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Psaume 71 - La prière de David au temps de la vieillesse - 3e partie

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Introduction

Dans cette partie du psaume 71, nous parvenons à la conclusion de l'hymne. Le roi David, qui a déployé devant nous sa confiance en Hachem depuis sa jeunesse jusqu'à sa vieillesse, en vient ici à évoquer la grandeur de la droiture et de la bienveillance d'Hachem - une justice divine (Tsedaka) qui ne se restreint pas aux limites de la nature, mais s'étend depuis les hauteurs célestes jusqu'à la terre. À travers cela, nous découvrirons un principe fondamental enseigné par le Malbim sur la distinction entre la providence naturelle et la providence miraculeuse, nous analyserons la différence entre « grand » et « élevé », pour conclure par la prière de rédemption et le cantique de reconnaissance qui clôturent le psaume.

« Et Ta justice, ô Dieu, atteint les hauteurs » - Le prolongement de « je proclamerai »
וְצִדְקָתְךָ אֱלֹהִים עַד מָרוֹם אֲשֶׁר עָשִׂיתָ גְדֹלוֹת אֱלֹהִים מִי כָמוֹךָ׃ - Et Ta justice, ô Dieu, atteint les hauteurs célestes, Toi qui as accompli de grandes choses : ô Dieu, qui est semblable à Toi ?

Selon Rachi, ce verset se rattache aux deux versets précédents : « Ô Dieu, Tu m'as instruit dès ma jeunesse, et jusqu'à présent je proclame Tes merveilles », « Et même jusqu'à la vieillesse et aux cheveux blancs, ô Dieu, ne m'abandonne point, afin que je proclame la force de Ton bras à cette génération » - et Ta justice qui atteint les hauteurs, cela aussi je le proclamerai. C'est-à-dire que le verbe « je proclamerai » employé plus haut se prolonge et englobe également notre verset.

Le Radak explique : la bienveillance divine s'élève jusqu'aux cieux, comme il est écrit : « Car Ta bonté est grande jusqu'aux cieux ». « Toi qui as accompli de grandes choses » - Tu as réalisé avec moi et avec d'autres de grands prodiges, au point que « ô Dieu, qui est semblable à Toi ? » - tous proclament qu'il n'y a nul autre comme Toi. Comme l'a dit Moché Rabbénou : « Qui est comme Toi parmi les puissants, Hachem ? » - quelle autre puissance a-t-on jamais vue dans la création comparable à Hachem, béni soit-Il ? De même : « Quel dieu y a-t-il dans les cieux et sur la terre qui puisse agir selon Tes œuvres et selon Tes hauts faits ? » Le terme « Élohim » constitue ici une invocation adressée au Maître du monde : Toi, Maître de l'univers, nulle autre puissance n'agit comme Toi dans la nature et dans la réalité. Et selon les termes du Radak : « Le pouvoir de tous les puissants s'épuise, excepté Ton pouvoir qui ne s'éteint jamais » - tout être doté de puissance dans la création possède une force éphémère ; seul le pouvoir du Saint, béni soit-Il, est éternel, Ta puissance ne cessera jamais. C'est là le sens de « qui est comme Toi ».

Causes et effets face au miracle pur

Le Malbim expose un principe fondamental : lorsque le salut intervient par le biais des lois naturelles, selon un enchaînement de causes et d'effets, le Saint, béni soit-Il, n'ordonne pour ainsi dire que la cause initiale, et toutes les conséquences s'enchaînent d'elles-mêmes selon l'ordre naturel. C'est semblable à des dominos alignés : on ne renverse que le premier, et tous les autres s'effondrent successivement par une force mécanique. Il en va de même lorsqu'Hachem agit selon le cours de la nature : Il accomplit le premier acte, et toutes les étapes suivantes en découlent et se déroulent d'elles-mêmes.

En revanche, dans une action miraculeuse, l'ensemble des effets relève également du prodige. Ce n'est pas uniquement la première cause qui émane de Lui, mais chaque étape est actionnée par une force surnaturelle - comme si chaque domino tombait par une décision et une impulsion directes et individuelles du Saint, béni soit-Il. Et la particularité de la conséquence miraculeuse réside dans le fait qu'elle peut aller à l'encontre même de la nature.

Par exemple : un homme tombe malade, et Hachem lui envoie un médecin. La providence s'est manifestée dans le fait qu'il a rencontré précisément le spécialiste compétent pour son cas - et à partir de là, tout s'enchaîne par inertie naturelle : le médecin pose son diagnostic, soigne, prescrit un traitement, et le malade guérit. L'élément surnaturel ici ne réside que dans le point de départ, l'envoi providentiel du médecin. Mais lorsqu'il s'agit d'un processus entièrement miraculeux, Hachem aurait pu ne pas lui envoyer de médecin, mais un cordonnier, et ce cordonnier aurait pu lui administrer précisément une substance censée nuire - et pourtant, il en guérit. En effet, les causes secondes et leurs effets sont eux aussi surnaturels. Dès lors, on peut guérir l'amer par le doux et le doux par l'amer, apporter la guérison précisément par un coup, élever au moyen de l'abaissement, et faire brûler du vinaigre comme de l'huile. Car dès lors qu'une chose s'accomplit au-delà de la nature, les détails ne fonctionnent pas par leur propre dynamique, mais chacun d'eux constitue un acte délibéré et une providence miraculeuse de la part d'Hachem.

C'est d'après ce principe que le Malbim explique les mots « Et Ta justice, ô Dieu, atteint les hauteurs » : lorsque la bienveillance s'exerce par la voie du miracle, elle ne se borne pas à la cause première, mais enveloppe tous les maillons - c'est pourquoi elle s'étend depuis la terre jusqu'aux hauteurs célestes, du dernier effet terrestre jusqu'à la cause première d'en haut, de sorte que l'ensemble du processus se déroule miraculeusement. En revanche, une bienveillance qui emprunte le cours de la nature ne se situe qu'« au plus haut » : l'impulsion initiale est donnée par Hachem, puis tout suit son cours naturel. David déclare « jusqu'aux hauteurs », de la terre jusqu'au ciel, car il s'agit d'une bonté que Tu accomplis envers moi au-dessus des lois de la nature.

« Toi qui as accompli de grandes choses » - La grandeur est l'expression du 'Hessed

Qu'est-ce que la « Guedoula » (grandeur) selon les Sefirot ? Chaque jour, nous disons : « Et David bénit... À Toi, Éternel, la grandeur et la puissance ». La Guedoula correspond au Hessed - une effusion sans limites, dispensée avec largesse et abondance. La Guevoura est l'inverse : contraction (tsimtsoum), rigueur (dinim). C'est pourquoi « Toi qui as fait de grandes choses » (guedolot) signifie des effusions de bonté infinie, non pas selon mon mérite ou selon les lois de la nature, mais bien au-delà.

La différence entre « grand » (Gadol) et « élevé » (Ram)

Le Malbim distingue « grand » (gadol) de « élevé » (ram), comme nous l'avons vu dans « Proclamez avec moi la grandeur de l'Éternel, et exaltons Son Nom ensemble » au chapitre 34, et comme nous l'avons expliqué au sujet de « L'Éternel est élevé au-dessus de toutes les nations ». Pour les nations, le Saint béni soit-Il est « élevé » ; pour nous, Il est « grand ». Lorsque les nations ont voulu secouer le joug divin, elles ont, pour ainsi dire, « propulsé » le Saint béni soit-Il vers le haut (un coup de pied vers le sommet). C'est comparable à un enseignant problématique qui ne sait pas s'y prendre avec les élèves et fait plus de dégâts que de bien : ordinairement, on le renvoie, mais s'il est un proche du directeur ou d'un bienfaiteur, on le promeut vice-directeur : « Prends un bureau, occupe-toi de paperasse et ne fais pas de tort ». C'est une « promotion vers le haut » pour s'en débarrasser. De même, les nations exaltent D.ieu pour se libérer de Lui : « Serait-il possible que le Saint béni soit-Il s'occupe de mon dos qui me démange, ou d'un petit ver sous une feuille écrasée de soleil ? Tu rabaisses le Maître du monde ! D.ieu est élevé, D.ieu est au-dessus de tout cela. »

Quelle est la différence ? « Élevé » (ram) signifie situé en haut, détaché du bas : une montgolfière est élevée, une colombe qui vole haut se trouve en un lieu élevé - elles ne sont pas rattachées à la terre. En revanche, la tour Eiffel est « grande » : elle ne flotte pas dans les airs, elle s'étend depuis le sol jusqu'au sommet. Pour nous, D.ieu est grand : Il veille ici-bas, observe le sort de la plus infime des créatures terrestres tout autant que celui des mondes supérieurs. Chez les nations, D.ieu est « élevé » : Il est là-haut et ne regarde pas ce qui se passe ici, et par conséquent, « fais ce qui te plaît ».

Qui rabaisse véritablement le Créateur ?

Nous avons déjà réfuté cette conception à plusieurs reprises (nous avons développé ce point à la lumière du Kuzari, de Daat Tevounot et de Derekh Hachem du Ramchal), en montrant que c'est en réalité nous qui exaltons D.ieu, tandis qu'eux Le minimisent. Quelle distance sépare notre monde de l'infini ? L'infini. Et si l'on s'en rapproche de mille kilomètres, combien reste-t-il ? C'est absurde : l'infini reste l'infini. Même si l'on s'en approchait d'un billion de kilomètres, on en demeurerait tout aussi éloigné.

Et c'est là tout l'enjeu : celui qui perçoit le Saint béni soit-Il comme une réalité par rapport à laquelle il existerait des choses « grandes » et d'autres « petites » Lui attribue, à D.ieu ne plaise, une mesure finie. Il s'imagine que D.ieu est grand au point que certains éléments sont trop infimes devant Lui, tandis que d'autres seraient importants. Or, si D.ieu est infini, la chose la plus gigantesque que l'on puisse concevoir est tout aussi insignifiante devant Lui. Y a-t-il une quelconque différence pour D.ieu entre veiller sur une démangeaison dans votre dos ou maintenir l'existence des galaxies et de la création tout entière ? Tous deux sont rigoureusement égaux devant Lui. Prétendre que « ceci est petit et cela est grand », c'est enfermer le Créateur dans un cadre et une échelle de mesure relative - et ce faisant, c'est Le rabaisser. Nous affirmons, quant à nous, que devant le Saint béni soit-Il, rien n'a de consistance propre, et que tout est néant face à Lui.

Dès lors, « Ta justice, ô D.ieu, s'élève jusqu'aux cieux », depuis la terre jusqu'au plus haut des cieux, parce que « Tu as fait de grandes choses » (guedolot) et non des choses simplement « élevées » (ramot). Être « élevé », c'est rester là-haut, mais être « grand », c'est s'étendre du bas jusqu'en haut : tout ce qui se déploie et descend de palier en palier jusqu'au niveau le plus bas s'opère par miracle et par la providence particulière de Sa part, béni soit-Il. C'est ainsi que D.ieu peut procurer la guérison par le coup lui-même et adoucir l'amertume par l'amer.

C'est précisément ce que disent les philosophes de la nature : « N'importe quelle cause fortuite ne produit pas n'importe quel effet ». Dans le cadre de la causalité naturelle, il faut que la cause soit suffisante pour engendrer l'effet : l'évaporation produit des nuages, mais toute chaleur solaire ne provoque pas une évaporation, et toute évaporation ne suffit pas à former des nuages. Mais pour D.ieu, béni soit-Il, lorsqu'une chose s'accomplissait par voie miraculeuse, n'importe quel élément peut réaliser Sa volonté - qu'il s'agisse de guérir une maladie par la maladie elle-même ou de faire brûler du vinaigre comme de l'huile. Ce n'est que dans l'ordre naturel des causes et des effets qu'une cause proportionnée est requise ; mais dans le domaine surnaturel, D.ieu peut faire jaillir une chose de son exact contraire.

« Je viendrai avec les hauts faits » - que la prise de conscience transforme nos efforts
אָבוֹא בִּגְבֻרוֹת אֲדֹנָי יֱהֹוִה אַזְכִּיר צִדְקָתְךָ לְבַדֶּךָ׃ - Je viendrai célébrer les hauts faits du Seigneur D.ieu, je rappellerai Ta seule justice.

Il arrive qu'un homme ait les yeux bouchés devant la vérité et place sa confiance dans un être de chair et de sang : « Un tel va m'aider, je me suis adressé à cette personne, elle va intervenir en ma faveur ». Pourtant, avec un esprit lucide, il comprendrait : une créature faite de glaise peut-elle vraiment vous sauver ? S'il y a Quelqu'un qui peut délivrer, ce n'est que le Saint béni soit-Il. C'est à ce propos que David s'exclame : « Je viendrai célébrer les hauts faits du Seigneur D.ieu » - si j'approfondis l'immensité de Ses grandeurs et de Ses hauts faits, l'abondance qui découle de Sa puissance, j'en viendrai à cette certitude : « Je rappellerai Ta seule justice » - tout vient de Toi, il n'y a rien en dehors de Lui (Ein Od Milvado). Car même cet intermédiaire vers lequel je me suis tourné ne détient aucune force autonome, et n'agit que par la seule volonté divine.

Et lorsque je comprends que Tu es la Source, mon investissement prend lui aussi un tout autre visage. Toute mon énergie ne sera plus mobilisée pour convaincre untel, lui envoyer un proche ou trouver quelqu'un qui exercera une pression sur lui. Il faut certes faire sa hichtadloute (effort humain) - si je sais qu'une délivrance peut venir par telle personne, je m'adresserai à elle ; mais dépendre d'elle et placer en elle tous ses espoirs, cela relève déjà d'une forme d'hérésie. Tous ne sont que des acteurs, telles des marionnettes au bout d'un fil qui n'agissent que par la force d'Hachem. Dès lors, ne vaut-il pas mieux s'adresser à la Source ? Ne vaut-il pas mieux se tourner vers Celui qui orchestre tous les événements ?

« Asher hir'itani tsarot rabot » - L'individu et la collectivité
אֲשֶׁר הִרְאִיתַנִי צָרוֹת רַבּוֹת וְרָעוֹת תָּשׁוּב תְּחַיֵּנִי וּמִתְּהֹמוֹת הָאָרֶץ תָּשׁוּב תַּעֲלֵנִי׃ - Toi qui m'as fait voir de nombreuses et cruelles détresses, Tu reviendras me faire vivre, et des abîmes de la terre Tu me feras remonter.

Le Radak a coutume de se pencher sur le keri et le ketiv (la lecture traditionnelle et le texte écrit). Ici, le texte écrit (ketiv) est « hir'itanou » (Tu nous as fait voir) et la lecture (keri) est « hir'itani » (Tu m'as fait voir) ; le texte écrit est « te'hayénou » (Tu nous feras vivre) et la lecture est « te'hayéni » (Tu me feras vivre). Le Radak explique : David prie pour l'ensemble des enfants de l'exil, tandis que le keri parle de l'individu - à chaque individu en particulier Tu as fait voir de cruelles épreuves, et à la collectivité également Tu as fait voir de dures épreuves, et en fin de compte Tu as sauvé de tout cela.

Le Radak explique encore : David parle de lui-même et de la collectivité par voie d'allégorie. « Toi qui m'as fait voir de nombreuses détresses » - il raconte ses propres épreuves, et celles-ci sont une allégorie pour tout le peuple d'Israël en exil. De même que j'ai été poursuivi par Shaoul, et de même que j'ai été poursuivi par mon propre fils et que j'ai dû fuir Jérusalem, puis finalement Avshalom est mort et je suis retourné à Jérusalem - de même dans l'application : Tu nous as fait voir de nombreuses détresses de la part des nations, « Tu reviendras nous faire vivre », Tu feras passer l'ensemble d'Israël exilé parmi les nations de l'angoisse au soulagement et Tu nous ramèneras à Jérusalem, tout comme Tu m'y as ramené personnellement. Et à partir de ce verset jusqu'à la fin du psaume, précise le Radak, les paroles sont prononcées au nom des enfants de l'exil : tout comme j'ai bénéficié d'une délivrance individuelle, ainsi, Maître du monde, veille à la délivrance collective.

Ne pas raconter les épreuves - raconter les délivrances

On peut se demander quel est l'intérêt d'énumérer les épreuves. Il existe une belle formule : au lieu de raconter tes soucis au Maître du monde, raconte le Maître du monde à tes soucis - cela peut s'avérer bien plus profitable. Il convient assurément que l'homme multiplie les louanges et la reconnaissance pour chaque délivrance, mais s'étendre sur le récit des épreuves ne présente aucun intérêt particulier. Bien au contraire, lorsqu'on ressasse sans cesse ses malheurs, on sombre dans l'abattement : il y a cette épreuve-ci, et ce problème à la banque qu'on avait presque oublié, et ce voisin... Plus on en parle, plus on s'enfonce. Mieux vaut s'occuper des délivrances plutôt que des détresses.

L'épreuve elle-même comme cause du salut

Le Radak ajoute : quelle est cette justice « jusqu'aux cieux » que Tu nous as manifestée ? C'est que nous avons traversé de nombreuses et terribles détresses, et malgré tout : « Tu reviendras me faire vivre, et des abîmes de la terre Tu me feras remonter ». Tous les peuples nous voyaient déjà plongés dans l'adversité et disaient : c'en est fini, tout espoir est perdu pour ce peuple. Comme on le sait, l'un des « arguments » théologiques des nations était que le peuple d'Israël avait été abandonné et remplacé, qu'il ne retournerait jamais sur sa terre et qu'il resterait à jamais brisé, errant, tourmenté et frappé. Mais lorsque nous sommes revenus sur notre terre, ce fut un véritable démenti qu'ils ne parvinrent pas à digérer, au point que pendant des décennies aucun pape ne se rendit ici pour cette raison. Lorsque Tu me fais voir de grandes épreuves et qu'ensuite « Tu reviendras me faire vivre » - nous étions comme morts, engloutis dans les abîmes de la terre, et c'est de là que Tu nous as relevés - c'est cela « Ta justice, ô Dieu, jusqu'aux cieux », cette infinie bienveillance qu'Il a déployée envers nous.

Le Malbim poursuit dans sa ligne : puisque, dans une action miraculeuse, tous les intermédiaires et tous les effets proviennent également d'Hachem, le Saint, béni soit-Il, peut apporter le bien par le moyen du mal, et la guérison par ce qui était censé engendrer la maladie. La preuve en est : « Tu m'as fait voir de nombreuses et cruelles détresses » - et cette détresse même devient la raison de « Tu reviendras me faire vivre ». C'est du sein même des épreuves que le Saint, béni soit-Il, nous fait revivre.

Trois récits

On rapporte une histoire survenue pendant la guerre de Kippour : des tankistes subirent un tir direct, et leur char commença à s'embraser. Ils tentèrent d'ouvrir la trappe pour sortir, mais l'impact avait faussé la tourelle, rendant toute ouverture impossible. Ils comprirent qu'en quelques minutes, à D.ieu ne plaise, tout serait fini. C'est alors que, par la bonté divine, un second missile les frappa : l'explosion arracha la tourelle, et ils purent s'extraire et avoir la vie sauve. Un prodige éclatant, qui illustre comment le Saint, béni soit-Il, envoie parfois des épreuves nombreuses et rudes qui deviennent elles-mêmes l'instrument de la délivrance.

On a déjà raconté l'histoire de Rabbi Yaakov Galinsky zatsal, qui fut exilé en Sibérie avec un groupe de bahourim de Novardok. À l'époque, c'était considéré comme la pire des choses ; à l'entrée, on leur avait dit : regardez bien cette porte, car personne ne l'a jamais revue de l'extérieur - quiconque arrive ici y est enterré. On avait raconté alors toute l'histoire : les Russes leur avaient proposé la citoyenneté, ils étaient allés consulter le Rav, et celui-ci leur avait ordonné de refuser, expliquant que si les Russes vous proposent quelque chose de bon, il n'en sortira que du mal. Suite à ce refus, ils furent envoyés en Sibérie, et certains vinrent se plaindre auprès de lui : regarde ce que tu nous as fait ! Mais que s'est-il avéré ? La Seconde Guerre mondiale a éclaté, et quant à ceux qui étaient restés sur place, les nazis sont arrivés et les ont tous déportés dans les camps d'extermination, sans laisser aucun survivant. Rabbi Yaakov Galinsky disait : ceux qui sont restés en vie sont précisément ceux que le Saint, béni soit-Il, a placés en surgélation en Sibérie ; la guerre s'est terminée, nous sommes sortis, et tous étaient vivants. Ce qui apparaissait comme un malheur absolu s'est révélé être le salut même.

Voici une autre histoire datant des années de la vague d'attentats au couteau, qu'Hachem nous en préserve : à Netanya, près du centre commercial, une touriste juive fut poignardée et transportée d'urgence à l'hôpital. Lors de l'intervention chirurgicale rendue nécessaire par la blessure, les médecins ont ouvert son abdomen et ont découvert une tumeur dangereuse qui, à très brève échéance, lui aurait coûté la vie. On lui a dit : par chance, sans ce coup de couteau, la tumeur n'aurait été découverte qu'à un stade où il n'y aurait plus eu de remède. C'est le coup de couteau lui-même qui lui a sauvé la vie.

C'est-à-dire qu'auprès du Saint, béni soit-Il, nous constatons l'inverse de la nature ordinaire. En règle générale, la détresse est une cause de mort ; mais auprès d'Hachem, il arrive que la détresse soit la cause même de la vie. « Des abîmes de la terre » - un abîme est une cause de mort, et c'est précisément de là que « Tu me feras remonter » : l'abaissement lui-même devient la cause de la grandeur.

« Tu accroîtras ma grandeur »
תֶּרֶב גְּדֻלָּתִי וְתִסֹּב תְּנַחֲמֵנִי׃ - Tu accroîtras ma grandeur, et Tu te retourneras pour me consoler.

Par cet abaissement même, la grandeur s'élèvera, et il sera la cause de la consolation. Le Radak explique : non seulement Tu nous feras sortir de l'exil, mais Tu accroîtras aussi notre grandeur au-delà de ce qu'elle était avant l'exil. « Et Tu te retourneras pour me consoler » - Tu Te tourneras de nouveau vers nous : en exil, Hachem a pour ainsi dire détourné Sa face de nous, dans une dimension de dissimulation de la face (et c'est là tout le sens d'Esther, comme pour les Krouvim), et ici, « Qu'Hachem fasse luire Sa face vers toi » - et c'est par cela que Tu me consoleras.

« Moi aussi, je Te louerai au son du nével »
גַּם אֲנִי אוֹדְךָ בִכְלִי נֶבֶל אֲמִתְּךָ אֱלֹהָי אֲזַמְּרָה לְךָ בְכִנּוֹר קְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל׃ - Moi aussi, je Te louerai avec le nével pour Ta fidélité, mon D.ieu ; je Te chanterai avec le kinnor, Saint d'Israël !

Le Radak explique : de même que Tu multiplieras Tes bienfaits envers moi, de même je multiplierai mes louanges et mes chants pour Toi avec des instruments de musique - avec le nével et le kinnor. Et quand cela ? Lorsqu'Hachem nous fera sortir de l'exil, car ces derniers versets font référence à l'exil. Et précisément alors, car en exil toute joie s'est assombrie et je ne peux Te louer avec le nével et le kinnor. C'est comme on le disait à Babylone : « Aux saules de ses rives nous avions suspendu nos harpes » - « aravim » désigne les saules ; c'est là que nous avions suspendu nos kinnorot, n'ayant plus la possibilité de louer et de chanter : « Comment chanterions-nous le chant d'Hachem sur une terre étrangère ? ». Mais alors, nous pourrons Te louer, car ce sera un temps de joie.

« Ta fidélité, mon D.ieu » - tout ce qu'Hachem accomplira au moment de la Délivrance sera la réalisation de Sa fidélité à Sa promesse ; Sa vérité, c'est Sa promesse. Tu confirmeras Tes paroles et Tu accompliras Ta promesse, et alors « je Te chanterai... Saint d'Israël », car par cela même, Ton Nom sera sanctifié en Israël.

Le Malbim apporte une précision : « Je Te louerai avec le nével » se rapporte aux bienfaits individuels que Tu m'as accordés, c'est pourquoi il est dit « mon D.ieu ». « Et je Te chanterai avec le kinnor, Saint d'Israël » s'entend en tant que Tu es le Saint d'Israël. Comme nous l'avons vu à plusieurs reprises, lorsqu'il s'agit de la providence particulière sur l'individu, l'expression employée est « mon D.ieu » - dans la mesure où Tu répands Tes bienfaits sur moi en particulier ; et lorsqu'il s'agit de la providence sur l'ensemble d'Israël, le texte n'emploie pas le Nom « Hachem » ou « Elohim », qui règne sur toute la nature et sur toute la Création, mais « Saint d'Israël » - indiquant qu'Il exerce une providence particulière sur nous en tant que collectivité, et que nous avons une promesse singulière quant à notre pérennité, à savoir que le peuple d'Israël ne disparaîtra jamais.

« Mes lèvres exulteront » - Sa bouche et son cœur sont à l'unisson
תְּרַנֵּנָּה שְׂפָתַי כִּי אֲזַמְּרָה לָּךְ וְנַפְשִׁי אֲשֶׁר פָּדִיתָ׃ - Mes lèvres jubileront lorsque je chanterai pour Toi, ainsi que mon âme que Tu as rachetée.

Jusqu'ici, il a parlé des instruments de musique, et à présent il aborde le chant vocal : lorsque je Te chanterai avec le violon, mes lèvres aussi jubileront. Et le Radak explique : au moment où je Te chanterai, mes lèvres jubileront, ainsi que « mon âme que Tu as délivrée ». Pourquoi associe-t-il ici l'âme ? Car il arrive parfois que la bouche et le cœur de l'homme ne soient pas à l'unisson - et pourquoi chercher bien loin ? Que l'homme observe sa manière de prier : il récite de la bouche alors que son esprit est ailleurs. Mais pour moi, dit David, mes lèvres jubilent et il y a une connexion avec l'âme ; mon âme prête attention à ce qui sort de ma bouche, et la bouche et le cœur sont en accord parfait. C'est le sens de « mon cœur et ma chair s'écrient vers le D.ieu vivant » - la chair désigne les lèvres, et le cœur lui-même veille à ce que les lèvres expriment.

« Et mon âme que Tu as délivrée » - que Tu as délivrée de l'exil. En effet, en exil, je ne pouvais pas chanter d'allégresse en raison de la peine, et je ne pouvais pas non plus chanter convenablement car mon cœur n'était pas avec moi. Nous trouvons déjà dans la Guémara l'histoire de ce sage que l'on vit déconcentré ce jour-là ; interrogé sur ce qui lui arrivait, il répondit qu'il avait perdu sa bourse, ajoutant selon sa formule : la déduction logique dépend du cœur, et le cœur dépend de la bourse. S'il y a des soucis d'argent, le cœur n'est plus concentré. De même, en exil, notre cœur n'est pas avec nous, mais lorsque Tu nous délivreras, mon âme et mon cœur pourront chanter pour Toi, et ma bouche et mon cœur seront à l'unisson, car nous aurons la sérénité de l'esprit - et une âme élevée peut alors recevoir le Roua'h Hakodesh.

Le Malbim ajoute : « Jubileront » - en plus du chant accompagné de l'instrument, je jubilerai aussi par les lèvres, conformément aux paroles du Radak. Mais cela ne restera pas de simples paroles de façade, cela engagera tout le corps : « Mes lèvres jubileront » - tout mon être chantera pour Toi, « et mon âme que Tu as délivrée », et ma langue également.

« Ma langue également » - La parole intérieure
גַּם לְשׁוֹנִי כָּל הַיּוֹם תֶּהְגֶּה צִדְקָתֶךָ כִּי בֹשׁוּ כִי חָפְרוּ מְבַקְשֵׁי רָעָתִי׃ - Ma langue également méditera tout le jour Ta justice, car ils sont honteux, ils sont confondus, ceux qui cherchent mon malheur.

Quelle est la différence entre « ma langue » (lechoni) et « mes lèvres » (sefataï) ? C'est une notion sur laquelle nous sommes souvent revenus dans l'étude du livre de Michlé : les lèvres expriment la parole extérieure, tandis que la langue est plus intérieure et exprime la réflexion et l'intériorité. La langue désigne toujours la parole sublime et intelligente issue de l'âme intellective, un degré plus élevé d'expression. C'est pourquoi il est dit « téhégé » (méditera) - ma langue aussi approfondira et méditera Ta justice, ce qui exige réflexion et contemplation.

Le « higayone » (la méditation déductive), explique le Malbim, consiste à déduire une chose d'une autre au moyen de preuves rationnelles : faire des analogies, comparer des éléments et tirer des conclusions à partir de la réflexion. C'est là le niveau de la tévouna (l'intelligence conceptuelle), et c'est la différence entre 'Hokhma et Bina : la 'Hokhma est la connaissance directe d'une chose, tandis que la Bina consiste à comprendre une chose à partir d'une autre, à méditer sur un sujet pour en extraire de nouveaux développements. Cela procède de la puissance de la langue, qui exprime cette contemplation intérieure.

« Car ils sont honteux, car ils sont confondus, ceux qui cherchent mon malheur » - par la force des nombreux miracles que Tu as accomplis. C'est cela que méditera ma langue, tandis que mes lèvres chanteront, loueront et remercieront Hachem pour tout ce qu'Il a fait. Et le Malbim précise : « 'hafrou » (ils sont confondus, couverts d'opprobre) est plus fort que « bochou » (ils ont honte), car l'idée d'enfouissement ('hafira) renvoie à quelque chose de caché, de plus profond - comme dans le verset « la lune rougira ('hafrah) et le soleil pâlira (bochah) », et comme dans l'expression d'un « acte infâme » (ma'assé ma'hpir), plus grave qu'une simple honte. La honte est pour ainsi dire extérieure, tandis que l'opprobre profond est intérieur et plus marquant. Tout cela requiert une réflexion intérieure, portée comme nous l'avons dit par la langue - et c'est par elle que nous prenons la mesure de combien Hachem m'a sauvé et combien Il a châtié les nations.

En conclusion :

En conclusion du psaume 71, David HaMélekh nous enseigne que la justice d'Hachem n'est pas seulement « élevée », mais aussi « grande » : elle s'étend depuis les hauteurs célestes jusqu'à la terre, à chaque étape, par la providence particulière et par voie de miracle - c'est pourquoi elle peut faire jaillir une chose de son contraire, la guérison du sein même du coup et la vie au cœur même de la détresse. Forte de cette prise de conscience, l'âme déclare : « Je viendrai avec les hauts faits du Seigneur D.ieu, je mentionnerai Ta justice à Toi seul » : ne pas placer son espoir dans la chair et le sang, mais se tourner vers la Source qui anime tous les événements. C'est pourquoi il vaut mieux s'attacher au récit des délivrances plutôt qu'à celui des malheurs. Et à l'issue de la délivrance future, lorsque Tu reviendras nous faire revivre, que Tu nous feras remonter des abîmes de la terre et accroîtras notre grandeur, la louange sera totale : par la harpe et le violon, par les lèvres et par l'âme, la bouche et le cœur étant à l'unisson, et par la langue méditative qui contemple la justice de D.ieu béni soit-Il tout au long du jour.