Le psaume 79 est un cantique d'Assaf décrivant la destruction du Temple et l'abaissement d'Israël en exil. Du sein même de la détresse s'élève une prière : la supplication de ne pas nous imputer les fautes des ancêtres, une demande d'aide et de délivrance pour l'honneur de Son Nom, la vengeance du sang versé de Ses serviteurs, et la promesse d'une louange et d'une reconnaissance éternelles, de génération en génération. Dans cette partie, nous étudierons le texte à partir du verset 8 jusqu'à la fin du psaume.
אַל תִּזְכָּר לָנוּ עֲוֺנֹת רִאשֹׁנִים מַהֵר יְקַדְּמוּנוּ רַחֲמֶיךָ כִּי דַלּוֹנוּ מְאֹד׃ - Ne Te souviens pas contre nous des fautes des premiers ; que Ta miséricorde vienne promptement au-devant de nous, car nous sommes tombés bien bas.
Le Radak explique que les fautes premières désignent les fautes commises aux jours de leur jeunesse - comme s'ils disaient : ne Te souviens pas des fautes de notre jeunesse. Ibn Ezra propose une explication différente : il ne s'agit pas de nos propres péchés de jeunesse, mais des fautes de nos pères. Comme le dit Jérémie dans les Lamentations : « Nos pères ont fauté, ils ne sont plus, et nous portons leurs iniquités ». C'est là tout l'objet de la requête : ne Te souviens pas à notre détriment des fautes des pères.
Et si l'on s'étonne : le Saint, béni soit-Il, ne punit-Il pas les enfants pour la faute des pères seulement sous certaines conditions ? La Guémara répond que cela dépend si les enfants persistent dans les agissements coupables de leurs pères ou non. À cette époque, ils persistaient dans les fautes de leurs ancêtres, et c'est pourquoi il est dit : « Il impute la faute des pères aux enfants », et Hachem a effectivement exercé sur eux cette rigueur. C'est sur ce point qu'ils implorent : ne Te rappelle pas contre nous les fautes premières de nos pères pour les ajouter aux nôtres. Il nous suffit déjà de payer le prix de nos propres péchés, n'ajoutons pas à notre fardeau celui des iniquités de nos ancêtres.
Le saint Ari éclaire cette notion en profondeur : lorsque les descendants s'obstinent dans les fautes de leurs pères, le petit-fils ou l'arrière-petit-fils porte une imprégnation de l'âme (Ibbour), étant une réincarnation (Guilgoul) du grand-père. Il revient ainsi dans ce monde pour recevoir son châtiment. Il en résulte que c'est la source originelle elle-même qui subit la rétribution : ce sont les pères qui reçoivent leur juste châtiment, et non un innocent puni pour la faute d'autrui. Il est évident que le fils lui-même porte une faute, sans quoi cette charge ne lui incomberait pas ; s'il était un juste parfait alors que ses pères étaient impies, il ne subirait aucune peine. Toutefois, ce sont bien les pères eux-mêmes qui reviennent en Guilgoul afin d'expier leur propre faute.
« Que Ta miséricorde vienne promptement au-devant de nous » - que Ta compassion se hâte de nous devancer. Le terme « Kidoum » exprime l'action de devancer ou d'apporter promptement quelque chose à quelqu'un, à l'instar des versets « parce qu'ils ne sont pas venus au-devant de vous » ou « car Tu le préviens par de bienveillantes bénédictions ». Maître du monde, nous n'avons plus le temps d'attendre ; si nous devons encore patienter, que restera-t-il de nous ? Que Ta miséricorde nous devance donc et accourt sans tarder, car nous n'avons plus la force d'endurer l'exil.
עָזְרֵנוּ אֱלֹהֵי יִשְׁעֵנוּ עַל דְּבַר כְּבוֹד שְׁמֶךָ וְהַצִּילֵנוּ וְכַפֵּר עַל חַטֹּאתֵינוּ לְמַעַן שְׁמֶךָ׃ - Aide-nous, Dieu de notre salut, pour la gloire de Ton Nom ; délivre-nous et pardonne nos péchés, pour l'amour de Ton Nom.
Le saint Alshikh explique la progression des versets : nous implorons, pour ainsi dire : Maître du monde, délivre-nous pour Ton Nom ! Le Saint, béni soit-Il, pourrait répondre : Pour Mon Nom ? Mais c'est vous qui avez profané Mon Nom parmi les nations, car par nos fautes, le Nom divin se trouve profané. Comment vous souciez-vous soudain de la gloire de Mon Nom ? Qui l'a profané sinon vous ? C'est à cela que nous répondons : « Aide-nous, Dieu de notre salut, pour la gloire de Ton Nom » - aide-nous et sauve-nous, et désormais nous veillerons à l'honneur de Ton Nom, nous ferons Téchouva et réparerons nos fautes à cet égard. Et dès lors, « délivre-nous et pardonne nos péchés, pour l'amour de Ton Nom » : en commençant à sanctifier et honorer Ton Nom, nous mériterons que Tu nous sauves pour Ton Nom, afin qu'il ne soit plus profané parmi les nations.
Le Alshikh propose une autre explication : nous affirmons ici que si, en exil, notre sort est de mourir pour la sanctification du Nom divin (Kiddouch Hachem), « aide-nous » signifie : fortifie notre cœur afin que nous soyons prêts au don de notre vie pour sanctifier Ton Nom, à l'image de Hanania, Michaël et Azaria. Or, une demande apparemment singulière suit cet appel : après avoir imploré de l'aide pour faire le sacrifice de soi, le verset poursuit par « et délivre-nous ». C'est-à-dire : de même qu'ils étaient prêts à donner leur vie, accorde-nous cette même vaillance - mais tout comme Tu les as sauvés de la fournaise, délivre-nous également. Donne-moi le courage du sacrifice, mais avec l'espoir qu'une issue salvatrice existe et que Tu finiras par me délivrer.
Et si l'on objectait : « Si Je vous sauve, par quoi la faute sera-t-elle expiée ? L'essentiel n'est-il pas l'expiation des péchés ? » C'est à cela qu'ils répondent : du moment que nous sommes prêts à donner notre vie - même si nous ne mourons pas -, « et expie nos péchés pour l'honneur de Ton nom », le simple fait d'avoir consenti à la mort par dévouement pour Ton nom servira d'expiation.
Le fondement de cette idée se trouve dans les enseignements de Rabbénou Yona : par quoi la profanation du Nom (Hiloul Hachem) est-elle expiée ? Le verset dit : « Non, cette faute ne vous sera pas pardonnée jusqu'à votre mort », ce qui indique que l'expiation du Hiloul Hachem s'obtient par la mort. Or, Rabbénou Yona explique qu'il existe une autre voie d'expiation, sans qu'il soit nécessaire de mourir effectivement : un homme qui a traversé l'angoisse de la mort, qui a vu la mort en face et s'est trouvé à un instant de son trépas - cette épreuve équivaut à la mort elle-même et procure l'expiation. Il ne s'agit évidemment pas de s'exposer volontairement à une telle terreur, mais de savoir que l'angoisse mortelle détient cette force expiatrice. Dès lors, le sens est remarquable : Maître du monde, le simple fait de nous être livrés à la mort et d'avoir été sur le point d'être exécutés - cela même expiera nos fautes pour l'amour de Ton nom.
Et pourquoi nous sauver ? « Pourquoi les nations diraient-elles : Où est leur Dieu ? » - car si Tu ne nous sauves pas après que nous avons fait don de notre vie, les nations diront : leur foi n'a aucune réalité. Nous avons vu Avraham être sauvé, nous avons vu 'Hanania, Michaël et Azaria être sauvés, et ceux-ci n'ont pas été sauvés - leur Dieu n'a donc aucun pouvoir réel. Il s'ensuivrait une profanation du Nom divin. Dès lors : sauve-nous pour Ton nom, afin qu'il ne soit pas profané, et l'expiation s'accomplira par la terreur de la mort que nous venons d'affronter.
Que signifie « car nous sommes devenus très misérables » (ki dalonou méod) ? Le Radak explique : la pauvreté et l'indigence dans lesquelles nous sommes plongés nous contraignent à courir sans cesse après un morceau de pain ; or, s'il n'y a pas de farine, il n'y a pas de Torah - par conséquent, ne nous impute pas la faute du bitoul Torah (la négligence de l'étude). Et si l'on objecte : qu'en est-il de l'intégrité dans le commerce (« as-tu négocié avec droiture ? ») ? C'est précisément le point : lorsqu'un homme est plongé dans une extrême misère, « pour un morceau de pain un homme commet une faute », et l'indigent risque de glisser vers le vol et la transgression, comme il est dit : « On ne méprise pas le voleur qui dérobe pour satisfaire sa faim ». En somme : si nous en sommes arrivés à négliger la Torah, ou à manquer d'intégrité dans nos affaires, c'est la rigueur de l'exil qui nous y a poussés, « nous sommes devenus très misérables », ne nous en tiens donc pas rigueur.
En termes imagés, il déclare : « Le pauvre en vient à user de fraude, car son gosier est vide, et peu lui importe s'il est permis ou défendu de se rassasier de pain ». Formule saisissante : le pauvre ne se soucie plus de savoir si ce pain est permis ou interdit, l'essentiel pour lui est de calmer sa faim, et tout cela n'est que la conséquence de sa détresse et de son dénuement.
Quel bénéfice espère-t-on tirer d'un tel plaidoyer ? L'Alshikh explique : lorsqu'un juge découvre des circonstances atténuantes pour l'accusé sur les premiers chefs d'inculpation, il se montre plus clément pour le reste de la cause. En effet, la justice commence généralement par examiner les fautes les plus lourdes : si un individu comparaît pour une infraction de stationnement et pour un meurtre, on le juge d'abord pour le meurtre. Il en va de même ici : si Tu nous trouves des mérites et des excuses pour les premières fautes, la sentence s'adoucira d'elle-même pour tout le reste. C'est pourquoi il est dit : « Ne nous rappelle pas nos premières fautes, que Tes miséricordes viennent promptement à notre rencontre, car nous sommes devenus très misérables » - car c'est cette indigence même qui nous a conduits à ces premières fautes, celles de l'abandon de la Torah et du manque de probité dans les affaires.
Le Malbim apporte une précision essentielle : l'aide (« 'ézer ») est inférieure à la délivrance (« yéchou'a »). La délivrance est un sauvetage absolu, tandis que l'aide intervient lorsque l'homme fait un premier pas et que l'autre vient lui prêter main-forte. C'est d'ailleurs ainsi que nous employons ces termes : sauver quelqu'un signifie qu'il était totalement impuissant et qu'on l'a tiré d'affaire de fond en comble ; l'aider signifie qu'il a agi et qu'on a simplement collaboré à son effort. Tel est le sens du verset : puisque Tu as toujours été « le Dieu de notre délivrance » et que Tu nous as sauvés d'une rédemption totale - comme lors de l'ouverture de la mer Rouge et de la sortie d'Égypte -, il convient que, même si nous ne méritons pas aujourd'hui une délivrance complète, Tu sois au moins notre « soutien ». Même si nous ne sommes pas dignes d'un salut absolu, viens au moins à notre aide et délivre-nous.
לָמָּה יֹאמְרוּ הַגּוֹיִם אַיֵּה אֱלֹהֵיהֶם יִוָּדַע בַּגּוֹיִם לְעֵינֵינוּ נִקְמַת דַּם עֲבָדֶיךָ הַשָּׁפוּךְ׃ - Pourquoi les nations diraient-elles : Où est leur Dieu ? Que soit manifeste parmi les peuples, sous nos yeux, la vengeance du sang versé de Tes serviteurs !
On cite ici un enseignement célèbre : bien souvent, les hommes s'écrient « Pourquoi ? » - pourquoi la Shoah, pourquoi la tragédie de Méron, pourquoi tel malheur ? À cela, le texte répond : « Pourquoi ? », ce sont les nations qui le disent. En tant que croyants, nous savons que le Saint, béni soit-Il, est la perfection même de la bonté, qu'Il ne désire que le bien de Ses enfants, et que tout ce que fait le Miséricordieux, Il le fait pour le bien. Le Juif ne demande pas « Pourquoi ? », mais il proclame en pleine conscience : « L'Éternel est juste, car j'ai bravé Ses commandements ». C'est l'homme dépourvu de foi qui ne cesse d'exiger : « Pourquoi ? ».
Et selon le sens littéral du verset : « Pourquoi les nations diraient-elles : Où est leur Dieu ? » - si Hachem est Dieu et Tout-Puissant, qu'Il prenne la défense de Son peuple ! Pourquoi le laisse-t-Il être humilié et opprimé sous le joug de ses ennemis ? C'est pourquoi : « Que la vengeance du sang versé de Tes serviteurs soit connue parmi les nations, sous nos yeux ! ».
Ibn Ezra soulève une difficulté : « Sous nos yeux » implique que nous soyons vivants, alors que « le sang versé de Tes serviteurs » laisse entendre que nous avons déjà péri. Il explique ainsi : le sens de « sous nos yeux » est que nous soyons encore en vie avant de mourir afin d'assister à cette rétribution ; quant au « sang de Tes serviteurs », il s'agit de ceux mentionnés au début du psaume : « Ils ont versé leur sang comme de l'eau », « la chair de Tes fidèles aux bêtes de la terre ». C'est-à-dire : Maître du monde, tire vengeance des nations et fais que nous voyions de nos propres yeux comment Tu venges le sang de ceux qui ont déjà été massacrés - il ne s'agit pas du sang versé à cet instant précis, car si notre propre sang coulait ainsi, nous ne serions plus là pour voir quoi que ce soit de nos yeux.
Le Malbim éclaire ainsi ce qui a été dit précédemment, « pour l'honneur de Ton Nom » : en quoi le Nom divin est-il ici glorifié ? Car si Tu n'interviens pas, les nations diront : « Où est leur Dieu ? » - ce qui constitue une profanation du Nom divin : Tu as toujours été le Dieu de notre délivrance, et à présent Tu ne nous portes même pas secours ? De plus, lorsque l'ennemi massacre Tes serviteurs sans que Tu ne venges leur sang, il y a là un immense Hiloul Hachem ; tandis que lorsque Tu tires vengeance du sang de Tes serviteurs, l'honneur du Ciel et la gloire d'Hachem, béni soit-Il, s'en trouvent grandis.
תָּבוֹא לְפָנֶיךָ אֶנְקַת אָסִיר כְּגֹדֶל זְרוֹעֲךָ הוֹתֵר בְּנֵי תְמוּתָה׃ - Que parvienne devant Toi le gémissement du captif ; par la grandeur de Ton bras, délivre ceux qui sont voués à la mort.
« Le gémissement du captif » (anqat assir) : la plainte, le cri du prisonnier ; les termes anaka ou néaka désignent un cri d'angoisse. Et que signifie « hoter » ? Les commentateurs l'expliquent de deux manières : la première dans le sens de délier les prisonniers de leurs fers, comme l'enseigne Rachi sur « Il délie les enchaînés » (matir assourim), défaire les liens pour qu'il ne reste ni entravé ni captif, à l'image du verset « le roi envoya le délier ». La seconde dans le sens de préserver, laisser un reste - « hoter » comme dans « abondamment et de reste » (day véhoter), qui ne renvoie pas au fait de dénouer un lien : préserve ceux qui sont voués à la mort, laisse-les en vie.
Et que signifie « ceux qui sont voués à la mort » (bené temouta) ? Rachi commente : Tes enfants qui se font tuer pour Toi. Cette tournure est fréquente chez nos Sages : « Mieux vaut qu'ils consomment la chair d'une bête agonisante mais rituellement abattue, plutôt que la chair d'une bête morte d'elle-même ». Le Radak explique : il s'agit de ceux qui touchent déjà au trépas ; un « ben temouta » est un être condamné, sur le point de succomber - « hoter », épargne-les, laisse-les vivre ! Autre sens : dénoue leurs chaînes, car ils sont asservis dans l'exil comme des prisonniers, et c'est là « le gémissement du captif » - brise les fers de ce captif, délivre-le de sa captivité en exil et ramène-les sur leur terre.
Et pour quelle raison convient-il d'exaucer cette requête de venger le sang versé de Tes serviteurs ? Le Malbim répond : au titre du « gémissement du captif », car nous Te supplions et T'implorons à ce sujet, et il y a là le râle du prisonnier en prière. En outre, arrache le captif à la mort, car la sombre réalité de ce trépas entraîne une profanation du Nom divin. « Par la grandeur de Ton bras » : montre-leur la puissance de Ton bras ! Faute de quoi ils prétendraient que Son bras n'est pas assez fort et qu'Il est incapable de sauver Son peuple ; bien au contraire, déploie la grandeur de Ton bras et préserve Ton peuple de la mort.
Autre explication, d'après les paroles de nos Sages dans le traité Sanhédrin (98a) : Élie a révélé à Rabbi Yéhoshoua ben Lévi que le Machia'h se tient aux portes de Rome. Là-bas, tous les souffrants ôtent tous leurs pansements d'un coup puis les renouent tous ensemble ; le Machia'h, lui, n'agit pas de la sorte, mais il défait un seul bandage, pose le nouveau, puis passe au suivant, afin que si l'ordre lui est donné de délivrer Israël, rien ne le retienne et qu'il puisse venir immédiatement racheter son peuple. C'est le sens de « broyé par nos fautes » : à cause de nos péchés, il est retenu captif. Telle est notre supplication : nous, exilés, demandons que « vienne devant Toi le gémissement du captif » - celui du Roi Machia'h, ce captif retenu aux portes de Rome. Et si nous n'en sommes pas dignes par nos mérites, alors « par la grandeur de Ton bras, délivre ceux qui sont voués à la mort » : par la seule force de Ton bras et l'immensité de Ta miséricorde et de Ta grâce, délie les condamnés et rachète Ton peuple Israël.
וְהָשֵׁב לִשְׁכֵנֵינוּ שִׁבְעָתַיִם אֶל חֵיקָם חֶרְפָּתָם אֲשֶׁר חֵרְפוּךָ אֲדֹנָי׃ - Rends à nos voisins, au septuple en leur sein, l'outrage qu'ils T'ont infligé, Seigneur !
Tout comme ils ont agi envers nous, fais retomber sur eux la juste rétribution de leurs forfaits. « Au septuple » (chiv'atayim) : deux fois sept, sept fois doublé. « En leur sein » (el 'hékam) : que le châtiment ne les frappe point de côté, ni un peu par en bas, ni un peu par en haut, mais qu'il atteigne directement le cœur de la cible sans jamais dévier ; « qu'il ne penche ni d'un côté ni de l'autre », selon les termes du Metsoudat David. « L'outrage » : le salaire de leurs insultes, ce par quoi ils T'ont bravé. Et en quoi T'ont-ils bravé ? Comme le rapporte le Radak : en s'écriant avec mépris « Où est leur Dieu ? ».
Tu ne reconnais pas le Saint, béni soit-Il ? Le Saint, béni soit-Il, viendra à ta rencontre. Dès lors que leur outrage retombera dans leur sein, ils comprendront et reconnaîtront qui est Hachem. À l'image de Pharaon qui disait : « Qui est Hachem pour que j'écoute Sa voix ? », et le Saint, béni soit-Il, déclara : « Afin de placer Mes signes que voici en son sein » - tu dis « qui » (Mi), reçois donc « ceux-ci » (Eleh), et à travers ces prodiges, tu reconnaîtras Dieu.
Et ici, explique le Malbim, le psalmiste demande que Tu fasses payer à nos voisins ce dont ils T'ont outragé, car cela touche à l'honneur de Ton Nom. Et il convient de leur rendre au septuple, car les outrages se mesurent à la valeur de celui qui est outragé et de celui qui outrage : faire honte à un grand homme n'est pas comparable à faire honte à un homme ordinaire, et un personnage éminent qui outrage n'est pas comparable à un homme vil qui outrage (il existe d'ailleurs deux avis pour déterminer ce qui est le plus grave). Pour ce qui nous concerne, il n'y a ici aucune commune mesure entre l'offenseur et l'offensé : l'offenseur, ce sont les nations, et l'offensé, c'est le Saint, béni soit-Il. Selon la bassesse de l'offenseur et l'infinie grandeur de l'offensé, il convient qu'ils reçoivent un châtiment décuplé, à la mesure de l'intensité des outrages et de la gravité de la faute, faute terrible et effroyable que des êtres si vils outragent un Dieu si élevé et sublime.
C'est pourquoi « au septuple » (chiv'atayim), dit le Malbim, signifie un nombre incalculable de fois. En effet, si l'on veut rétribuer à la juste valeur, cette valeur est sans borne, car on ne peut mesurer le Saint, béni soit-Il, qui est infini ; il est donc juste qu'ils reçoivent un châtiment sans mesure.
וַאֲנַחְנוּ עַמְּךָ וְצֹאן מַרְעִיתֶךָ נוֹדֶה לְּךָ לְעוֹלָם לְדוֹר וָדֹר נְסַפֵּר תְּהִלָּתֶךָ׃ - Et nous, Ton peuple et le troupeau de Ton pâturage, nous Te rendrons grâce à jamais, de génération en génération nous proclamerons Ta louange.
« Et nous, Ton peuple » - ce peuple bien connu, dit Ibn Ezra, car nous sommes Ton peuple depuis toujours ; « nous Te rendrons grâce » lorsque Tu nous rachèteras. Le Radak ajoute : que nous soyons en exil ou que nous en soyons sortis, nous demeurons à jamais Ton peuple et le troupeau de Ton pâturage, et nous Te rendrons toujours grâce. Ce n'est pas parce que nous sommes en exil que nous abandonnons Dieu, à Dieu ne plaise ; nous Te louerons sans cesse.
Le Malbim explique que par là, nous Te rendrons grâce à jamais et Ton Nom sera sanctifié : il y a ici la reconnaissance pour le bien que Dieu nous a prodigué jusqu'à présent, et il y a « nous proclamerons Ta louange », qui est la célébration et le récit des merveilles accomplies par le Créateur en notre faveur. Et quelle est la différence entre « à jamais » (le'olam) et « de génération en génération » (ledor vador) ? Le Malbim l'a déjà précisé en plusieurs endroits : « à jamais » renvoie au temps continu et infini, tandis que « de génération en génération » désigne un temps scandé par les générations successives.
Dès lors, la reconnaissance pour le bienfait déjà reçu est perpétuelle - tous les jours de notre existence, nous rendons grâce au Saint, béni soit-Il, et c'est là le sens de « à jamais » : tant que je vis en ce monde. En revanche, le récit de la louange est destiné aux générations futures : je le transmets à mon fils, qui le racontera au sien, et ainsi de suite ; voilà pourquoi il est dit « de génération en génération ». C'est ainsi que nous récitons le Hallel le soir du Séder, pour rendre grâce de ce qu'Il a accompli pour nos pères - mon père m'a transmis ce Hallel, je le transmets à mon fils, et ainsi de suite. La célébration et la louange traversent les générations, tandis que la reconnaissance personnelle est éternelle : tant que je respire, je remercie Hachem, béni soit-Il, pour ce qu'Il a fait pour moi.
La conclusion du psaume 79 est une prière jaillie du tréfonds de l'exil : ne Te souviens pas de nos premières fautes - ni de celles de notre jeunesse, ni de celles de nos ancêtres - et que Ta miséricorde vienne promptement à notre rencontre, car c'est notre dénuement même qui nous a conduits aux égarements. « Viens à notre aide, Dieu de notre salut » - et si nous ne méritons pas une délivrance complète, accorde-nous au moins Ton secours. Toute cette supplication tourne autour de l'honneur de Son Nom, pour que les nations ne disent point « Où est leur Dieu ? », et pour que soit manifeste la vengeance du sang de Ses serviteurs. Que le gémissement du captif vienne devant Toi - celui des prisonniers de l'exil et celui du Roi Machia'h enchaîné aux portes de Rome - et délivre les voués à la mort selon la grandeur de Ton bras ; rends à nos voisins au septuple, sans mesure, à la hauteur de la bassesse de l'offenseur et de l'infinie majesté de l'offensé. Quant à nous, que ce soit dans l'exil ou dans la rédemption, nous sommes Ton peuple et le troupeau de Ton pâturage : nous Te rendrons grâce à jamais, tous les jours de notre vie, et proclamerons Ta louange de génération en génération.