Dans cette partie du psaume, après qu'Assaf a décrit la destruction du Sanctuaire et les outrages de l'ennemi, il se tourne vers l'énumération des hauts faits d'Hakadoch Baroukh Hou dans la Création : l'ouverture de la mer Rouge, le jaillissement des sources, l'assèchement des fleuves, puis l'ordre établi du jour et de la nuit, les astres et les saisons. Toutes ces descriptions ne constituent pas une simple louange, mais le fondement d'un argument : Celui qui a créé la nature est aussi Celui qui peut la modifier. C'est à partir de là que se déploient cinq arguments présentés par Knesset Israël devant son Créateur, attestant qu'elle est digne d'être délivrée.
לְךָ יוֹם אַף לְךָ לָיְלָה אַתָּה הֲכִינוֹתָ מָאוֹר וָשָׁמֶשׁ׃ - À Toi appartient le jour, à Toi aussi la nuit ; c'est Toi qui as établi le luminaire et le soleil.
Rachi explique : « À Toi le jour », c'est la délivrance d'Israël ; « à Toi aussi la nuit », car même dans les détresses de la nuit, Tu as été avec eux. L'exil est comparé à la nuit et la délivrance au jour. Nous avons déjà expliqué que la différence entre « gola » (exil) et « guéoula » (délivrance) ne tient qu'à une seule lettre : le Aleph, qui symbolise Koudcha Berikh Hou, le Maître du monde (Aloufo chel Olam). S'il y a le Aleph, si Hakadoch Baroukh Hou est présent, il y a délivrance ; et s'il n'y a pas de Aleph, l'homme est plongé dans l'exil. Et pour « c'est Toi qui as établi le luminaire et le soleil », Rachi explique qu'il s'agit de la lumière de la Torah. C'est la lumière de la Torah qui soutient le peuple d'Israël même la nuit, même au cœur de l'exil ; la Torah est le soleil qui illumine.
Le Radak explique que, de même que le psalmiste a mentionné plus tôt des contraires par lesquels Hachem a accompli le salut - transformant l'humide en sec et le sec en humide -, il continue d'énumérer tous les opposés qu'Hakadoch Baroukh Hou a créés dans le monde, une nature face à une autre, tout comme Il l'a fait lors de la Création. Et chaque jour, Hakadoch Baroukh Hou inverse les lois de la nature selon Sa volonté pour le bien de Ses serviteurs, afin de montrer que tout est entre Ses mains. En effet, à cette époque, les hommes croyaient en une multiplicité de puissances et de divinités : il y aurait un dieu qui fait mourir et un dieu qui fait vivre, un qui fait descendre au tombeau et un qui en fait remonter. Le verset vient affirmer le contraire : non, tout est entre Ses mains, tous les contraires émanent de Lui, et chacun de ces contraires répond à un besoin des créatures.
Le Radak ajoute : la nuit est le moment de repos pour les hommes, mais elle est aussi le moment de chasse pour les bêtes sauvages, comme il est dit : « Tu répands les ténèbres et c'est la nuit, où s'agitent tous les animaux de la forêt » - certains animaux ne sortent chasser que la nuit. C'est pourquoi il est dit : « À Toi le jour, à Toi aussi la nuit » : même la nuit, qui semble être un temps d'inactivité sans utilité, recèle une immense utilité ; et « à Toi » signifie qu'elle vient de Toi, que Tu l'as instaurée pour le bien des créatures. En vérité, qui pourrait imaginer une journée entière de vingt-quatre heures d'éveil continu ? L'être humain atteindrait l'épuisement total et ne trouverait jamais ni calme ni repos, car il a toujours quelque chose à faire. On sait d'ailleurs que là où l'alternance du jour et de la nuit est perturbée, les troubles psychologiques se multiplient. L'homme a impérativement besoin de la nuit, du silence, de la possibilité de s'endormir ; celui qui en est privé sombre dans de grandes difficultés. Hakadoch Baroukh Hou a doté l'homme d'un mécanisme qui exige des heures de veille et des heures de sommeil, ces dernières étant le moment où il recharge ses batteries et puise de nouvelles forces pour le lendemain.
Le Malbim explique : après avoir constaté qu'Hachem crée une chose et son contraire, le texte vient nous enseigner d'où provient cette puissance : du fait que tout l'ordre naturel a été fixé par Toi. Dès lors, quelle difficulté y aurait-il à le modifier ? L'un des arguments des philosophes prétendant qu'Hachem n'intervient pas dans le monde repose sur la doctrine de l'éternité du monde, et les deux idées sont étroitement liées : si le monde est éternel, Hachem ne l'a pas créé, et quiconque n'a pas créé le monde ne peut pas non plus y intervenir. Selon eux, Il ne ferait que gérer l'univers sans pouvoir en altérer les lois, si bien qu'à leurs yeux, le miracle n'existe pas, puisqu'un miracle constitue une intervention dans la nature. Mais nous affirmons : Hachem a créé Son monde en six jours, et puisqu'Il en est le Créateur, les clés sont entre Ses mains ; chaque fois qu'Il le désire, Il le transforme à Son gré. Puisque tout l'ordre naturel a été institué par Toi et dépend de Toi, Tu peux donc le modifier selon Ton bon vouloir.
Il en va de même pour la trajectoire des astres, fixée par Toi. Cela fait partie des leçons progressives que Pharaon a reçues en Égypte : lorsqu'Hachem a envoyé la plaie de l'obscurité, c'était précisément pour démontrer que les astres dépendent de Lui, béni soit-Il. Le Malbim explique qu'il s'agit ici du cycle quotidien, de la rotation céleste de chaque jour avec le lever et le coucher du soleil : tel est le sens de « À Toi le jour, à Toi aussi la nuit ». Et que signifie « c'est Toi qui as établi le luminaire et le soleil » ? Que même la clarté nocturne, la lueur de la lune, tire sa lumière du soleil. La lune est appelée « maor » (luminaire), comme si elle était éclairée par une autre source ; elle fait office de miroir qui capte la lumière solaire pour la réfléchir, face au soleil lui-même.
אַתָּה הִצַּבְתָּ כׇּל גְּבוּלוֹת אָרֶץ קַיִץ וָחֹרֶף אַתָּה יְצַרְתָּם׃ - C'est Toi qui as fixé toutes les limites de la terre ; l'été et l'hiver, c'est Toi qui les as formés.
Il ne s'agit pas seulement ici de la trajectoire quotidienne du lever et du coucher du soleil, mais aussi de son mouvement annuel, du nord au sud et du sud au nord. En hiver, le soleil incline davantage vers le sud, et en été vers le nord, plus proche, et c'est pourquoi il fait plus chaud. Et tout procède de Toi, puisque « Tu as fixé toutes les limites de la terre » : Tu as déterminé quelles sont les frontières de la terre et de son peuplement au sud comme au nord, et c'est d'après cela que Tu as réglé le déplacement du soleil vers le sud et vers le nord. Et parce que « l'été et l'hiver, c'est Toi qui les as formés » - Tu as créé l'été et l'hiver, le soleil oscillant par rapport à l'équateur vers le nord et vers le sud, et tout cela dans le dessein d'assurer l'habitabilité du monde.
Car s'il n'en était pas ainsi, la réalité serait demeurée telle qu'elle était avant le Déluge : le soleil se trouvait constamment sur l'équateur, et il n'existait ni été, ni hiver, ni automne, ni printemps. Comme l'ont enseigné nos Sages, tous leurs jours ressemblaient à la période qui va de Pessa'h à Chavou'ot. Les techniciens de la climatisation et du chauffage auraient pu démissionner, faute d'utilité - le soleil suivait une trajectoire invariable.
On sait que le Déluge fut provoqué lorsque le Saint, béni soit-Il, retira deux étoiles de la constellation de Kimah (les Pléiades) pour faire déferler les eaux. Les scientifiques parlent, quant à eux, de deux météorites ayant frappé la terre, et affirment qu'elles ont entraîné deux phénomènes : d'une part, la terre a pris une forme elliptique, et d'autre part, elles ont incliné son axe par rapport à l'équateur, ce qui engendre aujourd'hui l'alternance de l'été et de l'hiver. Nos Sages ne parlent certes pas de météorites, mais ils enseignent que le Déluge survint par l'entremise de deux étoiles que D.ieu prit de Kimah. Cela apporte également un autre éclairage : les scientifiques expliquent que lorsque ces corps célestes heurtèrent la terre, ils en fendirent la croûte, et le noyau - d'une chaleur en ébullition intense - jaillit au dehors. C'est précisément ce que rapportent nos Sages, affirmant que des eaux bouillantes montaient des profondeurs de la terre tandis que des eaux froides tombaient d'en haut, c'est-à-dire la pluie.
Nos Sages enseignent en outre que les luminaires célestes cessèrent de fonctionner durant une année entière. Et selon la science, une explosion aussi colossale au sein du noyau terrestre dégagea une suie qui enveloppa et obscurcit la terre tout entière. Il en va de même lors d'une éruption volcanique : un nuage commence par recouvrir toute la région, suivi d'une retombée d'épaisses couches de cendres et de suie issues de ce gigantesque embrasement ; on enjoint alors aux populations de ne pas sortir dans la rue, de porter des masques et de ne pas respirer cet air dangereux et toxique. On constate ainsi que tout ce que la science avance, nos Sages l'avaient déjà consigné dans leur description du Déluge.
Pour en revenir à notre propos : l'alternance de l'été et de l'hiver fut instaurée pour le bien des créatures. En été, on accomplit certains travaux, comme les semailles et la récolte, tandis qu'en hiver, d'autres arbres portent leurs fruits, et ainsi de suite. Tout émane de Lui, béni soit-Il, dans cette capacité divine d'orchestrer les contraires, et tout concourt au maintien et à l'harmonie du monde - « Tu as tout fait avec sagesse ».
Le saint Alshikh explique toute la progression de ces derniers versets : nous demandons pour ainsi dire à Hachem une chose et son contraire. Que désires-tu, la rigueur ou la miséricorde ? L'une et l'autre : la rigueur envers les nations et la miséricorde envers nous. Tu sembles ainsi exiger d'Hachem qu'Il accomplisse deux actions contradictoires, ce qui semble être une demande démesurée. C'est à cela qu'Assaph répond : ma demande n'est pas excessive, car telle est Ta nature et Ta conduite de toute éternité, Toi qui réunis depuis toujours les contraires. Voici : « Tu as fendu source et torrent » - Tu en as fait jaillir l'eau, et d'un autre côté « Tu as tari des fleuves intarissables » - un endroit abondant en eau, Tu l'as desséché, voilà deux actions opposées. De même, « À Toi appartient le jour » - l'attribut du jour, qui est la miséricorde ; « À Toi aussi la nuit » - le temps où prédomine la rigueur. « Tu as établi le luminaire » - c'est la lune, qui domine la nuit, « et le soleil » - qui gouverne le jour.
On y trouve également une allusion supplémentaire : nos Sages rapportent la manière dont Avraham reconnut son Créateur. En voyant le soleil, il pensa d'abord : voilà le maître du monde ! C'est en cela que s'égarèrent la plupart des peuples de l'Antiquité, qui vouaient pour la plupart un culte au soleil. On peut observer de nombreuses représentations dans d'anciens temples, de l'époque phénicienne et d'autres époques, où le soleil est dépeint entouré de rayons ondulés, épais à la base et s'effilant vers l'extérieur - c'est ainsi qu'ils le représentaient pour lui offrir des sacrifices et l'adorer. Il est d'ailleurs écrit au sujet de ceux qui profanaient le Temple : « le dos tourné vers le Sanctuaire de l'Éternel et le visage vers l'orient » - tournant le dos au Sanctuaire au lever du jour et marchant en direction du mont des Oliviers pour se prosterner devant le soleil levant. C'était là l'idolâtrie la plus répandue et la plus séduisante, car lorsqu'on cherche la force la plus éclatante dans toute la création, qu'y a-t-il de plus puissant que le soleil ?
Mais Avraham Avinou, en voyant le soleil se coucher, se dit : ce ne peut être D.ieu. Que Lui est-il arrivé ? Est-Il allé dormir ? Est-Il parti en vacances ? En voyant la lune, il pensa : c'est sans doute elle, la divinité. Puis le soleil se leva à nouveau et la lune disparut. Il comprit alors : il y a incontestablement un Maître au-dessus d'eux, et c'est Lui qu'il faut chercher - Celui qui a ordonné leur cours pour que le soleil brille à un moment précis et la lune à un autre. Du fait que je constate « Tu as établi le luminaire et le soleil », chacun en son temps, la preuve est faite qu'un D.ieu unique les fait paraître et disparaître. Si le jour dépendait d'un pouvoir et la nuit d'un autre, une telle harmonie ne régnerait pas. Puisqu'il y a un temps assigné au jour et un temps assigné à la nuit sans que jamais l'un n'empiète sur le rôle de l'autre, je comprends qu'une volonté supérieure les a agencés et veille à ce que chacun remplisse fidèlement sa fonction, tous deux soumis à une autorité unique. Car si l'on supposait deux puissances distinctes, comment ne s'affronteraient-elles pas, l'une prenant le dessus puis l'autre ? Jamais aucun conflit n'a éclaté entre eux, et leur accord demeure parfait. Même deux gouvernements humains qui se succèdent ne parviennent pas à éviter les frictions ; comment imaginer alors que le soleil et la lune s'accordent si admirablement d'eux-mêmes ? Ce n'est pas un hasard : il y a un Maître qui les dirige et qui orchestre leur marche.
Il en est de même pour « Tu as fixé toutes les limites de la terre » : il est des contrées dont la nature est torride, comme l'Afrique, et d'autres glaciales, comme l'Antarctique - et un D.ieu unique a créé les unes comme les autres. La preuve en est : « l'été et l'hiver, c'est Toi qui les as formés » : Celui qui a fait l'été chaud et l'hiver froid leur a également assigné des bornes. Comment se fait-il que l'hiver n'envahisse pas l'été et que nous n'ayons pas un hiver continu de douze mois ? Certes, on assiste parfois à des inondations en plein été, mais il n'existe nulle part un été absolu durant toute l'année ou un hiver permanent durant toute l'année. On constate des variations, le soleil modifiant sa trajectoire, et l'on en déduit que Quelqu'un les a disposés : « Tu as établi le luminaire et le soleil ». Puisque Tu as disposé le luminaire et le soleil, dont la révolution engendre l'été et l'hiver et détermine les zones climatiques de la terre, ici la chaleur et là le froid, nous reconnaissons qu'une puissance divine suprême dirige l'ensemble.
זְכׇר זֹאת אוֹיֵב חֵרֵף ה' וְעַם נָבָל נִאֲצוּ שְׁמֶךָ׃ - Souviens-Toi de cela : l'ennemi outrage l'Éternel, et un peuple insensé blasphème Ton Nom.
Le Radak explique : « Souviens-Toi de cela » - Toi qui as accompli tout cela, souviens-Toi que l'ennemi Te renie, refuse de Te reconnaître et blasphème Ton Nom. Dès lors qu'il existe un dévoilement divin si éclatant et qu'il blasphème malgré tout, son châtiment n'en est que plus grand. Souviens-T'en donc contre lui, humilie-le, délivre-nous de sa main et ne nous abandonne pas en son pouvoir. Ibn Ezra propose une autre explication : « Souviens-toi de cela » ne s'adresse pas à Hachem, mais à l'ennemi lui-même - souviens-toi de cela, ô ennemi ! Le sens n'est pas : « Souviens-Toi, Maître du monde, que l'ennemi a outragé », mais : « Souviens-toi de cela, toi l'ennemi qui outrages Hachem ». Et « un peuple insensé blasphème Ton Nom » signifie : vois, Maître du monde, qu'au lieu de s'en souvenir, ils persistent à outrager Ton Nom.
Le Malbim explique : bien que l'ordre du jour et de la nuit ainsi que les lois de la nature proviennent de Toi, c'est précisément pour cette raison que « l'ennemi outrage l'Éternel ». En effet, qu'est-ce qui conduit à l'hérésie ? Le cours habituel du monde. Le fait de ne point voir de miracles manifestes, de constater que le monde fonctionne de manière régulière et immuable, ouvre la voie à l'idée que tout n'est que pure nature : y a-t-il jamais eu un jour sans lever de soleil ? Un jour sans coucher de soleil ? Dès lors, disent-ils, tout n'est que nature. C'est pourquoi le psalmiste implore : Maître du monde, souviens-Toi de cela - vois que c'est précisément la raison pour laquelle l'ennemi T'outrage en prétendant que « le monde suit son cours, il n'y a ni justice ni Juge ». « Et un peuple insensé blasphème Ton Nom » - Ton Nom renommé par lequel Tu es le Créateur de tout, alors qu'eux prétendent que tout est nature. Il convient donc que Tu leur montres qu'il n'en est rien, à l'image des miracles accomplis jadis, comme il est dit : « Dieu est mon Roi depuis les temps anciens, Il opère des délivrances au milieu de la terre » - de même que Tu fus mon Roi jadis et opérais des délivrances au milieu de la terre, il convient que Tu agisses de même à présent, afin qu'on ne dise plus que « le monde suit son cours » et qu'« il n'y a ni justice ni Juge ».
אַל תִּתֵּן לְחַיַּת נֶפֶשׁ תּוֹרֶךָ חַיַּת עֲנִיֶּיךָ אַל תִּשְׁכַּח לָנֶצַח׃ - Ne livre pas à la bête sauvage l'âme de Ta tourterelle, n'oublie jamais la vie de Tes affligés !
Ce verset est obscur et, comme souvent en pareille situation, les interprétations se multiplient. Le Radak explique qu'il manque ici un mot à l'état construit, selon le procédé du texte elliptique : « Ne livre pas à la bête des ennemis l'âme d'Israël, qui est Ta tourterelle », le mot « ennemis » étant sous-entendu. Le terme « 'hayat » est à l'état construit - « 'haya » à l'état absolu, et « 'hayat » à l'état construit, comme dans « 'hayat haarets » (les bêtes de la terre) ou « 'hayat hassadé » (les bêtes des champs). Et qui est « Ta tourterelle » ? Le peuple d'Israël, comparé à la colombe et à la tourterelle, comme il est écrit : « Ma colombe, dans les fentes du rocher » - ils sont sans force, proies et non prédateurs. La Guémara enseigne qu'Israël ressemble à la colombe, dont la force ne réside que dans son bec, qui n'agit que par la force de ses ailes et n'attaque jamais. Rachi rapporte également d'après nos Sages : la tourterelle, lorsque son compagnon meurt, ne s'accouple plus avec un autre - de même, Israël ne T'a point remplacé par un autre dieu, bien que Tu Te sois éloigné d'eux et qu'ils soient devenus comme une veuve.
Et que signifie « 'hayat » ? Le Radak explique que ce terme désigne une assemblée ou une troupe, comme dans « 'hayat Pelichtim » (la troupe des Philistins) ou « réprime la troupe des roseaux ». Selon ce sens, « 'hayat anéyé'ha » signifie la communauté de Tes humbles, et « la bête de l'ennemi » serait la troupe de Tes ennemis. On peut aussi interpréter « 'hayat » au sens d'âme ou de souffle de vie, comme dans « et leur vie parmi les débauchés » ou « son âme a en dégoût le pain » ; dès lors, « la vie de Tes affligés » désigne l'âme de Tes pauvres, en parallèle à « l'âme de Ta tourterelle ». Autre explication : « ne livre pas à la destruction (la'hayat) », de la même racine que « le ravage des bêtes les terrifiera (ye'hitan) », ou que « ne crains pas (al te'hat) », c'est-à-dire ne sois pas brisé, et « fait pour ne point faiblir » signifiant sans brisure. Selon cette lecture : ne livre pas au brisement l'âme de Ta tourterelle, l'âme d'Israël qui est Ta tourterelle et Ta colombe, et « 'hayat anéyé'ha » désignerait le brisement de Tes affligés. Quant au Targoum Yonatan, il commente : ne livre pas aux adorateurs des astres, comparés aux bêtes des champs, l'âme de Ta tourterelle - l'âme de ceux qui étudient Ta Torah, rattachant ainsi « torekha » (Ta tourterelle) au mot Torah.
Le Malbim explique qu'il s'agit là d'un second argument. Le premier argument soutenait qu'il convenait que Tu Te révèles pour châtier les ennemis qui blasphèment et refusent de voir le dévoilement divin. Ici s'ajoute un nouvel argument : il convient également que Tu nous délivres pour notre propre mérite - non seulement parce qu'ils sont impies et méritent d'être frappés, mais parce que nous sommes probes et dignes d'être sauvés. Le peuple d'Israël est comparé à la tourterelle et à l'oisillon ; ainsi, « 'hayat anéyé'ha » désigne l'âme vivante qui réside en lui, l'âme divine - ne l'oublie pas à jamais.
Le Malbim précise : les mystères de la Création révèlent que les formes s'assujettissent les unes aux autres - les créatures faibles se soumettent par nature aux plus puissantes, tout comme l'agneau s'incline devant le lion. Or, le peuple d'Israël ressemble à la tourterelle, qui compte parmi les créatures les plus faibles de la nature ; quelle force possède donc une colombe ? En outre, ils sont perpétuellement ballottés : la tourterelle, comme l'explique le Malbim dans le livre de Job, appartient aux oiseaux migrateurs. De même, Israël, qui lui est comparé, erre sans pouvoir demeurer sur son nid, et la majeure partie du peuple se trouve en exil - errant, ballotté et affaibli. Dès lors, la supplication demande que Tu ne la livres point aux fauves prédateurs en considération de sa « 'haya », de son âme vivante et de sa grandeur spirituelle. Car si l'on objecte que nous sommes physiquement faibles face aux nations, c'est exact ; mais sur le plan spirituel, nous sommes les plus forts. Israël possède en lui une part de divinité d'En haut, alors que les nations se rattachent à une réalité matérielle et inférieure, celle de l'âme animale, sans dimension d'esprit saint ni d'âme issue de dessous le Trône céleste, mais tirant leur origine des écorces d'impureté. Dès lors, Maître du monde, il est juste que Tu sauves ceux qui possèdent la véritable puissance - non point la force physique, mais la puissance spirituelle. Il convient que Tu nous délivres au nom de notre élévation spirituelle.
L'ouvrage Tehilot Maharits explique qu'il est fait allusion ici au sort des Justes. Les Justes aspirent à la proximité de Dieu ; cependant, les plus grands d'entre eux possèdent un corps, une part matérielle, une femme et des enfants, et se trouvent contraints de s'occuper des nécessités terrestres. C'est ainsi que Rabbi Yohanan était cordonnier, Rabbi Yits'hak forgeron, et que Hillel l'Ancien partait ramasser du bois pour gagner un demi-sicle destiné à nourrir sa maisonnée. Mais cette nécessité matérielle pèse comme une meule autour du cou, constituant un immense fardeau et une entrave majeure pour quiconque désire s'adonner à la Torah. C'est pourquoi les Justes supplient : Maître du monde, « ne livre pas à la bête l'âme de Ta tourterelle » - ces Justes qui s'asservissent à Ta Torah, épargne-leur les tourments des soucis matériels ; qu'ils ne soient point distraits par la subsistance, mais pourvois Toi-même à leurs besoins, car ces tracas les éloignent de l'étude. « N'oublie jamais la vie de Tes affligés » - n'oublie jamais les moyens de subsistance de Tes pauvres, de ces hommes plongés dans le dénuement uniquement parce qu'ils se consacrent à la Torah, et accorde-leur la possibilité de Te vouer pleinement leur âme en leur assurant une subsistance honorable.
הַבֵּט לַבְּרִית כִּי מָלְאוּ מַחֲשַׁכֵּי אֶרֶץ נְאוֹת חָמָס׃ - Considère l'alliance ! Car les recoins obscurs de la terre sont remplis de repaires de violence.
« Regarde l'Alliance » - l'Alliance conclue avec nos pères. Le Radak explique pourquoi il est écrit « laBerit » avec la voyelle pata'h : c'est un lamed défini, car lorsqu'il y a un pata'h sous le lamed, il équivaut à l'article défini (he ha-yedia). À quoi cela ressemble-t-il ? Si l'on dit simplement « apporte ce livre à une bibliothèque », cela désigne n'importe quelle bibliothèque ; mais quand on dit « à la bibliothèque », il s'agit de la bibliothèque connue et familière. De même ici, « regarde l'Alliance » désigne cette alliance célèbre conclue avec nos ancêtres. « Car les lieux obscurs de la terre sont remplis de repaires de violence » - les « lieux obscurs de la terre » désignent les contrées de l'exil où le peuple d'Israël est plongé dans les ténèbres, et ce sont des demeures de rapine, des endroits où les nations spolient et oppriment Israël. « Néot » dérive de « navé » (demeure) - des repaires de violence, des lieux où l'on nous fait souffrir.
Le Malbim explique qu'il s'agit ici du troisième argument en faveur de la délivrance. En effet, à la fin des admonestations de la Torah, il est dit : « Je Me souviendrai de Mon alliance avec Yaakov, et aussi de Mon alliance avec Yits'hak, et aussi de Mon alliance avec Avraham Je Me souviendrai, et Je Me souviendrai de la terre », et il est dit : « Et la terre sera délaissée par eux » ainsi que « Je Me souviendrai en leur faveur de l'alliance des premiers ancêtres ». Autrement dit, après que de multiples malheurs les auront atteints et que la terre sera délaissée, alors Hachem se souviendra en leur faveur de l'alliance des Pères ; or, l'alliance conclue avec nous porte précisément sur la terre, sur le fait qu'elle nous est destinée. C'est pourquoi le psalmiste plaide : à présent que « les lieux obscurs de la terre sont remplis de repaires de violence », que la terre n'est qu'oppression, ténèbres et violence, nous avons touché le fond de l'abîme ; c'est là précisément le moment où Tu as promis de Te souvenir de l'Alliance, afin qu'il n'y ait pas d'anéantissement total et qu'Israël ne soit pas délaissé à jamais. Dès lors, il convient qu'en ce temps d'épreuve, Tu « regardes l'Alliance » - que Tu Te souviennes de l'Alliance et que Tu nous délivres.
אַל יָשֹׁב דַּךְ נִכְלָם עָנִי וְאֶבְיוֹן יְהַלְלוּ שְׁמֶךָ׃ - Que l'opprimé ne s'en retourne pas confus, que le pauvre et le nécessiteux louent Ton Nom !
Rachi commente : que l'opprimé ne reparte pas de devant Toi confus dans sa prière. L'homme brisé prie et attend la délivrance ; si Tu ne la lui accordes pas, il s'en retournera honteux et humilié. « Que le pauvre et le nécessiteux louent Ton Nom » - le Radak explique : vois que, même en exil, aussi indigents, démunis et éprouvés soient-ils, ils continuent sans relâche de louer Ton Nom.
Le Malbim explique qu'il s'agit du quatrième argument formulé par la communauté d'Israël pour mériter d'être sauvée : il est juste que Tu viennes en aide à celui qui espère en Toi, et les enfants d'Israël louent fidèlement Ton Nom. Pour que le pauvre et le nécessiteux continuent à louer Ton Nom - en constatant que Tu délivres ceux qui cherchent refuge auprès de Toi et que Tu prêtes l'oreille aux déshérités -, il convient de veiller à ce que l'opprimé ne reparte pas éconduit et confus. En effet, lorsque l'homme se tourne vers Hachem et s'en remet à Lui seul, le Saint, béni soit-Il, le délivre. En revanche, lorsqu'il place son appui dans d'autres puissances - « Où sont leurs dieux, le rocher où ils cherchaient un refuge ? » -, le Saint, béni soit-Il, l'abandonne aux mains de ces faux appuis : « Qu'ils se lèvent donc et vous secourent, qu'ils soient pour vous un abri ! ». Mais lorsque l'homme se confie en Hachem, il est digne que le Saint, béni soit-Il, sauve celui qui s'abrite sous Son ombre. Telle est la raison supplémentaire invoquée : que l'opprimé ne reparte pas confus ; car si nous nous tenons devant Toi en prière et que Tu n'interviens pas, nous nous retirons abattus et humiliés, pensant que nous avons espéré en Hachem en vain. Mais quand Tu nous délivreras, « le pauvre et le nécessiteux loueront Ton Nom ».
קוּמָה אֱלֹהִים רִיבָה רִיבֶךָ זְכֹר חֶרְפָּתְךָ מִנִּי נָבָל כׇּל הַיּוֹם׃ - Lève-Toi, ô Dieu, défends Ta cause, souviens-Toi des outrages que Te fait l'insensé tout au long du jour !
Le Radak enseigne : si Tu n'agis pas pour nous, agis pour Toi-même. « Défends Ta cause » - car notre querelle est la Tienne, et dès lors qu'Israël est humilié, il en résulte une profanation du Nom divin et une affliction pour la Chékhina. Même s'il ne convenait pas d'intervenir pour notre cause, défends la Tienne ! En effet, en rabaissant Ton peuple, l'ennemi T'outrage et prétend : « Leur Dieu est impuissant à les sauver ; et s'Il en a le pouvoir, pourquoi ne les arrache-t-Il pas à ma main ? » C'était là la prétention de Nabuchodonosor, et c'était celle de Sennachérib : « Quels sont, parmi tous les dieux de ces pays, ceux qui ont délivré leur pays de ma main ? » - aucune des divinités païennes n'a pu préserver son peuple de mes coups, concluant ainsi que votre Dieu serait tout aussi faible, d'autant que les dix tribus avaient déjà été déportées ; dès lors, comment oses-tu imaginer, Ézéchias, pouvoir m'échapper ? Ainsi, chaque fois que l'ennemi l'emporte sur Israël, cela engendre un blasphème envers le Tout-Puissant, insinuant qu'Hachem est incapable de sauver. C'est pourquoi : « Défends Ta cause » et « souviens-Toi des outrages que Te fait l'insensé » - souviens-Toi que l'impie, l'ennemi, T'outrage à longueur de journée en affirmant que Tu manques de puissance pour délivrer. Le Malbim précise qu'il s'agit du cinquième argument, qui rejoint l'explication du Radak : la défense de l'honneur divin profané.
אַל תִּשְׁכַּח קוֹל צֹרְרֶיךָ שְׁאוֹן קָמֶיךָ עֹלֶה תָמִיד׃ - N'oublie pas la voix de Tes oppresseurs, le tumulte de Tes adversaires qui monte continuellement !
Le Radak commente : n'oublie pas la voix de Tes adversaires qui profèrent des blasphèmes contre Toi, et « le tumulte de Tes ennemis » - ce fracas, ce vacarme haineux de ceux qui se dressent contre Toi monte sans cesse devant Toi ; ne l'oublie pas, et demande-leur des comptes. Le Malbim explique : « la voix de Tes oppresseurs » désigne les propos outrageants par lesquels ils Te blasphèment, et « le tumulte de Tes ennemis » renvoie au vacarme assourdissant qu'ils ont poussé lors de la ruine du Beth Hamikdach, comme il est dit au début du psaume : « Tes oppresseurs ont rugi au milieu de Ton sanctuaire » - ce vacarme destructeur, ne l'oublie pas. Et l'auteur du Tehilot Mahari'ts ajoute : « N'oublie pas la voix de Tes oppresseurs » - la clameur de ceux qui tentent de nous détourner de l'étude de la Torah ; « le tumulte de Tes adversaires » - le bruit de ceux qui cherchent à nous empêcher de prier. C'est pourquoi, Maître du monde, n'oublie rien de tout cela et fais justice !
Dans cette partie du psaume, Assaf énumère les œuvres du Créateur dans l'ordre de la Création - le jour et la nuit, le luminaire et le soleil, les frontières de la terre, l'été et l'hiver - et démontre à travers elles que tout procède de Lui, qu'Il est Celui qui orchestre les contraires, et que Celui qui a instauré la nature a le pouvoir d'en modifier le cours. De là découlent cinq arguments présentés devant Lui : que l'ennemi blasphème et prétend que « le monde suit son cours naturel », et qu'il convient donc que Tu Te révèles pour exercer Ta vengeance ; qu'Israël, bien que vulnérable comme la tourterelle errante, possède une grandeur spirituelle et mérite d'être sauvé ; que les lieux obscurs de la terre sont déjà saturés de repaires de violence et qu'il convient de porter le regard vers l'Alliance des Pères ; que l'opprimé ne s'en retourne pas humilié, car le pauvre et l'indigent continuent de louer Ton Nom même en exil ; et que l'honneur divin Lui-même se trouve profané par l'abaissement de Son peuple. Et au cœur de tout cela s'infuse la consolation : « À Toi aussi appartient la nuit » - même dans l'obscurité de l'exil, Tu es avec nous, et la lumière de la Torah est ce qui nous soutient jusqu'à ce que luise le jour.