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Psaume 8 - Qu'est-ce que l'homme et la grandeur humaine - Partie II

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Introduction : Quelle est la place de l'homme dans la Création ?

Le psaume 8 aborde la question la plus fondamentale qu'un homme puisse se poser : quelle est ma place dans ce monde ? Face aux galaxies, face à la lune et aux étoiles, face aux immensités vertigineuses - l'homme n'est-il qu'un rouage infime et insignifiant, ou bien est-il le couronnement de la Création et sa finalité ? Le Malbim construit l'ensemble du psaume comme une réponse à la conception philosophique qui a rabaissé l'homme, et démontre que c'est précisément sur terre, et précisément en l'homme, que la sagesse divine se révèle plus qu'en tout autre lieu. Avant d'aborder les versets eux-mêmes, posons ce fondement : la contemplation du corps et de l'âme de l'homme.

« De ma chair, je contemplerai Dieu » - La sagesse inscrite dans le corps

Remarquons que les Anciens, lorsqu'ils traitaient du corps humain, s'en tenaient pour l'essentiel à son aspect extérieur. L'état des connaissances de leur époque n'englobait pas les rouages internes les plus intimes ; et s'ils évoquaient l'intérieur, c'était le cœur, les poumons ou la digestion, sans aller plus en profondeur. L'auteur du 'Hovot HaLevavot, dans la « Porte de l'Examen » (Cha'ar HaBe'hina), enseigne comment l'homme, en observant son corps et l'ensemble de ses fonctions, y discerne la présence divine : « De ma chair, je contemplerai Dieu ». De même, le 'Hazon Ich, au début de son ouvrage Emouna Oubitahon, souligne la sagesse prodigieuse qui transparaît dès l'observation la plus simple et extérieure du corps humain.

Prenons par exemple le seul sens de la vue. Que Tes œuvres sont grandes, Hachem, dans cette lucarne admirable aménagée chez les êtres vivants, par laquelle tout ce qui se trouve à l'extérieur est transmis au cerveau, qui traite ensuite les données et décode ce qui est vu ! Cela n'est encore que l'observation la plus élémentaire. Et si nous examinons l'œil en lui-même, ses capillaires, le mode de captation de la lumière, ou le fait que l'image s'imprime inversée sur la rétine et que le cerveau opère un redressement pour que nous voyions à l'endroit - nous découvrons une merveille sans fin.

Considérons aussi la mise au point : lorsqu'on pénètre dans un endroit obscur, on ne distingue rien la première seconde, mais deux ou trois secondes plus tard, on commence à percevoir. Placez un nourrisson dans une pièce sombre, puis ramenez-le aussitôt à la lumière : ses pupilles seront immenses ; attendez dix secondes, et vous les verrez rétrécir sous vos yeux. L'iris fonctionne exactement comme le diaphragme d'un appareil photographique : il empêche une lumière trop vive et potentiellement nocive de pénétrer, et dans l'obscurité, il s'ouvre grand - et soudain, on voit. Un appareil photo n'offre pas une telle souplesse sans accessoires : le photographe doit changer d'objectif s'il passe d'un objet minuscule à un paysage lointain, utilisant un téléobjectif pour les distances et des optiques spéciales pour la macrophotographie. Tandis qu'avec votre œil, vous examinez à une seconde d'intervalle les détails les plus délicats, puis, l'instant d'après, vous levez les yeux vers la lune. Quel appareil d'une perfection inouïe que l'œil humain ! Et tout cela, sans même sonder l'infiniment petit, l'ADN et l'immense sagesse contenue dans chaque cellule du corps.

« Guérisseur de toute chair et prodigieux artisan »

Quiconque médite sur cela, ainsi que sur le mécanisme de l'ouïe, sur les autres sens et sur le fonctionnement de l'âme, perçoit à quel point la sagesse et le prodige se surpassent dans la création de l'homme. Dès lors, de quoi s'émerveille-t-on ? Des choses démesurées ? Des galaxies ? Or, dans une simple plante réside déjà une sagesse infiniment plus complexe et grandiose, et en l'homme, une sagesse plus éclatante encore. Comment le cerveau tisse-t-il des liens avec toute la réalité de l'être humain, et comment coexistent en lui deux forces qui, en apparence, ne devraient avoir aucun point de contact ?

C'est à ce propos que nous récitons chaque jour dans la bénédiction d'Acher Yatsar : « Guérisseur de toute chair et prodigieux artisan » (Rofé 'hol bassar oumafli la'assot). En quoi consiste ce « prodige » ? Le Rama explique : le prodige réside dans le fait que le Saint, béni soit-Il, unit une réalité spirituelle à une matière corporelle. C'est ce que les savants nomment « le problème psychophysique ». L'homme est composé d'un corps matériel, grossier, et d'une âme - comment une telle synthèse s'opère-t-elle ? Essayez d'insuffler un esprit dans une bûche de bois ou dans une table : cela n'a aucun sens. Même dans le domaine purement matériel, tous les éléments ne s'unissent pas spontanément : tentez de souder du bois à du verre, c'est impossible sans adhésifs ou matériaux intermédiaires particuliers. S'il en est ainsi dans le monde matériel, que dire de deux ordres d'existence totalement étrangers l'un à l'autre, le spirituel et le matériel !

Or cette union n'est nullement théorique, elle se manifeste à chaque instant. Qu'un homme soit abattu, et le voilà sans appétit. Quel rapport ? Les sucs gastriques réagissent à l'état intérieur. L'âme influe directement sur le corps, et l'inverse est tout aussi vrai : « Le cœur est entraîné par les actes » (A'haré hape'oulot nimcha'him halevavot). Si une personne sombre dans la tristesse (sans parler ici d'un état clinique, mais d'un simple abattement passager), des stimulations extérieures suffisent parfois à la réjouir, et par ce biais, l'âme elle-même se redresse et s'arrache à sa mélancolie. On constate ainsi une répercussion constante et une interaction permanente entre le corps et l'esprit.

Un homme racontait que son épouse avait fait une crise cardiaque, deux crises consécutives, alors qu'elle n'avait que soixante ans. Elle demanda au médecin : « Pourquoi ? Je mange sainement, je fais attention. » Le médecin lui répondit : « Une crise cardiaque a trois causes : le stress, le stress et le stress. » Or le stress relève du psychisme. Le mari confiait : « Mon épouse est effectivement de nature très anxieuse ; au vu de son niveau de stress, c'est un miracle que cela ne soit pas arrivé plus tôt. » Aujourd'hui, il est bien établi que dans de nombreux cas de maladie, le mal prend sa source dans une crise morale ou affective vécue auparavant. Quel rapport y a-t-il entre une détresse psychologique et une maladie physique ? Lorsqu'une personne traverse une crise, son corps s'affaiblit ; lorsque le corps s'affaiblit, le système immunitaire fléchit ; et dès qu'il fléchit, n'importe quelle maladie peut s'engouffrer. Voyez ces gens qui, après une période de tension intense, restent alités deux semaines durant : le corps s'est tout simplement effondré. D'ailleurs, des cellules cancéreuses apparaissent en permanence dans l'organisme, et pourquoi ne tombe-t-on pas malade ? Parce que le système immunitaire en triomphe au fur et à mesure. Mais lorsqu'il faiblit - à Dieu ne plaise -, la moindre faille peut faire basculer la santé. Dès lors, comment souder l'âme au corps ? Ce fait en lui-même est un prodige : « Guérisseur de toute chair et prodigieux artisan ».

« Un esprit parlant » (Roua'h memalela) - Le pouvoir de la parole

En plus de tout cela, explique le Malbim, l'homme possède la faculté de la parole intellectuelle (« koah hamedaber hasekheli »). Les animaux possèdent eux aussi un souffle de vie qu'Hachem a insufflé en eux, mais chez l'homme, il y a un « esprit parlant » (« roua'h memalela ») - le pouvoir d'articuler des syllabes par lesquelles il exprime ses idées, son intériorité et ses pensées. La langue est appelée la plume du cœur, comme l'explique longuement l'auteur du 'Hovot Halévavot. Constatez donc quelle sagesse prodigieuse réside dans l'homme ! L'homme serait-il donc insignifiant ? Rien n'est plus sage que l'homme, rien n'est plus complexe et ne manifeste davantage la sagesse divine que l'homme. Alors, de quoi s'émerveille-t-on ? De la taille des galaxies ? L'homme est une créature bien plus stupéfiante et saisissante que toutes les galaxies de l'univers.

Un bœuf âgé d'un jour est déjà appelé un bœuf

Et pourtant, poursuit le Malbim, si l'on ne considère que la matière, l'homme est le plus démuni de tous les êtres vivants. « Un bœuf âgé d'un jour est appelé bœuf », dit la Guémara : dès sa naissance, il est déjà un bœuf; on ne dit pas de lui « attends, il ne comprend pas encore ». Et le chaton, dès qu'il a ouvert les yeux, séparez-le de sa mère et soyez sans crainte : il ne mourra pas. En revanche, un nouveau-né n'est qu'un bloc de chair : laissez-le seul, et il ne survivra pas. Il faut le changer, le nourrir, l'habiller, tout faire pour lui. Et combien de temps s'écoule avant qu'il n'acquière de l'intelligence et ne commence à comprendre son environnement ! Même pour un enfant de sept ou huit ans, on se rend compte que son esprit est encore faible et que son intellect n'est pas encore développé. Sur le plan matériel, l'homme est inférieur à tous les animaux, et il ne s'agit même pas de force physique : l'éléphant est plus fort que lui, le lion est plus fort que lui, tout comme les autres bêtes.

Nous avons déjà évoqué l'absurdité de vouloir rivaliser avec les animaux. Le numéro un mondial du saut en hauteur : quelle sottise, le kangourou saute bien plus haut que lui sans aucun de ses entraînements ! Est-ce pour cela qu'on a reçu une intelligence ? Est-ce pour cela qu'on a reçu une âme céleste, une parcelle divine d'en haut (« 'helek Éloha mima'al »), pour sauter en l'air comme un kangourou ? On vous a confié un instrument d'une puissance colossale, et vous prenez la navette Challenger pour aller à l'épicerie ! La NASA a investi des milliards là-dedans, et vous l'utilisez pour faire vos courses ? Prenez un vélo électrique à mille shekels ! Et ici, c'est infiniment plus grave, car votre cerveau est bien plus perfectionné que n'importe quelle fusée spatiale, et à quoi l'occupez-vous ? À trouver de nouvelles combinaisons pour remplir une grille de loto ! L'homme a pris cette dimension divine, ce sommet de transcendance, pour la traîner dans la poussière. Et il ne s'agit même pas de celui qui commet des fautes, mais simplement de celui qui gaspille cette part divine d'en haut dans des futilités. Quoi qu'il en soit, sur le plan physique, l'homme est véritablement au niveau le plus bas de toute la création.

La matière est-elle le véritable critère ?

Mais le Malbim demande : la matière est-elle la mesure des choses ? Prenez par exemple un scientifique de renommée mondiale comme Stephen Hawking, un homme atteint d'une maladie dégénérative qui vivait cloué dans un fauteuil roulant électrique sans pouvoir bouger. Le fauteuil recevait des instructions grâce à un appareillage spécial, et la seule partie de son corps qu'il pouvait mouvoir était son œil. Par de simples battements de paupière et mouvements oculaires, il dirigeait son fauteuil, rédigeait des articles scientifiques et était considéré comme l'un des plus grands esprits de la science. C'est lui qui, à la fin de sa vie, en est venu à la conclusion que l'univers est né d'une déflagration, non pas de manière graduelle comme on le croyait, mais en un seul instant. C'est déjà un progrès : le judaïsme enseigne depuis toujours que le monde a été créé en un instant, et les scientifiques découvrent peu à peu ce que nous savons déjà depuis des millénaires. Il ne faut nullement s'effrayer de la science; pour nous, ce que dit la Torah demeure le fondement et la base de tout.

Dès lors, la gloire de l'homme ne réside pas dans sa corporéité et sa splendeur n'est pas dans son apparence extérieure, mais bien dans sa part spirituelle : voilà l'essentiel. Donnons-en une parabole : une loupe que l'on prenait dans notre enfance, que l'on plaçait face au soleil pour concentrer la lumière en un seul point, et à cet endroit précis, on brûlait, on gravait sur du bois, etc. Soit dit en passant, de nombreux incendies se déclenchent ainsi : un morceau de verre incurvé a été jeté, le soleil frappe dessus et le feu prend. De la même manière, dit le Malbim, le monde entier est comparable à cette convergence de lumière concentrée en un seul foyer ardent, et ce point focal, c'est l'homme. L'homme est la finalité, le centre, et tout n'existe ici-bas que pour lui.

Verset 2 : Que Ton Nom est puissant sur toute la terre
יְהוָה אֲדֹנֵינוּ מָה־אַדִּיר שִׁמְךָ בְּכָל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר תְּנָה הוֹדְךָ עַל־הַשָּׁמָיִם׃ - Éternel, notre Maître, que Ton Nom est puissant sur toute la terre, Toi qui as déployé Ta majesté sur les cieux !

Après toutes ces prémisses, le Malbim explique le verset. « Éternel notre Maître » : le Nom divin (le Tétragramme) renvoie à Sa transcendance intemporelle - Il était, Il est et Il sera - ainsi qu'à Sa sagesse et à Ses merveilles. « Que Ton Nom est puissant sur toute la terre » : où la grandeur de Ton Nom se manifeste-t-elle ? Précisément sur la terre ! Ce n'est qu'ici-bas que l'on peut saisir l'immensité de la sagesse divine, l'ampleur de cette création si complexe appelée monde, appelée homme, animaux et végétaux. Cette lumière se révèle précisément sur la terre, et non pas dans les cieux.

« Toi qui as déployé Ta majesté sur les cieux » : cette lumière jaillit de la terre, la traverse et s'élève pour illuminer les cieux, et à travers elle, on peut comprendre les cieux eux-mêmes : comment ils se soumettent et dispensent leur rosée et leurs pluies en fonction des actes accomplis sur terre. Tout ce que l'on contemple dans le ciel découle en réalité de la terre. Seul celui qui perçoit la sagesse divine à l'œuvre sur la terre est en mesure, par son intermédiaire, de discerner aussi les merveilles du reste de l'univers. Vaines sont donc les prétentions de ces philosophes qui rabaissent l'homme, car l'homme est le couronnement de la création et tout ce qui a été créé dans le monde ne l'a été que pour sa finalité.

Verset 3 : De la bouche des enfants et des nourrissons
מִפִּי עוֹלְלִים וְיֹנְקִים יִסַּדְתָּ עֹז לְמַעַן צוֹרְרֶיךָ לְהַשְׁבִּית אוֹיֵב וּמִתְנַקֵּם׃ - Par la bouche des nourrissons et des enfants à la mamelle, Tu as fondé la force, à cause de Tes adversaires, pour réduire au silence l'ennemi et le vindicatif.

Les nourrissons et les nouveau-nés, explique le Malbim, représentent l'homme. Sur le plan matériel, l'homme est véritablement faible et, au début de sa vie, lorsqu'il n'est qu'un bébé au sein, il est d'une constitution bien plus fragile que n'importe quel animal. Un bœuf âgé d'un jour est déjà appelé bœuf, il peut déjà marcher, et rien ne le sépare d'un grand bœuf si ce n'est la taille. En revanche, le nouveau-né n'est qu'un morceau de chair incapable de subvenir au moindre de ses besoins ; si l'on ne prenait pas soin de lui jusqu'à ce qu'il acquière la raison, il mourrait bien vite. Il en ressort que les tout-petits et les nourrissons incarnent toute la vulnérabilité de l'espèce humaine.

Mais c'est précisément de leur bouche que « Tu as fondé la force ». Qu'est-ce que la bouche ? C'est la faculté de parole, en vertu de laquelle l'homme est désigné comme « être vivant doué de parole », du fait de l'intellect et de la raison qui l'habitent. La faiblesse que l'on observe au stade du nourrisson n'est que physique, tandis que la dimension spirituelle en l'homme, sa faculté d'élocution et de pensée, possède une puissance considérable. « Tu as fondé la force » - c'est là que réside le fondement de l'édifice, là qu'apparaissent sa racine et sa force : dans la bouche des petits et des nourrissons. On ne voit en lui qu'un bébé sans défense, mais il possède une bouche, et cette bouche est le signe de sa composante spirituelle. Dès lors, tout ce qui existe dans le monde n'est que subordonné, une simple branche rattachée au tronc et à la racine qu'est l'homme - l'être doué de parole, de réflexion et de discernement.

« À cause de Tes adversaires, pour réduire au silence l'ennemi et le vindicatif » - les ennemis, commente le Malbim, sont les hérétiques qui nient l'existence d'Hachem, et ils sont qualifiés d'ennemis, de contempteurs et d'adversaires de D.ieu. Quelle est la différence entre un « ennemi » (oyev) et un « adversaire » (tsorer) ? L'ennemi nourrit de l'animosité dans son cœur, tandis que l'adversaire persécute activement par des actes. Ainsi, ceux qui nient l'existence divine sont appelés « ennemis », et ceux qui commettent des transgressions délibérées pour provoquer sont qualifiés d'« adversaires ». Et si quelqu'un venait à renier le Créateur, ou à rabaisser l'homme en disant : « Qu'est-ce que l'homme ? Un simple rouage dans le système, il n'est nullement l'essentiel ! » - c'est par la bouche de ces nourrissons, qui témoignent par leur faculté de parole de la grandeur spirituelle de l'être humain, que « Tu as fondé la force ». C'est ainsi que l'on fait taire l'ennemi et le vindicatif, et que l'on cloue le bec aux menteurs qui prétendent que l'homme n'est pas la finalité de la Création.

Verset 4 : Mais où est donc le soleil ?
כִּי־אֶרְאֶה שָׁמֶיךָ מַעֲשֵׂה אֶצְבְּעֹתֶיךָ יָרֵחַ וְכוֹכָבִים אֲשֶׁר כּוֹנָנְתָּה׃ - Quand je contemple Tes cieux, œuvre de Tes doigts, la lune et les étoiles que Tu as affermies...

Avant d'aborder l'explication du Malbim, soulignons une remarque formulée par les autres commentateurs : que manque-t-il dans ce verset ? Le soleil. Le soleil semble pourtant être le plus éclatant des corps célestes, et le texte aurait dû dire : « le soleil, la lune et les étoiles que Tu as affermis ». Le Radak explique que le roi David a composé ce psaume de nuit : il contemplait la lune et les étoiles et louait le Créateur ; il n'avait donc pas lieu de mentionner le soleil lorsqu'il décrivait ce que voyaient ses yeux. Ibn Ezra explique quant à lui que si David avait mentionné le soleil, le constat aurait été différent : lorsqu'on regarde le soleil, on ne discerne plus rien du reste de la voûte céleste - ni lune, ni étoiles -, tant sa clarté domine. Or, David souhaitait dépeindre toute l'armée céleste, cet immense ensemble où l'homme perçoit une puissance phénoménale ; il a donc préféré évoquer la lune et les étoiles. Ibn Ezra rapporte encore, au nom d'autres maîtres, que le soleil avait déjà été mentionné plus haut : l'expression « Tu as placé Ta majesté au-dessus des cieux » ferait allusion au soleil, la créature céleste par excellence.

Les trois arguments des philosophes

Jusqu'ici, les éléments n'avaient été qu'esquissés. À présent, le Malbim expose en détail les arguments des philosophes, afin de démontrer leur vanité face à la vérité de la conception juive. Le premier argument repose sur la position dans l'espace. Les cieux se dressent tout en haut tandis que l'homme se trouve tout en bas, dans une humble condition - « Quand je contemple Tes cieux ». Le mot hébraïque « Chamaïm » (cieux) porte une terminaison duel, et dérive du mot « cham » (« là-bas »), qui évoque l'éloignement. Deux éléments entrent ici en jeu : d'une part, les mondes supérieurs s'élèvent bien au-dessus de l'homme, confiné au niveau inférieur (certes, d'un point de vue absolu sans repère relatif, les notions de haut et de bas perdent de leur sens, mais dans leur conception, nous étions en bas et le ciel au-dessus de nous) ; d'autre part, leur vaste déploiement, leur masse, leurs dimensions et les distances vertigineuses qui les séparent, devant lesquels tout observateur reste saisi d'émerveillement - c'est en cela que résiderait, selon eux, leur supériorité.

Le deuxième argument tient à la beauté de leur facture et à la subtilité de leur matière. Mais que signifie cette « subtilité », alors que les étoiles sont elles aussi composées de matière, de minéraux et de roche ? C'est que les Anciens croyaient que la matière des cieux était différente de celle de la terre, et ils l'appelaient la « quintessence » (le cinquième élément) : selon eux, en plus des quatre éléments fondamentaux - le feu, l'air, l'eau et la terre -, les cieux étaient formés d'une cinquième substance inconnue de nous. Nous savons aujourd'hui que cette théorie est infondée, mais telle était la croyance des philosophes de l'Antiquité. C'est le sens de « l'œuvre de Tes doigts » : il existe une différence entre l'ouvrage des « mains » et celui des « doigts ». Quand quelqu'un affirme : « Cette maison est l'œuvre de mes mains », cela ne signifie pas qu'il a posé lui-même le carrelage ; il a fait appel à des ouvriers, et pourtant cela reste son œuvre, car l'ouvrage des mains peut s'accomplir par intermédiaire. Mais lorsqu'on dit « de mes propres doigts », on sous-entend que chaque tuyau, chaque dalle a été posée par soi-même. Telle est l'affirmation des philosophes : la splendeur des corps célestes témoigne qu'ils sont l'œuvre directe de Tes doigts, conçus sans aucun intermédiaire, un travail d'une perfection et d'une grandeur sans commune mesure avec l'homme.

Le troisième argument repose sur la pérennité. Ils soutenaient que l'homme est éphémère, car « les jours de nos années s'élèvent à soixante-dix ans, et pour les plus vigoureux à quatre-vingts ans », tandis que les cieux et la terre subsistent pour toujours. C'est là le sens de « la lune et les étoiles que Tu as affermies » : le terme « konanta » (Tu as affermi) partage sa racine avec le mot « socle » (ken), désignant une réalité stable et perpétuelle, alors que l'homme est temporaire et passager. Ils avançaient ainsi trois arguments : l'emplacement, l'éloignement et la hauteur ; la beauté et la nature unique de leur matière ; et enfin la pérennité. Par tous ces points, ils prétendaient démontrer que l'homme est insignifiant et que les corps célestes constituent le véritable chef-d'œuvre.

En résumé :

Le psaume s'ouvre par : « Hachem, notre Seigneur, que Ton Nom est grandiose sur toute la terre ! » - précisément sur la terre, car c'est ici, dans le corps et l'âme de l'homme, dans l'œil et dans les sens, dans l'union miraculeuse du spirituel et du matériel, que la sagesse divine se manifeste plus que dans toutes les galaxies. Certes, par sa matière, l'homme est la plus fragile de toutes les créatures, tel un nourrisson incapable de subvenir par lui-même à ses besoins, mais « par la bouche des tout-petits et des nourrissons, Tu as fondé la force » : la bouche, la faculté de parole et l'intellect, témoignent de la puissance spirituelle qui est en lui et réduisent au silence l'ennemi et le vindicatif. Face aux arguments des philosophes - la hauteur des cieux, leur beauté et leur pérennité -, s'impose la vérité selon laquelle l'homme est le point de convergence de toute la lumière de la Création, sa finalité et son centre. D'où la responsabilité qui lui incombe : celui qui a reçu une part divine d'en haut ne doit point l'employer à des futilités.