לַמְנַצֵּחַ עַל־הַגִּתִּית לְאָסָף׃ - Au chef des chantres, sur la Guittith, d'Assaph.
Le sujet du terme « Guittith » a déjà été abordé au chapitre 8, où nous avions rapporté plusieurs explications. Rachi explique ici encore que la Guittith est un instrument de musique originaire de Gath, où se trouvaient des artisans experts dans sa fabrication, et l'instrument a donc été nommé d'après ce lieu. Ibn Ezra rapporte que certains disent que ce psaume a été confié à la famille d'Oved-Edom le Guittite, d'où l'expression « sur la Guittith » ; ou bien que le poème liturgique s'ouvrait par le mot « Haguittith », désignant une mélodie particulière. D'autres ont prétendu - et Ibn Ezra les qualifie d'esprits futiles - qu'il s'agirait du chant de ceux qui foulent le pressoir (Gath). À cette époque, les ouvriers chantaient pendant leur labeur, car le chant donnait du rythme à la tâche ; selon eux, ceux qui foulaient le raisin chantaient donc cet air. Mais Ibn Ezra rejette cette idée comme dénuée de sens.
Le Radak enseigne que ce psaume a été composé au sujet de la sortie d'Égypte, et qu'il y est fait mention de la cessation des corvées - car le travail forcé cessa pour nos pères le jour de Roch Hachana, comme il est dit plus loin : « J'ai déchargé son épaule du fardeau ». Pendant six mois, il n'y eut plus de servitude en Égypte. Certes, un autre Midrach affirme que durant toute l'année où sévirent les plaies, ils ne travaillaient déjà plus ; il convient donc de dire, comme nous l'avons déjà mentionné lors de l'étude du Daf Hayomi, qu'il s'agit de degrés progressifs : dès le début des plaies, le labeur s'est allégé, et six mois avant la sortie - de Roch Hachana jusqu'à Nissan - il cessa complètement. C'est pourquoi on récitait ce psaume au Beth Hamikdach le jour de Roch Hachana, et l'on y mentionne également la sonnerie du Chofar liée à cette fête.
Le Malbim ajoute qu'en plus d'être fondé sur le thème de Roch Hachana, ce psaume correspondait semble-t-il à une période de sécheresse où l'on pria pour les pluies le jour de Roch Hachana et où l'on fut exaucé - ce qui trouvera son expression plus loin dans le chapitre.
הַרְנִינוּ לֵאלֹהִים עוּזֵּנוּ הָרִיעוּ לֵאלֹהֵי יַעֲקֹב׃ - Chantez avec allégresse pour Dieu, notre force ! Poussez des cris de joie vers le Dieu de Jacob !
Le Radak explique : il vous convient, peuple de Dieu, de chanter pour Dieu notre force, de Le remercier et de Le louer pour le bienfait qu'Il a accompli pour vous en ce jour. Même si la délivrance elle-même n'a pas eu lieu ce jour-là - elle n'aura lieu que six mois plus tard, le 15 Nissan -, les prémices de la délivrance ont néanmoins commencé à Roch Hachana avec la cessation des corvées, et il convient déjà de L'exalter pour le fait que, par la puissance divine, nous avons cessé d'être asservis à l'Égypte.
Et pourquoi est-Il appelé « notre force » ? Parce que lorsque Dieu décharge notre épaule du fardeau, Il manifeste Sa force et Ses hauts faits, car nous étions livrés aux mains de maîtres impitoyables, et pour nous arracher à leur emprise, il fallait la puissance de Dieu. Et pourquoi « le Dieu de Jacob » ? Parce que ce sont les tribus de Jacob qui furent réduites en esclavage. C'est Jacob qui descendit en Égypte, et il s'agit de la génération asservie - les enfants de Jacob. C'est à partir de ce moment que commença le décompte des années de servitude, à partir de « Redou » (descendez) - soit 210 ans. C'est pourquoi le verset mentionne le Dieu de Jacob et non le Dieu d'Abraham ou le Dieu d'Isaac, car ni Abraham ni Isaac ne sont descendus en Égypte.
Le Malbim souligne un point tout à fait remarquable : Roch Hachana se distingue de toutes les autres fêtes par le fait qu'on y sonne du Chofar, or le Chofar est habituellement un signe d'angoisse. L'usage était de sonner lors des jeûnes et en temps de détresse : « vous sonnerez des trompettes contre l'ennemi qui vous opprime », et selon le Rambam, c'est une mitsva de la Torah de sonner face à tout malheur qui pourrait survenir. Il apparaît donc que l'on sonne lorsqu'il y a une épreuve. Or, à Roch Hachana, les Léviim chantaient au Beth Hamikdach et l'on sonnait aussi du Chofar, mais la sonnerie du Chofar ne suscite pas l'effroi, car il est dit : « Mangez des mets succulents, buvez des liqueurs douces et envoyez des portions à ceux qui n'ont rien de prêt, car ce jour est saint pour notre Maître ; ne vous affligez pas, car la joie en l'Éternel est votre force » - Roch Hachana est un jour de joie. C'est ce que vient nous enseigner le verset : certes, le Chofar retentit ordinairement en période de détresse et lors des jeûnes, mais à Roch Hachana, il intervient dans un moment d'allégresse. « Chantez avec allégresse pour Dieu, notre force » - entonnez des chants pour Lui en tant qu'Il est notre force, et « sonnez » du Chofar en tant qu'Il est le Dieu de Jacob, Lui qui a ordonné de sonner en ce jour.
שְׂאוּ־זִמְרָה וּתְנוּ־תֹף כִּנּוֹר נָעִים עִם־נָבֶל׃ - Entonnez un chant et faites résonner le tambourin, la harpe mélodieuse avec le luth.
« Entonnez un chant » : faites entendre un chant de louange. « Et faites résonner le tambourin » : faites retentir le son du tambourin, c'est-à-dire jouez du tambourin, ou frappez-le de vos mains. Quant à l'expression « la harpe mélodieuse avec le luth », Rachi rapporte : Rabbi 'Hiya bar Abba dit que le nevel et le kinnor désignent le même instrument. Rabbi Chimon dit que la différence réside dans le nombre de cordes : le nevel possède davantage de cordes (« nimin », du terme signifiant brin ou cheveu) que le kinnor. Et pourquoi s'appelle-t-il nevel ? Parce qu'il « flétrit » (menavel) tous les autres instruments de musique, c'est-à-dire qu'il les éclipse : sa sonorité est si sublime que tous les autres instruments paraissent ternes et inférieurs à côté de lui.
L'ouvrage Tehilot Maharit's rapporte une belle allusion. Ce psaume est fondé sur Roch Hachana, jour où le Roi affermit la terre par le jugement. Or, on sait que les jours de faveur se prolongent jusqu'à Hochaana Rabba, où le décret divin est scellé et conclu, conformément aux paroles du Zohar. De Roch Hachana à Hochaana Rabba, il y a vingt jours, soit 480 heures, et durant toutes ces heures la rigueur du jugement plane sur le monde. Lorsqu'on en sort en paix, il convient de rendre grâce et de se réjouir. C'est le sens de « entonnez un chant et faites résonner le tambourin (tof) » : le mot tof est écrit ici sans la lettre vav (תף), dont la valeur numérique (guematria) est 480. Pour ces 480 heures traversées favorablement, dans un jugement empreint de bonté et de miséricorde, il faut louer et chanter pour Hachem. Et c'est pourquoi « la harpe mélodieuse avec le luth » : nous devons rendre grâce à Hachem par la harpe et le luth.
תִּקְעוּ בַחֹדֶשׁ שׁוֹפָר בַּכֵּסֶה לְיוֹם חַגֵּנוּ׃ - Sonnez du Chofar au renouveau de la lune, au jour fixé pour notre fête.
« Au mois ('hodech) » : lors du renouveau (hidouch) de la lune. « Au kessé » : au moment désigné, comme dans « il reviendra chez lui au jour fixé (kessé) », une date précise. Le Radak explique que le premier jour du mois est appelé « 'hodech », comme dans « demain c'est le 'hodech » (demain c'est Roch 'Hodech), car c'est alors que la lune se renouvelle. Vers la fin du mois, la lune est totalement masquée, et au début du mois elle réapparaît ; des témoins venaient alors attester qu'ils avaient aperçu la lune naissante, et l'on sanctifiait le mois. C'est ainsi que le mois entier tire son nom de son premier jour, où la lune se renouvelle. Le verset enseigne donc : sonnez le jour qui est Roch 'Hodech. Et à quel Roch 'Hodech sonne-t-on du Chofar ? À Roch Hachana, comme il est dit : « le premier jour du septième mois sera pour vous un souvenir de sonneries ».
Or, quiconque ouvre un 'Houmach ne trouvera nulle part écrit explicitement que l'on sonne du Chofar à Roch Hachana. Il est écrit « un jour de sonnerie (yom terou'a) », « un souvenir de sonnerie (zikhron terou'a) » ; or qu'est-ce qu'une terou'a ? Le verset dit ailleurs : « et vous sonnerez des trompettes ». Qui nous a donc révélé qu'il s'agit d'un Chofar ? La Guémara l'apprend précisément de notre verset : « Sonnez du Chofar au renouveau de la lune, au jour fixé pour notre fête ». D'un côté, on aurait pu l'apprendre de Yom Kippour du Yovel (le jubilé), une fois tous les cinquante ans, où il est dit expressément : « tu feras retentir le Chofar de sonnerie » ; de l'autre, on aurait pu le déduire des campements du désert, où l'on sonnait également la terou'a, mais avec des trompettes. Notre verset précise « sonnez du Chofar au renouveau de la lune » ; on en déduit donc par analogie avec Yom Kippour que la sonnerie de Roch Hachana doit se faire avec un Chofar. Notre verset est donc la clé qui dévoile le texte de la Torah. Au Beth Hamikdach, on utilisait à la fois trompettes et chofarot ; sans ce verset, qui aurait su qu'à Roch Hachana il s'agit du Chofar ?
Le Radak rapporte ici - tout comme les Tossafot dans le traité Roch Hachana - qu'en ce jour cessa le servage de nos ancêtres. Six mois avant la sortie d'Égypte, la servitude fut abolie, et cela eut lieu à Roch Hachana. Certes, il existe une opinion dans le Midrach selon laquelle le servage avait cessé pendant toute la durée des plaies, qui s'étendirent sur douze mois ; mais les commentateurs concilient ces avis : dès le début des plaies, à partir du mois de Nissan de l'année précédente, la servitude s'allégea et les Égyptiens n'appesantirent plus leur main sur eux, et lorsque arriva Tichri, six mois avant la sortie, le travail servile cessa totalement.
Quel est le rapport entre la fin du servage et la sonnerie du Chofar ? Le Radak explique : le signal de la libération des esclaves a toujours été le Chofar. Lors de Yom Kippour de l'année du Jubilé (Yovel), une fois tous les cinquante ans, il est dit : « vous ferez retentir le Chofar dans tout votre pays » et « vous proclamerez la liberté sur la terre », et les esclaves recouvrent la liberté. C'est pourquoi, en souvenir de cela, Hachem a ordonné de sonner à chaque Roch Hachana, pour commémorer le fait qu'en ce jour le servage a cessé et que notre liberté a commencé. C'est un enseignement remarquable. Si l'on demande à quiconque pourquoi l'on sonne du Chofar à Roch Hachana, la Guémara pose déjà la question et répond : « Le Miséricordieux a ordonné de sonner », le Saint béni soit-Il l'a prescrit et nous obéissons. On connaît aussi la raison : « Proclamez devant Moi les royautés pour Me couronner, les souvenirs pour que votre souvenir monte devant Moi - et avec quoi ? Avec le Chofar », afin d'évoquer notre mérite devant Lui. Mais ici apparaît une tout autre raison : se souvenir chaque année qu'en ce jour s'acheva l'esclavage de nos pères et débuta leur affranchissement. Certes, la délivrance effective n'eut lieu qu'en Nissan, mais Roch Hachana marque « le commencement de notre liberté », selon les termes du Radak. On peut sans doute y voir une allusion à la Techouva : jusqu'à présent, l'homme a pu être asservi à son mauvais penchant ; qu'il se rappelle que le renouveau de la liberté se joue à Roch Hachana, et qu'il peut faire téchouva pour s'émanciper du joug des pulsions. Tel est le message du Chofar adressé à chacun, chaque année.
« Bakessé » désigne un moment assigné, et « pour le jour de notre fête » montre qu'il s'agit d'une fête parmi les fêtes. Roch Hachana est qualifié de fête bien qu'on n'y offre pas le sacrifice de 'haguiga, et pourtant nous constatons qu'il est appelé ainsi. En revanche, 'Hanouka, par exemple, n'est qualifiée de fête nulle part dans les textes, si ce n'est dans les écoles maternelles : « 'Hanouka est une bonne fête ». On a déjà demandé : qu'est-ce qu'une « bonne fête », y aurait-il donc une fête qui ne soit pas bonne ? La réponse amusée est que si les maîtresses le disent, c'est qu'elles doivent le savoir.
Le Malbim explique : « Entonnez un chant et faites résonner le tambourin » - chanter en musique, et « sonnez aussi du chofar au renouvellement de la lune », de sorte que le chant et la sonnerie du chofar s'unissent. Et nous trouvons en ce jour trois aspects distincts. Le premier : « au renouvellement de la lune » (bahodech), le jour où la lune se renouvelle. Le deuxième : « au temps fixé » (bakessé), le moment désigné, comme dans « pour le jour fixé » (leyom hakessé), le jour préparé et assigné au jugement. Et le troisième : « pour le jour de notre fête » (leyom haguénou), qui a été institué comme jour de fête et de réjouissance. En effet, il est prescrit à l'homme, le jour de Roch Hachana, de se laver, de se couper les cheveux et de se vêtir de blanc, et non à la manière des nations, comme l'écrit le Tour, qui, lorsqu'elles ont un procès, sombrent dans la dépression et l'affliction. La Torah n'exige pas cela de l'homme, au contraire : l'homme a le devoir de se réjouir, et c'est ce que le verset nous enseigne ici.
כִּי חֹק לְיִשְׂרָאֵל הוּא מִשְׁפָּט לֵאלֹהֵי יַעֲקֹב׃ - Car c'est une loi pour Israël, un jugement pour le D.ieu de Jacob.
L'ouvrage Tehilot Maharits soulève ici une grande interrogation : non seulement la Torah ne précise pas avec quel instrument l'on doit sonner à Roch Hachana, mais elle n'explicite nulle part non plus la nature même de ce jour. Nous avons vu une raison - la cessation de l'asservissement de nos pères -, mais elle non plus ne figure pas expressément dans la Torah. En revanche, pour toutes les autres fêtes, tout est explicité : pour Pessa'h, la sortie d'Égypte est mentionnée ; Chavou'ot est le temps de l'offrande des prémices (bikourim) et le don de la Torah ; Souccot est appelée dans la Torah « la fête de la récolte » et fixée au moment où l'on rentre les récoltes des champs. Or, à propos de Roch Hachana, rien n'indique ce qui s'est produit ce jour-là ni la raison pour laquelle nous le célébrons. Et la création du monde ? D'abord, il existe une divergence d'opinions quant à savoir si le monde fut créé à Roch Hachana ou en Nissan. De plus, est-ce là un motif de réjouissance, un anniversaire pour le monde ? L'Écriture parle du « jour anniversaire de Pharaon », non de l'anniversaire du monde. La sortie d'Égypte a marqué le commencement de notre identité en tant que peuple, et il y a tout lieu de se réjouir d'avoir mérité de devenir une nation, que D.ieu nous ait choisis et nous ait fait sortir d'Égypte ; mais la création du monde ? Au contraire, « il eût mieux valu pour l'homme de ne pas être créé plutôt que d'être créé ; maintenant qu'il a été créé, qu'il examine ses actes et s'adonne à la Torah ». Nous n'avons aucune raison de célébrer la création du monde en soi.
Et il explique selon un enseignement du saint Ari zal : celui qui, durant les Jours redoutables (Yamim Noraïm), est ému aux larmes doit savoir qu'on le juge à cet instant même devant le Tribunal céleste. Et il s'agit d'un élan spontané, non suscité par le poème liturgique (piyout) de l'officiant. Quant à celui qui n'est pas ému aux larmes de lui-même, c'est le signe que son âme n'est pas pleinement purifiée, à D.ieu ne plaise. Ce n'est pas que nous cherchions des présages, mais pour qui en ressent le besoin, en voilà un. Dès lors, explique-t-il, on comprend pourquoi la Torah n'a pas besoin de préciser la nature de Roch Hachana, car la chose se ressent d'elle-même : tous les êtres de ce monde défilent devant Lui comme un troupeau (kivné maron), et l'homme le perçoit intérieurement et s'éveille spontanément aux larmes. C'est le sens des paroles du verset : « Sonnez du chofar au renouvellement de la lune » - la Torah ordonne de sonner en ce jour sans en révéler le motif ; « au temps fixé pour le jour de notre fête » - ce jour demeure caché et mystérieux, on ignore ce qu'il recèle, la Torah ne l'ayant pas dévoilé. Et pour quelle raison ? « Car c'est une loi pour Israël, un jugement pour le D.ieu de Jacob » - puisqu'en ce jour se tient un décret et un jugement pour le D.ieu de Jacob, chaque membre d'Israël est censé ressentir de lui-même la réalité du jugement et s'éveiller spontanément ; la Torah n'a donc pas jugé nécessaire d'expliciter le sujet. Il convient toutefois d'ajouter qu'en raison du déclin spirituel des générations - déclin déjà amorcé à l'époque de David -, le roi David commence déjà à détailler : « C'est une loi pour Israël, un jugement pour le D.ieu de Jacob », un Roi qui affermit la terre par la justice, où tous défilent devant Lui comme des brebis. Plus les générations déclinent, plus les explications détaillées deviennent nécessaires.
Il y a ici une explication remarquable de l'auteur du Panim Yafot, dont on peut véritablement dire qu'elle a été énoncée avec l'esprit de sainteté (Roua'h Hakodech). Nos Sages déduisent que « au renouvellement de la lune » (bahodech) désigne Roch Hodech, et que « au temps fixé / sous le voile » (bakessé) indique également Roch Hodech, car c'est alors que la lune se voile. La Guémara en déduit qu'il ne peut s'agir d'aucune autre fête que de Roch Hachana, car seul Roch Hachana tombe au moment où la lune est recouverte : le 15 Nissan et le 15 Tichri, la lune brille de tout son éclat ; les 5, 6 ou 7 Sivan, jours où peut tomber la fête de Chavou'ot, la lune est déjà bien visible. Seul Roch Hachana a lieu lorsque la lune est voilée.
Dès lors, une difficulté se pose : pourquoi le verset n'a-t-il pas regroupé les désignations temporelles et mentionné le chofar séparément, en disant par exemple « Sonnez du chofar au renouvellement de la lune, au temps fixé pour le jour de notre fête » ou « Sonnez du chofar à la nouvelle lune, au jour voilé » ? En effet, tant bahodech que bakessé font référence à Roch Hachana ; pourquoi donc le mot chofar s'intercale-t-il entre eux ? Il faut expliquer ainsi : prenez les lettres qui précèdent celles du mot Hodech (ח-ד-ש) dans l'alphabet hébraïque : avant le Het, le Zaïn ; avant le Dalet, le Guimel ; avant le Chin, le Rech ; vous obtenez Guezer (גזר, décret). Prenez le mot Kessé (כ-ס-ה) : avant le Khaf, le Yod ; avant le Samekh, le Noun ; avant le Hé, le Dalet ; vous obtenez Din (דין, jugement). Ainsi, bahodech bakessé donne Guezer Din (décret de jugement). Et qu'est-ce qui coupe ce décret en son milieu ? Le mot chofar placé entre eux. Faisons de même avec lui : avant le Chin, le Rech ; avant le Pé, le Aïn ; avant le Rech, le Qof ; nous obtenons Qéra' (קרע, déchire). On a donc : « Déchire le décret de jugement » (qéra' guezer din) : le chofar s'interpose au milieu et déchire le décret. Et bien qu'ici le mot chofar soit écrit avec un vav, dans la Torah il apparaît sans vav ('hasser), de sorte que ce vav ne change rien au décompte.
La Guémara enseigne : toute année où l'on ne fait pas retentir la sonnerie au début subira des malheurs à sa fin. Toutefois, de nombreux Rishonim expliquent que cela s'applique lorsqu'on s'est délibérément abstenu de sonner du chofar. L'Aroukh Laner témoigne avoir examiné les annales d'Israël et constaté que les années marquées par de lourdes épreuves pour le peuple juif furent des années au cours desquelles on n'avait pas sonné du chofar à Roch Hachana. Certains soutiennent que même de nos jours, on devrait sonner du chofar là où siège un tribunal rabbinique (Beth Din), mais telle n'est pas la décision retenue par la Halakha.