Jusqu'ici, Assaf a décrit les bienfaits d'Hachem en Égypte, à la mer Rouge, dans le désert et lors de l'entrée en terre d'Israël. À partir d'ici, le psaume se tourne vers une nouvelle époque : celle des Juges (Chofetim). C'est ainsi que l'expliquent tous les commentateurs, et c'est ce qu'affirme Ibn Ezra : le texte nous raconte désormais comment les enfants d'Éphraïm se sont rebellés, et comment le sanctuaire de Chilo a été détruit en conséquence. Le Malbim ajoute la tonalité qui traverse tout ce passage : après tous ces miracles, après que le Saint, béni soit-Il, a accompli Ses promesses et les a introduits dans le pays, après sept années de conquête et sept années de partage, on se serait attendu à ce qu'ils s'élèvent continuellement sur le plan spirituel, se trouvant désormais sur la terre sainte et sous le rayonnement de la Présence divine (la Chekhina). Mais la réalité fut tout autre.
וַיְנַסּוּ וַיַּמְרוּ אֶת־אֱלֹהִים עֶלְיוֹן וְעֵדוֹתָיו לֹא שָׁמָרוּ׃ - Mais ils mirent à l'épreuve et bravèrent le Dieu Très-Haut, et ils n'observèrent point Ses témoignages.
Après la disparition de Josué (Yéhochou'a) et des Anciens, Israël recommence à éprouver Hachem. En quoi consistait cette épreuve ? Le Malbim relève avec précision l'expression « Dieu Très-Haut » (Élohim 'Elyon) : une fois de plus, ils doutent et se demandent si Hachem est le Dieu suprême ou seulement une divinité parmi d'autres. Comme nous l'avons déjà expliqué, on croyait à cette époque en l'existence d'un Dieu suprême, transcendant et détaché de ce bas-monde, tandis que les affaires terrestres étaient censées être dirigées par les forces de la nature, des divinités intermédiaires tirant leur puissance de ce Dieu suprême. Le peuple d'Israël, imprégné de cette conception depuis l'Égypte, vérifie constamment : qui nous dirige ? Est-ce le Dieu Très-Haut ou l'une des forces de la nature ? Car s'il s'agit du Dieu suprême, nul ne peut Lui résister ; mais s'il s'agit d'une force de la nature, une autre force plus puissante pourrait survenir et contrecarrer Son action.
C'était là également le doute de Pharaon : qui s'adresse à moi en ce moment ? Le Dieu suprême, comme l'affirme Moïse, ou bien une divinité locale qui a pris le dessus temporairement, auquel cas il suffit d'attendre que notre dieu se réveille et triomphe d'elle ? C'est le sens de ce verset : « Ils bravèrent le Dieu Très-Haut » - ils doutent à nouveau de Sa suprématie absolue. Et s'Il n'est pas le Très-Haut, pensent-ils, rien n'empêche de se tourner vers d'autres cultes idolâtres dans l'espoir d'en tirer avantage. « Et ils n'observèrent point Ses témoignages » : ils ne tinrent pas compte des avertissements transmis par les prophètes ; ou bien, selon le Malbim, « Ses témoignages » désigne la Torah, ce qu'Il leur a enjoint et ordonné d'observer - et qu'ils n'ont pas gardé.
וַיִּסֹּגוּ וַיִּבְגְּדוּ כַּאֲבוֹתָם נֶהְפְּכוּ כְּקֶשֶׁת רְמִיָּה׃ - Ils reculèrent et furent infidèles comme leurs pères, ils se retournèrent comme un arc trompeur.
« Ils reculèrent » : le Radak explique qu'ils ont fait marche arrière. À l'époque des Juges, dans l'intervalle entre deux juges, ils ne cessaient de régresser. « Comme leurs pères » : les générations suivantes imitent les premières. Tout comme leurs ancêtres lors de la sortie d'Égypte s'étaient rebellés contre Hachem, comme le décrit l'ensemble du psaume, ils font preuve de la même infidélité.
« Un arc trompeur » (kéchèt remiya) : le terme remiya renvoie à la tromperie et à la ruse. Le Radak explique qu'un archer fourbe et rusé, pour ne pas éveiller les soupçons de ses cibles, tire d'abord des flèches dans une autre direction, comme s'il s'entraînait simplement. Puis, en un instant, il se retourne brusquement et décoche une flèche sur celui qu'il veut abattre. Il endort sa vigilance avant de le frapper. Ainsi agissait Israël : ils servaient Hachem du vivant du juge, mais dès la mort de celui-ci, ils retournaient immédiatement à leurs errements passés. « Et le pays fut en repos pendant quarante ans », il y avait une accalmie, puis, le juge disparu, ils rechutaient. C'est en cela qu'ils ressemblent à un arc trompeur.
Rachi propose une autre interprétation : un arc trompeur est un arc faussé ou mal réglé. L'archer vise une direction, mais la flèche part ailleurs ; l'arc ne conduit pas la flèche là où le tireur le souhaitait.
Le saint Alshikh propose une explication remarquable : les archers malintentionnés avaient coutume, pour ne pas effrayer les passants et les faire fuir, de détendre la corde de l'arc et de tenir l'arme à l'envers, d'une manière impropre au tir. Le passant, voyant un arc sans corde et tenu à l'envers, se sent en sécurité et s'approche. Selon ses propres termes : « Et lorsqu'il passe devant eux, ils retournent l'arc dans le bon sens, remettent la corde à sa place, ajustent leur flèche sur la corde pour tirer dans l'ombre sur l'innocent sans défense, pour piller et dépouiller. » C'est cela, un arc trompeur : tout donne l'impression qu'il ne causera aucun tort, et en une fraction de seconde, la situation se renverse.
Le Malbim propose une troisième explication : un arc trompeur est un arc qui décoche la flèche sur son propre tireur. L'archer tire, et la flèche l'atteint lui-même au lieu de frapper l'ennemi. De même, le Saint, béni soit-Il, voulait qu'Israël soit semblable à des flèches dans la main d'un guerrier - qu'ils anéantissent les idoles et fassent grandir la foi dans le monde ; or soudain, ils se sont retournés comme une flèche dirigée contre le Saint, béni soit-Il. Hachem dit : « Je voulais que vous soyez des flèches entre Mes mains pour propager la foi dans le monde, et voilà que vous propagez l'idolâtrie ».
וַיַּכְעִיסוּהוּ בְּבָמוֹתָם וּבִפְסִילֵיהֶם יַקְנִיאוּהוּ׃ - Ils L'irritèrent par leurs hauts lieux et excitèrent Sa jalousie par leurs idoles.
Ils Le mettent en colère par les hauts lieux qu'ils consacrent à l'idolâtrie, et excitent Sa jalousie par des statues - jusqu'à ce que vienne Chemouel qui les ramène sur le droit chemin, après quoi ils retombent dans leurs travers. Le Malbim cite à cet égard le verset : « Ils ont excité Ma jalousie par ce qui n'est point dieu, ils M'ont irrité par leurs vanités » : le Saint, béni soit-Il, s'irrite de ces vanités et des hauts lieux érigés pour ces chimères, et Sa jalousie est provoquée lorsqu'ils remplacent le culte d'Hachem par un « non-dieu » et des idoles sculptées.
שָׁמַע אֱלֹהִים וַיִּתְעַבָּר וַיִּמְאַס מְאֹד בְּיִשְׂרָאֵל׃ וַיִּטֹּשׁ מִשְׁכַּן שִׁלוֹ אֹהֶל שִׁכֵּן בָּאָדָם׃ - Dieu entendit et s'emporta avec fureur, et Il prit Israël en grand dégoût. Il délaissa le Sanctuaire de Chilo, la tente où Il résidait parmi les hommes.
« Dieu entendit » - Il entendit ces paroles qui suscitaient la colère, explique le Radak, car lorsqu'ils servaient d'autres divinités, ils irritaient Hachem. « Et Il prit grandement en dégoût » - en quoi consistait ce rejet ? En ce qu'Il exila l'Arche d'auprès d'eux.
Que signifie « vayit'aber » ? Nous avons déjà rappelé à plusieurs reprises la distinction établie par le Malbim entre la colère simple (ka'as) et la fureur débordante ('evrah) : la colère reste mesurée, tandis que l''evrah éclate et dépasse la juste mesure, à l'image de l'ange destructeur qui ne distingue plus le juste de l'impie. Telle est la dimension de l''evrah - une colère qui s'étend même à celui qui ne la mérite pas. Ainsi, ayant pris en dégoût Israël qui avait fauté contre Lui, « Il s'emporta avec fureur » et délaissa également le Sanctuaire de Chilo. Or, à première vue, Chilo est un lieu saint, et quelle faute avait-il commise ? Il convenait d'abandonner les transgresseurs ! Mais telle est la nature de l''evrah, qui franchit toutes les limites.
Une autre raison s'ajoute à cela : « la tente où Il résidait parmi les hommes » - la véritable tente du Saint, béni soit-Il, réside dans l'homme. « Ils Me feront un sanctuaire et Je résiderai au milieu d'eux » - précisément au milieu d'eux ; l'essence du Sanctuaire est au plus profond de l'homme, qui doit en être digne. Et si les hommes n'en sont plus dignes, comment Hachem résiderait-Il parmi nous ? C'est pourquoi Il retire Sa Présence divine et abandonne le Sanctuaire de Chilo : l'essentiel n'est pas le bâtiment matériel ni la structure du Sanctuaire, mais l'homme qui doit s'y préparer intérieurement. Et dès lors que l'homme n'est plus intègre ni digne - Il délaisse le Sanctuaire de Chilo.
וַיִּתֵּן לַשְּׁבִי עֻזּוֹ וְתִפְאַרְתּוֹ בְיַד־צָר׃ - Et Il livra Sa force à la captivité, et Sa splendeur aux mains de l'ennemi.
Rachi commente : Il livra l'Arche et les Tables de la Loi aux mains des Philistins. Nous avons déjà mentionné que les termes « Sa force et Sa splendeur » désignent l'Arche, comme il est dit : « Toi et l'Arche de Ta force », en laquelle se révélaient la puissance et la gloire de Dieu, et par cette force, Il aplanissait leurs chemins. Le Malbim explique qu'il est détaillé ici comment s'est opéré l'abandon du Sanctuaire et de quelle façon : Il a pris l'Arche et l'a livrée à la captivité, aux mains des Philistins. L'Arche est appelée « Sa force » en raison de la Torah qu'elle contient, et « Sa splendeur » car c'est par elle que le Saint, béni soit-Il, accomplissait des signes et des prodiges.
« Et Sa gloire entre les mains de l'ennemi » - les nations ont triomphé et s'en sont enorgueillies. Au lieu que l'Arche soit notre gloire, les nations l'ont capturée et s'en sont vantées : nous avons pu les vaincre, vaincre leur Torah, vaincre leur Dieu. Certes, il est rapporté que Chaoul a couru depuis le champ de bataille, a arraché les Tables de la Loi et les a sauvées, de sorte que l'Arche a été prise sans les Tables ; mais quoi qu'il en soit, l'Arche a été livrée à la captivité. « Sa gloire », c'est la Torah - et d'ailleurs, la Torah est associée dans les Séfirot à la dimension de Tif'éret, ce qui correspond parfaitement au sujet ; au sens plus simple, l'Arche s'accompagnait de signes et de prodiges, et à présent l'ennemi s'en glorifie. Le Malbim ajoute que « Tif'éret » (gloire, splendeur) surpasse toujours « Oz » (puissance) : la puissance reste encore dans l'ordre naturel, tandis que la splendeur dépasse la nature.
Le saint Alshich propose ici une explication remarquable et novatrice. Il demande : comment Hachem n'a-t-Il pas ménagé l'honneur de l'Arche en la livrant aux mains de l'ennemi ? Il répond : précisément parce que « Sa gloire était entre les mains de l'ennemi » - c'est l'ennemi, ce sont les nations qui ont glorifié et honoré l'Arche. Ils ont dit : « Ce sont là les dieux puissants qui ont frappé l'Égypte de toutes sortes de plaies » ; à la suite de la capture de l'Arche, Dagon est tombé, les mains et les pieds coupés ; et ils ont été frappés d'hémorroïdes et d'ulcères par un fléau terrible ; pour finalement la renvoyer avec de grands honneurs. Il s'avère donc que le Saint, béni soit-Il, dit : Je vois que l'Arche ne reçoit pas de gloire chez vous, alors où sera Sa gloire ? Entre les mains de l'ennemi. Quand l'Arche était parmi vous, vous ne l'avez pas respectée comme il se doit et vous avez couru après les idoles, tandis que les nations chez qui elle est arrivée - voyez avec quel respect elles l'ont traitée. C'est le sens de « et Sa gloire entre les mains de l'ennemi ».
וַיַּסְגֵּר לַחֶרֶב עַמּוֹ וּבְנַחֲלָתוֹ הִתְעַבָּר׃ - Il livra Son peuple au glaive, et s'emporta contre Son héritage.
« Il livra Son peuple au glaive » - beaucoup périrent lors de cette guerre, explique le Radak, et le Malbim dénombre trente mille morts. « Et s'emporta contre Son héritage » - cela ne fait pas seulement référence aux hommes qui moururent, mais à la destruction du Tabernacle de Chilo. Le Malbim explique en plusieurs endroits que le terme « héritage » (Nahala) désigne toujours la sainteté ; par conséquent, « contre Son héritage Il s'emporta » signifie que même dans le lieu saint, à savoir le Tabernacle, il y eut un débordement de colère qui dépassa toute mesure.
בַּחוּרָיו אָכְלָה־אֵשׁ וּבְתוּלֹתָיו לֹא הוּלָּלוּ׃ - Le feu dévora ses jeunes gens, et ses jeunes filles ne furent point célébrées.
Rachi explique « feu » : le feu de Son emportement, cette même fureur dont nous venons de parler ; « ne furent point célébrées » : n'entrèrent point sous le dais nuptial (la Houppa). Rachi cite le midrash de nos Sages selon lequel ce verset s'applique à Nadav et Avihou, qui sont venus offrir un feu étranger et que le feu a consumés, de sorte qu'ils n'ont pas pris d'épouses. Mais Rachi remarque que tel n'est pas le sens littéral du texte : l'interprétation rabbinique est vraie, mais le verset traite déjà du Tabernacle de Chilo ; comment serait-il possible de suivre le fil historique de Chilo et de revenir soudain à Nadav et Avihou ? Nos Sages interprètent souvent les versets en dehors du contexte immédiat, mais quiconque cherche à expliquer le déroulement ordonné d'un chapitre ne peut retenir cette explication.
Le Radak interprète « feu » au sens métaphorique : la guerre est comparée au feu. De nos jours, l'expression est évidente, comme dans « cessez-le-feu », car à la guerre on tire de vrais coups de feu ; mais à leur époque, d'où sait-on que la guerre est appelée feu ? Du verset : « Car un feu est sorti de Heshbon, une flamme de la cité de Sihon » - c'est-à-dire qu'ils ont mené la guerre. « Le feu dévora ses jeunes gens » : les jeunes hommes partis au combat ; « et ses jeunes filles ne furent point célébrées » : puisque les jeunes gens qu'elles devaient épouser étaient morts, les jeunes filles n'entrèrent pas sous la Houppa.
Et d'où sait-on que le terme « Houlalou » (célébrées) se rapporte au mariage ? Rachi tout comme le Radak rapportent que la Guémara désigne le lieu des noces par l'expression « Bé Hiloula ». Et pourquoi l'appelle-t-on ainsi ? Le Radak explique : parce qu'on célèbre par des chants le marié et la mariée. De même, le Malbim indique que l'on louait la fiancée en disant : « Fiancée belle et gracieuse », et c'est pour cette raison que la fête nuptiale s'appelle Hiloula.
Le Malbim lui-même explique : lors d'une guerre obligatoire (Mil'hémet Mitsva), il est écrit que même le marié sort de sa chambre et la mariée de son dais nuptial ; c'est pourquoi, là-bas, les jeunes gens comme les jeunes filles sont tombés. Dès lors, « ses jeunes filles ne furent point célébrées » signifie qu'elles aussi périrent. Et lorsqu'il est dit « la mariée de son dais », cela ne signifie pas qu'elle partait manier les armes, car il est interdit à une femme de porter une arme et de combattre, ainsi qu'il est dit : « Une femme ne portera point un habit d'homme » ; mais elles soutenaient l'effort de guerre en pourvoyant aux besoins des combattants.
כֹּהֲנָיו בַּחֶרֶב נָפָלוּ וְאַלְמְנֹתָיו לֹא תִבְכֶּינָה׃ - Ses prêtres tombèrent par le glaive, et ses veuves ne purent pleurer.
Lors de cette même bataille où l'Arche fut capturée, 'Hophni et Pin'has moururent : ce sont eux, « ses prêtres tombèrent par le glaive ». « Et ses veuves ne pleureront point » : même sa veuve [celle de Pin'has] ne put le pleurer, car elle mourut elle aussi à ce moment précis, comme il est écrit : « Elle s'accroupit et enfanta, car ses douleurs la surprirent », et elle expira en couches le jour où elle apprit la capture de l'Arche et la mort de son époux.
Ibn Ezra soulève une difficulté : il ne s'agit là que d'une seule femme, alors pourquoi employer le pluriel ? Il répond que ce qui arriva à la femme de Pin'has frappa également d'autres veuves de combattants tombés, et qu'elle n'en est qu'un exemple ; elles non plus ne purent pleurer, car elles moururent de douleur et de chagrin.
Le Metsoudat David propose une explication remarquable : il ressort des versets que la douleur causée par la capture de l'Arche dépassait celle causée par la mort des hommes. On le constate chez Éli : ce ne fut point lorsqu'il apprit que ses deux fils étaient morts qu'il tomba à la renverse et se brisa la nuque, mais bien lorsqu'on lui dit « et l'Arche de Dieu a été prise ». La captivité de l'Arche surpassait toute autre tragédie. Dès lors, « ses prêtres tombèrent par le glaive et ses veuves ne pleurèrent point » signifie qu'elles ne pleurèrent pas sur leurs maris, car leurs larmes pour l'Arche étaient bien plus vives, comme si elles n'avaient même pas le répit de les pleurer ; la douleur liée à la capture de l'Arche éclipsa tellement la mort des époux que leur deuil personnel ne compta pour rien.
וַיִּקַץ כְּיָשֵׁן אֲדֹנָי כְּגִבּוֹר מִתְרוֹנֵן מִיָּיִן׃ - Le Seigneur s'éveilla comme un dormeur, comme un guerrier qui s'ébroue du vin.
Le Radak explique : c'est comparable à un homme assoupi par l'excès de vin qu'il a bu, et qui, se réveillant de son ivresse, pousse des cris et s'anime. Et pourquoi « comme un guerrier » ? Parce que la seule raison pour laquelle sa force avait faibli, pour ainsi dire, provenait du vin ; et dès qu'il se dessoule, sa vaillance lui revient. Le sens profond en est le suivant : le Saint, béni soit-Il, voyant les fautes d'Israël, semblait comme endormi, n'intervenant pas pour les sauver. La métaphore du vin est particulièrement juste, car le vin est rouge, faisant écho à « Si vos péchés sont comme l'écarlate » ; Il était donc pour ainsi dire assoupi en raison de leurs fautes, rouges comme le vin, et de ce fait ne les délivrait pas de la main de leurs ennemis.
On peut ajouter ici une notion kabbalistique. Il est enseigné qu'au moment du miracle de Pourim, comme l'explique le saint Ari, il y eut une « dormita » - terme kabbalistique désignant un état où le Zeïr Anpin se trouve pour ainsi dire endormi. C'est le sens des paroles de Haman : « Il est (yéchno) un peuple », qui renvoient à « ils dorment (yachenou) quant aux mitsvot », et pour ainsi dire, le Saint, béni soit-Il, dort ; puis, lors du miracle, survint le réveil de Zeïr Anpin. Selon cette idée, « Le Seigneur s'éveilla comme un dormeur » relève de cette même notion de dormita, où un état de sommeil se manifeste, pour ainsi dire, dans la réalité de Zeïr Anpin. Cela appartient, bien entendu, à la dimension ésotérique de la Torah.
וַיַּךְ־צָרָיו אָחוֹר חֶרְפַּת עוֹלָם נָתַן לָמוֹ׃ - Il frappa Ses adversaires par-derrière, Il leur infligea un opprobre éternel.
Selon le Radak, après que leurs fautes se furent multipliées et qu'ils eurent provoqué Sa colère par leurs mauvaises actions, « Le Seigneur s'éveilla comme un dormeur et frappa Ses adversaires par-derrière » : ces termes s'appliquent ici à Israël eux-mêmes. Le Saint, béni soit-Il, parut s'éveiller et les frappa. Et qu'est-ce qu'un « coup par-derrière » ? Au point qu'ils firent demi-tour et reculèrent devant leurs ennemis. En effet, au combat, faire retraite devant l'ennemi signifie fuir et lui tourner le dos. De plus, quand un homme s'enfuit devant l'adversaire, celui-ci le frappe par-derrière : c'est pourquoi il est dit « Il frappa Ses adversaires par-derrière », portant des coups au dos des fuyards. Tout cela était le châtiment de leurs fautes, car ils L'avaient irrité par l'idolâtrie. « Il leur infligea un opprobre éternel » fait référence à l'exil de l'Arche, qui demeura une honte à jamais pour Israël.
Le Malbim interprète le verset à l'opposé : Hashem s'éveilla pour tirer vengeance des nations qui avaient capturé l'Arche, tel un dormeur jaloux de l'honneur de l'Arche. « Il frappa Ses oppresseurs par-derrière » : cela fait allusion aux hémorroïdes et aux tumeurs dont furent frappés les Philistins, une atteinte littéralement au siège du corps, lorsqu'ils allaient se soulager et que leurs entrailles se répandaient. Voilà pourquoi c'est un « opprobre perpétuel », car c'est une déchéance infamante pour l'homme d'aller se soulager et de voir ses entrailles se répandre ainsi.
וַיִּמְאַס בְּאֹהֶל יוֹסֵף וּבְשֵׁבֶט אֶפְרַיִם לֹא בָחָר׃ - Il dédaigna la tente de Joseph, et ne choisit point la tribu d'Éphraïm.
« Il dédaigna la tente de Joseph » : le sanctuaire de Chilo fut détruit. Le Radak fait remarquer que même lorsque l'Arche revint, elle ne retourna pas à Chilo. Ce lieu, situé dans le territoire d'Éphraïm, ne servit plus jamais de demeure pour la Présence divine (Chékhinah) ; l'Arche erra d'un endroit à un autre jusqu'à ce que le roi David l'amenât à Jérusalem. De même, Il dédaigna la tribu d'Éphraïm en ne la choisissant pas pour la royauté.
וַיִּבְחַר אֶת־שֵׁבֶט יְהוּדָה אֶת־הַר צִיּוֹן אֲשֶׁר אָהֵב׃ - Mais Il choisit la tribu de Juda, la montagne de Sion qu'Il aime.
En contrepartie de « et ne choisit point la tribu d'Éphraïm », il est dit : « Mais Il choisit la tribu de Juda », qui prit sa place pour la royauté. Et face à « Il dédaigna la tente de Joseph », c'est-à-dire le sanctuaire de Chilo, le verset proclame : « la montagne de Sion qu'Il aime », car Il choisit désormais Jérusalem. Et que signifie « qu'Il aime » ? Le Metsoudat David explique qu'Il chérissait ce lieu depuis les temps les plus reculés, car c'est là que se déroula la ligature d'Isaac.
וַיִּבֶן כְּמוֹ־רָמִים מִקְדָּשׁוֹ כְּאֶרֶץ יְסָדָהּ לְעוֹלָם׃ - Il bâtit Son sanctuaire pareil aux hauteurs, comme la terre qu'Il a fondée pour toujours.
Rachi propose deux explications. La première : tout comme pour les cieux et la terre, au sujet desquels deux mains sont mentionnées - « Ma main a fondé la terre, et Ma droite a déployé les cieux » -, de même le Beth Hamikdach a été édifié par les deux mains divines : « Le sanctuaire, ô Éternel, que Tes mains ont fondé ». La seconde : tout comme le ciel et la terre ne connaissent aucun substitut, de même le Sanctuaire ne peut être remplacé pour y faire résider la Chékhinah ; il n'y a aucun autre lieu sous le ciel ni sous la terre, et de même, nul endroit ne saurait remplacer le Sanctuaire.
Le Radak explique selon le sens littéral du texte : « pareil aux hauteurs » (kemo ramim) - comme de hauts palais, car les rois bâtissaient des palais élevés et majestueux, et c'est ainsi que Dieu édifia Son sanctuaire. Le texte use d'une formule concise, comparable à « comme un troupeau de brebis tondues ». « Comme la terre qu'Il a fondée pour toujours » : contrairement à ce qui s'était passé à Guilgal, Chilo, Nob et Guib'on, qui n'étaient que des étapes temporaires, Il bâtit Son sanctuaire pour l'éternité. Cela ne signifie pas que l'édifice lui-même subsisterait sans interruption, puisqu'il fut détruit à deux reprises, mais que le lieu demeurerait éternel : même le troisième Beth Hamikdach, qui descendra tout édifié dans le feu céleste, s'élèvera sur ce même emplacement. Cet endroit sur le mont Moriah est éternel, ainsi qu'il est écrit dans le premier livre des Rois (8, 13) : « Un lieu fixé pour Ta résidence à tout jamais » - de ce lieu, la Chékhinah ne s'éloignera jamais.
Le Malbim approfondit le sens de l'expression « pareil aux hauteurs » : le Sanctuaire est comparable à une échelle posée sur la terre et dont le sommet touche le ciel ; la Jérusalem céleste fait directement face à la Jérusalem terrestre, et comment parvient-on à la Jérusalem céleste ? Depuis le Sanctuaire, lieu de résidence de la Chékhinah. Son fondement est comme la terre et son sommet est dans les hauteurs - c'est lui qui relie les mondes supérieurs aux mondes inférieurs.
Comme cela a déjà été rappelé d'après un enseignement du Rav Nissim Perets zts''l au nom du Ramchal, la formule traditionnelle d'intention avant la prière énonce : « Je me tiens prêt à prier face à Jérusalem la ville sainte, le Temple, le Saint des Saints, où se trouvent la porte du ciel et la Chékhinah, entre les deux Chérubins ». Et que trouve-t-on précisément entre ces deux Chérubins ? Il est expliqué au début de l'ouvrage Otsrot 'Haïm et dans d'autres textes fondamentaux que lorsque le Saint, béni soit-Il, créa Son monde, Il contracta Sa lumière (le tsimtsoum), retirant Sa présence et Sa lumière pour former une sorte d'espace circulaire vacant - car sans cela, toute créature issue du sein de la lumière divine infinie s'y serait aussitôt résorbée pour ne faire qu'un avec Lui. Par la suite, Il fit descendre de Son Essence bénie un fin rayon de lumière (le kav) au cœur de cet espace du tsimtsoum, et c'est autour de ce rayon que s'agencèrent les Séfirot - les sphères circulaires ('igoulim) et les sphères linéaires (yocher). Savoir si le tsimtsoum doit être compris au sens littéral ou non fait l'objet d'une profonde controverse parmi les kabbalistes, comme cela a déjà été développé lors des cours sur le Mikhtav MéEliyahou. Quoi qu'il en soit, la dimension intérieure de toute chose réside dans la lumière divine, et le Ramchal enseigne que ce fin rayon de lumière primordiale aboutit précisément entre les deux Chérubins. Cela concorde admirablement avec les explications du Malbim, qui était un grand kabbaliste et consacra de longues années à ces études : le Beth Hamikdach constitue le pont et le lien direct entre le monde d'en bas et le monde d'en haut.
וַיִּבְחַר בְּדָוִד עַבְדּוֹ וַיִּקָּחֵהוּ מִמִּכְלְאֹת צֹאן׃ - Il choisit David, Son serviteur, et le prit des enclos du bétail.
Tout comme Il a choisi le lieu du Temple pour toujours, Il a choisi David Son serviteur pour l'éternité. Le Radaq explique : il n'y aura plus jamais d'autre roi sur Jérusalem sinon David et sa descendance pour toujours. « Et Il le prit des enclos du bétail » - des clôtures du troupeau, de l'endroit où l'on enferme les bêtes, Il l'a pris pour en faire le roi d'Israël.
מֵאַחַר עָלוֹת הֱבִיאוֹ לִרְעוֹת בְּיַעֲקֹב עַמּוֹ וּבְיִשְׂרָאֵל נַחֲלָתוֹ׃ - D'auprès des brebis qui allaitent Il le fit venir, pour faire paître Jacob Son peuple, et Israël Son héritage.
Les « olot » sont les femelles qui allaitent au sein du troupeau. Pourquoi portent-elles ce nom ? Le Radaq explique : parce qu'elles élèvent leurs petits, et les petits sont appelés « olim », au sens de jeunes nourrissons, comme les nouveau-nés (olelim) ; ainsi qu'il est écrit : « Il conduit les brebis qui allaitent », « le menu et le gros bétail allaitent chez moi », « et si on les presse un seul jour ».
Et Rachi rapporte l'enseignement de nos Sages : David faisait paître pour son père les bêtes qui allaitent, car il était compatissant. Il faisait d'abord sortir les chevreaux et leur donnait à brouter la cime tendre des herbes ; puis il faisait sortir les béliers qui mangeaient le milieu des herbes ; enfin, il sortait les vieilles bêtes qui en consommaient les racines. Le Saint, béni soit-Il, dit alors : « Celui-ci est digne de faire paître Mon peuple. » Car s'il avait fait sortir les bêtes saines et vigoureuses en premier, elles auraient tout dévoré sans rien laisser de ce qui revenait aux plus faibles. Nous apprenons ainsi que David HaMélekh manifestait une immense délicatesse, jusque dans sa façon de s'occuper du troupeau. Et le Saint, béni soit-Il, a éprouvé Moché Rabbénou à travers le troupeau, tout comme Il y a éprouvé David HaMélekh - c'est à travers le troupeau qu'Il éprouve les dirigeants, afin de voir s'ils sont dignes d'assumer la conduite du peuple.
Le Malbim analyse précisément la suite du verset : Il l'a amené à guider selon deux modes de direction - la direction politique et la direction morale. La direction politique consiste à mener leurs guerres et à pourvoir à la subsistance du peuple ; la direction morale consiste à les guider sur le plan spirituel. Où cela est-il suggéré ? « Pour faire paître Jacob Son peuple, et Israël Son héritage » : le nom « Jacob » désigne toujours Israël dans son état d'abaissement, dérivant du mot éqev (le talon) ; « Israël » les désigne dans leur élévation spirituelle, exprimant la souveraineté (serara), « avec noblesse et dignité de souverains ». Il en ressort que la direction politique correspond à « faire paître Jacob Son peuple », tandis que la direction morale et spirituelle correspond à « et Israël Son héritage » - le verset emploie le terme « Son héritage » (na'halato) car, comme le Malbim l'a déjà souligné, l'héritage renvoie toujours à la sainteté, puisqu'il s'agit ici de la direction spirituelle, celle de la Torah.
Le Malbim ajoute un principe fondamental : le Temple et la royauté de la maison de David ont tous deux besoin de la plénitude de la collectivité pour subsister. Si la collectivité n'atteint pas cette perfection, le Beit HaMikdach est détruit ; si la collectivité n'est pas intègre, la royauté de David est suspendue et dispersée. Tous deux sont d'ailleurs interdépendants, comme le Malbim l'explique longuement au chapitre 132. Et quand sommes-nous dignes du Temple et de la royauté de la maison de David ? Lorsque l'ensemble du peuple forme un tout intègre et uni.
וַיִּרְעֵם כְּתֹם לְבָבוֹ וּבִתְבוּנוֹת כַּפָּיו יַנְחֵם׃ - Et il les fit paître selon l'intégrité de son cœur, et les guida avec l'intelligence de ses mains.
« Et il les fit paître selon l'intégrité de son cœur » - avec la droiture et la sincérité qui habitaient son cœur, dit le Radaq, c'est ainsi qu'il les guida ; avec équité et droiture de cœur, il fit paître Israël tout comme il avait mené son troupeau. « Et les guida avec l'intelligence de ses mains » - le Radaq fait remarquer : l'intelligence et le discernement sont ici attribués aux mains, alors qu'en apparence l'intelligence relève de l'intellect et de l'esprit. Mais en réalité, le berger guide les bêtes avec le bâton qu'il tient dans ses mains, c'est pourquoi cette expression est parfaitement ajustée : bien que l'impulsion première émane du cœur, ce sont les mains qui accomplissent la tâche, ce sont elles qui dirigent le bétail d'un côté, le retiennent de l'autre et le conduisent sur le droit chemin au moyen du bâton. Et selon le Malbim, « selon l'intégrité de son cœur » désigne la direction spirituelle, tandis qu'« avec l'intelligence de ses mains il les guida » correspond à la direction politique.
La dernière partie du psaume nous conduit de l'époque des Juges jusqu'à l'avènement de la royauté de David : Israël doute à nouveau qu'Hachem soit le « Dieu Très-Haut », et recule comme un arc trompeur - un arc dont l'aspect est trompeur, ou dont la flèche se retourne contre son tireur. Par conséquent, Hachem abandonne le sanctuaire de Chilo, car l'essentiel de la tente réside dans l'homme, et si l'homme n'en est pas digne, la Présence divine ne réside pas ; l'Arche sainte est livrée à la captivité, les jeunes hommes, les jeunes filles et les prêtres tombent, et la douleur causée par la capture de l'Arche éclipse toute autre souffrance. Puis « le Seigneur s'éveilla comme un homme endormi » - Il se montra jaloux de l'honneur de Son Arche et frappa Ses ennemis par-derrière, leur infligeant un opprobre éternel. C'est alors que commence le choix définitif : Il rejeta la tente de Joseph et choisit la montagne de Sion qu'Il aima depuis la ligature d'Isaac, et Il bâtit Son sanctuaire pareil aux hauteurs et à la terre - pour l'éternité ; et Il choisit David, éprouvé par sa compassion envers le troupeau, pour faire paître Son peuple selon les deux dimensions de la royauté - politique et spirituelle. Le Temple et la royauté de la maison de David dépendent de la perfection de la collectivité, et c'est ainsi que s'achève l'étude du chapitre 78. Puisse Hachem nous rétablir promptement la royauté de la maison de David, Amen vé-Amen.