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Psaume 78 - Deuxième partie - Les miracles d'Égypte et l'épreuve du peuple - 1ère partie

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Introduction : un chapitre de transmission entre les générations

Le Psaume 78 retrace l'histoire d'Israël : les merveilles que le Saint, béni soit-Il, a accomplies pour nos pères, et en contraste, l'ingratitude et les révoltes du peuple. Dans ce passage, nous abordons la description de la faute des enfants d'Israël, qui n'ont pas gardé l'Alliance et n'ont pas gardé en mémoire les bienfaits d'Hachem. Immédiatement après, le texte détaille ces merveilles elles-mêmes : en Égypte, lors de l'ouverture de la mer Rouge, à travers la colonne de nuée et la colonne de feu, et avec l'eau jaillissant dans le désert. Suivons l'ordre des versets.

Les trois raisons pour lesquelles Hachem délivrait - et qui furent toutes compromises

לֹא שָׁמְרוּ בְּרִית אֱלֹהִים וּבְתוֹרָתוֹ מֵאֲנוּ לָלֶכֶת׃ וַיִּשְׁכְּחוּ עֲלִילוֹתָיו וְנִפְלְאוֹתָיו אֲשֶׁר הֶרְאָם׃ - Ils n'ont pas gardé l'alliance de Dieu et ont refusé de suivre Sa Torah ; ils ont oublié Ses hauts faits et Ses merveilles qu'Il leur avait montrées.

Quelle est ici « l'alliance de Dieu » ? Le Radak explique : c'est l'Alliance qu'Il a conclue avec eux au Sinaï. Le Malbim détaille quant à lui la structure de ce verset : le Saint, béni soit-Il, s'employait à les sauver pour trois raisons possibles. La première, en vertu de l'Alliance conclue avec eux, et c'est à ce sujet qu'il est dit : « Ils n'ont pas gardé l'alliance de Dieu ». La deuxième, par le mérite de l'observance de la Torah, mais cela manquait également : « et ont refusé de suivre Sa Torah ». La troisième, en considération des miracles accomplis jadis, qu'ils auraient pu mentionner dans leurs prières en se remémorant les bontés divines envers eux ; or ce lien a également été rompu : « ils ont oublié Ses hauts faits et Ses merveilles qu'Il leur avait montrées ».

Et que signifie le terme alilah (« haut fait ») ? Nous avons déjà mentionné à plusieurs reprises ce principe fondamental enseigné par le Malbim : une alilah et des ma'alalalim désignent toujours des actes découlant d'une disposition profonde de l'âme - la cruauté, la bonté, la compassion. Ici également, ce qui procédait de Ses « hauts faits », accomplis parce qu'Il a eu pitié de nous et nous a pris en grâce, ils ne s'en sont pas non plus souvenus.

« Devant leurs pères, Il fit des merveilles » - Les Patriarches témoins de la délivrance

נֶגֶד אֲבוֹתָם עָשָׂה פֶלֶא בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם שְׂדֵה צֹעַן׃ - Devant leurs pères, Il fit des merveilles, au pays d'Égypte, dans la campagne de Tsoan.

Le mot négued ne signifie pas ici « contre », mais « en face de » ou « devant ». Rachi rapporte un Midrach : Avraham, Yits'hak et Ya'akov se tenaient au bord de la mer, et le Saint, béni soit-Il, leur a montré comment Il délivrait leurs enfants - afin qu'Avraham Avinou ne dise pas que seule la promesse : « ils les asserviront et les opprimeront » s'était réalisée, etc. Le Saint, béni soit-Il, a amené les Patriarches en ce lieu pour leur dire : voyez comment Je délivre vos enfants. C'est le sens de « devant leurs pères » : c'est sous les yeux de leurs pères qu'Il a accompli une merveille et fendu la mer.

Le Radak explique que ceux qui étaient nés dans le désert n'avaient pas été témoins des miracles de la sortie d'Égypte ; c'était une nouvelle génération. Et nous avons déjà vu qu'Ibn Ezra explique ainsi la raison pour laquelle le Saint, béni soit-Il, leur a fait faire un détour de quarante ans dans le désert : la génération précédente était une génération d'esclaves, à l'âme brisée et servile, incapable de soutenir les épreuves du combat contre les trente et un rois lors de l'entrée en Terre d'Israël. C'est pourquoi Hachem a fait émerger une nouvelle génération, élevée en hommes libres, apte à se lever et à combattre.

La preuve en est flagrante : le peuple d'esclaves sorti d'Égypte comptait six cent mille hommes en âge de combattre, de vingt à soixante ans, et ils sortirent même équipés d'armes. Et avec combien de forces les Égyptiens sont-ils arrivés ? Six cents chars d'élite. Même en ajoutant « des officiers sur chacun d'eux » et en supposant un millier d'hommes par char, la supériorité numérique d'Israël demeurait sans commune mesure. Les armes étaient là, les rangs étaient armés ; pourquoi donc n'ont-ils pas combattu ? Ibn Ezra répond : parce qu'ils avaient une âme soumise. Un esclave qui aperçoit son maître perd tous ses moyens, incapable de lutter ou de se mesurer à lui. Il s'avère donc que la nouvelle génération qui a grandi dans le désert avait pour vocation d'être composée d'hommes libres, capables de combattre lors de leur entrée dans le pays.

Nous avons déjà abordé cette difficulté : ce n'est pas là, en apparence, la raison invoquée par la Torah, car celle-ci indique que c'est pour avoir calomnié la Terre qu'il leur fut décrété d'errer quarante ans dans le désert. Mais nous l'avons déjà expliqué : c'est parce qu'ils ont choisi de s'engager sur une voie purement matérielle, sans faire entrer le Saint, béni soit-Il, dans leurs calculs. Ils n'ont pas dit : « Celui qui nous a fait sortir d'Égypte nous fera entrer dans le pays », mais plutôt : « car il est plus fort que nous » - pour eux, il n'y avait plus de miracles. Le Saint, béni soit-Il, leur a donc dit : si telle est votre voie, vous ne pouvez pas entrer, vous ne pouvez pas vous battre, vous êtes faibles ; il faut quarante années dans le désert pour qu'advienne une nouvelle génération qui en soit capable. Si vous aviez suivi la voie spirituelle, Celui qui vous a fait sortir d'Égypte vous aurait également fait entrer dans le pays. Mais puisque vous recalculez votre itinéraire selon la seule logique humaine, sur cette voie-là, vous en êtes incapables.

Quoi qu'il en soit, pour en revenir à notre sujet : une nouvelle génération s'est levée pour hériter de la terre, mais elle a un désavantage : elle n'a pas vu les merveilles de ses propres yeux, car elle n'est pas sortie d'Égypte. C'est pourquoi le verset dit : « Devant leurs pères, Il a accompli des prodiges », là-bas, en Égypte. Et « pèlé » (prodige) est employé ici au pluriel, à la manière de « J'ai acquis bœuf et âne » où l'on ne parle pas d'un seul bœuf mais de bœufs en grand nombre ; de même, « 'assa féle » signifie de nombreux prodiges. Et « le champ de Tso'an », selon le Radak, est une répétition poétique de la même idée en d'autres termes : le champ de Tso'an signifie le pays de Tso'an, à l'image de « champ d'Aram » ou « champ de Moab », qui désignent le pays d'Aram et le pays de Moab. Et Tso'an, comme on le sait, c'est l'Égypte : la cité royale d'Égypte s'appelait Tso'an.

L'explication de l'Alshikh : des fils élevés dans les champs qui reconnaissent leurs pères

L'Alshikh Hakadosh explique, d'après les paroles de nos Sages, que les mères accouchaient dans les champs : « Sous le pommier, je t'ai réveillée ». Et le Saint, béni soit-Il, leur procurait comme deux pierres - « Il lui fit sucer le miel du rocher, et l'huile du silex » - l'une de miel et l'autre de lait, dont ils se nourrissaient, et Hachem les élevait là-bas. Lorsque les Égyptiens venaient pour les capturer, le Saint, béni soit-Il, les engloutissait sous terre. Que faisaient alors les Égyptiens ? « Sur mon dos des laboureurs ont labouré, allongeant leurs sillons » : ils amenaient des charrues pour labourer, mais sans parvenir à les extirper du sol. Et une fois les Égyptiens partis, Hachem les faisait sortir de terre ; ils grandissaient et avançaient : « Tu parvins à la plus grande parure (bé'adi 'adayim) », ce que nos Sages interprètent par « en troupeaux, en cohortes (ba'adarim 'adarim) » ; ils venaient par cohortes entières, et chacun reconnaissait son père.

Et tel est le prodige : « Devant leurs pères » - qui voient désormais leurs fils venir à leur rencontre - « Il accomplit un miracle ». Chacun reconnaît son père : c'est son père ! Comment est-ce possible ? Cet enfant a grandi dans les champs, il n'a jamais vu son père de sa vie, pas même en image. C'est là le sens de « au pays d'Égypte, au champ de Tso'an » : comme si les pères avaient vu de leurs propres yeux tout ce qui s'était passé dans le champ, « sur mon dos des laboureurs ont labouré », et comme si les fils avaient grandi aux côtés de leurs pères dans ce même champ, sans avoir été remis entre d'autres mains.

L'explication du Malbim : la tradition des pères et les miracles éclatants

Le Malbim explique que ces merveilles ont été accomplies sous les yeux de leurs pères, et que ceux-ci les ont transmises à leurs enfants par tradition - et une telle tradition équivaut à l'avoir vu de ses propres yeux, selon la formule du Ramban : des pères ne transmettent pas le mensonge en héritage à leurs enfants. Comme nous l'avons déjà souligné, toute notre connaissance de la sortie d'Égypte provient de nos pères, qui la tenaient de leurs pères, qui la tenaient eux-mêmes de leurs pères. Le soir du Séder a bien commencé un jour, et il est impensable qu'à un certain soir de Séder, on ait décidé de manière concertée et organisée : « Trompons nos enfants, racontons-leur une histoire qui n'a jamais existé ». Il n'y a pas d'affirmation plus puissante qu'une transmission portée par des millions d'individus, de génération en génération. Il en ressort que « Devant leurs pères, Il a accompli des prodiges » signifie que nous avons reçu par tradition ce que nos pères ont vu, et c'est exactement comme si cela s'était déroulé sous nos propres yeux.

De plus, ces miracles étaient visibles aux yeux de toute l'Égypte, ainsi qu'il est écrit : « Pour tous les signes et prodiges qu'il accomplit... au pays d'Égypte, contre Pharaon et contre tous ses serviteurs... que Moïse accomplit aux yeux de tout Israël ». C'est ce qu'exprime « au pays d'Égypte, au champ de Tso'an » : les événements se sont déroulés au grand jour, et non pas sous la forme d'un miracle clandestin. Nous avons déjà mentionné la différence entre cela et les prétendus miracles des nations, où l'on vous parle de cet individu qui aurait accompli des miracles en cachette sans que personne ne voie rien, hormis quelques rares isolés ; qu'il aurait distribué du pain à des centaines d'hommes qui furent rassasiés - n'importe qui peut raconter qu'il y avait là quelques témoins. Ici, c'est « devant leurs pères », aux yeux de toute l'Égypte, tout le pays d'Égypte transformé en sang.

Et si nous avons aujourd'hui une génération à la foi affaiblie, la vérité jaillit de la terre : on met au jour, lors de fouilles en Égypte et ailleurs, des papyrus où des contemporains décrivent la plaie du sang - le pays est empli de sang, du sang partout - et où ils décrivent les bêtes sauvages dressées contre eux, ainsi que le feu tournoyant au milieu de la grêle. Or, le papyrus est une sorte de feuille fabriquée à partir de tiges végétales collées ensemble sur lesquelles on écrivait, et certains nous sont parvenus intacts. En effet, ce qui dégrade la plupart des matières, c'est l'humidité ; ce qui est sec se conserve. Un biscuit sec se conserve deux mois, alors qu'un rogelach moisira en quatre jours. L'humidité détruit, la sécheresse conserve - et en Égypte, la sécheresse est extrême, et c'est elle qui a préservé un grand nombre de vestiges de cette époque.

Face aux vains arguments, inutile de se donner trop de peine. Quelqu'un vous avance : « C'était la marée haute et la marée basse » - où a-t-on jamais vu une marée transformer une mer en terre desséchée ? Quoi alors, prétendez-vous que le texte n'est pas exact ? En ce cas, dites simplement que vous refusez ce qui est écrit, plutôt que de vous épuiser à fournir des excuses incompatibles avec le texte. La terminologie elle-même ne change pas grand-chose : appelez-Le Dieu, appelez-Le force supérieure - nous savons comment Il s'appelle, et vous ne le savez pas encore, toute la différence est là. Mais c'est déjà un progrès notable : autrefois, on prétendait que l'univers était éternel, tandis que nous disions que le monde a été créé ; il a fallu plusieurs siècles pour que l'on reconnaisse que le monde n'est pas éternel mais qu'il a eu un commencement dans le temps. Certes, on a d'abord affirmé qu'il est apparu progressivement, puis l'on a découvert qu'il a été créé en un instant. Pas à pas, la science progresse ; il faut laisser du temps aux chercheurs sans leur mettre la pression. Il ne reste plus qu'un débat sur le nombre d'années : nous disons cinq mille ans, et eux disent cinq milliards ou vingt milliards, selon l'humeur du matin et leur degré de « générosité ». Ne vous inquiétez pas, les scientifiques finiront par comprendre ; à la fin, tout le monde comprendra.

L'ouverture de la mer Rouge et l'agencement du verset

בָּקַע יָם וַיַּעֲבִירֵם וַיַּצֶּב מַיִם כְּמוֹ נֵד׃ - Il fendit la mer et les fit traverser, dressant les eaux comme une digue.

Après les merveilles qu'Il accomplit pour eux en Égypte, Il réalisa également des prodiges lors de leur sortie d'Égypte : Il leur fendit la mer, explique le Radak. « Dressant les eaux comme une digue » : conformément au verset « Les flots se dressèrent comme une digue », et « les eaux leur formaient une muraille ». Car même en disant « Il fendit la mer » et en avançant toutes sortes de théories, comment concevoir que les eaux se tiennent dressées comme une muraille à leur droite et à leur gauche ? Il s'agit indiscutablement d'un miracle pur.

L'Alshich Hakadosh s'interroge sur l'ordre du verset : il aurait fallu dire « Il fendit la mer, dressa les eaux comme une digue et les fit passer » - d'abord Tu as fendu, ensuite Tu as dressé les eaux comme une digue, puis Tu les as fait passer. Pourquoi donc est-il écrit « et les fit passer », puis « et dressa les eaux » ? Nos Sages ont enseigné à propos de « et les eaux formaient pour eux une muraille (homa) », écrit sans la lettre vav : ne lis pas homa (muraille), mais hema (fureur). La mer s'emplit de fureur contre eux et voulut les noyer, si ce n'est que le Saint, béni soit-Il, les sauva et retint la mer afin qu'elle ne les engloutisse point. Tel est donc l'ordre : « Il fendit la mer et les fit traverser » à pied sec, puis la mer s'emplit de fureur contre eux - comme nous l'avons vu, car l'idole de Mikha traversait avec eux, et il existait plusieurs raisons à ce courroux : « Les uns sont idolâtres et les autres sont idolâtres ». La mer voulait s'abattre sur eux, mais Hachem la maintint dressée - « Il dressa les eaux comme une digue », et c'est ainsi qu'Israël fut sauvé et que les eaux ne se déversèrent pas sur eux.

Le Malbim : les prodiges face aux hauts faits

Le Malbim explique le parallèle avec le verset précédent, « Ses hauts faits et Ses merveilles » : le prodige est le miracle en lui-même, tandis que le haut fait désigne l'action découlant du dévoilement des attributs - ici, les attributs du Saint, béni soit-Il. Face aux merveilles, il est dit « Il fendit la mer », ce qui constituait un miracle et un prodige. Face aux hauts faits, il est dit « et les fit traverser » : le fait d'avoir fait passer Israël à travers la mer procédait de l'attribut de miséricorde et de bonté, car la stricte justice s'élevait en accusation : « Ceux-ci sont des idolâtres, et ceux-là sont des idolâtres » ; malgré cela, Il nous prit en pitié et agit envers nous avec bonté.

Et « Il dressa les eaux comme une digue » relève également de la bonté, afin de faire chuter les Égyptiens : en dressant les eaux comme une digue, les Égyptiens furent incités à descendre dans la mer, car cela paraissait stable, et non comme un édifice prêt à s'effondrer - ce n'était ni la passerelle des Maccabiades ni un balcon écroulé, mais quelque chose de solide. Ils pénétrèrent à l'intérieur : « Et par le souffle de Tes narines, les eaux s'entassèrent (ne'ermou) ». Que signifie « ne'ermou » ? Au sens littéral, c'est l'idée d'un monceau, mais on l'interprète aussi comme une ruse (orma) : les eaux usèrent de ruse pour inciter les Égyptiens à s'avancer, et ils s'y noyèrent. Cela découle également de « Ses hauts faits », des attributs du Saint, béni soit-Il, qui juge l'homme mesure pour mesure : « Car par la chose même où ils ont agi avec orgueil contre eux (zadou) » - ils avaient noyé nos enfants dans le Nil, et le Saint, béni soit-Il, les noya dans la mer. Et nos Sages ont rattaché « zadou » au mot nazid (potage) : dans la marmite même où ils ont cuisiné, ils ont été cuits. Voilà donc que cela relève aussi de Ses attributs, car Hachem juge et rétribue mesure pour mesure.

La colonne de nuée et la colonne de feu

וַיַּנְחֵם בֶּעָנָן יוֹמָם וְכׇל הַלַּיְלָה בְּאוֹר אֵשׁ׃ - Il les guida le jour par une nuée, et toute la nuit par une clarté de feu.

Après leur avoir fait traverser la mer, Il les guida par une nuée de jour, qui marchait devant eux pour leur ouvrir le chemin, et cela dès avant la traversée de la mer, après leur départ de Souccot. « Et toute la nuit par une clarté de feu » - la colonne de feu les accompagna toute la nuit ; ils n'avaient besoin ni de bougies, ni de projecteurs, ni de fusées éclairantes, ils disposaient d'une colonne de feu. De même, un papyrus découvert lors de fouilles en Égypte décrit un grand feu marchant devant « le peuple des esclaves » - un récit consigné par un Égyptien de l'époque, qui correspond à la colonne de feu avançant devant eux. Et lorsqu'ils campaient, la colonne de feu se tenait au-dessus du Tabernacle et les éclairait.

L'Alshich : pourquoi « une clarté de feu » et pourquoi « toute la nuit »

L'Alshich Hakadosh relève deux précisions textuelles. Tout d'abord, que signifie « une clarté de feu » ? Il aurait suffi de dire « par une colonne de feu » ou « par un feu », tout comme il est dit « par une nuée de jour » sans mention supplémentaire. Qu'ajoute donc le mot « clarté » ? Ensuite, il n'est pas dit « Il les guida tout le jour par une nuée », mais simplement « par une nuée de jour », tandis que pour la nuit, le texte précise « et toute la nuit ».

L'Alshich répond : il n'est pas écrit « tout le jour » pour la nuée, car avant même que le jour ne s'achevât, la colonne de feu s'avançait par avance, et ils profitaient de sa lumière dès le crépuscule. En effet, si la colonne de nuée s'était maintenue jusqu'au terme du jour et que la colonne de feu n'était arrivée qu'après, ils se seraient retrouvés dans la pénombre, sans lumière et incapables de discerner ce qui les entourait. Il est bien connu que le moment le plus dangereux pour conduire est l'heure du coucher du soleil : les phares d'un véhicule ne sont pas encore d'un grand secours, et la lumière extérieure est déjà très faible. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, a pourvu à « toute la nuit par une clarté de feu » - du début à la fin, et même plus tôt, afin qu'au moment du crépuscule ils disposassent déjà de lumière.

Il ajoute également : la Torah écrit « pour les éclairer afin de marcher de jour et de nuit », ce qui semble superflu à première vue - il aurait suffi d'indiquer que la colonne de nuée et la colonne de feu étaient là pour les éclairer. Cela vient en réalité nous enseigner qu'il ne faut point penser que la lumière n'éclairait que ceux qui marchaient en tête du camp. Car si la colonne marchait devant le camp, la logique voudrait que ceux de devant voient, tandis que ceux de derrière soient masqués par les premiers, à l'instar d'un projecteur placé en avant dont ceux qui se tiennent derrière ne profitent guère. C'est pourquoi il est dit « pour marcher de jour et de nuit » - ils marchaient la nuit de la même manière qu'ils marchaient le jour. Lorsqu'on marche le jour, la lumière n'est pas seulement devant soi mais partout ; de même la nuit, la clarté du feu se diffusait miraculeusement sur l'ensemble du camp, comme si le jour les éclairait. Tel est également le sens de « clarté de feu » : s'il s'était agi d'une colonne de feu au sens d'une torche ou d'un flambeau, elle n'aurait éclairé que vers l'avant ; c'est pourquoi le verset précise « clarté », qui évoque le soleil rayonnant - éclairant en tout lieu, et non pas seulement pour ceux qui marchaient en tête.

De plus, quiconque s'approche d'une colonne de feu devrait souffrir de sa chaleur étouffante, en particulier lors des chaudes nuits d'été, lorsqu'il leur fallait avancer également la nuit. C'est pourquoi l'Écriture précise qu'il ne s'agissait point d'un feu au sens ordinaire, mais d'une « clarté de feu », la seule lumière du feu, et il n'y avait donc point de chaleur. C'est à cela que faisait allusion la Torah en disant « dans une colonne de feu pour les éclairer » - la colonne ne les chauffait point, elle les éclairait seulement. Ainsi, il n'y avait là qu'un bienfait absolu, sans le moindre désagrément.

Le Malbim : tout est au-dessus de la nature

יְבַקַּע צֻרִים בַּמִּדְבָּר וַיַּשְׁקְ כִּתְהֹמוֹת רַבָּה׃ - Il fendit des rochers dans le désert, et les abreuva abondamment, comme de grands abîmes.

Le Malbim relie ces versets : « Il fendit la mer », « Il les guida », « Il fendit des rochers ». L'ouverture de la mer Rouge démontre la capacité d'Hachem à renverser les lois de la nature. Il en va de même pour la conduite par la colonne de nuée et la colonne de feu - des réalités surnaturelles, de l'ordre du miracle et du prodige. C'est également le cas de l'eau qu'Il leur a donnée, le puits de Myriam, une action au-dessus des lois naturelles qui montre qu'Hachem veille avec providence et pourvoit à tous leurs besoins par la voie miraculeuse. C'est précisément ce que nous disions : « Et ils oublièrent Ses hauts faits et les merveilles qu'Il leur avait montrées » - que sont toutes ces choses, sinon des prodiges ? Les guider par une colonne de feu et une colonne de nuée, et leur procurer une eau qui les accompagne en permanence - tout cela n'est que prodige, et ils ont tout oublié.

En conclusion : le chapitre énumère les trois motifs grâce auxquels Hakadosh Baroukh Hou sauvait Israël - l'Alliance, la Torah et les prodiges - et montre comment tous ont été bafoués. Face à cela, le texte dépeint l'immensité de la bienveillance divine : « Devant leurs pères, Il accomplit des merveilles » en Égypte, à travers des miracles manifestes aux yeux de tous, transmis par une tradition des pères d'une fiabilité absolue ; l'ouverture de la mer Rouge, où se révèlent à la fois le prodige (« Il fendit la mer ») et la trame providentielle, l'attribut de bonté et de miséricorde (« et Il les fit traverser ») ainsi que la mesure pour mesure dans la noyade des Égyptiens ; puis la conduite dans le désert par la colonne de nuée et la « lueur de feu » éclairant tout le camp sans le brûler, ainsi que l'eau jaillie du rocher. Tout cela relève de miracles au-dessus de la nature - et la faute majeure réside dans ce constat : « Et ils oublièrent ». De là découle notre devoir : nous souvenir, raconter et transmettre, car toute notre existence repose sur cette chaîne de la mémoire.