Introduction : suite du psaume - la sérénité des impies n'est qu'un songe
Nous poursuivons l'étude de ce psaume d'Assaf, consacré à la grande interrogation sur la tranquillité des impies et les souffrances des justes. Jusqu'à présent, nous avons vu la description du succès des impies et le désarroi qu'elle suscite dans le cœur. À présent, le psaume s'oriente vers la réponse : toute la réalité que l'on observe ici-bas n'a point de consistance véritable ; elle n'est qu'un rêve voué à se dissiper. Dès lors, Assaf entreprend d'élucider ce qu'est le véritable « moi » de l'homme, pour conclure par la proximité divine.
« Comme un songe au réveil » - un songe sans réveil
כַּחֲלוֹם מֵהָקִיץ אֲדֹנָי בָּעִיר צַלְמָם תִּבְזֶה׃ - Comme un songe au réveil, Seigneur, dans la ville (ou : à leur réveil) Tu mépriseras leur image.
Rachi explique : « Comme un songe au réveil » (ké'halom méhakits) - comme un sommeil sans fin (kets), un sommeil éternel. Un rêve ininterrompu qui ne connaîtra point de réveil. De qui s'agit-il ? Des impies dont nous parlions, de Sanhériv et de son armée. Ne sois pas impressionné par le bien-être apparent dont il jouit ; en un seul instant, l'ange de l'Éternel Tsevaot surgit et les emporte tous : « L'ange de l'Éternel sortit et frappa dans le camp d'Assyrie ». « Seigneur, dans la ville Tu mépriseras leur image » - dans la ville de Jérusalem, cette cité contre laquelle ils poussaient des cris d'arrogance et de triomphe, c'est là que leur image a été avilie, c'est là qu'ils ont tous péri consumés.
Le Radak rapporte une autre explication au nom de son père : « Ba'ir » provient de la racine du réveil, comme dans « Beha'ir » (en éveillant). C'est-à-dire : comme un songe au réveil - lors de leur réveil, Tu mépriseras leur image. Quand donc ? Lors de la résurrection des morts (Te'hiyat Hamétim), lorsque les défunts s'éveilleront de leur sommeil ; c'est alors que leur image sera bafouée, selon les termes de Daniel : « Ceux-ci pour la vie éternelle, et ceux-là pour l'opprobre et l'infamie éternelle ». On peut l'expliquer tant au sujet du corps que de l'esprit. Ne regarde pas ce qui se passe présentement ; attendons de voir qui se relèvera et qui ne se relèvera pas, qui possède une existence éternelle et qui en est privé. Toute leur existence est « comme un songe au réveil », et lorsqu'ils s'éveilleront de ce songe, il apparaîtra clairement que leur image est méprisable, et ils se relèveront pour l'opprobre et l'ignominie éternelle.
Le Malbim : le rêve semble réel - jusqu'au réveil
Le Malbim explique : « Comme un songe au réveil » - lorsque le songe prend fin, et quand prend-il fin ? Par le réveil. De même Toi, Éternel, « ba'ir » - lorsqu'ils s'éveilleront et se lèveront de leur sommeil, alors « Tu mépriseras leur image ». En vérité, la vie de ce monde-ci n'est pas une vie véritable, mais comme un songe évanescent, une existence temporaire et matérielle. Tout comme un homme rêve qu'il est frappé et tourmenté, ou à l'inverse qu'il règne avec éclat sur des nations - tout cela n'est qu'illusion. Durant le songe, il n'a absolument pas conscience qu'il s'agit d'un rêve : si une chose l'effraie en songe, il ressent une terreur tout à fait réelle. Le grand apaisement ne survient qu'au moment précis où il s'éveille : « Ah, je respire ! ». Jusque-là, cette scène lui paraissait d'une réalité absolue. Pendant le sommeil, cette illusion a la consistance de la réalité : l'homme ressent la douleur, il ressent le plaisir. Mais à l'instant du réveil, il s'avère que tout n'était qu'imagination - tu n'étais roi qu'en imagination, ou tu ne souffrais qu'en rêve. C'est ainsi qu'il faut envisager la réussite des impies et les souffrances des justes : ce ne sont point là des réalités pérennes, mais les apparences d'un monde passager et éphémère, dépourvu d'existence véritable.
« Eux peinent et ne reçoivent pas de salaire »
Un jour, le 'Hafets 'Haïm posa la question suivante : comment affirmons-nous, dans la prière de conclusion d'étude : « Nous peinons et recevons un salaire, tandis qu'eux peinent et ne reçoivent pas de salaire » ? Pourtant, un ingénieur de haute technologie gagne fort bien sa vie, que signifie donc qu'ils ne reçoivent pas de salaire ? Le 'Hafets 'Haïm répondit : ils ne reçoivent pas de rétribution pour la peine elle-même, mais uniquement en fonction du résultat. Si vous confiez une étoffe à un tailleur pour confectionner un costume et qu'il ne vous rend que des chiffons, non seulement il ne sera pas payé, mais on pourra même exiger de lui qu'il rembourse le tissu. En revanche, un avrekh qui a peiné une journée entière pour comprendre un passage des Tossafot et qui, en sortant du kollel, s'écrie : « Je n'ai pas eu le mérite de comprendre », recevra une immense récompense pour l'effort même. Nous peinons et sommes rétribués pour l'effort, même sans résultat palpable, alors qu'eux ne sont payés qu'au résultat.
Cette même interrogation fut un jour posée au Rav Shteinman, et il y répondit avec bien plus de simplicité : « Est-ce là ce que l'on appelle un salaire ? » Un homme a travaillé toute la journée et a touché mille shekels, tandis que son compagnon a travaillé toute la journée pour six centimes. Tous deux se croisent : « Combien as-tu gagné ? - Mille shekels. - Moi aussi j'ai reçu un salaire : six centimes ! » Le premier s'esclaffe : « Tu appelles cela un salaire ? » Et si l'un a reçu un million de dollars et l'autre cinq centimes, le contraste est encore plus saisissant. Mais si le premier reçoit une récompense infinie et que le second brandit fièrement ses cinq centimes, cela devient parfaitement dérisoire. C'est tout le sens de la formule : que possède-t-il véritablement ici-bas ? La vie humaine est comptée. Même si le monde entier était enregistré à votre nom au cadastre, pour combien d'années le posséderiez-vous ? Appelle-t-on cela un salaire ? C'est précisément ce que souligne ici le Malbim : tout ce qui existe en ce bas monde n'est qu'illusion, prompt à s'envoler comme un songe. La réussite ou les épreuves dont l'homme fait l'expérience ici-bas appartiennent à un monde entièrement éphémère et transitoire, et toute cette réalité est dépourvue de consistance durable.
Les défunts ne se soucient plus de ce bas monde
Une preuve en est que les personnes qui ont quitté ce monde n'établissent que très peu de contacts avec le monde d'ici-bas. S'ils en établissaient beaucoup, pas une seule nuit ne s'écoulerait sans que l'on ne voie en rêve tous ses proches défunts. Mais dès l'instant où ils quittent ce monde, il leur apparaît clairement que ce monde n'est rien, le néant absolu, et ils ne s'y intéressent plus. Plus une personne est élevée spirituellement, moins elle se préoccupe de ce monde après son départ, et moins ce qui s'y déroule lui importe ; à l'inverse, plus elle était attachée aux choses terrestres, plus elle reste liée à ce qui se passe ici, mais même dans ce cas, l'intérêt demeure infime. En effet, dès qu'un homme quitte ce monde, il découvre subitement que toute la réalité d'ici-bas n'est que poussière, et que seule la réalité spirituelle constitue la véritable existence.
Le Ben Ich 'Haï faisait déjà remarquer : prenez le mot « Olam » (עולם, le monde), et assemblez les lettres intérieures du nom de chaque lettre (le 'Ayin s'écrit ע-י-ן, son intérieur est י-ן, et ainsi de suite pour chaque lettre), vous obtenez le mot « Dimyonot » (דמיונות, illusions). Le monde entier n'est qu'illusions. On s'imagine qu'il s'agit d'une réalité, on s'imagine que tel homme a gagné, qu'il est grand, or tout est éphémère et passager. C'est semblable à quelqu'un qui entre dans un simulateur de jeu : il y voit la guerre, des tirs, une tension extrême, et sur le moment, tout lui paraît réel, il se dit : « je lui tire dessus, il me tire dessus ». Puis le gong retentit, chacun retire son équipement, et tout est fini. Ce n'était qu'un jeu, ce n'était rien. De même, ce monde nous trompe considérablement : on s'agite et l'on s'exclame « j'ai acheté, j'ai accompli, j'ai conquis, j'ai bâti », et le lendemain, la tour s'effondre et il ne reste rien. On était persuadé d'être millionnaire, rechignant à investir neuf millions de dollars pour rénover un immeuble qui en vaut cent cinquante, et soudain il s'avère qu'on ne possède plus rien ; pire encore, il faut désormais indemniser tout le monde, tandis qu'un autre bâtiment tout aussi vétuste menace ruine à côté. Voyez à quel point ce monde est une illusion : en un instant, on est au sommet, et la seconde d'après, au fond du gouffre.
C'est pourquoi le Malbim explique : l'âme ne ressent le succès ou les souffrances que tant qu'elle est endormie au sein de cette réalité matérielle. C'est le sens de « comme un rêve au réveil » : nous sommes encore plongés dans la réalité du rêve, et l'âme rêve que le corps dans lequel elle réside endure des tourments ou règne en maître. Mais « Ba'ir » (au réveil de la ville), selon l'explication du père du Radak, lorsque l'âme s'éveillera et sortira de son sommeil, elle constatera qu'il ne lui reste absolument rien, et que toute son existence d'alors n'était qu'illusion.
C'est exactement ce que dit Isaïe : « Tout comme celui qui a faim rêve qu'il mange, puis s'éveille et son âme est vide ». Quelle déconvenue cruelle : en rêve, des mets raffinés, et au matin, le ventre gargouille et le réfrigérateur est vide. Tout n'était qu'un songe. Il en ira de même pour les impies, dit le Radak : aujourd'hui, vous les voyez dans leur quiétude, mais encore un instant et ils ne seront plus. Selon les termes de Bildad le Chou'hite dans le livre de Job : « Si on l'arrache de son lieu, celui-ci le reniera : Je ne t'ai jamais vu ! » Il se tenait là un instant auparavant, et le lieu lui-même dit : « Qui était ici ? Je ne l'ai jamais vu ». En une fraction de seconde, il a disparu. Dès lors, si la présence de l'homme en ce monde est si éphémère, pourquoi considérer les bonheurs et les malheurs d'ici-bas comme une réalité fondamentale, au point d'en faire l'objet d'une interrogation théologique ?
Et lorsque l'âme s'éveillera de son sommeil pour découvrir qu'elle se trouve désormais dans le monde de vérité, et que tout le monde d'ici-bas n'était que mensonge, alors « Tu mépriseras leur image ». L'« image » (le Tsélem) désigne l'âme spirituelle, et l'âme est appelée gloire ; or, chez les impies, leur âme sera méprisée là-haut, car ils se sont souillés, ils se sont corrompus et se sont détruits durant leur vie terrestre. L'image divine, qui représente la dimension éternelle de l'âme, y demeurera éternellement méprisée. Dès lors, pourquoi s'émouvoir de leur succès passager ? Du fait que l'impie se fasse entendre et semble agir avec succès ? Tout cela n'a aucune consistance, ce n'est pas une réalité véritable.
« Ki yit'hamets levavi » - Le raffinement du cœur et la quête du conseil
כִּי יִתְחַמֵּץ לְבָבִי וְכִלְיוֹתַי אֶשְׁתּוֹנָן׃ - Quand mon cœur s'aigrissait et que j'étais transpercé dans mes reins.
Le Malbim explique : « Quand mon cœur s'aigrissait » signifie que mon cœur s'est clarifié et que mes pensées se sont épurées ; « et que j'étais transpercé dans mes reins » exprime ma quête de la pensée juste et du bon conseil. Et que découvre-je en fin de compte ? « J'étais alors un être grossier et ignorant, j'étais semblable aux bêtes avec Toi ».
Le Radak soulève une difficulté : puisque la réponse a déjà été donnée, pourquoi mentionner à présent « quand mon cœur s'aigrissait » ? Il répond : « Ki yit'hamets » fait référence au temps où, avant de comprendre la chose, mon cœur s'aigrissait à ce sujet ; je ne trouvais rien de doux à mon palais, seulement un goût de vinaigre et non un goût de vin, une profonde confusion qui demeurait sans issue. « Et mes reins s'aiguisaient » : tout comme « dans mes reins », car les reins sont le siège de la réflexion et du discernement, « Echtonane » vient de la racine d'une flèche aiguisée (Chénoune), signifiant que la question me transperçait les reins comme une flèche acérée, tant le sujet m'était difficile à concevoir.
Et dans l'ouvrage « Emet Kané » du Rav Mazouz, il est rapporté que le Targoum Yonatan traduit « et mes reins s'aiguisaient » par l'idée que mes reins brûlaient comme le feu. En quoi cela se rattache-t-il au terme « Echtonane » ? Il apparaît que le Targoum décompose le mot en deux éléments : « Ech » (le feu) et « Tonane », du registre de « l'âtre de feu ardent » (Atoun noura yékideta). On peut ajouter dans ce sens qu'en dialecte yéménite, « Tanana » désigne la fumée ou un nuage épais, d'où pour « Echtonane » le sens de feu et de fumée mêlés.
« Vaani va'ar velo eda » - La vie matérielle n'est qu'une vie animale
וַאֲנִי בַעַר וְלֹא אֵדָע בְּהֵמוֹת הָיִיתִי עִמָּךְ׃ - J'étais alors un ignorant et ne savais rien, j'étais semblable aux bêtes auprès de Toi.
Selon le Malbim : je m'efforce de purifier et de raffiner mon cœur afin de rechercher la pensée juste et de comprendre la conduite d'Hachem, et c'est alors que je découvre que j'étais ignorant et sans savoir. Et qu'ignorais-je ? « J'étais une bête avec Toi ». L'homme s'éveille à la réalité au sein d'un corps matériel et charnel, et la vie matérielle dans ce corps est une vie animale. Le corps de l'homme, dit le Malbim, ne diffère pas de celui de l'animal : le sang, les os et la chair sont composés des mêmes éléments. Et aussi désagréable que cela puisse paraître, l'animal le plus proche de l'homme est le porc ; si une greffe de cœur est envisageable, elle vient du porc. Sans recommander à quiconque de recevoir un cœur de porc - de peur de ne pas en tirer un bon cœur -, nous comprenons en tout cas que l'homme ressemble corporellement à l'animal, et c'est pourquoi beaucoup ont commis l'erreur de considérer l'homme comme une simple espèce zoologique parmi d'autres.
Et lorsque j'ai constaté que « j'étais une bête avec Toi » - que la réalité dans laquelle je m'éveille en ce monde est une réalité animale et matérielle, et non pas ma véritable réalité -, la question ne se pose plus du tout. La réussite ou les souffrances qu'un homme éprouve en ce monde, à qui s'adressent-elles ? À la bête qui est en moi, non à moi-même, non à l'âme éternelle. Dès lors, pourquoi prêter attention à ce qui est éphémère, à la bête, au corps de l'homme ? « Et moi, j'étais stupide et je ne savais rien » - je n'avais pas médité sur le fait que j'étais une bête avec Toi, que la vie matérielle est une vie animale et ne constitue pas la véritable existence. Pourquoi s'émouvoir d'un succès ou d'une perte dans une vie temporaire et passagère, une simple vie de bête ?
Le Radak explique : avant de comprendre, j'étais ignorant et sans savoir, comme un homme dépourvu de raison, à l'image de la bête créée par Hachem - et j'étais comme les bêtes auprès de Toi, ne sachant pas s'il y avait une rétribution ou non, et toute cette question me paraissait difficile et incompréhensible. Rachi, quant à lui, précise : pourquoi est-il dit « j'étais avec Toi », et non pas simplement « j'étais une bête » ? C'est que, bien que la chose me fût pénible et sans explication, malgré tout - « j'étais avec Toi » : je suis resté attaché à Ta crainte et à Ton service, et je n'ai pas laissé ces interrogations m'éloigner de mon attachement à Toi.
« Mais moi, je suis toujours avec Toi » - L'âme immuable
וַאֲנִי תָמִיד עִמָּךְ אָחַזְתָּ בְּיַד יְמִינִי׃ - Mais moi, je suis toujours avec Toi, Tu as saisi ma main droite.
Rachi commente : « Mais moi, je suis toujours avec Toi, Tu as saisi ma main droite » - pour me maintenir dans Ta crainte. Quand Tu as vu que mes pieds avaient failli trébucher et étaient sur le point de fléchir, Tu ne m'as pas laissé dévier, mais Tu m'as saisi et m'as soutenu pour tenir bon dans ma foi. Le Radak explique : chaque fois que j'étais avec Toi, attaché à Ton service et plongé dans la sagesse, Tu m'as aidé à parvenir aux justes conclusions - c'est là le sens de « Tu as saisi ma main droite », Tu m'as relevé et m'as permis d'accéder à la véritable compréhension.
Et le Malbim explique : après avoir affirmé « j'étais une bête avec Toi », signifiant que tout ce qui m'arrive en ce monde ne concerne pas véritablement mon être mais seulement ma part animale et matérielle - semblable à un rêve dont nous nous réveillerons bientôt pour découvrir que tout n'était que vanité -, le texte évoque à présent le véritable « moi » : « Mais moi » - c'est l'âme, la part éternelle, pérenne et permanente ; c'est cela, l'homme. L'essence même de l'homme est la Néchama, et elle ne change pas, ne subissant aucune altération des aléas du corps. Même si cette bête que l'on nomme le corps est meurtrie et éprouvée, l'âme peut demeurer grande, immense et puissante.
Certains hommes étaient, sur le plan corporel, brisés comme un vase fêlé. Tel fut le Roch Yéchiva de Mir, le rav Finkel, atteint de la maladie de Parkinson ; sur le plan physique et de ses mouvements, ce qu'il subissait était effrayant à voir - et cet homme portait pourtant une yéchiva de cinq mille élèves, la plus grande du monde. « Il la portait », c'est-à-dire qu'il connaissait les bahourim, savait qui ils étaient et veillait à tous leurs besoins. Qui peut concevoir une telle chose ? La déchéance du corps ne dit absolument rien de la plénitude de l'âme. Et pour faire une distinction absolue, il existe des scientifiques qui n'écrivent sur ordinateur qu'avec le mouvement de leurs yeux, parce que le reste de leur corps est paralysé par une maladie dégénérative, et c'est ainsi qu'ils réfléchissent et résolvent des problèmes complexes.
C'est ce qu'énonce ici le Malbim : tout ce que nous avons évoqué plus haut relève de la « bête » ; toutes les souffrances du corps en ce monde n'affectent que la dimension animale. Mais la réalité véritable, l'essence de l'homme, c'est l'âme, et celle-ci ne change pas et ne subit pas les vicissitudes du corps. Quels que soient les changements qui affectent le corps, le « moi » subsiste et demeure immuable, car l'âme est éternelle. Et c'est là le sens de « je suis toujours avec Toi » : toujours au même degré d'élévation, « avec Toi » - dans une existence noble, véritable, divine, bien au-dessus des accidents du temps et de ses vicissitudes ; l'âme reste à jamais attachée à Hachem.
La main droite et la main gauche de l'âme
Et ce « moi », cette essence de l'homme, possède pour ainsi dire deux mains. La main droite est celle par laquelle il domine la bête en lui, celle par laquelle il sert Hachem et surmonte ses désirs. La main gauche est celle qui avilit le « moi » et rabaisse l'âme au niveau de la bête, se roulant dans l'auge et menant une existence insensée - « le cœur de l'insensé est à sa gauche ». Et Toi, Maître du monde, « Tu as saisi ma main droite » : Tu as renforcé la main droite de l'âme afin qu'elle ne se soumette pas à cette bête appelée le corps et ne se laisse pas entraîner par ses passions. La main droite est la main forte, l'attribut des bontés (Hassadim), et c'est elle que j'ai fait prévaloir sur la bête - c'est elle que je chevauche, et je ne recherche point les succès illusoires de ce monde-ci, mais bien la vie éternelle.
« Par Ton conseil Tu me guideras » - Suivre la gloire
בַּעֲצָתְךָ תַנְחֵנִי וְאַחַר כָּבוֹד תִּקָּחֵנִי׃ - Par Ton conseil Tu me guideras, et après cela Tu me recevras dans la gloire.
Le Malbim explique : tel est le conseil de Hachem auquel je m'attache - que j'accomplisse tous mes actes pour la gloire du Ciel et non dans un but corporel, une fois encore au profit de la bête. « Et après cela Tu me recevras dans la gloire (kavod) » - c'est le conseil qui m'oriente vers la gloire ; car c'est l'âme qui est appelée « gloire », et elle constitue la véritable dignité de l'homme. Je marcherai donc après cette gloire, c'est-à-dire que je pencherai vers les forces de l'âme et non vers celles du corps, car l'inclination vers le corps est une déchéance pour l'âme : une âme spirituelle et divine qui court après les convoitises de la chair et la matérialité grossière de l'animalité subit un profond déshonneur. Tu me guideras et me saisiras la main droite pour que je fasse prévaloir les forces de l'âme sur le corps ; tel est Ton conseil, Maître du monde, et grâce à lui l'âme deviendra véritablement digne de gloire.
Et Rachi, fidèle à sa démarche selon laquelle ce passage se rapporte à Sanhériev et ses troupes, commente : « Et après la gloire Tu me recevras » - après que Tu as accordé à Sanhériev toute la gloire que Tu lui avais décrétée, lui qui régnait en maître suprême, guerroya et conquit, ensuite Tu l'as emporté ; Tu as accompli Ton miracle prodigieux pour Israël et Tu l'as anéanti. (Dans notre édition de Rachi, il est écrit « hifalta », mais le Rav Mazuz a déjà rectifié qu'il faut lire « hifleita » [accompli des merveilles], et certaines versions portent en effet cette leçon.) Il s'avère donc que tout cela tourna à la gloire d'Israël : Sanhériev, qui avait proféré de si dures paroles contre Hachem, vit cent quatre-vingt-cinq mille de ses chefs d'armée tomber comme des cadavres, et ce fut une immense gloire pour Hizkiyahu de voir le Saint, béni soit-Il, terrasser ses ennemis devant lui.
« Qui ai-je au Ciel ? »
מִי לִי בַשָּׁמָיִם וְעִמְּךָ לֹא חָפַצְתִּי בָאָרֶץ׃ - Qui ai-je au Ciel ? Et près de Toi, je ne désire rien sur la terre.
Le Malbim explique : je m'adresse à la multitude des forces qui m'habitent et je dis - laquelle de mes facultés appartient au Ciel, est une force céleste, une force spirituelle ? C'est celle-ci que je recherche et par elle que je sers, c'est-à-dire que c'est par sa puissance que je m'attache à Hachem. « Et près de Toi, je ne désire rien sur la terre » - lorsque je suis avec Toi, attaché à une réalité spirituelle et divine par l'âme supérieure, je n'éprouve aucun attrait pour la matérialité terrestre, mais uniquement le désir de m'unir aux forces spirituelles. Les énergies que je désire sont les facultés célestes avec lesquelles on sert Hachem, et non les pulsions matérielles et terrestres par lesquelles l'homme assouvit ses passions. Je méprise cette matérialité et ne trouve de félicité que dans les réalités célestes et le service de Hachem.
Et le Radak explique : « Qui ai-je au Ciel ? » - quelle force céleste est-ce que je sollicite ? Toi seul. Certains croyaient en d'autres puissances, à l'instar des partisans du dualisme et des idolâtres, qui vouent un culte au soleil ou aux astres - mais pas moi. Je n'ai personne d'autre à implorer au Ciel que Toi seul, et je ne T'associe aucun pouvoir, ni au Ciel ni sur terre. « Sur terre » fait référence aux quatre éléments : d'aucuns vénèrent l'élément de l'eau, l'élément du vent ou l'élément du feu - or je ne sers aucune puissance étrangère, ni au Ciel ni sur terre, mais Toi uniquement.
« Ma chair et mon cœur s'épuisent »
כָּלָה שְׁאֵרִי וּלְבָבִי צוּר לְבָבִי וְחֶלְקִי אֱלֹהִים לְעוֹלָם׃ - Ma chair et mon cœur s'épuisent ; Dieu est le rocher de mon cœur et mon partage pour l'éternité.
Rachi commente : « Chééri » - ma chair ; ma chair s'épuise sous l'ardeur du désir, à l'image des versets « Mon âme soupire et languit » ou « Mon âme s'épuise dans l'attente de Ton salut » - ma chair n'aspire qu'à Toi. Le Radak explique : quand la chair matérielle s'éteindra et que mon cœur, siège de l'âme vitale, cessera de battre, le « rocher de mon cœur », lui, ne s'éteindra point. L'intellect, qui fait la véritable vigueur du cœur, ne périt pas ; il est éternel, permanent, indestructible, et demeure attaché à Hachem à jamais. En d'autres termes : lorsque ce monde terrestre s'achèvera, l'âme subsistera encore pour s'attacher à Lui, béni soit-Il.
Et le Malbim explique : les facultés du corps sont vouées à dépérir - « ma chair », c'est-à-dire le corps matériel, qui s'illusionne en s'attribuant tous les triomphes : c'est lui qui a agi, réussi, bâti, acquis. De même « mon cœur », siège des convoitises ; car le Malbim a déjà enseigné que les désirs résident dans le cœur, comme il est dit : « Tu lui as accordé le souhait de son cœur ». Cela aussi prend fin, car lorsque l'homme meurt, son cœur ne convoite plus rien - il a déjà compris que tout ici-bas n'est que vanité et qu'il n'y a plus lieu de désirer quoi que ce soit. Que reste-t-il alors ? Le « rocher de mon cœur » - la racine du cœur, le roc solide sur lequel repose l'intégrité du cœur, c'est-à-dire la source de la néchama, la part spirituelle supérieure, l'âme. Elle est le rocher et la racine de l'homme, une parcelle divine d'en Haut ; elle ne s'éteint jamais, elle demeure éternelle, et sa félicité est par conséquent impérissable. Tandis que toutes les affaires de ce monde, l'animalité, les passions et les ambitions éphémères sont anéanties et révolues.
On peut d'ailleurs déjà le constater de visu : un vieillard n'est plus dans la course effrénée. Dites-lui : « Viens, monte une start-up, tu te rends compte des gains possibles ? » Il vous répondra : « Mon cher, laisse-moi me reposer, passe-moi mes médicaments, donne-moi mes pilules ». À soixante-dix ou quatre-vingts ans, on n'est plus dans la course. S'il en est ainsi de son vivant, à plus forte raison pour celui qui a déjà quitté ce monde et réalise que tout n'était que vanité - assurément, « mon cœur s'épuise », toutes les convoitises du cœur ne trouvent plus aucun écho en lui. C'est alors qu'il comprend que le « rocher de mon cœur », l'assise véritable du cœur, c'est Dieu : la part divine qui m'habite, « et mon partage est Dieu pour l'éternité » - une étincelle divine qui subsiste à tout jamais.
« Car voici, ceux qui s'éloignent de Toi périront » - Deux raisons à la perte des impies
כִּי הִנֵּה רְחֵקֶיךָ יֹאבֵדוּ הִצְמַתָּה כָּל זוֹנֶה מִמֶּךָּ׃ - Car voici, ceux qui s'éloignent de Toi périront ; Tu anéantis tous ceux qui Te sont infidèles.
Ici, le Malbim conclut la portée générale du psaume : les impies périssent pour deux raisons. La première - « ceux qui s'éloignent de Toi » (re'he'ekha), parce qu'ils sont loin d'Hachem. En effet, « c'est à la lumière de Ta face que Tu nous as donné une Torah de vie, l'amour et la bonté, la justice, la miséricorde, la bénédiction et la paix » ; et sans la lumière de la face d'Hachem, il n'y a rien, pas même de vie. Ils sont donc voués à disparaître d'eux-mêmes, et c'est la raison pour laquelle les méchants, de leur vivant, sont appelés des « morts » : l'impie n'a pas de subsistance réelle, on ne le considère pas comme véritablement vivant, ce n'est que virtuel. Si l'on comprend que son âme est retranchée, il semble seulement agir, vivre et s'activer. Même la queue d'un lézard, une fois coupée, bouge encore, et personne ne s'imagine qu'elle possède une force propre - ce ne sont que de simples réflexes. Chez certains hommes, ces réflexes durent cinquante ou soixante-dix ans - qu'on ne s'en impressionne pas, ce n'est que passager. Comment celui qui subit le retranchement de l'âme (karet) pourrait-il avoir une existence et une réalité durables ? « Encore un peu et le méchant ne sera plus ; tu observeras son lieu, et il aura disparu ». On ne le voit ici sous les traits d'un méchant triomphant que parce que nous vivons dans un monde matériel, mais l'homme spirituel comprend que ce n'est rien, vanité et illusion. Il semble seulement s'agiter et crier ; attends un instant, jette un regard vers lui et il n'est déjà plus là, et tu constateras qu'il n'avait aucune réalité véritable. Toute l'existence de chaque chose en ce monde procède uniquement de son attachement à Hachem, et quiconque n'a point d'attachement à Hachem est dénué de consistance, de vitalité et de réalité.
Et la seconde raison - ils périssent sous l'effet de la providence d'Hachem : « Tu anéantis tous ceux qui Te sont infidèles » (hitsmata kol zoneh mimekha). Et quel est le sens de « zoneh » ? Rachi explique : celui qui se sépare, qui se détache de Toi. Et Ibn Ezra commente : celui qui, par sa pensée et ses actes, s'affranchit du domaine d'Hachem. La femme dévoyée (zona) est ainsi appelée parce qu'elle s'écarte de la voie commune des hommes et déroge à la dignité humaine ; de même : « et vous ne suivrez pas... après lesquels vous vous égarez (zonim) », « afin que votre cœur ne s'égare point », « vos infidélités » - toutes ces expressions désignent l'abandon d'Hachem et le fait de détourner son cœur de Lui. Et Assaph déclare : Toi, Hachem, Tu anéantis quiconque s'éloigne de Toi, et c'est là un châtiment providentiel. Il apparaît ainsi qu'il y a, d'une part, le fait que les impies se sont eux-mêmes éloignés de Toi, et d'autre part, le fait que Toi, en châtiment, Tu les chasses et les réduis à néant loin de Toi.
« Mais pour moi, la proximité de Dieu est mon bien »
וַאֲנִי קִרְבַת אֱלֹהִים לִי טוֹב שַׁתִּי בַּאדֹנָי יֱהֹוִה מַחְסִי לְסַפֵּר כָּל מַלְאֲכוֹתֶיךָ׃ - Mais pour moi, la proximité de Dieu est mon bien ; j'ai placé mon refuge dans le Seigneur Hachem, afin de proclamer toutes Tes œuvres.
Le Radak explique : les impies sont éloignés, et c'est pourquoi ils périront ; mais quant à moi, la proximité de Dieu est mon bien ; j'espère en Ta proximité et j'attends la récompense du Monde futur. « J'ai placé mon refuge en Hachem » - je ne mets mon espoir qu'en Toi seul, et le dessein en est : « afin de proclamer toutes Tes œuvres » (mal'akhotekha), tous Tes actes, afin que je puisse relater et discerner, à travers toute la réalité du monde, la conduite d'Hachem et Ses voies, et acquérir ainsi la connaissance suprême en contemplant les actes d'Hachem, Sa puissance et la manière dont Il dirige Son univers.
Et le Malbim ajoute : à la différence des méchants, dont il est dit « ceux qui s'éloignent de Toi périront » - ils périssent d'eux-mêmes parce qu'ils sont loin d'Hachem, et Toi aussi Tu les fais périr par Ta providence, « Tu anéantis tous ceux qui Te sont infidèles » -, moi, en revanche, je possède une existence durable à la fois par moi-même et de Ton fait. Par moi-même : « la proximité de Dieu est mon bien », c'est dans cette proximité que je trouve le bonheur. Et de Ton fait : « j'ai placé mon refuge en Hachem », le Saint, béni soit-Il, veille sur moi d'une providence particulière. On retrouve ainsi une correspondance parfaite : l'impie s'éloigne et Hachem l'éloigne, tandis que je me rapproche et Hachem me rapproche. Et tout cela « afin de proclamer toutes Tes œuvres » - pour ne célébrer que les réalités spirituelles et angéliques, qui relèvent du domaine de l'âme, devenant comme un envoyé d'Hachem sur terre pour accomplir Son service. Car si l'âme est une parcelle divine d'en haut, issue de Lui, béni soit-Il, alors, de même que le Saint, béni soit-Il, a des anges qu'Il a créés par le souffle de Sa bouche et qui sont Ses émissaires, de même suis-je Son émissaire dressé sur terre pour proclamer les actes d'Hachem et Sa vaillance. Telle est toute la vocation de l'homme en ce monde : célébrer Ses œuvres, se consacrer aux affaires de l'âme et accomplir Son service - et c'est en cela que « la proximité de Dieu est mon bien, j'ai placé mon refuge en Hachem ».
Conclusion : quand la proximité est-elle salutaire ?
L'ouvrage Tehilot Maharits commente la fin du psaume à la lumière du Ya'arot Devach. Le Ya'arot Devach s'interroge sur le verset : « Au chef des chantres, psaume de David, lorsque Nathan le prophète vint à lui, après qu'il fut allé vers Bethsabée » : sur quoi le roi David a-t-il entonné un psaume ? Sur la venue du prophète Nathan ? Mais Nathan venait lui annoncer de lourdes sanctions et lui signifier la gravité de sa faute - de quoi se réjouir et chanter ici ? En réalité, explique le Ya'arot Devach, le chant porte sur les mots « après qu'il fut allé vers Bethsabée » : le Saint, béni soit-Il, aurait pu ne m'envoyer le prophète Nathan que deux ans plus tard, et je me serais alors enraciné dans la faute. Hachem m'a témoigné une grande bienveillance : immédiatement après qu'il fut allé vers Bethsabée, Nathan le prophète vint lui adresser des reproches afin qu'il puisse corriger ses actes sans délai. C'est sur cette immédiateté qu'il compose un cantique.
Et c'est ce que souligne ici le Tehilot Maharits : lorsqu'il y a proximité - une proximité temporelle avec la faute, suivie aussitôt du rappel à l'ordre venu du Ciel -, cela est un bienfait insigne, et il convient d'en rendre grâce à Hachem, béni soit-Il, car l'homme a ainsi l'opportunité de se corriger. Si ce rappel ne survenait que bien plus tard, il ne serait nullement garanti que l'homme parvienne à redresser sa voie.
En conclusion : la fin du psaume enseigne que tout le désarroi suscité par la prospérité des impies provenait d'une vision née du rêve. « Comme un songe au réveil » - la vie de ce monde, ses succès comme ses souffrances, ne constituent pas une réalité immuable mais une illusion passagère, et ils ne concernent que la composante animale en l'homme, le corps. Le « moi » véritable est l'âme, qui ne change pas et ne s'ébranle pas au gré des vicissitudes corporelles : « Et pourtant, je suis constamment avec Toi ». Et dès lors qu'Hachem saisit notre main droite et fait prévaloir les forces de l'âme sur celles du corps, nous marchons « vers la gloire », dédaignant les contingences terrestres pour ne rechercher que Lui seul : « Qui d'autre ai-je au ciel ? ». Le corps et les convoitises s'évanouissent, et « Dieu est le rocher de mon cœur et mon partage à jamais ». Les impies périssent du fait de leur éloignement et sous le décret de la Providence, tandis que nous accédons à la véritable existence par notre proximité avec Lui et par Sa proximité bienveillante envers nous : « Mais pour moi, la proximité de Dieu est mon bien ». Puissions-nous mériter la proximité de Dieu, car elle est le souverain bien, Amen et Amen.