la matière, et à partir de cette matière, Il a ensuite formé Son monde.

Nous avons déjà expliqué à plusieurs reprises que toute la matière fut créée le premier jour. Le Saint, béni soit-Il, a tout créé dès le premier jour, et les jours suivants relèvent tous de l'ordre du parachèvement à partir de l'existant. Le Midrach compare cela à un homme qui souhaite construire une maison : au début, il fait apporter tous les matériaux - un camion de sable, un camion de ciment, un camion de parpaings - puis il commence à bâtir. Selon les termes du Ramban, le premier jour vit la création de la matière première primordiale (la matière hylique) ; dans notre langage moderne, c'est l'atome qui a été créé le premier jour, et tout ce qui existe dans le monde est constitué d'atomes, le reste n'étant qu'un agencement à partir d'une réalité déjà créée.

Dès lors, le fait qu'Hachem ait créé Son monde à l'origine ex nihilo, alors que tout n'était encore que tohu-bohu sans formation ni parachèvement, constitue la création du premier jour. Ensuite, Il forma la terre et la paracheva, c'est-à-dire qu'Il l'aménagea afin qu'elle devienne habitable : Il sépara les eaux supérieures des eaux inférieures, rassembla les eaux pour que la terre ferme apparaisse, puis suscita les arbres, les animaux et ainsi de suite. Tout cela représente le parachèvement de la création afin de la rendre apte à accueillir la vie humaine, et c'est ce que l'on nomme formation et confection (Yetsira et Assiya). Comme il est écrit : « Ainsi parle l'Éternel... qui a formé la terre et l'a faite, qui l'a affermie ; Il ne l'a pas créée pour rester déserte » - Il ne l'a pas créée pour qu'elle demeure un chaos, mais dans le but d'être formée, agencée et habitée.

Cependant, le nord et le midi, qui désignent les pôles, Hachem ne les a pas parachevés ni aménagés pour l'habitation ; ils sont restés, pour ainsi dire, à l'état de tohu-bohu. Il n'y a là ni agencement ni aménagement, mais un lieu désolé et désertique, glacé, où la vie est impossible. En revanche, le Thabor et l'Hermon représentent le cœur de la terre habitable, des régions peuplées qu'Hachem a convenablement agencées, formées, confectionnées et aménagées pour la vie humaine, et c'est pourquoi « en Ton Nom ils jubilent ».

Et que signifie « en Ton Nom ils jubilent » ? Le Malbim explique : la terre chantera et se réjouira, « elle fleurira, oui, elle fleurira et tressaillira d'allégresse avec des chants de joie » - il s'y trouve la bénédiction, l'abondance, les arbres, la faune, la subsistance, et telle est l'allégresse de la terre et sa joie. En revanche, les pôles sont des lieux moroses et lugubres. L'hiver en lui-même a d'ailleurs cette faculté d'engendrer la mélancolie : les personnes qui vivent dans des pays froids souffrent bien plus de dépression que celles qui habitent dans des régions ensoleillées la majeure partie de l'année. C'est un fait bien connu, et certains souffrent même de dépression saisonnière : à l'approche de l'hiver, ils sombrent dans l'abattement. Le froid engourdit et conduit à la morosité, tandis qu'un lieu baigné de soleil et de lumière est source de joie ; voilà pourquoi ces contrées connaissent l'allégresse et la louange.

Soit dit en passant, pour sombrer dans la dépression, il faut aussi un minimum de conscience : « Qui accroît sa science accroît sa douleur ». Les personnes privées de raison ne souffrent presque jamais de troubles psychologiques : l'individu marche, sourit, fait sa sieste, tout va bien et tout est merveilleux. Pas de réflexion, pas d'angoisse ; les tourments sont notre propre apanage.

En conclusion : à travers ces versets, le psalmiste nous enseigne, d'après l'explication du Malbim, que les deux modes de providence émanent entièrement d'Hachem. Les anges célestes ne sont rien en comparaison de Sa grandeur, béni soit-Il, et bien qu'ils présentent une certaine similitude par leur nature spirituelle dépourvue de matière, les forces de la nature n'en possèdent aucune. La providence miraculeuse procède « dans l'assemblée des saints » et inspire la crainte respectueuse, tandis que la providence naturelle et régulière relève de la « puissance » et de la « fidélité », et Hachem réside en elle et y agit à chaque instant. L'ouverture de la mer Rouge dévoile Sa souveraineté sur le soulèvement des flots et l'écrasement de Rahav ; « À Toi appartiennent les cieux, à Toi aussi la terre » révèle que la nature entière est sous Sa providence ; et « le monde et ce qu'il renferme, c'est Toi qui les as fondés » enseigne que l'univers habitable est intégralement Son œuvre. Quiconque contemple la création - dans les cieux, sur la terre et chez chaque créature - perçoit de ses propres yeux la main d'Hachem et l'agencement parfait jusque dans le moindre détail.