Ce psaume énumère les bontés d'Hachem envers Israël face à l'ingratitude dont le peuple a fait preuve en retour. Dans ce passage, le psalmiste revient sur les plaies d'Égypte et décrit comment Israël a oublié la main puissante qui l'avait racheté. Nous nous pencherons sur l'ordre des versets et sur les commentaires du Malbim, du Radak, d'Ibn Ezra et de Rachi, afin de comprendre comment s'explique ici l'ordre apparemment « déroutant » des plaies.
לֹא־זָכְרוּ אֶת־יָדוֹ, יוֹם אֲשֶׁר־פָּדָם מִנִּי־צָר׃ - Ils ne se souvinrent pas de Sa main, du jour où Il les délivra de l'oppresseur.
La question s'impose d'elle-même : comment n'ont-ils pas craint les plaies dont le Saint, béni soit-Il, a frappé l'Égypte, jusqu'à la mort des premiers-nés ? Comment n'ont-ils pas redouté Sa toute-puissance, alors même qu'ils ont vu Sa main frapper les premiers-nés ? Le Radak explique : « Ils ne se souvinrent pas de Sa main » - c'est-à-dire de Sa force immense qui les a rachetés de la détresse où ils se trouvaient. Cela englobe de manière générale toutes les épreuves qu'ils avaient traversées jusqu'alors, et dont Il les a tous tirés par Sa grande force. Dès lors, comment en vient-on à mettre le Saint, béni soit-Il, à l'épreuve et à tester les limites de Sa puissance ? Avez-vous oublié tout ce qu'Il a accompli jusqu'à présent ?
Cela est d'autant plus frappant selon ce qui a été expliqué : toutes leurs mises à l'épreuve visaient toujours à sonder la limite, à chercher ce qu'Hachem ne serait pas capable de faire. Or, les dix plaies étaient précisément destinées à combler cette brèche, à éteindre tout doute. En effet, comme la question a déjà été soulevée : une seule plaie aurait suffi pour que Pharaon les renvoie, qu'il le veuille ou non. Qu'on lui donne une rage de dents : combien de temps pourra-t-il hurler de douleur ? Deux jours, un mois ? À un moment donné, il aurait appelé Moché et les aurait laissés partir. Pourquoi donc a-t-il fallu dix plaies et un bouleversement complet de l'ordre de la nature ?
C'est que les dix plaies constituent la démonstration d'une maîtrise absolue sur la nature. Le Saint, béni soit-Il, leur montre : Je maîtrise votre divinité - le Nil, source de leur vie et de leur eau. Je maîtrise les créatures des airs - voici venir les bêtes sauvages (le 'Arov). Je maîtrise les animaux de la terre - c'est la peste (le Déver). Je maîtrise les poissons de la mer et la vie aquatique. Je maîtrise les corps célestes - les ténèbres. Et Je maîtrise aussi la vie humaine - la mort des premiers-nés. Une domination totale sur tous les rouages de la nature et de la Création, de sorte qu'il ne subsiste plus la moindre hésitation quant à savoir s'Il est capable de faire telle ou telle chose. Et pourtant : « Ils ne se souvinrent pas de Sa main », ils ont tout oublié.
Le Malbim apporte deux précisions sur ce verset : premièrement, c'est Lui-même qui les a rachetés de l'oppresseur - la main puissante déployée par Hachem, qu'ils ont vue de leurs propres yeux, ainsi que nos Sages l'ont enseigné à propos de « Et Israël vit » : une simple servante a contemplé sur la mer ce que les prophètes n'ont pas vu. Deuxièmement, cet oubli est survenu immédiatement après la rédemption d'Égypte : « ils se rebellèrent près de la mer, à la mer Rouge », dès la mer Rouge ils se sont rebellés ! Que pensaient-ils donc ? Le Malbim explique qu'ils s'imaginaient qu'à partir de cet instant, Sa force était épuisée, qu'Il n'avait plus la capacité d'accomplir des miracles, comme si les batteries étaient à plat. Une telle étroitesse d'esprit ! C'est d'elle que sont nées toutes ces mises à l'épreuve successives, pour vérifier Sa puissance.
אֲשֶׁר־שָׂם בְּמִצְרַיִם אֹתוֹתָיו, וּמוֹפְתָיו בִּשְׂדֵה־צֹעַן׃ - Lui qui plaça Ses signes en Égypte, et Ses prodiges dans la campagne de Tso'an.
Le Malbim expose ici un principe fondamental qu'il développe également dans son commentaire sur le 'Houmach, et qu'il convient de bien suivre car il nous accompagnera dans les versets suivants : parmi les plaies, il y avait des signes (otot) et des prodiges (moftim). Les plaies précédées d'un avertissement constituent les « signes ». Le sang et les grenouilles sont un signe de l'existence divine, attestant que le Saint, béni soit-Il, est présent dans le monde. Le mélange d'animaux sauvages et la peste s'accompagnent aussi de la notion de signe : « afin que tu saches qu'il n'y a point de semblable à Moi sur toute la terre ». En revanche, les plaies survenues sans avertissement préalable sont les « prodiges ». Le Malbim précise : elles n'enseignaient rien de nouveau et ne servaient pas de signes ; mais après chaque série de deux plaies envoyées comme signes sans qu'ils n'écoutent, Il leur infligeait une plaie qualifiée de prodige, sous forme d'humiliation, pour les punir de leur refus d'obéir. En d'autres termes : deux plaies démontrent la souveraineté du Créateur, et si l'on refuse d'entendre, on reçoit une gifle. Le sang et les grenouilles comme signes, suivis des poux sans avertissement : une gifle. Les bêtes sauvages et la peste avec avertissement, suivies des ulcères : une gifle.
De là, le Malbim déduit le sens précis des termes du verset : « Lui qui plaça Ses signes en Égypte » - les signes se déroulaient en Égypte, c'est-à-dire au sein du peuple égyptien, devant Pharaon et ses ministres, dans le but d'enseigner au peuple un fondement de la foi : « afin que tu saches que Je suis l'Éternel », « afin que tu saches qu'il n'y a point de semblable à Moi sur toute la terre ». En revanche, « et Ses prodiges dans la campagne de Tso'an » fait référence à un châtiment général frappant le pays lui-même, non pour enseigner un principe de foi, mais pour punir leur refus d'écouter. Et la « campagne de Tso'an » englobe l'ensemble du territoire du royaume d'Égypte, signifiant que les prodiges s'étendaient à toutes les contrées environnantes, tandis que les signes s'adressaient principalement à Pharaon et à ses ministres, au cœur même de l'Égypte.
וַיַּהֲפֹךְ לְדָם יְאֹרֵיהֶם, וְנֹזְלֵיהֶם בַּל־יִשְׁתָּיוּן׃ - Il transforma leurs fleuves en sang, et de leurs eaux courantes ils ne purent boire.
Quelle est la différence entre « leurs fleuves » (ye'orehem) et « leurs eaux courantes » (nozlehem) ? Le Metsoudat Tsion explique : les ye'orim désignent les bassins creusés de main d'homme. Comme on le sait, l'Égypte possédait un réseau d'irrigation très ramifié, et ils détournaient les eaux du Nil vers les champs par des canaux et des réservoirs artificiels qu'ils s'étaient creusés. « Et leurs eaux courantes » renvoie aux eaux qui s'écoulent et descendent d'elles-mêmes.
Le Malbim remarque : notez que le chapitre omet ici les poux, les ulcères et l'obscurité. D'après ce que nous avons expliqué, cela s'éclaire admirablement : ces trois plaies ne sont pas venues comme des signes destinés à manifester la puissance du Créateur, mais comme un soufflet punitif parce qu'ils n'avaient pas écouté. Dans la première série, il est dit : « Par ceci tu sauras que Je suis l'Éternel » - le sang et les grenouilles, suivis des poux, le soufflet. Dans la deuxième série, les bêtes sauvages (arov) et la peste vinrent avec avertissement, pour enseigner « que Je suis l'Éternel au milieu du pays », suivis des ulcères - le soufflet. Dans la troisième série, la grêle et les sauterelles vinrent avec avertissement, suivies de l'obscurité - le soufflet. Ce sont là trois étapes d'enseignement : la première enseigne que D.ieu existe ; la deuxième, que D.ieu agit au milieu de la terre, car ils croyaient en une divinité là-haut dans le ciel, mais non ici-bas ; et la troisième, qu'« il n'y a personne comme Moi sur toute la terre », car ils croyaient en d'autres puissances : le Nil, le bélier, et Pharaon lui-même qui passait à leurs yeux pour un dieu non négligeable. Six plaies vinrent donc avec avertissement, et entre chaque paire, une plaie de châtiment sans avertissement.
Le Malbim soulève en outre ce que tous les commentateurs relèvent : l'ordre ici est bouleversé. Dans la Torah, l'ordre est le suivant : sang, grenouilles, poux, bêtes sauvages, peste, ulcères, grêle, sauterelles, obscurité ; or ici, le texte énumère : sang, bêtes sauvages, grenouilles, ravageur et sauterelles, grêle, peste. Pourquoi avoir modifié l'ordre ? Le Malbim explique qu'il y a là une intention profonde et admirable : les versets viennent nous enseigner que le but des plaies était de montrer la puissance et la souveraineté du Saint, béni soit-Il, dans le monde. C'est pourquoi toutes les plaies précédées d'un avertissement - hormis la plaie du sang - vinrent en paires, deux par deux, dont l'une semblait a priori superflue. Autrement dit, on aurait pu se contenter de trois plaies, et trois autres furent ajoutées pour multiplier Ses signes, afin que tous connaissent Sa force et Ses hauts faits.
C'est pourquoi la plaie du sang, qui ne fut pas dédoublée, est mentionnée ici à sa place chronologique, en tant que plaie unique : « Il transforma leurs fleuves en sang » - et pas seulement les fleuves, mais « et de leurs eaux courantes ils ne purent boire », car toutes les eaux furent frappées.
יְשַׁלַּח בָּהֶם עָרֹב וַיֹּאכְלֵם, וּצְפַרְדֵּעַ וַתַּשְׁחִיתֵם׃ - Il lâcha contre eux des bêtes féroces qui les dévorèrent, et des grenouilles qui les ravagèrent.
Le Malbim explique : le arov et les grenouilles constituaient des plaies redoublées. Observez bien : lors de la plaie du arov vinrent tous les reptiles, animaux nuisibles et bêtes féroces - les grenouilles n'en faisaient-elles pas partie ? Certainement, car lorsque le Saint, béni soit-Il, amène tous les animaux, les grenouilles y sont incluses. Dès lors, pourquoi envoyer d'abord un « prélude » avec les seules grenouilles ? Il n'y avait qu'à attendre le plat principal, le arov, qui englobe tout. Il s'avère donc que la plaie des grenouilles était en soi superflue. Et tel est le sens du verset : n'a-t-Il pas « lâché contre eux des bêtes féroces qui les dévorèrent » ? Alors pourquoi encore « et des grenouilles qui les ravagèrent » ?
Rachi explique « et les ravagèrent » d'après le Midrash : elles leur arrachaient les testicules, et tel était le ravage qu'elles causaient. Ibn Ezra explique pourquoi le arov est mentionné en premier : la plaie des bêtes féroces était plus terrible que celle des grenouilles, c'est pourquoi elle a été devancée. Selon son approche, l'ordre n'est pas chronologique, mais déterminé par la gravité de la plaie. Ibn Ezra propose une autre explication : « Il lâcha contre eux des bêtes féroces qui les dévorèrent » alors même que les grenouilles les avaient déjà frappés et ravagés - et tout s'ordonne alors selon la chronologie. C'est comparable au verset « et les vers s'y mirent, et cela empesta », où il aurait fallu dire que cela empesta d'abord puis que les vers s'y mirent, sauf que ce qui est écrit en second s'est produit en premier dans la réalité.
Ibn Ezra ajoute : pourquoi n'a-t-on pas mentionné ici les poux, les ulcères, l'obscurité et la peste ? Parce que lors de ces plaies, des hommes purent s'échapper, tandis que des plaies mentionnées ici, nul ne fut épargné. Et si l'on objecte que lors de la plaie du sang aussi certains furent sauvés en achetant de l'eau aux Juifs, il répond : la plaie du sang fut la première de toutes, c'est pourquoi il l'a mentionnée, et de plus, le besoin d'eau chez l'homme est absolu, ce qui en fit une plaie particulièrement éprouvante.
Le Radak aborde la question du désordre d'une autre manière : il n'est nul besoin de s'attacher à l'ordre ici, car les plaies sont déjà ordonnées dans la Torah - « Zil keri bé rav hou », va ouvrir un 'Houmach et constate l'ordre par toi-même, il n'y a donc aucun défaut à cela. Le Radak relève également que le terme « grenouille » (tsfardea) est employé au singulier comme un nom collectif pour désigner l'ensemble des grenouilles, tout comme dans « et monta la grenouille », ou encore « et j'ai eu du bœuf et de l'âne » - avait-il donc un seul bœuf et un seul âne ? Il s'agit en réalité d'un terme collectif pour désigner des bœufs et des ânes.
וַיִּתֵּן לֶחָסִיל יְבוּלָם, וִיגִיעָם לָאַרְבֶּה׃ - Il livra leurs récoltes aux ravageurs, et le fruit de leur labeur aux sauterelles.
יַהֲרֹג בַּבָּרָד גַּפְנָם, וְשִׁקְמוֹתָם בַּחֲנָמַל׃ - Il fit périr leurs vignes par la grêle, et leurs sycomores par le hanamal.
Il en va de même pour les sauterelles et la grêle, explique le Malbim : ce sont des plaies redondantes, dont l'une semble superflue. En effet, les sauterelles ont dévoré tout ce que la grêle avait laissé. Et si l'on assignait aux sauterelles le rôle principal - pourquoi avoir besoin de la grêle ? Les sauterelles auraient-elles été incapables de tout dévorer dès le début, n'étant bonnes qu'à manger des restes ? De plus, la grêle n'avait pas tout anéanti, comme il est écrit : « Le blé et l'épeautre ne furent pas touchés ». Pourquoi donc infliger une plaie partielle comme la grêle, si une invasion de sauterelles vient ensuite accomplir et parachever la destruction ? Les sauterelles auraient amplement suffi à elles seules. C'est le sens du verset : « Il livra leurs récoltes aux ravageurs, et le fruit de leur labeur aux sauterelles » - et si tout leur labeur avait déjà été livré aux sauterelles, pourquoi ajouter : « Il fit périr leurs vignes par la grêle, et leurs sycomores par le hanamal » ? Cela semblait bien superflu.
Ibn Ezra explique pourquoi le texte mentionne précisément la récolte : en raison du besoin vital que la terre a de ses produits. Tout comme le texte a mentionné l'eau parce qu'elle est la source de vie, de même il évoque les céréales, indispensables à l'existence. Et le Radak d'ajouter : « Car les récoltes constituent tout le labeur de l'homme » - tout le dur labeur de l'homme est consacré au grain, car « c'est pour le pain que vit l'homme », et sa vie durant il peine à tirer son pain de la terre pour subsister.
Aujourd'hui, nous ne ressentons plus cela. On se lève le matin, on va à l'épicerie, et le pain est là. On racontait un jour qu'on avait prévenu le ministre des Finances qu'une année de sécheresse s'annonçait pour l'année suivante, et qu'on ignorait ce qu'il adviendrait du blé. Il demanda : « Où cela ? » On lui répondit : « En Israël ». Il s'exclama : « Vous me rassurez ! J'ai cru que c'était aux États-Unis, et je me demandais déjà ce que nous allions manger. Si ce n'est qu'en Israël, tout va bien. » En effet, aujourd'hui, on ne cultive guère le blé ici que pour les matzot chemourot de Pessa'h - car on ne va pas envoyer des machgui'him en Arizona ou au Texas, c'est pourquoi on le produit sur place. Mais la majeure partie du blé provient de l'étranger. À l'époque, la réalité était tout autre : tout dépendait de sa propre terre, et si la récolte manquait ici, on n'avait rien à manger. C'est pourquoi le verset souligne d'abord : « Il livra leurs récoltes aux ravageurs ».
Le Metsoudat David explique ce dédoublement, « leurs récoltes et le fruit de leur labeur » : les grains ne s'obtiennent qu'au prix d'un immense labeur, c'est pourquoi ils sont appelés « leur labeur ». Le travail des champs compte, on le sait, parmi les plus éprouvants. C'est ainsi que les Juifs séfarades et orientaux arrivés en Israël furent aussitôt envoyés aux durs travaux agricoles, tandis que d'autres s'arrangeaient pour obtenir des postes administratifs, des emplois de cols blancs ; et lorsqu'il fallait un dur labeur physique, on y envoyait les Yéménites et les Marocains. On raconte que Ben Gourion, voyant les Marocains descendre de l'avion, ordonna aux chauffeurs de camion : « Chargez-les et partez vers le sud ! » On lui demanda : « Jusqu'où ? » Il répondit : « Roulez jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'essence. » Ils partirent, s'arrêtèrent à Yerouham et à Dimona, et le reste appartient à l'histoire. Quoi qu'il en soit, les labeurs les plus rudes sont ceux de la terre, et c'est là le sens de « leur labeur ».
Rachi avance une explication singulière : « ba-hanamal » - c'est une espèce de sauterelle. Dès lors, ce serait la suite de « et le fruit de leur labeur aux sauterelles », indiquant que même les sycomores furent livrés aux sauterelles. Mais il reste à comprendre comment le mot 'hanamal' en vient à désigner une sauterelle, sans compter une difficulté majeure : comment passer des sauterelles à la grêle, pour revenir ensuite aux sauterelles ? « Il livra leurs récoltes aux ravageurs, et le fruit de leur labeur aux sauterelles », puis aussitôt « Il fit périr leurs vignes par la grêle » - voilà qu'on passe à la grêle -, puis « et leurs sycomores par le hanamal » - on reviendrait aux sauterelles ? Cette difficulté a conduit les autres commentateurs à s'écarter du Midrach et de l'explication de Rachi pour proposer une autre interprétation.
Expliquons d'abord l'approche de Rachi. Rachi cite un Midrach selon lequel 'hanamal' est la contraction de trois mots : ba, 'han, mal - il est venu (ba) dans le pays, s'y est posé en maître ('hana), et l'a coupé (mal). Et que signifie 'mal' ? Comme nous le lisons dans le Hallel : « ki amilam » - je les retrancherai. De là vient aussi le nom hébraïque de la fourmi, 'némala', parce qu'elle sectionne (mola) le grain : lorsque le grain commence à germer, une petite pointe apparaît ; si elle le laissait ainsi, en une semaine tout le blé qu'elle a amassé se transformerait en champ de blé, alors qu'elle le réserve pour les temps difficiles et pour l'hiver. Que fait-elle donc ? Dès que la germination commence, elle la sectionne, la coupe net, neutralisant ainsi sa capacité de croissance, et le blé se conserve dans ses réserves. Le terme 'mal' évoque donc le retranchement, comme dans « amilam » - je retrancherai les nations ; et de même le 'mohel', qui excise le prépuce. Ainsi, le Saint, béni soit-Il, les frappa par cet être vivant qui vient, s'installe et coupe - retranchant la verdure de la terre pour la dévorer, ou la broyant, ce qui est aussi une forme de destruction.
Cependant, les autres commentateurs expliquent que le hanamal est une variété de grêle, ce qui résout d'emblée la difficulté : il n'y a pas de retour aux sauterelles après la grêle, mais la continuité du thème de la grêle. C'est ce qu'explique le Radak, citant l'explication de Rabbénou Saadia Gaon en langue arabe - « al-saqi' », la glace épaisse qui brise les fleurs des arbres et en dessèche la sève. Cette idée rejoint celle d'Ibn Ezra, qui parle de pierres tombées du ciel, mais il s'agit ici d'une glace particulièrement dense, plus dure que la grêle ordinaire. Et dans le Midrach Cho'her Tov, il est enseigné : les vignes, étant fragiles, subissaient des averses violentes et continues ; mais pour les sycomores - cela venait, se posait et tranchait. On peut donc appliquer l'expression « ba, na'h ou-mal » à la grêle elle-même, qui s'abat et les fauche. C'est également ainsi que le Malbim explique que le hanamal est une variété de grêle. Selon cette lecture : « Il fit périr leurs vignes par la grêle », et leurs sycomores par ces blocs de glace venus du ciel.
On peut encore s'étonner de la tournure : « Il tua par la grêle leurs vignes » - peut-on parler de 'tuer' pour une vigne ? Le terme de meurtre ou mise à mort s'applique aux êtres humains et aux animaux, non aux végétaux. Ibn Ezra répond qu'il s'agit d'une métaphore, d'une figure de style, et il en apporte la preuve à partir du verset : « Et chaque bonne parcelle, vous la ferez souffrir avec des pierres » - un champ éprouve-t-il donc de la douleur ? C'est évidemment une métaphore. De même, on dit que l'on fait souffrir une parcelle sous les pierres et qu'on tue un arbre, ce qui signifie qu'on l'a déraciné ou qu'on lui a ôté toute vitalité. Et le Radak ajoute : ne t'en étonne pas, car la mort s'applique aussi au règne végétal, puisqu'il est doté d'une âme végétative, comme le dit Job : « et dans la poussière meurt son tronc ».
וַיַּסְגֵּר לַבָּרָד בְּעִירָם, וּמִקְנֵיהֶם לָרְשָׁפִים׃ - Il livra leur bétail à la grêle, et leurs troupeaux aux éclairs ardents.
Rachi rapporte un Midrach : lorsque la grêle commença à s'abattre, l'Égyptien tenta de faire rentrer son troupeau à l'abri, mais la grêle forma devant lui comme une muraille infranchissable. Il abattait alors l'animal, le chargeait sur ses épaules pour l'emporter chez lui et le consommer, mais un rapace survenait et le lui ravissait. C'est le sens de « et leurs troupeaux aux rechafeem » - le réchef désigne ici l'oiseau de proie, comme dans le verset « et les fils du réchef s'élèvent pour voler » (Iyov 5, 7) ; le rapace venait arracher la viande de son épaule. Et selon le sens littéral, Rachi explique : les rechafeem sont des éclairs de feu, car l'Écriture indique qu'un feu flamboyant brûlait au milieu de la grêle, et Il livra le bétail à ce feu qui y flambait.
Le Malbim explique quant à lui ce dédoublement entre « leur bétail » (be'iram) et « leurs biens » (miknéhem) : be'ir désigne les bêtes, tandis que miknéh englobe l'ensemble des possessions et acquisitions. En effet, les termes de miknéh et kinyan ne se limitent pas au cheptel - qui constituait la richesse principale de l'homme à cette époque - mais s'appliquent à tout ce qu'une personne acquiert. Ainsi, tous les biens qui ne furent pas détruits par la grêle furent consumés par les feux ardents : un élément solide et résistant que la grêle n'écrase pas, le feu le consume. C'est là tout le sens du « feu flamboyant au milieu de la grêle ».
יְשַׁלַּח־בָּם חֲרוֹן אַפּוֹ, עֶבְרָה וָזַעַם וְצָרָה, מִשְׁלַחַת מַלְאֲכֵי רָעִים׃ - Il déchaîna contre eux l'ardeur de Sa colère, emportement, indignation et détresse, délégation d'anges de malheur.
Le Malbim explique : le terme za'am (indignation) s'associe à toutes les expressions désignant le châtiment et la malédiction ; il intervient toujours comme une punition et une malédiction consécutives à une faute répréhensible. Mais quelle est la différence entre 'haron af (ardeur de la colère) et evrah (emportement) ? Le Malbim précise en plusieurs endroits que 'haron af représente une colère proportionnée, mesurée, tandis que evrah désigne une colère qui déborde de sa mesure - de la racine signifiant franchir la limite (la'avor). La colère mesurée ne frappe que celui qui mérite d'être puni ; en revanche, lorsqu'il y a evrah, la fureur emporte également celui qui n'a pas fauté et qui ne méritait pas d'être touché.
D'où l'éclairage apporté à notre verset : lors de la plaie de la grêle, « celui qui craignit la parole de l'Éternel » et fit abriter son bétail dans les maisons fut épargné, tandis que la peste frappa sans distinction. C'est précisément ce que souligne le texte en parlant d'evrah : un débordement qui outrepasse pour ainsi dire la stricte mesure du jugement et frappe même celui qui avait mis ses troupeaux à l'abri. Bien qu'il s'agît d'un homme ayant craint la parole divine, la main de Dieu l'atteignit néanmoins sous l'effet de cette evrah, qui dépasse ce qui est normalement dû selon la rigueur du droit.
Ces versets adressent un reproche au peuple d'Israël pour avoir oublié la main du Saint, béni soit-Il, au jour où Il les a rachetés. Les dix plaies n'avaient pas pour seul but de soumettre Pharaon, mais de démontrer une maîtrise absolue sur tous les rouages de la Création et d'écarter le moindre doute quant aux limites de Sa toute-puissance. Le Malbim nous enseigne que les plaies se divisaient en « signes » (otot) - deux par deux avec avertissement préalable, destinés à inculquer un fondement de la foi - et en « prodiges » (moftim) - la troisième plaie, sans avertissement, en punition pour leur refus d'écouter ; et que dans les signes eux-mêmes, le dédoublement était délibéré, plaies jumelées dont l'une semblait « superflue », afin de multiplier Ses prodiges pour que tous reconnaissent Sa force et Ses hauts faits. Les autres commentateurs ont justifié l'agencement des versets chacun selon sa méthode : selon la gravité de la plaie, selon l'impossibilité d'y échapper, ou en estimant qu'il n'était point nécessaire d'en respecter l'ordre chronologique puisqu'il est déjà consigné dans la Torah. Pourtant, en dépit de tous ces signes et prodiges, « ils ne se souvinrent point de Sa main », et telle est la poignante leçon morale au cœur de ce chapitre.