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Psaume 71 - La prière de David au temps de la vieillesse - Deuxième partie

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Introduction : la prière de David au temps de la vieillesse

Dans cette partie du chapitre, le roi David se tient en prière face à une situation de faiblesse et de déclin : ses ennemis relèvent la tête, prétendent que Dieu l'a abandonné, et David implore de ne pas être rejeté ni délaissé. À travers ces versets, nous découvrons non seulement le sens premier de cette supplication, mais aussi un principe fondamental dans le service divin : la reconnaissance et la louange ne sont pas réservées uniquement aux moments de détresse et de délivrance, mais s'étendent à chaque instant de vie que nous recevons de Sa main bénie.

« Ne me rejette pas au temps de la vieillesse » - trois approches pour comprendre cette vieillesse

אַל־תַּשְׁלִיכֵנִי לְעֵת זִקְנָה כִּכְלוֹת כֹּחִי אַל־תַּעַזְבֵנִי׃ - Ne me rejette pas au temps de la vieillesse ; quand ma force décline, ne m'abandonne pas.

À première vue, cette demande est surprenante. Chez les êtres de chair et de sang, on peut concevoir un rejet au moment de la vieillesse : un couple marié, où l'un vieillit et cesse d'être productif, et l'autre dit : « Je ne veux plus m'occuper d'une personne dans cet état », et l'abandonne. Mais envers le Saint, béni soit-Il, comment concevoir que l'on vieillisse et qu'Hachem nous rejette pour cette raison ? C'est inconcevable. C'est pourquoi Rachi explique qu'il ne s'agit pas ici du grand âge : « Si j'ai vieilli dans les fautes, ne me rejette pas ». Un homme peut être très jeune tout en étant déjà « vieux » dans les péchés - ayant accumulé tant de transgressions qu'il ressemble à un vieillard en années. Tout comme, à l'opposé, un jeune homme peut être qualifié de « zaqen » (ancien) parce qu'il a acquis la sagesse, ayant étudié et mûri au point qu'on dit de lui dès son jeune âge : « C'est un ancien, un sage » - de même, il existe une vieillesse dans le péché. Telle est donc la prière : ne me rejette pas au moment où j'ai vieilli dans les fautes et ai tant péché devant Toi.

Le Metsoudat David propose une explication remarquable, partagée également par le Malbim : David craint une profanation du Nom divin (’Hilloul Hachem). Maître du monde, jusqu'à présent Tu m'as soutenu dans ma jeunesse. Si Tu cesses de m'aider maintenant, tout le monde dira : « Avez-vous vu David ? Pendant des années, tout lui réussissait, mais il a vieilli - et il a commencé à chuter ». Et quelle conclusion en tireront-ils ? Que David réussissait simplement parce qu'il était jeune, fort et vigoureux, et que dès qu'il a perdu ses forces, il a vacillé. Il en résulterait que toutes mes victoires passées me seraient attribuées personnellement - et il n'y a pas de pire profanation du Nom divin. Dès lors, bien au contraire : si précisément au temps de la vieillesse Tu me soutiens et me prêtes main-forte, Ton Nom sera sanctifié, car tous verront que cela dépasse les lois de la nature. On ne pourra plus imputer mes succès à ma nature humaine, à ma jeunesse ou à mon énergie : le voici désormais âgé, et pourtant il triomphe, ce qui prouve indubitablement que cela vient d'Hachem.

Le Baal Chem Tov relève une nuance : il n'est pas dit « ne me rejette pas dans ma vieillesse », ni « aux jours de la vieillesse », mais « au temps de la vieillesse » (le'et zikna) - comme s'il s'agissait d'un moment passager de vieillesse, alternant avec d'autres périodes. Pour un homme réellement âgé, une telle formulation n'aurait pas de sens, car il demeure vieux en permanence ; pourrait-il redevenir jeune ? Il s'agit donc ici d'un homme jeune, confronté à une autre forme de vieillesse. La vieillesse représente une période d'obscurité et d'affaiblissement dans la vie humaine : tous les sens s'étiolent, la vue, l'ouïe, la mémoire, la vivacité d'esprit. De même, un individu peut traverser un état de « mo’hin de-katnout » (étroitesse de conscience) : ses facultés s'émoussent, sa vitalité baisse, il est en déclin. Il peut être jeune en années, mais vivre actuellement un « temps de vieillesse » spirituelle. C'est sur cela que David prie : dans les moments où je suis plongé dans l'obscurité et la torpeur, dans cette petitesse d'esprit, ne me rejette pas. « Quand ma force décline, ne m'abandonne pas » - donne-moi la force de retrouver pour ainsi dire ma jeunesse, c'est-à-dire les « mo’hin de-gadlout » (la grandeur d'esprit), l'enthousiasme dans le service divin, le goût de l'étude de la Torah et de la prière. Sors-moi de ce « temps de vieillesse » qui s'est abattu sur moi à l'improviste.

« Mes ennemis parlent contre moi » - qui sont ceux qui guettent ma vie ?

כִּי־אָמְרוּ אוֹיְבַי לִי וְשֹׁמְרֵי נַפְשִׁי נוֹעֲצוּ יַחְדָּו׃ לֵאמֹר אֱלֹהִים עֲזָבוֹ רִדְפוּ וְתִפְשׂוּהוּ כִּי־אֵין מַצִּיל׃ - Car mes ennemis parlent contre moi, et ceux qui guettent ma vie se concertent ensemble, disant : « Dieu l'a abandonné ; poursuivez-le et saisissez-le, car il n'y a personne pour le délivrer ! »

Selon Rachi et le Radak, les mots « mes ennemis parlent pour moi » (li) ne signifient pas qu'ils s'adressent directement à moi, mais qu'ils parlent sur mon compte et à mon sujet : les ennemis discutent de moi, tiennent conseil et prétendent qu'Hachem l'a délaissé, voyant là l'occasion rêvée de s'emparer de David et de le frapper.

Et qui sont « ceux qui guettent ma vie » (chomré nafchi) ? Le Radak avance plusieurs explications. La première : il s'agit de ceux qui étaient autrefois mes partisans fidèles et les protecteurs de ma vie, mais qui, voyant Avshalom prendre le dessus, ont immédiatement retourné leur veste pour se rallier à lui ; ce sont eux qui se concertent et complotent contre moi. Deuxième explication : « ceux qui guettent ma vie » désigne les ennemis eux-mêmes, le terme de « garde » ayant ici une connotation néfaste - ils épient et guettent ma vie, attendant ma chute pour me porter un coup fatal. Troisième explication, également négative : ils gardent mon âme pour l'empêcher de leur échapper, ils la cernent et la tiennent prisonnière afin de la frapper, à l'image du verset « pour le garder et le faire mourir au matin » - le retenant captif jusqu'à lui asséner le coup mortel.

Le Malbim propose une lecture différente : « Mes ennemis me l'ont dit » - ils me l'ont dit directement en face. De plus, « ceux qui guettent ma vie », c'est-à-dire ceux qui cherchent à me tuer, « se sont également concertés ensemble » - ils ont délibéré secrètement entre eux. On trouve donc ici deux aspects complémentaires : d'une part, ils lui annoncent ouvertement et effrontément qu'ils vont l'éliminer, et d'autre part, ils complotent en secret pour déterminer la manière de procéder. Et quelle en est la raison ? « Dieu l'a abandonné ». Jusqu'à présent, Hachem lui venait en aide, et David triomphait dans tous ses combats, prospérant dans tout ce qu'il entreprenait. Mais désormais, il semble délaissé : son propre fils le poursuit et nul ne peut le sauver de sa main. Une brèche s'est donc ouverte : « Poursuivez-le et saisissez-le » ; chacun encourage son compagnon en disant : « Allons le capturer ! » - c'est là le sens de « ils se concertent ensemble », se renforçant mutuellement pour me traquer. Et le Malbim d'ajouter : « Dieu l'a abandonné » en raison de ses péchés ; c'est pourquoi « poursuivez-le et saisissez-le », car s'il est coupable de fautes, Hachem n'est plus à ses côtés.

« Dieu, ne T'éloigne pas de moi »

אֱלֹהִים אַל־תִּרְחַק מִמֶּנִּי אֱלֹהַי לְעֶזְרָתִי חוּשָׁה׃ - Ô Dieu, ne T'éloigne pas de moi ; mon Dieu, hâte-Toi de me secourir !

C'est ce que prie David : de même qu'ils s'imaginent que Tu T'es éloigné de moi, montre-leur qu'il n'en est rien - tiens-Toi près de moi. Et plus encore, ne tarde pas : « hâte-Toi de me secourir », viens immédiatement à mon aide.

יֵבֹשׁוּ יִכְלוּ שֹׂטְנֵי נַפְשִׁי יַעֲטוּ חֶרְפָּה וּכְלִמָּה מְבַקְשֵׁי רָעָתִי׃ - Qu'ils soient confus, qu'ils périssent, les accusateurs de mon âme ; qu'ils soient couverts d'opprobre et d'ignominie, ceux qui cherchent mon malheur !

Le Radak explique : lorsqu'ils périront, ils seront confus. En voyant comment ils sont anéantis et frappés, cela constituera en soi leur honte : nous pensions faire tomber David, et voilà que c'est nous qui dépérissons et recevons les coups. Le Malbim distingue ici deux catégories : « les accusateurs de mon âme », qui cherchent véritablement à me tuer, connaîtront une disparition totale. En revanche, « ceux qui cherchent mon malheur », qui cherchent à calomnier et à salir sa réputation, verront leur châtiment ainsi formulé : « qu'ils soient couverts d'opprobre et d'ignominie ». Et le Malbim a déjà expliqué la nuance : la *kelima* (confusion) est un sentiment intérieur que l'homme éprouve envers lui-même, tandis que la *'herpa* (opprobre) vient du mépris que les autres lui infligent - et l'opprobre est plus lourd encore que la honte intérieure.

« Et moi, j'espérerai toujours » - une louange indépendante de l'épreuve

וַאֲנִי תָּמִיד אֲיַחֵל וְהוֹסַפְתִּי עַל־כָּל־תְּהִלָּתֶךָ׃ - Et moi, j'espérerai toujours, et j'ajouterai à toutes Tes louanges.

Au sens simple : j'espère en Ta délivrance, et lorsque Tu me sauveras, j'ajouterai à la louange que je T'ai adressée jusqu'ici. Le *Meor Einayim* fait remarquer que le mot « אֲיַחֵל » forme les initiales de : « **א**ם **י**תמהמה **ח**כה **ל**ו » (« s'il tarde, attends-le ») - pour t'enseigner qu'il faut espérer et attendre le Machia'h, et même s'il tarde, persévérer dans l'attente. Le Radak explique : bien que je sois plongé dans la détresse, et que la nature humaine porte alors au désespoir, moi, j'espère continuellement que Tu me sauveras. « Et j'ajouterai à toutes Tes louanges » : j'aspire à Te louer toujours davantage lorsque Tu me délivreras, bien au-delà de toutes les louanges que je T'ai offertes lors des épreuves passées dont Tu m'as sauvé. À chaque délivrance correspond un surcroît de louange.

Le Radak fait également une remarque de lecture : le mot « וְהוֹסַפְתִּי » se lit *milra'* (accentué sur la dernière syllabe), car la cantilation (le *revi'i*) se trouve sur le *tav*. Si le *revi'i* avait été placé sur le *samekh*, nous aurions lu « *vehossafti* » en *mile'el* (accentué sur l'avant-dernière syllabe).

Mais le Malbim révèle ici une profondeur toute différente, en reliant ce verset au précédent : même lorsque mes accusateurs seront confus et anéantis, et que je n'aurai plus d'ennemis ni de persécuteurs, néanmoins « j'espérerai toujours » en Toi. Pourquoi ? Parce que l'espérance en Toi ne se limite pas à l'attente d'une délivrance dans l'adversité, à la manière de celui qui ne se tourne vers son Créateur qu'en cas de besoin. David HaMelekh déclare : même quand tout va bien pour moi, tout le bien et toute l'abondance proviennent de Toi. Ma réussite n'est pas un phénomène naturel, mais le fruit de Ta providence (*hachga'ha*). À chaque instant, je crois d'une foi absolue que la sérénité, la tranquillité et l'abondance me viennent de Ta main. C'est pourquoi j'espère que Ta providence continuera de veiller sur moi à l'avenir, et à chaque instant s'ajoutera une louange nouvelle, car je me représente combien de calamités rôdent autour de moi sans que je ne les voie, et dont Hachem me préserve à chaque seconde.

Et pourquoi ne ressentons-nous pas le besoin de louer quand tout va bien ? Parce que nous ne voyons pas de quoi Hakadoch Baroukh Hou vient de nous sauver à l'instant même. La subsistance est là, la santé est présente, tout se déroule sans encombre, les jambes fonctionnent et les yeux voient - et nous ne réalisons pas qu'ici les choses auraient pu se compliquer, et que là, tout aurait pu basculer. Puisque nous ne le percevons pas, nous n'éprouvons pas le devoir de remercier. Mais si l'on prenait conscience qu'à chaque instant Hachem nous sauve, ce serait comparable à ce que nous disons : « Louez Hachem, vous toutes les nations, célébrez-Le, vous tous les peuples, car Sa bienveillance a prévalu sur nous ». Pourquoi les nations loueraient-elles Dieu du fait que Sa bienveillance prévaut sur nous ? C'est qu'elles sont les seules à savoir quels desseins malveillants elles avaient tramés pour nous nuire, sans jamais parvenir à les concrétiser. Imaginez des missiles invisibles qui pleuvraient tout autour de nous, sans bruit et sans éclat, et que Koudcha Berikh Hou neutralise. C'est à ce sujet que David s'exclame : voilà ce que je loue et célèbre, « et moi, j'espérerai toujours », car je garde constamment à l'esprit quel mal aurait pu m'atteindre et comment les tourments auraient pu tourbillonner autour de moi. Je me tiens pour ainsi dire sans cesse exposé au malheur - n'était la Providence ; car si Tu retirais Ta garde un seul instant, le malheur fondrait immédiatement sur moi, à Dieu ne plaise, mais Toi, Tu me sauves.

Tel est le sens de ce surcroît de louange : il ne faut pas attendre, pour louer, que survienne l'épreuve suivie de la délivrance. Même lorsque « mes accusateurs seront confus et anéantis », j'espère continuellement, et par là même « j'ajoute à toutes Tes louanges ». Car on loue d'ordinaire après avoir été tiré d'une détresse, tandis que moi, je Te loue du fait même de ne pas y être entré dès l'origine, sachant avec une foi parfaite que cela ne relève en rien du cours de la nature, mais procède de Ta providence particulière (*hachga'ha pratit*).

Ceci est d'autant plus vrai d'après les enseignements de nos Sages : lorsque l'homme loue et remercie Hachem dans les moments fastes, cela pérennise l'abondance du bien et prévient la survenue du malheur. En effet, dès lors qu'un homme se trouve plongé dans la détresse et commence seulement alors à implorer et prier, il est dans une situation précaire, comme l'enseigne la Guémara : « Un prisonnier ne peut se libérer lui-même de sa prison ». De même, nos Sages ont dit : lorsqu'un homme tombe malade et s'alite, on lui dit : « Fais venir des avocats » - va mobiliser les meilleurs défenseurs pour te tirer d'affaire, c'est-à-dire les mitsvot et les bonnes actions, et même ceux-là n'agissent pas aisément. En revanche, tant que l'on n'est pas dans la détresse, la prière et la louange que l'on adresse à Hachem, en Le suppliant d'écarter l'épreuve, sont infiniment plus efficaces ; car une fois le malheur survenu, s'en extraire n'est plus chose aisée.

« Ma bouche racontera Ta justice »

פִּי יְסַפֵּר צִדְקָתֶךָ כָּל־הַיּוֹם תְּשׁוּעָתֶךָ כִּי לֹא יָדַעְתִּי סְפֹרוֹת׃ - Ma bouche racontera Ta justice, tout le jour Ton salut, car je n'en connais point le nombre.

Le Radak explique : « tout le jour » signifie en réalité « tous les jours », à l'instar du verset « Car en Toi j'espère tout le jour » - chaque jour c'est en Toi que j'espère. Autrement dit, bien que j'aie matière à raconter chaque jour Tes délivrances, puisque Tu m'accordes sans cesse bienfaits et secours, « je n'en connais point le nombre » : ils sont infinis, et je ne saurais les dénombrer.

Le Malbim commente quant à lui selon sa propre approche : « Ma bouche racontera Ta justice » en ce sens que « tout le jour est Ton salut » - Tu me sauves continuellement, à chaque instant du jour, car je n'ai pas la moindre existence sans Toi, ne fût-ce qu'un seul instant ; je suis semblable à un homme perpétuellement exposé au péril, tandis que Toi, par une délivrance ininterrompue, me préserves à tout moment.

« Je viendrai avec les hauts faits » - La reconnaissance de la puissance d'Hachem en elle-même

אָבוֹא בִּגְבֻרוֹת אֲדֹנָי יֱהֹוִה אַזְכִּיר צִדְקָתְךָ לְבַדֶּךָ׃ - Je viendrai avec les hauts faits du Seigneur D.ieu, je rappellerai Ta seule justice.

Rachi explique : « Je viendrai avec les hauts faits » - je viendrai louer Ta puissance. Le Radak ajoute : lorsque je marcherai pour combattre mes adversaires, je n'avancerai pas fort de la vaillance des guerriers qui m'accompagnent - bien que David disposât d'une armée de vaillants héros -, je ne place pas ma confiance en leur force, mais « je viendrai avec la puissance du Seigneur D.ieu ». « Je rappellerai Ta justice à Toi seul » - car la justice n'appartient qu'à Toi seul.

Il y a là une profonde leçon morale. Quand il arrive un bonheur à un homme, qu'il a entrepris une chose et qu'il a réussi, et qu'on lui demande : « Alors, comment as-tu fait ? », il répond : « Crois-moi, c'est la siyata dichmaya, Hachem m'a aidé ». Mais lorsqu'il subit un échec : « Écoute, tout vient d'En haut ». Les revers, nous les imputons tous au Maître du monde, tandis que les succès : « C'est moi qui ai agi, mais le Saint béni soit-Il m'a aidé ». On ne peut certes pas nier qu'Hachem a aidé, mais face à une chute, on ne dit pas « J'ai commis ici des erreurs impardonnables », mais plutôt « Tout vient d'En haut ». C'est à ce propos qu'il est dit « Je rappellerai Ta justice à Toi seul » : non pas moi et Hachem, mais Toi seul. Toi seul et non pas moi ; je n'y suis pour rien, tout vient de Toi.

Le Malbim offre une explication profonde : par ces louanges que je T'adresse, je me distingue de tous les autres chantres des louanges d'Hachem. Ceux-ci ne perçoivent et ne conçoivent la puissance d'Hachem que par comparaison à un événement : une détresse a surgi, Hachem les en a délivrés, et c'est à travers cela qu'ils reconnaissent Sa gloire et Sa vaillance. Mais la puissance d'Hachem en elle-même, ils ne la connaissent pas ; ils ne la mesurent que « par rapport à celui qui est sauvé », selon ce qui l'a emporté sur leurs ennemis, sur les bêtes féroces, sur la maladie ou sur tout autre péril. David déclare alors : je suis différent d'eux. « Je viendrai avec les hauts faits du Seigneur D.ieu » - tels qu'ils sont en eux-mêmes, dans la perfection divine intrinsèque et dans la toute-puissance de Sa force, même lorsqu'elle ne se manifeste pas extérieurement. Car celui qui ne remercie qu'au terme d'une épreuve et d'un salut ne loue que la délivrance, tandis que David rend grâce même en temps de quiétude ; il reconnaît ainsi la puissance d'Hachem non pas en regard de sa propre détresse, mais dans son essence même, selon la force du Seigneur D.ieu qui est Tout-Puissant, Maître de la souveraineté et de toutes les forces de l'univers.

De même, « Je rappellerai Ta justice à Toi seul » : je ne mentionne pas la bienveillance que Tu déploies à mon égard selon ce qui m'est apparu dans l'épreuve, ou selon ce qui se dévoile aux yeux des hommes, mais je proclame la justice d'Hachem telle qu'elle découle nécessairement du fait même qu'Hachem est D.ieu - puissance et justice qui Lui sont éternellement inhérentes. Il s'avère donc que ma louange est à la mesure de l'essence même de la puissance du Créateur, et non pas simplement à l'aune de ce que j'ai pu constater dans Ses actes concrets envers moi, ce qui demeure toujours infiniment inférieur à Sa véritable grandeur.

Le Rav Mazuz cite, au nom du livre « Émounat 'Hakhamim », une belle allusion dans ce verset. Il est dit : « Les jours de nos années s'élèvent à soixante-dix ans, et dans la vigueur (bigvourot), à quatre-vingts ans » - or le roi David vécut soixante-dix ans, et il demande ici d'atteindre quatre-vingts ans : « Avo bigvourot » (je viendrai dans la vigueur). Et quelle est la valeur numérique (guématria) du mot « Avo » (אבוא) ? Aleph (1) et Beth (2) font trois, plus Vav (6) font neuf, plus Aleph (1) font dix. Si dix années de plus me sont accordées, j'arriverai à la vigueur des quatre-vingts ans. De grâce, Hachem, accorde-moi d'atteindre cet âge de vigueur, quatre-vingts ans, grâce à ce « Avo » supplémentaire - encore dix années.

« Dieu, Tu m'as instruit dès ma jeunesse »

אֱלֹהִים לִמַּדְתַּנִי מִנְּעוּרָי וְעַד־הֵנָּה אַגִּיד נִפְלְאוֹתֶיךָ׃ - Ô Dieu, Tu m'as instruit dès ma jeunesse, et jusqu'à ce jour je proclame Tes merveilles.

Le Radak explique : « Tu m'as instruit dès ma jeunesse » - Tu m'as accordé dès mon jeune âge un cœur intelligent pour reconnaître que tout vient de Toi. Et de ma jeunesse jusqu'à présent, ainsi qu'au temps de la vieillesse et des cheveux blancs et à chaque instant, je proclame Tes merveilles - ce qui s'enchaîne avec le verset suivant. Le Malbim explique : que m'as-Tu appris ? À publier Tes merveilles, à faire savoir aux hommes comment Tu accomplis des prodiges au-delà des lois de la nature.

וְגַם עַד־זִקְנָה וְשֵׂיבָה אֱלֹהִים אַל־תַּעַזְבֵנִי עַד־אַגִּיד זְרוֹעֲךָ לְדוֹר לְכָל־יָבוֹא גְּבוּרָתֶךָ׃ - Et même jusqu'à la vieillesse et aux cheveux blancs, ô Dieu, ne m'abandonne pas, jusqu'à ce que j'annonce Ton bras à cette génération, et Ta puissance à toute génération à venir.

Dès lors, Maître du monde, ne m'abandonne pas même jusqu'à la vieillesse et aux cheveux blancs, car alors tous reconnaîtront que tous mes triomphes ne sont pas le fait d'une force matérielle. Tant que je suis jeune, on peut dire : David est fort, David est un fin stratège, David est agile - et inventer toutes sortes d'explications sur ses prouesses sans y voir la main d'Hachem. Mais si je l'emporte dans ma vieillesse, d'où viennent ces forces ? Forcément, on n'agit plus par sa propre force, mais par une force divine, avec la Siata d'Ichmaya (l'aide du Ciel) et par la volonté d'Hachem. Et quand ils verront que même après l'épuisement de mes forces naturelles je triomphe encore, ils reconnaîtront qu'il s'agit de « Ton bras » - cela ne vient pas de moi, mais de Ton bras, et tout provient de Toi. « J'annoncerai Ton bras à cette génération » - à cette génération présente, « et Ta puissance à tous ceux qui viendront » - à chaque génération future, je proclamerai Ta puissance.

Dans l'explication du texte hébraïque (Lachon Hakodech), le Malbim fait remarquer que la « seïva » (les cheveux blancs, le grand âge) est un degré supérieur à la « zikna » (la vieillesse), comme dans l'expression « j'ai vieilli et blanchi », et c'est comme s'il était écrit : « jusqu'à la vieillesse et jusqu'au grand âge ».

Et pourquoi préciser « Ton bras » (zero'akha) ? Le bras est la partie supérieure du membre, au-dessus du poignet et de la main, et il fait allusion - selon les termes du Malbim - à la cause première qui met en mouvement les effets. Toute chose en ce monde procède de cause à effet : il y a une cause première, qui est la raison d'être de l'événement, et un effet, ce qui découle de cette cause. L'eau est la cause de la vapeur, la vapeur la cause des nuages, les nuages la cause de la pluie, et ainsi de suite. De même, la main qui agit : par quelle force agit-elle ? Par la force de muscles cachés situés dans le bras. Fermer la main, ouvrir la main : tout provient des muscles situés au-dessus du poignet. Enfants, nous prenions une patte de poulet et tirions sur les tendons du haut, et soudain la patte se refermait : on tirait sur le tendon, et la patte pliait. C'est une merveilleuse parabole pour comprendre que l'action visible dans la paume de la main n'est déjà que l'effet, le résultat, tandis que son origine se trouve dans le bras, là où résident les muscles qui l'actionnent.

Telle est l'intention de David : « J'annoncerai Ton bras à cette génération » - je raconterai à cette génération que tout provient de la Cause suprême. Ce que vous voyez accompli par mes mains n'est qu'une cause secondaire, un simple effet ; l'origine véritable est le bras, l'articulation supérieure qui anime la main. Et chez le Saint, béni soit-Il, le « bras » désigne ce qu'Il accomplit sans le concours des créatures d'en bas, mais par Sa seule volonté - exprimant ainsi que le Saint, béni soit-Il, influe et agit dans Son monde et que tout vient de Lui, béni soit-Il. C'est cela que j'annoncerai à cette génération et à toutes les générations futures.

En conclusion : David supplie de ne pas être délaissé « au temps de la vieillesse » - qu'il s'agisse d'un vieillissement dans les fautes (Rachi), du retrait de l'assistance divine qui entraînerait un 'hiloul Hachem en laissant croire que ses succès passés étaient dus à sa propre force (Metsoudat David et Malbim), ou encore d'un « temps de vieillesse » spirituel, fait de petitesse d'esprit (mo'hin de-katnout) et d'obscurité pouvant frapper même un jeune homme (le Baal Chem Tov). Les ennemis voient dans sa faiblesse le signe que « Dieu l'a abandonné », et David implore la proximité et une délivrance rapide. De là, il dégage ce principe fondamental : « Et moi, j'espérerai toujours » - non seulement dans la détresse et non seulement après le salut, mais à chaque instant, car il n'a pas un instant d'existence sans la Providence divine, et toute accalmie est un sauvetage caché. C'est pourquoi il reconnaît la puissance d'Hachem et Sa justice pour elles-mêmes, et non pas seulement à travers l'épreuve dont il a été délivré : « Je mentionnerai Ta justice, la Tienne seule » - Toi seul et non moi. C'est aussi pourquoi il demande à être préservé jusqu'à la vieillesse et au grand âge, afin qu'il soit révélé à toutes les générations que toute sa force réside dans « Ton bras », la Cause première qui anime tout, et que tout émane de Lui, béni soit-Il.